‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 54 sur 122 · Chapitre IX · texte numérisé non relu

Chapitre IX

Destruction du système de Napoléon. — Napoléon envahit la Russie avec une armée de 600,000 hommes, pendant que la guerre continuait contre l'Angleterre et l'Espagne. Suivant son hahitude, il marcha droit à la capitale, comptant qu'après l'avoir occupée il recevrait des propositions de paix. 11 réussit en effet à entrer dans Moscou (sept. 1812). Mais son calcul fut déjoué par des conditions qu'il n'avait pas prévues. Moscou n'était que la capitale religieuse et nationale de la Russie, le centre du gouvernement était Pétersbourg ; la perte de Moscou ne paralysait pas le gouvernement russe ; Alexandre ne fit pas demander la paix ; Napoléon se décida à faire les avances, il envoya des pro-^ positions de paix, Alexandre déclara qu'il ne traiterait pas avant que l'ennemi eût quitté le sol russe. Il eût fallu attendre, Napoléon ne le pouvait pas; son armée, très mal disciplinée dès l'origine, formée de gens de tous pays, s'était fondue en traversant ces grandes plaines sans ressources, où les soldats mal approvi-

sionnés ne pouvaient vivre qu'en se dispersant pour marauder; avant la bataille de la Moskova, il ne restait déjà plus que 155,000 combattants ; ils avançaient lentement, encombrés de charrettes chargées de butin, semblables à une horde de barbares.

A Moscou, l'armée ne put se réorganiser ; les habitants, pris d*horreur pour les envahisseurs hérétiques, avaient abandonné la ville, il n'y restait que les marchands étrangers; le soir même de l'entrée des Français, elle fut détruite par l'incendie On ne pouvait y passer l'hiver, il fallait donc revenir en Europe; Napoléon ne s'y décida qu'après le 18 octobre. Cette année-là, l'hiver fut précoce et très dur, il gela à 30° au-dessous de zéro. L'armée, obligée de repasser par un pays qu'elle venait de ravager, périt de froid et de faim; il ne revint que des soldats débandés et sans armes. La Russie était dégagée et Napoléon avait perdu son armée. Ce fut le premier acte de sa défaite. Non seulement la Russie lui avait résisté, mais ses alliés commencèrent à lui échapper. Le corps d'armée prussien négocia avec l'armée russe et promit de rester neutre ; puis le roi de Prusse, sous prétexte d'aller organiser la guerre contre les Russe?, s'échappa de Berlin où il était surveillé par une garnison française, se retira en Silésie et fît alliance avec la Russie et l'Angleterre (janvier- février 1813).

Le roi de Prusse fit appel à son peuple, qui répondit par des souscriptions et des enrôlements de volontaires ; à côté de l'armée on organisa la landwehr, qui fut habillée et armée aux frais des provinces. Les armées prussienne et russe réunies marchèrent sur l'Allemagne pour la soulever contre Napoléon; les princes qui refuseraient de s'unir aux alliés devaient être dépossédés; ce fut la Saxe qui fut envahie d'abord et qui resta le grand champ de bataille. L'Electeur de Saxe, que Napoléon avait fait roi,

Page 1