DESTRUCTION DU SYSTÈME DE NAPOLÉON
n*osait se décider pour aucun des deux partis, Napoléon le força à rester son allié. La campagne du printemps de 1813 consista en deux batailles sanglantes (Liitzen et Bautzen) ; Napoléon resta maître de la Saxe mais il n'avait pas de cavalerie et demanda un armistice de trois mois, il ne put en obtenir qu'un de six semaines. Les alliés avaient montré qu'ils étaient de force à lutter; la landwehr, sur laquelle on comptait peu, s'était battue avec acharnement. — Le gouvernement autrichien, qui jusque-là était resté neutre de peur d'une attaque brusque, prit courage en voyant Napoléon tenu en échec, il déclara qu'il serait le médiateur entre les belligérants ; Napoléon accepta la médiation pour regagner rAulriche. Mais il était impossible de s'entendre : Napoléon voulait conclure la paix avec les puissances du continent en excluant l'Angleterre; les alliés ne voulaient accepter qu'une paix générale, ils s'étaient engagés avec l'Angleterre qui leur fournissait de l'argent k ne faire aucun traité sans son consentement. Le Congrès de Prague ne fut donc qu'une comédie. L'Autriche s'était engagée d'avance à s'unir aux alliés si Napoléon rejetait ses conditions, et on savait que Napoléon les rejetterait. Le 10 août l'empereur d'Autriche entra dans la coalition. Elle était désormais complète; pour la première fois les quatre grandes puissances d'Europe opéraient en commun contre la France. Ce fut le deuxième acte de la défaite (mars-août 1813). Les alliés (ce fut le nom qu'ils prirent désormais) résolurent d'enlevertoute l'Allemagne àNapoléon ; ilsrenoncèrent à la guerre méthodique et lente qui avait amené leur défaite en 1793 et adoptèrent la stratégie de Napoléon. Ils avaient trois grandes armées, en tout 480,000 hommes ; il fut décidé que la principale prendrait l'offensive, on devait marcher droit à l'ennemi et détruire son armée sans s'arrêter à faire des sièges. «Toutes les
armées alliées, est-il dit dans le plan du 12 juillet, prendront l'offensive et le camp de l'ennemi sera leur lieu de rendez-vous. » La guerre de Tété se fit Sur trois terrains, la Saxe, la Silésie et le Brandebourg; Napoléon, vainqueur à Dresde, se maintint en Saxe, mais ses autres armées furent détruites ou repoussées des pays voisins. Les alliés arrêtèrent le 9 septembre le plan qu'ils allaient appliquer à l'Allemagne : rétablir la Prusse et l'Autriche comme elles étaient en 1805, rendre le Hanovre aux Brunswick, rétablir dans leur ancien état les pays allemands annexés à l'Empire français ou donnés à des princes français, dissoudre la Confédération du Rhin, assurer l'indépendance entière et absolue des petits Etats jusqu'aux Alpes et au Rhin. 11 s'agissait de détruire la domination de Napoléon en Allemagne en lui enlevant ses alliés. Le roi de Bavière donna l'exemple, il se détacha de la Confédération et entra dans la coalition. Ce fut le troisième acte de la défaite de Napoléon (août-septembre 1813)
Les trois armées des alliés marchèrent ensemble sur Leipzig, quartier général des Français ; on s'y battit trois jours. Napoléon s'échappa avec 100,000 hommes qu'il ramena en France. Les princes français s'enfuirent : les princes allemands entrèrent dans la coalition ; l'Allemagne était perdue pour Napoléon. Ce fut le quatrième acte de la défaite (octobre-novembre 1813).
Les alliés arrivés h Francfort offrirent à Napoléon de lui laisser la France telle qu'elle était en 1800, mais ils se réservaient de continuer à avancer pendant les négociations. Napoléon ayant ordonné une levée de 300,000 hommes, les alliés publièrent le manifeste de Francfort. « Les puissances, disaient-ils, sont en guerre non contre la France, mais contre la domination ouvertement affichée que Napoléon a exercée hors des limites de son
FIN DE l'empire. n3
empire... Elles garantissent à TEmpire français une étendue de territoire que la France n'a jamais connue sous ses rois. » — Puis les trois armées alliées passèrent le Rhin, envahirent la France et marchèrent sur Paris, au sud par la Franche-Comté et la Seine, au centre par la Marne, au nord par les Pays-Bas et l'Oise. Napoléon avait laissé ses soldats disséminés dans toutes les forteresses d'Allemagne, il ne lui restait que sa garde et quelques débris ; en y encadrant des conscrits et des gardes nationaux il créa l'armée avec laquelle il fît la campagne de France. Pendant cette campagne les alliés lui offrirent encore de négocier à Châtillon, ils ne laissaient plus à la France que les frontières de 1792; Napoléon s'était résigné à accepter, puis il refusa. Le 18 mars 1814 le Congrès de Châtillon fut fermé.
Les alliés apprirent par des dépêches interceptées que Paris ne pouvait être défendu, ils marchèrent droit sur la ville, qui capitula après un combat d'une demi-journée. La France était au pouvoir des alliés. Ce fut le cinquième et dernier acte de la lutte. Quand elle avait commencé, les alliés ne songeaient qu'à expulser les Français de l'Allemagne, ils ne voulaient détruire que l'œuvre de Napoléon; mais la victoire les avait amenés jusqu'en France et ils venaient de détruire l'œuvre de la Révolution.
Fin de V Empilée. — Les alliés, maîtres de l'Europe et de la France, se chargèrent de régler le sort de toutes deux. Ils commencèrent par la France. Ils ne voulaient plus de Napoléon, ils n'eurent même pas la pensée de revenir à la République ; ils cherchèrent donc un souverain qui pût rétablir le régime monarchique et conclure la paix avec l'Europe. Trois solutions furent proposées : l°le fils de Napoléon et de Marie-Louise; mais on craignit
de donner trop d'influence k son grand-père, l'empereur d'Autriche; — 2° Bernadotte, qu'Alexandre de. Russie essaya de proposer ; mais aucune des autres puissances ne voulut en entendre parler, de peur d'une alliance trop étroite entre la France et la Russie ; — 3° les Bourbons; mais les alliés, depuis leur entrée en France, s'étaient aperçus que personne dans le pays ne pensait plus à eux, on les avait oubliés pendant vingt années de guerres; or le gouvernement anglais déclarait qu'il ne voulait imposer aux Français aucun gouvernement, que la nation devait rester maîtresse de choisir son souverain.
Le ministre d'Autriche, Metlernich, très influent déjà parmi les hommes d'Etat européens, prit parti pour les Bourbons et travailla à les faire accepter. Il reçut leurs envoyés et fit décider que les provinces françaises, à mesure que les alliés les occuperaient, seraient remises aux partisans des Bourbons, si elles se prononçaient pour eux. Après l'entrée des alliés dans Paris, les souverains décidèrent de rétablir Louis XVIII, et sur le conseil de Talleyrand déclarèrent « qu'ils ne traiteraient plus avec Napoléon ni aucun membre de sa famille, qu'ils respecteraient l'ancienne France telle qu'elle était sous ses rois légitimes, qu'ils reconnaîtraient et garantiraient la constitution que la nation française se donnerait. » En conséquence ils « invitaient le Sénat à désigner un gouvernement provisoire qui serait chargé de l'administration et à préparer une constitution ». On s'adressa aux deux corps constitués, le Sénat et le Corps législatif ou plutôt aux membres de ces deux assemblées qu'on savai orables aux Bourbons. Le Sénat, représenté par 63 membres sur 142, déclara Napoléon déchu du trône et le peuple et l'armée déliés de leur serment, et créa un gouvernement provisoire de 5 membres; le Corps
TRAITÉS DE 18i4 ET i815. Mo
législatif, représenté par 77 membres sur 303, ratifia cette décision. L'armée, retirée au Sud-Est de Paris, reçut les décrets des assemblées ; les maréchaux eux-mêmes, qui entouraient Napoléon à Fontainebleau, lui conseillèrent d'abdiquer.
Les Bourbons purent alors prendre possession du gouvernement ; les alliés les engagèrent à établir un régime libéral, à accepter les changements opérés en Frartce depuis 1789 et à ne pas employer d'émigrés dans l'administration. Louis XVIII devait être rappelé en vertu non de son droit héréditaire, mais de la Constitution rédigée par le Sénat. Il était dit dans cet acte : « Le peuple français appelle librement au trône Louis de France. » Le Sénat avait stipulé que le roi respecterait les droits de l'armée, la dette publique, les ventes de biens nationaux. Après ces déclarations Louis revint en France et fut reconnu roi par le Sénat et le Corps législatif.
Traités de 1814 et 1813. — Le nouveau gouvernement traita au nom de la France ; il signa d'abord un armistice (les armées françaises durent évacuer toutes les places fortes qu'elles occupaient), puis un traité de paix. Les alliés exigèrent seulement que la France rentrât dans les limites de 1792 (ils accordèrent quelques agrandissements) ; ils ne réclamèrent aucune indemnité de guerre (ils refusèrent même de faire rembourser 169 millions dus à la Prusse) ; ils laissèrent même dans les musées français les œuvres d'art que Napoléon avait enlevées aux pays soumis par lui. Ils voulaient éviter d'humilier les Français, ils déclarèrent « que, pour montrer leur désir d'effacer toutes les traces de ces temps de malheurs, les puissances renonçaient à la totalité des sommes qu'elles pourraient réclamer ».
Les alliés ne voulurent pas laisser de garnison en France ; dés que Louis XVIII eut promulgué la nouvelle Constitution, ils sortirent de Paris et évacuèrent le royaume.
Ces conditions furent modifiées en 1815. Dès qu'on apprit à Vienne le retour de Napoléon, les gouvernements européens déclarèrent « que Napoléon Bonaparte s'était placé hors des relations civiles et sociales et que, comme ennemi et perturbateur du repos du monde, il s'était livré à la vindicte publique ». Pas un instant ils ne songèrent à traiter avec lui ; leurs armées n'étaient pas encore licenciées, ils les dirigèrent aussitôt sur la France qu'elles envahirent de tous côtés.
Après la défaite de Napoléon les alliés regardèrent le traité de 1814 comme rompu. Puisque les Bourbons ne pouvaient répondre d'être assez forts pour maintenir leur autorité, ils décidèrent d'imposer à la France des garanties et des charges pour la tenir dans leur dépendance. Ils s'accordèrent à exiger une indemnité de guerre considérable, à faire rendre les œuvres d'art aux pays que Napoléon en avait dépouillés, à laisser des troupes en garnison et à construire aux frais de la France des forteresses dans les pays frontières. Puis ils se partagèrent le territoire français, chaque puissance eut ses provinces où elle envoya ses armées s'établir et vivre aux dépens des habitants; l'occupation dura deux ans, jusqu'au payement de l'indemnité.
Il fut convenu aussi qu'on rognerait les frontières. Les Prussiens et quelques petits Etats allemands voulaient enlever à la France l'Alsace, la Lorraine et même la Flandre ; on aurait fait de ces pays un État pour l'archiduc Charles; l'Autriche demandait au moins qu'on détruisît les places fortes de la frontière. Le gouvernement anglais et le tsar de Russie s'opposèrent à un démembre-