‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 74 sur 122 · L'EGYPTE · texte numérisé non relu

L'EGYPTE

L'Egypte. — La domination du Sultan s'étendait jusqu'en Afrique; TEgypte était de nom une province de l'Empire. En fait elle appartenait aux chefs des cavaliers mameluks ; c'est à eux que Bonaparte fit la guerre en 1798. L'Angleterre ne voulant* pas laisser l'Egypte à la France, la conquit et la rendit au Sultan qui y envoya un gouverneur turc. Un Albanais de l'escorte du gouverneur, Méhémet-Ali, parvint, avec l'aide des ulémas (docteurs en théologie), à se faire nommer pacha du Caire ; puis il fit massacrer les Mameluks et se trouva maître absolu de l'Egypte. Il se déclara propriétaire de tout le sol ; les paysans égyptiens (fellahs) ne furent plus que des fermiers. Il transforma l'agriculture du pays en y introduisant les cultures industrielles, l'indigo, la garance, le mûrier et surtout le coton. Il se fit une armée k l'européenne : les soldats étaient des indigènes égyptiens {fellahs); les officiers étaient des Turcs; quelquesuns des officiers supérieurs étaient des étrangers, surtout des Français.

En récompense du service que Méhémet-Ali avait rendu au sultan en lui prêtant son armée et sa flotte pour soumettre les Grecs (1825-28) il obtint que le gouvernement de l'Egypte deviendrait héréditaire dans sa famille, L'Egypte cessa désormais de dépendre de Constantinople, elle devint en fait un État gouverné par la famille de Méhémet-Ali. Cependant le souverain égyptien continuait à obéir en apparence au sultan, qui est le chef de tous les musulmans orthodoxes. En 1829 le gouvernement anglais avait fait proposer à Méhémet-Ali de le reconnaître comme souverain indépendant. Méhémet répondit à l'envoyé : « Vous êtes un étranger, vous ignorez la façon de penser d'un musulman. Mais qui donne à votre gouvernement le droit de m'insulter dans ma maison ? Savez-vous quel résultat aurait pour moi le

démembrement de TEmpire? Tout musulman s'écarterait de moi avec horreur, mon fils tout le premier

Le çultan est un fou : mais c*est Dieu qui nous l'a donné pour nos péchés. » Dans les deux guerres qu'il fit aux troupes turques, Méh<^met déclara toujours rester le fidèle serviteur du sultan.

Les successeurs de Méhémet restèrent dans la même situation : ils continuèrent à envoyer au Sultan des tributs et à ne porter que le titre de pacha. L'un d'eux, Ismaïl pacha, entra en relations avec un Français, M. de Lesseps, pour le percement de l'isthme de Suez (1856-66). On crut longtemps que l'entreprise ne réussirait pas. A cette époque le sultan se montrait bien, disposé pour Ismaïl : il lui permit de changer l'ordre de succession en Egypte (c'était jusque-là le parent le plus âgé qui héritait suivant l'usage turc, désormais ce fut le fils.ainé). Il lui permit de prendre le titre de Khédive^ c'est-à-dire souverain, et d'envoyer des agents diplomatiques auprès des gouvernements d'Europe. L'Egypte devenait ainsi un Etat.

En 1869, quand le canal de Suez fut terminé, le Khédive alla lui-même avec son ministre Nubar-pacha en Europe inviter les souverains à l'inauguration. Le gouvernement turc mécontent voulut lui rappeler sa dépendance ; il lui ordonna de livrer 200,000 fusils, de réduire son armée à 30,000 hommes, d'envoyer son budget à Gonstantinople, de demander le consentement du sultan pour ses emprunts. 11 ordonnait en outre de faire lire publiquement en Egypte l'ordre du sultan. Le gouvernement anglais soutint ces réclamations; le Khédive finit par obéir, mais il fit lire l'ordre en turc, de façon qu'aucun de ses sujets ne le comprit. Puis il travailla à apaiser le sultan. Dès 1871 il obtint la confirmation de ses privilèges et le droit de réformer son administration.

Il s'adressa pour cette réforme aux deux puissances européennes qui font avec TEgypte le commerce le plus actif, la France et l'Angleterre. En 1875 on réforma la justice en créant des tribunaux dont les juges furent des Européens et en faisant rédiger des codes nouveaux par une commission européenne. — En 1876 on créa, pour garantir le payement de la dette égyptienne, une adminis* tration franco-anglaise. Depuis ce temps la France et TAngleterre sont devenues plus puissantes en Egypte que le sultan. Depuis que la France s'est retirée, TAngleterre a fini par diriger entièrement le gouvernement du Khédive.

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