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Chapitre XIV

Les États-Unis, — Le gouvernement des États-Unis avait été organisé en 1787. La constitution était un compromis entre deux partis politiques, les fédéralistes^ qui voulaient un gouvernement fédéral assez fort pour dominer les États, et les républicains qui voulaient donner le pouvoir souverain à chaque État. Elle était aussi un compromis entre les États du Nord habités par des blancs qui cultivaient eux-mêmes leurs terres et les Etats du Sud où les planteurs possédaient de grands domaines cultivés par des esclaves nègres. Chacun des partis avait fait des concessions. On avait donné au gouvernement fédéral le pouvoir défaire la guerre, la paix et les traités, de régler la monnaie et le commerce ; les gouvernements des Etats gardaient tous les autres pouvoirs. Les Etats du Sud conservaient leur « institution particulière, » c'est ainsi qu'on appelait l'esclavage.

L'organisation du gouvernement fédéral s'acheva pendant le temps où Washington fut président (1789-96).

CIVILISATION CONTCyPORAINB. ^^

L*Union prit à sa charge les dettes contractées pendant la guerre par le Congrès ou par les Etats. Ainsi fut créée la dette des Etats-Unis. Pour en payer les intérêts elle établit un impôt et créa un système de douanes. Elle fonda aussi une banque des Etats-Unis.

Le territoire des Etats-Unis était encore réduit avi pays entre TOcéan et les monts Alléghanies et ne formait

que treize Etats ; maiè quelques Etats possédaient des terrains déserts qui allaient jusqu'au Mississipi. Le gouvernement fédéral regarda ces pays comme un champ de colonisation destiné à être peuplé par les citoyens de l'Union et à former des États nouveaux. Il se les fit céder, devint propriétaire de tout le désert entre les Etats et le Mississipi, et l'organisa en 1787 par une ordonnance qui est restée la règle de tous les nouveaux territoires.

Le pays fut divisé, suivant des lignes droites dans le sens du méridien et des parallèles, en un certain nombre de tenntoires. Dans chaque territoire l'Union envoyait un gouverneur, qui d'abord gouvernait seul; mais dès que la population atteignait 5,000 habitants^ elle organisait elle-même son gouvernement avec une chambre élue et un conseil législatif et elle envoyait au Congrès de l'Union un délégué avec voix consultative. Le principe était de mettre les habitants des territoires le plus tôt possible en état de se gouverner eux-mêmes. Quand la population arrivait à 50,000 habitants, le territoire pouvait être transformé en Etat et demander à être admis dans l'Union. 11 faisait sa constitution lui-même, sans autre condition que de se conformer aux articles du pacte fondamental, c'est-à-dire d'adopter un régime d'égalité et de liberté.

Ainsi les Etats-Unis n'étaient pas enfermés dans des limites ûxes et pouvaient s'étendre indéûniment.

Le pays entre les AUéghanies et le Mississipi se peupla entre 1787 et 1820.

Derrière le Mississipi commençait un vaste désert qui dépendait de la Louisiane ; la France Tavait cédé à TEspagne en 1763, Napoléon I" se Tétait fait rendre pour y créer une grande colonie française. Le parti républicain, arrivé au gouvernemeat en 1800, ne désirait pas augmenter le territoire de TUnion ; il croyait que la république ne pouvait pas durer dans un grand Etat (1), il craignait d'augmenter la puissance du gouvernement fédéral. Mais il fallait avant tout éviter le voisinage d'une puissance aussi redoutable que la France. Or l'Angleterre venait de déclarer la guerre à la France, et Napoléon, se sentant impuissant à défendre sa nouvelle acquisition contre les Anglais, avait offert aux Etats- Unis de la leur vendre. Le gouvernement se décida à acheter la Louisiane (1803). La limite du domaine de rUnion fut reportée par-là jusqu'aux montagnes Rocheuses; le désert ainsi annexé fut à son tour découpé en territoires qui commencèrent à se peupler.

Les Etals-Unis confinèrent alors de deux côtés, au sud et à l'ouest, avec Je Mexique qui possédait d'immenses étendues de terres désertes. Des aventuriers venus des Etats-Uniss'élablirent au sud dans le Texas, proclamèrent l'indépendance du pays et organisèrent une république du Texas (1835) qu'ils parvinrent à faire admettre dans l'Union en 1846. Le gouvernement du Mexique protesta. Ce fut le prétexte d'une guerre ; l'armée de l'Union victorieuse entra dans Mexico et força le Mexique à céder aux Etats-Unis tout le pays entre les montagnes Rocheuses et l'Océan Pacifique (1848). Le territoire de l'Union s'étendit alors sur toute l'Amérique du Nord, d'un

(1) C'était la doctrine de Montesquieu.

océan à Tautre, il était dix-sept fois plus grand que celui de la France. 11 ne s'est plus agrandi depuis.

Pendant ce temps le pays s'était peuplé et enrichi. Les droits de douane sur les objets importés aux Etats-Unis rapportaient au gouvernement fédéral un revenu toujours croissant à mesure que le commerce devenait plus actif.

On put bientôt supprimer tout impôt fédéral, et non seulement payer les intérêts de la dette, mais rembourser la dette elle-même. Puis vint un temps où le trésor reçut plus d'argent qu'on n'en pouvait employer. On ne voulait pas cependant supprimer les douanes qui protégeaient l'industrie américaine. Le gouvernement fédéral proposa d'appliquer l'excédent des revenus à des travaux d'utilité générale. Il obtint la permission de faire la grande route de l'Ohio et le canal Erié qui joignait le lac Erié à l'Océan. Ce régime, qui employait les douanes à la fois comme moyen de protéger l'industrie et comme ressource pour servir aux travaux publics, est resté en vigueur aux Etats-Unis, on l'a surnommé le système américain.

Pendant la guerre de Sécession (1860-65), il fallut établir de nouveau des impôts, augmenter les droits de douane et émettre du papier-monnaie. Ces ressources même ne suffirent pas pour couvrir les frais énormes de la guerre. Le gouvernement fédéral emprunta. La dette, qui en 1860 était descendue à 90 millions de dollars, monta à 2,800 millions (14 milliards de fr.). Mais, une fois la guerre finie, on se remit à rembourser la dette et en 1878 on a pu supprimer le cours forcé du papiermonnaie (1).

(1) Depuis la fondation de l'Union il y a toujours eu deux partis en lutte sous des noms différents : fédéralistes et républicains jusqu'en 1800, démocrates et whigs depuis 1836; démocrates et républicains depuis 1854; mais entre ces partis il n'y sLvait presque aucune différence de politique et ces luttes n'intéressaient guère que les politiciens de profession.

Depuis la fondçition de F Union la population a augmenté plus rapidement que dans aucun pays du monde. La terre était ouverte à qui voulait Toccuper. Les Américains, habitués dès l'enfance à Tidée de s'en aller au loin, partaient sans peine pour les pays déserts de l'ouest ; les plus aventureux allaient chasser dans les territoires encore occupés par les Peaux-Rouges; les autres bâtissaient une cabane en bois et' devenaient farmers (cultivateurs).

Jusque vers le milieu du xix* siècle ces colons étaient presque tous des Américains. Mais les pays d'Europe, où les habitants commençaient à se trouver à l'étroit, se mirent alors à déverser sur les Etats-Unis une partie de l'excédent de leur population. Les moyens de transport s'étaient perfectionnés, on avait organisé des services de bateaux à vapeur de plus en plus rapides (le voyage d'Angleterre en Amérique ne durait plus qu'une dizaine de jours).

En 1820 il n'arrivait guère encore aux Etats-Unis que 20,000 émigrants par an; vers 1840 le nombre dépassait déjà 100,000. En 1847 l'Etat de New-York organisait une commission d'émigration pour encourager les Européens à émigrer et les aider à leur arrivée; il y avait alors 235,000 émigrants par an. En 1850 il y en a eu 300,000; en 1882 il en est arrivé 780,000, c'est le chiffre le plus fort qui ait été atteint. En 60 ans (de 1821 à 1881), il s'est établi aux Etats-Unis 11,200,000 émigrants, parmi lesquels 3,500,000 Allemands, 6 millions d'Irlandais , 2 millions d'Anglais.

Les émigrants viennent surtout des pays du nord, plus peuplés ou plus pauvres; ce sont des Allemands, des Norvégiens, des Irlandais, des Anglais. Les Irlandais sont chassés par la misère. Dans les années de la grande famine amenée par la maladie de la pomme de terre

(1847-1853), rirlande a perdu près de 3 millions d'habitants.

Grâce aux émigrants les Etats-Unis se peuplent avec une rapidité sans pareille dans Thistoire du monde. Ils n'avaient encore, en 1820, que 5 millions d'habitants ; 65 ans après, en 1885, ils en ont 55 millions (1). En 1820, le Far West (l'Ouest lointain), le pays à Touest du Mississipi était encore un désert parcouru par les Indiens pillards. Aujourd'hui les Indiens sont détruits ou refoulés dans quelques territoires stériles; les blancs ont pris possession de tout le pays entre les deux Océans.

Dans ces pays nouveaux ils ont introduit tout d'une pièce la civilisation européenne. C'est le caractère frappant de la colonisation américaine qu'elle procède dans un ordre inverse des vieux pays d'Europe. Au travers d'une région entièrement déserte on établit une ligne de chemin de fer. (La ligne du Pacifique, ouverte en 1869 et longue de 5,200 kilomètres, ne traversait, sur une moitié de son parcours, que de vastes prairies et des montagnes solitaires ; dans les premières années il a fallu protéger les trains contre les attaques des Indiens des prairies.) Sur le trajet du chemin de fer chaque station devient une ville; le télégraphe, le gaz, l'imprimerie sont installés et des journaux se publient déjà avant qu'on ait achevé de construire les maisons; en deux ou trois ans une grande ville est fondée au milieu du désert. San Francisco, qui n'existait pas en 1846, avait, en 1880, 250000 habitants. La campagne ne se peuple que longtemps après les villes. Les cultivateurs d'Amérique ne

(1) Les statisticiens américains, en comparant les chiffres des recensements qui se font tous les dix ans depuis 1790, annonçaient que la population aurait atteint 100 millions en Tan 1900. Leurs calculs ont été déjoués par la guerre de Sécession qui a retardé l'accroissement.

ressemblent pas à nos paysans ; ils opèrent avec des machines et exploitent leur terre h la façon d'une usine. Gomme la terre était sans valeur, TEtat, qui en a pris possession, Ta vendue par lois considérables, à très bas prix, souvent 5 francs Thectare seulement. En France, où l'hectare vaut de 1000 k 2000 francs, une propriété de 100 hectares est regardée comme une grande propriété ; aux Etats-Unis les domaines se calculent par milliers d'hectares.

Quelques chiffres suffisent à montrer le chemin parcouru par les Etats-Unis dans la voie des progrès matériels.

En 1790, il n'y avait dans toute l'Union que quatre villes au-dessus de 10,000 âmes; la plus peuplée, Philadelphie en avait 42,000 et la population des villes formait 3 p, 100 de la population. En 1880 il y avait 963 villes (plus de 30 au-dessus de 100,000 âmes), New- York dépassait 600,000 âmes et la population des villes formait 25 p. 100.

En 1790 le commerce avec l'étranger consistait en une importation d'une valeur de 23 millions de dollars, une exportation de 20 millions. En 1880 il s'élevait à 650 millions de dollars d'importation, 700 millions d'exportation.

En 1790 le revenu fédéral était de 4 millions de dollars, la dépense fédérale de 1 million. En 1880 le revenu était de 300 millions, la dépense de 200.

Les républiques espagnoles d'A mérique. — Le gouvernement espagnol avait continé depuis lexvi® siècle à traiter ses colonies comme des domaines et à les faire gouverner par des Espagnols. Les créoles, c'est-à-dire les gens nés aux colonies, étaient écartés de toutes les fonctions et les règlements de commerce leur interdisaient d'acheter des

marchandises à d'autres qu'aux Espagnols. Quand TEspagne fut envahie par l'armée française en 1808» les créoles prirent parti, comme les Espagnols d'Europe, pour Ferdinand VII et refusèrent de reconnaître pour roi français l'usurpateur Joseph Bonaparte. Mais ils profitèrent de l'occasion pour réclamer des réformes. Dès 1808 les habitants de Caracas en Venezuela publièrent leur manifeste : ils demandaient que les créoles fussent égaux en droits aux Espagnols, qu'on leur donnât la liberté de cultiver et de fabriquer, d'importer, d'exporter, comme aux Espagnols ; qu'une moitié des fonctions leur fût réservée dans les colonies et qu'il y eût dans chaque capitale de vice-royauté une assemblée de représentants {junte) pour contrôler le gouvernement.

Les gouverneurs espagnols des colonies refusèrent, les colonies se soulevèrent et s'organisèrent en républiques à l'imitation des Etats-Unis.

La guerre fut longue, les insurgents étaient mal armés et mal disciplinés. Après la restauration de Ferdinand en Espagne, ils furent vaincus, ils étaient soumis presque complètement en 1816. Mais la révolution d'Espagne (1820-23) leur rendit courage. Une à une toutes les colonies finirent par forcer le roi d'Espagne à reconnaître leur indépendance. (L'Espagne ne garda que Cuba et les Philippines.)

Les colonies affranchies cherchèrent d'abord à se grouper en confédérations comme avaient fait les colonies anglaises ; mais les habitants, en majorité indiens ou métis, n'avaient aucune expérience du gouvernement, de plus ils se détestaient de province à province.

Au temps de la domination espagnole il y avait eu quatre vice-royautés : de Mexico (le Mexique), de Lima (le Pérou), de Santa-Fé (la Colombie), de Buenos-Aires (la République Argentine), et trois capitaineries gêné-

raies, Guatemala (l'Amérique centrale), Caracas (le Venezuela), Valparaiso (le Chili).

Les Etats fondés après l'insurrection correspondaient à peu près aux sept provinces espagnoles. Cependant le Paraguay, peuplé uniquement par des Indiens que les Jésuites avaient organisés, avait formé un Etat indépendant ; Venezuela s'était uni à la vice-royauté de Santa-Fé pour former la république de Colombie sous la présidence de Bolivar qui gouvernait aussi le Pérou, et un Etat créé par lui, la Bolivie (1).

Mais la plupart de ces Etats se disloquèrent, les habitants des régions éloignées ne voulant pas obéir a ceux de la capitale. L'Uruguay se sépara de Buenos-Aires et forma la République orientale de l'Uruguay (1828), Le Pérou et la Bolivie se révoltèrent contre Bolivar et formèrent deux républiques séparées. Les Etats-Unis de Colombie se brisèrent en trois morceaux, Nouvelle- Grenade, Venezuela, Equateur. L'Amérique centrale se révolta d'abord contre le Mexique (1823) pour s'organiser en Etats- Unis de V Amérique centrale. Puis les cinq Etats qui composaient cette confédération après de longues luttes, finirent en 1847 par se séparer.

Il y a aujourd'hui quinze républiques hispano-américaines.

Ces Etats nouveaux ont traversé une longue période de révolutions et de guerres civiles avant de parvenir à s'organiser. Le pays était à peu près désert, les Espagnols n'y étaient venus que pour s'enrichir ou pour mener la vie de grands seigneurs, non pour travailler ; aussi n'y avaitil guère que des capitales de province et des résidences

(1) Bolivar essaya même de réunir en une Confédération tous les États de l'Amérique. 11 avait convoqué un Congrès général à Panama ; mais il n'y vint que les délégués des pays qu'il gouver nait lui-même elles délégués du Mexique.

de grands propriétaires, séparées par des solitudes immenses; presque aucune industrie et peu de cultures. La population était formée en très grande majorité d'Indiens, de nègres ou de métis, à peu près sauvages, misérables et absolument ignorants. Les blancs eux-mêmes étaient à peines civilisés et ils venaient d'être assauvagis par une guerre féroce contre les Espagnols.

Presque partout ils se divisèrent en deux partis. Les conservateurs, qui avaient pour eux les grands propriétaires et le clergé, voulaient réserver les fonctions aux gens des grandes familles, établir un suffrage restreint, maintenir le catholicisme comme religion d'Etat en laissant au clergé ses domaines, ses tribunaux, ses privilèges et en interdisant toute autre religion, conserver la censure des journaux et écarter les étrangers. Les libéraux ou progressistes, qui se recrutaient surtout parmi les commerçants et les métis, demandaient l'abolition de l'esclavage, le suffrage universel, la liberté de culte, la confiscation des biens du clergé, ils voulaient favoriser l'immigration des étrangers (1).

On se divisait aussi en centralistes et fédéralistes. Les centralistes voulaient, àl'imitation des monarchies d'Europe, un gouvernement unique établi dans une capitale et qui enverrait des préfets administrer les provinces. Les fédéralistes voulaient un régime copié sur les Etats- Unis ; les provinces organisées comme des Etats presque souverains et reliées par un gouvernement fédéral.

En général les conservateurs ont été centralistes et les libéraux fédéralistes (excepté dans l'Amérique centrale).

(1) Dans certains pays les partis étaient désignés par des surnoms; les conservateurs s'appelaient au Meiique escoseses, au Chili pelucones (perruques) ; les libéraux du Mexique s'appelaient yorkinos.

Mais les luttes de partis servaient surtout de prétexte aux luttes entre des personnes ou entre des villes rivales. La très grande majorité des habitants, Indiens, nègres, métis, parfaitement incapables de comprendre aucune question politique, ne pouvaient s^attacher qu*à des chefs départis. Or la guerre avait laissé saris occupation beaucoup de chefs de bandes ambitieux et elle avait donné l'habitude de faire des armées en enrôlant par force les habitants. Il manquait d'éléments pour des luttes politiques, il n'en manquait pas pour des guerres civiles. Aux guerres civiles se sont jointes des guerres entre les Etats voisins, pour le règlement des frontières.

Aussi la guerre a-t-elle été l'état habituel des républiques espagnoles pendant près d'un demi-siècle. Mais il serait injuste, comme on le fait souvent en France, de déclarer ces Etats incapables de se gouverner parce qu'ils ont fait au xix® siècle l'apprentissage de la liberté politique que les pays d'Europe ont fait aux siècles passés (1). Leur apprentissage n'a été ni plus long ni plus sanglant que celui de l'Angleterre et de la France, il l'a même été moins.

Depuis 1870 les guerres civiles ont entièrement cessé et les guerres entre Etals sont devenues plus rares (2). Presque partout les progressistes ont triomphé des conservateurs, les fédéralistes des progressistes. Presque tous les Etats se sont organisés en Etats-Unis avec un Congrès fondé de deux chambres et un président élu pour quelques années comme en Amérique du Nord. Tous ont affranchi les Nègres, presque tous ont établi le suf-

(1) Il est remarquable que les États qui out fait le moins de progrès (Paraguay, Equateur, Bolivie) sont ceux qui ont été le moins troublés par les guerres civiles.

(2) Il n'y a plus eu que la guerre entre le Chili et le Pérou et une courte guerre dans l'Amérique centrale.

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frage universel et la liberté du culte et sécularisé le gouvernement. Tous se sont ouverts aux étrangers d'Europe et les ont appelés à venir exploiter leurs terres et leurs mines.

L'émigration est devenue active surtout depuis vingt ans. Le courant se dirige surtout vers la République Argentine qui a un climat moins brûlant et plus sain pour les Européens. Il débarque chaque année à Buenos-Aires plus de 100,000 émigrants. Ils viennent presque tous des pays latins, Italie, France (surtout le pays basque), Espagne. Ils s'établissent dans les vastes plaines {pampas) couvertes de prairies où l'on élève d'énormes troupeaux de bœufs et de moutons. Le sol, formé d'une couche épaisse de débris d'herbes donne, sans avoir besoin d'engrais, de merveilleuses récoltes de blé. Le colon n'a que la peine de labourer et de semer, il n'a pas à fumer, et quand le moment de la moisson est venue, des entrepreneurs qui parcourent le pays avec des machines se chargent de couper et de battre le blé.

Les autres républiques espagnoles, situées dans des climats plus chauds, attirent moins d'émigrants ; mais les capitaux des Européens commencent à s'y porter ; ils servent à construire des chemins de fer, è. ouvrir des mines, à établir des plantations.

A mesure que la population s'accroît la production augmente; c'est presque uniquement une production agricole et minière, du blé, des cuirs, de la viande, les produits des tropiques (café, cacao, tabac, coton, quinquina), des métaux et du guano. Ces denrées viennent se concentrer dans les ports d'où on les expédie par mer en Europe. L'Europe fournit en échange presque tous les objets manufacturés, car l'industrie est encore très insuffisante pour la consommation.

Avec la richesse a commencé l'ordre dans les finances

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publiques, Jusqu'à ces dernières années les républiques espagnoles (sauf le Chili) avaient toujours des budgets en déficit, et ne pouvaient d'ordinaire pas payer les intérêts de leur dette, aussi n'avaient-elles plus aucun crédit en Europe. Aujourd'hui l'équilibre se rétablit peu à peu, la confiance revient et les Etats qui ont besoin d'argent trouvent à en emprunter en Europe.

Les Etats espagnols de l'Amérique du Sud commencent à entrer dans la voie de travail et de prospérité matérielle où les Etats anglais de l'Amérique du Nord les ont précédés.

Le Brésil, — Le seul pays de l'Amérique du Sud qui n'appartînt pas aux Espagnols, le Brésil, est devenu un Etat indépendant à la même époque que les colonies espagnoles, mais avec moins de peine.

Lors de l'invasion française de 1808 la famille royale de Portugal s'était retirée au Brésil (c'était la principale colonie portugaise). Elle y resta même après le départ des Français. Les Portugais, mécontents d'être gouvernés par un souverain établi en Amérique, finirent par se révolter (1820) ; le roi se résigna à retourner à Lisbonne, laissant son fils Pedro régent du Brésil.

Les Cortès de Portugal voulurent bientôt forcer Pedro à revenir, il convoqua une assemblée nationale constituante qui déclara le Brésil indépendant et proclama le régent empereur du Brésil (1822). La flotte portugaise fut chassée.

Le Brésil, constitué en monarchie, fut organisé sur le modèle de la monarchie constitutionnelle de France et d'Angleterre, avec une chambre élue par le suffrage restreint, un Sénat formé de grands propriétaires et un ministère choisi par l'empereur.

Les difficultés étaient les mêmes que dans les repu-

us LE NOUVEAU-MONDE.

bliques espagnoles : le pays trop vaste, la population formée en grande majorité de nègres, de métis, d'Indiens ignorants et sans expérience politique.

Le Brésil ne fut pas préservé des guerres civiles. Le gouvernement eut à réprimer les révoltes du parti républicain à Pernambuco et à Para, et les révoltes des provinces du sud. Les guerres furent presque aussi sanglantes et aussi longues que dans la République Argentine. Peu à peu les mœurs se sont adoucies et depuis 1863 les guerres ont cessé.

La lutte a continué entre les conservateurs et les libéraux. En 1880, la Constitution a été revisée, les libéraux modérés sont arrivés au pouvoir et ont supprimé les privilèges du clergé. En 1889 le parti républicain a brusquement renversé le gouvernement impérial et transformé le Brésil en République.

Le Brésil possède un territoire immense, tout le bassin de TAmazone et toute la côte depuis la Guyane jusqu'à rUruguay. La plus grande partie est inhabitable pour les Européens, c'est un désert couvert de forêts marécageuses parcouru par des tribus sauvages. La seule partie habitée est celle qui s*étend à Test, le long de la côte de TAllantique. Le nord de cette région, situé dans la zone tropicale, est un pays de grandes plantations de café et de tabac; il est cultivé surtout par des nègres ; le sud, qui a un climat moins chaud, semblable à celui de la République Argentine, est apte à recevoir des colons européens et l'émigration a commencé à s y porter.

Abolilion de r esclavage en Amérique. — Tous les peuples européens qui possédaient des colonies en Amérique y avaient introduit, pour cultiver le café et la canne à sucre, des esclaves nègres achetés sur la côte d'Afrique.

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