L'ÉCOLE ROMANTIQUE
saut, Sturm und Drang), Ils aiment à parler de leurs propres émotions. Ils prennent volontiers leurs sujets dans la vie de chaque jour, et quand ils mettent en scène le passé, ce n*est pas dans l'antiquité, c'est dans les temps modernes et Thistoire germanique qu'ils vont de préférence choisir leurs héros (Egmont, Guillaume Tell, Wallenstein). Ils parlent non plus en style noble, mais en langage familier, non plus avec mesure, mais avec passion; l'impression qu'ils veulent produire est l'enthousiasme. C'est qu'ils n'écrivent plus pour « la bonne compagnie » seulement, ils s'adressent k toutes les classes de la nation, et de préférence à la bourgeoisie. Schiller a été avant tout le poète des femmes et des jeunes gens.
Cette littérature nouvelle fut reçue en Allemagne avec des transports d'admiration ; elle était moins parfaite que la littérature classique, mais on la trouvait plus animée, plus naturelle et plus touchante. L'enthousiasme se communiqua aux autres pays et, dès le commencement du XIX® siècle, la littérature allemande commença à donner le ton dans toute l'Europe.
Les écrivains allemands qui suivirent le mouvement littéraire commencé par Goethe et Schiller s'appelèrent les romantiques^ parce qu'au lieu d'imiter l'antiquité, ils prenaient leurs modèles dans les romans du moyen âge (1). L'école romantique était née en Allemagne (avec Schlegel, Tieck, Brentano). Elle se distinguait par son enthousiasme pour la chevalerie et l'Eglise catholique, son mépris de l'antiquité païenne, son goût pour les légendes populaires et pour le fantastique.
Dès la fin du xvm° siècle, une école romantique se forma en Angleterre. Ce n'était d*abord, suivant l'ex-
(1) Par une singulière déviation de sens, le mot romantique (qui signifie roman) en est arrivé à désigner la littérature germanique par opposition à la littérature romane (latine et française).
pression de ses fondateurs/ qu'une « secte de dissidents en poésie » qui essayaient « d'adapter aux usages de la poésie le langage ordinaire de la conversation de la moyenne et de la basse classe ». Ils revenaient aux vieilles ballades du moyen âge et inventaient des formes nouvelles de vers. Puis vinrent les romantiques philosophes, Woodsworth, Cowper, enfin les deux grands poètes, Shelley et Byron et le romancier Walter Scott, qui firent triompher le romantisme en Angleterre.
En France le romantisme commence sous Napoléon ; Chateaubriand met à la mode le moyen âge et l'Amérique, Madame de Staël fait connaître TAliemagne au^ public français. V école romantique achève de se constituer sous la Restauration. On considère comme le manifeste de cette école la préface du drame de Cromwell de Victor Hugo, parue en 1827. — Les romantiques déclarent que la tragédie et la comédie sont des formes fausses et vieillies ; ils les remplacent par le drame, qui doit réunir sur le théâtre le sublime et le grotesque comme ils sont réunis dans la nature, en y joignant la beauté des vers et la beauté de la mise en scène. - — Ils ne veulent plus pour héros des Grecs et des Romains, ils iront prendre leurs sujets et leurs inspirations dans le moyen âge et la Renaissance, en Allemagne, en Espagne, en Orient. — Ils reprochent aux classiques d'avoir représenté les anciens semblables à des modernes; quant à eux, ils prétendent montrer les personnages tels qu'ils étaient véritablement, avec leur langage, leurs sentiments, leurs costumes : cest ce qu'il appellent la couleur locale, — Ils ne veulent plus du style noble, il leur faut une langue variée et pittoresque ; ils font rentrer dans la langue littéraire tous les mots familiers que les classiques en avaient proscrits; ils vont même chercher dans le dictionnaire des termes techniques et des rimes nouvelles pour enrichir la langue et la poésie.