L'ÉCOLE RÉALISTE
. — Ils condamnent l'art classique comme faux, guindé, monotone et sec; ils veulent fonder un art qui soit plus souple, plus varié, plus conforme à la nature et qui ira directement au cœur.
Sous la Restauration éclate en France la querelle des classiques et des romantiques. Elle prend la forme d'une lutte entre les hommes d'âge et les jeunes gens, les uns attachés aux formes correctes et au style noble de l'ancien genre classique, les autres enthousiastes de la langue familière et des formes passionnées de la nouvelle école romantique. Les classiques se mettent sous l'invocation de Racine, les romantiques sous l'invocation de Shakespeare. C'est une lutte violente et puérile, où l'on injurie non seulement ses adversaires, mais les deux grands hommes qu'on regarde comme les représentants des deux genres. Racine et Shakespeare. Au théâtre la querelle dégénère en bataille entre les partisans de la tragédie classique et les partisans du drame romantique : les uns sifflent, les autres applaudissent, souvent on en vient aux coups.
Les classiques ont d'abord pour eux le nombre. Le parti de la « jeune France '> ne se compose encore que de quelques jeunes gens exaltés, les « romantiques chevelus ». Mais tous les écrivains d'avenir sont avec eux et peu à peu, à partir de 1830, ils rallient à eux tout le public.
L'école réaliste. — Les romantiques, à leur tour, ont été attaqués au nom de la vérité et de la nature. Leurs drames et leurs romans historiques, a-t-on dit, ne sont pas plus dans la nature que la tragédie classique. Leur couleur locale n'est qu'une illusion : leurs chevaliers du moyen âge, leurs hommes de la Renaissance, leurs Orientaux, ne sont pas plus vrais que les Grecs et les Romains des classiques ; eux aussi ne sont que des per-
Bonnages modernes affublés d*un costume ancien, mais auxquels Fauteur a donné les sentiments et le langage d*un homme de 1830.
Ces adversaires nouveaux des romantiques apparaissent en France vers 1848 et finissent par se constituer en école. Du mouvement romantique ils ne conservent que la langue ; mais ils rejettent le drame et le roman historiques, prennent leurs sujets dans la vie contemporaine et ne cherchent plus qu'à représenter ce qu'ils ont vu. Leur prétention est de reproduire la réalité et de peindre la nature telle qu'elle est; aussi décrivent-ils longuement les scènes de la vie avec des détails minutieux, afin d'en donner une idée complète et exacte. Ils se sont appelés réalistes et dans ces dernières années naturalistes. Ce sont eux qui dominent, non seulement en France, mais en Angleterre et en Russie. Il y a même des romanciers réalistes en Allemagne. La littérature contemporaine est surtout une littérature d'observation ; son genre favori est le roman de mœurs, qui raconte des épisodes de la vie de chaque jour.
Mais l'abondance des détails exacts, qui est le trait commun de toute cette école, peut s'aJlier à deux sentiments opposés : ou à une curiosité froide, qui ne voit dans les personnages qu'un sujet d'études, ou au contraire à une vive sympathie de l'auteur pour les émotions de ses héros. De là deux genres très différents : dans l'un l'auteur décrit et analyse les aventures et les émotions de ses personnages comme un témoin indifférent (c'est le genre impassible, qui domine en France) ; dans l'autre l'auteur raconte les joies et les souffrances de ses personnages avec émotion, comme s'il les partageait (c'est le genre des romanciers anglais et russes).
Les genres, — Aucune littérature n'a été aussi variée