LES SCIENCES MORALES
vants, les travaux faits par les ingénieurs dans les carrières et les tranchées de chemin de fer ont fourni des échantillons innombrables des espèces de terrains et des espèces d'animaux qui se sont succédé sur le globe. — La physiologie générale a été constituée en France par Claude Bernard au moyen des expériences sur les animaux vivants {vivisections) ; ï histologie en Allemagne, au moyen des études au microscope. — Toutes ces sciences ont été groupées en un système par l'hypothèse de Vévolution que Darwin a formulée à propos des animaux et qui a été étendue k toutes les sciences naturelles. Cette hypothèse a permis de relier des faits isolés jusque-là et a donné une nouvelle direction aux recherches.
Les sciences morales, — On a essayé, pour la première fois au XIX® siècle, d'étudier méthodiquement les phénomènes morauXf c'est-à-dire les manifestations de l'esprit humain (les langues, les livres, les lois, les institutions), et de chercher les lois qui les régissent. Ce travail a été commencé d'ordinaire en France par des travailleurs isolés et continué en Allemagne par les professeurs des universités.
On a retrouvé les langues et les religions de l'Inde et de la Perse. En les comparant aux langues et aux religions des Grecs et des Latins, on a créé la philologie et la mythologie comparées, — On s'est aperçu que les langues ne se forment pas au hasard, mais suivant des lois régulières. La grammaire n'était jusque-là qu'un recueil de règles dont on ne savait pas les raisons; Grimm et Bopp en ont fait une science qui explique l'origine et les transformations des langues. — En faisant entrer dans la comparaison les langues des peuples de la| Chine et les langues des sauvages recueillies par les
missionnaires, Humboldt a créé une science générale des langues, la linguistique (1).
On a voulu de même renouveler Vhistoire, Au lieu d*un simple récit, on a cherché à en faire une étude méthodique des transformations des sociétés humaines. L'entreprise a été tentée surtout par les philologues et les érudits allemands. Ils ont posé le principe que l'histoire ne peut être faite qu'avec les documents authentiques; ils ont appliqué une méthode critique qui permet de reconstituer les textes altérés et d'en déterminer la valeur. On a fouillé le sol de la Grèce, de l'Italie, de l'Egypte, de TAssyrie, pour y retrouver les inscriptions et les débris de monuments ; on a cherché dans les bibliothèques et les archives des documents sur l'histoire de l'Europe. Grâce à ces efforts continués pendant un siècle, l'histoire est devenue presque une science.
On a appliqué aussi la méthode historique à l'étude des sociétés; on a cherché comment se sont formées les lois et les institutions des peuples. Ainsi sont nés le droit histonque (créé par l'école allemande dont le chef est de Savigny), la politique historique, Véconomie politique historique. En ce sens on a pu dire que le xix* siècle est le siècle de r histoire.
La philosophie dans notre siècle a produit deux grandes écoles, l'école allemande et l'école anglaise.
Les philosophes allemands depuis Kant sont avant tout des métaphysiciens; ils cherchent h construire un système qui explique l'ensemble du monde et la place de l'homme dans l'univers. Chacun des grands philosophes (Kant, Fichte, Schelling, Hegel, Schopenhauer) a eu son système original. Par la profondeur de leur pensée et la beauté poétique de leurs créations, ils ont
(1) On réserve aujourd'hui le nom de philologie à l'étude des auteurs, on appelle linguistique Tétude des langues.