CHAPITRE VII
ou ' *
Aperçu de l’histoire de l’intellect anglais depuis le milieu du seizième siècle jusqu’à la fin dix-huitième.
H est difficile à un lecteur ordinaire, vivaut dans le milieu du dix-neuvième siècle, de comprendre que, seulement trois cents ans avant sa naissance, l'esprit public puisse avoir été aussi enfoncé dans les ténèbres que nous l'avons montré dans le chapitre précédent. Il lui est encore plus difficile de comprendre que cet état d’obscurité mentale était partagé non seulement par les hommes d’éducation ordinaire, mais même par des hommes d'un talent remarquable, qui, sous tous les' rapports, se trouvaient à la tête de leur siècle. Le lecteur peut s’assurer lui-même que l’évidence donnée est incontestable; il peut vérifier les assertions que j’ai avancées, et reconnaître qu’aucun doute ne peut être élevé quant à leur véracité ; cependant il aura encore de la peine à croire qu’il y ail jamais eu une condition sociale dans laquelle des absurdités aussi puériles étaient reçues comme des vérités
raisonnables et importantes, et qui formaient une partie essentielle de la masse générale des connaissances européennes.
Mais un examen plus approfondi dissipera rapidement celte surprise naturelle. Dans le fait, au lieu de s’étonner de la croyance que l’on accordait à ces choses, il y aurait plutôt lieu d’être surpris si elles avaient été rejetées. Car dans ces temps-là, comme à toute autre époque, tout était à l’avenant. Non seulement dans la littérature historique, mais dans tous les genres de littérature, en science, en religion, en législation, le premier principe était une crédulité aveugle et sans bornes. Plus ou étudie l’histoire de l’Europe antérieure au dix-septième siècle, plus on reconnaît la vérité de ce fait. De temps en temps, apparaissait un grand homme qui avait ses doutes relativement à cette croyance universelle, qui émettait tout bas un soupçon quant à l’existence réelle de géants ayant une taille de trente pieds, de dragons avec des ailes, et d’armées volant à travers les airs; qui pensait que l’astrologie pourrait bien être une fourberie, et la nécromancie une chimère ; et qui osait même mettre en doute la nécessité de noyer les sorcières et de brûler les hérétiques. Il y avait sans doute quelques hommes de ce genre ; mais on les méprisait comme de pauvres théoriciens, comme des visionnaires sans cervelle, qui, ignorant la pratique de la vie, mettaient avec orgueil leur propre raison en opposition avec la sagesse de leurs ancêtres. Dans la condition sociale au milieu de laquelle ils étaient nés, il leur était impossible d’avoir une influence durable. Dans le fait, ils avaient assez à faire pour assurer leur propre sécurité; car jusque vers la fiu du seizième siècle, il n’y avait pas de pays dans lequel un homme put exprimer ouvertement, sans encourir de grands
dangers, un doute relativement aux croyances de ses contemporains.
Il est pourtant évident que le progrès était impossible tant que le doute ne commençait pas à se montrer. En effet, nous avons vu clairement que le progrès de la civilisation dépend uniquement des acquisitions faites par l'intelligence humaine, et de la manière plus ou moins large dont elles sont répandues. Mais les hommes qui sont parfaitement satisfaits de leur propre savoir n’essaieront jamais de l’accroître. Les hommes qui sont parfaitement convaincus de la justesse de leurs opinions ne se donneront jamais la peine d’examiner les bases sur lesquelles ces opinions sont élevées. Ils jettent toujours un regard d'étonnement, souvent d’horreur, sur les idées contraires à celles qu'ils ont reçues en héritage de leurs pères, et tant qu’ils sont dans cette condition d’esprit, il est impossible qu’ils puissent recevoir aucune vérité nouvelle qui porte atteinte à leurs conclusions passées.
C’est pour cette raison que, quoique l’acquisition de connaissances nouvelles soit l’avant-coureur nécessaire de tout progrès social, cette acquisition doit elle même être précédée par l’amour de l'investigation, et, par conséquent, par l’esprit de doute, parce que, sans le doute, il n’y a pas d’investigation possible, et, sans investigation, il ne peut y avoir de savoir. Car le savoir n’est pas un principe inerte et passif, qui vient à nous de gré ou de force; il faut le chercher avant de le trouver ; il est le produit de beaucoup de travail et, par conséquent, de grands sacrifices ; et il est absurde de supposer que l’homme consentirai! travailler et à faire des sacrifices à propos de choses dont il est déjà parfaitement satisfait. Celui qui n’a pas conscience des ténèbres ne
recherche jamais la lumière. Celui qui est arrivé à la certitude sur un point quelconque ne fait plus de recherches sur ce point, parce que la recherche serait inutile, peut-être dangereuse. Le doute doit intervenir avant quc l’investigation puisse commencer. Nous avons donc, comme cause première, ou, en tout cas, comme antécédent nécessaire de tout progrès, le doute, le scepticisme, dont le nom seul est une abomination pour les ignorants, parce qu’il trouble leurs esprits paresseux et satisfaits ; parce qu’il dérange leurs chères superstitions; parce qu’il leur impose la fatigue de l’investigation, et parce qu’il excite même les intelligences apathiques à rechercher si les choses sont vraiment ce qu'on les suppose, et si tout ce qu’on leur a appris à croire depuis leur enfance est vrai.
Plus nous examinons ce grand principe du scepticisme, plus nous voyons distinctement le rôle immense qu’il a joué dans le progrès de la civilisation européenne. Pour énoncer en termes généraux ce qui sera complètement prouvé dans celte introduction, on peut dire que nous devons au scepticisme cet esprit d’investigation qui, pendant les deux derniers siècles, a graduellement empiété sur tous les sujets; qui a reformé chaque branche des connaissances pratiques et spéculatives; qui a aflaibli l'autorité des classes privilégiées, et placé ainsi la liberté sur une base plus solide; qui a châtié le despotisme des priuces, réprimé l’arrogance des nobles, et même diminué les préjugés du clergé. En un mot, c’est lui qui a remédié aux trois erreurs fondamentales de l’ancien temps : erreurs qui rendirent le peuple trop confiant eu politique, trop crédule en science, trop intolérant en religion.
Ce résumé rapide de ce qui a été réellement accompli
étonnera peut-être les lecteurs auxquels des investigations aussi vastes ne sont pas familières. Néanmoins, l’importance du principe en litige est si grande, que je me propose dans cette introduction de le confirmer par un examen de toutes les formes marquantes de la civilisation européenne. Une investigation de ce genre nous amènera à la conclusion remarquable qu’aucun fait particulier n’a affecté les différentes nations autant que la durée, la quantité, et surtout la dispersion de leur scepticisme. En Espagne, l’Église, aidée par l’inquisition, a toujours été assez forte pour punir les écrivains sceptiques, et pour empêcher, non l’existence, mais la promulgation d'opinions sceptiques (1). Aussi, l’esprit de doute étant étouffé, le savoir resta presque stationnaire pendant plusieurs siècles, et la civilisation, qui est le fruit du savoir, resta également stationnaire. Mais en Angleterre et en France, qui sont, comme nous le verrons bientôt, les contrées dans lesquelles le scepticisme apparut d’abord, et dans lesquelles il a été le plus largement propagé, les résultats furent bien différents, et l’amour de l’investigation étant encouragé, il en résulta le progrès constant des connaissances auquel ces deux grandes nations doivent leur prospérité. Dans la dernière partie de ce volume, je suivrai l’histoire de ce principe en France et en Angleterre, et j’examinerai les différentes formes sous lesquelles il s’est présenté, et de quelle manière ces formes ont
(4) Relativement à l’infloencede lu littérature française qui, vers lu Un du dix huitième siècle, pénétra en Espagne, malgré les efforts dn clergé, et répandit le scepticisme parmi les classes éclairées, compares Llorente, Histoire tte V inquisition, t. I, pag. 312; t. Il, pag. 5(3, t. IV, pag. 98,99, 1Q2, 14#; Doblado, Letters front Spain , pag. 115,119, 110, 133. 231, 232; lord Holland, Foreign Réminiscences, édit. 1850, pag. 76: Sowlhey, Hist. of Brazil , t. III, pag. 607, et un exposé imparfait dans Alison , History of Europe , t. X, pag. 8. Pour ce qui regarde les colonies espagnoles, comparez Hnmboldt, IVouveUê Espagne, t. H, pag. 818, avec Ward, Mexico, 1. 1, pag. 83.
HISTOIRK
influencé les intérêts nationaux. Dans cette investigation, je donnerai la priorité à l'Angleterre, parce que, par la raison que j’ai déjà donnée , sa civilisation doit être considérée comme plus normale que celle de la France, et que, malgré ses nombreuses imperfections, elle se rapproche plus près, du type naturel, que la France n’a pu le faire. Mais comme les détails les plus complets sur la civilisation anglaise se trouvent dans le corps même de cet ouvrage, je me propose de ne lui donner qu’un seul chapitre dans cette introduction, et de considérer notre histoire nationale seulement sous le rapport des conséquences immédiates du mouvement sceptique ; réservant pour une autre occasion ces matières subsidiaires qui, quoique. moins compréhensives, ont cependant une grande valeur. Et comme la croissance de la tolérance religieuse est sans aucun doute la plus imporiante de toutes, j’exposerai d’abord les circonstances dans lesquelles elle a commencé en Angleterre, dans le courant du seizième siècle, et je montrerai ensuite comment d’autres événements, qui eurent lieu immédiatement après, faisaient partie du même progrès et étaient, en réalité, les mêmes principes agissaut dans des directions différentes.
Une élude attentive de l’histoire de la tolérance religieuse prouvera que, dans chaque contrée chrétienne où elle a été adoptée, c’est l’autorité des classes séculières qui l’a imposée au clergé (1). A notre époque, elle est encore inconnue aux
U) Sir William Temple remarquait, il y a pré* de deux cents ans, que le clergé avait moins de pouvoir eo Hollande que dans toute autre contrée, et que, par conséquent, il y avait dans ce pays une tolérance extraordinaire. Observations upon lhe United Provinces , dans Temple, Work», t. I, pag. i57, 1 62. Environ soiiante et dix ans plus lard La même consoquence était tirée par un autre observateur subtil, Le Blanc, qui, après avoir parlé de l'esprit libéral des différentes sectes de la Hollande, ajoute : « La grande raison d'une harmouie si parfaite est que tout s'y règle par les séculiers de chacune de ces relt-
DE LA CIVILISATION EN ANCLETEItltE.
nations chez lesquelles la puissance ecclésiastique est plus forte que le pouvoir temporel; et rtmune cela fut, pendant plusieurs siècles, la condition générale, il n’est pas étonnant que, dans l'histoire primitive de l'Europe, nous trouvions à peine une trace d’une opinion si sage et si bienveillante. Mais au moment où Élisabeth montait sur le trône d’Angleterre, notre pays était divisé, d’une manière à peu près égale, entre deux croyances; et la reine, avec une habileté remarquable, trouva moyen pendant quelque temps de maintenir si bien l’équilibre entre ces deux puissances rivales, que ni l’une ni l’autre ne put prendre une" prépondérance décisive. C’était le premier exemple qu’on vit en Europe d’un gouvernement marchant avec succès sans la participation active de l’autorité spirituelle; et il en résulta que pendant plusieurs années le principe de tolérance, quoique imparfaitement compris, fut poussé ù un degré vraiment étonnant pour une époque aussi barbare (1). Malheureusement, au bout de quelque temps, diverses circonstances, que j’exposerai en leur lieu, engagèrent Élisabeth à changer une politique que peut-être, même avec toute sa sagesse, elle considérait comme un essai dangereux, et pour laquelle son pays était à peine assez mûr. Mais, tout en permettant alors aux protestants de satisfaire leur haine contre les catholiques, il y avait, au milieu des scènes sanguinaires qui se succédèrent, une circonstance bien digne de remarque. Quoique un grand nombre de persounes fussent incontestablement exécutées uniquement à cause de leur religion* personne n’osait dire
glons et qu’on n’y souffrirait pas des ministres dont le tôle imprudent pourrait détruire rette heureuse correspondance. • Le Blanc, Lettres d'un Français, 1. 1, pag. 73.
(I) • ln the first eleren years of ber reign, nol one Roman Catholic «ras prosecuted capilally for religion. » Neal, Hist. of the Puritans, t. I,pag. 444 ; Collier fait la même remarque dans son Etcles . Hist., t. Vil, png. 351, f 840.
ouvertement que leur religion était la cause de leur exécution (1). On leur infligent les punitions les plus barbares; mais on leur disait qu’ils *pouvaient y échapper en reniant certains principes qui étaient considérés comme nuisibles à la sûreté de l'État (2). Il est vrai que la plupart de ces principes étaient tels qu’un catholique ne pouvait les renier sans renier en même temps sa religion dont ils formaient une partie essentielle. Mais le fait seul que l’esprit de persécution était forcé d’avoir recours à un pareil subterfuge prouvait que le siècle avait fait un grand pas en avant. En réalité, ce fut un grand point de gagné lorsque le bigot devint hypocrite; et lorsque le clergé, quoique jaloux de brûler son prochain pour le bien de son âme, fut forcé de justifier sa cruauté en alléguant des considérations d’une nature plus temporelle et, dans son opinion, moins importante (3).
(1) Sans citer l'impudence arec laquelle, en 1606, le premier jnge Popham fil l'apologie des traitements barbares qu’on infligeait aux catholiques (Campbell, Chief Justices, t. I, Pig. *?5), je donnerai les paroles des deux successeurs d’Élisabeth. Jacques I** disait : « The Irewth is according to my own knowledge lhe late qnccne of fanions mernory never punisbed any papisl for religion. > Works of King James. Londres, <616, pag. 252. Et Charles I" disait : • I am informed neilher queen Elizabeth nor my falher deid ever avow lhat any priest in their times was executed merely for religion. » Parlcm. flist, , t. Il , pag. 713.
(2) Otait la défense adoptée en 1583 dans un ouvrage intitulé : The Execution of fustice fn Englaml et attribué A Bnrleigh. Voyez Hallam, Const. Hist 1 . 1, pag. U6,U7,el Somcrs Tracts , 1. 1, pag. 18^208 ; « A number of persons whoro they tqrm as martyrs. » Pag. 195. Et à la page 202 l'auteur attaque ceux qui ont «entilled certain lhat bave snflored for treason to be martyrs for religion. * C'est ainsi que de nos jours les adversaires de l'émancipation catholique se sont trouvés forcés d’abandonner le vieux terrain de la théologie et de défendre la persécution des catholiques par des arguments politiques plutôt que par des raisons religieuses. Lord Eldon, qui était certainement le chef le plus influent du parti du l’intolerance, dit, dans on discours prononcé à la chambre des lords eu 1810, que « the euaetments agaiust lhe Catholics were meanl to guard , not against tbe abstract opinions of their religion, bot against lhe polilica! dangers of a failli which acknowledged a foreign supremacy.» Twiss, Life of Eldon, t. I,pag. 435,483,501, 577-580. Comparez Alison, Hist., t. I,pag 379 et suiv., résumé des débats de 1805.
(3) M. Sewelt semble avoir l'idée de ce changement dans son ouvrage Christian Politics, 1844, pag. 277. Comparez Colertdge, note daus Sou they, Life of Wesley, 1. 1, pag. 70. Un
Une preuve remarquable du changement qui se faisait alors se trouve dans les deux ouvrages de théologie les plus importants qui parurent en Angleterre sous le règne d’Élisabeth. L'EcclesiasticalPolily, de Hooker, fut publié à la fin du seizième siècle (1), et est encore considéré comme un des remparts les plus importants de notre Église nationale. Si nous comparons cet ouvrage avec I ’Apology for the Church of England , de Jewel, quiaélé écrit trente ans avanl{2), nous serons frappés de la différence entre les méthodes employées par ces éminents écrivains. Hooker et Jewel étaient tous les deux des savants et des hommes de génie. Tous deux connaissaient parfaitement la Bible, les Pères et les conciles de l’Église. Tous deux écrivaient dans le but avoué de défendre l’Église d’Angleterre, et tous deux savaient bien manier les armes ordinaires de la controverse théologique. Mais là s’arrête la ressemblance. Les hommes se ressemblaient beaucoup; leurs ouvrages sont entièrement différents. Pendant les trente années qui s’étaient écoulées entre les deux ou- .
écrivain capable dit en parlant des persécutions que l'Église d'Angleterre dirigeait au dii'Septième siècle contre ses adversaires : • This is tbe siale pretcnce of the clergy in ail countries, aller lhej hâve soliciled the gorernment to inake penal iaws against those lhey eall herelics or schismatieks, and prompted the magistrales to a vigorous execution, the» they lay ail tbe odiom on the civil powrr ; for whom lhey hâve no excuse to allège, but tha' snch men snITered, not for religion, but for disnbedience to the Iaws. * Somerx Tracts , I. XII , pag. 534. Vojei aussi Butler, Mem. of the Catholic* , t. I, pag. 389, et t. Il, pag. 44-46.
(1) Les quatre premiers volumes, qui sont sous tous les rapports les plus importants, furent publiés en 1594. Wallon, Life of Hooker, dans Wordsworth, Ecc.lesiast. Diog.„ t. III, pag. 5U9. Le sixième volume n'est pas considéré comme authentique, et on a de** doutes sur le septième et le huitième, mais M. Hallain pense qu'ils sont véritablement de Hooker, Lit eralurc of Europe, t. Il, pag. 24,35.
(2) Jewel, Apology, fut écrit en 1561 ou 4562. Voyex Wordsworth, Ecoles. Uiog., 1. 111. pag. 343. Cet ouvrage, la Bible, et Fox, Martyr*, furent, par ordre d’Élisabeth, « to bc flxed in ail partsh churches, to be road by the peoplc. » Aabrey, Letters, t. Il, pag. 41 Cet ordre, en ce qui concerne Jewell, Dtftnce, fut renouvelé par Jacques I*' et par Charles !*\ Butler. Mem. of the Catholics, l. IV, pag. 443.
vrages, l’intellect anglais avait fait d'immenses progrès, et les arguments qui étaient parfaitement satisfaisants du temps » de Jewel, n'auraient pas reçu la moindre attention à l'époque à laquelle Ilooker écrivait. L’ouvrage de Jewel est rempli de citations tirées des Pères et des conciles, et il semble regarder leurs assertions comme des preuves positives, lorsqu’elles ne sont pas contredites par les Écritures. Hooker, tout en montrant le plus grand respect pour les conciles, concède peu d’importance aux Pères, et pense évidemment que ses lecteurs n’accorderaient que peu d'attention à leurs opinions. Jewel inculque l’importance de la foi ; Hooker insiste sur la nécessité d’exercer la raison (1). Le premier emploie tout son talent à réunir les décisions de l'antiquité, et à décider la signification qu’elles peuvent avoir. L’autre cite les anciens, plutôt dans le but de prouver ses propres arguments que par respect pour leur autorité. Ainsi, Hooker et Jewel affirment tous les deux le droit incontestable que possède le souverain d’intervenir dans les affaires ecclésiastiques. Jewel, cependant, s'imaginait avoir donué la preuve de ce droit, lorsqu'il avait constaté qu’il avait été exercé par Moïse, par Josué, par David et par Salomon (2).
(1) « Wliere fore the natur.il measure whereby to jodge our doings is, tbe sentence of reason determining and setlling dovro what is good lo be done. « Perl. Polit y., liv. i, sect. vin» dans Hooker, Works, 1. 1, pag. 99. Il demande à ses adversaires « not to exact at our bands for every action the knowledge of sonie place of Scripture ont of which nie stand bound to deduce is as by divers testimonies they seek to enferre, but ralher as the Irttlh is so to acknowledge , tbat it sufliceth if such actions be framed accord ing, to the law of reason.» Livre u, sect. i, Works, 1. 1, pag. 151. • For men to be tind and led by authority :ut it were with a kind of captivity of judgmenl, and thougli there be reason to the contrary, not tolislen unlo it, but to follow,like beasts, the first in tho herd, they know not norrare uotwhitber.tbis avare brulish ; again that authority of men shoold prevail wilh men,either agaiost or above Reason, is no part of our belief. Companies of learned men, be they ne ver so great and revorend, are to vield to reason. » Liv. ii, sect. vu, 1. 1, pag. 18J, 183.
(1) Après avoir cité Isaïe, il ajoute : « Præter, inquam, h.ec omnia, ex historii* et optimorum temporum exempiis v idem us pios principes proeurationein ecclcsiarum ab offieto
Hooker, de son côté, allirme que ce droit existe, non parce qu'il est ancien, mais parce qu’il est judicieux, et parcequ’il est injuste de supposer que des hommes, qui n’appartiennent pas au clergé, consentiront à être enchaînés par des lois établies seulement par le clergé (I). C’est avec le même esprit d’opposition que ces deux grands écrivains conduisent la liéfense de l'Eglise dont ils font partie. Jewel, comme tous les auteurs de son époque, avait exercé sa mémoire aux dépens de sa raison, et il s'imagine avoir mis fin ti la dispute en réunissant force textes de la Bible, avec les opinions des commentateurs (2). Mais Hooker, qui vivait à l’époque de
suo nunquam pula»>e aliénait]. — Aloses civilis magistral!!» , ac ductor populi, omnem religionis, et sarrorum rationem, et arrepil a Deo, et populo tradidit, et Aaroueni episcopum de aurco vilulo, et do violata religione, veheuieulor el graviter castigavit. Josue, elai aoo alîud erat, quant magisiraln* civilis, tamco curu primum ioaugurareturet prrefleeretur populo, ac répit mandata nomination de religione, deque colendo Deo. — David rex,cum omnis jam religio, ab impio rege Saule prorsos esset distipala, reduxit arcain Dei, hoc est, religione m rest Huit : nec tantum adfuit ut admonitor aut horlator o péris, sed eliaru psalroot et hymnos dédit, et classes disposait, el pompara institoit, el quodammodo præfuit sacerdotihus. — Salomon rex ædificavit teoiplum Domioo, qood ejus pater David aoimo tantum deslinaveral : et poslreroo orationem egregiain habuit ad populum de religione, et cultu Dei; et Abiatharozn episcopum poslea summovit, et io ejns lorum Sadocum sorrogavil. » Apolog. Eccl& Anglic., pag. 161,163.
(1) Il dit que, quoique le clergé puisse être regardé comme plus compétent que les séculiers pour régler les affaires ecclesiastiques , cela ne lui sert à rien en pratique. • Il were unnatural not to tbink tbe pastors and bishops of our soûls a gréai deal more lit lhan men of secular trades and rallings; howbeit, «ben ail wbich lhe wisdom of ail sorts can do u done, for the devising of laws in the churcb, it is the general consent of ail that giveth tbem the form aud vigour of laws. wilhout wbich they could be no more unlo us ttiao the rounsels of pbysicians to the sick. » ErrlrAiaMical Polity, liv. vm, sert, vi, l. III, pag. 303. Il ajoute pag. 336: «Till it be proved thaï some spécial law of Christ hath for everanneied uolo the clergy alone the power to make ecclesiastical laws, we are to hold it a thing most ron*onnnt wilh egviiy and reaton , that no ecclesiastical laws be made io a Christian commonweallb, withoul consent as we il of the laityas of tbe clergy, but leastofall without consent of the higbest power. •
(i) • Quod »i docemu» sacrosanctum Dei evangelinm, et veleres episcopos, atque Ecde- 'iam primitivam nobiscum facere. » S'il en était ainsi, icelle époque, « speramos, nemioem illorum (ses adversaires) ita negligentem fore salutis suc, quin ut velit aliquando cogiU- Uooem suscipere, ad utros polius »*• adjungat. > Apolog. Kccte ». Anglic., pag. 17. A la page 53, il demande avec indignation si quelqu’un osera accuser les Pères : • Ergo Urigenes, Ambrosius, Augustinus,Chrysosloraus,Geiasius,Theodoretus eranl desertores fidei catho-
Shakespeare et de Bacon, se trouvait forcé de prendre des vues d’une nature beaucoup plus vaste. Sa défense n’est basée ni sur la tradition, ni sur les commentateurs, ni même sur la révélation , mais il ne demande pas mieux que les prétentions de ses adversaires soient décidées d’après la possibilité de les appliquer aux grandes exigences de la société, et d’après la facilité avec laquelle elles s’adaptent aux nécessités générales de la vie ordinaire (1).
Il n’est pas nécessaire d’avoir une grande pénétration pour voir l’importance immense du changement que ces deux ouvrages éminents représentent. Aussi longtemps qu’une opinion théologique était défendue par la vieille méthode dog-
lies? Ergo lot velerum cpiscoporum et doclorum viroram tanta conseosio nihilaliud eral qoam eonspiralic hærelicorum? Aol quod tum laudabalur in illis, id nanc damuatnr in nobis? Qnodque in illis er.il catholicam, id nane mutai is tantum hominum voluntalibns, repente facium est scbismaticum? Aut qaod olim erat verom, mine stalim, quia istis non placet, erit faisant? > Son oavrago est rempli de ce genre de déclamation qni n'est pas sans éloquence, mais qni, A notre époque, ne semblerait pas très concluante.
(4) Celle vaste idée remplit VEccU'iiastical Polity. Je ne puis en donner que quelques extraits qui seront de» exemples plutôt que des preuves; la preuve sera évidente pour toute personne compétente qni lira l'oovrage : «True il is, the ancienter the better ceremonies of religion are; bowbeit nol absolutoly trne and wilhout exception ; but t rue only to far forlh a* thnse different âges do agréé in lhe siale of tbose things for whieh, at lb«* flrsl, thnse rites, orders, and ceremonies were institnted. a T. I, pag. 36: • We connt those things perfect, winch want nolhing reqnisile for the end whcrclo they were institnted. a T. I, pag. 191 : • Because wben a thing dolh ccase to be available nnto tbe end whieh gave il being, tbe continuance of it mnst thon of necessity appear snperflnos, no twitb standing the aulhority of their Maker, the mutabilily of lhat end for whieh lheyare mado dolh aise» make them changeablc. a T. I, pag. 236 ; « And tberefore laws, tbongh both ordained ofGod himseir,and the end for whieh they were ordained continning, may nolvrithstandingcease, if by alteration of persons or limes tbey be found onsnfDcienl to attain unto thaï end. a T. I, pag. 238. A la page 2S0 : • I therefore conclnde, thaï ncilher God’s being Aulhor of law» for gov^mment of his church, nor his committing them unto Scriplare,is aoy reason suffirent wherefore ail cherches should for ever be bound to keep them wilhout change, a Voyes aussi l. III, pag. 169, sur « the exigence of necessity. a Compares pag. 182, 183, et 1. 1, pag. 323; t. II, pag. 273, 42t. Ou ne trouve pas la moindre trace de semblables arguments dans Jewell; loin de IA, il dit (Apologia, pag. 114) : «Certein religionem Dei nihil gravies dici potes t , quam si ea arcuselnr novitatis. Ut enim io Deo ipso, ita in ejua coltu nihil oporlct esse novom. >
matique, il était impossible de la défendre sans s’exposer à l’accusation d'hérésie. Mais lorsqu’elle fut défendue principalement par le raisonnement humain, son point d’appui fut sérieusement affaibli. L’élément de l’incertain se trouva en effet introduit. On pourrait alléguer que les argumentsd'une secte sont aussi bons qne ceux d’une autre, et que nous ne pouvons être certains de la vérité de nos principes tant que nous n’avons pas entendu ce que nos adversaires ont à dire. Avec l'ancienne théorie théologique, il était facile de justifier la persécution la plus barbare. Si un homme savait que la seule religion véritable est celle qu’il professe, et s’il savait également que ceux qui sont morts avec une opinion contraire ont été condamnés à la perdition éternelle, — s’il savait ces choses sans la moindre possibilité d’un doute, il pourrait arguer avec justice qu’on fait acte de miséricorde en châtiant le corps pour sauver l’àme, et assurer à des êtres immortels leur salut futur, même par des moyens aussi violents que la corde ou le bûcher (1). Mais si cet homme a appris à reconnaître que les questions religieuses doivent être décidées par la raison aussi bien que par la foi, il ne peut guère s’empêcher de réfléchir que la raison de l’esprit même le plus vigoureux n’est pas infaillible, puisqu’elle a conduit les hommes les plus capables â des conclusions complètement opposées. Celle idée, une fois qu’elle est répandue parmi le peuple, ne peut manquer d’influencer sa conduite; aucun homme doué de sens commun et d’honnêteté, n’osera en condamner un autre â mort, â cause de sa religion, lorsqu’il saura que ses propres opinions peuvent fort
U) L’arcbcTéqae Whateljr a fait 4 ce sujet quelques excellentes remarques. Voye* sou ou s rage Errors of Romanism iraeed lo their Oriçin in Hvman Nature,
bieu être fausses, et que celles de l'homme qu’il a puni étaient peut-être justes. Du moment que les questions religieuses commencent à échapper à la juridiction de la foi, et à se soumettre à celle de la raison, la persécution devient un crime atroce. Il en était ainsi en Angleterre au dix-septième siècle. Eu devenant plus raisonnable, la théologie devint moins présomptueuse, et par conséquent plus miséricordieuse. Dix-sept ans après la publication du grand ouvrage de Hooker, deux hommes furent publiquement brûlés vifs par les évêques anglais, pour leurs opinions hérétiques (I). Mais c’était là le dernier soupir du fanatisme expirant, et depuis ce jour mémorable le sol de l'Angleterre n’a jamais été souillé du sang d'un homme exécuté pour sa croyance religieuse (2).
Nous avons donc vu l’origine de ce scepticisme qui, en physique, doit toujours être le commencement de la science, et qui, en religion, doit toujours être le commencement de la tolérance. Il n'y a aucun doute que, dans les deux cas, des penseurs individuels peuvent, par un grand effort de génie original, s’affranchir de l'opération de cette loi. Mais dans le progrès des nations, cet affranchissement est impossible. Aussi longtemps que les hommes attribueront les mouvements des comètes directement au doigt de Dieu,
<!) Leurs nom* étaient Legal et Wightman, et il» forent exèc niés en 1611. Voyex le compte rendu contemporain dans Soraer, Tracts , t. Il» pag. 400108. Compare* Blackstone, Comment., t. IV, pag. 49; Harris, Lires of the Stuarts, X. I, pag. 143, 144, et la note dans Burton, Diory , 1. 1, pag. 118. En parlant de ces martyrs de leurs opinions, M. Uaiiam dit : • The tiret «as burnt by King, bisbop of London ; the second by Neyle, bishop of Litchtield.» Const. //t>f.,t.l,pag.6H,6i2.
(2) Il faut dire, à l'honneur de la Cour/ of Chancepj , qu’à la fin do seitièmo siècle et an commencement dn dix-septième elle fit tons ses efforts pour entraver l'exécution de ces lois cruelles qui permettaient à l'église d’Angleterre de persécuter ceux qni ne professaient pas les mêmes doctrines qu’elle. Voyex Chambell, Chanceliers, t. Il, pag:. 135, 176, 231.
aussi longtemps qu’ils croiront qu’une éclipse est l’une des manières par lesquelles la divinité exprime sa colère, ils ne seront jamais coupables de présomption blasphématoire en essayant de prédire ces apparitions surnaturelles. Pour qu’ils puissent oser rechercher les causes de ces phénomènes mystérieux, il faut d’abord qu’ils croient, ou, en tout cas, qu’ils soupçonnent la possibilité d’expliquer ces phénomènes au moyen de l'esprit humain. I)e même, jusqu’à ce qu’ils aient consenti à amener leuf religion au tribunal de leur propre raison, ils ne pourront jamais comprendre comment il peut y avoir une diversité de croyances, ou comment un individu quelconque peut avoir uue opinion différente de la leur, sans être coupable du crime le plus énorme et le plus impardonnable (1).
Si nous continuons maintenant à suivre le progrès de l’opinion en Angleterre, nous reconnaîtrons la force de ces remarques. Une disposition générale pour l’investigation, le doute, et même l’insubordination, s’empara des esprits. Cette tendance leur permit, eu physique, de se débarrasser, pour ainsi dire sans coup férir, des entraves de l’antiquité, et de donner naissance à des sciences basées non sur les
(I) « To tax any one, therefore, with vaut of reveernce, bocause ho pays no respect to nhat we vénérait», is either irrelevant, or is a mere confusion. The fact, so far as il is troe, is no reproach, but an honoor; becanse to reverenre ail persons and ail things is absolntely wrong : reverenre shown to tbat which doe* nol deserve il, is no virlne; no, nor even an amiable weakness, bnt a plain folly and sin. But if it be meant thaï he is wanling in proper reverenre, not respecting whal is really to be respeclod, thaï is assnming thc whole question at issue, because what we rail divine, he calls an idol : and as, supposing that we are in the right.we are bound to fall do-wn and worship, so, supposing him to be in lhe right,he is no less bound to pull il to the ground and destroy it. > Arnold, Lecture* on Modem Hùtorij, -pag. 210, SH. Si Ton considéra le talent du docteur Arnold, sa grande influence, sa profession, ses antécédents et le caractère de l'université dans laquelle il parlait, ou doit avancer que c’est bk un passage remarquable et qui mérita bien l'attention de ceux qui veulent étndier les tendances de l'esprit anglais dans notre génération.
notions anciennes, mais sur les observations et sur les expériences individuelles (1). En politique, elle les excita à se révolter contre le gouvernement, et, plus tard, à jeter leur roi sur un échafaud. En religion, elle ouvrit le champ libre à des sectes- innombrables, dont chacune proclamait, et souvent exagérait, l’efficacité du jugement individuel (2). Les détails de ce vaste mouvement constituent une des parties les plus intéressantes de l’histoire d'Angleterre : mais sans anticiper sur ce que j’aurai à relater ci-après, je ne ferai mention, pour le moment, que d’un seul exemple, qui, à cause des circonstances dans Icquelles il se présenta, caractérise parfaitement l’époque. Le célèbre ouvrage de Chillingworlh, sur la Religion of protestants, est généralement reconnu pour être le meilleur plaidoyer que les réformateurs aient composé contre l’Église de Rome (3). Il fut
(!) Relativement aux rapports entre l’origine do la philosophie de Bacon et le changement survenu dans les idées des théologiens, compares Comte, Philosophie positive, t. I, pag. 701, avec Wbately, On Danger* to Christian Faith , pag. 148, 149. Comme Tcnocmano ((leschiehle der Philosophie, i. X, pag. U) le dit, ce changement favorisait le « Belehung dcr Scllstlhætigen Kraft des menschlirhen GeistM,» et de Ht vient l'attaque faite contre la philosophie inductive dans Newman, Development of Christian Doctrine, pag. 179-183. Mais M. Newman semble no pas savoir que nous sommes irrévocablement engagés au mouvement qu’il cherche à renverser.
(2) L’accroissement rapide de l’hérésie vers le milieu du dix-septième siècle est très remarquable, et cette circonstance aida beaucoup la civilisation en Angleterre, en encourageant des habitudes indépendantes de raisonnement. Kn février 1646-7, Boyle écrivait de Londres : « The are few days pass here, that may not justly be accused of tbe brewing or broaebing of some oew opinion. Nay, somo are so slodiouslj chanqling in that parlicular, they esteem an opinion as a diurnal,afler a day or two scarce worlh the keeping. If any inan hâve losl bis religion, lel him repair to London, and (Il warrant bim hc shall find it) : 1 had almosl said too, an I if ary man has a religion, Ici him but corne hilber now, and be scball go near to lo#e it. » Birch, Life of Boyle , dans Boyle, Works , 1. 1 , pag. 20, 21. Voye* aussi Baies, Accourt* of the laie Troubles, édit. 1685, part, u, pag. 219, sur • that unbridled licenliousness of hereticks which grew gréa ter aud greater daily. » Compares Carlyle, Cromwell, t. I, pag. 289; Hatlam, Const. Uist., t. I , pag. 608. et Carwitben, Bistory of the Church of Fngland, t. II, pag. 20J : « Sectaries began to swarm. • . (3) Sans citer l’opioion d'auteurs de second ordre sur Chilliogworlb, nous rappellerons
publié en 1637 (1), et la position du l'auteur nous porterait à attendre le déploiement le plus complet du fanatisme qui était naturel à l’esprit de son temps. Chillingworlh avait, peu de temps auparavant, renié la croyance qu’il venait maintenant attaquer: et, par conséquent, on pouvait supposer qu’il serait enclin à dogmatiser, comme cela arrive généralement aux apostats. De plus, il était le filleul et l'ami intime de I.and (2), dont la mémoire est encore exécrée comme celle de l’homme le plus cruel, le plus vil et le plus dépourvu d’intelligence qui ait jamais occupé le siège épiscopal (5). Il était, en outre, agrégé d’Oxford, et résidait conliuuellementdanscelte ancienne université, qui a toujours été regardée comme le refuge de la superstition, et qui a conservé jusqu’à nos jours cette réputation peu digne d’envie (4). Or si nous examinons l’ouvrage qui avait été écrit sous ces auspices, nous pouvons à peine croire qu’il ail été composé dans la même génération et dans la même contrée dans lesquelles deux hommes avaient été publiquement brûlés vils, seulement vingt-six années auparavant, pour avoir sou-
soulemenl que lord MansGeld dirait qu’il était < a pcrfect raodel of argumentation. » Huiler, Heminisccnces, 1. 1, pag. I2fi. Comparez une lettre de Warburton dans Nichol, Illustra litmsofthe EifjhtcenthCentw'y, l. IV, pag. 849.
U) Des Maizeauz, Life of Chillinr/ii'orth, pag. 141.
ff) Aubrey, Lelters and Lives, t. II, pag. 285; Des Maizcaux, Life of Chillingworth, pag. 2, 9. La correspondance entre Land et Chiilingworth est, dit-on, perdue. Des Maizeauz, pag. 12. Cnrwithen (Jlist. of the Church of England, l. II, pag. 214) dit : «Land was tbe god falher of Chillingworlh. *
(S) Le caractère de Land maintenant généralement compris et bien connu; ses cruautés odieuses lui ont mérité la haine de scs contemporains, au point qu’a pré, s sa condamnation un grand nombre de personnes fermèrent leurs magasins et refusèrent de les rouvrir avant son exécution. Ce fait est mentionné par Wallon, un témoin oculaire. Voyez Waltoo, Life of Sanderson, dans Wordsworlh, Eccl. lliog., t. IV, pag. 429.
(4) Un auteur moderne avance avec nne exquise simplicité que Cbilliogworth avait puisé ses principes libéruuz à Oxford : «The very sanie college which nursed the higb intellect and tolérant priuciplc* of Chiliingwoith. • Bowle, Life of llishup Ken, t. I, pag. xxi.
T. II. i
tenu des opinions différentes de celles de l'Église dominante. Dans le fait, c'est une preuve très remarquable de la prodigieuse énergie du grand mouvement qui avait alors lieu, que son influence se soit fait sentir dans les circonstances les plus défavorables qu’on puisse imaginer, et qu’un ami de Land, un agrégé d’Oxfort, ait établi, dans un grave traité de théologie, des principes renversant complètement l’esprit théologique qui, pendant tant de siècles, avait tenu l’Europe entière dans l’esclavage.
Dans ce grand ouvrage, toutes les autorités en matières religieuses son mises au défi. Hooker avait certainement fait appel de la juridiction des Pères à celle de la raison ; il avait cependant eu soin d’ajouter que la raison individuelle devait s’incliner devant celle de l'Église, telle que nous la trouvons exprimée dans les grands conciles, et dans la voix générale de la tradition ecclésiastique (1). Mais Chillingworth ne voulait accepter rien de tout cela. 11 n’admettait aucune restriction qui tendait à poser une limite au droit sacré du jugement individuel. Non seulement il allait bien plus loin que Hooker dans son oubli des Pères (2), mais même il se permettait de mépriser les conciles. Quoique le seul but de son ouvrage fût de décider entre les prétentions contradictoires des deux plus grandes sectes qui aient jamais divisé l’Église chrétienne, il ne cite jamais comme autorité les
«) Le respect outré de Hooker pour les conciles de l'Église est remarqué par M. Hallarn, Contt. hitl., 1. 1, pag. 213. Comparer les remarques pleines d'hésitation de Cole* ridge dans ses Literary Re maint, t. III, pag. 35, 36.
(2) 11 appelle avec mépris la lecture des Pères un voyage de • North-west discovery, • Chilliuworth , Religion of Protestants, pag. 366. Il n’a pas le moindre respect même pour Augustin, qui était probablement le plus remarquable parmi eux. Voyez ce qu'il dit aux pag. 196, 333, 376, cl aussi pag. 252, 346. Il remarque que les hommes d'église « account lhem fathers when they are fort them, and children when tbey are agaiostthem. » Calan ly 's Life, t. I, p. 253.
conciles de celte Eglise relativement à laquelle ces controverses étaient agitées (1). Son intelligence vigoureuse et subtile, pénétrant jusqu'au fond du sujet, dédaignait ce genre de polémique qui avait longtemps occupé les esprits. Dans la discussion des points en litige cuire les catholiques et les protestants, il ne cherche pas à savoir si les docirines en question ont reçu l’approbation de l’Église primitive, mais il demande si elles sont d’accord avec la raison humaine, et il n’hésite pas à dire que, quelque vraies qu’elles puissent être, nul homme n’est tenu de les accepter, s’il trouve qu’elles sout contraires à la voix de sa propre intelligence. U ne consent pas non plus à ce que la foi remplace le manque d’autorité. Chillingworllh force même ce principe favori des théologiens à se soumettre à la suprématie de la raison humaine (2). La raison, dit-il, nous donne le savoir, tandis que la foi ne nous donne que la croyance, qui, étant seulement une partie du savoir, lui est nécessairement inférieure. C’est par la raison, et non par la foi, que nous devons juger en matières religieuses, et c’est par la raison seule que nous pouvons distinguer la vérité du mensonge. Enfin, il rappelle solennellement à ses lecteurs qu’eu matière de religion on ne doit demander à personne de tirer des conclusions sérieuses de prémisses imparfaites, ou d’ajouter
(!) An sujet de l'autorité supposée de* conciles , voyez Ilrliyion uf Prolegfnnls , pag. 132, (63. On trouve une preuve curieuse de la lenteur du progrès fait par les théologiens, en observant les idées différentes de quelques membres de notre clergé sur ces matières. Voyez, par exemple, Palmer ont t\e Church , 1839, t. 1!» pag. ISO, 171. Dansancune autre branche d'investigation nous ne trouvons cette détermination obstinée X adhérer aux théories que tous les hommes raisonnables ont rejetées depuis deux siècles.
(î) Dans le fait, il essaie de forcer celte même doctrine sur les catholiques, et naturellement, s’il y avait réussi, la controverse eût été terminée. Il dit, avec assez de mauvaise foi ; * Your church you admit, because you think you bave rea*on lo doso; so Uiat by you, a» well as Protestants, ail is ffoally resol ved into your own reason. • fitliy. uf Protnt., pag. 134.
foi, sur une évidence insuffisante, à des exposés improbables, et encore moins, ajoute-t-il, doit-on s’attendre à ce que l’homme prostitue sa raison au point de croire avec une foi infaillible ce qu’il lui est impossible de prouver par des arguments infaillibles (1).
Il n’est personne qui, en y réfléchissant un peu, n’aperçoive la tendance manifeste de ces idées. Mais ce qu’il importe encore plus d’observer, ce sont les étapes par lesquelles, dans la marche de la civilisation, l'esprit humain a dû passer avant de pouvoir gravir ces hauteurs. La réforme, eu détruisant le dogme de l’infaillibilité de l’Église, avait naturellement affaibli la vénération qu'on éprouvait pour l'antiquité ecclésiastique. Cependant, telle était la force des vieilles habitudes, que tes Anglais continuèrent longtemps à respecter ce qu’ils avaient cessé de vénérer. C’est ainsi que Jevvel, tout en reconnaissant l’autorité suprême de la Bible, chaque fois qu’il rencontrait une question sur laquelle les livres saints ne se prononçaient pas ou n’exposaient qu'en termes assez vagues, allait tout inquiet en demander l'explication à l’Église des premiers jours, dont les décisions pou-
(O * God désiré» only thaï we believc tbe conclusion, as much as the promises deserveî thaï the strenglh of our failh bo equal or proportionablo to the rredibility ofthe motives lot U. • ttelifj. of Protest., p. 66. « For my part, I am certain lhat God hath givcn us our reason to discern between truth and falsehood; and he lhat tnakes nol this use of il, but believes thingshc knows not why, I say it is by chance lhat he believes the truth, and not by choice ; and I cannot but foar that God will not accept of this sacrilice of fools. ■ Pag. 133. « God’s spirit, if heplease, may work more, — a cerlainly of adhérence beyond a cerUinty of evidence; but ncither God doth, nor man may, require of us, as our duty, to give a greater assent to the conclusion than tbe promises deserve: to build an infallible fait h upon motives that are on I y higbly crédible and not infallible; asitwerea grn.il and hoavv building upon a foundalion lhat halh not strength proportion ate. > Pag. 149. « For failli is not knowledge, no more than trhee is four, but eminently conlained in il; so lhat he that knows, believes, and somelhing inore; but he that believes niany limes does not know — nay, if he doth barely and morely believe, he doth nover Itnov * Pag. 413. Voyez aussi pag. 417.
vaienl, à ses yeux, trancher toutes les dillicultés. il ne faisait donc usage de sa raison que pour constater les différences existant entre l'Écriture et la tradition ; n’y avait-il pas désaccord entre les deux, alors il témoignait pour l’antiquité une déférence que nous considérons aujourd’hui comme superstitieuse. Trente ans après lui vint Hooker (i); celui-ci avança d’un pas, et, eu établissant des principes devant lesquels Jewel eût reculé tout craintif, il porta un grand coup à ce que Chiliingvvorlb était appelé à détruire de fond en comble. C’est ainsi que ces trois grands hommes représentent les trois époques distinctives des trois générations successives dans lesquelles ils ont respectivement vécu. Chez Jewel, la raison est, si je puis m’exprimer ainsi, la superstructure du système; mais l’autorité est la hase sur laquelle s’appuie cette superstructure. Chez Hooker, l’autorité n’est que la superstructure, et la raison la base (2). Mais chez Chillingworth, dont les écrits furent les signes avant-coureurs de l’orage à venir, l’autorité disparait entièrement, et l’édifice de la religion ne repose que sur la manière dont la raison humaine, ne preuant aide que de soi, interprétera les décrets du Dieu omuipolent.
(I) Au sujet du rapport existant entre la reforme et les opinions soutenues dans herte- *ia*ticvl Polity, compare* Newman, Development of Christian doctrine, pag. 17» avec quelques remarques fort justes de Locke contenues dans King, Life of Locke M t. II, pag. 99, 101. Locke, qui n'était rien moins que l'ami de l'Église, avait uue grande admiration pour Hooker : il l'appelle quelque part « the arcli-pliilosopher. » Essay on Gnvcrnment, Locke, Work», t. IV, p. ?8U.
(f) Lo contraste entre Jewel et Hooker était si marqué, que plusieurs des adversaires de ce dernier se servirent contre lut de VApology de Jewel. Voir Wordsmorth, Eccl. liiog., t. III, pag. 513. Le docteur Wordsworth traite re fait de « curious » : mais re qui serait bien plus curieux, c’est qu'il en eût été autrement. Comparer les remarques présentées par l’évèque de Limerick (i*arr, Work», t. II, pag. 470, Motos on the S pilai sermon) qai dit que Hooker « opened tliat fountain of reison, etc. : » ces louanges ne seront pas estimées trop fortes par ceux qui ont comparé Evclc*i attirai Polity avec les œuvres ihénlogiques antérieures de l'Église anglicane.
L'immense succès «Je In grande œuvre de Chili i ngworlh a dû aider an mouvement dont elle est elle-même l'évidence (I). Revendication décisive du libre arbitre en matière de religion (2), elle justifia le bouleversement de l’ftglise anglicane auquel devait assister la même génération. Sou principe fondamental fut adopté par les écrivains les plus influents du dix-septième siècle, tels que Haies, Ovven, Taylor, Burnet , Tillolson, Locke, même par le prudent Temple, qui s’accommodait si bien au temps : tous, ils représentèrent avec insistance l’autorité du jugement privé comme un tribunal dont nul ne pouvait appeler. La conclusion à en tirer n est-elle pas des plus claires (5)? Si le jugement individuel est la pierre de touche de la vérité, si nul ne peut affirmer que les jugements des hommes, qui sont souvent contradictoires, puissent jamais être infaillibles, il s’ensuit nécessairement que, pour la vérité religieuse, il n’v a pas de critérium décisif. Triste et, c’est ma ferme croyance, très inexacte conclusion : mais enfin conclusion dont toute nation doit être bien pénétrée avant de pouvoir parfaire la grande œuvre de la tolérance qui, dans notre pays même, et de nos jours, n’est pas encore consommée. Il est nécessaire que les hommes apprennent à douter avant d'arriver à
(.1) l)p$ Maiscaux {Life of ChiUinrjworlh , pag. ÜO, 231) dit : « Hi* book mas rereived mith a general applau&e; and, what perhaps never bappened to any other controversial
mork of thaï bulk, two éditions of it mere publishcd within les* than five months
Tiie quick sale of a book, and especially of a book of coniroversy, in folio, is a good prnof thaï the author lut the laite of his lime. » Voir également Biog raphia Britannica , édit. Kippis, l. III. pag. 511.512,
(it Ou bien, pour non* servir des termes circonspects de Catamy, l’œuvre de Chillingmorlli • appeared to me lo go a great way lovards lhe joslifyingof moderato conformity.* Calaroy, Life,
(3) On trouvera dans Staudlin, Genchirhtc (ter theologitchen Wisncnschaften, t. il, pag. 95 et suivantes, un aperçu rapide mais très bien fait, de l’aspect que commença à présenter l'esprit anglais à celte époque.
la tolérance, et qu’ils reconnaissent la faillibilité de leurs propres opinions, avant de respecter les opinions de leurs adversaires (1). Grand résultat qui est encore loin d'être atteint dans aucun pays! Car en Europe, les esprits, sortis à peine de leur état de crédulité primitive et de leur confiance trop présomptueuse dans leurs propres croyances, en sont encore à une période mixte et pour ainsi dire d'essai. Lorsque celte période sera franchie, lorsque nous aurons appris à n’estimer les hommes que d’après leur caractère et leurs actes, et nullement d’après leurs dogmes théologiques, nous pourrons alors former nos opinions religieuses par ce procédé purement transcendant que dans tous les siècles il a été donné à quelques esprits inspirés d’entrevoir. Quiconque a étudié les progrès de la civilisation moderne doit voir clairement que c’est vers cette direction que les choses tendent rapidement. Dans le court espace de trois siècles, le vieil esprit théologique a été contraint, non point de décliner de sa suprématie si longtemps établie, mais d’évacuer les forteresses où, devant la marche du savoir, il avait vainement cherché ù se retirer en sûreté; il a été peu à peu forcé d’abandonner toutes ses prétentions les plus chères (2).
(1) Dans Whately, Dangers to Christian fui lit, pag. 188, 198, Tailleur fait un eiposé très nel des arguments, communément admis de nos jours, contre la contrainte en matière d’opinions religieuses. Mais les plus puissants de ces arguments sont entièrement fondés sur la question de convenance : c’est dire qu’à coup sûr ils auraient été repoussés dans un siècle animé de fortes convictions religieuses. ColeriJge (LUI. Hemains, l. 1, pag. 312, 315) indique quelques-unes, rien que quelques-unes, des difficultés théologiques touchant la tolérance ; dans un autre ouvrage {The Frienri , 1 . 1, pag. 73> il parle, et c’est là le vrai point, de « that same indifférence whicb makes toleration so easy a virtue with us.» Consulter également Arclideacon Harc, duesses et Truth, 2* série, lüt8, pag 278; ainsi que Nichol, Illustrations uf Lit. Hist., t. V, pag. 817 : « A spirit of mutual toleration and forbearance ha* appeared (at least onr good conséquence of religions indifférence.'» »
(2) 11 serait inutile de présenter des preuves à l'appui d'un fait aussi notoire - cependant dans Cai-efigue, llist. delà lié forme, t. I, pag. 228, 229, il y a quelques observations intéressantes qui frapperont le lecteur.
Aussi bien, quoiqu'on Angleterre ou ail récemment accordé une proéminence passagère à certaines controverses religieuses, cependant les circonstances qui les ont accompagnées témoignent du changement qui s'est opéré dans le caractère du siècle. La grande majorité des hommes instruits regardent avec la plus parfaite indifférence des querelles qui, il y a cent ans, auraient cuilammé tout le royaume. Les complications de la société moderne et l'immense diversité des intérêts qui la partagent ont grandement contribué à distraire l’intellect et à l'empêcher de se fixer sur des sujets qui, aux yeux d’un peuple moins occupé, auraient une importance suprême. En outre, les richesses accumulées de la science surpassent de beaucoup celles de tous les autres âges, et nous y puisons des aspirations d’un si puissant intérêt, que presque tous nos plus grands penseurs y consacrent tout leur temps et refusent de s’occuper de questions n’ayant trait qu’à de simples croyances spéculatives. Il en résulte que les questions que l’on regardait autrefois comme les plus importantes, ou les abandonne aujourd'hui à des hommes inférieurs qui singent le zèle, sans posséder l'influence de ces grands membres de l’Église dont les œuvres comptent parmi les gloires de notre littérature des premiers temps. Sans doute, ces turbulentes polémiques ont, par leur clameur, jeté le trouble dans l’Église, mais sur la masse de l'intellect anglais elles n’ont pas fait la plus légère impression, et l’imposante majorité de la nation s’oppose d’une manière insigne h la rejigion monastique et ascétique que l’on cherche en vain à rétablir aujourd’hui. La vérité est que le temps de toutes ces choses-là est passé. DepuL longtemps les intérêts théologiques ont cessé d’être suprêmes : ce ne sont plus les idées théocraliques qui gouvernent les affaires
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des nations (1). En Angleterre, où la marche a été plus rapide que partout ailleurs, ce changement est très remarquable. Dans toute autre partie nous avons eu une série de puissants et profonds penseurs, qui ont été l’honneur de leur pays et ont fait l’admiration du monde entier. Mais, depuis plus d’un siècle, nous n’avons pas produit une seule œuvre originale dans toute l’étendue des controverses théologiques. Depuis plus d’un siècle, l’apathie à cet égard a été si marquée, que pas une seule addition précieuse n’a éié faite à cet immense champ des études de divinité qui de génération en génération perdent, parmi les penseurs, de leur ancien intérêt (2).
(1) Un écrivain, qui connaît parfaitement la condition sociale des grands pays de l'Europe : t Ecrlesiaslical power is ulmost eitioct as an active élément in lhe political or social a flairs of nations or of individunU; in the cabinet or in the fauuly circle; and a new élément, literary power, is taking ils place iu tbe govcrnmcnt of tbe world. * l.aing, Dtnmark , 185', p. 82. A l'égard de cette tendance naturelle relativement à la législation, voir Meyer, Esprit des Institut, judiciaires 1 1. I, pag. 267 note, et un bon précis dans Staüdlm, Gesch. dér theolug. WtssencUaflen, t. Il, pag. 304, 300. Il n’est pas surprenant qu’une grande partie du clergé se récrie contre un mouvement si subversif; c’est leur pouvoir qui est en jeu. Compares War«l , Idéal of a Christian Church, pag. 40,108,111,388; Sewell, Christian Politics, pag. 276, 277, 279; Palmer, Treatlseon lhe Church , t. il, p. 361. C’e*t aiusi que tout tend à confirmer la prédiction remarquable de sir James Mackinlosh, A savoir que • Cliurch power tnnless tome révolution, auspicious le priesteraft, should replunge Europe in ignorance) will cerlaioly not survive the • Xineleenth Century. » Stem. of Mackinlosh, 1. 1, pag. 67.
(2) The «divines» in Eogland al lhe présent day, hcr bishops, professors, and prebeudâries, are not lheologtans. They are logicians, chemits, skitled in lhe mathematics, historians, poor commenlators upon Greek poets. » Théodore Parker, Critical and Miscellaneous W’rilings , 1848, pag. 302. A la page 33, cet auteur si compétent dit : « But, wilhin lhe présent century, whal has been written in the Engiish longue, in any department of theological scolarship, which is of value and makes a mark on the âge? The Bridgeuxiter Treatises , and lhe new édition of Paley , — we blush to coufess il, — are the best thiugs. « Sir William Hamilton ( Discussions on Philosophy, 1852, pag. 690) parle de la décadence de la « Brilisch theology, » quoiqu’il paraisse en ignorer la cause. Le révérend M. Ward (J île al of a Christian Church, pag. 405» fait remarquer que • we cannot womler, however keenly we may raourn, al the décliné and fall of dogmatic theology. » Voir également lord JetTrey , Essaya , t. IV, p. 337 : « Warburton, we think,
was the iasl of our great divines The days of lhe Cudworihs and Barrows, the
Hookers and Taylors, are long gone ly. » Le docteur Parr fut le seul théologien aog'ais
Tout cela n'est qu'une partie des signes innombrables qui doivent frapper tout homme qui n'est pas aveuglé par les préjugés d’une éducation incomplète. L’immense majorité du clergé, quelques-uns par ambition, mais la plus grande partie, j’aime à le croire, par des motifs de conscience, s’efforcent d’arrêter les progrès du scepticisme qui nous assaille de tous côtés (I). Il est temps que ces prosélytes, auimés de
depuis Warburion qui possédât uo savoir suffisant pour relever celle position; mais il se refusa toujours à celle lâche parce que, sans s’en rendre compte à soi-même, l’esprit de son siècle l’en détournait. Ainsi, nous voyons qu’en 1823 il écrit à l’archevêque Magee : • As te myself, 1 loue agodetermhied nol totake any active part in polemical tbeology.» Parr, Works, t. VII, pag.fl.
De la même manière, depuis le commencement du dix-huitième siècle, il n'y a presque personne qui ait lu attentivement les Pères de l’Église, si ce n’esl à titre de recherches historiques et loot â fait indépendantes de la théologie. On commença à les négliger vers le milieu du dix-septième siècle, époque à laquelle on discontinua de les citer dans les formons. Burnet, Oun Time, t. I, pag. 329,330; Orme, Lifeof Owen, pag. 184. Dés lors ils tombèrent rapidement en discrédit, et le révérend M. Dowling (jStudy of Ecclesiast. Jlislory, pag. 1951 affirme que « Waterland, who died in 1710, wras the last of our gréai patristiral srolars. * Je puis ajouter que, neuf ans après la mort de Waterland, la décadence étonnante des études suivies parmi le clergé frappa tellement Warhurlon, depuis évêque de Gloucesler, qu'il écrivit â Jorlin, d'une façon assez rude • « Anything makes a divine among our parsons. » Voir sa Letlcr , écrite en 1749, dans Nichol , Illustrât i uns of Lit. Hisl., t. Il, p. 173; enfin on trouvera d'antres preuves de la négligence que le clergé témoignait pour les anciennes éludes dans Jones , Memoirt of Home, Hishop of Xorwich, pag. 68, 184; et dans les plaintes du docteur Knowlcr, en 1766, rapportées dans Nichol, Lit. Anec., t. Il, p. 130. Depuis lors on a tenté à Oxford de remédier â cette tendance, mais des tentatives de celte nature, entravées qn'elles sont par la marche générale des choses, ont été et seront futiles. L'inanité des efforts qu'on a faits récemment est si manifeste, que l’un de ceux qui cultivent ce champ avec le plus d’ardeur admet que, sous le rapport des connaissances, son parti n'a rien accompli ; il ?3 mémo jusqu’à déclarer avec une certaine amertume que « it is melancholy to say it, but the ebief, perhaps the only.Engiish irriter who bas any daim to be considered on ecclesiastical bistorian, is the inlidel tîibbon. • Newman, On the Development of Christian doctrine, pag. 5.
(1) Comme quelques écrivains, chez lesquels le désir a plus de part en cela que le savoir, cherchent à nier ce fait, il peut être lion de faire remarquer qu’uuc immense quantité d’évidenre atteste que le scepticisme se répand de plus en plus depuis la fin du dix-huitième siècle, c’est ce qui ressortira de la comparaison des ouvrages suivants : Whately, Dangers to Christian Faith, pag. 87 \ Kay, Social condition of the Propie, t. II, pag. 506: Tocqueville, de la Démocratie, 1 . 111, pag. 72.J.-H. Newman, On Development, pag. 28, 29 ; F.-W. Newman, i\ut lirai llistory of the Soûl, pag. 197; Parr, Works, t. II, pag. 5, t. III, pag. G88, G89; Felkin, Moral etatisties, Journal of Sta-
bonnes intentions, mais fourvoyés, découvrent l’illusion sous l’empire de laquelle ils agissent. Ce qui excite si fort leurs alarmes, c’est le degré intermédiaire qui conduit de la superstition à la tolérance. Les esprits les plus élevés ont passé par cette phase et s’approchent de la forme qui est probablement la forme finale de l’histoire religieuse de la race humaine. Mais la masse du peuple, quelques-uns même parmi ceux qu’on appelle communément les gens instruits, ne font que d’entrer dans cette période moins avancée où la marque principale de l’esprit, c’est le scepticisme (1). Loin donc de nous laisser emporter par la crainte,' à la vue de ce courant qui s’accroît rapidement, nous devons plutôt faire tout en notre pouvoir pour encourager un mouvement qui, tout désagréable qu’il soit pour quelques individus, est salutaire pour tous, parce qu’il n’y a que cela qui puisse détruire radicalement la bigoterie religieuse. Nous ne devons pas non plus
tisl. Soc., t. 1, p. 541 ; Watson , Observations on the Life of Wesley , pag. 155, 194; Malter, Hist. du Gnosticisme , l. II, pag. 485; Ward, Idéal of a Christian Chnrch , pag. 266, 267, 404; Turner, Hist. of Lngland, t. Il, pag. 129, 142, l. III, pag.509; Priestley, Memoirs, t, I, pag. 127, 128, 446, vol. II, p. 751 ; Cappe, Memoirs, p. 367 ; Nichol, Lit. Ancc. of Eighteenth century, t. IV, pag. 671, t. VIII, p. 473; Nichol, Illitst. of Lit. Hist., t. V, pag. 6*0; Combo , Notes on the United States, t II, pag. 171,172 et 183.
(4) Un de mes amis, homme de grand talent, m’a donné à entendre qu’il y avait une Classe de personnes qui se méprendraient sur cette expression, et qu’il y avait une autre classe qui fc sans s’y méprendre, en détournerait de propos délibéré la signification. Donc il est bon d’exposer nettement ce que je veux dire par le mot i scepticisme. » Eh bien , par scepticisme, j’entends la diflicultè de croire; de sorte que le scepticisme qui s’augmente est la perception augmentée de la difficulté de prouver des assertions, ou, en d’autres termes, c’est l’application augmentée et la diffusion augmentée des régies dn raisonnement et des lois de l’évidence. O sentiment d’hésitation a été, dans tont le champ de la pensée, le préliminaire invariable de toutes les révolutions intellectuelles par où a passé l’esprit humain; sans lui, progrès changement, civilisation, tout serait impossible. En physique, c’est le précurseur nécessaire de la science: en politique, de la liberté: en théologie, de la tolérance. Voilà les trois formes principales du scepticisme : il est doue clair qu’en matière de religion le sceptique se tient à mi-chemin entre l’athéisme et l’orthodoxie, évitant les deux extrêmes, parce qu’il voit que l’on ue saurait prouver ni l’un ni l’autre.
nous étonner si, avaul que ce résultat soit atteint, il faut d’abord souffrir jusqu’à un certain degré (1). La croyance exagérée d’un siècle n’est que la réaction de la trop grande incrédulité d’un autre. Les imperfections de la nature humaine sont telles que nous sommes forcés, par les lois mêmes de son progrès, de traverser ces crises de scepticisme et d'alllicliou mentale qui, aux yeux du vulgaire, sont des périodes de décadence et de honte naliouales, tandis qu’elles sont uniquement comme le feu qui doit purifier l’or avant qùe le précieux métal puisse déposer ses scories dans le creuset du radineur. Pour nous servir des images du grand auteur d’allégories, il est nécessaire que le pauvre pèlerin, chargé du fardeau des superstitions accumulées, ait traversé péniblement l’Étang du Désespoir et la Vallée de la Mort, avant d’atteindre la glorieuse Cité, toute resplendissante d’or et de diamants, dont la seule vue le récompense suffisamment de ses peines et de ses craintes.
(1) Ce qu’un bavant historien a dit de l'effet que la méthode de Socrate produisit sur un très peut nombre d'esprits, en Grèce, peut s'appliquera l'état par lequel une grande partie de l’Europe passe en ce moment : • The Socratic diaiectics, clearing away from lhe muni Us uiist of fancied knowledge, and laying bare lhe real ignorance, produred an immédiate efîecl, like the louch of lhe torpédo. The newly-crealed consciousness or ignorance was aiike unexpecled, paiufnl, and hutnilialing, — a season of doubt and discomfort, yel coin* binod with an internai working and yearning aflcr truth, never before experienced. Sucb intellecti»! quirkening, which could never commence unlil the mind liait been disabnsed of ils original lilusion of faite knowledge, was considérai by Socrates nol mercly as the index and preoursor, but as the indispensable condition of future progress. » tiroir, HisU of Grctce, t. VIII, pag. 614, 615, in*8 # , 1851. Comparez Knlik der reinen Vemunfl Kant, \\ t-rke, t. II, pag.5?3, 577 : « Su ist der Skeptimmus ein liuheplalz fur die menschilde Vernunfl, da sie fich übcrihre dogmalische Wanderung besinnen und den Entwurf von der Gcgcnd machen kano, wo siu sich belindet, um ihren Weg fernerhin mit mehrerer Sirherheit wæhlen zu ko*nnen, aber nichl ein Wohnpla t zum bestændigen Au-
fenlhalte Su tst das bkeplische Verfahren zwar an sich selbst lür die Ycrnunflfra*
gen nirht befriedigend, aber doch vorûbend, nm ihre Vorsicbtigkeit zn erwerken nnd anf gründlicho Mattel zu weisen , die *ie in ihren rcchliuæssigcn Üesitzcn sichern kœnnen. »
Pendant toute la durée du dix septième siècle, le double courant du scepticisme et de la tolérance continua d'avancer, quoique ses progrès fussent arrêtés à chaque inslant par les deux successeurs d’Élisabeth qui, en toutes choses, prirent le contre-pied de la politique éclairée de celte graude reine. Ces princes épuisèrent leur force dans la lutte contre les tendances d’un siècle qu’ils étaient incapables de comprendre : heureusement, l’esprit qu’ils cherchaient à détruire s’était fixé sur une hauteur d’où il se jouait de leurs efforts. A la même époque, la nature des querelles qui, pendant cinquante ans, divisèrent le pays vinrent encore aider davantage à la marche de l'esprit anglais. Sous le règne d'Élisabeth, la grande lutte avait eu lieu entre l'Église et ses adversaires, entre ceux qui étaient orthodoxes et ceux qui étaient hérétiques. Mais, sous les règnes de Jacques et de Charles, la théologie se fondit pour la première fois dans la politique. Ce n'était plus une lutte de croyances et de dogmes : non, c’était une lutte entre ceux qui supportaient le trône et ceux qui supportaient le parlement. S’attachant ainsi à des questions d’une importance réelle, les esprits délaissèrent ces sujets inférieurs qui avaient accaparé l'attention de leurs pères (1). Enfin, lorsque les affaires publi-
(I) Le docteur Arnold, dont l'œil p< uetrant découvrit ce changement, dit ( Lectures on modem Hislorj , pag. 232), « wli.it strikes us predomin anlly, is, that wh.it, in Elisabeth’s lime, vas a contre versy between divines, was now agreat political cou test between tbe crown and Ute pariiament. » Les compilateurs ordinaire, tels que sir A. Alison (HUt. of Europe, 1. 1, pag. 51) et autres ont représenté ce mouvement sous les plus fausses couleurs, e-renr d’autant plus singulière, que le caractère éminemment politique de la lutte fut reconnu par plusieurs contemporains. Cromwell lui «même, malgré toute la difficulté de la parti* qu’il avait i jouer, déclara nettement, on 1055, que l'origine de la guerre n'était pas religieuse. Voir Carlyle, Cromwell, t. III, pag. 403, et l'évidence corroborative dans Walker, Hi&tory of Independency , part, i, pag. 132. Jacques 1" vit aussi que les puritains eia tout plus dangereux pour l'État que pour l'Église: « Do not so for dilTer froui us in points of religion, as in thar ronfused form nf |>oliry and parily : beîngever disconden-
ques eurent atteint leur crise, le sort cruel du roi, tout en avançant fortuitement les intérêts du troue, fut très fuueste à ceux de l’Église. 11 n’y a pas de doute que les circonstances qui accompagnèreul l’exécution de Charles, donnèrent le coup de grâce au système tout entier de l'autorité ihéocratique, coup dont, dans notre pays, elle n'a jamais pu se relever. La mort violente du roi excita les sympathies du peuple; en renforçant ainsi les mains des royalistes, elle précipita la restauration de la royauté (1). Mais le nom seul du grand parti qui s’était élevé au pouvoir indiquait le changement qui, au point de vue religieux, s’opérait dans l'esprit de la nation. Assurément, ce n’était pas peu de chosé que l'Angleterre fut gouvernée par des hommes qui s’appelaient « indépendants, » et qui, sous ce litre, repoussèrent uou seulement les prétentions du clergé, mais professèrent encore un souverain mépris pour tous les rites et les dogmes que le clergé n'avait cessé d’amasser durant plusieurs siècles (2). Les indépendants, il est vrai, ne poussèrent pas
tcd vrilh the présent governmcnt, and impatient tosotferany superiorily; which maketh tlieir sects insulTerable in any well-governed commonweallh. » Speech of James I, Pari, /lût., 1. 1, pag. 9S± Voir également les observations que l’on attribue à De Foe, Somers Tracts, t. IX, pag. 571* «The kindand parliamenl fell ont about watters of civil right; . .. tbe fini différence belween the kingand the English parliamenl did not respect religion, bal civil property. »
(I) Voir Clarendon, J/isl. of the Rébellion, pag. 716. Sir W. Temple, dans ses Mcmoirs, fait observer que le trdne de Charles U fat affermi par «what had passod in the last reign.a Temple, Works, t. II, p. SU. Les remarques de M. de Lamarlino sur l’exécution de Louis XVI pourront conGrmer ce fait {Hûl. des Girondins , t. V, pag. 86,87) : «Sa mort, an contraire, aliénait de la cause française cette partie immense des populations qui ne juge les événements humains que par le coeur. La nature humaine est pathétique; la république l’oublia, elle donna à la royauté quelque chose du martyre, à la liberté quelque chose de la vengeance. Elle prépara ainsi une réaction contre la cause républicaine, et mit du côté de la royauté la sensibilité, l’intérêt, les larmes d’une parties des peuples. «
(j) L'énergie avec laquelle la Chambre des communes repoussa, en 1616, les protentions de • the assembly of divines * est une des nombreuses preuves de la délermioatiou X laquelle était arrivé le parti dominant de ne pas laisser passer les empiétements théocra-
toujours jusqu’au bout les conséquences de leurs doctrines (1). Néanmoins, c’était un grand point de voir ces doctrines reconnues par les autorités constituées de l’État. En outre, il est important de faire remarquer que les puritains étaient beaucoup plus fanatiques que superstitieux (2). Leur ignorance des vrais principes du gouvernement était si grande, qu’ils établirent des lois pénales contre les vices pri-
tique». Voir le» détails remarquables, Pari. Hist., t. III, pu g. 15'.», *63; voir aussi pag. 13(15. Comme conséquence naturelle, les indépendants furent la première secte qui, en possédant le pouvoir, souliut le principe de la tolérance. Consultez Orme, Life of Owen, pag. G3, 75, 102, 111 ; Somer, Tracts, t. XII, pag. 642 ; Walkrr, Hist. of hvtepeivtency , part, n, pag. 50, 157 ; part, ni, pag. 22; Clarendon, Hist. of thê Rébellion, pag. CIO, GU). Quelques écrivains font un grand mérite à Jeremy Taylor de sa défense de la tolérance (Heber, Life of Taylor, part, «ru, et Parr, Works, t. IV, pag. 417), mais la vérité est que, lorsqu’il écrivit sou fameux ouvrage Liberty of Prophesying, se» ennemis étaient an pouvoir, de sorte qu’il plaidait en faveur de ses propres iutéréls. Cependant le jour où l’Église reprit le dessus, Taylor relira les concessions qu’il avait faites à l’époque de l’adversité. Voir le» remarques dictées par l'indignation dans Coleridge, Lit. Rcmhins, t. lll, pag. 250; Coleridge, malgré louto sou admiration ordinaire pour Taylor, s’exprime en termes très forts sur cette désertion ; voir enfin une lettre récemment publiée, Letter of percy , Rishop of ûromore, Nichoi, Illustrations of Lil. Hislory, t. VII, pag. 464.
(1) Cependant l’évêque Short (J/istory of lhe Church of Englanrt , in-8* , 1847, pag. 452, 458) dit, ce qui est indubitablement vrai, que « tbe hostitity of Cromwell to tho cburch was not lheological but political. » L’évéque Kconel fait la même remarque. Note dans Barton, Diary, 1. 11, p. 479. Voir également Yanghan, Cromwell, 1. 1, part, xevu . au sujet de l’esprit généralement tolérant de ce grand homme, voir Hallam, Cnnst. Hist., t. Il, pag. 14, et l'évidence dans Harris, Lires of the Stuarls, t. III, pag. 37, 47. Mais on trouvera la déclaration la plus nette de ce principe dans une Letter from Cromwell lo major-general Crawford, récemment publiée dans Carlyle, Cromwell, 1 . 1, pag. 20î, , 203, in-8*, 1846. Cromwell écrit, t Sir, the State, in choosing mon to sewe it, lakes no notice of lheir opinions ; if they be willing faitbfully to serve il, that satisfles. • Voir une preuve nouvelle dans Canrllhen, Hist. of the Church of Englamt , t. il, pag. 245,249.
(2) L’on ne saurait comprendre la véritable histoire des puritains si l’on ne prend pas cela en considération. Dans cette Introduction il m'est impossible de discuter un si vaste sujet; je dois lo réserver pour l’avenir dans la partie de cet ouvrage où je traiterai spécialement de l’histoire d’Angleterre. Kn attendant, je puis dire que la distinction entre lo fanatisme et la superstition est clairement indiquée, mais non point analysée dans Whately, Errors of Romanism traced to lheir origin in humun nature , pag. 49. qu’il faudrait rapprocher de Hume, Philosophical Works, t. III, pag. 81,89, Ediu, 1826, *où it explique la différence entre l'enthousiasme et la superstition, différence qui est notée, mais, ce semble, mal comprise, par Madame, dans ses Additions to Mosheintê Ecci. Hist., t. II, pag. 38.
vés, et s’imaginèrent que la législation pouvait mettre un frein à l’immoralité (1). Néanmoins, malgré celte grave erreur, ils résistèrent toujours aux agressions venant même de leur clergé, et la destruction de l’ancienne hiérarchie épiscopale, quoique peut-être elle fût trop hâtivement consommée, a dû produire nombre d’excellents résultats Lorsque le grand parti qui avait accompli toutes ces choses fut enfin renversé, la marche des événements continua toujours à tendre vers la même direction. Après la restauration , l’Église, quoiqu’on l'eut rétablie dans sa pompe primitive, avait évidemment perdu son ancien pouvoir (2). En même temps le nouveau roi, par légèreté plutôt que par raison, dédaignait les querelles des théologiens et traitait les questions de religion avec une tiédeur qu’il regardait comme une indifférence philosophique (3). Les courtisans suivirent son exemple, s’imaginant qu’ils ne pouvaient pas s’égarer du moment qu’ils imitaient celui qu'ils considéraient comme
(1) Compare* Harrington, Observation* un Ihê Statute », p. 113, avec Burton, Diary of lhe parliammts of Cromwell, 1. 1, pag. xcviii,U5, 392, l. Il, pag. 35, 229. En 1650 , être accusé pour la seconde fois de fornication constituait un crime capital ; mais après la restauration, Charles 11 et ses amis trouvèrent cette loi assez gênante; elle fut donc rappelée. Voir Blackstone, Commenlaiics, t. iv, pag. 65 .
(2) Voir Life of Ken, by a Sayrnan, édit. 1854, t . I, pag. 51. A la page 129 le même écrivain dit avec tristesse : • The Claire h recoverod rnoch of hcr temporal possessions, but not her spinlal rule. t Le pouvoir des évêques fut diminué « by tbe destruction of lhe court of higli commission. » Short, Jiisl. of lhe Church of England, pag. 595. Consultez aussi, relativement à la diminution de l'influence du clergé anglican après la restauration, Southey, Life of Weiley, t. I, pag. 278, 279; et WaUon, Obêei'vation* on the Life of Wesley, pag. 129, 131.
(3) Buckingham et Halifax, les deux hommes peut être qui connurent le mieux Charles II, déclarent tous deux qu’il était déiste. Comparez Liogard , HiH. of Ençland , l. VIII, pag. 127, avec Uarril, Livet of lhe Stuart*, t. V, pag. 55. Sa conversion subséquente au catholicisme est exactement analogue à la dévotion de Lonis XIV qui ne fit que s'accroître durant les dernières années de sa vie. Dans les deux cas, la superstition fat le refuge naturel d'un débauché fatigué ot mécontent, qui avait épuisé toutes les ressources des plaisirs les plus bas et les plus avilissants.
l’oint du Seigneur. Il n’y a personne, n’ayant même qu'une teinture fort légère de la littérature anglaise, qui n’en connaisse parfaitement les résultats. Ce scepticisme grave et mesuré, qui avait été le trait caractéristique des indépendants, perdit tout son décorum lorsqu'il fut transplanté au milieu de latmosphère malsaine de la cour. Les hommes qui entouraient le roi n’étaient pas à la hauteur des diflicullés du doute : ils cherchèrent donc à fortifier leurs doutes en proclamant avec force blasphèmes leur impiété folle et désespérée. Tous les écrivains, presque sans exception, qui furent dans les bonnes grâces de Charles , employèrent toutes les ressources de leur imaginatiou déréglée à se moquer d’une religion dont ils méconnaissaient complètement la nature. Ces bouffonneries impies n’avaient fait, par ellesmêmes, aucune impression durable sur le siècle, mais elles méritent d’appeler notre attention parce qu’elles représentent, sous leur forme dissolue et exagérée, une tendance plus générale : produit malsain de cet esprit d’incrédulité et de cette audacieuse révolte contre l’autorité qui caractérisèrent les Anglais les plus éminents durant le dix-septième siècle. Voilà ce qui fit de Locke un innovateur en philosophie et un unitaire dans sa croyance; voilà ce qui fit de Newton un socinien, ce qui força Milton à devenir le grand ennemi de l’Église cl qui changea nou seulement le poète en rebelle, mais aussi répandit une teinte d’arianisme dans le Paradise Lost. Eu un mot, ce fut ce même dédain pour la tradition, ce fut cette même détermination à secouer le joug qui, d’abord introduits dans la philosophie par Bacon, furent ensuite introduits dans la politique par Cromwell, et qui, durant la même génération, pénétrèrent dans la théologie, grâce à Chillingworth, Owen et Haies; dans la métaphysique, grâce
HISfOIRB
à Hobbes et Giauvil, et enfin dans la théorie du gouvernement, grâce à Harrington, Sydney et Locke.
Le zèle extraordinaire que l'on déployait alors dans la culture des sciences physiques vint encore puissamment aider aux progrès de l’intellect anglais qui ébranlait les anciennes superstitions(l). Comme tous les grands mouvements
(I) On en trouvera l’un des exemples les plus curieux dans la destruction des vieilles idées tour liant la sorcellerie. Cette révolution importante dans nos idées s'opéra, du moins en ce qui regarde les classes éclairées, entre la restauration et la révolution, c’est à dire qu’en 1660, la majorité des hommes instruits croyaient encore à la sorcellerie, tandis qu’en 1688 la majorité n’y croyait plus. En 1665, le chief-baron Haie, qui présidait au jugement de deux sorcières, exposa au jury l’ancienne opinion orthodoxe : « Thaï thero are such créatures as wilches, I make no doubt at ail ; for, first, the scriplures hâve affirmed somuch : second ly, the wisdow of ail nations hath provided laws against such persons, which is au argument of lheir confidence of such a crime • Campbell, Livre of the chie f justice», 1. 1, pag. 565, 566. Ce raisonnement était irrésistible : aussi les sorcières furent-elles pendues; cependant le changement de l’opinion publique commença â affecter jusqu’aux juges ; et, après le triste spectacle que nous donne ce chief-baron, des scène? de cette nature devinrent de plus en plus rares; toutefois, lord Campbell est dans l’erreur quand il suppose (pag. 563* que ce fut • the last capital conviction in England for the crime of bevilching. » Loin de là, trois personnes, accusées de sorcellerie, furent exécutées à Exeter en I6S2. Voir Hulchinson, Mis tory f'ssay conrcming Wilchcreft , 1730, pag. 56, 57. Hulchinson dit : « I suppose these are the last three thaï hâve been hanged in England. » Cependant, si nous pouvons nous en rapporter à ce que dit le docteur Parr, deux sorcières furent pendues à Worthamplon en 1705, et en « 1712 ilveother wilches suffered the samc fale at tho same place. » Parr, Work », t. IV, pag. 182, in-8\ 1828. Ce fait est d'autant pins honteux que, comme je le prouverai dans la suite, les hommes instruits ne croyaient plus généralement à l’existence de la sorcellerie, quoique en chaire et sur le fauteuil du juge on défendit encore la vieille superstition. Quant aux opinions du clergé, comparez Cudworlh, Intell. t. III, pag. 345,348; Vernon Correspond., t. H,
pag. 302, 303 ; Durt, Lellers from the iïorlh of Scoll and, t. I, pag. 220, fil. Wesley, Journal*, pag. 602, 713. Wesley qui avait plus d’influence que tous les évêques réunis, dit : « It is trne, likewise, that the Eoglish in general, and, indeed, most of the men of Icarnirig in Europe, haven given up ail acconnts of witches and apparitions as raere ohl
wives’ fables. I am sorry for it The giving up witchcraft is, in effect, giving up the
Bible But I caonot give up, to ail the Deisls in Créât Britain, tho existence of
witchcraft, till 1 give up the crédit of ail historv, sacred and profane.* Cependant tout fut en vain : l'ancienne croyance s’affaiblit d’année en année ; aussi, en 1736, cinquante ans avant que Wesley exprimât ces opinions, les lois contre la sorcellerie furent rappelées et du Livre des statuts anglais disparut un antre vestige de la superstition. Voir Barrington, On the Statut e», pag. 407 ; note dans Unrlon, Diary , t. I, pag. 26; Harri, Life of Hardwicke, 1. 1, pag. 307. Il peut être intéressant d'ajouter qu>n Espagne, on brûla une sorcière pas plus tard qu’en 1781. Tickwor, Hist. of Spanish Lilcrat., t. III, pag. 238.
sociaux, on peut suivre clairement celui-ci, en remontant jusqu’aux événements qui le précédèrent : ce fut en partie la cause et en partie l’effet de l’incrédulité croissante du siècle. Le scepticisme des classes éclairées leur lit prendre en aversion toutes les opinions qui avaient eu si longtemps cours et qui ne reposaient que sur une autorité isolée : de là vint le désir de constater jusqu’à quel point des notions de cette nature pourraient être vérifiées ou réfutées par le véritable état des choses, On trouvera un exemple curieux du progrès rapide de cette disposition d’esprit dans les ouvrages d’un auteur qui compte parmi les écrivains purement littéraires de son siècle. Au moment où la guerre civile se dessinait à peine, trois ans avant l'exécution du roi, sir Thomas Browne publia son célèbre ouvrage intitulé Inquiries into vulgar and common Errors (1). Cette remarquable et savante production a le mérite d’anticiper sur quelques-uns des résultats obtenus par les penseurs les plus modernes (2); mais ce qui la rend surtout remarquable, c’est qu’elle est la première attaque résolue qui ait jamais été faite en Angleterre contre ces idées superstitieuses qu’on se faisait généralement du monde extérieur. Et, ce qui importe encore davantage, c’est que les circonstances au milieu desquelles cet ouvrage parut nous prouvent que si la science et le génie de l’auteur lui appartiennent en propre, du moins le scepticisme qu’il montra au sujet des croyances populaires fut le résultat de la pression du siècle.
En 1633 ou environ, quand le trône était encore occupé
II) La première édition fut publiée en I6VG : Works of sir Thomas Hr oient f t. Il, pag. 163.
' (S) Voyei le» notes do 31. Willcin dans son édition de lirovne, Works. Lond., 1836, t. II, pag. 285, 360, 361.
HIMOlKt
par un priuce superstitieux, quand l'Église anglicane était au faite de son pouvoir apparent, enfin quand les hommes étaient eu butte aux persécutions pour leurs opinions religieuses, ce même sir Thomas lirowne écrivit la Religio Medici (1), où nous trouvons toutes les qualités de l'œuvre que nous venons de citer, moins le scepticisme. En effet, il y a dans Religio Medici une crédulité qui doit lui avoir assuré la sympathie des classes alors dominantes. De tous les préjugés que l'on considérait à celte époque comme faisant partie essentielle de la croyance populaire, Browne n’en nia pas un seul. Il déclare qu’il croit à la pierre philosophale ('2), aux esprits, aux anges gardiens (5) et à la « palmislry » (4). Non seulement il affirme d'une manière péremptoire l’eiistence des sorciers, mais il ajoute que ceux qui nient leur existence ne soûl pas simplement des impies, mais encore des athées (5). Il nous dit gravement qu'il lait dater sa nativité, non pas du jour de sa naissance, mais du jour de son baptême; car avant d'être baptisé, pouvait-on dire qu’il existât (6) ? Enfin, il complète ces sages données, en établissant que plus une proposition est improbable, plus il l’admet volontiers, et que si une chose est réellement impossible, il est, par cela même, tout disposé à y ajouter foi (7).
(ftj Uu eu ignore la date précise ; cependant M. Willtiu suppose que cel ouvrage fut écrit t betweeu Uie >ears In33aud 11*35. * Préface de Religio Medici , Browne, Works , i. 11, pag iv.
(2) Browue. Works., t. Il, pag. 58.
(3) Idem, Ibid., t. 11, pag. 47.
(4) Ou, selon scs termes, Chiromanctj. Ibid., t. Il, pag.8t>.
(5) * For rny part, 1 hâve ever believed ; and do dow kuow thaï there are witekes. They that doubl of t lie se, do not ouly deny thnm, but spirits ; and are obliquely , and upou conséquence, a sort, not of iutidels, but alheisU. • Ibid., 1. 11, pag. 43, 44.
(6) < From this I do computc or catculate my nalivity. > Ibid., t. II, pag. 64.
(7) Religio Medici, sect. iz, Browne, Work* , 1. 11, pag. 13, 14. Malheureusement , en raison de la longueur, nous ne saurions en faire un extrait. C>$t le ci'edo quia imposai-
Telles furent les opinions qu’exposa sir Thomas Browne dans le premier des grands ouvrages qu’il donna au monde. Mais, dans Itiquiries itulo Vulgar Errors, il s’v révèle un esprit si différent que, n’était l’évidence la plus décisive, nous croirions à peine que ce livre a été écrit par le même homme. La vérité, toutefois, est que, durant les douze ans qui s’écoulèrent entre les deux ouvrages, cette vaste révolution sociale et intellectuelle, dont le renversement de l’Église et l’exécution du roi ne furent que des incidents mineurs, la révolution, dis-je, était achevée. Par la littérature, par les correspondances privées, par les actes publics du temps, nous savons combien il était impossible, même aux esprits les plus forts, d’échapper aux effets de l’enivrement général. Ne nous étonnons donc pas si Browne, qui était certainement inférieur à plusieurs de ses contemporains, fut affecté par un mouvement auquel ils étaient tous incapables de résister. Certes, il eût été étrange que, lui seul, il ne subit pas l’influence de cet esprit sceptique, qui, parce qu’il avait été arbitrairement réprimé, avait brisé tousses liens, et dans le déroulement de son soubresaut balaya toutes les institutions qui s’opposaient en vain û sa course.
C’est à ce point de vue, qu’il devient très intéressant, que dis-je? très important, de rapprocher les deux ouvrages. Dans ce dernier livre, sa seconde production, c’en est fait, nous n’entendons plus dire qu’il faut croire aux choses parce quelles sont impossibles; non, on nous parle de « the
bile est , originairement l'une des absurdités de Terlnllten, et depuis cité à la chambre des lords par le duc d'Argyle « as lhe aoeient religions maxim. * Pari. Hist., l. XI, pag. SU Compares la remarque sarcastique sur cette maxime contenue dans Essay conceming fhtnmn lliuler standing , lir. iv, chap. xvm, Locke, Works, t. Il, pag. 371. Ce fut l’esprit renfermé dans cette phrase que Oise alla puiser scs arguments les plus formidables contre les Pères de l'Église. Neander, Hist. af the Church, 1. 1, pag. 387, 238.
H1ST0IHE
two gréai pillars of trulli, expérience and solid reason (1). » On nous rappelle aussi que l’une des principales sources de l’erreur c’esl « adhérence unto aulhority (2); » qu’une autre c’est «' neglecl of inquiry (•>), » et, chose étrange à dire, qu’une troisième , c’est « credulity ( 4) , » avec l’ancien esprit théologique; ne soyons donc pas surpris si Browne, non content d’exposer les innombrables bévues des Pères de l’Église (S), ajoute encore d’un ton sarcastique, après avoir parlé des erreurs en général : « Many others lhere are, which we resigu unto divinily, and perhaps deserve not conlroversy (G). »
La différence entre ces deux ouvrages témoigne assez bien de la rapidité du vaste mouveuieul qui, au milieu du dixseptième siècle, se révéla sur tous les points de la vie pratique et spéculative. Depuis Bacon, l'un des Anglais les plus distingués fut sans contredit Boyle : en le comparant à ses contemporains, nous pouvons lui assigner le premier rang après Newton, bien que naturellement il lui cède en originalité de la pensée (7). Les additions qu'il a faites à nos connaissances ne rentrent pas dans notre sujet : cependant, l’on peut dire que, le premier, il vérifia par des expériences exactes le rapport entre la couleur et la chaleur (8), expé-
(1) Inquiriet inlu Yulyurand Common Errort , liv. m t chap. xxvui, Browne, Wurkt, (. Il, pag. 531.
(2) Ibid., liv. i, chap. ni, t. Il, pag. -225.
(3) Ibid., liv. i, chap. v, 1. 11, pag. 211 : « A supinily, or neglecl of inquiry. *
(4) Ibid., liv. i, ch. v,t. Il, p. MS: «A third cause of common errors is the credtilily of mon. •
(5) On en trouvera deux exemples fort amusants dans le t. Il, pag. 2G7, 43 8.
(6) Vulgar and Common Errort , liv. tu, chap. xi, Browne, Work*, 1. 111, pag. 320.
(7) Monk 'Life of Bentley, l. I,pag. 37) dit que les découvertes de Boyle i hâve plaçai his naine in a rank second only to that of Newton, ■ ce que je crois très vrai, malgré l'immense supériorité de Newton.
(S) Compare* Powell, On Radiant lleal ( Brit . Attoc., 1. 1), pag. 287-, avec Lloyd, Report un Phytical aptien, 1834, pag. 338. Quant aux remarques sur les couleurs, coq-
rieuces qui lui permirent de constater non seulement des faits importants, mais aussi de poser les bases de l'union entre l’optique et la tliermotique : quoique ces sciences ne soient pas encore arrivées à la perfection, elles n’attendent plus aujourd’hui qu’un grand savant qui trace une généralisation assez large pour les renfermer conjointement et fondre les deux sciences en une seule. C’est également à Boyle, plus qu’à tout autre Anglais, que nous devons la science de l’hydrostatique, telle que nous la possédons maintenant (1); à lui revient l’admirable loi, si féconde en résultats précieux, suivant laquelle l'élasticité de l’air varie comme sa densité (2). Enfin, selon l’opinion de l’un des plus éminents naturalistes modernes (5), ce fut Boyle qui ouvrit
suites Boyle, Works , t. Il, pag. 140; il donne la description de ses eipériences aux pages 41-80. Brcwster, Life of Newton, t. I, pag. 155, 156, 236, eu parle assex rapidement. (Jo fait qui n'est pas, je crois, généralement connu, c'est que Power, dit-on, est redevable é Boyle de l'idée de Taire quelques-unes de scs expériences sur les couleurs. Voyez uue lettre de Hooke ( Boyle, Works , t. V, pag. 533).
(1) Le docteur Whewell (Bridgewater, Tr enlise , pag. 266) remarque avec raison que Boyle et Pascal sont à l'hydrostatique ce que Galilée est à la mécanique, et Copernic, Képlcr et Newton à l’astronomie. Voyex relativement à Boyle, en tant que créateur de l'hydrostatique, Thomson , Rial. o / the Royal Society , pag. 397, 398, et Hist. ofChemistry, t. I, pag. iOi.
(2) Cette loi fut découverte par Boylo vers 1650 et confirmée par Mariotle en 1676. Voyex Whewell , Hist. of the Inductive Sciences, t. II , pag. 557, 588; Thomson, Hist. of Che • ? niatry, l. I, pag. 215; Turner, Chemistry, t. I, pag. 41,200; Brande, Chemistry, t. 1, pag. 363. L'Académie française des sciences a vérifié cette loi, dont on a reconnu la justesse 1 une pression même de vingt-sept atmosphères. Voyez Challis, On the Mathematical Theory of fluitts , Sixth Report of Rrit. Assoc., pag. 226; Herschel, ,\at. Philos. , pag. 231. Quoique Boyle ait devancé Mariottc d'un quart de siècle, celte découverte n'en est pas moins appelée assez injustement la loi de Boyle et de Manotte ; mais les écrivains étrangers font encore mieux : ils omettent souvent le nom de Boyle et di>ent « la loi de Mariottc' » Voyez, par exemple, Liobig, Lellers on Chemistry , pag. 126; Monteil, Dii'ers États, t. III, pag. 12. ; Kaemtz, Metcorology, pag. 236; Comte, Philosophie positive, t. 1, pag. 583, 645; t. II, pag. 484,615; Pouillet, Éléments de physique, 1 . 1, pag. 339; t. lï, pag. 58, 183.
(3) • L’un des créateurs de la physique expérimentale, l'illustre Robert Boyle, avait aussi reconnu, dés le milieu du dix-septii me siècle, une grande partie des faits qui serrent aujourd'hui de base a cette chimie nouvelle. » Cuvier, Progrès des sciences , 1. 1, pag. 30. Le
le champ «les recherches chimiques, qui allèrent croissant jusqu'il ce qu’un siècle plus tard, elles fournirent à Lavoisier et h ses contemporains les moyens de fixer la véritable base de la chimie, qui, grâce à elles, prit le rang qui lui appartenait parmi les sciences qui s’occupent du monde extérieur.
Dans une autre partie de cet ouvrage, nous traiterons de l’application de ces découvertes au bonheur de l’homme, et particulièrement à ce qu'on peut appeler les intérêts matériels de la civilisation. Quant à présent, tout ce que nous voulons faire ressortir, c’est l’harmonie qui fit concorder ces recherches avec le mouvement que nous tenions de décrire. Dans tout le cours de sa physique expérimentale, Boyle ne cesse d’insistersur deux points fondamentaux : à savoir, l'importauce relative des expériences individuelles et le peu d'importance des faits que l'antiquité nous a transmis il ce sujel(l). Telles sont les deux grandes clefs de sa méthode, tels sont les principes que lui avait légués Bacon, et qui ont été ceux de tout homme qui, pendant ces deux derniers siècles, a
mot aiiMi se rapport* à Rey. Consultez egalement Cuvier, Histoire de» sciences naturelles, 2* partie, pag. 322, 3464*9. Un écrivain pim récent dit que Boyle « slood. in fart, on tbe ver y brink of the pereumatic chemistry of Priestley ; he had in his hand the key to tbe great liiscotery of Lavoisier. » Johnston, On fHtnorphou» Bodies, Report» of Brit. Assnc., t. Vf, pag. 163. On trouvera encore d’antres détails snr Boyle dans Robin et Verdeil, Chimie anatomique. Paris, 1833, t. !,pag. 576, 577, 579; t. 11. pap. 24, et dansSprengel, Histoire de In médecine, i. IV, pag. 177.
(1) Ce dédain pour l’antorité de l'antiquité se révèle d’one manière si constante dansiez ouvrages, qu’il est difficile de choisir parmi les innombrables passages de ce genre celtfî qu’on pourrait citer. Il en est un que j’extraierai, parce que les termes m'en semblent fort heureux et qu’il est à coup sur très caractéristique. Dans Free Inquirij intothe vulgarly received Motion ofXature, il dit (Boyle, Works , t. IV, pag. 359) : « For I am wont to jndge of opinions as of coins : I consider much lest, in any ooe thaï 1 am to reçoive, whose inscription it bears, than vhat métal it ls made of. It is indiffèrent enongb to me whether il vis stamped many years orages since, or came but yosterday from the mini. * Ailleurs il parle des • schoolmen » et des « gowmen • avec un mépris qui ne cède en rien jt celui de Locke lui-même.
fait un apport important à la masse des connaissances humaines. D’abord douter (I), ensuite chercher, enfin découvrir. Voilà la marche généralement suivie par les grands maîtres. Boyle en sentit si bien la nécessité que, bien qu’il fût éminemment religieux (2), il donna au plus populaire de ses ouvrages scientifiques le titre de the Seeplical Chemist, voulant dire par là que tant que les hommes ne porteraient pas le scepticisme jusque dans la chimie de leur époque, il leur serait impossible d’avancer loin dans la carrière qui s’étendait devant eux. Nous devons faire observer que cette œuvre remarquable, qui porta un coup si terrible aux anciennes idées, fut publiée en 1661 (3), un an après l'ascension au trône de Charles II, sous le règne duquel l’incrédu-
(1) DâB* ses Considération* louching Expérimental Essays, il dit (Boyle, Works , 1. 1, pag. 197) : « Perhaps you will vronder, Pyrophilus, tbat'in almost every onc or the follovring essaya I should speak so doublingly, and ose so oflen perhaps , it scems, it is not improbable , and soch other expressions as argue a difïldence of the trolh of the opinions 1 incline to, etc. » En effet, Ton rencontre* cette disposition à chaque pas. Ainsi son £*say on Crystals , qui, eu égard à l’état de la science, est une production fort remarquable, est intitulé: Doublé and Expérimenté louching the curions figures of Salis. T. Il, pag. 188. Voyez également Humboldt, Cosmos, t. Il, pag. 730.
(2) A l’égard de la sincérité des sentiments religieux de Boyle, comparez Burnet, Live* and Characters , édit. Jebb, 1833, pag. 351-360: Life of Ken , by a Layman , t. I* pag. 32,33; Whewell, Ifridgct/Hiter Trealise, pag. 273. Il cherche à diverses reprises 4 Concilier la méthode scientifique avec la dèfcnse-de* opinions religieuses qui étaient établies. On en trouvera la meilleure preuve dans Boyle, Works, t. V, pag. 38, 39.
(3) Le Sreptieal Chemist se trouve dans Boyle, Works , t. !, pag. 200-371. Du rivant de l’auteur, l’ouvrage passa par deux éditions, succ< s extraordinaire pour un livre de ce genre-là. Boyle, Works, t. 1, pag. 375; t. IV, pag. 89: t. V, pag. 345. Nous apprenons par une lettre écrite en 1696 (Fairfax, Correspondenee , t. IV, pag. 344) que les œuvres de Boyle devenaient rares à cette époque, et qn’on avait l’intention de les réimprimer sous leur forme comp'ète. Quant au Sceptiral Chemist, il jouit d’une telle popularité que cct ouvrage appela l’attention de Monconys, voyageur français, qui visita Londres en 1663 et qui nous apprend que ce livre se vendait qnatro schellings, « pour quatre chelins. » Voyages de Monconys, t. TII, pag. 67, édit. W95, livre qui renferme des détails curieux sur Londres pendant le régne de Charles II, mais qui, autant que je le sache, n’a été cité par aucun historien angfais. Sprengel, Histoire de la médecine, t. V, pag. 78-9, eipose sommairement le» principes soutenus dans te Sceptiral Chemist, au sujet duquel il dit : « Ce fut ccpen dant aussi eu Angleterre que s’élevèrent aussi les premiers doutes sur l’exactitude des explications chimiques, t
lilé se répandit avec une telle rapidité, quelle ne se révéla passeulementparmi les classes éclairées, mais jusqu'au milieu des nobles et des amis intimes du roi : il est vrai que, dans ces rangs de la société, elle prit une forme blessante et dégénérée. Mais la force de ce mouvement dut être extraordinaire, pour pénétrer, d’aussi bonne heure, jusqu’au fond du palais et surexciter les esprits des courtisans, race indolente et faible qui, par suite de ses habitudes frivoles, est, en temps ordinaire, portée h la superstition et prête à croire tout ce que lui a légué la sagesse de ses ancêtres.
Cette tendance se manifestait alors partout : partout, la détermination croissante de subordonner les anciennes idées aux recherches nouvelles. Au moment même où Boyle poursuivait ses travaux, Charles II fondait la Société royale dont le but reconnu était d’augmenter les connaissances au moyen des expériences directes (1) ; et, fait digne de remarque, la charte accordée pour la première fois à celte célèbre institution déclare que la Société a pour objet de développer les scieuces naturelles, c’est à dire le contraire même du surnaturel (2).
(1) t Front Jhe nature and constitution of lhe Royal Society, tbe objecta of lheir allen, lion were necessarily unlimiled. The physical sciences, however, or ihose winch are promoled by experiment, were lheir declared objecls; and eiperimcnl was ibe raelhod winch tliey professed lo folio* in accomplishing their purpose. • Thomson, Ilist. of the Royal Society, pag. 6. A l'époque où la société fui fondée, les expériences ôtaient si peu ordinaires, qu'on eut de la peine à trouver dans Londres les opérateurs nécessaires. Voyez un passage curieux dans Weld, Hist. of the Royal Society, 1848, t. Il, pag. 88.
(ï) Le docteur Paris {Life ofSir H. Duvy, 1831, t. Il, pag. 178) dil : « The charter of the Royal Society States, lhat il was ealablishcd for the improvement of nalural science. This epithet nalural iras originally intonded to imply a mcaning, of which very few pensons, 1 believe, areaware. Al the period of lhe establishment of the society, the arts ofvritchcrafl and divination wore very extensively encouraged; and the word nalural was therefore inlroduced in contradistinrtioo to supernatural. » Les réglements de Charles 11 sont publiés dans Weld, Hist. of the Royal Society , t. U, pag. 481-521. Evelyn ( Diary , 13aug. 1602, l. II, pag. 195 ) dit que la société royale avait pour but d'étudier « nalural knowledge. * Consultez également Aubrcy, Lelters and Lires, t. Il, pag. 358; Palteoey, ilist. of
Il est facile de se représenter la terreur et le dégoût que cet état de choses inspira aux admirateurs entichés de l'antiquité, gens qui, se renfermant dans leur vénération pour le passé, sont incapables de respecter le présent ou d’espérer eu l’avenir. Ces êtres, pierres d’achoppement du genre humain, jouèrent, au dix-septième siècle, le même rôle qu’ils jouent à notre époque, repoussaul toute nouveauté, c’est à dire, s’opposant à toute amélioration. La lutte envenimée qui s’éleva entre les deux parties, l’animadversion à laquelle la Société royale fut en butte, parce qu’elle était la première institution où l’idée de progrès allait prendre corps distinct, forment l'une des parties les plus intéressante de notre histoire: dans une autre occasion, nous y reviendrons en détail. Il suffit, pour le moment, de dire que le parti réactionnaire, quoiqu’il eût à sa tête l’imposante majorité du clergé, fut entièrement battu; à quoi, en vérité, l'on devait s’attendre, puisque du côté de leurs adversaires se trouvait presque toute l'intelligence de la nation et que, de plus, ces derniers étaient renforcés par la cour qui leur accordait toute l'aide en son pouvoir : progrès si rapide, disons-le, qu’il entraîna à sa suite quelques-uns des membres les plus distingués de la profession ecclésiastique elle-même, dont l’aspiration vers la lumière était trop forte pour qu’ils restassent parqués dans les vieilles traditions qu’on leur avait imposées depuis leur naissance. Mais c'étaient là des cas exceptionnels, et à généralement parler, nul doute que sous le règne de Charles II l’antagonisme entre les sciences physiques et l’esprit théocratique ne fût de nature à pousser le clergé tout entier à faire feu
Uolany, t. Il, pag. 97, 98. Enfin on trouvera dans Boy le, Work*, t. II, pag. 455; t. IV, pag. 288,359, la distinction entre le naturel et le surnaturel qui s'ôtait ainsi établie dans l’esprit de la masse.
de toutes pièces contre la science et h réunir tous leurs efforts pour la ravaler : il ne faut pas nous étonner qu’ils aient suivi cette marche. L’esprit de recherche expérimentale qu’ils voulaient arrêter ne blessait pas seulement leurs préjugés, il nuisait aussi à leur pouvoir : car, en premier lieu, par la simple habitude de cultiver les sciences physiques, on en vint à exiger surtout des preuves rigoureuses que le clergé, on le vil bientôt, ne pouvait fournir en ce qui le touchait. En second lieu, les additions faites à ces sciences physiques dévoilèrent h la pensée des horizons nouveaux, tendant ainsi à détourner davantage l’attention des sujets religieux. Naturellement, ce double effet se limitait au nombre relativement restreint des personnes que les recherches scientifiques intéressaient : néanmoins, nous devons faire remarquer que le résultat final de ces investigations a dû s’étendre sur une surface beaucoup plus large; c’est ce qu’on pourrait appeler leur influence secondaire : ce mode d'opérer mérite toute notre attention parce que, du moment que nous nous en serons rendu compte, nous arriverons facilement aux causes de l’opposition marquée qui a toujours existé entre la superstition et les lumières.
Il est évident qu’une nation qui ignore entièrement les lois physiques rapportera à des causes surnaturelles tous les phénomènes qui l’environnent (7). Mais, dès que les sciences
(!) M. Angoste Conte, dans sa Philosophie positive , a démontré de la manière la pins large l'objK spéculatif de cette tendance; ses conclusions an suj«t de l’état primitif de l'esprit humain sont confirmées par tout ce que nons savons snr les nations barbares; elles sont également confirmées, ainsi qo'il l'a prouvé d’nne manière décisive, par l’histoire des sciences physiques. Outre les faits qu'il a présentés, je pois dire que l'histoire de la géologie nous fournil une évidence analogue a celle qu’il a réunie en la tirant des autres sciences. — Combe nons rapporte une circonstance qni pourra nous faire voir comment opérait parmi le vulgaire cette croyance en des causes surnaturelles. Au milieu du dixseptième siècle, dit-il, la région située i l’ouest d'Édiubonrg était si malsaine « that every
naturelles commencent à opérer, elles introduisent les éléments d'un grand changement. Chaque découverte successive, en vérifiant la loi qui régit certains événements, dévoile le mystère apparent dont ils étaient autrefois entourés (1). L’amour du merveilleux diminue en proportion, et, lorsqu'une science a fait d’assez grands progrès pour permettre à ses adeptes de prédire les événements dont elle s'occupe, il est clair que tous ces événements sont du coup enlevés à la juridiction des pouvoirs surnaturels pour être ramenés sous l’autorité des pouvoirs naturels (2). La fonction des
spring the former s and tbeir servants were seixed wilh fever and ague. * Tant qu’on en ignora la cause, « these visitations were believed to be sent by Providence, » cependant avec le temps on assainit le» terre» au moyen du drainage, la fièvre disparut, et les habitant* reconnurent que ce qu’il* croyaient être surnaturel était parfaitement naturel, et que la cause c'élait l’état des champs et non point l’inlerveulion de la divinité. Combe, ü/nttilulion of Man. Èdinb., 1817, pag. 156.
(1) Je dis « mystère apparent, » parce que la découverte ne diminue **n rien b* mystère réel; mais cela n’afTecle nullement la justesse de mon observation, puisque la masse ne .t'inquiète pas de subtilités telles que la différence entre la loi et la cause, différence, disonsle, si négligée» qu’on la perd de vue mémo dans les ouvrages scientifiques. Tout ce que sait le peuple, c’est que les évènements, dont on reportait autrefois à Dieu la direction ou la modification, l’esprit humain non seulement les prévoit, mais encore l'intervention humaine les détourne. Les tentative? que Paley et d’autres ont faites pour résoudre ce mystère eu s’élevant des lois à la cause sont évidemment futile», puisque, aux yeux de la raisou, la solation est aussi incompréhensible que le problème et que les arguments des théologiens naturels, en tant qu’argumeols, doivent dépendre de la raison. Ainsi que le dit fort bien M. .Newman ; ■ A God uucaused aud eiisting from eleroily is to the fait as incompréhensible as a world uni aused and existiog from eternity. Wn must not reject the lalter theory as incompréhensible, for so isevery other possible lheory. » Newman, A'a/Ural Hislory of the Soûl , 1840, pag. 36. La vérité de cette méthode est confirmée (quoique ce soit contre les intentions de l’anlear ) par la défense que le docteur Whewell présente de la vieille méthode dans ftridgewatcr, Trcatise , pag. 262-265, parce que les remarques de cet excellent auteur s’appliquent à des hommes qui, en raison do leurs hautes facultés, devaient, selon toute probabilité, s’élever vers ces principes transcendants en matière de religion qui lentement, mais sûrement gagnent du terrain parmi nous. Kant, qui est peutêtre le plus profond penseur de tout le dix-huitièfqe siècle, vit clairement que ce n’était pas on puisant ses arguments dans le monde extérieur qu’on arriverait jamais à prouver l'existence d’une cause première. Voyez, entre autres, deux passages très remarquable» dans Krilik der reine n Vernunft , Kant, Wrrke, t, 11, pag. 47 S, 481, sur » der phvsiko* Ihvologiscbe Beweis. •
(2) L’est ce que &l. Lamennais indique très clairement : t Pourquoi tes corps gravitent-
so
sciences physiques est d'expliquer les phénomènes extérieurs afin d’arriver à les prévoir ; or toute prédiction heureuse que le peuple reconnaît amèue la rupture d’un de ces liens qui, pour ainsi dire, rattachent l’imagination au monde occulte et invisible. C’est pour cela que, en supposant toutes choses égales, la superstition d’une nation sera toujours en raison directe de l’étendue de ses connaissances physiques ; c’est ce qui peut être prouvé jusqu’à un certain point par l’expérience ordinaire du monde. En effet, comparons les différentes classes de la société, et nous trouverons qu'elles sont superstitieuses dans la même proportion que les phénomènes au milieu desquels elles se meuvent, ont ou n’ont pas été éclaircis par les lois naturelles. La crédulité des marins est un fait notoire : il n’y a pas de littérature qui ne témoigne du grand nombre de leurs superstitions et de la ténacité avec laquelle ils s’y rattachent (1); le principe que j’ai posé nous en donnera parfaitement la raison. La météorologie n’a pas encore été élevée à l’étal de science ; par conséquent, les lois qui gouvernent
ils les ods vers les antres? Parce qoe Dieu l'a voulu, disaient les anciens. Parce que les corps s’attirent, dit la science. » Maury, Isgnulcs du moyen tige, pag. 33. Voyct à cet effet Mackay, Rtliginus Development, 1850, t. I, pag. 5, 30, 31, et ailleurs. Voyex égale* ment une exposition partielle de l'antithèse dans Copleslon, tnquiryinto necessity ami Prédestination, pag. 49, livre ingénient, mai» qui ne mérite pas toutes les louanges qu'on lui a données.
(I) Je regrette beaucoup de n'avoir pas réuni les preuves de ce fait à nne époque moins avancée de mon travail préparatoire; mais, puisque j'ai omis de prendre les notes nécessaires, je ne puis qne renvoyer le lecteur aux ouvrages suivants qui traitent de la superstition des marins : Heber, Joumey through India, t. l,pag. 423; Richardson, Travels in the Sahara, t. I, pag. 11; Burckhardt, Travels in Arabia, t. II, pag. 347; Davies, Chine*?, t. NI, pag. 16, 17, Travels of IhnBatuta in the Fourteenlh Century, pag. 43; Journal of A*iai. Soc., t. I, pag. 9; Works of Sir Thomas Hroume, 1. 1, pag. 130; Alisoo, llist. o I Europe , t. IV, pag. 566; Borne, Travels into Bokhara , t. III, pag. 53; Leigh Hunt, Autobiography, 1850, t. II, pag. 255; Cumberland, Memoxrs, 1807, t. I, pag. 422-425 ; Walsh, llrazil, 1. 1, pag. 96, 97; Richardson, Arctic Expédition, 1. 1, pag. 93 ; Holcroft, M en toi rs, t. I,pag. 207; t. 111, pag. 197.
les vents et les tempêtes étant encore inconnues, il s’ensuit naturellement que la classe d'êtres qui est la plus exposée à ces dangers doit être précisément la classe la plus superstitieuse (I). D’autre part, les soldats vivent sur un élément beaucoup plus obéissant à l’homme, et ils sont moins sujets que les matelots aux risques qui défient les calculs de la science. Donc, les soldats n’ont pas tant de motifs d’en appeler à l’intervention surnaturelle : aussi observons-nous généralement que, pris dans leur ensemble, ils sont moins superstitieux que les matelots. Poursuivons notre comparaison : rapprochons les agriculteurs des manufacturiers : nous verrons que c’est le même principe qui opère. Pour les laboureurs, la chose qui importe le plus c’est le temps : qu’il soit défavorable, et voilà tous leurs calculs déjoués. La science n’étant pas encore parvenue à découvrir les lois qui gouvernent la pluie, on ne saurait, quant à présent, prédire pour une longue période les jours d’humidité. L’habitant de la campagne en est donc amené à croire que la pluie est le résultat d’une action surnaturelle, et ne voyons-nous pas encore, à cette heure, ce spectacle extraordinaire dans nos églises, de prières adressées au ciel pour obtenir un temps sec ou pluvieux? Superstition qui, dans les siècles futurs, paraitra aussi puérile que les sentiments de crainte pieuse qu’éprouvaient nos pères en présence d’une comète ou à l’approche d’une éclipse. Nous connaissons maintenant les
(!) Andocide, passant en jugement devant le* décastes d’Athènes, s’écria : • Xo,dika*U, the danger* of arrnsation and trial are homan, bat the dangers enconntered at sea are divine, t Grote, Hisl. of Grtece, t. XI, pag. 251 On a également observé que les dangers data pèche à la baleine excitaient la superstition des Anglo-Saxons. Voyes Kemble, Saxons in Enqland, 1 . 1 , pag. 390. 391. Krman, en parlant de la navigation dangereuse do lac Baikal, dit • ■ There is a saying at Irknlsk, thaï it is only npon the Baikal, in the antamn, that a man learns to pray from bis heart. » Krman, Ttavels in Siberia, t. II, pag. 186.
Si
lois qui déterminent les mouvements des comètes et des éclipses : désormais capables de prédire leur venue, nous avons cessé de demander à Dieu de nous en préserver (1). Mais de ce que nous n’avons pas réussi à pénétrer les phénomènes de la pluie (2), nous avons recours à un expédient
(1) Eq Europe, au dixième siccle, toute Que armée s’enfuit devant une de ocs apparition» qui effraieraient X peine aujourd'hui un enfant ; a Toute l'arméo d’Uihon se dispersa subitement à l'apparition d'une éclipse de soleil, qui la remplit de terreur et qui fui regardée # comme l'annonce du malheur qu’on attendait depuis longtemps.» Sprengei, Histoire de la médecine, t. Il, pag 3G8 La terreur qu’inspiraient le* éclipse» subsista encore jusqu'au dix-huilièrne siècle; dau» la dernière partie du dix-septième, on les redoutait très fort en France et en Angleterre. Vovez Erelyu, Diury, t. Il, pag. 51 t. lit, pag. 371; Carlyle, Cromwell, 1. 11, pag. 3GG: Lettres de Patin, t. 111, pag. 36. Comparez le» Voyages de Monconys, t. V, pag. lût, avec tiare, Caisses al Truth, 1* série, pag. 194, 195. Il n’jr a jamais eu probablement de nation iguoraute dont les éclipsés n’aient pas excité la superstition. Les ouvrages suivants feront ressortir l’universalité de ce sentiment : Symei, End ta ss >J to Ava, t. Il, pag. 2% ; Rallies, Hisl. of Java, t. 1, pag. 530; Soulhey, Jlisl. of Hrazil, t. 1, pag. 35i; t. 11, pag. 371 ; Marsden, Hisl. u[ Sumatra, pag. 159; Nie bu rh, Description de l'Arabie, pag. 105; Moflal, Southern Africa, pag. 337; Mungo Parle, Travels, 1. 1, pag. 414; Moorcroft, Travels in the Himulayan Provinces, t. Il, pag. V; Lrawfurd, Hisl. o fthe Indian Archipelago, 1. 1, pag. 305; Ellis, Polynesian Hesearches,
t. 1, pag. 331 ; Mackay, Religions Development, 1. 1, pag. 425; Works ofSir W ; . Jones , t. III, pag 176; t. VI, pag. 16; Wilson, note dans les Vishnn Purana, pag. 140; ibid., Theatre of the Hindus, 1. 1, part, ii, pag. 90; Montuela, Histoire des mathématiques, t. I, pag. 444; Asiatic Hesearches, t. XII, pag. 484; Ward, View of the Hindous, l. 1, pag. 101 ; Prescott, Hisl. of Per u, t. I, pag. 123; Kohl, Hussiu, pag. 374; Thirlwall, Hisl. of Greece, t. 111, pag. 440; t. VI, pag. 216; Murray, Life of Bruce, pag. 103; Turner, Embassy to Tibet, pag. 289; Grole, Hisl of Greece, t. VII, pag. 432; t. XII, pag. 205, 557; Journal asiatique, 1* série, t. 111, pag. 202. Paris, 1823; Clolbey, de la Peste. Pari», 1840, pag. 224. — A l’égard des craintes qu’inspiraient les comètes et de la part d’influence qui revient à Boy le dans la disposition de ces préjugés 4 la foi du dix-septiéme siècle, consultez ; Tennemann, Gesch. lier Philosuph., t. XI, pag. 252; Le Vrssor , Hisl. de Louis XIII, t. 111, pag. 415; Lettres de Sévigné, t. IV, pag. 336; Autobiography of Sir S. D'Eux», édit, üalliwell, 1 . 1, pag. 122, 123, 136.
(2) Au sujet des complications particulières qui ont retardé les progrès de la météorologie cl nous ont ainsi empêché de prédire le temps d’une manière exacte, consultez : Forbes, On Metcorology, Second Report of British Association, pag. 249 251 ; Cuvier, ft'ogrès des sciences , t. I, pag. 69,248; Kaemlz, Metcorology , pag. 24; Proul, Bridgewaler Trealise, pag. *>0-295 ; Somerville, physical Geog., t. 11, pag. 18, 19. — Mais tou» les auteurs les plus compétents s'accordent à dire que cette ignorance oe saurait durer longtemps et que les progrès constants que nous faisons dans les sciences physique» nous permettront un jour d’éclaircir ces phénomènes eux-mêmes. Ainsi, par exemple, sir John Leslie dit : t 11 canoot be dispuled, however, lhat ail changes which happen in the mass of
impie : que Dieu nous aide, disous-nous, à suppléer à l’insuffisance de la science! Insuffisance qui n’est que le résultat de notre incurie : et nous n’avons pas honte d'aller publiquement dans nos églises prostituer les rites de la religion en nous eu servant comme d’un prétexte, pour pallier une ignorance que nous devrions franchement avouer (1). C’est
our atmosphère, involved,capricious, and irregnlar as tbey may appear,are y<*t tbe neces- » sary résulta of principes as fixed, aod perhaps as simple, as those vit ici» direct the revolalions of lhe solar System. Coald we anravel lhe intricate maze, we might trace the action of each distinct cause, and heoce deduee the ultimale effects arising from their cembined operation. Witb lhe possession of snch data, we might safely predicl tbe State of the weather al any fntnre period,as we now calculate an éclipsé of the son or moon,or forelell a conjonction of the planets. • Leslie, Xalural Philosophy , paît. 405. Voyez également pag. 185, les remarques de M. Snow Harris (Drit. Assuc. for 1844, pag. 341 ) et de M. H million (Journal of Geog. Soc., t. XIX, pag. xci ). Le docteur Whewell (fîridgeioater T réalisé, pag. 3) dit aussi que < the changes of winds and skies are produced by causes, of whose rules no philosophtcal miod will douht the fixily. >
(11 Ce rapport entre l'ignorance et la dévotion est si nettement marqué, que plusieurs nations ont un dieu distinct chargé du temps et auquel elles adressent leurs prières. Dans les pays où l'on ne va pas tout 1 fait aussi loin, on attribue les variations atmosphériques à la sorcellerie ou à tout autre pouvoir surnaturel. Voyez Mariner, Tonga ! stands, t. U, pag. 7, HB; Tuckey, Kxpedit. to the Zaïre, pag. 214, 215; Ellis, I/ist. of Madagascar» 1. 11, pag. 354; .isiallc Researches, t. VI, pag. 193, 194, 297 ; t. XVI, pag. 223, 3V2; Southey, ltisL of Brazil, 1. 111, pag. 187; Davis, Chinese, 1. 11, pag. 154; Beausobre, Histoire de Munichée, t. Il, pag. 394; Cudworth, Intellect. Syst., t. Il, pag. 539. Les Hindous attribuent la pluie à des causes surnaturelles dans le Rig Veda, leur plus ancien livre religieux, et ils n'ont jamais abandonné celte idée! Rig Veda Sanhila, 1. 1, pag. xxx, 10, 19, 20, 145,173, 205, 224, 225, 305, 266; t. Il, pag. 28, 41, 62, 110, 153, 158, 164, 166, 192, 499, 231, 258, 268, 293, 329; Journal of Asiat. Soc., t. 111, pag. 91; Coleman, Ahjthol. of lhe Hindus, pag. lift; Ward, View of lhe Rindus, 1. 1, pag. 38. De plus, voyez deux passages curieux dans le Dabistan, 1. 1, pag. 115; t. Il, pag. 337. Au sujet des » Rain-makcrs, > comparez Catlin, Norlh- American Indians , 1. 1, pag. 134-140, avec Buchanan, North- American Jndians, pag. 258,260. Il existe une secte exactement semblable en Afrique (MofTat, Southern Africa, pag. 305-325) et en Arabie (Niebuhr, Description de T Arabie , pag. 237, 238). — En nous reportant à des sociétés dont l'état se rapproche plus du nôtre, nous trouvons qu'au neuvième siècle, toutes les nations chrétiennes admettaient que la vent et la grêle étaient l'œuvre des sorciers (Neander, Hisl. of the Church , t. VI, pag. 118, 139); que des opinions semblables se perpétuèrent jusqu'au seizième siècle et reçurent la sanction de Luther (Maury, Légendes pieuses, pag. 18, 19); enfin à l’époque où Swinburne était en Espagne, — il n'y a pas plus de quatre-vingt ans, — le clergé était sur le point d'interdire l’opéra, * becinse tbey atttibuted the want of rain to the influence of that ungodly entertainment. » Swinburne, Travels th rougit Spain in 1775 and 1776, 1. 1, pag. 177,2* édit. Lond., 1787. 4
ainsi qu'on apprend au laboureur à attribuer à une action surnaturelle les phénomènes les plus importants qui le touchent de près (1); nul doute que ce ne soit là l’une des causes de ces sentiments superstitieux qui font que les habitants de la campagne présentent un si triste contraste avec ceux des villes (2). Mais le manufacturier, disons même tout j}omme que ses affaires retiennent dans les cités, se livre à des occupations dont le succès, déterminé par sa capacité, ne dépend en rien de ces événements dont on n’a pas la clef, et qui troublent l'imagination du laboureur. Celui qui, par son industrie, façonne la matière brute, est évidemment moins affecté par des circonstances irrésistibles que le producteur premier de cette matière. Qu’il pleuve ou que le soleil brille, il poursuit son travail avec un égal succès, tout en apprenant à ne compter que sur son énergie et sur l’adresse de ses doigts. De même que le marin est, par sa nature, plus superstitieux que le soldat, parce qu’il a à faire à un élément plus instable, de même le laboureur est plus superstitieux que l'artisan, parce qu’il est plus fréquemment et plus sérieusement affecté par des événements que , -dans leur ignorance, certaines gens appellent capricieux, et d'autres, aussi ignorants, surnaturels.
(1) Voyez quelques remarques du révérend M. Ward qui me semblant assez imprudentes et qui sont, 1 coup sûr, dangereuses pour la profession à laquelle il appartient, car elles ne tendent à rien moins qu’à augmenter l'hostilité entre le clergé et la science. AV ard, Idéal of a Christian Church, pag. 278. Les paroles de Coleridge méritent toute notre attention. Voyez The Friend, t. III, pag. 222, 223.
<t) M. Kohl, voyageur dont chacuu reconnaît la pénétration, trouve que les classes agri* coles sont «the most hlindly ignorant and prejudiced of ail. » Kohl, Russia, pag. 365. Sir B. ^flurchison , qui a'pu avoir les meilleurs moyens d'observation , parle dédaigneusement de ces t credulous (armer*. » Murchisoo, Siberia , pag. 61. En Asio, on a observé la mémo tendance. Marsden, /tint, uf Smnalra, pag. 63. On trouvera dans Ifonteil, Uist. det divers Etals, t. III, pag. 31, 39, de curieua détails sur les superstitions campagnardes an su)et du temps.
Il serait facile, en élendaut ces remarques, de montrer comment les progrès des manufactures, outre qu'elles ont accru la richesse nationale, ont rendu un immense service à la civilisation, en inspirant à l'homme une grande conliance dans ses propres ressources (1). Comment, en créant de nouveaux débouchés au travail, ils ont, si je puis m’exprimer ainsi, circonscrit le champ où l'on peut s’attende à ce que la superstitiou fixe son séjour. Mais ce sujet dépasserait nos limites : d’ailleurs, les exemples que j’ai déjà donnés suffisent pour démontrer comment l’esprit théologique fut nécessairement amoindri par le goût des sciences expérimentales, qui constitue l’un des traits principaux du règne de Charles II (2).
Je viens d’exposer au lecteur le point de vue où, à mou sens, il faut se placer pour considérer une période sur la nature de laquelle, ce me semble, on s’est tristement mépris. Les écrivains politiques qui jugent des événements, sans s’arrêter au développement intellectuel dont ces événements ne sont qu'une partie, trouveront beaucoup à condamner, presque rien à approuver, sous le règne de Charles II. De tels auteurs me reprocheront d’être sorti de l’étroit chemin
*1) Soin ce point du vue les tendances contraires de l'agriculture et des manufactures sont judicieusement indiquées par M. Porter à la lin de son essai sur The Slalitlics of Agriculture, Journal uf the Statist. $oc., t II, pag. 295, 2%.
(î> A nulle autre époque les expériences physiques ne furent plus à la mode en Angleterre. Toutefois ce fait ne vaut la peine d'être remarqué que comme signe du temps. On ne pouvait s’attendre à ce que Charles ou sa noblesse ajoutassent la moindre chose à nos connaissances auxquelles, en effet, il «ajoutèrent quoi que ce fût; la protection qu’ils accordèrent aux sciences les avilissait plutôt qu’elle ne les failli avancer. Néanmoins l'ascendant de ce goût est curieux; outre le tableau tracé par M. Macaulay (Bistory of EugUnut , 1" édit, I. I, pag. 4(K-'*l2),je puis renvoyer lé lecteur à Munconys, Voyages, t. 111, pag. 31 , Sorbiercs, Voyage to Ewjland , pag. 32 , 33, Evelyn, Diary, t. 11, pag. 199, 2SG; Pcpys, Diary, t. 1, pag. 375; t. Il, pag. 31; t. Ill, pag. 85; t. IV, pag. 229; Burnet, üun Time , 1. 1, pag. 171, 322; t. Il, pag. 275; llurnet, Liées, pag. Itt; Campbell, Chief-Justicei, 1 . 1,
dans lequel on a trop souveul renfermé l’histoire. Cependant je ne saurais voir comment il est possible, a moins <! adopter cette marche, de comprendre une période qui, à la parcourir superficiellement, est pleine des contradictions les plus grossières. Cette difficulté ressortira très nettement, si nous comparons un instant la nature du gouvernement de Charles avec les grandes choses qui furent accomplies sous ce gouvernement. Jamais il n’y eut un tel manque de relation apparente entre les moyens et la fin. Si nous ne considérons que le caractère du prince et de ses ministres et leur politique étrangère, nous devons déclarer que le règne de Charles II est le plus détestable qu’on ait jamais vu en Angleterre. Si, d’autre part, nous bornons nos observations aux lois qui furent rendues et aux principes qui furent établis, nous serons forcés d’avouer que ce même règne constitue l’une des plus brillantes époques dans les annales de notre nation. Politiquement et moralement., on pourrait trouver dans ce gouvernement tous les éléments de ruine, de faiblesse et de crime. Le roi lui-même était un épicurien médiocre, efféminé, dénué de toute moralité chrétienne et de presque tout sentiment humain (1). Les ministres, à l’exception de Clarendon , qu’il haissait à cause de ses vertus, n’avaient en partage aucune des qualités des
U) Le trait le plus affreux peut-être de loute la vie de ce prince bas el méprisable, c est le traitement qu’il fit subir à sa jeune femme aussitôt après son mariage. Lister, Life of Clarendon A 11, pag. 145-153. Le fait est prouvé, mais Burnel {Ovni Time, 1. 1, pag. 53, ett. II, pag. 467) fait entendre à mots couverts un horrible soupçon, à la véracité duquel je ne puis croire, même d« la part de Charles 11, et que Harris, qui a réuni d assez forts témoignages de son libertinage effréné, ne mentionne point, quoiqu’il cite un passage de Burnel. Harris, Lives of lhe Sluarls, t. V, pag. 36-43 Cependant, ainsi que le dit le docteur Parr, & l’occasion d’une antre accusation portée contre ce princo « There is little occasion to blacken the memory of that wicked monarch, Charles 11, by the aid of invidious conjectures. » iïoles on James II, Parr, Works, l. IV, pag. 477. Comparez lox, llitlonj of James II, pag. 71.
hommes d’État, et ils filaient presque tous vendus à la France (1). Tandis que la sécurité du royaume diminuait (2), le fardeau des taxes augmentait (3). Par l’abrogation forcée des chartes municipales, les droits de nos villes furent dangereusement atteints (T). Par la fermeture du trésor, notre crédit national fut détruit (5). Malgré les sommes immenses consacrées à maintenir notre puissance navale et militaire, nous étions presque sans défense, et lorsqu’une guerre, qui menaçait depuis longtemps, éclata enfin ; il sembla que nous fussions tout à coup pris au dépourvu. Telle était la pitoyable incapacité du gouvernement, que la flotte hollandaise put non seulement voguer triomphalement le long denoscôtes, mais encore remonterlaTamise, attaquer nos arsenaux, brûler nos vaisseaux et insulter la capitale de l’Angleterre (6). Eh bien, malgré tout cela, c’est un fait
(i) Oq a été ju>qu'à accuser Çiarendon d'avoir louché une pension de Louis XIV; relie assertion ne repose sur aucune autorité digue de crédit. Comparez Hallam, Const. Hist., t. II» pag. 06,67, note, avec Campbell, Chanceliers , 1 . 111, pag. 213.
(2; Lister, Life of Clarendon, t. Il, pag. 377; Harris, Lives of t/te Stuarts, l. IV, pag. 340, 34V.
(3) Immédiatement apres la restauration, on prit l’habitude de nommer aux postes élevé* dans la marine des jeunes gens de famille noble d'une incapacité absolue, au grand découragemcul de tous les officiers distingués qui avaient servi sous Cromwell. Comparer Ilurnet, Ottm Time, t. 1, pag. 29U, avec Pepys, Diury, t. II, pag. 4(3; t. III, pag. 63, 73.
(4; Harris, Lives of the Stuart», t. V, pag. 333-338. La cour était tellement désireuse d'abroger la charte de la cité de Londres, que saunders fut nommé chie f justice dans ce but expré*. Voyez Campbell, Chie f- Justices, t. Il, pag. 59. Roger North dit (Lives of the Morlhs, t. Il, pag. 67) : • Nothmg vas arcounted at court »o meritoriousas the procuring of charters, as the language Lhrn «as. • Comparez Bu h lr ode, Mémoire, pag. 379,388.
(5) l>e Km» décrit la panique causée par ce vol scandaleux. Wilson, Life of De toc, t. I, pag. 53. Voyez egalement Calamy, Life of Himsclf, t. 1, pag. 78. Parker, Hislory of his Own 7 1 me, pag. 141-1*3. La somme totale volée par le roi est estimée à 1,328,530 liv. sterl. Sinclair, Hist. of the Revenue, t. 1, pag. 313. Suivant lord Campbell, « nearly a million and a half. • Litres of the OtanceUors, t. IV, pag. 113.
(tfj Dans Pepys, Iliarij, t. III, pag. 342-364, il y à un récit très curieux des alarmes des habitants de Londres a celle occasion. Pepys lui-même enfouit son or ipag. 361 et 376-379;. F.velyn ( Diartj , t. Il, pag. 387 ) dit : • The alarme «as so great, thaï il pui bot h citby and counlry inlo apaniq, frare,aod consternation, such as I hope 1 shall neversee morejevery body vas feying, noos knew vhy or vhilher. »
SS
[latent que, sous ce même règne de Charles H, on compte plus de mesures utiles, on fit de plus grands pas vers le but suprême, qu’on n'eu fit à n’importe quelle période d’égale longueur durant les douze siècles que nous avions occupé le sol de la Bretagne. Par la simple force de ce mouvement intellectuel que la couronne supporta, sans en avoir conscience, il s’effectua, dans le cours de quelques années, des réformes qui changèrent la face de la société (1). Les deux grands obstacles qui avaient longtemps entravé les progrès de la nation, c'étaient la tyrannie spirituelle et la tyrannie territoriale, la tyrannie de l’Église et la tyrannie de la noblesse. On tenta alors de remédier à ces maux, non par des palliatifs', mais en frappant droit au but, c’est à dire sur le pouvoir des classes d’où venait le mal. Ce fut alors qu’on inscrivit sur les statuts du royaume une loi faisant à jamais disparaître la célèbre ordonnance qui permettait aux évêques ou à leurs délégués de faire brûler tout homme dont la religion différait de la leur (2). Ce fut alors qu’on enleva au clergé le privilège de fixer lui-même sou impôt, pour le contraindre ù la cotisation fixée par le pouvoir législa-
(lj Parmi cm réformes, les plus importantes lurent prises, ainsi qu’il arme presque toujours, en opposition aux tobui réels des classes dominantes. Charles 11 et Jarqnes II dirent souvent, en parlant de YHaheat Corpus Act., » lhat a Government conld not subsist with such a taw. » Dalrymple, JUemoirs, t. Il, pag. 104. Le lord Kecper Gnilford s’opposa même a l'abolition des redevances militaires : « Uc thought, • dit son frère, « the taking away of the tenteras a desperate woond lo the liberties of the peuple of England.» Lifesof the ftorths, t. 11, pag. Si. Voilà lo goure d'hommes qui gouvernant les grandes nations! Un passage daua Life of James, by Himsetf, édit. Clarke, l. Il, pac. 621, confirme l'assertion de Dalrymple en ce qui concerne Jacques. On ferait bien de comparer ce passage avec une lettre de Louis XIV, dans la correspondance Barillou. Apitejvlij' lo Fox** James U, pag. cixiv.
(2) Blackstone, Commentaires, t. IV, pag. 48; Campbell, Chaînai lors, t. III, pag. 431. L’abolition du de /iœrctiro romburendo eut lieu en 1677. On «n parle dans Palmer, Tnatise on the Chnrch, 1. 1, pag. 500, et dans Collier, Bcelesiasliral Ifistury, t. VIII, pag. 478.
tif (1). Ce fut alors également qu'on rendit une loi défcudaut à tout évêque ou à toute cour ecclésiastique d'administrer le serment ex officio, au moyen duquel l'Lglise avait eu jusqu'ici le pouvoir de forcer une personne soupçonnée de s'incriminer elle-même (2). Quant à la noblesse, ce fut aussi sous le régne de Charles 11 que la Chambre des lords, après une lutte acharnée, fut obligée d'abandonner ses prétentions à exercer une juridiction originale dans les procès civils, ce qui lui fit perdre à jamais la ressource importante par laquelle elle étendit son influence (3). Ce fut sous le même règne que fut reconnu le droit du peuple de netre taxé que par ses représentants ; c'est à la Chambre des communes seule qu'appartient le pouvoir qu’elle a gardé jusqu'ici d'introduire des lois financières et de fixer les impôts, laissant simple-
(I) En 106V. Voyez le compte rendu qu’eu donne Collier, Kccle#iu*tical Hislory, t. VUl, pag. 403-466. Collier, qui évidemment n’est pas satisfait du changement, dit • • Theionsenling, lherefore , to be taxed hy the temporal Gommons, makes the clergy more dépendent on a forrign body , takes away the right of disposing ol Uieir own inouey , and lays their estâtes in somc measure ai discrétion. » Voyez également, an sujet du coup que celle mesure porta à l'Église, Lalhbury, llist. of Convocation, pag. 259, 260. Coleridge iLiterary Uemains, t. IV, pag. 152, 153) définit cotte loi comme un des trait» caractéristiques des trois • grand evi| epochs of our présent cburch. « Toutefois la tendance de cette époque était si marquée, que celle mesure si importante fut paisiblement accomplie au moyen d’on arrangement intervenu entre Sheldon et Clarendon. Voyez les annotations deünslowdans JBurncl, Oum Time, t. 1, pag. 340 ; l. IV, pag. 5u8, 509. Corn parti l’assertion de lord Camdon ( Part . J/Ut., t. XVI, pag. 169) avec Je discours de lord Dalhurst (t. XXII, pag. 77) et celui de lord Temple sur l'aflaire Tooke (t. XXXV, pag. 1357). M. Carwilhen {Hist. of the Oturck of England, t. 11, pag. 354. Oxford, 1849) se lamente sur • tbis deprivationof tho liberties of English Clergy. >
t2) 13 Car. II c. 11 Comparez Stephen, Life of Tooke, t. I, pag. 169, 170, avec Blackstone, Commenlaries, t. III, pag. lui. M. liallam {Const. U Ut., 1. 1, pag. 197, 198) nous fournit l’évidence de la manière dont le clergé en usait habituellement avec te serment ex officio pour nuire à ses adversaires.
(3) Ce fut la fin do la fameuse controverse au sujet de Skinner en lGG9,el,ditM. liallam, « froro this lime, the Lords bave lacilly ahandoned ail prétentions lo an original juridiction in civil soits. • Const. Hist., t. Il, pag. 184. Dans Mill, Hi*(. of Initia , t. I, pag. 102, 103, il est donné un compte rendu de l'aflaire Skinner; Skinner faisait partie de U compagnie des Indes orientales.
menl aux pairs la formalité de donner leur assentiment à ce qui avait déjà été décidé (1). Telles furent les tentatives faites pour tenir en bride le clergé et la noblesse. Mais combien d’autres choses d’égale importance ne furent-elles pas accomplies? Par l'abolition des scandaleuses prérogatives de l’entretien de la muisou du roi et de préemption, on limita le pouvoir qu’avait le souverain de tourmenter ses sujets réfractaires (2). Au moyen de i’ohabeas corpus», la liberté de chaque Anglais fut assurée autant qu’une loi pouvait le faire, puisqu’elle lui garantissait que, s’il était accusé d’un crime, au lieu de languir en prison, comme ç'avait été souvent le cas, il serait promptement conduit devant un juge impartial (5). Le statut des « Frands and Parjuries » donna à la propriété privée une sécurité dout elle n’avait
(1) Hallam, Const. Hist., t. II, pag. 189-192; Eccleslon, Enqlish Antiqvitit •*, psg. 320. Les débats outre les deux chambres au sujet de la taxation ne sont touché» que fort légèrement dans Parker, Hist. ofhis OvM Time, pag 135, 136.
(2) « The fanions rigbts of parveyanre and pre-cmplioo » furent abolis par If car. Il c. 24. llallarn, Conxt. IfisL, l. Il, pag. 11. Burke, dans son magnifique discour» sur ia réforme économique, décrit les abos du vieux système de l'entretien de la maison do roi. Burkc, Work* 1 1. I, pag. 239. Voyez aussi Kemble, Saxons in Englouti, t. U, pag. 88, note; Harrington, On the Statut es, pag. 183-185, 237; Lingard, H Ut. of Ençlatuf, t. Il, pag. 338, 33t; Sinclair, Hist. of the Revenue, 1 . 1, pag. 232 ; Pari. tttsL , t. 111, pag. 1299. Ces passages donneront une idée des iniquités commises sou» ce « right » qui, à l’exemple des injustices les plus flagrantes, était nue des bonnes vieilles coutumes de la constitution anglaise; il remontait pour le moins à Canute. Consultes Allen, On the Royal Prérogative, pag. 152 Un écrivain récent et dont le savoir est considérable (Spencer, Origin of the Laws of Europe, pag. 319) va jusqu’à le faire venir de la loi romaine. En 1656, on avait présenté un bill pour l'abroger. Voyez Durioo, Cromwetlian Diury, t. I, pag. 81. A l'époque où Adam Smith écrivait, ce droit existait encore en France et en Allemagne. Weatth of Salions, liv. m,chap. u, pag. 161.
(3) Au sujet de Vliabeas Corpus, dont la loi fut rendue en 1679, voyez Campbell, Otancfllors, t. Ill, pag. 345-347 ; Mac kintosh, Révolution of 1688, pag. 49, et Lingard, Uist. of Englouti, t. VIH, pag. 17. Les particularités de cette loi, comparée aux Imitations qui eu oui été faites dans les autres pays, sont très clairement indiquées dans Meyer, Esprit des institutions judiciaires, t. Il, pag. 283. M. Lister ( Life of Claretulon, t. II, pag. 45V ) dit : t Impnsonment in gool beyond the seas vas not prevented by law till the passing of the Ifabeas Corpus , in 1679. »
DE LA CIVILISATION EN ANGLETERRE. Gl
pas joui jusqu’ici (1). Par l'abolition des mises en accusation, on mit fin à un puissant instrument de tyranuie, à l'aide duquel les hommes éhontés qui étaient au pouvoir avaient souvent terrassé leurs adversaires politiques (2). En abrogeant les lois qui restreignaient la liberté de l’imprimerie, on posa le fondement de cette grande presse publique qui, plus que toute autre cause unique, a répandu parmi le peuple la conscience des forces qu'il porte dans son sein, et a ainsi aidé, d'une manière presque inouïe, aux progrès de la civilisation en Angleterre (3). Enfin, pour compléter ce noble tableau, on arracha à tout jamais ces excroissances féodales qui avaient poussé à la suite de la conquête des Normands, les tenures militaires, la cour de tutelle, les amendes pour aliénations, le droit de forfaiture pour mariage en raison de leuure; les aides, les hommages, les corvées, les saisines, et toutes ces funestes subtilités dont les noms frappent aujourd’hui nos oreilles comme un jargon affreux et barbare, mais qui, pour nos ancêtres, étaient des maux réels et sérieux sous lesquels ils pliaient (4).
(1) Blackstone ( Cotnmentarie *, t. IV, pag. 439) l'appelle « a great and necessary secunty to private property, • et lord Campbell {Chancellors , t. III, pag. 423) le dt nomme
• the mont important and mosl bénéficiai pièce of jnridical législation of vthich are can boast. » Muant ans effet* de cette loi, compares l’ouvrage précieux de Jones, Comiqrntary on I finis ( Work» of Sir W. Jones, t. IV, pag. 239), arec Story, Conflict of Laïcs, pag. 521 , 522, 627, 884, et Tayler, On Statntr Law, Journal of Statut Soc., t. XVII, pag. 130.
(î) Lord Campbell ( Ltves of the ChanceUors, t. III, pag 247) dit que la lutte de 1677
• pu tan end to general impeachment*. >
(3' Les réglement* concernant l’imprimerie furent d'abord rendus par de» arrêts du roi, ensuite par la Chambre etoilée et enfin par le Long Parlement. On prit comme bases de 43 et 14 car. Il, c. 33, les arrêts de ta Chambre étoilée ; mais cet acte expira en 1679 et ne fut pas renouvelé {tendant le règne de Charles II. Comparer Blackstone, Comment. , t. IV, pag. 152, avec Hunt, Hisl. of .Xemspupers , 1. 1, pag. 154, et Fox, Ilist. of James II, pag. 1 *6.
(4) Lé récit le pins détaillé que j’aie jamais trouvé dans aucune histoire de cette grande révolution, qui emporta les traditions et le langage de la féodalité, est celui que donne
Telles furent les choses accomplies sous le règne de Charles II : or, si nous considérons l’abjecte nullité du roi, la débauche effrénée de la cour, la vénalité éhontée des ministres, les complots incessants qui menaçaient le pays à l'intérieur et les insultes inouïes qu’il recevait du dehors; si, de plus, nous considérons qu'à tout cela vinrent s’ajouter deux effroyables calamités de la nature, la grande peste, qui éclaircit tous les rangs de la société et promena la ruine dans tout le royaume, et le graud incendie qui, outre le redoublement de mortalité qu’il imprima à la contagion, dévora en un instant les richesses de l’industrie qui nourrissent l’industrie elle-même, si, dis-je, nous rapprochons tous ces faits, comment concilier des contradictions aussi flagrantes? Comment un progrès si étonnant a-t-il pu surgir en face de ces désastres sans exemple? Comment, dans de telles circonstances, de tels hommes purent-ils effectuer de telles améliorations? Toutes questions auxquelles nos compilateurs politiques sont iucapables de répondre, parce qu’ils s'attachent trop aux particularités individuelles et trop peu au caractère du siècle dans lequel se meuvent ces individualités : écrivains qui ne s’aperçoivent point que l’histoire de tout pays civilisé est l’histoire de son développement intellectuel,
Harris, Lives nf fhe Stuart*, t. IV, pag. 369-378. Mai» Harris, tout compilateur ingénieux qu'il fût, était un homme d’une capacité qui ne s’élevait pas au dessus do la moyenne; il n’eut pas la moindre conscience de la nature réelle de ce changement dont les résultats évidents et immédiatement pratiques ne formaient que la plus mince partie. Pour se placer au vrai point de vue, il faut dire que la législature reconnut formellement par là que le moyen âge était éteint, et qu'il était nécessaire d'inaugurer une politique plus moderne et plus hardie dans sa nouveauté. Plus tard j’aurai l'occasion d'examiner cette quesliou en détail et de démontrer que ce fut simplement le symptôme d’un mouvement révolution* uaire. En attendant, le lecteur peut consulter les ouvrages suivants où l'on traite assez brièvement de ce point; Dalryraple, Hiti. o / Fouial Property , pag. 89; Blackstone, Comment., t. Il, pag. 76, 77; Hallam, Contt. Mit., t. U, pag. u; Pari. Mil., t. IV, pag. 53, 167, 168 ; Meyer, Institution* judiciaires, t. II, pag. 58.
que rois, hommes d’Étal et législateurs sont plus aptes à retarder qu’à précipiter; parce que, quelque grand que puisse être leur pouvoir, que sont ils au plus? Les représentants fortuits et insuffisants de l’esprit de leur siècle; parce qu’enfin, loin d’élre à même de régler les mouvements de l’esprit national, ils n'en sont eux-mêmes que la plus infime partie, et qu’au point de vue général du progrès humain, ou ne doit les regarder que comme des marionnettes qui se pavanent et frétillent sur une chétive scène éphémère, tandis qu’au delà d’eux, roulent à l’état de formation des principes et des idées qu’ils peuvent à peine concevoir, mais qui seuls dirigent un jour tout le cours des affaires humaines.
La vérité, la voici : les vastes réformes législatives qui ont illustré le règne de Charles II constituent simplement une partie de ce mouvement qui, bien que nous puissions le faire remonter à une époque plus éloignée, n’avait révélé clairement ses opérations que depuis trois générations. Ces importantes améliorations furent le résultat de l’esprit hardi, sceptique, curieux et réformateur qui venait de s’emparer des trois grandes sections : théologie, science et politique. Les vieux principes de tradition, d’autorité, et de dogme s’affaiblirent peu à peu, et naturellement l’influence des classes dans lesquelles ces principes trouvaient leur principal appui diminua dans la même proportion. A mesure que le pouvoir de certaines classes de la société déclina, le pouvoir du peuple augmenta. Du moment que les superstitions qui avaient tenu longtemps sous un faux jour les intérêts de la nation furent dispersées, les yeux furent dessillés, le pays reconnut ses véritables intérêts. Voilà, je crois, la solution raisonnable de ce qui semble au premier abord un problème curieux, à savoir, comment il s’est fait que des réformes
aussi radicales sc soieut accomplies sous un règne aussi détestable, disons même, sous beaucoup de rapports, infâme. Sans doute, il est vrai qu’elle furent essentiellement le résultat de la marche intellectuelle du siècle; mais, loin de trouver un obstacle dans les vices du prince, elles y puisèrent au contraire un appui : sauf ces libertins faméliques qui se pressaient en foule autour de sa personne, tout le monde apprit bientôt à mépriser un roi, adonné à la boisson, h la débauche et à l’hypocrisie, prince sans honte ni sensibilité. et qui, en fait d’honneur, ne pouvait soutenir la comparaison avec le plus humble de ses sujets. Qu’un tel homme ait occupé le trône pendant un quart de siècle, n’y avait-il *pas en cela même la certitude d’àmoiudrir cette fidélité inconsciente et irréfléchie, à laquelle les peuples ont souvent sacrifié leurs droits les plus chers? Donc, le caractère du roi, considéréà ce simple pointde vue, fut éminemment favorable à l’expansion de la liberté nationale (1). Mais ce ne fut pas tout : il y eut encore d’autres avantages. Par sa débauche effrénée, Charles en arriva à abhorrer tout ce qui ressemblait à de la contrainte : de là son aversion pour une classe, dont la profession tout au moins présuppose une conduite au dessus de la pureté ordinaire. Aussi, non point par les principes d’une politique éclairée, mais par pur amour de ses faiblesses voluptueuses, il vit toujours le clergé d’un mauvais
(I) M. Hallara décrit dan» une admirable page les services rendus à la civilisation anglaise par les vices de la cour t « We are, bowever, much indebted to the memory of Barbara duebess of Cleveland, Louisa duchess of Portsmoulb, and Mrs. Eieanor Gvryn. We owe a tribu U 1 of gratitude to the May*., the Kil tigre»*, the CbifHnches,aQd the Grarumouls. Tbey played a serviceable part in ridding the Kingdom of ils besotted loyalty. Tbey saved onr forcfalbers from the Slar-camber and the High*commission court; tbey laboured in their vocation against standing armie* and corruption ; they pressed forvrard the great ullimate serurily of Englisb freedom — the espulsion of the Houw* of Stuart. » Hallam, Consl. 1/inl , t.)l,pag.50.
œil, et, loin défavoriser son pouvoir, il exprima hautement à diverses reprises son mépris pour les membres de l’Église (1) : ceux-ci servaient de plastron aux plaisanteries grossières et impies des amis les plus intimes du prince, boulfonneries que nous a conservées la littérature de celte époque et qui, dans l’opinion des courlisaus, étaient dignes de compter parmi les plus nobles modèles de l’atticisme. Certes, l’Église avait peu à appréhender d'hommes de cette trempe, mais leur langage, mais la faveur avec laquelle leurs blasphèmes étaient accueillis, tout cela ce sont des symptômes qui peuvent nous faciliter l’intelligence de ce siècle-là. Combien d'autres exemples chaque lecteur ne pourrait-il pas citer, toutefois , je puis.en rapporter un qui tire tout son. intérêt de l’éminence mémo du philosophe auquel il se rapporte. L’adversaire le plus dangereux du clergé, au dix-septième siècle, fut sans conteste, Hobbes, le plus subtil dialecticien de son temps, de plus écrivain d’une clarté remarquable et occupaut, parmi les métaphysiciens anglais le premier rang après Berkeley Ce profond penseur lit paraître plusieurs traités dirigés contre l'Église et directement opposés aux principes qui sont essentiels à l'autorité
(i) Burnel (Oum Time , 1. 1, pag. Ufi) nous dit qu’en 1C67 le roi, en plein conseil, se prononça contre les évêques, en disant que le clergé « tbought of nolhing but to ged good bénéfices and lo keep a good table. • Voyez également, au sujet de son aversion pour les évêques, t. II, pag. 22, ainsi qne Pepys, Diai-y, t. IV, pag.*. Ailleurs (t. IV,pag. 42) Pepys dit : « And I believe tbe bierareby will in a little lime be shaken, vbetlier they will or no; the king being ofîended with tbem, and set upon it, as I hear. • Evelyn, dans une conversation avec Pepys, exprima le regret qu'il avait de le voir dans de telles dispositions, « that a bishopshall never be seen about him, as the kingof France hath ahrays. » Pepys, t. III, pag. 201. Evelyn, avec soo ton bénévole, attribue à ce Tait à t the négligence of the elergy ; * mais l'histoire nous apprend que le clergé n'a jamais néglige les rois, sauf lorsque joroi a d’abord négligé les membres de l'Église. Sir John Kcresby nous fait le curieux récit d'une conversation qu’il eut avec Charles H au sujet dos « rntlred heads, » et dans laquelle les sentiments du roi se révélent entièrement. Reresby, Travcls and Mcmoin, pag. ti&
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ecclésiastique : conséquence naturelle, il encourut la haine du clergé : on déclara que ses doctrines étaient des plus pernicieuses, bref, on l’accusa de vouloir renverser la religion de l’État et corrompre les mœurs de la nation (1). Cette animosité fut poussée si loin que, de son vivant, et, quelques années après sa mort, tout homme qui osait penser par soimême était stigmatisé sous le titre de < llobbist » ou encore de « Hobbian (2). » Cette hostilité de la part du clergé suffisait pour recommander Hobbes à la faveur de Charles : même avant son avènement, le roi avait sucé plus d’un de ses principes (3); et, après la restauration, il traita notre auteur avec un respect que l’on considéra comme scandaleux. Il le protégea contre ses ennemis ; plaça son portrait avec une certaine ostentation dans son appartement privé à Whitehall (I); enfin il accorda une pension à ce philosophe,
(1) Relativement à l'animosité du clergé contre Hobbes et A la manière dont ce dernier payait l'Église de retour, romparez Aubrey, Lellers umf Lives, t. II, pag. 532, 631; Tennemann, Gctçhichle der Philosophie , l. X, pag. tü, avec les paroles furieuses di Bnrnet ( Oion Time , t. I, ptg. 322) et de Whislon (Mcnwirs, pag. 251). Voyez également XVood, Athenœ Oxonienses, édit. Bliss,t. III, pag. 1211. Monconys, qui se trouvait X Londres en 1663, il il en parlant de Hobbes : « Il me dit l’aversion que tous les gens d'égliso tant catholiques que protesta ns a voient pour lui. » Monconys, Voyages, t. III, pag 13. Et pag. 115 : • M. Hobbes, que je trouvai toujours fort ennemi des prêtres catholiques et des protestans. * A peu près 4 la même époque, Sorbière se trouvait également à Londres , et voici ce qu'il écrit au sujet de Hobbes : * 1 know nol how il cornes to pass, lhe clergy are afraid of him, and so are ibe Ozford malheroatinans and lheir adhérents; whorefore his majesty (Charles II) was pleaied to niakc a very good eomp.irison vrhen he told me, be was lik* a bear,whom thtty bailcd with dogs totry him.» Sorbière, Voyages to England, pag. 40.
(2) C'était le nom ordinaire qu'on donnait à quiconque attaquait les opinions reconnues i la fin du dix-septième siècle et mémo au commencement du dix-huiliéme. On en trouvera des exemples dans Baxter, Life of Himself, folio, 169fs part, m, pag. 48; Boyle, Works, t. V, pag. 505, 510; Monk, Life of Bentley, t. I, pag. 41 ; Vernon, Correspond., t. III, pag. 13; Ring, Life of Locke, I. I, pag. 191 . Brewsler, Lifeof X et cl on, t. H, pag. 149.
(3) Bnrnet dit : < They made deep and lasting impressions on lhe king's mind. • (him Time, 1 . 1, pag. 172.
(4) Ce portrait fut p»*int par Cooper. Voyez Wood, Athenœ Qjvmien*** , «dit. Blfss, t. III, pag. 12«8.
à l’adversaire le plus formidable qu’eut jamais rencontré la hiérarchie spirituelle (1).
Si nous examinons un instant quels furent les personnages auxquels Charles assigna les sièges épiscopaux, nous trouverons la même tendance sous son règne : les plus hautes dignités de l'Église furent invariablement conférées à des hommes dénués de tout talent ou de toute honnêteté. Peutêtre serait-ce aller trop loin que d’attribuer au roi l’intention fixe de ravaler la réputation du banc épiscopal ; ce qui est certain, toutefois, c’est que, si tel fut son but, il prit le plus sûr chemin pour y arriver. On n’exagère nullement en disant que, de son vivant, les principaux prélats anglais furent, sans exception, incapables ou hypocrites : ou ils ne pouvaient défendre la foi qu’ilséprouvaientréellement, ou ils ne croyaient pas à la foiqu’ilsprofessaientouvertemenl. Jamais la garde des intérêts de l’Église anglicane n’avait été confié à d’aussi faibles mains. Le premier archevêque que Charles nomma au siège de Canterbury fut Juxon, dont l’incapacité était notoire; tout ce que ses amis pouvaient dire de lui, c'est que son manque de talent était compensé par la bonté de ses intentions (2). A sa mort, le roi choisit pour son successeur Sheldon, qu’il avait déjà nommé évêque de Londres; celui-ci n'avait pas seulement jeté le discrédit sur son ordre par ses actesde grossièreintolérance (3), maisencore il poussa
(I) Sorhière, Voyage to Englaïul , pag. 39; Wood, Athenœ Oxonierues , t. III , pag. 12Ü8. Au sujet de la popularité dont jouirent les ouvrages de Hobbes sous le règne de Charles II, compares Pepys, Diary, t. IV, pag. 164, avec Life» of the Xorth », l. III, pag. 339.
(21 L'évêque Burnet dit en parlant de lui A l'époque de sa nomination : « As he vas never agréai divine, so be vas now suporannuated. » Own Time, 1. 1, pag. 303.
(3) Son ami, l’évêque Parker, non< en donne un spécimen. Voyez Parker, flhtoryof hi* Own Time, pag. 31-33. Comparez Neal, l/i$t of Vie PurUant, t. IV, pag. kt) ; Wilson, Mem. of De Fœ, 1. 1, pag. *6.