‹ Histoire de la civilisation en Angleterre. Traduction autoriséeChapitre 1 sur 5 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Esquisse de l'histoire de l'intellect espagnol depuis la cinquième siècle jusqu'au milieu du neuvième.

Dans le volume précédent j'ai essayé d'établir quatre propositions principales, que je considère comme les bases fondamentales de l'histoire de la civilisation : 1° les progrès du genre humain dépendent du succès des investigations dans les lois des phénomènes de la nature et de la proportion dans laquelle se répand la connaissance de ces lois; 2° avant que cette investigation puisse commencer, il faut que l'esprit de doute soit né et que, venant d'abord en aide aux investigations, il en soit aidé ensuite; 3° les découvertes ainsi obtenues accroissent l'influence des vérités intellectuelles et diminuent, relativement, non absolument, les vérités morales ; car les vérités morales, ne pouvant devenir aussi nombreuses, sont plus stationnaires que les vérités intellectuelles; 4° le grand ennemi de ce mouvement, et par conséquent le grand ennemi de la civilisation, c'est l'es-

prit protecteur, je veux dire l'idée que la société ne peut prospérer si l'État et l'Église ne guident et ne protègent nos moindres pas dans les affaires de la vie : l'État enseignant aux hommes ce qu'ils doivent faire, l'Église leur enseignant ee qu'ils doivent croire : telles sont les propositions que j'estime comme étant des plus essentielles pour la saine intelligence de l'histoire et que j'ai défendues comme toute proposition doit être défendue par inductions et par déductions. La défense par induction comprend une collection de faits historiques et scientifiques qui suggèrent et autorisent les conclusions tirées de ces faits ; la défense par déduction c'est la vérification de ces conclusions, c'est prouver comment elles expliquent l'histoire de tous les pays et leurs fortunes diverses. Je n'ai rien de nouveau à ajouter, quant à présent, au moyen de défense par induction ; quant à la défense par déduction, j'espère qu'elle puisera dans ce volume des forces considérables qui m'aideront à confirmer non seulement les quatre propositions sus-énoncées, mais encore d'autres propositions secondaires qui, quoiqu'elles en découlent,à strictement parler, exigent cependant une vérification à part. Suivant le plan que nous avons tracé, le reste de cette introduction doit être consacré à l'examen de l'histoire d'Espagne, d'Ecosse, d'Allemagne, et des États-Unis d'Amérique, dans le but d'élucider des principes qui ne trouvent pas dans les seuls faits de l'histoire d'Angleterre une confirmation suffisante. Dans ma pensée, l'Espagne est le pays oh les conditions fondamentales des progrès d'une nation ont été le plus ouvertement violées ; c'est aussi le pays sur (lequel le châtiment encouru par cette violation a pesé le plus lourdement, et c'est celui où nous trouverons le plus grand nombre de faits instructifs à l'appui de notre thèse : que la prédomi-

aance de certaines opinions chez un peuple doit entraîner sa ruine.

Nons avons vu que les vieilles civilisations tropicales possédaient de certains traits caractéristiques que j'ai appelés « les aspects de la nature. » En enflammant l'imagination, ils encouragèrent la superstition et empêchèrent d'oser analyser des phénomènes physiques qui paraissaient menaçants; en d'autres termes, ils retardèrent la création des sciences physiques. Un fait intéressant à constater, c'est qu'aucun pays d'Europe n'a, sous ce rapport, autant de traits de ressemblance avec les contrées tropicales que l'Espagne. Aucune autre partie de l'Europe ne parait être aussi clairement désignée par la nature comme le siège et le refuge de la superstition. En nous reportant aux preuves que nous avons déjà données (1) on se rappellera que les principales causes physiques de la superstition furent les famines, les épidémies, les tremblements de terre, et les climats malsains qui, en abrégeant la durée ordinaire de la vie, poussent à invoquer plus fréquemment et avec plus d'ardeur une aide surnaturelle. Ces particularités prises en masse sont bien plus saillantes en Espagne que partout ailleurs en Europe. Ce ne sera donc pas sans utilité que nous donnerons un abrégé tel qu'il puisse démontrer combien ont été malfaisants les effets qu'ils ont produits en formant le caractère national.

Si nous exceptons l'extrémité septentrionale de l'Espagne, nous pouvons affirmer que les deux principaux traits caractéristiques du climat de cette contrée sont la chaleur et la sécheresse, augmentées encore par les difficultés d'irrigation que la nature a créées sur tous les points. Car les rivières qui

(1) Voyet le second chapitre dn premier volume de Bnck\e, Histoire de la civilisation.

coupent cette terre roulent pour la plupart dans des lits bien trop profonds pour qu'elles puissent servir à l'arrosement du sol qui, par suite, est et a toujours été d'une aridité extrême (1). C'est à cette cause et à la rareté des pluies que cette contrée d'Europe, aussi richement douée sous tous autres rapports, doit d'avoir été plus souvent et plus sérieusement que tout autre pays le siège de la sécheresse et de la famine (2). Ces vicissitudes du climat, surtout dans les parties centrales, faisaient de l'Espagne un pays habituellement malsain, ce qui, avec la fréquence de la famine, pendant tout le moyen âge, rendit les ravages de la peste on ne peut * plus funestes (3). Ajoutons à cela que dans le Péninsule,

(1) « The low state of agriculture in S pain may be ascribed partly to physical and partly to moral causes. At the head of the former must be placed the heat of tbe climate and the aridity of tbe soil. Most part of the rivera with which the country is intersected rim in deep beds and are but little available ezcept in a few favoured localities for pnrposes of irrigation. ■ M'Culloch , Geographical and Statistical Dictionnary. Lond., 1849, t. II, pag. 708. Voyez aussi Laborde, Spain. Lond., 1809, t. IV, pag. 284; t. V, pag. 361. L'aridité relative des différentes parties de l'Espagne est établie dans Gook, Spain. Lond., 1834, t. II, pag. 216-219.

(2) Snr ces sécheresses et ces famines , voyez Hariana , Historia de Espafla. Madrid , 1794, t. II, pag. 270; t. III, pag. 225; t. IV, pag. 32; Conde, Historia de la dominaçion de los Arabes en Espana. Paris, 1840, pag. 142, 149, 154, 170; Davila, Historia de la vida de Felipe Tercero. Madrid, 1771, in-fol., lib. n, pag. 114; Glarke, Letters conceming the Spanish Nation. Lond., 1763, in-4*, pag. 282; Udal ap Rhys Tour tkrough Spain. Lond., 1760, pag. 292, 293; Spain by an American. Lond., 1831, t. II, pag. 282; Hoskîns, Spain. Lond., 1851, 1. 1, pag. 127, 132, 152. t Èspana es castigada frementemente con las sequedades y faltas de llnvias. • Muriel, Gobierno de Carlos III. Madrid. 1839, pag. 193.

(3) « Anadase à todo esto las repetidas pestes, y mortales epidemias que han afligido à las provincias de Espana, mayormente à las méridionales que han sido las mas sujetas à estas plagas. De estas se hace mencion en los anales é historias muy fréquente mente ; y en su confirmacion se puede leer el tratado histôrico, 6 epidemiolôgia que sobre ellas ha publicado Don Joachîn de Villalba, donde se vera con dolor y espanto con quanta frequencia

se repetian estos azotes desde mediados del siglo decimoquarto. > « Dos exemplos

bien recientes y dolorososihemos visto,y conservaremos en la memoria,en los formidables estragos que acaban de Ipadecer gran parte del reyno de Sevilla , Cadix, y sus contornos, Malaga, Cartagena, y Alicante; sin contar la mortandad con que han afligido à la mayor parte de los pueblos de ambas Castillas las epidemias de calenturas putridas en el ano

pasado de 4805. » t Por otra parte la fondation de tantas capillas y procesiones à

San Roque, y SanàSebastian,?como abogados contre la peste, que todavia se conservan en

comprenant le Portugal, les tremblements de terre ont causé de grands désastres (1), ont surexcité les sentiments supersti-

la mayor parte de nuestras cindades de Espana, son otro testimonio de los grandes y repetidos estragos que habian padecido sus paeblos de este azote. Y el gran numéro de medicos espanoles que publicaron tratados preservatfvos y curativos de la peste en los reynados de Carlos V, Felipe II, Felipe III, 3 Felipe IV, contirman mas la verdad de los hechos. » Capmany, Questiones criticas. Madrid, 1807, pag. M, 53. Voyez aussi pag. 66, 67, et Janer, Condition social de los Moriscos de Espana, Madrid, 1857, pag. 106, 107, et la notice sur Malaga dans Bourgoing, Tableau de l'Espagne. Paris, 1808, t. III, pag. 242.

(1) < Earthquakes are still often felt at Granada and along the coast of the province of Alicante, where their effects hâve been very disastrous. Much fnrther in tbe interior, in the small Sierra del Tremédal, or district of Albarracia, in the province of Terruel, éruptions and shocks hâve been very fréquent since the most remote periods ; the black porphyry is there seen traversing the altered strata of the politic formation. The old inhabitants of the country speak of sinking of the ground and of the escape of sulphureous gases when they were young; thèse same phenomena haveoccnrred duriug four consécutive months of the preceding winter, accompanied by earthquakes, which bave caused considérable mischief to the buildings of seven villages situated within a radius of two leagues. They hâve not, however, been attended with any loss of life, on account of the inhabitants hastening to abandon their dwellings at the first indications of danger. ■ Ezguerra on the Geology of Spain, dans le Quarterly Journal of the Geological Society of London, t. VI, pag. 412, 413. Lond., 1850. « The provinces of Malaga, Murcia, and Granada, and, in Portugal, the country round Lisbon, are recorded at several periods to hâve been devastated, by great earthquakes. ■ Lyell, Principles of Geology. Lond., 1853, pag. 358. « Los terremotos son tan sensibles y fréquentes en lo alto de las montanas, como en lo llano, pues Sévi lia esta sujeta à ellos hallandose situada sobre una Uannra tan igual y baxa como Holanda. ■ Bowles, Introduction à la Historia natural de EspafUt. Madrid, 1789, in-4% pag. 90, 91. « The littoral plains, especially about Cartagena and Alicante, are much subject to earthquakes. ■ Ford, Spain, 1847, pag. 168. ■ This corner of Spain is the chief volcanic district of the Peninsula, which stretches from Cabo de Gâta to near Cartagena ; the earthquakes are very fréquent. > Ford, pag. 174. » Spain, including Portugal, in îts external configuration, with ist vast tableland of the two Castiles, rising nearly 2,000 feet above the sea, is perhaps the most interesting portion of Europe, not only in this respect, but as a région of earthquake disturbance, where the energy and destroying power of this agency hâve been more than displayed upon the most tremenduous scale. > lAzllel, Earhtquake Catalogue ofthe British Association. Rapport pour 1858, pag. 9. Lond., 1858. — Je cite ces passages tout au long en partie à cause de leur intérêt comme vérités physiques et en partie parce que les faits qu'ils confirment sont essentiels à la saine intelligence de l'histoire d'Espagne. Leur influence sur le caractère espagnol a, je le crois, été indiquée pour la première fois dans mon Histoire de la civilisation, 1. 1, pag. 112, 113. Je ne m'inquiétai pas alors d'appuyer sur des faits la preuve de la fréquence des tremblements de terre dans la péninsule, parce que je supposai que toute personne connaissant un peu l'histoire physique de la terre ne pouvait l'ignorer ; mais, en avril 1858, une critique de mon ouvrage parut dans la Revue d'Édinbourg où Ton ne m'épargna aucune des erreurs que je suis censé avoir commises. A la page 468 de celte Revue, le critique, après avoir mis mes lecteurs en garde

lieux queces phénomènes provoquent naturellement, et nous pourrons nous faire une idée de l'incertitude de la vie, dans

contre mes • jaccuracies, • fait observer que M. Buckle soutient que les tearthquakes and Tolcanic erro plions are most fréquent and more destructive in Italy and in the Spanish and Portugese peniosula than in any other of the great cou o tries, wbence he infers by a singular process of reasoning, that superstition is more rife and the clergy more powerful; but that the fine arts floorish poetry is cuitivated and the science* negleeted. Every lihkîn this chain is more or less fautty. There is no volcaoo in the Spanish peniosula and the ouiy earthqnake known to hâve occurred there iras that of Lisbon. » Il est certain que je ne dois pas m'attendre à ce qu'un écrivain de revue, qui fait un article courant daneun but immédiat et qui sait que son article n'aura pas plutôt été lu qu'il sera rejeté et oublié, puisse dans des circonstances aussi défavorables se donner la peine d'entrer dans tous les détails de son sujet afin de s'en rendre maître. Ce serait de ma part le comble de l'injustice. Cet auteur n'a aucun intérêt à être exact ; son nom n'est pas connu, et sa réputation, s'il en a, n'est pas en jeu, et ses erreurs, quand il en commet, méritent toute indulgence, car elles ne sont pas destinées à vivre plus longtemps que sa publication éphémère qui les transmet, et ne peuvent par conséquent faire beaucoup de mal. — Ces considérations m'ont rendu très sobre de répliques aux critiques anonymes dont j'ai pn être l'objet; mais le passage de la Revue d'Edimbourg sur lequel je viens d'appeler l'attention témoigne d'une ignorance si particulière, que je désire le sauver de l'oubli comme curiosité littéraire. Ai-je besoin de dire que je pourrais réfuter tout aussi facilement les autres accusations dont j'ai pu être l'objet? Mais il ne pourra venir à l'esprit de qui que ce soit qu'après des années d'études constantes et consciencieuses, j'aie pu commettre ces erreurs que m'opposent met adversaires, erreurs qui pourraient tout au plus être celles d'un enfant. Disons une fois pour toutes que je n'ai affirmé aucune vérité sans en avoir devers moi les preuves nombreuses et irréfragables ; mais il m'«st impossible d'en faire la nomenclature complète. Ce que j'ai entrepris offre déjà un champ si large que, pour le mener à bonne fin , il me faut compter non sur la générosité de mon lecteur, mais sur sa bonne foi. Je ne crois pas me montrer trop exigeant en Ini demandant qne si, à l'avenir, il hésitait à se prononcer entre moi et mes critiques, il veuille me donner le bénéfice du doute, et se rappeler que des faits réunis avec réflexion et dans une œuvre lentement mûrie, signée du nom de l'auteur, doivent l'emporter comme exactitude sur ceux que l'on jette dans les revues ou les journaux, car ces derniers sont non seulement écrits à la hâte et sans études préalables, mais ils ne portent pas non pins la signature de leur auteur; ce qui les décharge de toute responsabilité , de tout risque, ne peut ajouter à leur réputation et ne les expose à aucune censure.— Le mit est qu'il y a eu en Espagne, l'Italie exceptée, plus de tremblements de terre que dans toutes les autres parties de l'Europe. Le nombre des existences et des propriétés détruites par cette cause, si on les réunissait, formerait un total imposant. Quant à ces phénomènes, nous ajoutons ceux qui, moins terribles dans leurs résultats destructeurs, ne laissent pas cependant d'avoir coûté la vie non pas à des centaines d'individus, mais à des mille et des mille et d'avoir propagé la superstition à un degré inouï, il devient évident qu'ils ont en une énorme influence sur le caractère national des Espagnols. Quiconque voudra se donner la peine de consulter les passages suivants y trouvera la preuve décisive des ravages causés par les tremblements de terre dans l'Espagne seule, c'est à dire sans y comprendre le Portugal. Ils se rapportent tous à une période de temps comprenant moins de deux cents ans»

ces contrées; nous comprendrons ainsi avec quelle facilité un clerçjé rusé et ambitieux put faire de cette incertitude un puissant moyen d'influence (1).

le premier tremblement de terre ayant eu lieu en 1639 et le dernier en 4829 : Lettres de madame de Villars, ambassadrice en Espagne. Amsterdam, 1759, pag. 205; Laborde, Spain. Lond., 1809, t. I, pag. 169: Dnnlop, Memoirs of Spain. Édinb., 1834, t. II, pag. 996, 227; Boisel, Journal du voyage d'Espagne. Paris, 1669, in-4% pag. 243; Mallet, Earthquake Catalogue of the British Association. Lond., 1858. Rapport pour 1853, pag. 146 ; pour 4854, pag. 26, 27, 54, 55, 57, 58, 65, 110, 440, 173, 196, 202 ; Swinburne, Travels through Spain. Lond., 1787, t. 1, pag. 166; Ford, Spain. Lond., 1847, pag. 178; Bacon, Six Yearsin Biscay. Lond., 1838, pag. 32. Comparez avec Iuglis, Spain. Lond., 1831, 1. 1, pag. 398; t. II, pag. 289 291. Ces écrivains racontent les ravages produits pendant cent quatre-vingt-dix ans. De leurs récits il résulte qu'en Espagne une génération ne s'est pas écoulée sans que les tremblements de terre n'aient détruit des châteaui, des villages, des Tilles entières et causé la mort d'une quantité d'hommes, de femmes et d'enfants. Cependant à en croire notre détracteur anonyme, il est douteux qu'il y ait jamais en un seul tremblement de terre en Espagne, car, dit il, dans toute la péninsule, en y comprenant le Portugal, « the only earthquake known to hâve occurred there was that of Lisbon. »

(1) $ur les craintes superstitieuses provoquées par les tremblements de terre en, Espagne, voyez un bon passage de Conde {Historia de la dominacion de los Arabes, pag.- 155) : tEnelano267,diajueves,22de la luna de Xawâl,temblô la tierra con tan espantosoruido y estremecimiento, que cayeron muchos alcazares y magniflcos edifîcios, y otros quedaron rauy quebrantados, se hundieron montes, se abrieron penascos,y la tierra se hundiôy tragô pueblos y alturas , el mar se retrajô y aparté de las costas , y desaparecieron islas y escollos en el mar. Las gentes abandonaban los pueblos y huiao à los campos, las aves salian de sus nidos, y las fieras espantadas dejaban sus grutas y madrîgueras con gênerai tarbacion y trastorno; nunca los hombres vieron ni oyeron cosa semejante ; se arruinaron machos pueblos de la costa méridional y occidental de Espana. Todas estas cosas influyeron tanto en los animos de los hombres, y en especial en la ignorante multitud, que no pudo Almondhir persuadirles que eran cosas naturales, aunque poco frecuentes, que no tenian iaflujo ni relacion con las obras de los hombres , ni con sus empresas , sino por su ignorancia y vanos temores, que lo mismo temblada la tierra para los muslimes que para los crisManos, para las fieras que para las inocentes criaturas. » Comparez Geddes, Tracts conrerning Spain. Lond., 1730, 1. 1, pag. 89, et Marina qui, dans l'année 1395, dit (Historia de Espana, t. Y, pag. 27)-: « Temblô la tierra en Valencia mediado el mes de Diciembre, con que muchos edifîcios cayeron por tierra, otros quedaron desplomados ; que era ma ravi Ma y làatima. El pueblo como agorero que es, pensaba eran senales del cielo y pronosticos de los danos que teraian. » L'histoire d'Espagne abonde en exemples de celte espèce. Ils sont beaucoup trop nombreux pour être cités tous ou même pour qu'on y renvoie. Mais ce sujet a tant d'importance et il a été si mal interprété, qu'on risque d'ennuyer le lecteur. Je vais encore prouver par un exemple que les tremblements de terre ont entretenu la superstition en Espagne. En 1504, t an earthquake, accompanied by a tremendous hurricane , such as the oldest men did not remember, had visited Àndulasia, and especially Carmona, a place belonging to the Queen, and occasioned frightful désolation there. The superstitions Spa-

Un autre trait caractéristique de ce pays, c'est que la vie pastorale y domine et y est entretenue surtout par la difficulté que l'on y éprouve à prendre des habitudes régulières d'industrie agricole. Dans presque toute l'Espagne, le climat rend le travail impossible au laboureur pendant la plus grande partie du jour (1) ; et ce repos forcé encourage chez le peuple une irrégularité de conduite, une instabilité, qui le pousse à préférer la vie errante du berger au travail plus assidu de l'agriculture (2). Pendant toute la durée de la guerre qu'ils firent à leurs conquérants mahométans, ils furent exposés à tant de sorties et de pillages de la part de l'ennemi, qu'ils comprirent la nécessité de pouvoir emporter leurs moyens d'existence, c'est pourquoi ils préférèrent le produit

niards row read in thèse portants the prophétie signs by wfiich Heaven announces some great calamity. Prayers toere put up in every temple, » etc. Prescott, History of Ferdinand and Isabella. Paris, 1842, t. III, pag. 174.

(1) Bnckle, History of Civilization, 1. 1, pag. 40. Voyez aussi Laborde, Spain, t. IV, pag. 42.

(2) Un écrivain de la première partie du dix-huitième siècle fait mention c d'el gran nnmero.de pastores que hay. • Uztariz, Theorica y Practica de comerdo, 3* édit. Madrid, 1757, in-fol., pag. 20. Sur l'époque des Arabes, voyez Gonde, Historia de la dominacion, pag. 244: « Muchos pueblos, siguiendo su natural inclination, se entregaron à la ganaderia. » De là t the wandering life so congenial to the habits of the Spanish peasantry, > cité dans Cook, Spain, 1. 1, pag. 85, où cependant ne se trouve pas indiqué le rapport entre ce fait et la constitution physique du pays. M. Ticknor résout ce problème avec la pénétration et l'exactitude qui lui sont propres : «The climate and condition of the Peninsula, 'which from a very remote period had favoured the shepherd's life and his pursuits, facilitated, no doubt, if they did not occasion, the first introduction into Spanish poetry of a

pastoral tone, whose echoes are heard far back among the old ballads.a • From

the Middle Ages the occupations of a shepherd's life had prevailed in Spain and Portnga 1 to a greater extent than elsewhere in Europe; and, probably, in conséquence of this circumstance , eclogues and bocolics were early known in the poetry of both coun tries, and became connected in both with the origin of the popular drama. ■ Ticknor, History of Spanish Literature.Load., 1849, t. III, pag. 9, 36. Pour la littérature pastorale en Espagne, ▼oyez Bonterwek, History of spanish literature. Lond., 1823, 1. 1, pag. 123-129, et, snr le grand nombre des nouvelles pastorales, Southey, Letlers from Spain. Bus toi, 1799, uag. 336. Mais ces auteurs n'ont saisi qu'un côté de la question, et ils ont oublié d'établir les rapports ntre la littérature et les phénomènes physiques et sociaux.

de leurs troupeaux aux produits de leurs terres : ils devinrent pasteurs au lieu d'agriculteurs, par la seule raison qu'ils auraient moins à souffrir dans le cas où la guerre tournerait contre eux. Même après la prise de Tolède, bien avant dans le onzième siècle, les habitants de la frontière dans l'Estramadure, la Manche et la Nouvelle Castille étaient presque tous bergers, et le bétail paissait dans la campagne, et non dans des prairies de propriété privée (1). Tout cela augmenta l'incertitude de la vie et fortifia l'amour des aventures et cet esprit romanesque qui plus tard donna le ton à la littérature populaire. Ainsi tout devint précaire, inquiet, incertain ; penser et rechercher, était chose impossible ; le doute n'existait pas, et la voie se trouvait prête pour les superstitions, pour les croyances enracinées et persévérantes qui, dans les temps anciens, formèrent le trait principal de l'histoire de la nation espagnole.

Il est impossible de déterminer le degré d'influence que ces circonstances eussent pu avoir sur la destinée ultérieure de l'Espagne dans le cas où elles eussent agi seules, mais on ne peut douter qu'elles n'aient eu des conséquences importantes, quoique l'insuffisance des preuves nous mette dans

(1) Voyes les mémoires de Jovellanos dans V Espagne de Laborde, t. IV, pag. 127. Celait la conséquence nécessaire de ces attaques vindicatives an moyen desquelles mahométans et chrétiens semblèrent avoir résolu de faire de l'Espagne un désert, les uns ravageant les champs des antres et détruisant tout ce qu'ils rencontraient sur leur passage. Conde, Domination de los Arabes, pag. 75, 188, 278, 346, 396, 417, 418, 471, 499, 500, 505, 523, 539, 541, 551, 578, 645, 651, 658. Voici un de ces cas, pris dans le onzième siècle : • La conslancia de Alfonso ben Ferdeland en hacer entradas y talas en tierra de Toledo dos veces cada, ano,

né tanta que empobreciô y apuré los pueblos; > « el tirano Alfonsa talô y quemô

los campos y los pueblos. » Conde, pag. 346. Ces ravages, continués à peu près sans interruption pendant sept cents ans environ, ont eu beaucoup d'influence sur le caractère national des Espagnols; ils valent la peine de recourir à Mariana , Historia de Espana, t. m, pag. 438; t. IV, pag. 193, 314; t. V, pag. 92, 317, 337, et à Cricourt, Hist. des Arabes d'Espagne. Paris, 1846, 1. 1, pag. 99.

l'impossibilité de les apprécier avec exactitude. Mais c'est là un point de peu d'importance quant au résultat actuel parce qu'une longue suite d'événements ayant une part d'influence plus grande encore ont concouru en se confondant avec ceux que nous venons de citer à former une combinaison à laquelle rien n'a pu résister et qui nous aide à suivre avec certitude les faits qui ont amené plus tard la décadence de {a nation. L'histoire de l'abaissement de l'Espagne devient trop claire pour qu'on s'y trompe quand ou l'étudié en prenant pour bases les principes généraux que j'ai énoncés et qui se trouvent eux-mêmes confirmés par le jour qu'ils jettent sur ce sujet aussi instructif que navrant.

Après la chute de l'empire romain Je fait principal qui se présente le premier dans l'histoire d'Espagne est l'établissement des Wisigoths et le règne de leurs opinions dans la Péninsule. Comme les Suèves qui les avaient précédés, ils étaient ariens, et l'Espagne, pendant cent cinquante ans, devint le point de ralliement de cette fameuse hérésie (1) à laquelle adhérèrent la plupart des tribus des Goths. Vers la fin du cinquième siècle, les Francs, aussitôt leur conversion, adoptèrent la croyance orthodoxe opposée et furent encouragés à déclarer la guerre à leurs voisins hérétiques. Clovis, qui était alors roi des Francs, fut considéré par

(1) La chronologie incertaine de la première partie de l'histoire d'Espagne est aux yeux ti*o.o grand nombre d'écrivains, quant à la dorée de l'arianisme, an point d'une importance bien plus grande que la mort ou l'avènement ri«s -ois. Antequera (Hisloria de la législation espanola. Madrid, 1849, pag. 37) dit : «La secta arriana, pues, segun las epocas ujadas, permaneciô en Espana 125 anos. > Fk'iry (Hist. ecclésiastique, t. VU, pag. 586. Paris, 1758) dit : « Environ 180 ans, » et M'Crie, qui est en général bien informé, dit dans son Rist. de la réforme en Espagne. Édinb., 1829, pag. 7 : * Arianism was the prevailing and established creed of the country for nearly two centuries. » U s'en rapporte à Grégoire de Tours. C'est donc avec raison que M. Fauriel dit de cette question : « Une question qui souffre des difficultés. > Voyez son bel ouvrage Uist. de la Gaule méridionale. Paris, 1836, 1. 1, pag. 10.

l'Église comme le champion de la Toi en faveur de laquelle il attaqua les Wisigoths incrédules (1). Ses successeurs, poussés par les mêmes motifs, poursuivirent la même politique (2) et pendant près d'un siècle il y eut guerre d'opinions entre la France et l'Espagne; l'empire des Wisigoths en fut sérieusement compromis, et plus d'une fois il se vit .à deux doigts de sa perte. Et c'est ainsi qu'en Espagne une guerre pour l'indépendance nationale devint une guerre pour la religion nationale (3) et qu'une alliance intime fut contractée entre les rois anciens et le clergé arien. Le clergé dans ces âges d'ignorance savait qu'il n'avait qu'à gagner à une semblable alliance (4) ; il recevait en retour des prières

(1) En 496, le clergé orthodoxe regardait Clovis comme « le champion qu'il peut opposer aux hérétiques visigoths et burgoodes. » Fauriel, Hi&t. de la Gaule méridionale, t. H, .pag. 41. Il se plaisait à le comparer à Gédéon (pag. 66). Comparez Fleury, Hist. ecclésiastique, t. VII, pag. 89, 90. Ortiz est tellement enthousiaste, qu'il oublie son patriotisme et loue chaudement le barbare féroce qui fit, il est vrai, la guerre à son pays, mais dont las opinions théoriques étaient jugées saines. « Mientras Alarico desfogaba su encono contra los Catolicos, tuvô la Iglesia Galicana el consuelo de ver Catolico à su gran Rey Clodoveo. Era el ûnieo Monarca del mando que à la sazon profesaba la Religion verdadera. t Ortiz, Comr pendio de la Hisloria de Espana, t. Il, pag. 96. Paris, 1796.

(2) Ainsi, en 53l,Childebert marcha contre les Visigoths parce qu'ils étaient ariens. Fauriel, Hist. de la Gaule méridionale, t. II, pag. 131. Et en 542 Childebert et Clotaire firent une nouvelle attaque et mirent le siège devant Saragosse (pag. 142). t No advertian los Godos lo que su falsa creencia les perjudicaha, y si lo advertian, su obcecacion les haeia no poner remedio. Los reyes francos,queeran catolicos, les movian guerras en las Galias porarrianos, y los obispos catolicos de la misma Galîa gotica deseaban la domination de los Franco s. » Lafueute, Historia de Eipana, t. II, pag. 380. Madrid, 1850.

(3) t Los Francos por el araor que tenîan a la Religion catholica, que poco an tes abrazftran, aborrecian a los Visigodos como gente inficionada de la secta Arriaaa. » Mariana , Hiêtoria de Espana, t. II, pag. 43. Parlant d'une de leurs grandes batailles, il dit page 46 : « Vulgarme&te se llamô el campo Arriano por causa de la religion que los Godos seguian. »

(4) « fin religion el en croyance, comme en toute chose, les Visigoths se montrèrent plus série», plus profonds, plus tenaces que les Burgondes. J'ai dit ailleurs commentais étaient devenus presque en même temps chrétiens et ariens. Transplantés en Gaule et en Espagne, non seulement ils avaient persévéré dans leur hérésie, ils s'y étaient affermis, affectionnés, et dans le peu que l'histoire laisse apercevoir de leur clergé on s'assure qu'il était austère, zélé, et qu'il exerçait un grand empire sur les chefs comme sur la masse de la nation visi-

qu'il offrait contre l'ennemi et des miracles qu'il opérait à l'occasion, des avantages temporels considérables. C'est ici qu'il faut chercher la source de cette immense influence des prêtres en Espagne, influence qu'ils n'ont pas cessé de posséder, depuis et que les événements subséquents sont venus fortifier. Bien avant dans le sixième siècle, le clergé latin convertit ses maîtres les Wisigoths, et le gouvernement espagnol, en devenant orthodoxe, conféra naturellement à ses chefs spirituels une autorité égale à celle que leur reconnaissait la hiérarchie arienne (1). Disons même que les maîtres de l'Espagne reconnaissants envers ceux qui les avaient retirés du sentier de l'erreur, furent plus disposés à accroître le pouvoir de l'Église qu'à le diminuer. Le clergé tira parti de cette disposition et il en résulta que, vers le milieu du septième siècle, le clergé et les classes qui dépendaient de lui eurent plus d'influence en Espagne que dans toute autre partie de l'Europe (2). Les synodes ecclésiastiques furent

goibe. » Les rois visigoths se croyaient obligés à de grandes démonstrations de

respect pour leur clergé arien. » Fanriel, Histoire de la Gaule méridionale, t. 1, pag. 577,578.

(1) t L'abjuration de Recared ent lien entre les années 586 et 589. Dnnham, Hist . ofSpain and Portugal. Lond., 1832, 1. 1, pag. 126-118; Mariana, Hist. de Espana, t. II, pag. 99-101 ; Ortiz, Compendio de la historia de Espafla, t. II, pag. 120; Lafoente, HisL de Espaiïa, t. II, pag. 360-363. Lafoente (pag. 384) dit : t Recaredo fué el primero que con todo el ardor de un néofito,comenzô en el tercer concilio toledano à dar â estas asembleas conocimiento y décision en negocios pertenecientes al gobierno temporal de los pneblos. » De même Antequera (Hist. de la Législation, pag. 31 ) est heureux de pouvoir faire observer que « Recaredo abjuré la beregia arriana, abrazô decididamente la religion de Jesu-Cristo, y concediô â los ministros de la Iglesia una influencia en el gobierno del Estado, que vino àseren adelante, ilimilada y absoluta. »

(2) i As for the councils beld nnder tbe Visigotb kings of S pain dnring tbe seventh century, it is not easy to détermine wbether tbey are to be considered as ecclesiastical or tem poral assemblies. No kingdom was so thoroughly nnder tbe bondage of the hierarcby as Spain. ■ Hallam, Middle Ages, édit. 1846, 1. 1, pag. 511. t Les prêtres étaient les seuls qui avaient conservé et même augmenté leur influence dans la monarchie goth-espagnole. > Sempere, Hist. des Cortès d'Espagne. Bordeaux, 1815, pag. 19. Compares Lafoente, Hist, de Espaûa, t. II , pag. 368, sur • la influencia y preponderancia del clero, ya solo en los negocios eeclesiàsticos, sino tambien en los politicos y de estado. •

non seulement les conciles de l'Église, ils Turent aussi les parlements de la couronne (1). A Tolède, alors la capitale de de l'Espagne, le pouvoir du clergé fut immense. Il se manifestait avec tant d'ostentation que dans un concile qui s'y tint en 633, nous voyons le roi se prosterner littéralement la face contre terre aux pieds des évêques (2) et un demi-siècle plus tard, l'historien ecclésiastique dit que cette pratique humiliante fut répétée par un autre roi, parce que, dit-il, c'était une coutume établie (3). D'autres faits de même nature prouvent que cette cérémonie n'était point une cérémonie insignifiante. La même tendance se retrouve dans la jurisprudence, puisque, d'après le code des Wisigoths tout laïque, soit comme demandeur, soit comme défendeur, pouvait exiger que sa cause, au lieu d'être jugée par le magistrat civil, le fût par l'évêque du diocèse. Ce n'est pas tout : quand les deux partis étaient d'accord pour préférer le tribunal civil, l'évêque pouvait encore réformer le jugement, s'il estimait que la cause avait été mal jugée ; c'est à lui qu'il appartenait de veiller à l'administration de la justice et d'apprendre aux magistrats comment ils devaient remplir leurs fonctions (4). Une autre preuve plus

(1) t Bat it is in Spain, afler the Visigoths had cast off their Arianism, ttiat the bishops more manifestly influence the whole character of the législation. The synods of Toledo were not merely national councils, but parliaments of the realm. • Milman, Hist. of Latin ChHstianity. Lond., 1854, 1. 1, pag. 380. Voyez aussi Antequera, Hist. de la législation Espaflola, pag. 41 , 42.

(2) En 633, à un concile de Tolède, le roi « s'étant prosterné à terre devant les évêques. > Fleury, Hist. ecclésiastique, t. VHI, pag. 308. Paris, 4758.

(3) En 688, à l'un des conciles de Tolède, t le roi Égica y était en personne, et, après s'être prosterné devant les évêques, suivant la coutume, il fit lire un mémoire où il leur demandait conseil, » etc. Fleury, Hist. ecclésiastique, t. IX, pag. 89. Paris, 1758.

(4) Voyez un sommaire très court, mais admirable de cette partie du code des Visigoths dans Durham, Hist. of Spain* t. IV, pag. 77, 78. La meilleure histoire en anglais peut être d'un pays étranger. «In Spain the bishops had a spécial charge to keep continuai vratch over the administration of justice and were summoned on ail great occasions to instruct the

tS HISTOIRE

pénible encore de la domination du clergé en Espagne, c'est que les lois contre les hérétiques y furent plus dures qu'en tout autre pays : les juifs en particulier y furent poursuivis avec une inexorable rigueur (1). Le désir de maintenir la foi fut assez fort pour provoquer la déclaration formelle qu'aucun souverain ne serait reconnu, s'il ne promettait de la conserver pure de toute fausse interprétation. Il va sans dire que les juges de cette pureté étaient ces mêmes évoques aux suffrages desquels le roi devait son trône (2).

Telles furent les circonstances qui, durant le septième siècle comme dans les siècles précédents, assurèrent à l'Église espagnole une influence qui n'a point eu d'égale en

jndges to act with piety and justice. > Bfilman , Hist. of Latin Christianity , 1854, t. 1, pag. 386. Le concile de Tolède en 633 donne avis aux évêqaes d'admonester les juges. Fleury, Hi8t. ecclésiastique, t. VIII, pag. 313. Un savant jurisconsulte espagnol, Sempere, dit des évêques : « Le code du Fuero Juzgo fat leur ouvrage ; les juges étaient sujets à leur juridiction ; les plaideurs, grevés par la sentence du juge, pouvaient se plaindre aux évêques, et ceux-ci évoquer ainsi leurs arrêts, les réformer et châtier les magistrats. Les procureurs du roi, comme les juges, étaient obligés de se présenter aux synodes diocésains annuels pour apprendre des ecclésiastiques l'administration de la justice; enfin le gouvernement des Goths n'était qu'une monarchie théocratique. • Sempere, Monarchie espagnole. Paris, 4896, t. l,pag.6; t. II, pag. 212, 214.

(1) « The terrible laws against heresy and the atrocious juridical persécutions of the jewe, already designate Spain as the throne aud centre of merciless bigotry. i Milman, HisL of Latin Christianity, 1. 1, pag. 381. « Tan luego como la religion catôlica se hallô dominando en el trono y en el pueblo commenzaron los concilianos toledanos à dictar disposiciones canônicas y à prescribir castigos contra los idolâtras, contra los judios, 7 contra los hereges. » Lafuente, HisL de Espafla, t. IX, pap. 199, 200. Voyez aussi pag. 2H, et t. II, pag. 406, 417, 451 ; Prescott, HisL of Ferdinand and Isabella, 1. 1, pag. 235, 236; Johnstone, Lnstitutes of the Civil Laws of Spain, pag. 262; Circourt, Hist. des Arabes d'Espagne, 1. 1, pag. 260, 261, et Southey, Chronicle of the Cod, pag. 18. J'indique tout particulièrement ces passages à cause de l'assertion extraordinaire du docteur Crie, que « on a review of cri minai proceedings in Spain anterior to the establishment of the court of Inquisition, it appears in gênerai that heretics were more mildly treated there than in other countries. » M'Crie, Hist. of the Reformation in Spain, pag. 83, le meilleur livre qu'il y ait sur les protestants espagnols.

(2) Un concile de Tolède en 638 ordonne • qu'à l'avenir aucun roi ne montera sur le trônp qu'il ne promette de conserver la foi catholique. » Et dans un autre concile en 681 : « Le roi y présenta un écrit par lequel il prioit les évêques de lui assurer le royaume qu'il tenoit de leurs suffrages. » Fleury, Hist. ecclésiastique, t. VIII, pag. 339; t. IX, pag. 70.

Europe (1). De bonne heure, au huitième siècle, eut lieu un événement qui en apparence brisa et dispersa la hiérarchie, mais qui au fond lui fut très favorable. En 711, les maho* métans firent voile de la côte d'Afrique et vinrent débarquer au sud de l'Espagne ; en l'espace de trois ans ils conquirent tout le pays excepté les régions presque inaccessibles du nord-ouest. Les Espagnols, à l'abri de toute attaque dans leurs montagnes (2), reprirent bientôt courage; ils rallièrent leurs forces éparses et, à leur tour, ils assaillirent les conquérants. Une lutte désespérée s'ensuivit; elle dura près de huit siècles et pour la seconde fois en Espagne on vit une guerre d'indépendance être aussi une guerre de religion : la guerre entre les Arabes infidèles et les chrétiens espagnols entre les trinitaires de France et les ariens d'Espagne continuait lentement et en surmontant de grandes difficultés; les chrétiens avancèrent en combattant toujours. Vers le milieu du neuvième siècle, ils atteignirent la ligne du Doura (3). Avant la fin du onzième siècle, ils avaient conquis jusqu'au Tage, et Tolède leur ancienne capitale tombait entre leurs mains en 1085 (4). De grands efforts restaient néanmoins à

(1) Ces heureux temps ont été chaudement vantés par an théologien moderne, parce que pendant toute leur durée l'Église « ha opuosto un muro de hronce al error,» et parce qu'il y avait • la mas estrecha concordia entre el imperio y el sacerdocio, por cuyo inestimable beneficio debemos hacer incesantes votos. » Observaciones sobre El Présente y El Parvenir de la lglesia en Espana, por Domingo Costa y Borras, Obispo de Barcelona. Barcelooa,1857, pag. 73,75.

(2) Vers lesquelles ils s'enfuirent avec une vitesse qui justifia dans la bouche de leur grand ennemi Muza cet éloge quelque peu ambigu : t Dijo, son leones en sus castillos , aguilas en sus caballos, y mugeres en sus escuadrones de a pié; pero si ren la ocasion la sabien aprovechar, y cuando, quedan vencidos son cabras en escapar à los montes, que non ven la tierza que pisan. » Conde, Hist. de la dominacion de los Arabes, pag. 30.

(3) Prescott, Hist. of Ferdinand and Isabella, 1. 1, pag. xxxvm,287. Lafuente {Hist. . de Espaila, t. III, pag. 363) désigne l'époque assez peu distinctement : «Basta el Dnero.»

Comparez Florez, Memorias de las Reynas Catholieas. Madrid, in-4*, 1764, 1. 1, pag. 68.

(4) On trouve un récit très animé de la prise de cette ville dans Mariana, Hist. de

faire. Au sud, la lutte revêtit les caractères les plus sanglants; elle se prolongea avec tant d'obstination, que ce ne fut pas avant la prise de Malaga, en 1487, et de Grenade, en 1493, qne l'empire chrétien fut rétabli et que la vieille monarchie espagnole remonta définitivement sur le trône (1).

Ces événements eurent sur le caractère espagnol une influence remarquable. Pendant huit siècles successifs tout le pays fut engagé dans une croisade religieuse, et pendant que d'autres pays n'eurent que des guerres saintes qu'accidentellement, l'Espagne les conserva et les prolongea pendant plus de vingt générations (2), car il ne s'agissait pas seulement pour elle de reprendre un territoire, mais de rétablir une croyance et il arriva que les interprètes de cette croyance prirent une position élevée importante. Dans le camp et dans

Espafla, t. II, pag. 506-513. Après lui Ortîz (Compendio de la historia, t. III, pag. 156) et Lafaente (Hist. gênerai, t. IV, pag. 236-242) paraissent mous. On trouve le point de vue mahométan, le premier coup décisif porté contre leur cause, dans Conde, Hist. de la domination de los Arabes, pag. 347 : « Asi se perdiô aquella inclita ciudad , y acabô el reino de Toledo con grave perdida del Islam. ■ Le poiot de vue chrétien est que « concedié Dios al Rey la conquista de aquella capital. » Florez, Reynas Catholicas, 1. 1, pag. 165.

(1) Circoort, Hist. des Arabes, t. 1, pag. 313, 349; Conde, Domination de los Arabes, pag. 656, 664; Ortiz, Compendio, t. V, pag. 509, 561; Lafuente, Historia, t. IX, pag. 341, 399.

(2) t According to the magnifîcent style of the Spanish historians , eight centuries of almost uninterrupted warfare elapsed , and tbree thousand seven hundred battles were fought, before the last of the Moorish kingdoms in Spain submitted to tbe Christian arma. > Robertson, Charles V, par Prescott. Lond., 1857, pag. 65. « En nuestra mismaEspana, en Léon y Castilla, en esta nueva Tierra Santa, doode se sostenia una cruzada perpétua y constante contra los infieles, donde se mantenia en todo su fervor el espiritu à la vez religioso y guerrera. * Lafuente, Hist. de Espana, t. V, pag. 293. « Era Espana theatro de una continua guerra contra los enemigos de la Fe. » Florez, Reynas Catholieas, 1. 1, pag. 226. t El glorioso empeno de exterminar à los enemigos de la Fe. » Pag. 453. « Esta guerra sagrada. > T. II, pag. 800. « Se armaron nuestros Reyes Catholicos, con zelo y animo alentada del cielo; y como la causa era de Religion para ensanchar los Dominios de la Fe, sacrifîcaron todas las fuerzas del Reyno, y sus mismas personas. a Pag. 801. Ce qu'on appelait les indulgences de la croisade étaient accordées « aux Espagnols qui combattraient contre les Mores. > Fleury, Hist. ecclésiastique, t. XVIII, pag. m; t. XIX, pag. 158, 458 ; t. XXI, pag. 171.

la chambre du conseil, la voix des ecclésiastique» était entendue et obéie, car comme la guerre avait pour but la propagation du christianisme, il semblait juste que les ministres qu'elle intéressait surtout y jouassent un rôle considéra* Me (1). De plus le danger qui menaçait le pays était imminent, il surexcita les sentiments superstitieux que tout danger éveille, et auquel, comme je l'ai démontré ailleurs (2), les civilisations tropicales durent quelques-unes de leurs particularités principales. A peine les chrétiens espagnols eurent-ils été chassés de leurs maisons et se furént-ils réfugiés dans le Nord, que ce grand principe fyt mis à l'œuvre. Dans leur retraite au milieu des montagnes, ils conservaient un coffre de reliques de saints; ils croyaient devoir être leur sauvegarde (3). Ce coffre était pour eux comme un étendard national autour duquel ils se ralliaient, et à l'aide duquel ils remportaient de miraculeuses victoires sur leurs ennemis infidèles. Ils se disaient les soldats de la croix, aussi leur esprit prit-il l'habitude des considérations surnaturelles à un degré que nous avons de la peine à comprendre, et qui les distingua sous ce rapport de toute autre nation européenne (4). Leurs jeunes gens avaient des visions, leurs

(1) t En aqoellos tiempos (y doro hasta todo el siglo XV y toma de Grenada) erao los obispos los primeros capitanes de los exercitos. » Ortiz, Compendio, t. III, pag. 189. Los prelados habian sido siempre los primeros no solo en promover la guerra contra Mores, sino à presentarse en campana con todo sn poder y esfnerzo , animando à los demas con las palabras y el exemplo. » T. V, pag. 507, 508.

(2) Hist. of Civilization, t. 1, pag. 110418.

(3) c Les chrétiens avaient apporté dans les Asturies une arche on coffre plein de reliques

qu'ils regardèrent depuis comme la sauvegarde de leur État. » « Elle fut emportée

et mise enfin à Oviedo, comme le lieu le plus sûr, l'ère 773, l'an 775. » Fleury, Hist. ecclésiastique, t. IX, pag. 190. Cette « arca llena de reliquias > fut emportée dans les Asturies en 714. Mariana, Hist. de Esparla, t. II, pag. 227. Et suivant Ortiz {Compendio, t. H, pag. 182), ce fut i un tesoro inestimable de sagradas reliquias. t Voyez aussi Gedde, Tracts conceming Spain, t. II, pag. 237. Lond., 1730, et Ford, Spain, 1847, pag. 388.

(4) c But no people ever fait themselves to be so absolutely soldiers of the cross as the

vieillards avaient des rêves (1). D'étranges avertissements leurs descendaient du ciel ; de mystérieux présages leur apparaissaient à la veille de la bataille et Ton remarquait que toutes les fois qu'un mahométan violait la tombe d'un saint chrétien, il en sortait le tonnerre et des éclairs pour repousser l'incrédule et au besoin pour châtier son audacieux sacrilège (2), Dans un tel état de choses le clergé ne pouvait manquer

Spaniards did, from the time of their Moorish wars; do people ever trusted so constantly to the récurrence of miracles in the affairs of their daily life; and therefore no people ever talked of Divine thingsas of matters in their nature so familiar and common-place. Traces of this state of feeling and character are to be fonnd in Spanish literature on ail sides. » Ticknor, Hist. of Spanish Literature, t. II, pag. 333. Comparez Bouterwek,/ft«t. of Spanish Literature, 1. 1, pag. 106, 106, et le récit de la bataille de Navas dans Circourt, Hist. des Arabes d'Espagne, 1. 1, pag. 153 : « On vonlait trouver partout des miracles. » Quelques-uns de ces miracles les plus frappants se trouvent dans Laf uente, Hist. de Espqna, t. V, pag. 227; Mariana, Hist. de Espana, 1. 11, pag. 378, 395; t. III, pag. 338, et Ortiz Compendio, t. III, pag. 248 ; t. IV, pag. 22.

(1) L'un des plus curieux de ces rêves prophétiques est conservé dans Conde, Dominadon de los Arabes, pag. 378, 379, ainsi que la façon dont ils furent interprétés. Ils se réalisèrent pour la plupart. En 844 : * El Apostol Santiago, segun que lo prometiera al Rey,fué visto en un caballo blanco, y con una bandera blanca y en medio délia una cruz roxa, que capitaneaba nuestra gente. a Mariana, Hist. de Espaûa, t. II, pag. 310, 311. En 957 : « £1 Apostol Santiago fué visto entre las hacas dar la Victoria à los fieles. » Pag. 382. En 1236 : c Publicôse por cierto que San Jorge ayudô à los Christianos, y que se hallô en la pelea. ■ T. III, pag 323. Sur les rêves qui couvraient ces apparences, voyez Mariana, t. II, pag. 309, 446 ; t. III, pag. 15, 106.

(2) « Priests mingle in the council and the camp, and, arrayed in their sacerdotal robes, not unfrequently led the armies to battle. They interpreted the will of Heaven as mysteriously revealed in dreams and visions. Miracles were a familiar occurrence. The violated tombs of the saints sentforth thunders and lightnings to consume the invaders. » Prescott, Hist. of Ferdinand and Isabella, 1. 1, pag. xxxix. Au milieu du neuvième siècle eut lieu le fait suivant : «En lo mas cruel de lostormentos (auxquels les chrétiens furent exposés) subiô Abderramen un dia à las azuteas ô galerias de su Palacio. Descubriô desde alli los cuerpos de los Santos martirizados en los patibulos y atravesados con los palos, mandé los quemasen todos para que no quedase reliquia. Cumpliôse luego la ôrden : pero aquel impio probô bien presto los rigores de la venganza divina que volvia por la sangre derramada de sus Santos. lmprovisamente se le pegô la lengua al paladar y fauces; cerrôsele la boca, y no pudo pronunciar una palabra , ni dar un gemido. Conduxeronle sus criados â la cama, mnriô aquella misma noche, y antes de apagarse las hogneras en que ardian los santos cuerpos, entrô la infeliz aima de Abderramen en los eternos fuegos de! inlierno. * Ortiz, Corapendio, t. III, pag. 52.

d'étendre son influence, ou plutôt disons que le cours des événements retendit pour lui. Les chrétiens espagnols enfermés pendant un laps de temps considérable dans leurs montagnes des Asturies , privés de leurs anciennes ressources , dégénérèrent bien vite et perdirent jusqu'à la pauvre civilisation qu'ils avaient acquise. Dépouillés de toutes leurs richesses, confinés dans les limites d'une région comparativement aride, ils retombèrent dans la barbarie et pendant cent ans au moins ils vécurent sans arts, sans commerce et sans littérature (1). Plus leur ignorance allait croissant, plus la superstition augmentait, et plus celle-ci à son tour fortifiait l'autorité des prêtres. Ce qui advint fut donc tout naturel : l'invasion mahométane appauvrit les chrétiens; la pauvreté engendra l'ignorance; l'ignorance engendra la crédulité, et la crédulité, en enlevant aux hommes la faculté et le désir de comprendre par eux-mêmes, engendra l'esprit de vénération, et confirma ces habitudes de soumission et cette obéissance aveugle envers l'Église qui est, malheureusement, le trait particulier et dominant de l'histoire des Espagnols.

De ce que nous venons de dire, il faut conclure donc que l'invasion mahométane fortifia les sentiments religieux du

(1> Circourt {Hist. des Arabes, t. 1, pag. 5) dît : « Les chrétiens qui ne voulurent pas se soumettre forent rejetés dans les incultes ravins des Pyrénées, où ils parent se maintenir comme les bêtes fanves se maintiennent dans les forêts. ■ Le récit le plus curieux sur l'état des chrétiens espagnols dans la dernière partie du huitième siècle et dans la première partie du neuvième se trouve dans Conde, Hist. de la domination, pag. 95, 125. « Referian de estos pueblos de Galicia que son cristianos, y de los mas bravos de Afranc; pero que viven como fieras, que nunca lavan sus cuerpos ni vestidos , que no se los madan, y los Uevan puestos hasta que se los caen despedazados en andrajos, que entran unos en las casas

de otros sin pedir licencia. » En A. D. 815 : t No habia gnerra sino contra cristianos

por mantener frontera, y no con deseo de ampliar y extender los limites del reino, ni por esperanza de sacar grandes riquezas, por ser los cristianos gente pobre de montana, sin saber nada de comercio ni de buenas artes. »

peuple espagnol de trois manières : d'abord, en provoquant une guerre religieuse, longue et obstinée; en maintenant la présence constante de dangers imminents, et enfin par la pauvreté, et par conséquent par l'ignorance qu'elle amena parmi les chrétiens.

Ces événements qu'avaient devancés la grande guerre de Tarianisme, avec leur cortège de phénomènes physiques dont j'ai déjà indiqué la tendance dans la même direction: pour les rendre plus frappants encore, produisirent un tel effet, en se combinant avec les facultés énergiques du peuple; qu'en Espagne l'élément théologique ne fut bientôt plus seulement unedes parties du caractère national, mais qu'il devint le caractère même. Les rois d'Espagne les plus capables et les plus ambitieux se virent contrainte de suivre le sillon tracé, et les despotes succombèrent sous4a pression des opinions reçue» tout. en se faisant l'illusion qu'ils le» dirigeaient. La guérie contre Grenade, sur la fin du quinzième siècle, fut bien 1 plutôt une guerre religieuse qu'une guerre politique, et le but d'Isabelle, qui fit les plus grands sacrifices pourla mener à bonne fin et qui, comme capacité et comme loyauté, était bien supérieure à Ferdinand, fut moins l'acquisition d'une partie de territoire que la propagation de la foi catholique (1). Les événements qui suivirent sont faits pour dissiper tous les

(1) « Isahella may be regardai as the soûl of Uns war. She engaged in it with the mos exalted views, le*s to acquire lerritory than to reestablish the empire of the Cross over the ancien t domain of christeodom.» Prescott, iftat. of Ferdinand and IsabeUa, t. I,pag.3W. Comparez Fleury (HisL ecclésiastique, t. XXIII, pag. 583) : t Bannir de tonte l'Europe la secte de Mahomet, » et Circourt (HisL des Arabes d'Espagne, t. II, pag. 99, 109) : «Pour elle une seule chose afait de l'importance : extirper de ses royaumes le nom et la secte de

Mahomet. • « Sa rie fut presque exclusivement consacrée à faire triompher la croix

sur le croissant.» Mariana (HisL de Espana, t. V, pag, 51,52) fait un grand éloge de son caractère qui, nous nous plaisons à le reconnaître, était parfait au point de vue espagnol. Voyez aussi Florez, Reynas Catholicas, t. II, pag. 774, 778, 8».

doutes qu'on pourrait conserver sur l'objet de la querelle; car à peine la guerre était-elle terminée, que Ferdinand et Isabelle rendirent un décret qui expulsait du pays tout juif qui se refusait à renier sa foi, afin que le sol de l'Espagne ne fût plus souillé par la présence des incrédules (1). Faire des juifs des chrétiens, ou si l'on n'y réussissait les exterminer, tel était l'office de l'inquisition qui fut établie sous ce même règne, et qui, à la fin du quinzième siècle, était en pleine activité (2). Pendant le seizième siècle, le trône fut

(1) « En Espaça los Reyes Don Fernando y Dona lsabel luego que se viôron desembarazados de la guerra de los Moros, acordâron de echar de todo su reyno à los Judios. > Mariana* Hist. de Espana, t. VI, pag. 303. Un historien espagnol, écrivant, il n'y a pas tout à lait soixante et dix ans, exprimait son approbation dans les termes suivants : « Arraacado de nnestra peninsnla el imperio Mahometano, qnedaba todavia la secta Jndayca, peste acaso mas perniciosa, y sin dnda mas peligrosay extendida, por estar los Judios establecidos en todos los pneblos de ella. Pero los Catolieos Monarcas, cnyo mayor afan era degarraigar de sus reynos toda planta y raiz infecta y contraria â la fé de Jesu-Cristo, dieron decreto en Qranada dia 30 de Marzo del ano nrismo de 14îtë, mandando saliasen de sus dominios los Judios que no se bantizasen dentro -de 4 meses. » Ortiz, Compendio. Madrid, 4798, t. V, pag. 564. L'importance qu'il y a à connaître le jngement que portent les Espagnols sur ces événements et d'autres semblables me décide à transcrire tout au long leurs propres expressions, ce qui dans d'antres circonstances pourrait paraître superflu. En général les historiens s'attachent trop aux transactions publiques et pas assez aux opinions qu'elles soulèvent. Cependant, en fait, les opinions forment la partie la plus précieuse de l'histoire, car elles sont le résultat des causes .générales, tandis que les actes politiques sont souvent les particularités de puissantes individualités. Je ne pais au juste déterminer le nombre des juifs chassés. .L'estimation varie de 160,000 à 800,000. PrescoU, Hist. of Fordincmdund IsabeUa, t. II, pag. 148; Mariana, Hist. de Espana^t. VI, pag. 304; Ortiz, Compendio* t. V, pag. 564; Lafuente, Hist. de Espana, t. IX, pag. U% 413; Llorente, Hist. de l'inquisition. Paris, 1817, 1. 1, pag. 261 ; Mata, Dos Discursos. Madrid, 1794, pag. 64, 65; Castro, Decadencia de Espana. Cadiz, 1852, pag. 19.

(2) Elle avait été introduite en Aragon en 1241 Mais suivant M. Tapia, • sin embargo la persecncion se limité entonces à la secta de los albigenses ; y como de ellos hubo tan pocos en Castilla,no se considéré sin duda necèsario en ellael establecimiento de aquel tribunal.» Tapia, Hist. de la civilizacion Espailola. Madrid, 1840, t. II, pag. 302. Llorente, il est vrai, dit {Hist. de l'inquisition d'Espagne. Paris, 1817, 1. 1, pag. 88) : «Il est incertain si au commencement du xv* siècle l'inquisition existait en Castille. >Dans le nouvel ouvrage de M. Lafuente, 1232 est indiqué comme la date la çlus récente ; mais « â fines del sigles XI V y principios del XV apenas puede saberse si existia » le tribunal de l'inquisition en Castille. * Lafuente, Hist. de Espafla, t. IX, pag. 904-206. Madrid, 1852. C'est donc avec toute saison que Mariana (HisUrria, t. VI, pag. 171) appelle l'inquisition de Ferdinand et dlsa-

occupé par deux princes d'un grand esprit et tous les deux marchèrent dans la même voie. Charles-Quint, qui succéda à Ferdinand en 1516, gouverna l'Espagne pendant quarante ans, et le caractère général de son administration fut le même que celui de ses prédécesseurs. Quant à sa politique étrangère, ses trois principales guerres furent contre la France, contre les princes allemands et contre la Turquie. La première fut une guerre séculière, mais les deux dernières furent essentiellement religieuses. Dans la guerre contre l'Allemagne, il défendit l'Église contre les innovations; et à la bataille de Muhlberg, il réduisit si complètement les princes protestants, qu'il retarda pendant quelque temps les progrès de la réforme (1). Dans l'autre grande guerre, champion du christianisme contre le mahométisme, il consomma ce que son grand-père avait commencé. Charles défit et chassa les mahométans de l'Est, de la même manière que Ferdinand les avait chassés de l'Ouest : la défaite des Turcs devant Vienne fut, au seizième siècle, ce que la défaite des Arabes devant Grenade avait été au quinzième (2). Ce fut donc avec raison qu'à la fin de sa carrière Charles se vantait d'avoir toujours préféré sa foi à son pays, et que le but principal de son ambition avait été de soutenir les intérêts du christianisme (3). Le zèle avec lequel il com-

belle t un nuevo y santo tribunal. » Voyez aussi Florez, Membrias de las Reynas Cathôlicas, t. II, pag. 799.

(1) Prescott, Hist. of Philip II, t. 1, pag. 23. Lond., 1857; Davies, Hist. ofHoUand, t. I, pag. 447. Lond., 1841. Sur le caractère religieux de la politique allemande, comparez Mariana, Hist. de Espana, t. VII, pag. 330; Ortiz, Comp&ndio, t. VI, pag. 195.

(2) Prescott, Philip II, 1. 1, pag. 3, et la suite de Y Hist. ecclésiastique de Fleury, t. XXVII , pag. 280. Robertson est porté à déprécier la grandeur de ce fait, quoiqu'il loue Charles-Quint d'avoir terminé la guerre. Hist. of Charles V, pag. 246.

(3) Dans le discours qu'il fit lors de son abdication, il est dit que « ne had been ever mindful of the interests of the dear laud of his birth, but above ail of the great interests of

battit pour la foi apparaît dans ses efforts contre l'hérésie dans les Pays-Bas. D'après des autorités contemporaines, très compétentes, cinquante à cent mille personnes furent mises à mort sous son règne dans la Néerlande pour leurs opinions religieuses (1). Des recherches plus récentes ont fait douter de ces faits (2), que l'on a sans doute exagérés; mais nous savons qu'entre 1520 et 1550, il publia une série de lois qui avaient pour but de faire décapiter, brûler vifs ou enterrer vivants tous ceux qui étaient convaincus d'hérésie. Les pénalités étaient variées et s'appliquaient selon les cas ; mais on était tenu de prononcer la peine capitale contre tout individu qui avait acheté un livre entaché d'hérésie, contre celui qui l'avait vendu ou qui l'avait seulement copié pour son usage particulier (3). Le dernier conseil qu'il adressa à son fils fut en harmonie avec ces mesures. Quelques jours seulement avant sa mort, il signa un codicile à son testament portant qu'il recommandait de ne point faire grâce aux hérétiques, de les mettre tous à mort, et de veiller au maintien de la sainte inquisition, seule capable d'accomplir une œuvre aussi louable (4).

christianity. His first object had been to maintain thèse inviolate against the infidel. » Prescott, Philip II, t. 1, pag. 8. Minana fait l'éloge de t el César con piadoso y noble ânimo exponia sa vida à los peligros para extender los limites del imperio chrisliano. » Continuacion de Mariana, t. VIII, pag. 952. Comparez avec la suite de YHist. ecclésiastique de Fleury, t. XXXI, pag. 19.

(1) Grotias dit 100,000, Bor, Meteren et Paul disent 50,000. Watson, HisL of Philip II. Lond., 1839, pag. 45, 51 ; Davies, HisL ofHolland. Lond., 1841, 1. 1, pag. 498, 499; Motley, Dutch Republic. Lond., 1858, 1. 1, pag. 103, 104.

(2) M. Prescott, si ma mémoire ne me trompe pas, le met en doute. Mais l'opinion de l'éminent historien doit perdre de sa valeur, parce qu'il ignore la littérature hollandaise où il faut aller chercher ses preuves. Sur ce point comme sur beaucoup d'antres, l'estimable ouvrage de M. Motley laisse peu à désirer.

(3) Prescott, Philip II, 1. 1, pag. 196, 197. Les premières personnes furent brûlées en 1523. Motley, Dutch Republic, 1. 1, pag. t>9. On trouve la description de la manière de brûler vif dans Davies, HisL ofHolland, 1. 1, pag. 383; t II, pag. 311, 312.

(4) Il mourut le 21 septembre, et le 9 il avait signé un codicile dans lequel il t enjoigned

II ne faut pas attribuer cette politique barbare aux vices ou au tempérament particulier du maître, mais à l'action combinée de causes plus larges qui réagirent sur l'individu et l'entrainèrent dans leur course. Charles n'était point un homme vindicatif; sa nature le portait plutôt à la clémence qu'à la rigueur ; nul ne peut mettre en doute sa sincérité : il fit ce qu'il croyait être son devoir; et il fut un ami si tendre, que ceux qui le connurent le mieux furent ceux qui l'aimèrent le mieux (1); cependant cela ne suffit pas à lui

hisson tofollowupand to bring to justice everyheretic in his dominions, and his without exception and without favour, or mercy to any one. He conjnred Philip to cherish the holy inquisition as the best means of accomplishing this good work. » Prescott, Additions to Robertson's Charles Y, pag. 576. Voyez anssi ses instructions à Philippe dans Raumer, Mit. of the Sixteenth and Seventeenêh Centuries, 1. 1, pag. 91, et, pour son opinion sur l'inquisition, voyez sa conversation avec air Thomas Wyatt, imprimée d'après les papiers de l'État dans Fronde, His t. ofEngland, t. ITT, pag. 456. Lond., 1858. On pourrait croire à de la déclamation, mais dans Tapia (Civiiisacion Espatiota. Madrid, 1646, i. Ul, pag. 76, 77), on trouvera une lettre officielle très ferme dans laquelle Charles n'hésite pas à dire : « La Santa Inquisicion como officïo santo'y pnesto por los reyes cathôlicos nnestros Sefiores y abuelos à honra de Oios nuestro Senor y de nuestra santa fé cathôlica, teogo firme é entranablemente asentado y fijado en mi coraxon, para la mandar favorecer y honrar, como principe justo y temeroso de Dios es obligado y debe hacer. » — Le codicile de Charles existe encore ou du moins il existait il y a peu de temps au milieu des archives de Simancas. Ford, Spain, 1847, pag. 334. Dans le grand ouvrage de M. Lafuente, Hist. de Espana, t. XII, pag. 494, 495. Madrid, 1853, on y renvoie dans un langage qui en plus d'un sens est parfaitement espagnol : » Su testamento y codicilo respiran las ideas cristianas y

religiosa8 en que habia vivido y la piedad que sefîalô su muerte. » « Es muy de

notar su primera clàusnla (c'est à dire le codicile) por la cual déjà muy encarecidamente recomendado al rny Don Felipe que use de todo rigor en el castigo de los hereges lutepaoos

que habian sido presos y se hubieren de prender en Espana. » « Sin escepcion do

persona alguna, ni admîtir ruegos, ni tener respeto à persona alguna ; porqne para al eftcto de ello favoresca y mande favorecer al Santo Officio de la Inquisicion, » etc.

(1) On pent accuser le témoignage d'un compatriote de partialité, mais d'un autre côté, Raumer, dans son excellent ouvrage HiU. ofthe Sixteenth and Seventeenth Centuries , 1. 1 , pag. 22, fait observer avec raison que l'on a mal apprécié son caractère, * by reason that historiane hâve availed themselves by préférence of the inimical narratives of Urench sud protestant irritées. > Pour me tenir entre ces deux extrêmes, je vais transcrire le résumo du règne de Charles V tel qu'il est donné par un savant écrivain exempt de tout préjugé : • Tortoouaas iras sometimes the policy of the emperor, he ne ver, like Francis, acted nith treacbery ; his mind had too much of native grandeur for such baseness. Sincère in religion and friendship, faithful to his vrord, dément beyond example, libéral towards his servants, indefatigable in his régal duties, anxious for the welfare of his subjecls,and gênerai ly

DE LA CIVILISATION EN ANGLETERRE. 2f>

tonner une opinion. Il fut obligé tl'obéir aux tendances du siècle et du pays dans lesquels il vécut, et la nature de nés tendances devint plus évidente encore après sa mort, quand sur le trône d'Espagne, on vit se maintenir pendant plus de quarante ans un prince qui y était monté à la fleur de l'âge, ; par droit d'héritage, et dont le règne est surtout intéressant comme symptôme et comme conséquence du caractère du ,penple qu'il gouverna,

Philippe II qui succéda à Charles- Quint, enl555, fut, on peut le dire, rincarnation de son époque. Le plus éminent de ses Jbio^graj)hes se borne à dire de lui qu'il fut Je type le plus ^parfait du caractère national de son pays {l). Sa maxime favorite, la clef de toute sa politique, était que « il vaut mieux ne pas régner, que régner sur des hérétiques (2). » Armé du pouvoir suprême, il employa toutes ses facultés à faire de cette maxime un principe. Aussitôt qu'il apprit que les protestants se faisaient des prosélytes en Espagne, il n'eut plus de repos qu'il n'eût étouffé l'hérésie (3), et il fut si admirablement secondé par le sentiment général du peuple, qu'il put, sans courir aucun risque pour lui-même, supprimer des opinions qui ébranlèrent toutes les autres parties de

JMameless in privât» lire, his character will not suffer by a comparison with that ofany jnonarch of his Urnes. » Dunham, His t. of Spain, t. V, pag. M. < La clémence était Je fond .de son caractère. > Pag. 30.

(1) ■ The Spaniards, as he grew in years , beheld, with pride and satisfaction , in their future sovereign, the most perfect type of the national character. > Prescott, Hist. of Philip II, 1. 1, pag. 39. Et aussi dans Motley, Dutch Republic, 1. 1, pag. 128 : « He vas entirely a Spaniard, > et dans Lafueate, ffisi. de Espana, 1. 1, pag. 155 : « Pero el reinado de Felipe fné todo Espanol. >

(2) Prescott, Philip II, t. 1, pag. 68, 210; t. II, pag. 26; Watson, Philip II, pag. 55. Comparez Flenry , Mist.. ecclésiastique, t. XXXIV, pag. 273.

(3) t Gomo era tan xeloso en la extirpation de la heregia, nno de sus primeros cnidados fné el castigo de los Lnteranos ; y à presencia suya, se execntô en Valladolid,el diaocho de

.Octobre, el suplicio de mnchos reos de .este de)ito.»Minana, Continuation de Mariana, t. IX, pag. 212.

l'Europe. La réforme, en Espagne, mourut; après quelques efforts, il ne fallut pas plus de dix ans pour que le dernier vestige en eût disparu (1). Les Hollandais voulurent adopter et ils adoptèrent en effet, en maintes circonstances, la doctrine réformée; aussi Philippe leur fit-il la guerre, une guerre cruelle qui dura trente ans et qu'il continua jusqu'à sa mort, parce qu'il s'était juré d'extirper la nouvelle croyance (2). Il donna l'ordre de brûler vif tout hérétique qui refuserait d'abjurer. Si l'hérétique abjurait , il lui était accordé quelque indulgence; mais il avait été souillé, il devait mourir. Au lieu d'être brûlé vif, il était exécuté voilà tout (3). Nous ne savons pas au juste le nombre de ceux qui moururent dans les Pays-Bas (4). Mais Albe se

(1) « The contest with Protestantism in Spain, under such auspices, was short. It began in earnest and in blood about 1559, and was substantially ended in 1570. » Ticknor, Hist. ofSpanish Literature, t. 1, pag. 425. Voyei aussi M'Oie, Hist. ofthe Re formation in Spain, pag. 336, 346. C'est ainsi que « Espana se préservé del contagio. Hizolo con las armas Carlos V, y con las hogueras los inquisidores. Espana se aislô del movimiento europeo. • Lafuente, Hist. de Espana, 1. 1, pag. 144. Madrid, 1850. M. Lafuente ajoute que dans son opinion toute la chrétienté est sur le point d'imiter le bon exemple donné par l'Espagne en rejetant le protestantisme : «Si no nos equivocamos,en nuestra misma edad se notan slalomas de ir manchando este problema hàcia su résolution. El catolicismo gana prosélitos ; los protestantes de hoy no son lo que antes fueron, y creemos que la unidad catôlica se realizarà.»

(2) « Avant l'arrivée d'Albe, « Philip's commands to Margaret were imperatire, to use her utmost efforts to extirpate the heretics.» Davies,/fis£. ofHolland, t. I, pag. 551. Et en 1563, il écrivait : « The example and calamities of France prove how wholesome it is to punish heretics with rigour. » Raumer, Hist. of the Sixteenth and Seventeenth Centuries, 1. 1, pag. 171. Les Espagnols estimaient que les Hollandais étaient coupables d'un double crime comme rebelles envers Dieu et le roi : « Rebeldes à Dios por la heregia y â su Principe à quien debian obedecer. » Mariaca, Hist. de Espana, t. VII, pag. 410. « Tratarian de secreto de quitar la obediencia à Dios y à su Principe. > Vanderhammen, Don Filipe el Prudente Secundo deste Nombre. Madrid, 1632, pag. 44, rev. Ou, comme le dit Minana, Philippe « ténia los mismos enemigos que Dios. » Continuacion de Mariana, t. X, pag. 139.

(3) Motley, Duteh Republic, 1. 1, pag. 229 ; Watson, Philip II, t. II, pag. 31, 52, 177.

(4) M. Motley, à la date de 1566, dit : « The prince of Orange estimated that up to this period fifty thousand persons in the provinces had been put to death in obédience to the edicts. He was a moderate man and accustomed to weigh his words. > Motley, DutcK /tepuWtc,t.I,pag.424,425.

vantait avec orgueil d'avoir mis à mort de sang-froid plus de dix-huit mille personnes sans compter un bien plus grand nombre tuées sur le champ de bataille (1). Ce qui porterait le nombre des victimes pendant la courte durée de son pouvoir à plus de quarante mille. Ce calcul ne peut guère être loin de la vérité, puisque nous savons d'après d'autres sources que dans l'espace de moins d'un an, plus de dix-huit mille furent exécutées ou brûlées (2). Ces mesures étaient dues à Philippe qui les avait ordonnées comme parties essentielles de son plan général (3). Le désir dominant de son esprit, auquel il sacrifiait toute autre considération, c'était de réduire à néant la nouvelle croyance et de replacer la vieille foi dans son ancienne splendeur. Son immense ambition, son amour desordonné du pouvoir suprême ne venaient qu'en second. Il ambitionna l'empire de l'Europe parce qu'il eut l'immense désir d'y rétablir sans conteste l'autorité de l'Église (4), Toute sa politique, toutes

(i) Watson, Philip ll 3 pag. 248, 249. Tapia {Civilisation Espanola, t. III, pag. 95 ) dit : « Quito la vida à mas de diez y ocbo mil protestantes con di versos géneros de saplicios. » Comparez Motley, Dutch Republic , t. II, pag. 423, et Davies, Hist. of Rolland, 1. 1, pag. 608.

(2) Davies, Hist. of Holland, 1. 1, pag. 567. Vanderhammen (DonFilipe el Prudente. Madrid, 1632, pag. 52, rev.) certifie avec bonheur que « muriessen mil y setecientas persouas eu pocos dias con fuego cordel y cuchillo en diversos lugares. >

(3) c El Duque de Àlba, obrando en conformidad â las instrncciones de su soberano, y apoyado en la aprobacion que merecian al rey todas sus medidas. > Lafuente , Hist. de Espafla, t. XIII, pag. 221.

(4) « lt was to restore the Gatholic Church that ne desired to obtain the empire of Europe. > Davies, Hist. of Holland, t. II, pag. 329. « El protesté siempre c que sus desinios en la guerra, y sus exercitos no se encaminauan à otra cosa, que el ensalçamienlo de la Religion Christiana. » Vanderhammen, DonFilipe el Prudente, pag. 125. tElque aspiraba à someter todas las naciones de la tierra à su credo religioso. » Lafuente, Hist. de Espaça, t. XV, pag. 203. L'évêque de Salamanque, en 1563, se vantait ouvertement de ce ■ que son roi ne s'étoit marié avec la reine d'Angleterre que pour ramener cette isle à l'obéissance de l'Église. » Continuation de Fleury, Hist. ecclésiastique, t. XXXIII, pag. 331. Comparez Ortiz, Compendio, t. VI, pag. 204. < Este casamiento no debiô de tener otras miras que el de la religion. >

3fi HISTOIBE

ses guerres tendirent vers oe tbnl antique. Peu après eon avènement au trône il conclut avec le pape un traité ignominieux afin qu'on ne put l'accuser de porter les armes contre Je chef du monde chrétien (1) et sa dernière grande entreprise, la plus importante de toutes sous bien des rapports, fut d'équiper, au prix de sacrifices incroyables d'argent, ;eefcte fameuse armada avec laquelle il espérait abaisser l'Angleterre et couper dans sa racine l'hérésie de l'Europe en -enlevant aux protestants leur principal soutien et le se»! asile où ils fussent certains de trouver un refuge sûr et honorable (2).

Pendant que Philippe marchait sur les traces de ses prédécesseurs en prodiguant Je sang et le trésor de l'Espagne, afin de propager les saines opinions religieuses (3), le

(i) Sut *ce traité, le seul traité humiliant qu'il ait jamais conclu, voyez Prescott, Philip II, t. J, pag. 404. Son dernier conseil à son fils en montant fut « Siempre ^stareis en la obediencia de la Santa Iglesia Romaoa, y del Sumo pontifice, teniendole por Tuestro Padre espiritual. • Davila, Hist. de la Vida de Felipe Tercero. Madrid ,1771, io-fol., Jib. i, pag. .29. Suivant un autre écrivain, « la nltima palabra que le salie con el eepiritu, lue : « Yo muero eomo Catôlico Ghristiano en la Fe y obediencia de la Iglesia Romana, -y respeto al Papa, como à quien trae en sus manos las lianes del Ciel o,como i Principe de la Iglesia, y Teniente de Dios sobre el imperio de las aimas. > Vanderhammen, DonFiHpe el Prudente , pag. 12*.

(2) Elisabeth, réunissant les trois terribles qualités de l'hérésie, du pouvoir et du talent, était en horreur aux Espagnols àun degré incroyable, et il n'y eut jamais d'entreprise pins vraiment nationale que l'équipement de l'armada contre elle. Un ou deux -passages d'un «rave historien feront ressortir les sentiments qu'elle inspirait même après sa mort et aideront le lecteur i former son opinion sur l'esprit espagnol à cette époque : «J sa bel, ô Jexabel, Reyna de Inglaterra, heretica C al vin is ta, y la mayor perseguidora que ha tenido la saagre de Jesu-Christo y los bijos de la Iglesia. * Davila, Hist. de Felipe Tercero, pag. 74. * Los sueesos de fuera causaron admiracion ; y el mayor y muy esperado de toda la Ghristiandad foe la muerte de Isabela, Reyna de Inglaterra, heretica €alvinista, que hiao su nombre famoso con la infamia de eu vida, y perseguir à la Iglesia, derramando la sandre de los Santos, que defendian la verdadera Religion Gatôlica-, dexando registradas sus maldades en las historias pùblicas del mundo, pasando su aima âcoger el desdichado fruto de su obstinada soberbia en laepenas del Inferno, donde conoco con el castigo perpetoo-el engaao de su vida. » Pag. 88, 64.

(3) Un des écrivains contemporains les plus éminents dit : « It was Philip's enthnsiasm

peuple, au Heu de se révolter contre un système aussi monstrueux 9 y adhérait au contraire et le sanctionnait avec bonheur. Il ne se contenta même pas de le sanctionner, il fit presque un Dieu de l'homme qui l'avait imposé. Jamais peuu&re on ne vit de prince adoré de ses sujets comme te fut Philippe II pendant un aussi long espace de temps et à travers autant de viciésitude» de la fortune. Dans la bonne eomme dans la, mauvaise fortune, le» Espagnols s'attachèrent à' lui avec une fidélité, une loyauté inébranlable. Leur amour n'en fut diminué ni par ses revers, ni par son aspect farouche, ni par ses cruautés ou par ses exactions exorbitantes. En dépit de tout, ils l'aimèrent jusqu'à la fin. Dans son arrogance folle, Philippe ne permettait à aucun, pas même aux nobles les plus puissants, de lui adresser la parole autrement qu'à genoux, et il ne répondait que par demi* mots, laissant à ceux à qui il avait parlé le soin de compléter sa pensée et d'obéir à ses commandements du mieux qu'ils pouvaient (1). Et tous se montraient prêts à obéir à ses moindres désirs. Un contemporain de Philippe frappé des hommages universels dont il fut l'objet, dit que les Espagnols « ne se contentaient pas de l'aimer, de le

t» embody the wiath of God against hereties. » Motley, Dutch Republic, t. II, pag. 15fc « Philip lived bot to enforce what he chose to considnr the wil! of God. » Pag. 285.

(1) < Personne vivante ne partait à loi qu'à genoux, et disoit pour son eicuse à cela cpiflestant petit de corps, chacun eust paru plus eslevé que lui, outre qu'il sçavoit que les Espagnols estoient d'humeur si altiôre et hautaine, qu'il estoit besoin qu'il les traittast de trotte façon ; et peur ce mesme ne se laissoit voir que peu souvent du peuple, n'y mesme des grands, sinon aux jours solennels et action nécessaire en cette façon? Il faisoit ses commandements i demy mot, et falloit que l'on devinast le reste, et que l'on ne manquast à bien accomplir toutes ses intentions; mesmes les gentilshommes de sa chambre et antres, qui approchaient plus près de sa personne n'eussent osé parler devant tuy s'il ne leur eust commandé se tenant un tout seul i la fois près de la porte du lieu oA il estoit, et demeu* ran nud teste incessamment et appuyé contre un tapisserie, pour attendre et recevoir sescommandements. > Mémoires de Cheverny, pag. 352, 353, dans Petitot, Collection des» jnémoireê, t. XXXVI. Paris, 1823.

respecter, mais qu'ils allaient jusqu'à l'adoration. Ils estimaient que ses ordres étaient sacrés; les violer c'était offenser Dieu (1). »

Qu'un homme comme Philippe, qui ne compta jamais un ami, dont toute la personne froide et hautaine repoussait la confiance, maître dur, parent dénaturé, roi sanguinaire et sans pitié, qu'il ait pu être vénéré de toute la nation, au milieu de laquelle il vivait et qui suivait des yeux toutes ses actions, c'est là un des faits les plus étonnants et les plus inexplicables qui à la première vue nous frappe tout d'abord, dans l'histoire moderne. Trouver un roi qui se distingue par toutes les qualités les plus propres à inspirer la terreur et le dégoût et être obligé de reconnaître qu'il fut bien plus aimé que craint et qu'il fut l'idole d'un très grand peuple pendant toute la durée d'un règne très long, c'est là un fait si remarquable, qu'il mérite une étude sérieuse ; aussi est-il nécessaire pour éclaircir un point aussi difficile d'entrer plus avant dans les causes de cet esprit de fidélité qui pendant plusieurs siècles a distingué les Espagnols de la plupart des autres peuples de l'Europe.

(1) Tels sont les mots que rapporte Contarini comme cités dans Rank, Ottoman and Spani8h Empires. Lond., 1843, pag. 33. Sismondi, quoiqu'il ignorât ce passage, fait observer dans sa Literature ofthe South of Europe (t. VII, pag. 273. Lond., 1846) que Philippe, quoiqu'il fût « little entitled to praise, has yet been always regarded with enthnsiasm by the Spaniards. » Environ un demi-siècle après sa mort, sommerdyck visita l'Espagne, et dans son curieux ouvrage sur ce pays il nous apprend que Philippe était appelé « le Saiomon de son siècle. > Aarsens de Sommerdyck, Voyage d'Espagne. Paris, 1665, in-4°, pag. 63, 95. Voyez aussi Yanez, Memorias para la Historia de Felipe 111. Madrid, 1723, pag. 294. < El gran Felipe, aquel Sabio Saiomon. > Un autre écrivain le compare à Numa : « Hacia grandes progresos la piedad, à la quai se dedicaba tanto el Rey Don Felipe, que parecia su reynado en Espana lo que en Roma el de Numa, despues de Rômnlo. » Minana, Continuation de Mariana, t. IX, pag. 241. Quand il mourut, c celebradas sus exêquias entre lagrimas y gemidos. » T. X, pag. 259, 260. Nous apprenons en outre (Vanderhammen, Filipe Segundo. Madrid, 1632, pag. 120, rev.) que le peuple lui reconnaissait c una grandeza adorable, y alguna cosa mas que las ordinarias à los demas nombres. »

L'immense influence du clergé fut incontestablement une première cause. Car les maximes que ce corps puissant inculque dans l'esprit du peuple, l'excitent à accorder à leurs princes un respect plus grand que de lui-même il ne serait porté à accorder. L'on ne peut mettre en doute qu'il n'y ait une connexion réelle et pratique entre la fidélité et la superstition ; c'est un fait consacré par l'histoire que ces deux sentiments ont grandi ensemble et vieilli ensemble, et c'est en vérité ce à quoi Ton doit s'attendre quand on part de bases spéculatives, car ces deux sentiments sont le produit de la vénération qui rendent les hommes humbles dans leur conduite et crédules dans leur foi (1). L'expérience et la raison se réunissent donc pour indiquer ce fait comme une loi générale de l'esprit ; il peut ne pas être respecté dans certains cas exceptionnels, mais il doit l'être le plus souvent. Peut-être le seul cas dans lequel ce principe fait défaut, se présente-t-il quand le gouvernement, comprenant mal ses intérêts, offense le clergé et se sépare de lui. Une lutte s'établit alors entre la superstition et la fidélité au prince; les politiques s'attachent à ce dernier principe, les spiritualistes, au premier. Un pareil état de guerre se présente en Ecosse; mais l'histoire n'en offre pas beaucoup d'exemples et certes il ne se présenta jamais en Espagne où, au contraire, plusieurs circonstances concoururent à cimenter l'union entre la couronne et l'Église, à accoutumer le peuple à les regarder toutes deux avec un même respect, une même vénération.

La plus saillante de ces circonstances fut, sans aucun doute, la grande invasion arabe, qui repoussa les chrétiens

(1) « Habits of révérence, which carried into religion, cause superstition, and of carried into politics, cause despotism. » Buckie, Hist. of Civilisation, 1. 1, pag. 616.

dans un coin de l'Espagne et les réduisit à de telles extrémités, qu'il ne fallut rien de moins que la plus stricte discipline, l'obéissance la plus absolue à leur roi, et la foi en des secours surnaturels, pour leur conserver l'esprit de résistance. Du fond de leurs montagnes, ils se firent un rempart contre l'envahissement du mahométisme qui inspirait une égale horreur à tous les rois chrétiens. Le clergé avait le même intérêt à chasser les mahométans d'Espagne. Pendant plus de huit cents ans, un traité d'alliance entre l'Église et l'État Ait une nécessité imposée aux Espagnols par les particularités de leur position ; et après que la nécessité eut cessé d'être, il arriva tout naturellement que l'association des idées survécut au danger primitif et que l'esprit du peuple en avait reçu une impression qu'il était devenu presque impossible d'effacer.

A l'appui de cette impression et de la fidélité sans exemple qui en fut le résultat, nous trouvons à chaque pas de nouveaux témoignages. Dans aucun autre pays on ne trouve un aussi grand nombre de vieilles balades se rattachant immédiatement à l'histoire nationale. Et l'on a observé que ce qui les caractérise, c'est le zèle avec lequel elles inculquent l'obéissance et la dévotion envers les princes; c'est à cette sevrée plutôt que dans les grandeurs militaires qu'ils puisent leurs exemples favoris de vertu (1). En littérature, la première

(1) « More baltads are connectée with Spanish history than with any other and in gênerai they are better. The most striking peculiarity of the whole mass is, perhaps, to be foand in the degree in which it expresses the national character. Loyalty is constantly prominent. The lord of Butrago sacrifices his own life to save that of bis sovereign, » etc. T&cknor, Hi8t. of Spanish Literature, 1. 1, pag. 133. t In the unplicit obédience of the old spanish knight, the order of the king was paramoont to every considération, even in the case of frienaship and love. This code of obédience has passed into a proverb t mas pesa, el Rey que la sangre. » Ford, Spain, pag. 183. Compares l'admirable petit ouvrage de M. Levés, the Spanis Drama. Lond., 1846, pag. 12Q. c Ballads fall of war, loyalty, and lo?e. »

grande manifestation de l'esprit espagnol fut le poème le Cid, écrit à la fin du douzième siècle et dans lequel nous trouvons de nouvelles preuves de cette fidélité extraordinaire au prince que les circonstances avaient imposée au peuple (1). Les conciles ecclésiastiques nous montrent la même tendance ; car, à quelques exceptions près, aucune autre Église ne s'est montrée aussi ardente à soutenir les prérogatives des roi3 (2). Dans la législation civile, nous voyons à l'œuvre le même principe; car il est reconnu, d'après de hautes autorités, qu'aucun système de lois ne consacre à un aussi haut degré la fidélité au prince que les codes espagnols (3). Leurs auteurs dramatiques mêmes ne

(1) Voyez quelques remarques intéressantes de Fourrage de M. Tapia, Civilisation JBspanada, 1. 1. Il dit que, quoique cruellement persécuté par Alfonso, la première choie que fit le Cid, après avoir remporté une grande victoire, fut d'envoyer son capitaine avec Tordre < para que lleve al rey Alfonso treinta caballos arabes bien ensillados con sendas espadas pendientes de los arsones en senal de homenage, à pesar del agravio que habia recibido. * Pag. 274. Et i la page 380 : • Comedio y obediente sùbdito & un rey que tan mal le habia tratado. > Southey (Chronicle of the Cid, pag. 268) remarque avec surprise que les vieilles chroniques représentent le Cid comme « offering to kiss the feet of the king. »

(2) Le seizième concile de Tolède appelait les rois < vicaires de Dieu et du Christ,» et rien n'est plus fréquent dans les conciles de cette époque que leurs exhortations aux peuples pour l'observation du serment de fidélité à leur roi et leurs anathèmes contre les séditieux. » Sempere, Monarchie espagnole, 1. 1, pag. 41. « Aparté de los asnntos de derecho civil y canonico y de otros varios que dicen relation al gobierno de la Iglesia, sobre los cuales se contienen en todos ellos dispociones mny utiles y acertadas, la mayor parte de las leyes dictadas en estas assembleas tnvieron por objeto dar fuerza y estabilidad al poder real, proclamando su inviolabilidad y estableciendo graves penas contra los infractores ; condenar las heregias, » etc. Antequera, Hist. de la Législation Espaûola, pag. 47.

(3) ■ Loyalty to a superior is carried to a more atrocious lenght by the Spanish law

than I hâve seen it elsewhere. > « The Partidas (P. 2, T. 13, L. 1) speaks of an

old law whereby any man who openly wished to see the King dead, was condemned to death, and the loss of ail that he had. The utmost mercy to be shown him was to spare his Jife and pluck ont his eyes, that he might never see with them what he had desired. To defame the King is declared as great a crime as to kill him , and in like manner to be punished. The utmost mercy that could be allowed was to eut ont the offender's tongue. » (P. 2, T. 13, L. 4). Southey, Chronicle ofthe Cid, pag. 442. Comparez John s ton, Civil Lata ofSpain. Lond., 1825, pag. 209, sur « blasphemers ofthe King. »

représentaient pas volontiers sur la scène un acte de rébellion, tant ils craignaient d'avoir l'air de soutenir ce qui, aux yeux de tout bon Espagnol, est le plus odieux de tous les crimes (1). Le roi sanctifiait tout ce qu'il touchait. Nul ne pouvait monter le cheval qu'avait monté le roi (2). Nul ne pouvait épouser la maîtresse que le roi avait abandonnée (3), Cheval ou maîtresse était également sacré et c'était faire acte d'impiété, pour tout sujet, que d'oser loucher à ce qui avait eu l'honneur d'approcher de l'oint du seigneur. De semblables règles ne s'appliquaient pas aux princes régnants

(1) C'est ainsi que Montai van , poète et dramaturge eminent, né en 1602, « avoided, we are told,representing rébellion on the stage, lest ne should seem to encourage it. » Ticknor, Hist. of Spanish Lileralure, t. Il, pag. 283. Pareil esprit se déploie dans les pièces de Calderon et de Lope de Vega. Sur la t loyauté castillane, » démontrée dans une des comédies de Calderon, voyez Hallam, Liter. of Europe* * édit. Lond., 1843, t. III, pag. 63, et, quant à Lope, voyez Lewes, On the Spanish Drama, pag. 78.

(2) « His Majesty's horses could never be used by an y other person. One day, vrhile Philip IV -was going in procession to the church of Our Lady of Atocha , the Duke of Médina de las Torres offerod to présent him vrith a beautiful steed which belonged to him, and which was accounted the finest in Madrid; butjlhe King declined the gift,because he should regret to render so noble an animal ever after useless. > Dnnlop, Memoirs, t. II, pag. 372. Madame d'Aulnoy, qui voyageait en Espagne en 1679 et qui par sa position puisait ses informations aux meilleures sources, fut informée de ce genre d'étiquette, t L'on m'a dit que, lorsque le roy s'est servy d'un cheval, personne par respeet ne le monte jamais. » D'Aulnoy, Relation du voyage d'Espagne. Lyon , 1693, t. U , pag. 40. Au milieu du dixhuitième siècle, je trouve encore signalée cette coutume de fidélité qui sans doute est encore de tradition dans les écuries d'Espagne. «If the king has once honoured a pad so much as to cross his back, it is never to be used again by an y body else. » A Tour throughSpain, by Udul ap Rhys, 2' édit. Lond., 1760, pag. 15.

(3) Madame d'Aulnoy, qui était très curieuse en ces matières, dit (Relation du voyage d'Espagne, t. II, pag. 411 ) : t II y a une autre étiquette, c'est qu'après que le roi a eu une maîtresse, s'il vient à la quitter, il faut qu'elle se fasse religieuse, comme je vous l'ai déjà écrit, et Ton m'a conté que le feu roi, s'estant amoureux d'une dame du palais, il fut un soir fraper doucement à la porte de sa chambre. Comme elle comprit que c'estoit lui, elle ne voulut pas lui ouvrir, et elle se contenta de lui dire au travers de la porte : Baya, baya* con Dios, no quiero ser monja, c'est à dire : t Allez, allez, Dieu vous conduise, je n*ai pas envie d'estre religieuse. > C'est ainsi que Henri IV de Castille, qui monta sur le trône en 1454, fit de l'une de ses maîtresses une « abbess of a convent in Toledo. » Dans ce cas particulier il avait d'abord, an grand scandale de tous, chassé « her predecessor, a lad; of noble rank and irreproachable character. » Prescoil, Ferdinatui and Jsabella , 1. 1» pag. 68.

seuls; au contraire, elles leur survivait, et par une sorte de vertu posthume, il était défendu à la femme du roi de se remarier après sa mort. Elle avait été choisie par le roi ; dès lors elle était élevée au dessus du reste des mortels; elle ne pouvait moins faire que de se retirer dans un couvent, où elle avait le reste de sa vie pour pleurer la perte irréparable de son seigneur et maitre. La coutume donnait force de lois à ces usages (1). Ils avaient leur sanction dans la volonté du peuple et n'étaient que l'expression de la haute fidélité de la nation espagnole. Leurs écrivains l'exaltent, et avec raison, car certes elle n'avait nulle part sa pareille et rien ne semblait assez fort pour l'ébranler. Les mauvais rois comme les bons rois la retrouvaient également loyale ; elle fut dans toute sa force, toute sa grandeur avec la gloire de l'Espagne au seizième siècle ; elle fut remarquable dans le déclin de la nation au dix-septième siècle et elle a survécu aux guerres civiles du dix-huitième (2). Ce sentiment est

(1) II y a cependant une vieille loi très remarquable sons la forme d'an canon publié par le troisième concile de Sarragosse, qui porte que les veuves royales « seront obligées à prendre l'habit de religieuses et à s'enfermer dans un monastère pour le reste de leur vie. » Flenry, Hist. ecclésiastique, t. IX, pag. i04. En 1065, Ferdinand I* r mourut, et, dit le biographe de la reine d'Espagne, « la Reyna sobreviviô : y parece que muerto su marido, entrô en algun monasterio : lo que expressamos no tanto por la costumbreantigua qnanto por constar en la memoria referida de la Iglesia de Léon el dictado de c consegrada â Dios, » frase que dénota estado religioso. > Florez, Memorias de las Reynas Catholicas. Madrid, 1761, in-4*, 1. 1, pag. 148. En 1667, il fut établi en principe que « les reines d'Espagne s'en sortent point. > Le couvent de las Seiioras descalças reaies est fondé afin que a les reines veuves s'y enferment. » Discours du comte de Castrilla à la reine d'Espagne, dans Mignet, Négociations relatives à la succession d'Espagne, t. II, pag. 604. Paris, 4835, in-4*. Cet estimable ouvrage se compose pour la plus partie de documents inédits jusque-là, tirés des archives de Simanca. Ils eussent été plus utiles aux historiens critiques si on avait donné le texte espagnol original.

(2) Voyez quelques bonnes observations sur San Felipe dans Ticknor, Hist. of Spanisfi lilerature, t. III, pag. 213,214, dont on peut facilement corroborer le témoignage. Exemple : Lafuente, en l'année 1710, dit : « Ni el abandono de la Francia, ni la prolongacion y los azares de la guerra, ni los sacrificios pecuniarios y personales de tantos anos, nada bastada a entibiar el amor de los Castellanps à su rey Felipe V. » Hist. de Espana, t. VIII, pag. 258. Et Berwick (Mémoires, t. II, pag. 114, édit. Paris, 1778) ? t La fidélité inouïe des Espa-

si bien entré dans les traditions du pays, qu'après avoir été une passion, il est presque devenu un article de foi nationale. Clarendon, dans son histoire de la grande insurrection anglaise qui, il le sait bien, ne pouvait jamais trouver son égale en Espagne, fait à ce sujet une observation aussi pertinente qu'elle est juste. Il dit que le manque de respect envers le roi est aux yeux des Espagnols « un crime monstrueux » parce que « une humble vénération pour leurs princes constitue une partie vitale de leur religion (1). »

C'était donc là les deux grands éléments dont le caractère espagnol était formé. Fidélité et superstition; révérence pour le roi et révérence pour le clergé, tels étaient les grands principes qui influençaient l'esprit espagnol, et gouvernaient la marche de l'histoire espagnole. Les circonstances particulières et sans exemple qui avaient donné naissance à ces principes viennent d'être indiquées, et, connaissant leur

gnols, » et neuf années plus tôt nne lettre de Lonville à Torcy : « Le mot révolte, pris dans une acception rigoureuse, n'a pas de sens en Espagne. » Lonville , Mèm. sur l'établissement de la maison de Bourgogne en Espagne, édit. Paris, 1818, 1. 1, pag. 128. Voyez aussi Mèm. de Ripperda. Lond., 1740, pag. 58, et Mèm. de Grammont, t. H, pag. 77, édit. Petitot. Paris, 1827. Tous ces passages prouvent la loyauté espagnole au dix-huitième siècle, excepté en ce qui concerne Grammont, qui se rapporte au dix-septième siècle, et qu'il est bon de comparer avec les observations de madame d'Àulnoy, qui écrit de Madrid en 1679 : < Quelques richesses qu'ayent les grands seigneurs, quelque grande que soit leur fierté on leur présomption, ils obéissent aux moindres ordres du roy avec une exactitude et un respect que Ton ne peut assez louer. Sur le premier ordre ils partent, ils reviennent, ils vont en prison ou en exil sans se plaindre. Il ne se peut trouver une soumission et une obéissance plus parfaite, ni un amour plus sincère, que celui des Espagnols pour leur roi. Ce nom leur est sacré, et, pour réduire le peuple à tout ce que Ton souhaite, il suffit de dire t le roi le veut. • D'Aulnoy, Voyage, t. II, pag. 256, 257.

(1) • And Olivarez had been heard to censure very severely the duke's (Buckingham's) familiarity and want of respect towards the prince, a crime monstrous to the Spaniard. » t Their submiss révérence to their princes being a vital part of their religion. » Clarendon, Hist. ofthe Rébellion, édit. Oxford, 1843, pag. 15. Quant à la religion de la fidélité au roi à une période plus reculée , voyez Florez , Reynas Catholicas, 1. 1, pag. 421 ? « La persona del Rey fue mirada de susfieles vassallos con respeto tan sagrado ; » que la résistance était « una especie de sacrilegio. »

origine, il nous reste à tracer leurs conséquences. L'examen des résultats sera d'autant plus important, que non seulement ces sentiments n'ont été nulle part en Europe aussi forts, aussi permanents, aussi purs, mais aussi que l'Espagne étant située à la pointe extrême du continent, dont elle est séparée parles Pyrénées, s'est trouvée, par suite de causes physiques et morales, rarement en contact avec les autres nations (1). Le cours des choses n'étant pas, par conséquent, dérangé par les coutumes étrangères, il est plus facile de découvrir les conséquences simples et naturelles de la superstition et de la fidélité, deux des sentiments les plus puissants et les plus désintéressés qui puissent trouver place dans le cœur humain , et dont l'action réunie nous met sur la trace des principaux événements de l'histoire de l'Espagne.

Les résultats de cette combinaison furent, pendant une longue période, ostensiblement avantageux, et certainement magnifiques. En effet, l'Église et la couronne faisant cause commune, et étant encouragées par l'appui cordial du peuple, se dévouèrent entièrement à leurs entreprises, et déployèrent une ardeur qui devait en assurer le succès. Les chrétiens, avançant peu à peu du nord de l'Espagne, gagnant du terrain pas à pas, poussèrent en avant jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus à la frontière méridionale, subjuguèrent compléte-

(1) On considérait ces obstacles comme presque in?incibles. Fontenay Mareuil,qui visitai l'Espagne en 1612 et qui était très fier de ce voyage, dit : « Au reste, parce qu'on ne va pas . anssy ordinairement en Espagne qu'en France, en Italie et ailleurs, et qu'estant comme en un coin et séparée du reste du monde par la mer ou par les Pyrénées, on n'en a, ce me semble» guère de connoissanc9 , j'ay pensé que je devois faire icy une petite digression pour dire* ce que j'en ay appris dans ce voyage et despuis. » Mém. de Fontenay Mareuil, dans la Collection des mémoires par Petitot, t. L, p. 169, 1" série. Paris, 1826. Soixante et dix ans plus tard, un autre écrivain disait des Pyrénées : « Ces montagnes sont à nos voyageurs modernes ce qu'étoit aux anciens mariniers le Non plus ultra et les colomnes du grand Hercule. > L* Estât de l'Espagne. Genève, 1681, Epistre, pag. h. Cet ouvrage peu connu iorme le troisième volume du Prudent voyageur.

ment les mahométans, et réunirent le pays tout entier sous un seul gouvernement et sous une seule croyance. Ce grand résultat fut accompli vers la tin du quinzième siècle, et il jeta sur le nom espagnol un lustre extraordinaire (1). Longtemps occupée de ses propres guerres religieuses, l'Espagne avait jusqu'alors fort peu attiré l'attention des puissances étrangères, et n'avait en elle-même que peu de loisir pour s'occuper des autres pays. Mais à cette époque, formant une monarchie compacte et indivise, elle prit tout à coup une position importante dans les affaires de l'Europe (2). Pendant le siècle suivant, sa puissance fit des progrès si rapides, qu'on n'en trouve aucun exemple dans le monde depuis les jours de l'empire romain. Jusqu'en 1478, l'Espagne fut divisée en États indépendants et souvent hostiles; la Grenade appartenait aux mahométans; le trône de Castille éiait occupé par un prince, et le trône d'Aragon par un autre. Mais avant l'an 1590, non seulement ces fragments se trouvèrent fermement consolidés en un seul royaume, mais de nouvelles conquêtes se succédèrent assez rapidement pour mettre en danger l'indépendance de l'Europe. L'histoire de l'Espagne, pendant cette période, est l'histoire d'une prospérité non interrompue. Cette nation, récemment ravagée par les

(i) < Cod razon se mirô la cooqmsta de Granada, no como nn aconiecimiento pu rame n te Espanol , sino como un suceso que interesaba al mundo. Con razon tambien se regocijô toda la cristiandad. Hacia medio siglo que otros ma^ometanos se habian apoderado de Constantinopla ; la caida de la capital y del imperio bizaniino en poder de los Turcos habia llenado de terror à la Europa; pero la Europa se consolé al saber que en Espana habia concluido la dominacion de los musulmanes. » Lafuente Hist. de Espafla, t. XI» pag. 15.

(2) • L'Espagne, longtemps partagée en plusieurs États et comme étrangère au reste de l'Europe, devint tout à coup une puissance redoutable, faisant pencher pour elle la balance de la politique. • Koch, Tableau des révolutions de l'Europe. Paris, 1823, 1. 1, pag. 362. Au sujet du rapport entre ceci et certains changements dans la littérature qui y correspondent, voyez Boutenrek, Hist. ofSpanish Literature, 1. 1, pag. 148-152, où se trouvent quelques spéculations assez ingénieuses, mais difficiles à soutenir.

guerres civiles, et divisée par des croyances hostiles, parvint en trois générations à amener à son territoire le Portugal, la Navarre, et le Roussi lion. Soit par diplomatie, soit par la force des armes, elle obtint l'Artois, la Franche-Comté , les Pays-Bas, ainsi que le Milanais, Naples, la Sicile, la Sardaigne, les îles Baléares et les îles Canaries. Un de ces rois fut empereur d'Allemagne ; et son fils influença les conseils de l'Angleterre dont il épousa la reine. La puissance turque, alors une des plus formidables du monde, fut brisée «t refoulée. La monarchie française fut humiliée, les armées françaises constamment battues, Paris se trouva une fois en danger imminent; et un roi de France, après avoir été vaincu dans une campagne décisive, fut fait prisonnier et conduit à Madrid. Les hauts faits de l'Espagne furent aussi remarquables en dehors de l'Europe. En Amérique, les Espagnols devinrent possesseurs de territoires qui couvraient soixante degrés de latitude, et comprenaient les deux tropiques. Outre le Mexique, l'Amérique centrale, Venezuela, la nouvelle Grenade, le Pérou, et Chili , ils firent la conquête de Cuba, de saint Domingue, de la Jamaïque, et d'autres îles. En Afrique, ils s'emparèrent deCeuta, deMélilla, d'oran, de Bougie, de Tunis, et portèrent la terreur sur toute la côte de Barbarie. En Asie, ils eurent des établissements des deux côtés du Dékhan, prirent possession d'une partie de Malacca, et s'établirent dans les Moluques. Enfin, par la conquête du noble archipel des Philippines, ils réunirent leurs possessions les plus éloignées et établirent une communication entre tous les parties de cet empire énorme qui faisait le tour du monde.

Il s'éleva alors en Espagne un esprit militaire tel qui ne s'était jamais montré dans aucune autre nation. Toute

l'intelligence du pays qui n'était pas employée au service de l'Église se dévoua à la carrière des armes. En réalité, ces deux professions étaient souvent réunies; et on dit que les ecclésiastiques continuèrent en Espagne à combattre comme soldats longtemps après que cette coutume eut été abandonnée dans le reste de l'Europe (1). En tout cas, la tendance générale est évidente. La liste des batailles et des sièges dans lesquels les Espagnols furent vainqueurs au seizième siècle et dans une partie du quinzième serait assez pour prouver leur vaste supériorité militaire sur leurs contemporains, et montrerait quel génie ils avaient déployé dans le perfectionnement des arts de destruction. On pourrait en trouver une autre preuve dans ce fait singulier que depuis l'époque de la Grèce ancienne, aucune contrée n'a produit autant de littérateurs éminents qui aient été en même temps soldats. Caldéron, Cervantes et Lope de Vega risquèrent leur vie en combattant pour leur pays. Un grand nombre d'auteurs célèbres adoptèrent également la profession militaire, ettm peut citer parmi eux,Argote deMolina, Àcuna, Bernai, Diaz del Castillo, Boscan, Carrillo, Cetina, Ercilla, Espinel, Hurtado de Mendoza, Marmol Garvajal, Perez de Gusman , Pulgar, Rebolledo , Roxas et quelques autres ; qui tous rendirent ainsi, sans le savoir, témoignage à l'esprit qui régnait universellement en Espagne.

Nous avons donc ici une combinaison qui plaira à un grand nombre de lecteurs, et qui, à l'époque où elle avait

(i) « The holy war with the infidels (Mahométans), perpetuated Ihe vobecoming spectacle of militant ecclesiastics among the Spaniards , to a still later period, and long after it had disappeared from the rest of civiliied Europe. » Prescott, Hist. of Ferdinand and i*aoeU<vM,pag.l61

lieu, excita l'admiration, si ce n'est même la terreur, de l'Europe. Nous avons un grand peuple brûlant d'ardeur militaire, patriotique, et religieuse, dont le zèle ardent se trouvait augmenté, plutôt qu'adouci, par une obéissance respectueuse envers le clergé, et par un dévoûment chevaleresque à son roi. L'énergie de l'Espagne, étant ainsi excitée et contrôlée en même temps, devint prudente autant que vive; et c'est à cette rare union de qualités opposées que nous devons attribuer les grands succès que nous venons d'énumérer. Mais ce qu'il y a de malsain dans un progrès de ce genre, c'est qu'il dépend beaucoup trop des individus, et ne peut par conséquent être permanent. Un pareil mouvement ne peut durer qu'autant qu'il est dirigé par des hommes capables. Mais du moment que les chefs compétents ont pour successeurs des hommes incapables, le système tombe immédiatement, parce que le peuple qui a été accoutumé à fournir à chaque entreprise le zèle nécessaire, n'a pas été habitué à déployer l'habileté qui doit guider son zèle. Dans une condition pareille, un pays gouverné par des princes héréditaires doit nécessairement tomber dans la décadence ; car il est évident que dans le cours ordinaire des choses, des rois incapables doivent se rencontrer quelquefois. La décadence commence aussitôt que cette circonstance se présente ; car le peuple, habitué à ne pas raisonner sa fidélité, se laisse conduire partout où l'on veut, et donne à des conseils nuisibles la même obéissance qu'il donnait avant à des conseils pleins de sagesse. Ceci nous amène à corn* prendre la différence essentielle qui existe entre la civilisa* tion de l'Espagne et la civilisation de l'Angleterre. Les Anglais sont un peuple disposé à la censure, difficile à satisfaire, susceptible, se plaignant sans cesse de- ses gou-

vernants, soupçonnant leurs idées, discutant leurs mesures avec un esprit d'hostilité, accordant très peu de pouvoir à l'Église ou à la couronne, dirigeant ses propres affaires à sa manière, et prêt, à la moindre provocation, à renier cette fidélité de convention, qui est sur ses lèvres sans jamais pénétrer dans son cœur, et n'est qu'une habitude restant à la surface, et non une passion enracinée dans l'esprit. La fidélité des Anglais n'est pas une fidélité qui leur ferait sacrifier leurs libertés pour plaire à leur roi, et ils ne perdent jamais le vif sentiment de leurs propres intérêts. Il en résulte qu'en Angleterre le progrès ne s'arrête pas, que les rois soient bons ou mauvais. De toute façon, le grand mouvement suit sa marche progressive. Les rois d'Angleterre ont eu leur bonne part d'imbécillité et de crimes. Et pourtant, des hommes même comme Henri III et Charles II ont été incapables de nuire à leurs pays. Anne et les deux premiers Georges étaient dune ignorance grossière; leur éducation était misérable, et la nature leur avait donné la faiblesse et l'obstination.

Leurs règnes réunis durèrent près de soixante ans ; et après eux, pendant une autre période de soixante années, le pays fut gouverné par un prince que la maladie rendit pendant longtemps incapable, et on peut dire en toute vérité que les époques où cette incapacité se fit le plus sentir, furent les périodes les moins funestes de son règne. Ce n'est pas ici le moment de censurer les principes monstrueux soutenus par Georges III; les écrivains contemporains hésitent souvent à rendre un jugement; la postérité se charge de cette tâche; mais il est évident que ni son intelligence étroite, ni sa nature despotique, ni sa misérable superstition, ni la bassesse incroyable de l'ignoble

épicurien qui lui succéda sur le trône, n'ont pu arrêter la marche de la civilisation anglaise ou refouler le mouvement de la prospérité de l'Angleterre. Le peuple marcha en avant, sans s'occuper de ses misères. La folie de ses rois ne pouvait le faire dévier de sa route, parce qu'il savait bien que sa destinée était dans ses propres mains, et qu'il possédait en lui-même ces ressources et cette fertilité de combinaison qui seules peuvent rendre l'homme grand, heureux et sage.

Mais en Espagne, du moment que le gouvernement faiblit, la nation tomba en ruines (1). Pendant toute la période de prospérité dont nous venons de parler, le trône espagnol avait été occupé sans exception par des princes capables et intelligents. Ferdinand et Isabelle, Charles Y et

(1) Un éminent légiste espagnol a fait quelques remarques qui méritent d'être citées et qui contiennent un singulier mélange de vérité et d'erreur : «Comment la monarchie espagnole fut-elle déchue de tant de grandeur et de gloire? Comment perdit-elle les Pays-Bas «t le Portugal dans le dix-septième siècle, et s'y trouva t-elie réduite à n'être qu'un squelette de ce qu'elle avait été auparavant? Comment vit-elle disparaître plus d'une moitié de sa population? Comment, possédant les mines inépuisables du nooveau monde, les revenus de l'État n'étaient à peine que de six millions de ducats sous le règne de Philippe III? Comment son agriculture et son industrie forent-elles ruinées, et comment presque tout son commerce passa-t-il dans les mains de ses plus grands ennemis? Ce n'est point ici le lieu d'examiner les véritables causes d'une métamorphose si triste ; il suffira d'indiquer que tous les grands empires contiennent en eux-mêmes le germe de leur dissolution, » etc. « D'ailleurs les successeurs de ces deux monarques (Charles V et Philippe II) n'eurent point les mêmes talens, ni les ducs de Lerme et d'Olivarès, leurs ministres, ceux du cardinal Cisneros, et il est difficile de calculer l'influence de la bonne ou de la mauvaise direction des affaires sur la prospérité ou les malheurs des nations. Sous une même forme de gouvernement, quel qu'il puisse être , elles tombent ou se relèvent suivant la capacité des hommes qui les dirigent et d'après les circonstances où ils agissent. > Sempere, Hist. des Cortès. Bordeaux, 1815, pag. 365-267. Sur les deux passages qui sont donnés en italiques, le premier est une tentative maladroite pour expliquer des phénomènes compliqués par une métaphore qui évite la peine de généraliser leurs lois. L'autre passage, quoique parfaitement vrai en ce qui touche l'Espagne, se réfère à cette application générale que M. Sempere croit possible, car en Angleterre comme aux États-Unis d'Amérique la prospérité nationale a progressé d'un pas ferme, même avec des gouvernants incapables.

Philippe II forment une série de souverains sans parallèle, pour une période d'une même étendue» dans aucun autre pays. C'est par eux que furent accomplies les grandes choses; c'est grâce à eux que l'Espagne fleurit, du moins en apparence. Mais ce qui arriva quand ils eurent disparu de la scène du monde, prouva combien toute cette grandeur était artificielle et combien est carié ce système de gouvernement qui demande à être protégé avant de prospérer, et qui, ayant pour base la fidélité et le respect du peuple, fende* son succès non sur l'intelligence de la nation tout entière, mais sur l'habileté de ceux auxquels sont confiés les intérêts* de la nation.

Philippe II, le dernier des grands rois de l'Espagne, mourut en 1598, et après sa mort la décadence fut d'une rapidité de mauvais augure (1). De 1598 à 1700, le trône fut occupé par Philippe III, Philippe IV et Charles II. Quel contraste frappant entre eux et leurs prédécesseurs! (2). Philippe III et Philippe IV étaient paresseux, ignorants, faibles de jugement, et passèrent leur vie au milieu des plaisirs les plus bas et les plus sordides. Charles II, le dernier de cette dynastie autrichienne qui avait été si remarquable* avait, pour ainsi dire, tous les défauts qui peuvent rendre un.

(1) « With Philip II ends the greatness of Ibe kiDgdom, which from that period declined ▼ith fearftti rapidity. » Dunham, Hist. ofSpain, t. V, pag. 87. Et Ortiz (Compendia^ t. VII, Prologo, pag. 6) réunit dans la même catégorie < la muerte de Felipe II y prind* pîos de nuestra decadeocia. » Le même historien judicieux remarque dans on autre passage» (t. Vf, pag. 211) qne, si Philippe III avait été égal i son père , l'Espagne eût continué à prospérer. Plnsienrs écrivains espagnols modernes , en examinant les frais énormes occasionnés par la politique de Philippe II et les dettes qu'il contracta, ont pensé que la déca>denee date des dernières années de son règne. Mais, en réalité, la prodigalité d'un gourer^ nement ne peut ruiner une nation.

(2) t Àbstraido Felipe III en devociones, amante Felipe IV de regocijos, mortificade Carlos II per padecimieatos, cuidâronse poco ô nada de la gobernacion del Estado, y confiâronla & validos altaneros, codiciosos, iocapaces, y de muy fuoesta memoria. » Rio, Hist. del Reinado de Carlo UL Madrid, 1856, 1. 1, pag. 33.

homme ridicule et méprisable. Il était tel de corps et d'esprit, que dans un pays moins fidèle à ses rois, il eût été l'objet de la dérision universelle. Quoiqu'il mourût à la force de l'âge, il avait l'air d'un homme courbé par l'âge et par la débauche. A trente-cinq ans, il était complètement chauve, il avait perdu ses sourcils, il était paralysé, épileptique et notoirement impuissant (1). Sa physionomie; semblable à celle d'un idiot, était positivement révoltante. Sa bouche était énorme et la mâchoire inférieure avançait d'une façon si hideuse, qu'il ne pouvait ni joindre les dents, ni mâcher ses aliments (2). Il serait impossible de croire à son ignorance, si elle n'était attestée par des témoignages dignes de foi. Il ne connaissait ni les noms des villes importantes, ni même ceux des provinces de son royaume ; et pendant la guerre avec la France, il plaignit un jour l'Angleterre d'avoir .perdu des villes qui, en réalité, faisaient partie de son

(1) t San» espérance de postérité. » Mi Ilot, Mém. de Noailles, 1. 1, pag. 419. • Incapaz de tener hijos. > Ortiz, Compendio, t. VI, pag. 560. Voyez anssi Mém. de LonviUe, 1. 1, pag. 82, et les allusions dans les Lettres de madame de VillarSj édit. Amsterdam, 1759, pag. 53, £40, 164. Elle était ambassadrice en Espagne sons Charles H. M. Lafoente qni, si je ne me trompe, ne cite jamais ces lettres intéressantes et qni, dn reste, ne s'est guère servi que de données espagnoles, se risque néanmoins à dire que t la circnnstancia de no haber tenido sncesion, falta qne en gênerai se achabaca mas al rey que à la reina, • etc. Hist. de Eipandj t. XVII, pag. 198, 199. Madrid, 1856. Selon le biographe des reines d'Espagne, quelques personnes attribuèrent cela à la sorcellerie : < Y ann se dijo si intervenia maleflcio. > Florez, Mem. de las Reynas Catholicas, t. II, pag. 973. Madrid, 1761, in-4\

(2) En 1696, Stanhope, le ministre anglais à Madrid, écrivait : « He has a menons stomach, and swallows ail he eats whole, for tiis nether jaw stands so mnch ont that his two rows of teeth cannot meet; to compensate which, he has a prodigious wide throat, so that a gizzard or liver of a hen passes down whole, and his weak stomach not being able to digest it, he voids it in the same manner. » Manon, Spain under Charles 11. Lond., 1840, pag. 79, nne curieuse collection de documents originaux complètement applicables à tous, les historiens espagnols qne j'ai lus. On trouvera une description de Charles II enfant dans Mignet, Négociations relatives à la succession d'Espagne. Paris, 18354842, in-4% 1. 1, pag. 294, 295, 310, 396, 404, 410 ; t. II, pag. 130 ; t. III, pag. 418, 419, 423. Voyez aussi t. IV, pag. 636. Au sujet de sa taciturnité, la seule marque de bon sens qu'il ait jamais donnée : « Le roi l'écouta et ne lui répondit rien. >

propre territoire (1). Enfin il était plongé dans la superstition la plus avilissante ; il se croyait constamment tenté par le diable ; il se faisait exorciser comme étant possédé d'esprits mauvais; et il ne voulait se retirer dans sa chambre à coucher qu'avec son confesseur et deux moines qu'il faisait coucher près de lui toute la nuit (2).

Il fut alors facile de voir que la grandeur de l'Espagne était bâtie sur le sable. Avec des souverains capables, le pays prospérait; avec des souverains imbécilles il tomba dans la décadence. Les misérables princes du dix-septième siècle détruisirent presque tout ce qui avait été fait par les grands rois du seizième. La chute de l'Espagne fut si rapide, que pendant les trois règnes qui suivirent la mort de Philippe II, la plus puissante monarchie du monde tomba jusqu'au dernier degré de l'abaissement, fut insultée impunément par les nations étrangères, fit banqueroute plus d'une fois, perdit ses plus belles possessions, devint un objet d'opprobre général, et servit de thème aux savants et aux moralistes pour disserter sur l'incertitude des choses humaines ; elle eut enfin cette cruelle humiliation de voir son territoire divisé par un traité auquel on ne lui per-

(1) « Le roy demeurait dans une profonde ignorance et de ses affaires et même des États de sa couronne; à peine connoissoit-il quelles étoient les places qui loi appartenoient hors

du continent d'Espagne. » « La perte de Barcelone lai fat plus sensible qu'aucune

autre, parce que cette ville, capitale de la Catalogne et située dans le continent de l'Espagne, lui étoit plus connue que les villes de Flandre, dont il ignorait l'importance aa point de croire que Mons appartenoit au roi d'Angleterre, et de le plaindre lorsque le roi fit là conquête de cette province. » Mém. du marquis de Torcy, 1. 1, pag. 19, 23, édii. Petitot. Paris, 1828.

(2) « Fancying everything that is said or done to be a temptation of the devil, and never thinking himself safe but with his confessor, and two friars by his side, whom he makes lie in his chamber every night. » Manon, Spain under Charles 11, pag. 102. C'est sans doute cette grande affection pour les moines qui fait dire à un historien espagnol que le roi avait «coraion pio y religioso. » Bacallar, Comentarios de la Guerra de Espancij 1. 1, pag. 20. Le meilleur compte rendu de l'exorcisme se trouve dans Lafuente, Hist. de Espana* t. XVII, pag. 294-309. Il y a un chapitre entier intitulé : Los Hechizos del Rey.\

mit pas de prendre part, et auquel il lui était impossible de s'opposer (1). L'Espagne vida alors jusqu'à la lie la coupe amère de sa propre honte. Sa gloire avait disparu, elle était humiliée.

La maîtresse du monde, la reine de l'Océan, la terreur des nations, l'Espagne n'était plus ; son pouvoir était anéanti pour jamais. C'était à elle qu'on pouvait appliquer cette amère lamentation que le plus grand des fils de l'homme a placée sur les lèvres mourantes d'un homme d'État. Le patriote espagnol n'avait-il pas bien raison, dans sa douleur profonde, de pleurer le sort de son pays, de son royaume, de sa contrée si chère, si longtemps adorée pour sa réputation dans le monde entier, et maintenant donnée à bail comme une propriété ou comme une métairie (2). Ce

(1) • La foiblesse de l'Espagne ne permettait pas à son roi de se ressentir du traitement dont il croyoit à propos de se plaindre. » Mém. de Torcy, 1. 1, pag. 81. On» comme le dit amèrement un éminent écrivain espagnol , t las naciones estrangeras disponiendo de la monarqnia espanola como de bienes sin dueno. t Tapia, Civilizacion espailola, t. III,

(2) ■ This royal throne of kings, this scepter'd isle, This earth of Majesty, his seat of Mars,

This other Eden, demi-paradise ;

This fortress, bnilt by nature for herself

Àgainst infection and the hand of war;

This happy breed of men, this little world,

This precions stone set in the silver sea,

Which serves it in the office of a wall,

Or as a moat défensive to a honse,

Against the envy of less happier lands;

This blessed plot, this earth, this realm, this England,

This nurse, this teeming wornb of royal kings,

Fear'd by their breed and famous by their birth,

Renowned for their deeds as far from home,

For Christian service and trne chivalry,

As is the sepnlchre in stubborn Jewry

Of the world's ransom, blessed Mary 's son :

This land of such dear soûls, this dear, dear land,

Dear for her réputation through the world,

1s now leas'd out, I die pronunciog it,

Like to a tenement or pelting far m. >

serait une tâche fatigante et sans profit de raconter les pertes et les désastres de l'Espagne pendant le dix-septième siècle. Sans doute, la cause immédiate de cet état de choses fut un mauvais gouvernement et des rois incapables; mais la cause véritable et évidente qui détermina complètement le progrès de celte décadence, fut l'existence de cet esprit de fidélité et de révérence grâce auquel le peuple se soumit à ce qui eût été rejeté avec mépris dans tout autre pays, et qui, en l'habituant à avoir une confiance extrême dans quelques individus, réduisit la nation à cette position précaire dans laquelle une série de princes incapables devait nécessairement renverser l'édifice élevé par leurs illustres prédécesseurs (1).

L'influence croissante de l'Eglise espagnole fut la première et la plus remarquable conséquence de l'énergie décroissante du gouvernement espagnol. En effet, la fidélité et la superstition étant les principaux éléments du caractère national, et ces deux éléments étant le résultat d'une révérence habituelle, il était évident que, si la révérence n'était pas affaiblie, ce qu'on prenait à un élément serait donné à l'autre. Aussi, comme le gouvernement espagnol, pendant le dixseptième siècle, perdit, grâce à son extrême imbécillité une partie du pouvoir qu'il possédait sur les affections du peuple, il arriva naturellement que l'Église intervint, s'em-

(1) < La théorie espagnole sur le gouvernement est parfaitement établie dans le passage suivant de Davila, Life of Philip 111. Ses remarques s'appliquent à Philippe II, «que solo ha via goberaado sin validos ni privados, tomando para si solo,como primera causa de sa gobierno, el mandar, prohibir, premiar, castigar, hacer mercedes, conocer sugetos, elegir Ministros, dar oficios, y tener como espiritu, que andaba sobre las aguas, ciencia y provïdencia de todo, para que na la se hiciese sin su saber y querer; no serviendo los Ministros mas que de poner por obra (obedeciendo) lo que su Senor mandaba, velando sobre cada uno,como pastor de sus ovejas, para ver la verdad con que executan sus mandamientos j acuerdos. • Davila, Hist. de Felipe Tercero, lib. i, pag. 22, 23.

para de la place vacante, et reçut ce que la couronne avait perdu. En outre, la faiblesse du gouvernement exécutif encouragea les prétentions du clergé et l'enhardit à commettre des actes d'usurpation que les souverains espagnols du seizième siècle n'eussent jamais permis, en dépit de leur superstition (1). De là vient ce fait remarquable que, pendant que dans tous les autres pays de premier ordre, excepté TÉcosse, le pouvoir de l'Église diminua pendant le dix-septième siècle, il augmenta réellement en Espagne. Les conséquencesdece fait sont dignes de l'attention, non seulement des étudiants philosophiques de l'histoire, mais aussi de tous ceux qui ont à cœur la prospérité de leur patrie, ou qui prennent intérêt à l'administration pratique des affaires publiques.

Pendant les vingt-trois années qui suivirent la mort de Philippe II, le trône fut occupé par Philippe III, prince aussi remarquable par sa faiblesse que ses prédécesseurs l'avaient été par leurs talents. Pendant plus d'un siècle, les Espagnols avaient été habitués à être entièrement gouvernés par des rois qui avaient surveillé avec une persévérance infatigable toutes les affaires les plus importantes et qui étaient toujours restés maîtres de leurs ministres. Mais Philippe III, dont la nonchalance arrivait presque à la stupidité, était incapable d'un travail pareil, et il abandonna le gouvernement à Lerma, qui conserva le pouvoir suprême

(1) Philippe II lui-même conserva toujours on certain ascendant sur la hiérarchie ecclésiastique, quoiqu'il fût complètement imbu des préjugés reHgieox. cWhile Philip vas thos willing to exalt the religions order, already far toe poverfal , he iras careful that it saould nevergain such a height as would enable itio o ver top the royal authority.» Prescott, Hiêt.ofPhiHp II, t. IN ,pa§- 338. t Pero este moaaroa Un afecto à la Inquisition mientras le sema para bus fines, saMa bien tener i raya al Santo Oftcio c«ando irtentaba invadir6 usurpar las preemlnencias 4e la attorMad rèat, 6 atrogarstia pederdesmedido.» Lafuente> Hist. de Espaûa, t. XV, pag. il*.

pendant vingt ans (1). Chez on peuple aussi fidèle à son roi que le peuple espagnol , un procédé aussi extraordinaire ne pouvait manquer d'affaiblir le pouvoir exécutif; car, dans l'opinion du peuple, l'intervention immédiate et irrésistible du souverain était essentielle à l'administration des affaires, et au bien-être de la nation. Lerma, qui connaissait parfaitement ce sentiment, et qui savait que sa position était très précaire, désirait naturellement la raffermir de façon à ne pas être complètement dépendant de la faveur du roi. Dans ce but, il fit alliance avec le clergé, et depuis le commencement jusqu'à la fin de sa longue administration, il fit tout ce qu'il put pour augmenter l'autorité de ses alliés (2). L'influence que la couronne perdit revint ainsi au clergé, à l'opinion duquel on accorda une déférence plus grande encore que celle qui avait été accordée à l'Église par les princes superstitieux du seizième siècle. Dans cet arrange-

(i) • Por coyo absolato poderio se executaba todo. » Yanez, Memoriaiparala Historia de Felipe III , Prologo, pag. 150. • An absoluteness in power over king and kingdom. » Lettre de sir Charles Cornwallis anx lords do conseil d'Angleterre, datée de Valladolid , 31 mai 1605, dans Winwood, MemoriaU , t. II, pag. 73. Lond., 1725, in-fol. « Porqne no era fàcil imaginar entonces, ni por fortuna se ha repetido el ejemplo despnés, que hobiera on monarca tan prôdigo de autoridad, y al propio tiempo tan indolente, que por no tomarse siqoiera el trabajo de fîrmar los docnmentos de Estado, qoisiera dar 4 la firma de un vasalla suyo la misma autoridad que à la suya propia, y que advirtiera y ordenira, como ordenô Felipe 111 à todos sus consejos, tribunales, y sùbditos, que dieran à los despachos tirmados por el duque de Lerma el mismo cumplimiento y obediencia, y los ejecutàran y guardiran con el mismo respeto que si fueran firmados por él. » Lafuente , Hist. de EspaAa, t. XV, pag. 449, 450. « El duque de Lerma, su valido, era el que gobernaba el reino solo. » T. XVII, pag. 332. Il resta au pouvoir de 1598 à 1618. Ortiz, Compendio, t. VI, pag. 290, 325.

(2) Davila {Hist. de Felipe Tercero, lib. n, pag. M), après avoir fait l'éloge des qualités personnelles de Lerma , ajoute : « Y sin estas grandes partes tu?o demostraciones chrîstianas, manifestandolo en los conventos, iglesias, colegiatas, hospitales, ermitas y catedrai , que dejô fundadas, en que gastô, como me consta de los libros de su Contaduria, un millon ciento cincuenta y dos mil doscientos ochenta y très ducados. » Âpres une aussi monstrueuse prodigalité, Watson a parfaitement raison de dire que Lerma montra « the most devoted attachaient to the church,» et t conciliated the favour of ecclesiastics. » Watson, Hist. of Philip III. Lond., 1839, pag. 4, 8, 46, 224.

meut, les intérêts du peuple furent nécessairement laissés de côté. Son bien-être ne formait pas partie du plan général. Au contraire, le clergé, reconnaissant vis-à-vis d'un gouvernement qui appréciait si hautement son mérite et qui avait des dispositions si religieuses, lui donna le bénéfice de toute son influence ; et le joug d'un double despotisme fut rivé plus solidement que jamais sur le cou de cette malheureuse nation, qui allait recueillir le fruit amer d'une soumission constante et ignominieuse (1).

Nous avons toutes les preuves possibles relativement à l'augmentation de la puissance de l'Église espagnole pendant le dix-septième siècle. Les couvents et les églises se multiplièrent avec une rapidité si alarmante, et leurs richesses devinrent si prodigieuses, que les Cortès elles-mêmes, en dépit de leur abaissement, risquèrent une remontrance publique. En 1626, cinq ans seulement après la mort de Philippe III, elles demandèrent qu'on prit quelque mesure pour arrêter les empiétements de l'Église. Dans ce docu-

(1) Philippe UI ne déploya jamais la moindre énergie, excepté pour seconder las efforts de son ministère ponr accroître l'influence de l'Église ; anssi l'historien espagnol dit-il qu'il était le « monarque le pins pienx parmi tons cenx qui ont occupé le trône d'Espagne depuis saint Ferdinand. » Sempere, Monarchie espagnole, 1. 1, pag. 245. « El principal cnidado de nnestro Rey era tener à Dios por amigo, grangear y beneficiar su gracia, para que le asistiese propicio en qnanto obrase y dixese. De aqui tuvieron principio tantos dones ofrecidos à Dios, tan ta fundacion de Conventos, y favores hechos à Iglesias y Relîgiones. > Davila, Hist . de Felipe Tercero, lib. h, pag. 170. Sa femme, Marguerite, avait une égale activité. Voyez Florez, Reynas Catholicas, t. H, pag. 915, 916. « Demas de los frutos que diô para el Cielo y para la tierra nuestra Reyna, tuvo otros de ambas lineas en fundaciones de templos y obras de piedad para bien del.Reyno y de la Iglesia. En Valladolid fundô el Convento de las Franciscas descalzas. En Madrid trasladô à las Agustinas Recoletas de Santa lsabel desde la cal le del Principe al sitio en que hoy estan. Protegiô con sus limosnas la fundacion de la Iglesia de Carmelitas descalzas de Santa Ana ; y empezô à fnndar el Real Convento de las Agustinas Recoletas con titnlo de la Encarnacion en este misma Corte , cnya primera piedra se pnso à 10 de Junio del 1611. En la parroqnia de S. Gil jnnto a Palacio introdnjô los Religiosos Franciscos, cayo Convento persévéra hoy con la misma advocacion. » Nons verrons bientôt dans quelle condition se trouvait le pays pendant qne tout cela se passait.

56 MSTOUE

ment fort remarquable, les Cortès, assemblées à Madrid, déclarèrent qu'il ne se passait pas un jour sans qse quelques laïques fussent dépouillés de leurs biens pour enrichir les ecclésiastiques; et que cet abus était arrivé à ma tel point, qu'il y avait alors en Espagne -plus de neuf mille monastères (1). Je crois que ce chiffre prodigieux n'a jamais été réfuté, et plusieurs antres circonstances semblent le corroborer. DavUa, qui vivait sans le règne de Philippe (II, affirme qu'en 1623, les dominicains et ies franciscains étaient au nombre de ttent&denx raille (2). Les au4res*rdres ecclésiastiques augmentaient dans la même proportion. Avant la mort de Philippe III, il y avait plus 4e cent prêtres attachés à la seule cathédrale de Séville ; et dans de éiocèie de Séville il y avait quatorze orille chapelains. Le diooèae de Calahorra en comptait dix-huit mille (3), Cette épouvan-

<A) La teneur de la pétition était : « Que te tmtasse «em ma* verts de poner limite * 108 bienes, que se sacauan cada dia del braço seglar al eclesiastico, enflaqneciendo no tan sole el patrimonio real , mas el oomnn, poes siendp aqael libre de pechos, oontribueienec, y ganelas, alojamientos, haespedes, y otros graaameoes mayores, presidios, guerras, y

soidados.* « Que las Religiones «ran mâchas, iat Mendicantas en «ces» ,7 «I

Clero en grande maltitnd. Que ania en Eqpaoa 9,088 mona*teties, auo no -cootando los 4e Monjas.Qae yuan metiendo pocoi, poeo, con dotaoioaes, cefradiaSjCapeAlMMtH, o<on coopta*, a todo el Reyno en su poder. Qoe se atajaase tanto mal. Q«e Anniesse Jiamero en losfraylas, modération en los Conuenlos, y ann en lot Clerigos aeglares. » Ceapedas, MiH. de Dm, Felipe IV. Baroetona, 4634, in fol., lib. vii, cap. a, pag. 371, rev.

(2) « fin este ano, qoe iba escribiendo esta Hûtoria,.traiian laaQrdenasdeSaataDemiage y S. Francisco en £spana, treinta y dos mil Religiosos* y tos Obtspados 4e GaUhorra f Pamplona veinte y qnatro mil clerigos : poes que tendran ias éemas JUligioaes, y los dema* Obispados? » Darila, Hist. de Felipe Tercero, lib. n ^nag. 315. Voyetoasai cbap. 10m, pag. «48, 348, et, an sujet de raagmentation des oeovents, veyei ¥aaes, Memmria* pans la Hitort* de Felipe III, j>ag. 240, 268, 3Û4, 9».

(î) <€ The reign of Philip III , samamed from his piety the Geod, m» ftfae golden âge etf Caorchmen. Thoogh religions foundations mère aiready too ■mnwnms, «reat additions weramade ,to them ; and in those which alreaAy existed, mwjaltaanff«hanael8«meie eiecftaa. Thas, tfee dnke of Lerma fonnded seren masasteties and Iwe ceHefietechorohe*; Un», aleo, the diocèse of Calahorra ammbeced tfcOOOchapiaiK, Seidlle^.WO^Bowiiséleatry tin miasstem of religion srere mnltipiinA, wiU apptar stilt «orecl«aiiy#am»the mot <h*t the cathedral of Séville alooe had a hundred, when half-a-dozen wonld aaumedly bave 1

table condition paraissait sans remède. Plus l'Église devenait riche, plus les laïques se sentaient encouragés à entrer dans les ordres; de sorte que les intérêts temporels étaient de jour en jour plus sacrifiés (1). En dépit de la manière soudaine dont il avait commencé, le mouvement progressait très régulièrement, et avec d'autant plus de facilité, qu'il avait été précédé par une longue série de circonstances» Depuis le cinquième siècle, le cours des événements avait manifesté une tendance continuelle de ce côté, et avait assuré au clergé ua empire qui n'eût été toléré dans aueua autre pays. Ainsi préparé, le peuple lui-même contempla en silence ce qu'il ne pouvait empêcher sans impiété; car, ainsi que le remarque un historien espagnol, on considérait

sufficient for the public offices of dévotion. » Dnnham, Hist. ofSpain, t. V, pag. 274. D'après le passage de D&viia, cité dans la note précédente, il y avait 24,000 « cJerigœ » dans les deux diocèses de Caiahorra et de Pamplona. >

fcL) « Boire tante, crecia por instantes y se aumentaba- prodigiesament* el podar y la autorîdad da la Jgieaia. Sus piogâas riqneaas desmembraban de unamanera considérable laarentas.de la corena; y el estado ecclesiâstico, que machos abmzaroa en un prinap» à conseenencia de las. desgracias y calamtdades de la época, foé despnes el mas solicitacfaa por las inmensas ventajaa qpe ofrecia sa condicion coaparada con la de las clases restantes. » Antequera*, Hist. de fa. Législation, pag. 223, 22*. Voye* aussi dans Camper maneaUpendictià ta Education. Madrid, 1775-1777, W I, pag. 465, et U IV, pag. 219) un compte rendu de l'université de Tolède en 1619 ou 1620 : « hay dobladosreligiososi.elefigae y estodiantes; porqae ya no> hallan oùra modo de vivir, ni de potier êustentart&. % Si M. Laluente avait connu ce passage et. ceux que je vais citer plus loin,, il eût, je croie, einrimé son opinion d'une manière plus ferme sur cette période dans sa brillante histoire d'Espagne. Relativement aux grandes richesses des convenu en 1679, lorsque le pays était dans une pauvreté abjecte, voyez une lettre datée de Madrid 25 juillet 1679 dans d'Aulney* Relation du voyage df Espagne. Lyon„1693, t. Il* pag. 251. Biais l'évidence la plus reculée que je connaisse se trouve dans une lettre écrite en 1609 au prince Henri d'Angleterre pat sir Charles Cornwellie, l'ambassadeur anglais, à Madrid. « The fumitnre oltheir chnrefaes kftie> and the riches and lustre of their sepnlchurea made in every monasterie ( the gênerai tovertye et fehis kingdomecoasidered), are almostineredible. The (aily of this nation roay say vwth Bavyde (though in another sensé) : « Zelus domus tu» comedil me; »► for, assuredtys the riches of the Itompesall hatbin a manne* ail fallen> into the mouthes: and dfivoroinfc Mirantes ofthe Spiritual. » Winwood, Mémorial* of A flairs, of State, t. Ut, pag. 20. Lond., 1725, in fol.

comme une hérésie toute proposition qui tendait à diminuer les richesses énormes que possédait alors l'Église espagnole (1).

Un autre fait très intéressant prouve combien cet état de choses semblait naturel. En règle générale, le dix-septième siècle fut remarquable en Europe par la naissance d'une littérature séculière qui laissa complètement de côté les théories ecclésiastiques; les écrivains les plus influents, tels que Bacon et Descartes, étant laïques, et les enoemis plutôt que les amis de l'Église, composèrent leurs ouvrages dans des vues purement temporelles. Mais l'Espagne ne profita nullement de ce revirement dans les idées (2). Dans ce pays, l'Église conserva son influence sur les esprits les plus élevés comme sur les intelligences les plus bornées. L'opi-

(i) « Deux millions de ducats, que le clergé possédait sous le régne de Charles V, étaient réputés comme un revenu exorbitant, et an demi-siècle pins tard, lorsque ces revenus s'élevaient à huit millions, on qualifiait d'hérétique toute proposition tendante à opérer quelque modification dans leur accroissement. » Sempere, Monarchie espagnole, t. II, pag. 16.

(2) Dans un ouvrage sur la littérature espagnole, qui a été publié il y a environ soixante et dix ans et qui fit alors beaucoup de bruit, cette singularité est franchement admise, mais elle est plutôt considérée comme un honneur pour l'Espagne, cette contrée ayant produit, nous dit-on, des philosophes bien plus profonds que Bacon, Descartes et Newton, qui, tout capables qu'ils fussent, ne pouvaient se comparer aux grands penseurs de la péninsule. De pareilles assertions venant d'un homme vraiment capable et jusqu'à un certain point compétent, ont une grande importance pour l'histoire de l'opinion, et, comme ce livre est assez rare, j'en donnerai quelques extraits : « Confiesan los Franceses con ingennidad que Descartes fné un novelista ; y con todo eso quieren hacerle pasar por ei promotor de la filosofia en Europa, como si su filosofia se desemejase mucho de la que dominaba en las sectas de la antigfiedad. Su tratado « del Metodo » es nada en comparacion de los libros « de la Corruption de las artes > de Juan Luis Vives, que le antecediô buen numéro de an os. » Oracion Apologética por la Espafla y su mérito liierario por D. J. P. Forner. Madrid, 1786, pag. xi. « No hemos tenido en los efectos un Cartesio, no un Neuton : démoslo de barato : pero hemos tenido justi simos legisladores y excelentes filôsofos pràcticos, que han preferidoel inefable gusto detrabajar en beneficio de la humanîdad à la ociosa ocnpacion de edificar mundos imaginarios en la soiedad y silencio de un gabinete. » pag. 11 1 Nada se disputaba en Espana. » Pag. 61. A la page 143, il compare Bacon à Vives, et conclut en disant (pag. 146) que Vives joignait « una gloriosa superioridad sobre todos lossabios de todos los siglos. ■

nion publique avait une telle force, que les auteurs tenaient tous à orgueil d'appartenir à la profession ecclésiastique, dont ils défendaient les intérêts avec un zèle digne des siècles de ténèbres. Cervantes devint un moine franciscain trois ans avant sa mort (1), Lope de Yega était prêtre; il était également membre de l'inquisition; et en 1623, il assista à un auto-dafé, dans lequel on brûla un hérétique devant une foule immense, en dehors de la porte d'Alcala à Madrid (2). Moreto, un des plus grands auteurs dramatiques de l'Espagne, porta le costume monastique pendant les douze dernières années de sa vie (3). Montalvan, dont les pièces sont encore connues, était prêtre et membre de l'inquisition (4), Tarrega, Mira de Mescua, et Tirso de Molina, auteurs dramatiques de talent, étaient tous les trois membres du clergé (5). Solis, le célèbre historien du Mexique, était également un ecclésiastique (6), Sandoval, que Philippe III nomma son historiographe, et qui est l'autorité la plus compétente pour le règne de Charles Y, était d'abord un moine bénédictin ; il devint ensuite évêque de Tuy, et fut plus tard élevé à l'évêché

(i) Il ne fit profession qu'en 1616, mais il commença à porter le costume en 1613. ■ Tal era su situation el sâbado santo 2 de april (1616) que por no poder salir de su casa hubieron de darle en ella la profesion de la vénérable ôrden tercera de San Francisco, cuyo hâbito habia tomado en Alcalà, el dia 2 de judio de 1613. » Navarre te, Vida de Cervantes, pag. en, préface à Don Quijote. Barcelona, 1839. Même en 1609, dit Navarrete (pag. lui), « se ha creido que entonces se incorporé tambien Cervantes, como lo bizo Lope de Vega, en la congrégation del oratorio del Caballero de Gracia, mien tr as que su muger y su bermana dona Andréa se dedicaban à semejantes ejercicios de piedad en la vénérable ôrden tercera de San Francisco, cuyo hâbito reeibieron en 8 de junio del mismo ano. >

(2) Ticknor, Hist. ofSpanish Literature, t. II, pag. 125, 126, 437, 147, 148.

(3) Idem, ibid., t. II, pag. 374; Biographie universelle, t. XXX, pag. 149, 190.

(4) Ticknor, Hist. ofSpanish Literature, t. II, pag. 276,327.

(5) Idem, ibid., t. Il, pag. 327.

(6) Bouterwek, Hist. ofSpanish Literature, 1. 1, pag. 525. Hais la meilleure description est celle de son biographe qui nous assure de ces deux faits : qu'il reçut t todas las ôrdenes sagradas,* et qu'il était « devotfsimo de Maria santisima. » Vida de Solis, pag. 15, dans Solis, Hist. de la Conquista de Mejico, édit. Paris, 1844.

de Pampelune(l). Davilaje biographe de Philippe III, était prêtre (2). Mariana appartenait à Tordre des jésuites (3) ; et Minana, le continuateur de l'histoire de Mariana, était supérieur d'un couvent à Valence (4). Martin Carrillo était jurisconsulte en même temps qu'historien ; ce qui ne l'empêcha pas d'entrer dansles ordres et de devenir chanoine de Saragosse (5). Antonio, le plus savant bibliographe de l'Espagne, était chanoine de Séville (6). Gracian, dont les ouvrages en prose ont eu de nombreux lecteurs et qui était alors considéré comme un grand écrivain, était jésuite (7). La même tendance se manifestait parmi les poètes. Paravieino fut pendant seize ans le prédicateur favori à la cour de Philippe III et de Philippe IV (8). Zamora était moine (9). Argensola était chanoine de Saragosse (10). Gongora était prêtre (il); et Rioja avait un poste élevé dans Tinquisition(12). Calderon était chapelain de Philippe IY (15) ; et le fanatisme qui ternit son brillant génie était si violent, qu'il

(i) Biographie universelle, t. XL, pag. 319.

(9) « Sacerdote soy. > Davila, HisL de la Vida de Felipe Tercero, lib. 11, pa«. 915.

(3) Biographie universelle, t. XXVII, pag. 48.

(4) /MA, t. XIX, pag. 80.

(5) /MA, t. VU, pag. 919.

(6) /MA, t. H, pag. m

(7) Ticknor, HisL ofSpanish Literature, t. III, pag. 177.

(8) Idem, *MA, t. II, pag. 491 ; t. III, pag. 117, 118*

(9) Sismondi, Literature of tàfi South of Europe, t. II, pag. 34a Lood., 184*.

(10) « Père en fia murio Doa Andrée Marlinei, y anoediole en la Canongia nuestro Bartholome. » Pellicer, Ensayo de una Bibliotkeca. Madrid, 1778, n-4°, pag. 94. tfètait le jeune Argensola.

(11) Ticknor, Hist. ofSpanish IAterature, t. II, pag. 48&

(19) « Occopied a high place in the Inquisition. » Ticknor, 1. 11, pag. 507. « Prit les ordres et ofctiDt on canonkat. » Btog> universelle, t. XXXVIII, pag. 190.

(13) En 1663, Philippe IV • le honré- eon otra Cappellania de hoaor ta sa real Gapill*. > Vida de Calderon, pag. iv, dans Las Comedias de Calderon, édit. Keii, Leipaig,

tût appelé le poète de l'inquisition (1). Son amour pour l'Église était une passion, et il ne reculait devant rien pour avancer ses intérêts. En Espagne, de tels sentiments étaient naturels; mais ils paraissent si étranges aux autres nations, qu'un célèbre critique a déclaré qu'il était impossible de lire sans indignation les œuvres de Galderon (2). S'il en est ainsi, tons les auteurs espagnols de son temps méritent le même mépris. Il était presque impossible de trouver à cette époque un Espagnol qui ne partageât pas ces sentiments, YiHaviciosa lui-même, l'auteur d'un des meilleurs poèmes burlesques en langue espagnole, était non seulement membre de l'inquisition, Mais il enjoignit dans son testament à sa familie et k toua ses descendants de se vouer au service de cette* noble institution, n'importe dans quel poste ils pourraient la servir, ajoutant que tout ce qui lui appartenait était digne de vénération («"). Dans une pareille condition sociale, tout ce qui se rattachait au* intérêts temporels ou scientà-

(1) < Calderon is, in fact, the trne poet of the Inquisition. Animated by a religions faejèng, v*teb il too visible in ail hk pièce», hp. inspires me ooly *ith horrorfbr Uie faitii ^Jtych be professes. » Sismondi, Literaùure of the Soutk of Europe, t. II, pag. 379. Comparez Lewes, On the Spanieh Drama, pag. 176-179.

(2) $a4fi dit : *€aMerqn de la Barea exeike encore pins une sorte d'indifnation, matgvé son génie dramatique qui le mit an dessus de Vega, son prédécesseur. En lisant ses drames sans prévention , vous diriez qu'il a voulu faire servir son talent uniquement à confirmer toi IPtmttei leesuBQMtiUQB! If & plus ikUcnlesde sa nation* » Giogueaé, f/itf . littéraire de l'Italie, t. XU, pag. 499. Paris, 1834.

(3) ». Bntrô enfei ano de 16» â ser Helator dei Consejo de la General Inquisition, onpoi «mptaû sjotîq y deeempeno eontodo bonor mncbos anos, » Et M déclara : « En esta clans d U de su Testament : « Y por qoanto yo y mis bermanos y toda nnestra familia nos nemoe sustentade, auterfeado y pueeto en estado- con las honras y mercede», que nos Ha hqcno ai sauta Qficio dû la Inquisition, à^quien, he»os servido como nuestros antepassados ; encargo afectuosissimamente â todos mis sucessores le sean para siempre los mas respetneses sertidoves y criados, viviendo en oonpackm de a» sanfeo servioio, procnrando adelantarse y senajarse en èi, quanto les fheje possible» en qnalquiera de sus ministerios ; pues todos son tan dignos de estimacion y veneracion. > La JHosquea, por ViUaviciosa, Irologo» paf t »u>édlU NaArid* 177.

fiques était nécessairement impossible. Tout le monde croyait ; personne ne s'enquérait. Dans les classes élevées, chacun s'occupait d'art militaire ou de théologie, et un grand nombre s'adonnait aux deux professions. Les littérateurs se prêtaient volontiers au préjugé dominant. On traitait avec respect, même avec une vénération timide, tout ce qui touchait à l'Église. Des talents qui eussent été dignes d'une meilleure cause étaient consacrés & faire l'éloge de toutes les folies que la superstition inventait. Plus une coutume était cruelle et absurde, plus il se trouvait d'écrivains pour la défendre, sans qu'un seul osât l'attaquer. La quantité d'ouvrages espagnols écrits pour prouver la nécessité des persécutions religieuses est incalculable; et ces livres étaient publiés dans un pays où il eût été impossible de trouver un individu sur mille ayant le moindre doute sur le droit qu'avait l'Église de brûler les hérétiques. Quant aux miracles, qui forment l'autre ressource importante des théologiens, ils étaient continuels au dix-septième siècle, et on ne manquait jamais de les enregistrer. Tous les hommes de lettres tenaient à honneur d'écrire sur ce sujet. Les saints étaient également en grande réputation; leurs biographies étaient innombrables, et étaient écrites avec ce mépris de la vérité qui est généralement le caractère distinctif de ce genre de composition. Tels étaient les topiques qui occupaient les esprits en Espagne. Les monastères, les couvents, les ordres religieux, et les cathédrales se partageaient l'attention publique, et les écrivains leur consacraient d'énormes in-folios, afin d'enregistrer et de laisser à la postérité tout ce qui se rapportait à ces questions intéressantes. Dans le fait, on a vu souvent un seul couvent ou une seule cathédrale avoir plusieurs historiens qui tous luttaient de zèle , et tenaient à honneur de

jeter le plus grand lustre possible sur l'Église et de défendre les intérêts dont l'Église était la protectrice (1),

Telle fut la prépondérance de la profession ecclésiastique et tels furent les hommages rendus aux intérêts ecclésiastiques durant le dix-septième siècle (2). Les Espagnols firent tout ce qu'ils purent pour ajouter au pouvoir de l'Église dans ce siècle même où les autres nations se mettaient pour la première fois sérieusement à l'œuvre avec l'intention de l'affaiblir. Cette malheureuse particularité fut sans aucun doute le produit des événements précédents ; mais elle fut aussi la cause immédiate de la décadence de l'Espagne, car quoi qu'il ait pu arriver à des époques antérieures, il est certain que dans les temps modernes la prospérité des nations dépend des principes auxquels le clergé tout entier doit invariablement être opposé. Sous Philippe II, il acquit une force immense; et sous ce même

(1) • Hardly a convent or a saint of any note in Spain, dnring the sixteenth and ser enteenth centuries, failed of especial commémoration; and each of the religions orders and great eathedrals had at least one historian, and most of them several. The nnmber of books on Spanish ecclesiastical history, is therefore , one that may well be called enormons. » Ticknor, Hist. of Spanish Literature, t. III, pag. 132. Forner nous assnre asseï inutilement, ce dont personne n'a jamais douté, que « los estudios sagrados jamas decayeron en Espana. > Forner, Oraeion Apologética. Madrid, 1786, pag. 141.

(î) En 1623, Howell écrit de Madrid : « Such is the révérence they bear to the cburch hère, and so holy a concert they hâve of ail ecclesiastics , that the greatest Don in Spain will tremble to offer the meanest of them any outrage or auront. » Howell, Letters, édit. Lond., 1754, pag. 138. « The révérence they show to the holy function of the church is wonderfal ; princes and queens will not disdain to kiss a capucin's sleeve or the surplice of a

priest « There are no such sceptics aod cavillers there, as in other places.!

Pag. 496. En 1669, un autre écrivain dit : « En Espagne les religieux sont les maîtres , et remportent sur tout où ils se trouvent. » Voyes Faits en divers temps en Espagne. Amsterdam, 1700, pag. 35. Pour citer une autorité de plus, voyes le tableau que Ton fait de la société espagnole sous le règne de Philippe IV : « No habia familia coq quien no estuvieron entroncados los frailes por amistad ô parentesco ; in casa que les cerrara sns puertas ; ni conversacion en que no se les cediera la palabra ; ni mesa en que no se les obligara & ocupar la primera silla, ni résolution grave entre ricos ô pobres que se adoptera sin su consejo ; y si no tomaban parte en ellas, las satisfacciones domésticas no eran cabales. ■ Rio, Hist. del Heinado Carlos 111, 1. 1, pag. 94.

règne, il signala celle nouvelle ère de son pouvoir, en obtenant, au moyen de circonstances d'une horrible barbarie, l'expulsion de toute la nation maure ; cet acte fut en lui-même si atroce (1) et si terrible dans ses conséquences, que quel* ques écrivains ont attribué à ce seul fait la ruine de l'Espagne; ils oublient que d'autres causes bien plus importantes étaient en fermentation, et que ce crime coloesri ne pouvait jamais être perpétré que (feus un pays qui, étant habitué depuis longtemps à voir dans l'hérésie la plus horrible de toutes les offenses, était préparé pour pvrger la terre à tout prix, en même temps qu'il se délivrait lui méflK des hommes dont la seule présence était regardée çommt une insulte à la foi chrétienne.

Après la réduction du dernier royaume mahométan en Espagne, bien avant dans te quinzième siècle, le grand bat que poursuivirent les Espagnols fut de convertir ceux qu'ils avaient conquis (2). Ils croyaient que l'existence future de tout ua peuple était en jeu» et voyant que les exhortations de leur clergé étaient sans effet, ils eurent recours à d'autres moyens; ils persécutèrent les hommes qu'ils étaient incapables de convaincre. En brûlant les uns, torturant les autres, en les menaçant tous, ils réussirent enfia, et nous avons la certitude qu'après Tannée 1526 il n'y avait plus en Espagne de mahométan qui n'eût été converti au cbrisfia-»

(1) Le cardinal Richelieu, qui n'était pa* très susceptible de pitié, l'appel* «le pia* hardi, le pins barbare conseil dont l'histoire de tons les siècles précédents fasse meatioa • SismencM, /Mal; des Français, t. XXII, pag. W3. Paris, *8».

(î) « Porqne los Reyoe qnerienda, que en todo el Reine foeaen Christianea, emManen à Frai Francisco Ximeoez, que fue Arzobispe de Toleéo i Cardeaal, paraqne los persaadiese. Mas ello», génie dura, pertiaaa, nnewunente conquistada, eatofieron recies» » Meadosa, Guerrar de Granada que ftizo FeUpa II centra foa Af ortagoa. Valenoia, 1776, tarir, pag. 10. L'antear de ce lirre naquit dans les premières années du seisième siècle i Grenade où il Tècut pendant an long laps de temps.

ni&me {1). Un nombre infini fut baptisé de force; mais une fois baptisés, ils étaient censés appartenir k l'Église et ne relevaient plus que de sa discipline (2). Cette discipline, c'était l'inquisition qui l'administrait, et pendant le reste du seizième siècle, elle soumit ces nouveaux chrétiens ou Maures, comme on les appelait alors (3), au traitement le plus barbare. La sincérité de ces conversions forcées était mise en doute; c'était donc l'affaire de l'Église de la mettre à l'épreuve (4). Te gouvernement civil lui venait en aide; ainsi, entre autres ordonnances, Philippe publia un édit en 1566, qui enjoignait aux Maures d'abandonner boutes choses pouvant leur rappeler en quoi que ce fût, leur première religion. Il leur était enjoint, sous des peines sévères, d'apprendre l'espagnol et de jeter tous leurs livres

(t) L'année 1536 vit donc disparaître dans toutes les parties de l'Espagne les signes extérieurs 4e l'islamisme. » Gircourt, Hist. des Arabes d'Espagne. Paris, 4846, t. II, pag. 390. M. Laiuente (Ni*t. de iSspafkb, t. X, pag. 132) dit de 1503 que t desde en t onces, por primera «vw al eabo de écho sêglos, no quedô tin solo habitante en Espana qne esteriormente diera cnlto à Mataoma. • Mais an t. XI, pag. 447, il dit qu'en Tannée 1534 < volvieron immedtaÇameute i sub ritos y ceremonias mustfmicas. » Comme M. de Circonrt connaissait parfaitement tous les matériaux dont s'est serti Lafuente, et que de plus il est bien mieux •fue ce dernier un écrivain critique, il y a toute probabilité que les assertions de M. Gircourt son* les plus exactes.

(S) «Ces malheureux auraient été tous exterminés, s'ils n'avaient consenti à recevoir le baptême. A.» milieu des décombres de leurs maisons, sur les cadavres fumans de leurs femmes, ils .s'agenouillèrent. Les germaaos, ivres de sang, firent l'office de prêtres; l'un d'eux prit un .balai, aspergea la foule des musulmans, en prononçant les paroles sacramentelles, éteint avoir fait des chnétiens. 1,'armée des germanos se répandit ensuite dans le pays environnant, saccageant d'abord, baptisant après.» Gircourt, Hist. des A/robes d'Espagne, t. Il, pag. 175. Voyei aussi pag. 903.

(3) C'était leur nom général, mais en Aragon on les appelait tomadizos, • en lenguaf* imuttaott. t Janer, Qmdwkm de ho$ àtarise&s de Espafta. Madrid, 1857, pag. 36.

(4) iftecifeieron el Sacramento por eomodfdad, no de volnntad, y asi encubrian todo lo poesiMe el viuir y morir en lasecta de Ifahoma, siendo infieles apostatas.» Vanderhammea, FitipeSâgundo, pag. 13. • Porque la Inquisition las eomenxô a apretar mas de lo ordi- «ario. • Ifandwa, Gwerra ée Gmnada, pag. 90. « Poner nuevo cuidado i diligencia en deectbrtr le* «ttivos ëeatoe nombres. * Pag. 36. fit cependant ce même écrivain a l'irapa- .lEHoeiietiéetemer centre la religion mahométane fn'il appelle une religion cruelle. «Cruel i abominable religion aplacar à Dios con vida i sangre inocentei » Pag. 107, 108.

arabes. H leur était défendu de lire dans leur langue native, de l'écrire ou même de la parler dans leurs propres maisons. Leurs cérémonies, leurs jeux, tout était sévèrement prohibé. Défense leur était faite de se livrer aux récréations qui avaient été celles de leurs pères; défense aussi de porter les mêmes vêtements. Leurs femmes devaient sortir sans voiles sur le visage; et comme se baigner était une coutume païenne, tous les bains publics devaient être détruits, comme aussi tous les bains dans les maisons privées (1).

Par ces mesures et d'autres semblables (2), ce malheureux peuple, réduit aux dernières extrémités, se révolta, et en 1568, il prit le parti désespéré de mesurer ses forces

(i) Vanderhammen {Filipe Segundo, pag. 11 Madrid, 1632) nous dit seulement que « por cednla el ano sesenta y seis les mandé dexassen el habito, lengua y costumbres de Moros, y fuessen Christianos y lo pareciessen. » Mais ce qu'on avait prévu c'était « que dentro de très anos aprendiesen los Moriscos à hahlar la lengua castellana, y de alli ade lante ninguno pudiese hablar, leer ni escribir aràbigo en pnblico ni en secreto : que todos los contratos que se hiciesen en aràbigo faesen nnlos : que todos los libres asi escritos los llevasen en término de treinta dias al présidente de la andiencia de Granada para que los mandase examinai-, devolviendoseles aqnellos que no ofrecieran ioconveniente para que los pndiesen gnardar solo dorante los très anos : que no se hicieran de nuevo marlotas, almalafas, cal sas ni otra snerte de vestidos de los qae se nsaban en tiempos de moros; que dorante este tiempo,1as mojeres vestidas à la morisca llerarian la cara descnbierta; qae no nsasen de las ceremonias ni de los regocijos moros en las bodas, sino conforme al nso de la Santa Madré Iglesia, abriendo las puertas de sas casas en taies dias, y tambien en los de fiesta, no haciendo zambras ni leylas con instmmentos ni can tares moriscos, annqne no dijesen en ellos cosas contraria à la religion cristiana,» etc. Janer, Condicion de los Moriscos y pag. 31, 32, ou Ton trouvera d'antres détails que Pon devrait comparer avec Circourt, Hist. des Arabes d'Espagne, t. II, pag. 278,983,459463.

(2) Quelques-unes des résolutions qui furent prises avant 1566 pour humilier les Maures sont énumérées dans Prescott, Hist. of Philip il, t. m, pag. 10, et ailleurs. Sous le règne de Charles V il y eut plusieurs actes de tyrannie locale qui échappent i l'historien général. Un de ces actes de la part d'un évéque espagnol mérite d'être cité : « On le vit pousser l'intolérance jusqu'à faire raser les femmes et les obliger à racler leurs ongles pour en faire disparaître les traces du henné, cosmétique inoftensif dont il abhorrait l'usage, en raison de ce que les Arabes l'avaient introduit. » Circourt, Hist. des Arabes d'Espagne, t. II, pag. 226.

contre toute la monarchie espagnole. Le résultat ne pouvait guère être douteux ; mais les Maures, exaspérés par les souffrances et risquant le tout pour le tout, prolongèrent la lutte jusqu'en 1571, époque à laquelle l'insurrection fut enfin maîtrisée (1). Cette lutte infructueuse avait diminué et leur nombre et leurs forces; aussi, pendant les vingt-sept années qui restaient au règne de Philippe II, on n'entend presque plus parler d'eux. Il est probable que, malgré des échauffourées partielles, les vieilles animosités se seraient calmées et avec le temps auraient entièrement disparu. 11 n'y avait dans tous les cas aucun prétexte pour que les Espagnols usassent de violence, car il était absurde de supposer que les Maures, affaiblis de toutes parts, humiliés, découragés et épars dans tout le royaume, eussent pu, l'eussent-ils désiré, rien entreprendre, en présence des ressources du gouvernement.

C'est après la mort de Philippe II que commença le mouvement que j'ai décrit tout à l'heure et qui, contrairement à ce qui se passa chez les autres nations, assura au clergé espagnol, au dix-septième siècle, un pouvoir plus grand que celui qu'il avait eu au seizième. Les conséquences ne se firent pas attendre. Le clergé trouva bientôt que les mesures prises par Philippe contre les Maures n'étaient pas assez dé-

(i) La scène qui la termina en mars 1571 est habilement décrite dans Prescott, Hist. of Philip III, t. III, pag. 148-151. Le snperbe courage des Maures est attesté par Mendoxa dans son histoire contemporaine de la guerre; mais lorsqu'il raconte les horribles outrages qu'ils commirent, nous n'en doutons pas, il ne fait point la part des provocations intolérables et sans cesse répétées qu'ils eurent à supporter pendant un temps indéfini de la part des chrétiens. Ce qu'il dit d'une des batailles est fort curieux , et je ne me rappelle pas l'avoir vu nulle autre part. « Fue porfiado por ambas partes el combate hasta à las espadas, de que los Mores se aprovechan menos que nosotros, por tener las suyas un filo i no herir ellos de punta. > Mendoxa, Guerra de Granada, édit. in-4*. Valencia,

cimes, et même pendant sa vie, il songea au règne suivant sous lequel il espérait voir ces chrétiens dé sincérité douteuse détruits complètement ou du moins chassés de l'Espagne (1). Tant que Philippe fut sur le trône, la prudence <fo gouvernement mit en quelque sorte un frein à l'ardeur de l'Église, et le roi, écoutant en cela les conseils 4e ses ministres les plus capables, refusa d'adopter des mesures auxquelles on le poussait et auxquelles son propre caractère te portait également (2). Mais comme on l'a vu déjà, sous

(t) 11 donna nue preuve de me espérances le jonr même de la aoifcsauee de Philippe III en 1578 : « Predicando en nn iugar de Aragon, todo de Moriscos, Ilamado Ricla, ô Torellas, nn religioso, Ilamado Vargas, el mismo dia, que naciô sn Magestad, Viendo ôl poco frnto, que hacia con sas sermones, diio, como en Prdfseia, à aqeella gente rebelde : Paeea© despedir de vaestros pechos esta infernal secta, sabed, qne na hacido en Gastilla un Principe que os ha de echar de Espana. ■ Porreno, Dichos y Hechos de Phelipe III y dans Yanez, Memorias. Madrid, 1738, pag. 9At, et à peu près dans les mêmes termes dan* Janer, Condition de los Moriscos, pag. 60. M. Prescott, dans soo Hist, de Philippe II, t. III , pag. 139, cite une lettre MS. de don Juan d'Autriche à Philippe ÏI , écrite en 159b, qai établit que les moines prêchaient ouvertement contre la doneeur avec laquelle te roi traitait les Maures : « Predicaudo en los pùlpitos publicamen te contra labenigoidad y clemencia que V. M. ha mandado usar con esta gente. ■

(2) Dans un ouvrage publié récemment et d'une autorité incontestable, on nie que Philippe II ait eu le désir de chasser les Maures. « El câracter austero y la sevefridad de Felipe II redundabaD en favorde los Moriscos, porque no daba oidesà las instisacioaesdè al go nos personajesquesenalaban la expulsion gênerai como unico remedio eficaz para los maies que ofrecia al pais aquella desventurada raza. Acababa el monarca de tocar los tristes resnltados de una emigraclbn por las funestas eonseouenoî* de la fiespobtaoion dei reinb granadino, y preferia eontinnar en la sendA de la concUiacion, procurando de nuero la ensenanza de los con versos. ■ Janer, Condition de los Moriscos. Madrid, 1889, pag. 59. Mais, sans nous attacher à ce qu'il y a de contraire dans cette assertion à tout ce que nous savons sur le caractère de Philippe , nous avons dans le sens opposé sur cette question le témoignage de l'archevêque de Ribera, qui a eu de fréquentes communications avec 4e toi sur ce sujet et qui dit positivement que le roi désirait l'eiputsion des Maures hors d'Espagne. «El hecharlosMoros des te Reyno,ha sido cosa muy desseadà, y procarada, por los Repas

Predecessores del Rey nuestro Senor, aunque no executada. » « El Rey Don Felipe

Segundo, nuestro Senor, despues de suceder en estos fteynos, iweo el mismo desseo; y assi mandé, que se juntassen los Preiados deste fteyno para basear wmedio el an* de 1568; siendo Arçobispo desta Metropoli el Reverendfssimo Don MernandO de Lloases. Hisierons* en aquella Junta algunas Gonstituciones de considérai**. Visto qfeetto aprovechaba*, mandé el ano 1587 que se hiziesse otra Junta, en Ta quai fnè hrtUéyo ;anadknos tambien algunas nue vas Gonstituciones. Y constando à su Magestad que no era batftaotes : tas

son successeur, le clergé prit de nouvelles forces et bientôt il se sentit assez puissant pour entreprendre une dernière croisade contre les misérables restes de la nation maure (1). L'archeyêque de Valence fut le premier à entrer en lice. En 1602, cetéminent prélat présenta à Philippe un mémoire contre les Maures; ses idées furent soutenues franchemeut par le clergé, la couronne ne les découragea point; aussi pour arriver à frapper le coup, présenta-t-il un autre mémoire sur le même objet (2). L'archevêque parlait comme un homme que son rang, son autorité, mettent en position d'être le représentant naturel de l'Église espagnole. Il affirmait au roi que tous les désastres qui avaient accablé la monar-

diligencias passadas, y que siempre perseveraban en su heregia, se resolvia de Mandarlos hechar del reyno, 6 por lo menos meterlos dentro de la tierra.» Ximenez, Vida de Hibera. Roma, 1734, in-4% pag. 419, 420. Cet important passage ne laisse aucun doute quant aux sentiments réels de Philippe, à moins que nous ne prenions sur nous d'affirmer que Ribera a sciemment fait un mensonge. 11 est assez étrange qu'un livre qui contient un passage aussi remarquable soit inconnu de M. Janer et de M. Lafuente.

(1) « El rey Felipe III , nombre de rudo ingenio , se dejaba gobernar con facilidad ppr aquellos que sabiendos los temores de su conciencia, se aprovechaban de su imbecilidad para conseguir cuanta querian.Muchosecclesiâsticos,recordando las expulsiones dejudios y Moros ejecutadas de ôrden de Fernando é Isabel , y conociendo que à Felipe III , séria agradable imitar à estos monarcas, le aconsejaron que condenase ai destierro à todos la ley mahometana, sino que tenian tratos con los Tnrcos y entre si para buscar sus libertades por medio del rigor de las armas. > Castro, Decadencia de Kspana. Cadix, 1853, pag. 101, 102.

i2) Ces mémoires sont imprimés comme appendices à la vie par Ximenes. Voyez le livre très curieux ayant pour titre Vida y Virtudes del Vénérable Siervo de Dios D. Juan de RiÇera, por el R. P. Fr. Juan Ximenes. Roma, 1734, in-4% pag. 367-374, 376-393. Cet ouvrage est, je crois, très rare ; il est certain que j'ai fait de vains efforts pour m'en procurer un exemplaire d'Espagne ou d'Italie, et, après plusieurs années de recherches infructueuses, j'ai trouvé celui que je possède à présent dans l'étalage d'un bouquiniste. M. de Circourt, dans sa savante histoire des Arabes d'Espagne, ne semble pas en avoir eu connaissance, car il se plaint de n'avoir pu se procurer les ouvrages de Ribera, dont il ne cite par conséquent les mémoires que de seconde main. Circourt, Hist. des Arabes d* Espagne. Paris, 1846, t. III, pag. 168, 351. yTatson ne parait pas l'avoir connu non plus, quoique, comme M. de Circourt, il renvoie à la vie d'Escriva par Ribera. Walson, Philip 111. Lond., 1839, pag. 214-221. Ged des donne un extrait de ces mémoires; ce savant et exact écrivain a la mauvaise habitude de ne point indiquer les sources de ses informations. Geddes, Tracts. Lond., 1730, 1. 1, pag. 60-71.

Page 1