I. Trêve de Dieu, chevalerie, expéditions
d'outre-mer.
TpêTC de Dieu. — Vers le milieu du x® siècle, comme il Ti y avait ni justice publique, ni tribunaux réguliers, et que le droit du plus fort était le seul droit, les guerres entre seigneurs étaient devenues si fréquentes et si dévastatrices, les champs avaient été si souvent ravagés et la population rurale si cruellement traitée, qu'à certains moments la France faillit mourir de faim. On subit des famines atroces pendant lesquelles on mangea, on étala sur les marchés de la chair humaine, et les bois se peuplèrent d'anthropophages. Aux famines succédaient régulièrement des pestes. Des maladies inconnues s'abattaient sur le peuple *.
A la fin du x» siècle, les excès de tous genres avaient rendu la situation intolérable, même pour ceux qui en étaient les auteurs. La misère des campagnes était montée
1. C'est à ce moment que la plupart des hisjtoriens placent ce qu'ils appellent la « {erreur de l'an Mil » ; mais on sait aujourd'hui que Tan Mil a ressemblé aux années qui ont précédé et suivi, que son attente n'a inspiré aux populations aucune émotion particulière, et que son approche n'a été signalée ni par un redoublement de piété, ni par moins de fureur dans les guerres privées. C'est pl'utét dans les années qui suivirent qu'une certaine •amélioration se produisit.
jusqu'aux châteaux. Alors les plus violents prirent peur. Il» consentirent à prêter l'oreille aux objurgations de l'Église^ Dès 994, à plusieurs reprises, des assemblées d'évêques, decomtes, de barons, avaient essayé d'imposer la « Paix de Dieu », c'est-à-dire la substitution de tribunaux d'arbitres au régime de la guerre permanente, ou tout au moins la « Trêve de Dieu ». Les plus célèbres de ces assembléesfurent celles de 1033 en Aquitaine et de 1041 dans la Pro^ vence.
Un grand nombre de seigneurs, d'abord dans le mîdi^ ensuite dans le reste de la France, consentirent à jurer la « Trêve de Dieu ». Ils s'engageaient à suspendre les hostilités, chaque semaine, depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin; à respecter également les grandes fêtes, TA vent de Noël, le saint temps du Carême ; à ne s'attaquer en aucun temps ni aux églises, ni aux cimetières, ni aux personnes des clercs et des moines désarmés; à ne plus massacrer les laboureurs. Quiconque manquerait à ses engagements serait tenu de « composer », c'est-à-dire de payer une amende. Sinon, il serait excommunié par les évêqueset frappé de la mise au ban par les seigneurs laïques. De 1042 à 1050, une série de conciles essayèrent d'étendre aux diverses provinces de France le bienfait de cette trêve.
L'Eglise recueillit le bénéfice de cette initiative. Partout la piété renaissante multiplia les donations, les constructions d'églises et de monastères. Alors s'élevèrent de magnifiques cathédrales, qui annonçaient la naissance d'un art nouveau. Guillaunie le Conquérant, des dépouilles de l'Angleterre, bâtit, dans sa bonne ville de Caen, l'abbaye des Dames et l'abbaye Saint-Étienne. Foulques le Noir, qui brûlait une église dans le sac de Saumur, criait à saint Florent, pour apaiser son courroux : « Je t'en rebâtirai une plus belle dans Angers, » et il fut en effet un grand bâtisseur d'églises et de monastères.
Chevalerie. — En même temps, la rudesse et la sauvagerie des mœurs militaires tendent à s'adoucir -par l'éducation chevaleresque. C'était un ancien usage germanique que le jeune homme, à l'âge de quinze ans, était armé par son père ou par quelque chef dans rassemblée des hommes libres.
A l'époque féodale, c'était ordinairement dans la cour du château de son père, ou du seigneur qu'il servait comme écuyer, que le jeune noble recevait ses armes. Celui qui lui donnait « ses premières armes », lui appliquait un coup de poing sur la nuque (c'est ce qu'on appelait la collée) et lui disait : « Sois preux! » Puis le nouveau chevalier, •armé de toutes pièces et monté sur un cheval de guerre, allait renverser de sa lance une quintaine, c'est-à-dire un mannequin revêtu d'une armure. La cérémonie était fort simple et avait quelque chose de rude et de grossier.
Puis l'Église, vers le xn^ siècle, intervint. Elle fit de l'armement d'un chevalier, comme du couronnement royal, un sacrement. A l'antique cérémonie germaine, elle mêla des cérémonies religieuses et des symboles mystiques. Elle déclara qu'il y avait « une grande ressemblance entre l'office du chevalier et celui du prêtre ». Le futur chevalier se préparait à son « ordination » par un bain, symbole de pureté, par un jeûne de vingt-quatre heures, par une nuit passée à i'église, ce qui s'appelait la u veillée des armes », par une confession, faite souvent à haute voix, par la communion. Le lendemain, il assistait à une messe et entendait un sermon sur ses devoirs : pureté, probité, fidélité, protection de l'Église, de. la veuve et de l'orphelin, des dames, et en général de tous les opprimés. Puis le prêtre bénissait l'épée et les pièces de l'armure. Un chevalier faisait jurer au récipiendaire d'accomplir fidèlement tous ses devoirs. Alors il le frappait du plat de l'épée sur l'épaule et prononçait la formule : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit, je te fais chevalier ». Puis il l'embrassait et lui ceignait l'épée. Les parrains, qui assistaient le néophyte à ce baptême militaire, lui chaussaient les éperons d'or, insignes de la chevalerie. Des seigneurs et des dames le revêtaient des autres pièces de l'armure. Il montait à cheval et allait caracoler devant le peuple et « courir la quintaine ».
Le même symbolisme apparaît dans la dégradation du chevalier félon, qui a manqué à ses devoirs. On le dépouille de ses armes, qui sont brisées sous ses yeux, de ses éperons, qui sont jetés sur un tas de fumier, de son bouclier, qui est attaché à la queue d'un cheval de labour.
Éducatioii chevaleresque. — Parfois le jeune noble, de sept à quatorze ans, allait vivre dans le château du suzerain ou de quelque puissant seigneur. Il faisait auprès de lui Toffice de serviteur, honorable dans les idées d'alors. Ea même temps il apprenait le métier des armes. Vers quatorze ans, il passait « écuyer » et quittait le château pour chercher la gloire dans les aventures. Parfois, mais surtout vers la fin du moyen âge, il adoptait Tanneau de fer des anciens braves, signe d* « emprise n ou d' « entreprise » *. Il ne le déposait qu'après avoir accompli quelque exploit et mérité d'être armé « chevalier ».
Son éducation militaire eût été incomplète s'il ne s'était pénétré de ses devoirs de courtoisie envers les dames ei envers ses égaux, et s'il n'était versé dans la gaie science, c'est-à-dire dans l'art de faire des vers et de les chanter en s'accompagnant d'instruments.
La chevalerie établissait entre tous ceux qui en étaient revêtus, à quelque nation, à quelque classe de la noblesse qu'ils appartinssent, un lien de fraternité. Le plus pauvre chevalier était, à ce titre, l'égal du puissant monarque. Il y avait un code des devoirs et des bienséances observé partout noble digne de ce nom. Toute l'éducation et toute la civilisation féodale a tenu dans la chevalerie. Ses principess'imposent encore aujourd'hui à la société qui est issue de la société féodale : nous avons hérité d'elle le sentiment du « point d'honneur », inconnu aux peuples de l'antiquité classique.
La chevalerie plia les plus violents de l'âge féodal à cer^ taines règles de conduite : c'était une honte de s'attaquer aux femmes et aux faibles, un devoir de les protéger. Quiconque manquait à la foi jurée, à la parole données quiconque attaquait son ennemi pendant une trêve ou san, lui avoir déclaré la guerre, quiconque employait contre lui des moyens perfides, des armes déloyales ou des sortilèges, était réputé « félon ». Une sorte de droit des gens amortit la fureur des guerres : inviolable était le guerrier qui se
1. C'était un ancien usage germain que de se faire river aux jambes un anneau de fer comme en portent les prisonniers. Les guerriers faisaient vœu de ne le déposer qu'après avoir vaincu quelque ennemi..
LES CROISADES I8t
hasardait dans le château ou dans le camp de son ennemi sous la garantie de sa parole; inviolable le « héraut », ou messager qui venait apporter une déclaration de guerre. On devait le traiter courtoisement et le renvoyer avec des présents. Sur le champ de bataille, dans la plus grande ardeur du combat, on épargnait les hérauts*
Les hérauts , dont les chefs s'appelaient des rois d'armes, formaient une corporation assez semblable à celle des anciens bardes. Ils connaissaient les armoiries de tous les nobles et en donnaient aux nouveaux nobles. Revêtus de leurs « cottes » armoriées, ils portaient les messages entre les combattants, décidaient à qui appartenait la victoire, disaient impartialement quelle chevalerie avait été « la mieux faisante », comptaient sur le champ de bataille les morts et les blessés, consignaient par écrit les exploits des vaillants pour Pédification des braves à venir. Plusieurs de ces hérauts nous ont laissé d'intéressantes chroniques et ont été comme les historiens autorisés de la féodalité.
Expéditions d'ouCre-mer s An§fleterre, Deox-SieileA, Portagai. — En 1066, Guillaume le Bâtard, duc de Normandie , débarque dans la Grande-Bretagne, bat et tue, à Hastings, le roi des Anglo-Saxons, et devient roi d'Angleterre. L'armée de soixante mille hommes qu'il avait transportée au delà de la Manche, ne se composait pas seulement de Normands, mais d'Angevins, de Manceaux, de Tourangeaux, de Français de toutes les parties de la France, même d'étrangers. Elle ne se composait pas seulement de chevaliers, mais d'aventuriers, de vilains, armés de la lance, de l'arc ou de la fronde. Or tous ceux qui firent partie de l'armée conquérante eurent part aux dépouilles des vaincus : des prêtres français occupèrent les sièges épiscopaux, des moines français furent abbés des couvents, des bourgeois français s'installèrent dans les villes, des seigneurs et des chevaliers français reçurent en fiefs les terres. De simples paysans français devinrent des seigneurs, eurent des châteaux. Des manants à noms roturiers, comme Bonvilain, Troussebout, Guillaume le charretier, Hugues le tailleur, devinrent la tige de nobles familles. Ainsi la conquête de Guillaume amena une sorte de colonisation de l'Angleterre par la race française.
R. Civil. T. I. {{
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Cette conquête devait avoir une influence directe sur Ta transformation de la royauté française. Le roi de France avait maintenant devant les yeux un autre modèle que l'empereur de Rome : la royauté, teUe qu'il pouvait la rêver, était alors, jusqu'à un certain point, réalisée de l'autre côté de la Manche. Là, la royauté au lieu de se trouver en présence d'une féodalité antérieure à la dynastie, avait affaire à une féodalité qui était sa création. Tous les nobles anglais tenaient effectivement et réellement leur fief du roi, soit par donation, comme les chevaliers de la race conquérante, soit par restitution, comme les propriétairesde la race conquise. A tous, il pouvait dire : Qui t'a fait comte? Aucun ne pouvait lui répondre : Qui t'a fait roi?
C'était lui-même qui d'abord s'était fait roi et qui ensuite avait créé les nobles. Il ne les avait pas créés assez: puissants pour qu'ils pussent lui porter ombrage. Les comtes eux-mêmes ne possédaient pas leur comté, maisbien des territoires épars, sans lien entre eux, formant non pas un état, mais simplement un « honneur ». Dans le comté, le personnage puissant, ce n'était pas le comte,, mais le vicomte ou shérif, simple fonctionnaire, homme du roi, et révocable par lui. Le plus grand nombre des^ nobles anglais n'étaient que des « barons ». Lors même qu'ils avaient des vassaux, le roi s'était réservé l'hotninage direct de ceux-ci. Il était non seulement le suzerain, mais^ le souverain de tous. Il recrutait ses armées, sans aucun intermédiaire, de tous les hommes libres de l'Angleterre. Sur l'Église anglo-normande, enrichie par lui des dépouilles des vaincus, il exerçait une autorité presque absolue.
L'Angleterre présenta donc à la France le modèle d'un pouvoir fort avant de lui offrir, par la suite, des exemples de résistance à l'oppression.
En 1053, d'autres Français, d'autres Normands, conduitspar Robert Guiscard et Roger, fils de Tancrède de Hauteville,. avaient commencé la conquête de l'Italie méridionale et de la Sicile. Ils en chassèrent les Arabes et les Grecs, et y attirèrent beaucoup de chevaliers ou de roturiersfrançais auxquels ils distribuèrent des fiefs. C'est ainsi que se fonda, en 1130, le royaume des Deux-Siciles.
Dès 1095, le roi de Castille, Alphonse VI, qui luttait péni-
LES CROISADES iSd^
blement contre les Arabes d'Espagne, fit appel à la chevalerie de France. Parmi ces nouveaux auxiliaires, se distingua Henri, fils du duc capétien de Bourgogne. Il épousa une^ fille d'Alphonse, conquit d'abord sur les infidèles un petit pays sur les bords du Minho, puis s'étendit vers le sud, remporta dix-sept victoires et fonda ainsi, en 1143, le royaume de Portugal *.
IL Les Croisades.
Les Croisades. — Les expéditions d'Angleterre, des Deux-Siciles, de Portugal, avaient porté le nom, la langue, la race , les institutions françaises en des régions qui, à cette époque, pouvaient être considérées comme lointaines. Elles eurent des résultats considérables pour la France elle-même, comme pour les pays conquis. Les Croisades (de 1095 à 1270), qui furent des expéditions analogues, mais plus lointaines et dans des proportions plus vastes, eurent des résultats encore plus grands.
La première (1095-1099), la seconde (1U7-1149), la troisième (1189-1192), la sixième (1228-1229) croisades, eurent pour objet la conquête ou la conservation de la Palestine. La quatrième (1202-1204) aboutit à la conquête de l'empire grec. La cinquième (1217-1221) et la septième (1248- 1249) furent dirigées sur l'Egypte. La huitième (1270) conduisit Louis IX sous les murs de Tunis. Ainsi toutes les contrées que baigne la Méditerranée orientale furent successivement envahies. De la mer Adriatique à l'Euphrate, de risthme d'Egypte au golfe de Tunis, tout retentit des armes françaises.
Civilisations ^ecqae et arabe. — Dans ces vastes contrées, il y avait à distinguer deux races, deux religions, deux civilisations.
D'une part, étaient les pays de race grecque, appartenant à rÉglise grecque. Cette Église avait conservé la langue grecque dans sa liturgie et beaucoup d'usages du
1 Ce nom de Portugal, qui vient de l'ancienne ville de Portus gallicus (aujourd'hui Oporto), rappelle que, bien des siècles avant les Français d'Henri de Bourgogne, nos ancêtres les Gaulois avaient paru dans ce^ régions.
christianisme primitif : encore aujourd'hui, elle admet le mariage des prêtres et la communion sous les deux espèces. Elle ne reconnaissait pas la suprématie du pape de Rome et, en 1054, venait de rompre solennellement avec lui. Elle s'intitulait elle-même Église orthodoxe, mais l'Église latine la flétrissait du nom de « schismatique ». Presque tous les peuples de race, de langue et de religion grecques obéissaient à « l'Empire romain d'Orient » où Empire grec, qui avait pour capitale Constantinople. On l'appelait encore Empire byzantin, parce que Byzance était un autre nom de Constantinople. Les Grecs du moyen âge sont donc aussi les byzantins.
D'autre part, beaucoup de pays qu'avait autrefois possédés l'Empire grec, qui avaient parlé la langue grecque et avaient appartenu à l'Église grecque, tels que l'Egypte, la Syrie, l'Asie Mineure, avaient été conquis par les Arabes. Leur religion , qui était l'islamisme uu doctrine de « l'abandon à la volonté de Dieu », prêchée au vii« siècle par Mahomet, s'était imposée à la plus grande partie de la population, tandis que l'autre partie était restée fidèle à l'ancienne religion. Ces pays ne constituaient pas, au XI® siècle, un empire unique : l'Asie Mineure formait une sultanie turque, celle d'Iconium; la région de l'Euphrate obéissait au khalife de Bagdad; l'Egypte à la dynastie arabe des Fatimites. L'Afrique du nord, qui avait appartenu autrefois à l'Empire romain d'Occident, obéissait à diverses dynasties arabes dont la plus importante était celle des Aglabites de Tunis. Les Français d'alors se souciaient peu de ces distinctions entre Turcs ou Arabes. Ceux-ci s'appelaient musulmans ou « croyants », mais les croisés les traitaient tous également de sarrasins, d'infidèles, et même de « païens ».
La civilisation de l'empire grec n'était que la continuation de la civilisation antique. Il avait conservé le droit romain, les ouvrages des écrivains et les chefs-d'œuvre des artistes grecs et romains. Constantinople était l'héritière directe, à la fois, d'Athènes et de Rome.
La civilisation des Arabes procédait aussi de la civilisation antique. Les Arabes étaient un peuple admirablement bien doué qui, après la conquête, s'était mis à étudier les
livres des vaincus ; mais, tandis que les Byzantins s'étaient bornés à conserver l'héritage de l'antiquité, les Arabes l'avaient augmenté. Us avaient fait faire aux sciences des progrès notables. La civilisation arabe était donc alors, plus encore que la civilisation grecque, fort supérieure à la nôtre. Les Arabes étaient un peuple non seulement belliqueux , mais généreux. Ils professaient une sorte de chevalerie et, si les Français avaient connu leur poème d'Antar, ils auraient été étonnés d'y retrouver les mêmes sentiments de bravoure et de courtoisie que chez eux-mêmes.
Les Français, comme les autres peuples de l'Occident, ne connaissaient presque rien, avant les Croisades, de la civilisation grecque, ni de la civilisation arabe. Ils méprisaient les Byzantins comme un peuple dégénéré, dénué de vertus militaires, et les Sarrasins comme un peuple barbare. Sous l'influence de leurs préjugés religieux, ils haïssaient les Byzantins comme schismatiques et les Sarrasins comme infidèles.
États fondés par les Croisés. — Dans les pays conquis par les Croisés, ceux-ci fondèrent des états chrétiens, suivant le modèle féodal. La première Croisade amena la création en Palestine de quatre états principaux (1099) : le royaume de Jérusalem, la principauté d'Antioche, les comtés d'Édesse et de Tripoli, sous la suzeraineté desquels se constituèrent nombre de seigneuries. Au moment où ces états commençaient à décliner, l'île de Chypre devenait un royaume français, sous la dynastie des Lusignan (1191). La quatrième croisade, qui renversa l'empire grec (1204), établit un Flamand, Baudoin, comme empereur de Constantinople ; un Piémontais, Conrad de Montferrat, comme roi de Macédoine; un Champenois, Villehardouin, comme prince de Morée ; un Bourguignon, Othon de la Roche, comme duc d'Athènes ; et , sous ces principaux états, quantité de fiefs français. Les Français avaient fourni aux Croisades le plus fort contingent de guerriers; aussi les Orientaux donnèrent ce nom à tous les Croisés : encore aujourd'hui, en Orient, tous les Européens sont confondus sous l'unique dénomination de « Francs ».