I. La vie militaire
Tpansformatioii de rarmemeiit. — La guerre au moyen âge est le fait des nobles. Ils sont nés et élevés pour elle ; c'est leur métier et leur plaisir; les chants des trouvères les y excitent et le sourire des dames les y convie. Le guerrier par excellence, c'est le noble, le cavalier. Le vilain, si on le mène à la guerre, n'est soldat que par occasion; il sert à pied, forme la piétaille, la ribaudaille. Le luxe, l'orgueil, la sécurité du noble, ce sont ses armes. Lui seul est réellement « armé ». Pour l'offensive, il a d'abord sa longue lance, son épée de bonne trempe, sa hache d'armes, sa masse ou son marteau d'armes dont il fracasse les armures, sa dague ou poignard de miséricorde dont il achève Tennemi tombé. Au piéton on laisse la pique *, l'épieu de bois durci au feu, le coutelas et les armes de trait : l'arc et les flèches, la fronde et les pierres.
Du xi® * au xifl® siècle, le chevalier est couvert d'une cotte
1. La piqae présente de nombreuses variétés : fauchart, guisarme, voulge, godendac; plus tard, hallebarde, pertuisane, langue de bœuf. Le piéton a ^Qsn des armes contondantes : de grands marteaux, le fléau d'armes, le goupillon à plusieurs chaînes de fer garnies de boules de fer, la plommée &vec des boules de plomb. Aux mercenaires allemands ou suisses on emprun- ^ra plaa tard la longue épée à deux mains, hante comme un homme, et l'étoile du matin, boule de fer hérissée de pointes et rattachée au manche par une chaîne de fer.
2. Avant le xi* siècle, on portait des broignes (du mot latin bruniai cairwse), formées d'un pourpoint de drap ou de peau, sur lequel étaient cousus «les anneaax ou des plaques de métal.
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de mailles, souple, flexible, assez légère» enveloppant la tête, tombant jusqu'aux genoux : c^est le Kaubert, que le<^ chevaliers se réservent exclusivement, Tinterdisant aux simples écuyers ^ Des manches en mailles et des ohausses en mailles garantissent les bras, les jambes et les pieds. Par-dessus le haubert, un casque pointu coiffe la tête, et, avec une languette de fer appelée nasal, protège le nez. Ce casque léger est ensuite remplacé par le heaume. boîte de fer qui ne laisse pour respirer qu'une ouverture grillée, et que surmonte la GouFonae, le .panache, ou des ailes d'oiseau de proie, des cornes de buffle, parfois une figure humaine. Au cou est suspendu le bouclier armorié qui s'appelle rondache s'il est rond, écu s'il est en pointe. targe si la pointe est arrondie, pavois s'il a de grandes dimensions. Le cheval aussi est garni d'une housse de mailles.
Bientdt s'opère dans rarmement . offensif de rioffanterie une transformation qui amène lune transformation correspondante dans l'armement défensîf du chevalier.
La fronde, qui était l'arme de la piétaille de dernier ordre, cesse de figurer dans les armées françaises à partir -de saint Louis. Bien que l'arc se Tnaintienne pluaieurs sièdtes encore, le fantassin du xit« siècle commence à s^armer de l'arbalète, dont la corde est tendue au moyen <i'«n mécanisme appelé cranequin et qui lanoe, avec pihis de raideur que Tare, des 'flèches plus courtes, plus meurtrières, appelées viretons, carreaux ou carrelets. C'est une arme terriHe, qui effraye les plus braves et que de «concile de Latran, en 1139, défend d'employer contre les chrétiens. 'Elle perce les boucliers et les chemises de maille. Au xrv» siècle, dlle s'est substituée presque complètement à l'arc.
Le noble cavalier est obligé de modifier en conséquence son armure. Il conserve le heaume de fer, mais celui-ci prend des proportions énormes, car il iaut qu'il contieitte non seulement la tète, mais une coiffe épaisse et intitelassée, destinée à amortir les coups. 11 renonce au iiaubert
1 . Dans la célèbre Tapisserie de la reine Mathilte 4|ui, dans lue Miie de deseiiiB, pepréseote -la oonquéte de l'Angleierre par Gaillaïune et qni est conservée aujourd'hui an musée de Ba^ux, îles -guerriers iiiiiiimiiiI' portent soit des broignes, soit des hauberts..
LA' ym MILITAIRE 4^
p«ar se couYriT la poitirine d^un« épaisse cuirasse de- fer, S1IF laNfoefle- s^articulent une- g^rgerette de fer, des épaulièPês^ et des brassards composés' de plaquer de fer, une etéiHére pour'gavantir le coudie, des tasseUies ou tuiles de fer, fbTmaiil? quatre rangs de plaques, qui protègent? la ceintuue^ le i^entpe et les kanehes. Le» cuisses sont' garnies de cm»9ard9 àe fèr, qœ des genouillères de fer rejoignent à de» jambières de fer et au de» solercts ou souliers- en lisimes articulée». Le» maim sent ntunies de gantelets, de fer à doi^» sépaa^è». Le' cheval aussi est bardé de fer : les plaques de fier' du efmnffrem. et des^ b«rdes couvrent son front et son poitrail. La selle, haute- et massive, est en fer. C'est ce qu'on appelle être « armé de toutes pièces ».
Pour pooter l'aumune- de rhoaune- et Farmure de la bète, iL faut renoncer au?& cheraux de»: croisades, aux élégants- coursiers arasbes ou demi-sang* arabe. Otn montesuc des bétes' énojnnesy de irace boulonnaiBe ou perche^ romev semblables à nos cheva'Uix d^omnibus; Ni Thomme ni Manimal^. ainsi alourdi», n'ont les mou^^emenibs bien faeiie»; Quand cette montagne vivasite- de métaL est lancée ai» galopr^ nulle piétaille ^ ne peut lui résisteir; mai» si le cheval s'abat, impossible au cavalier de se relever. Il est li^ré sans défense ao fentaeaiQi qui introduit- quelque cou^ leks pas une artiemfcation; de Farmure et Fégorge imfiunément.. Ainsi- périrent les- briliaoïts chevaliers des batailles de €o«urtray, de- Crécy, de Poitiers, d'Azinoourt, exterminés par 1«» vilain» de Flemdre ou d'Aingl^teirre.
Du moins ces aranunes pesante» sont à Féprenve de Farbaâète*,. et les meiyens défensiifef répondisnt aux: moyens ofRensi£». Mai» voici qu'à partir du mv»" siècle d'autres &nnes' offensives apparaissent, et contre cMles4& on a beau épaissir les plaques de fer et alourdir les> armures, jusqu^à écvaser FfaisiBiiHe et le* dieval K Ge sent les armes à feiu qui eotosnst en; sGèae. ^
1. J'anienda un» piôteille sans orgaiiigation;.Gar au -contraire toute inlaD* terie oi^anisée, archers anglais, bourgeois des Flandres, brigands des grandes compagnies, jmisiraires^ turcs; est presque sûre de vaincre la cuvaierie- féodale.
S. Au xvx* siècle encare, La Noue se plaint que le chevalier soit «< chargé d'enclumes plat6t que couvert d'une armure »- et qu'un homme dans la forer dOF ^Age^ en ait «< le^épavlee entièrement estropiées* » ..
Les armes k feu, FartilleFie. — La poudre à canon des Chinois, des Byzantins, des Arabes, celle qu'ont connue Marcus Graecus, Roger Bacon et Albert le Grand, resta longtemps une substance peu dangereuse ; elle fusait plutôt qu'elle n'éclatait. Ce sont les Arabes qui la transformèrent en trouvant moyen de purifier le salpêtre qui entrait dans sa composition. De plus, ils s'avisèrent de l'introduire dans des tubes pour chasser des projectiles : en 1273, Abou-Yousouf, sultan du Maroc, assiégeant une ville, emploie contre ses remparts des engins qui lançaient des pierres. Parmi les Européens, c'est la république de Florence qui, en 1325, fait fondre les premiers canons de métal et les premiers boulets de fer.
En France, à la date de 1339, nous voyons Philippe VI employer des canons au siège de Puy-Guilhem et Edouard III au siège de Cambrai. En 1345, les consuls de Cahors font fabriquer vingt-quatre canons pour la défense de leur ville. En 1346, à la bataille de Crécy, le nouvel engin s'impose à l'attention de l'histoire. Les Anglais y mirent en ligne trois canons qui lançaient des boules de fer. Les coups de ces engins, assure Froissart, « causèrent tant de tremblement et de bruit qu'il semblait que Dieu tonnait, avec grand massacre de gens et renversement de chevaux ». Au fond, ils faisaient plus de bruit que de mal, mais l'effroi qu'ils inspirèrent aux chevaux et aux cavaliers contribua à la déroute de l'armée française. Dès lors, l'usage s'en généralisa. Au siège de Saint-Malo, en 1376, les Anglais braquèrent autour de la place quatre cents canons.
Les pièces d'artillerie, à leur début, affectent des formes et des dimensions bien diverses. 11 y a les bombardes, qui sont des tubes assez courts, percés d'une lumière près de la culasse; les couleuvrines, dont le nom vient de leur forme très allongée ; les veuglaires , qui se composent de deux pièces qu'on ajoute l'une à l'autre ; la chambre à feu qui contient la charge, et la volée qui est un tube en fer. Les unes et les autres sont tantôt en fer fondu, tantôt en fer forgé, plus rarement en cuivre ou en bronze. Quelquefois ce sont des cylindres en bois cerclés de fer. On les place sur des affûts grossiers, à roues de bois, dépourvus de tout appareil pour aider au pointage de la pièce.