‹ Histoire de la civilisation française (volume 2)Chapitre 42 sur 85 · LA VIE MILITAIRE · texte numérisé non relu

LA VIE MILITAIRE

Ces canons lancent des balles de fer ou de plomb, des morceaux de ferraille, des boulets de pierre. Comme la poudre était mauvaise, et qu'on ne prenait pas soin de donner le même calibre à la pièce et aux projectiles, leur portée ne dépassait guère celle de l'arc ou de l'arbalète.

La royauté française, sous les premiers Valois, se laisse distancer, non seulement par les Anglais et par les Turcs, mais par les communes de France et par les grands vassaux. Toutes les villes s'empressent de garnir leurs remparts de canons. Le duc de Bourgogne, en 1377, fait forger à Chalon une bombarde colossale, qui chassait un boulet de pierre de 450 livres. C'est seulement sous Charles Vil et sous Louis XI, quand les frères Bureau dirigent l'artillerie, que la royauté prend décidément la prépondérance. Les canons, à cette époque, sont déjà en bronze fondu, c'est-à-dire en un métal plus résistant que le fer, surtout tel qu'on le travaillait à cette époque. Ils sont montés sur des affûts mobiles, à quatre roues, disposés de manière à permettre le pointage. On les charge avec des boulets de fer, plus soigneusement calibrés. Us coûtent très cher, si bien que les villes et les nobles s'en tiennent aux anciennes bombardes et que le roi est bientôt seul à posséder une artillerie perfectionnée et vraiment efficace.

En même temps que les canons, apparaissent les armes à feu portatives : les couleuvrines à main, ou hâtons à feu, La couleuvrine à main du xv® siècle, d'abord en bronze ou en fer forgé, était très pesante. On en appuyait la crosse contre la cuirasse du tireur; on en posait le canon sur un poteau ou sur une fourche. Il fallait deux hommes pour la servir : l'un pour pointer, l'autre pour allumer «Lvec une mèche. Puis on la rendit moins pesante, si bien qu'il suffisait d'un seul homme pour la manœuvrer, mais toujours à condition d'en appuyer le canon sur une fourche.

Les Espagnols apportèrent un nouveau perfectionnement. Tandis que jusqu'alors le tireur approchait lui-même la mèche de la lumière, ils imaginèrent un appareil mécalaiqvie, qui, au moyen d'un serpentin, abattait la mèche sur le bassinet et enflammait ainsi la poudre. On eut ainsi ^ l'arquebuse à mèche. Les Allemands substituèrent au feu

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de^ 1a mècht l'étincelle produite, par le frottiemenà. d^ane roue d'acier contre un sites. Oa eut ainsi FarqiMlMMttr à sotitfÉ.- Les- soldat» airniés de- ees engias* nouTeanss s'^pelaient cutquehusiers.

Au début du xvii» sièd'e, on pou^raÂt eneore: voiccarabaAiBC; côte au côte des airèheps, dss asisalétriers, des couleujmnierS) des arcfsefattsieFS. lùï France^ Fanfuebufier fitl loBigtempB mal) vu»* des vrais chevalieirft, eûmme autrefois Farbadèle', Boijard, qui devait mouiir d'une arquebusad», estiumait qu'on tel engin, qui atteignait Fennenii deisL loin., ne- eonirenaèt qu'à des gens sans courage. Tant que les- rois- s-iospirèirent des idée* chevaieresqu«S'y ils répugnèrent ki favoriser Femploi de cette arme. Cest seulement qjyiand' le preux roi Franjeois I^ et- sa briUante gendaianeriA^ pour avoir dédaigné le conoDuns: de Lmr artillerie, furent vaincus à P^vie (1525) par les arquebuses à mèche- des EsfMagnols, dont les balles de- deux- onces traversaient les meilleures armures, qu'on se résigna à swvtp Fex«mp^*des autre» peuples;

CliiÉf !■■ itortii» eé vHleS' iMptiBs. — Le nobie^ outre son armuire de: mailles ou de plaques de fer, avait une seeooidi^ ariBAftre : soa château. Les châteaux, jusqu'au xi* siècle, sont souvent en bois, et leur force tient surtout à leur situation sur quelque hauteur escarpée. A. partir du XI* siècle, l'art des msdtres maçons et la corvée des serfeélèvent ces immenses forteresses, dont les ehèteaus de Coucy et de- Pierrefonds i, encore debout aujiourd'hui, peuvent, daniiieri une idée. L'eneeiate est formée de nutraille» très épaisses^ pour résister aux coups du. bélier^ et très hautes^ pour rendre FescaJade impossible. Elle est ordinairement âanquée de tours rondes ou carrées^. Les abords en» sont défendus par* des fossés larges et profonds que Fa» peut inonder q«l que' l'on sème d'engios de- fer à quatre

i. Les ruines de chàieaax. sont encore nombreuse» sue le. sol fraoçaii<.De la période comprise entre les xi« et xiii« siècles, il nous reste- les cbAteaux plosron moins rninésr de Pblaise, d'Arqués, de Ghambey (Oïne), de Loche», de Montihéry, de CMteau 'Gaillard (prè» des Andeiys), et»; Hé la> péiiode compnse entre le xui" et le xvr", ceux de Goucy, de Bourbon-rArchamba«lt, etc. Vincennes date de 1339, la Bastille a été commencée en 1369. L'Aitmti& présente le» trois- chAteaux de Ribeaavilter, le Haut-Kœnigsboorg, le okèteaik ds Permttor et une infinité d'auti«9.

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pointes, appelés oAaus88-#ap6S. On ne peut franchir le fossé que suit un pant-leviis: La porte est fermée de battants de bois à gamituFe de 1er; Derrière la porte, descend la Tienae. Il y a- éonc une triple barrière qu'il est difïi^ cile de forcer. To«ste l'enceinte est hérissée de créneauXy derrière lesquels^ s'abritent les hommes d'armes. Par les arehére» ovl meurtlnéf^es , sifSent des flèches ; par les mdchicouLi» ^, tombent l'huile et lai poix bouillantes, le plomb fokdu. Sb renaenKi a franchi tous ces obstacles, enlevé lovtes les coors et tous les logis intérieurs, il reste, dans la- fbrtepesse même, une forteresse à prendre. Cest le donjon^ >> ane- haute tour dont la porte est à quelque vingt pieds au-dessus du sol, si bien qu'il faudrait que Tasfflégè descendit tme^ édielle à l'aseiégeant'. Sous le sol des cours, SODÉ; de vaste» souterrains qui communiquent parfois avec des sorties secrètes, et à la base des tours sont creusés ks caeliotBv sans lumière et sans air, où' Ton détient les pRsonnieFS "'.

Les viiies étaient Certifiées d'après les mêmes principes. Beaucoup de villes avaient ua donjon ou une citadelle coniHie plfleee de refuge. Certaines avaient une double ou ime triple enceinte ^.

— L'assiégeant n'eut d'abord d'autres moyens

1. Los mâchicoulis étaisnfe des- trous pvatiqaés dans le chemin de roBdo qui sarplombait la muraiUa et qui éioit supporté, par des consoles : ils permutaient donc de défendre le. pied de. la. muraille en laissant tomber dii«ctemeot sur TasBaillant des pierres, des poutras, des matières brûlantes. ^ Le- mut do donjon vient de' djominiwH^; c'est l'habitation du maitre. %. Noo» ne parlons pas des oubliettes^ fosses profondes creusées sous une ^aUo on une prison et dans lesquelles on pouvait faire disparaître un priflonaier. Vîollet-le>Duc constate qu'on prend très souvent pour des oubliettes des fosses d'aisanoas, des- glacières, etc., mais que les vraies oubliettes sont extrêmement rares dans nos vieux, châteaux. Il n'en connaît qu'un exemple bien caractérisé: au château de Pierrefonds.

^ Pornû les enceintes de* villes encore debout, citons' celles de Ghrca»-

sonne,, de Moissao, d'A,igues-Mortes, d'Avignon, dominée par le château

des pi^es. Paris a eu, au moyen âge, trois enceintes successives : d'abord,

la plus ancienne ; puis celle de Philippe-Auguste, construite de 1190 â 1211,

flanquée de> tours cylindriques, dont les piust célèbres étaient la tour de

Nesû. et la tour du Louvre^ qui défendaient la ville du côté de la Nor-

mandi»; enfin, l'enaeiote d'Etienne M«ufoel> commencée en 1356, qui, du

<^ du noBd, compteit les porte» fortifiées de Saint-Antoine, do Temple,

Baint-Maitin, SMntTDenis, Montmartre, Saiot-Honoréj et qui était dessinée

a peu près par la ligne des boulevards actuels.

d^attaque que ceux qu'avaient connus les Romains : les diverses machines à lancer les pierres ou les tonneaux remplis de bitume» pétrole, feu grégeois et autres matières incendiaires; les tours roulantes, à plusieurs étages, qu^on appelait alors chats ou chaU-chatel»^ truies, beffrois^ bretesckes, etc. A Tabri de ces tours, ou couverts par une toiture de boucliers ou de planches appelée pavo s , mantelety tortue^ les assiégeants attaquaient la muraille à coups de pic, à coups de bélier. Tantôt on comblait les fossés avec des fascines, on appliquait des échelles aux remparts et Ton tentait Tescalade par surprise ou de vive force. Tantôt on creusait des galeries souterraines qui allaient aboutir sous la muraille de la place assiégée; là on pratiquait une grande excavation dont la voûte était soutenue par des madriers ; on mettait le feu aux madriers et, quand ceux-ci étaient consumés, la muraille, portant sur le vide, s'écroulait.

Louages mllllaires. — Le moyen âge a connu trois sortes de guerre : la guerre sainte, contre les infidèles ; la guerre féodale, qui brûlait plus de chaumières que dé châteaux ; la guerre royale, qu'on faisait par devoir envers le souverain.

Dans la première espèce de guerre, il n'y a pas d'autre règle que de se faire tout le mal qu'on peut : les infidèles ne sont pas tenus pour des hommes. Quand on se bat pour son compte ou pour le compte du roi de France ou du roi d'Angleterre, c'est une autre question. A l'égard de la piétaille, aucun ménagement à garder : on ne fait pas de prisonniers. A l'égard des nobles, on a des devoirs à remplir. Si le noble prend un de ses égaux, il lui laisse la vie ', à condition qu'il paiera rançon. On peut le laisser aller sur parole, car une telle dette est une dette d'honneur. Il peut arriver que le vainqueur, dans une autre bataille, soit pris par le vaincu : alors on fait le compte et l'on voit s'il y a une différence à payer. La guerre ainsi comprise est un jeu comme un autre : un jour l'on perd,

1. Peine dn hamesoar. — Dans les premiers siècles du moyen âge, I0 vaincu en était parfois quitte pour une cérémonie humiliante qui consistait à parcourir une lonf^ue distance à quatre pa>les, avec une selle de cheval lor son dos : c'e^t la peine du hamescarf que Foulques Nerra infligea à 8oa fils, GeoOroy Martel. En Allemagne, le chevalier vaincu portait un chien sur son dos.

un autre jour Ton gagne. Les seuls risques fâcheux, c'est quand l'adversaire a la main trop lourde et vous défonce le crâne en même temps que le casque, ou lorsque la piétaille s'en mêle, car celle-là, n'ayant pas de pitié à espérer, ne fait pas de quartier.

Cette courtoisie qui préside aux guerres entre chevaliers, ne se retrouve pas dans leurs rapports avec les vilains. Les villages, sur le chemin, sont pillés, incendiés, les paysans massacrés. Dans les premiers siècles du moyen âge, il est rare qu'une ville soit enlevée d'assaut : généralement elle paie rançon ou se soumet, à condition de ne pas recevoir Tennemi dans ses murs. Au xv^ siècle, Charles le Téméraire, aux sacs de Dinant, de Liège, de Nesle, inaugure un système de guerre impitoyable : quand la place est prise, aucun asile, pas même celui de l'église, ne peut sauver la vie des hommes et des enfants, l'honneur des femmes, même des religieuses. Les femmes le savent bien : voilà pourquoi, dans la défense des villes, elles versent l'huile bouillante sur les assaillants et pourquoi Jeanne Hachette, au siège de Beauvais, manie si gaillardement la hachette.

Année eivile. — L'époque à laquelle on fait commencer l'année a souvent varié chez nous. Les Romains avaientadopté le mois de janvier, en sorte que décembre, malgré son nom qui signifie dixipme, était en réalité le douzième mois de Vannée. Au vie siècle, l'année commence en mars; à partir de Charlemagne, elle commence à Noël. A l'époque féodale, comme il n'y avait aucune loi générale, dans certains pays, on fait commencer l'année à Noël; dans d'autres, à l'Annonciation, comme en Guyenne; dans d'autres, à Pâques. Ce dernier système finit par prévaloir aux xiv' et xv« siècles.

L'ordonnance de Roussillon, en 1563, sous Charles IX, «décide que l'année civile commencera au ! e' janvier.

L'élat civil, noms de famille. — Jusqu'au xi<^ siècle, il û'y a, pour ainsi dire, pas de noms de famille, pas plus pour les nobles que pour les vilains. On porte un nom de baptême, Bouchard, Milon, etc. Il est accompagné quel-

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qiicftns à'uw sobriquet : cconme Plaata^eœfl, snamom cies' contes d'AiiJoti, Téteni^étoupe», Pied-da-loup, QfaeiieHie- Tatthey hmqs de ne^bèes em Champagne. 9'm» les féodxrax comnieiiceiit a; faire sriiÏTre leur nom de celui* de leur terre : Bouchard, de Montmoreney ; FoucauLt^ d« la R@efa«, ori^iatt des Lavoehefoueaukl. Les bourgeoi»:, à Leur tour, outare levir iM>ni< de bapténiie, adoptent un nam de famille.

Le» pe^san»^ josqu/alors désignés par leur nom de bap* têflfte, suÂvi du' omn de baptême de leur père : Jean), És^ de* Jacques, ont égiiLem«nt un état civil.

Le» noms die t'anulle, cbez nous, ont toti^DWPS vme signification. : c^est ofduiairenient le vieux françai» q^ en donne rét^moiâgie ; ils dérivent presque toujours de qiiel^iue'sobn'quct^ appliqué k un ancien membre de la l^gEmiile i.

ÇpMiMiiiiiii tte>li feMMe. — Les Romains avaieni: voulu que la- femme, « à» cause de la légèreté de sotn espmt »^ îfA soamfse à une ttttslle* p>eypétaeiie : fille', elle était en piàimnce de* son père;. m*aiiée, dan» la main de son mari'; qu^andi elle ssvsÀib perdu, son- père mB son mari, elle tombait sou» la tntellie de son beau^ère, de son aieak, des piM'eiit^ de son père ou de son mari. La femme affranchie, ou fille

1. D'après la position de sani habitaiion, on s'appelle Duclos, Dapré, Duval, Dament, Delavigne, Delahaie, Desjardins. D'autres noms d'hommes viennent de noms d'arbres ou de plantes : Delorme, Duchène, Dafrêoe, DutHleot^ A4isrvoinef' AlcNrge, Aublé. Les occupations rurales ont donné : Pasittor, Toufnebsttf, Vacherot, Csonlsbaist qui a^ le méouB- sens qie Bûcheron et Boquillon, Âbélard (qui s'occupe des abeilles), etc. Les, oecDpations industrieHes ont donné : Pelletier, Serrurier, Barbûrj Maréchal, Meamier; NParclniiid oa Mercier, Bèuiatiger ou* Meunier, Pallre ou Febrre. qui' 8' la même sens. qu«- Forgeron Certaines fdnotions ont. donné : Ledoyen, Leprèvôt, Lemaire, le Sénéchal, Looomte, Bail ou. BailLy, Laitocat, Tabellion, le Mire, qui signifie médecin, Acloque, qui signifie soiMseor de oVoohesv ete:. Puis* l'àgev 1» couleur dies' oheveax, le»* partionlarité» Gorporellefl' ont' donné : Gadel, Laine, Leecrart». Laloog^,'. Lecwslie. Legros, Petit, Legras, Lemaigre, Chauvet, Lacamus, Lebègue, Leboiteux et Clopioet, Leroux et Rousselot, Lerouge^ et Rouget, Lebrun et Branet, Lenair! et Notnot, etc. Suinnaib le. lieu d'ongine^, on s'eflft appelé Langloi» et Langiaifl,. Lallemand, Lescot ou rEcaasaia, Lombatd,. Piourd, No^ mand, Parisot ou Parisien, Besançon, etc. De simples noms de baptéffl» sont devenus' héréditaires comme noms d<i famille : André, Gôlin, Mtftin. JehMii,. Siouon; etci..

Ehiki, un très gfand nombre da. noms, qu'on croirait d'orig^na frasçaisev ne s'expliquent que par une étymologie empruntée au vieux tudesque : Achwd', Bëué, Ramwidv Raimband, Roland, Dorandr Jaubnt, Gilbert, RatUiar,. eta..

LA viB ifrmx itiSi

iVafùswkckà, était eu tuteUe du paJbroai >au «de «as Quel que fût .&aq âge, (même mère de iamiUe 4»i 'grand'mère, ia femme était toujours 'ConsidéTée cooKne onnieniRe. A ce titre, lefle ne (pouvait ni 'vendre, 'donner, kjpothé(|Ber ses l>iens, ni «coomplir aucmn acte ea jnstioe, que muis raaitoidté «d'an taiteur. tPar la suite, la i:tigHe«r de Ja loi romaine s'adoucit; comme dans la loi fraançaéae actedie, la fille mineure lot ^eole en tutelle ; la fesmie mariée oesta sous Taulorité maritale; mais la feumie majesnre etn^n mariée recouvra le droit de disposer de ses ibiens.

La loi Tomaine avait donc fini par émanciper la femme. Les dois germaniques, puis les coutumes framçaises qui «en sortirent, la remirent, >c<»mme toutes Jee petsomies èkors d^«tat «de se défendre -éUe&anésBfesi, en tutelle. La tnAeUe prit le flDfflm de mandâum ou ouimboamie .: mmmdémn du père, du mari, des fiaivoiits mâles ; à ieur défaut, $mmdmm du <Foi. La Teuve était plaoèe sous le mumeituin ■déne de son fils; au xiii' siècle, dans la Taosiaine ou TAsifiiu, elle ne pouvait, sans Fautorisaiion de oekii-ci, aliéner .uicune paroeUe de son bien. Le namdium s'exerçait souvent •dans rintérêt et «au profit du tuteur ; on atte .des 'actes ipar lesquels le tuteur vexid à une tierce persioanje àemtmdÎÊÊn sur une de ses parerates.

Puis ces abus disparurent. Le mundittm fut 'ûonsidàré uniquement comme un devoir de ppoteotion. XMafinsBco de FÉglise et de la royauté s'exerça ^en aeseois. ><< Au voi •apfiar&ie&t la garde des veuves et des ^orpikeliaEis » fut un axâome de *notpe droit au <meyen'àge. Un «privilège ppéci eux lat,«n matière juridique, conférée k la femme vewe : même 'vassale 'd'un seigneur, «elle aTait le droit, si <elle se (défiait de sa justice, de s'adresser directement soit -à la coor idu roi, soit aux cours «d*Ëglise. Peu à peu ladoi du nMyen âge s^adeuctt, comme avaét fut la loi romaine : Aa twftelle perpétuée de la femme tend<it à disparaitore. il u^en resta «que -ce qui <en subsiste dans notre dr^it «tctuel.

Quelle qu'ait -été, à certaines époques, la rigueur idu droit oontumder, il n^est pas moins :oertain que la oondition de la femme se releva au m^oyenàge. <Dhe2<les anoieiif^, ^Grecs ou 'ftom&ins, la fenmie vivait >eniermée dans 'la maiisen paternelle ou conjugale; recluse dans le '$vs^écée(app«r-

tement des femmes), elle paraissait à peine en public, ne se mêlait point à la société des hommes, était rarement consul tée par son mari sur ses affaires privées et jamais sur les affaires publiques, n'exerçait aucune influence appréciable ni sur la vie sociale, ni sur la littérature, ni sur les arts. Sa condition était à peu près celle des femmes turques d'aujourd'hui.

Un des caractères les plus essentiels de la civilisation du moyen âge, c'est, au contraire, le grand rôle de la femme dans la société.

11 avait déjà commence chez les vieux Germains; là, les femmes étaient consultées sur la paix et la guerre; ils croyaient qu'il y en a elles « quelque chose de divin », comme un don de sagesse supérieure, ou même la faculté de prédire l'avenir. Elles accompagnaient les hommes à la guerre, les ramenaient au combat quand ils reculaient, et se tuaient elles-mêmes ainsi que leurs enfants pour ne pas survivre à la défaite : ainsi les femmes des Teutons à la bataille d'Aix contre les Romains (102 av. J.-C).

Le christianisme proposa aux femmes un haut idéal de pureté et de vertu ; il les admit aux mêmes sacrements que les hommes ; elles partagèrent les luttes des « athlètes du Christ )) ; et le martyre de l'esclave Blandine, qui mournt dans les arènes de Lyon en même temps que l'évêque Pothin (177), donna une origine héroïque et sainte aux nouveaux droits de son sexe.

Le développement successif du culte de la Vierge marque le progrès du rôle de la femme : sur la terre, aussi bien qu'au ciel, elle grandit; c'est la femme comme vierge, comme mère, qui est honorée et presque divinisée sur les autels de Marie.

La chevalerie survient : elle ne se propose pas seulement de protéger la femme comme tous les êtres faibles; elle lui voue un sentiment exalté de respect, de vénération et de tendresse. Le noble n'était un parfait chevalier que lorsqu'il avait choisi une « dame de ses pensées », qu'il aimait d'un amour unique et pur. Ce sont ses couleurs qu'il portait dans les combats ; c'est pour elle qu'il joutait dans les tournois et c'est par ses mains que, vainqueur, il était couronné ; c'est pour elle qu'il occupait, la lance en arrêt.

les défilés des pas d'armes, afin de contraindre quiconque passait par là à confesser qu'elle était la plus noble, la plus chaste et la plus belle. C'est pour elle qu'il faisait le « vœu sur le faisan » et qu'il cherchait la gloire dans les guerres lointaines et jusqu'en Palestine, se bannissant parfois dix ou quinze ans de sa présence, mais toujours ayant au cœur son souvenir, portant sous sa cuirasse un gant ou une écharpe ou quelque autre gage, ne demandant rien, n'espérant rien, élevant sa passion au-dessus des passions terrestres, associant le culte de sa dame à celui de la dame du ciel. Les poètes renchérirent encore sur cette exaltation héroïque ; ceux du Midi inventèrent une galanterie délicate, compliquée, raffinée. Sans doute la réalité ne répondait pas toujours à l'idéal ; la brutalité des mœurs donnait parfois de violents démentis à la théorie chevaleresque et poétique; mais l'amour moderne, fait de respect, de fidélité, de dévouement, et qui contraste avec Tamour tout sensuel qu'avaient seul chanté les Grecs et les Romains, est né au moyen âge. Par les poètes de la chevalerie et des cours d'amour, l'humanité a été dotée d'un sentiment nouveau.

On ne peut mesurer ce que les féodaux ont dû à ce culte de la femme ; rien n'a plus contribué à dégager de l'ancienne barbarie la civilisation française. Les dames n'inspiraient pas seulement à leurs fidèles des sentiments de bravoure, de courtoisie et d'honneur; elles leur inculquaient le goût de l'élégance dans la parure, de la politesse dans les relations, de la gaie science et de l'instruction. Dans « THistoire et plaisante chronique du petit Jehan de Saintré », qui date de 1459, on voit une grande dame prescrire à son élève l'étude des t belles histoires, et spécialement des authentiques et merveilleux faits des Romains ». Comment la femme féodale, avec les vertus et les perfections qu'elle possédait ou que lui prêtaient ses adorateurs, aurait-elle pu accepter le rôle effacé auquel l'avaient condamnée les idées romaines? Religieuse, elle peut être abbesse, c'est-à-dire princesse souveraine, tenant sous sa crosse, outre son abbaye, de vastes possessions. Mariée, elle apporte en dot à son mari des châteaux forts, l'hommage de nombreux guerriers, parfois des provinces entières.

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434 CtYILISATlON FRANÇAISE

Le blason de la femme s'unit, dans les armoiries nouvelles de la maison, à celui du mari; et dans ces armoiries, l'enfant né du mariage lira un jour, en caractères symboliques et héraldiques, la double histoire delà douWe série d'ancêtres dont il procède, aussi orgueilleux de la noblesse de sa mère que de la noblesse paternelle.

La femme qui avait apporté à son mari ce surcroît de puissance, de richesse, d'illustration, ne pouvait être, en dépit du mundium, traitée autrement qu'en égale. Elle était la Dame, c'est-à-dire la maîtresse, la souveraine ; elle portait comme son mari la couronne et le sceptre, siégeait sur un trône à ses côtés, recevait les respects d'un peuple de vassaux et de sujets. Elle marchait fièrement, le visage découvert ; elle avait sa place d'honneur aux tournois, anx banquets, aux cérémonies d'hommage et d'investiture. Elle gardait le droit, pour garantir ses intérêts, de contrôler l'administration de son mari. Veuve de roi, elle pouvait être régente, comme Blanche de Castille, qui fut pendant des années la vraie reine de France. Aucune loi positive, jusqu'au xiv« siècle, ne l'excluait même de la couronne de France. Dans plusieurs provinces, la femme avait le droit de succéder aux fiefs : elle devenait alors chef d'armée, chef de justice, patronne des églises.

Elle était assez de sa caste pour savoir, au besoin, manier Fépée comme un baron. Dans la guerre de succession pour la Bretagne (1341-1343), entre Charles de Blois et Jean de Montfort, l'héroïne fut une femme, Jeanne de Montfort. Quand son mari fut fait prisonnier, Jeanne réunit ses amis, ses vassaux, ses hommes d'armes, leur présenta son fils, prit la conduite de la guerre, passa en revue ses forteresses pour les mettre en état de défense. Assiégée dans Hennebon, elle fit une sortie avec trois cents cavaliers, armée de toutes pièces et montée sur un bon coursier, franchit de vive force les lignes ennemies, alla chercher des renforts à Auray, puis, après avoir forcé de nouveau le camp des assiégeants, rentra dans Hennebon « à grand'joie et à grand son de trompettes et de timbales ». La fille de René d'Anjou, Marguerite, gouverne l'Angleterre au nom de son mari, Henri VI, et c'est elle qui mène la guerre des Deux Roses. Battue à Saint-AIban et Northampton, elle triomphe à Wackefied,

OU périt son ennemi Richard d'York (1460) ; battue à Towton (1461), où 36000 des siens sont tués ou noyés, elle va chercher des secours en France, repasse la Manche au milieu de formidables tempêtes et au travers de. la flotte ennemie. Elle est vaincue encore à Hexham, revient de nouveau en France, puis repart en Angleterre affronter de nouvelles batailles. Enfin, à celle de Tewkesbury (1471), elle est prise, les armes à la main ; elle est retenue quatre années à la Tour de Londres et n'en sort qu'en renonçant à tous les droits qu'elle avait si intrépidement défendus.

Les bourgeoises mêmes ont une liberté d'allure inconnue dans les temps anciens. Au xiv« siècle, dans la Touraine, elles prenaient part aux élections pour les États généraux. Nombre de coutumes, comme celles d'Anjou et de Touraine, leur reconnaissaient un droit qu'elles n'ont plus aujourd'hui : si elles se livraient au commerce, elles pouvaient intenter une action judiciaire sans aucune autorisation de leur mari. La bourgeoise, la paysanne française partagent tous les travaux et, en général, sont associées aux profits ' de leurs maris; ceux-ci, malgré des retours de brutalité, ont confiance en leur sagesse, écoutent leurs conseils, subissent même leurs réprimandes : ce sont elles qui tiennent la maison, gardent l'argent, font prévaloir les principes d'épargne. Les Romains avaient déjà remarqué que, chez certains peuples gaulois, les hommes témoignaient plus de déférence à leurs femmes que dans aucune autre nation.

Usages Judiciaires. — Nous connaissons l'organisation des tribunaux et la variété des lois qui régissaient la France : notons seulement certains usages judiciaires. Les juges des parlements étaient payés sur les amendes qu'ils prononçaient. Des plaideurs, ils recevaient des épices, c'est-à-dire de véritables épiceries, et aussi des fruits, des dragées, des vins, des étoffes, plus tard de l'argent. C'était une libéralité obligatoire : « on ne jugera pas avant que les épices ne soient payées », disait la coutume.

Sous l'influence de la procédure de l'Inquisition, on

i. Les coatames da Nord ont emprunté peut'ôlre an droit gaolois, plus probablement au droit germain, le principe de la oommimautè des biens, c'est-à-dire du partage entre les époux des bénéfices réalisés pendant le mariage.

tend, dès la fin du xni« siècle, à revenir aux procédés romains, antiféodaux ', pour la justice criminelle.

La torture ou question était appelée « épreuve de vérité ». Diaprés l'ordonnance de 1454, qui confirme des coutumes plus anciennes, un seul témoignage suffît pour que rhomme soit appliqué à la question. La manière de torturer variait suivant les provinces : en Bretagne, on chauffait les pieds à un brasier ardent; à Rouen, on serrait les doigts dans une machine de fer; à Autun, on entourait Jes jambes de peau de vache et on versait sur elles de l'huile et de Peau bouillante, jusqu'à faire bouiUir la chair et tomber les os; à Paris, on entonnait au patient une énorme quantité d'eau, ou bien on lui serrait les chevilles dans des brodequins de fer; à Orléans, on usait de « l'estrapade », c'est-à-dire qu'on lui attachait un poids aux jambes et qu'on l'enlevait par les bras avec une poulie pour le laisser retomber brusquement : ce qui lui disloquait toutes les articulations.

Les prisons étaient atroces : le patient y était chargé de chaînes énormes, de ceintures et de colliers de fer; dans l'obscurité, dans l'humidité, en proie à la vermine et aux rats, il mourait souvent de faim et de misère. Il y avait encore les cages de fer, comme celles qu'affectionnait Louis XI, où l'on ne pouvait se tenir ni debout, ni couché.

Suppliées. — Les peines légères, c'étaient l'amputation du nez, des oreilles, des lèvres, de la langue, la flagellation, la mise au pilori.

Les supplices capitaux les plus ordinaires étaient la décollation et la pendaison *^. On ne distinguait pas encore entre noble et vilain : saint Louis fit pendre le baron de risle-en-Jourdain.

1 . Uo des griefs des nobles contre la justice de Philippe le Bel et dont ils essayèrent d'obtenir satisfaction à Tavènement de son fils, c'est le développement abusif de la procédure secrète, de la procédure écrite, suocédaat à la procédure publique et orale, et surtout l'emploi de la torture.

2. Il y avait autant de lieux différents pour les exécutions que de juridictions distinctes. Ainsi, à Paris, on pendait, pour le compte du roi, k la place de Grève, aux Halles, à la place Maubert, au gibet de Montfaucon, énorme monument formé de piliers et de traverses en maçonnerie, où il y avait place pour soixante pendu». On exécutait, pour l'abbé de Saint* Germain* l'Auxerrois, à la Croix-du-Trahoir ; pour l'abbé de Saint-Germain-des'Prés,

Les hérétiques étaient brûlés sur un bûcher, et leurs cendres dispersées. Les faux monnayeurs étaient bouillis dans une chaudière d'huile. On écorchait vif, on empalait, on écartelait, on rompait les os et Ton exposait le patient à demi mort sur une roue. A Avignon, on assommait avec une massue. En cas de haute trahison, on ouvrait le ventre au patient, on en arrachait les entrailles qu'on brûlait sous ses yeux. Souvent, le corps du supplicié était mis en quartiers, qu'on accrochait aux différentes portes de la ville : la tète était exposée dans une cage de fer.

Jusqu'au règne de Charles VI, on refusa les sacrements aux condamnés. Puis on leur accorda la confession, mais non la communion. Leur corps n'était point inhumé en terre sainte.

Un usage singulier permettait à toute jeune fille de sauver la vie d'un criminel qu'on menait au supplice en offrant de l'épouser. La rencontre d'un cardinal le sauvait également i.

Le boarreaa. — Le bourreau, « tourmenteur juré du roi », était un personnage réputé infâme. Il devait habiter la maison du pilori. On le reconnaissait de loin à son costume rouge et jaune. Chez le boulanger, le pain qui lui était destiné était mis à part et retourné. De là, une superstition qui subsiste encore : retourner le pain est d'un mauvais augure. En revanche, il jouissait de nombreux privilèges, louait à son profit les échoppes établies contre le pilori, prenait une pelletée de blé dans chaque sac mené au marché, recevait à Paris cinq sous par an de l'abbé de Sainte-Geneviève, cinq pains et cinq bouteilles de l'abbé de Saint-Martin, une tête de porc de l'abbé de Saint-Germain, prélevait un droit sur les fruits, la ftiarée, les cochons vaguant dans Paris (sauf ceux de l'abbaye de Saint- Antoine). Il avait droit à la moitié de la défroque des criminels.

à la Croix-Roage ; pour le Temple, aa carrefour des Vieilles-Haudriettes ; pour l'évéché, au coin des rues de VÉchelle et de Sainl- Honoré, etc.

1. Parmi les singularités de la justice du moyen âge, figurent les procès faits aux animaux. Des chevaux, des taureaux sont pendus pour avoir commis des homicides. En 1457, au château de Savigny, une truie est, pour le même crime, pendue par les pieds de derrière aux bois de justice de la dame de Savigny, après que le greffier lui a donné lecture de la sentence. Sous Louis XIV encore, une jument sera pendue à Aix.

438 aVILISATION FRANÇAISE

Sous le pudique saint Louis, c'était une femnie qui était chargée de fouetter et d'exécuter les femmes.

La poKee. — Si la justice était cruelle, la police de Paris était faible. La multiplicité des juridictions entre lesquelles se partageait la ville de Paris, le droit d'asile attribué à presque toutes les églises et abbayes, permettaient aux criminels de déjouer les poursuites.

Paris, bien que Philippe-Auguste eût fait paver quelques rues et comblé les cloaques dont le voisinage empestait son palais, continuait à être horriblement malpropre.

Les rues étroites , sur lesquelles les maisons surplombaient, par encorbellements successifs, si bien que les étages supérieurs se touchaient, étaient encombrées d'échoppes, d'étalages, d'enseignes. Les pourceaux, les oies, le bétail y erraient; les bouchers y égorgeaient leurs bêtes. La nuit, nul éclairage, que celui de la lune, quand elle donnait. La police ne répondait de rien dès que le soleil était couché : c'était au bon bourgeois, une fois le couvre-feu sonné, à rentrer chez lui et s'y bien enfermer. Le guet, c'est-à-dire les archers du prévôt, était trop peu nombreux pour contenir les classes dangereuses; c'était un jeu pour les étudiants que de « rosser le guet »: à plus forte raison les malfaiteurs le redoutaient peu. Tel chevalier du guet, comme Gautier Rallard, avait trouvé un moyen ingénieux de ne jamais entrer en conflit avec les voleurs : il faisait sa ronde précédé d'une musique. Le veilleur de nuit qui s'en allait par les rues, avec une cotte historiée de larmes et de têtes de mort, muni d'une lanterne et d'une clochette, annonçant les heures et criant aux dormeurs de « prier pour les trépassés », ne gênait guère les coupeurs de bourses et dévaliseurs de boutiques.

Royaume de l'arij^t, Bohémiens. — Les voleurs, assassins, mendiants, vagabonds, s'étaient organisés, tout comme les honnêtes gens, en corporations. Us avaient leurs chefs réguliers, leurs règlements d'apprentissage, leurs épreuves pour obtenir la maîtrise, leurs lieux de réunion. Ils formaient dans Paris un état à part, le royaume de Vargot, où Ton parlait la langue verte^ et sur les confins duquel ne se hasardaient pas les archers du guet. Leur chef élu était le grand Coèsre ou roi de Thune, traîné dans une charrette

par des chiens.. Il tenait ses assises, sa Cour deê Miracles, tajitôt dans le cul-de-sac Saint-Sauveur, tantôt dans la rue des Francs-Bourgeois ou près du couvent des FUles^Dieu, tantôt dans les rues de la Grande et de IsLFetUe-Trttanderie. 11 avait dans chaque province, copime le roi, son bailli, appelé le cagou. Parfois, il convoqu€dt des espèces d'États généraux dans le Pré aux gueux, près Notre-Dame d'Auraj.

Son peuple immense, comprenant tous les gueux, truands et ribauds de France, se divisait en classes nombreuses ^. Tous payaient une redevance au roi de Thune et lui rendaient hommage.

Un autre puissant monarque, c'était le roi d^ Egypte, souverain des Bohémiens. En 1427, avait paru à Paris Tavant-garde de ces mystérieux Asiatiques : un dve, un comte, dix cavaliers, suivis d'une centaine d'hommes, femmes et enfants. Ces gens, qu'on appelle Bohémi»is, Sarrasins, Égyptiens, Tsiganes, pullulent bientôt sur les roiïtes et aux portes des villes, comme montreurs d'ours et de singes, raccommodeurs de chaudrons, faux monnayeurs, diseurs de bonne aventure.

C'était dans ces foules grouillantes que se recrutait l'armée du crime. De temps à autre, la justice y jetait son filet, exposait sa capture au pilori des Halles ou au gibet de Montfaucon ; mais la masse n'en était pas diminuée. Si le prévôt pendait en plein jour quelque truand, le roi de Thune pendait bien aussi, en pleine nuit, quelque bourgeois étourdi ou quelque sergent trop curieux.

Les races maudites. — De même que dans l'Inde U y a des parias, méprisés même de l'esclave et dont le con,tact est une souillure, il y eut en France des races maudites. On les appelait marrons, en Auvergne, cagots ou cagoux dans les Pyrénées, gaffots, caffois, capots en Béarn et Na-

1. Les matois ou filous ; les malingreux, qai se peignaient des plaies sur le corps ou tremblaient de fièvres simulées; les callots, ou' teijçneux ; les sabouleux, qui m&chaient du savon pour simuler l'écume de8>é|>ileptiqties; les piitreSf ou faux estropiés; les htUfins, qui se disaient mordus par des chiens enragés ; les coquillards, qui prétendaient revenir de pèlerinage ; les rifodéSt on faux incendiés; les courtauds de boutanehe, ouvriers soi-<fisant sans ouvrage ; les drilles^ narquois, gens de petite /ïambe, soUsts ou licenciés; enfin les ribaudes, ou filles de mauvaise vie»

vaire, caqueux, cacuas, cacoux en Bretagne, gahets, gaffets dans la Guyenne. D'où venaient-ils et qu'étaient-ils? Étaientce, comme on l'a dit, les descendants de Musulmans laissés en France par Abdérame, d'Espagnols chassés de chez eux par les Arabes? ou ceux d'hérétiques convertis? ou ceux d'anciens lépreux? Personne ne le savait, même ceux qui les persécutaient. La seule chose certaine, c'est qu'on les traitait comme de véritables lépreux, leur interdisant la fréquentation des églises, des tavernes, des fêtes publiques, leur imposant, en Bretagne et en Béarn, un costume rouge, et ne leur permettant, ni d'aller nu-pieds sur les routes, ni de porter des armes. On se refusait à tout mariage, à tout contact avec eux. Ils habitaient des villages isolés, perdus dans la lande ou les vallons obscurs, se mariant entre eux, haïs de tous et haïssant tout le monde.

Eselaves. — Tandis que l'esclavage antique avait disparu de notre sol par sa transformation en servage, il tendait à se reconstituer en Europe aux dépens des infidèles pris à la guerre. Les républiques italiennes trafiquaient de ces captifs. Au xii« siècle, il s'en vendit dans les foires de Champagne, et un testament léguait des esclaves sarrasins à l'évéque de Béziers. Au xnp siècle, on en lit commerce en Provence. Le nouvel esclavage est en vigueur dans le Roussillon, qui n'était pas alors terre de France; mais la France royale le repousse. Alors s'établit la maxime en vertu de laquelle tout esclave qui touche le sol français devient libre. En 1402 et en 1406, la municipalité de Toulouse en fait bénéficier des esclaves fugitifs, venus de Perpignan.

Assistance publique. — Au moyen âge, le devoir d'aumône envers les pauvres était généralement acquitté. L'escarcelle pleine de monnaie, pendue à la ceinture des nobles et bourgeois, hommes et femmes, s'appelait une aumônière; un chapelain était un aumônier. Les rois, les grands, les dames, marchaient souvent entourés de pauvres qu'ils nourrissaient. Le roi Robert les laissait entrer partout chez lui, sous sa table, s'asseoir à terre près de lui, presque entre ses jambes, au point que l'un d'eux, certain jour, coupa un gland d'or de son vêtement. Non seulement les gens aumôniers assistaient les pauvres d'argent, de vivres,

d.e vêtements, mais, voyant en eux Fimage de Jésus-Christ souffrant, s'honoraient parfois de les servir à table, et, le jour du jeudi saint, leur lavaient les pieds. Les ordres religieux, fondés pour le soulagement des pauvres, y consacraient au moins une partie de leurs revenus. Dans certains couvents, il y avait des cellules réservées à des pauvres ; dans presque tous, on faisait, à la porte du monastère, des distributions de soupe et de pain. Pourtant cette charité du moyen âge était assez mal entendue : les rois auraient pu trouver mieux pour assister leurs peuples que de s'entourer de quelques déguenillés ; les monastères, tout en distribuant des aumônes, avaient fini, en accaparant les terres, par devenir, dans un vaste rayon autour d'eux, une cause d'appauvrissement.

On soulageait quelques « pauvres », mais ceux-ci étaient infiniment moins à plaindre que des millions de paysans, écrasés sous les droits féodaux, la dime ecclésiastique ou la fiscalité royale. Le problème qui consiste à soulager les pauvres sans augmenter le paupérisme et sans offrir une prime à la paresse, si difficile dans la France moderne, n'était pas un de ceux que pût résoudre le moyen âge. Au reste, le Français du xiir siècle, tout imbu d'idées religieuses, faisait Taumône non par philanthropie, mais par dévotion et pour faire son salut. Les « bons pauvres », aux genoux tout calleux à force de prosternations, à la bouche pleine de prières, bien dressés et endoctrinés par l'Église, toujours présents aux abords du sanctuaire, toujours prêts à recueillir le fruit d'une pensée pieuse, étaient fort commodes à qui voulait s'acquitter du devoir chrétien de charité. La misère étant trop répandue pour qu'il fût possible de la diminuer, on faisait du moins ce à quoi l'on était tenu, s'en remettant à Dieu pour le reste.

Les malades formant une catégorie plus restreinte de misérables, la charité à leur égard était plus efficace. Dès Tépoque mérovingienne, on cite sainte Clotilde et sainte Aboflède, femme et sœur de Clovis, sainte Radegonde, femme de Clotaire, sainte Bathilde, femme de Clovis II, comme des fondatrices d'hôpitaux. Les hôpitaux étaient généralement annexés à un monastère, comme celui de Bathilde à l'abbaye royale de Chelles. A l'époque des Croi-

sades, les vaillants chevaliers de Saint4ean s'honorèrent d'être avant tout des Hospitaliers. La diffusion de la lèpre, au xii' siècle, amena la création d'hôpitaux spéciaux, les léproseries. On en compta au xni* siècle près de deux miHe en France ; ils étaient généralemaat desservis par les Lazaristes, qui étaient aussi un ordre militaire. Louis Vn les étahlit à Paris, à l'extrémité du faubourg Saint-Denis; leur maison-mère était le domaine de Boigny. U créa aussi à la Saussaie, près Villejuif, un couvent de femmes pour soigner les lépreuses. Les rois faisaient à ces maisons de grandes aumdnes : quand ils mouraient, leur linge personnel et tous leurs chevaux, mulets, etc., appartenaient à la léproserie de la Saussaie. Jean II étant mort en Angleterre et la maison ayant été frustrée de ses chevaux, son lils paya à celle-ci une indemnité. Plus tard, Charles VI racheta 2 500 livres à ce couvent les chevaux de son père Charles Y. Les lazaristes se montrèrent dignes de ces faveurs en ne soignant pas seulement, les lépreux, mais toutes sortes d'infirmes.

Saint Louis fut un grand hospitalier : c'est lui qui agrandit et dota la Maison-^Dieu (Hôtel-Dieu) de Paris, qui créa l'hospice des Quinze-Vingts pour trois cents aveugles, qui institua les « Hostelleries des postes » dans les principales villes du royaume. De pieux seigneurs suivirent son exemple, et Ton cite, au xiii» siècle, Elzéar de Sabran et sa femme qui se consacrèrent tout entiers, vie et fortune, au service des malades.

L'Église ne se contentait pas de faire prier pour les voyageurs. Aux passages les plus difficiles des montagnes, dans les neiges des Alpes, s'élevaient de pieuses hôtelleries; celles du Saint-Bernard, du Saint-Gothard, du Simplon, du Mont-Cenis sont du xii« et du xiii* siècle.

Les guerres avec les Sarrasins, la piraterie musulmane dans la Méditerranée, peuplaient les marchés et les bagnes, en Orient et en Afrique, de capti£s chrétiens. Des ordres religieux, les Mathurins, fondés en 1198, et les Pères delà Merci, fondés en 1223 *, allaient racheter à prix d'argent les prisonniers chrétiens.

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