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LA YIE PRIVÉS 441
M. La TÎe privée.
Amenblenieiit. — Jusqu*aux Croisades ^ rameoblemeiit, même dans les châteaux des seigneurs, fut des plus simples : tables- de bois, eu fer à cheval pour les festins; bancs et escabelles de bois; lits étroits, remplis de paille; grands coffres en osier, en bois, recouverts d'une peau de vache, pour serrer les vêtements et les objets précieux. Le seal luxe consistait dans des pièces d'orfèvrerie ou d^argentcne d'un assez graBd poids, mais d'un travail grossier.
Après les Croisades, les murailles des appartements sont tendues de cuirs vernissés, gaufrés et dorés, dits cuira de Cordoue, d'étoffes d'Orient, de toiles peintes, auxquels succéderont les tapisseries de haute lisse. Dans les fenêtres ogivales s'encadrent les vitraux coloriés comme ceux des églises et réunis par des soudures de plomb ou d^êtain. Les chaires ou chaises, qui sont des fauteuils, se reeowTTcnt de riches étoffes, sur lesquelles on a brodé des armoiries ; efles sont surmontées de dossiers et de dais, et prennent des proportions nK»mmentales. L'architecture ogivale prête s«s motifs à l'ameublement. Sur les tablettes des grands dressoirs, s'étalent la vaisselle précieuse, les aiguière», les ftacons, les drageoirs à épices, les salières monumentales en or o« en vermeil, ornées de figures d'hommes on d'^animaux, enrichies de diamants et de pierreries. D'autres buffets pins petits s'élèvent près de la table : la erédence pour reeevoir les plats et les assiettes de rechange, Yabace pour les hanap», les verres et les coupes. Les anciens coffres deviennent des bcihuts richement travaillés. Sous les hautes cheminées à manteau sculpté ^ sont les grands landiers on chenets en fer forgé et ouvragé, sur lesquels s'entassent les Mches
1. La cheminée a été invenAée vers le xa* nède. Les ancieni n*OBt g^èce connu que ces brasiers portés sur des trépieds, qu'on appelle encore aajourdlini brasero en Espagne et brasière dans le midi de la France. N«« ancêtres gaaiois, en guise de cheminée, avaient an trou h la toilnre de ItcRs huttes. Jusqu'au xn* siècle, une cuisine de château au de nmoaslère n*ét«Ét qu'une vaste cheminée, la fumée n'ayant pour issue qu'un ou plusieurs trous xlaus la toiture.
énormes. Les lits sont entourés de courtines ou rideaux, surmontés de baldaquins, garnis d'oreillers, couvre-pieds, courte-pointes, couvertures. Us sont parfois larges de six pieds. Chez les paysans et les petits bourgeois, souvent les parents et les enfants couchaient dans le même lit ; chez les seigneurs, on invitait parfois les nobles hôtes à y prendre place aux côtés des châtelains ; les chiens mêmes, ces inséparables du maître, y trouvaient leur place. Les oreillers étaient parfumés d'essences, ce qui n'était sans doute pas inutile. Les draps, comme leur nom l'indique, furent d'abord en drap : ceux de fine toile n'apparaissent qu'avec la chemise. Au moyen âge, chez les grands, on dressait souvent, dans la pièce qui précédait la chambre à coucher, des lits de parade, où personne ne dormait. Le roi procédait à son petit lever, c'est-à-dire passait sa chemiscj dans sa chambre à coucher du Louvre et procédait à son grand lever, c'està-dire achevait de s'habiller, dans la chambre de parade.
L'éclairage est fourni surtout par des lampes à pied ou suspendues, avec des mèches de chanvre, comme on en voit encore dans nos campagnes. Pourtant il existe déjà des corporations qui fabriquent des cierges de cire, des chandelles de suif : c'est le luxe des grandes maisons. Enfin, pour ajouter à l'éclat des festins, souvent des serviteurs ou des hommes d'armes se tiennent debout autour de la table avec des torches de résine, comme de vivants candélabres.
Pour voyager, les nobles ont des voitures lourdes et massives, qui ressemblent à des tombereaux surmontés de cerceaux ; mais ces tombereaux sont en bois précieux, soigneusement sculptés, et sur les cerceaux se tendent de riches étoffes. Quelquefois, au lieu de cerceaux, il y a quatre montants, et alors le char ressemble à une de nos tapissières. Dans les entrées solennelles, les reines étaient portées en une litière, dont un cheval par devant et un cheval par de^ rière soutenaient les brancards.
L'emploi du temps était réglé par le gnomon ou cadran solaire, par des clepsydres et des sabliers, formés de deux cônes de verre réunis par la pointe. La clepsydre, ou horloge à eau, laissait écouler de l'eau ; le sablier, du sable. On les retournait quand le cône du haut était vide. Jusqu'au xiii® siècle, ces instruments furent d'un usage général.
Pourtant Thorloge était déjà connue en Occident : le khalife Haroun-al-Raschid en avait envoyé une à Charlemagne ; le moine Gerbert, qui devint le pape Sylvestre II, avait étudié le mécanisme de l'horlogerie : on lui attribue rinvention de Yéchappement, Les horloges furent mues à rorigine exclusivement par des poids; au xii® siècle, on ajouta un mécanisme pour la sonnerie. Sous Charles VII fut inventé le ressort spiral.
Une des plus anciennes horloges mentionnées chez nous est celle de l'abbaye de Cîteaux : elle était à sonnerie. Bientôt les villes, à commencer par celles des Flandres, eurent des horloges : leur mécanisme était souvent très compliqué; elles indiquaient non seulement les heures, mais les jours, les mois, les mouvements des planètes. Elles étaient ornées de figures mécaniques : le coq de saint Pierre, la vierge Marie, les trois mages, les douze apôtres, les quatre saisons ou les quatre évangélistes. A Besançon, à Dijon, dans les villes du nord, une sorte de mannequin en fer-blanc, appelé Jacquemart, frappait les heures avec un marteau sur la cloche municipale.
La première horloge qu'ait eue la ville de Paris fut fabriquée en 1370 par Henri de Vie. Des horloges plus petites commencèrent à être en usage chez les plus riches seigneurs ou bourgeois.
Quant à l'invention des montres, il est impossible d'en donner la date exacte. On en fabriqua dès la fin du xv» siècle : on les appela d'abord œufs de Nuremberg, parce que les premières auraient été fabriquées à Nuremberg, en Allemagne, et qu'elles avaient la forme d'un œuf. Au commencement du xvi*' siècle, on en fit chez nous de très petites, qu'on enchâssait parfois dans des croix ou dans d'autres bijoux. Sous François I®"*, fut constituée la corporation des horlogers,
Costume- — Le costume du peuple a peu changé pendant le moyen âge *. Le costume du clergé était fixé
1» Dans les miniatures ou les sculptures de l'époque, le vilain nous appâtait,-vèta d'une cotte de drap ou de peau, serrée à la taille par une ceinture; d'une surcotte, ou manteau tombant jusqu'à mi-jambe ; de chausses ou culottes; de bas, quelquefois; de souliers, ou de houseauXf espèce de bottes. U est coiffé ou d'un chapeau de feutre, ou da capuchon de la surcotte.
par des règles. En revanche, les classes riches eurent des modes d'un« capricieuse variété.
Un fait important signale Thistoire du vêtement au xiv« siècle. Jusqu'alors les riches portaient seuls la chemise en fine laine, en crêpe de soie, même en toile. Mais, soit qu'elle fût encore d'un prix élevé, soit qu'on eût gardé l'habitude de la considérer comme chose précieuse, on l'ôtait avant de se mettre au lit : dans les miniatures, les personnages couchés sont ordinairement nus. Au ivf* siède, l'usage de la chemise de toile se répand à tel point que des valets de ferme en portent. La vulgarisation des tissos de fil eut une conséquence remarquable : le bon marché du chiffon rendit possible la fabrication du papier de chiffes, sans lequel il eût été presque inutile d'inventer l'imprimerie. Ain^i l'histoire de la chemise et celle de rimprimerie sont étroitement associées.
Au XI* siècle, l'Eglise fulminait contre les longues chcYClures des nobles : Serlon, évèque de Séez, dans un sermon prononcé devant Henri II, roi d'Angleterre, déclarait que c'était le signe des enfants de Bélial. Grégoire VII anathématisait les longues barbes. Louis YII se fît raser et ses successeurs eurent tous les mentons ras. Les Valois restaurèrent les barbes, les parfumèrent, les garnirent mêine de glands et de galons dorés.
Au xnr® siècle, la cour mit en vogue les modes les plus extravagantes: pour les hommes, de courtesjaquettes découvrant les reins, avec de longues manches tombant jusqu'à terre, avec de fausses épaules appelées maheustres; des maillots collants et de couleur différente pour chaque jambe: des souliers à la poulaine, de deux pieds de long, à pointes immenses, que l'on rattachait aux genoux, en un mot, « inventés en dérision du créateur » ; des cottes ou robes de dessus, armoriées, historiées de figures de bêtes, même de notes de musique. Sur une robe de Charies VI, il y avait i 400 hirondelles d'or tenant à leur bec un bassin d'or.
On dépensait des sommes folles en vêtements. Un duc de Bourbon porte une cotte de 5 200 écus d'or. Le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, disait aux jeunes courtisans: « Ayez l'œU à changer de mise : un joiur soyez en bleu, un autre en blanc, un autre en gris; aujourd'hui portez rolies
longues comme un docteur de faculté ; demain il vous faudra toutes pièces rognées et étroites... Surtout ne faites pas garenne de vos habits : on vous les apporte le matin, donnezles le soir, et tôt faites-vous-en commander d'autres. »
Pour les dames, le modeste béguin est remplacé par Torgueilleux hennin à une corne, à deux cornes, qui ne pouvait passer sous aucune porte et d'où tombaient de longs voiles flottant sur les épaules. Elles portent des corsages décolletés ou découpés d'ouvertures que les prédicateurs appellent <( fenêtres d'enfer » ; des robes à longue traîne; une profusion de bracelets, colliers, rivières de diamants : toutes modes diaboliques contre lesquelles prêcha, en 1428, le carme Thomas Connecte, et, en 1429, frère Richard. Rares étaient les femmes de la cour qui fussent « vêtues sans péché ».
La riche bourgeoisie ne demande qu'à rivaliser de luxe avec la noblesse. C'est en partie pour maintenir la distinction des classes que les rois édictent les loissomptuaires. Repa». — Le peuple mangeait comme il pouvait : de la viande rarement, beaucoup de légumes, et, sur les côtes de la mer, du poisson, surtout des harengs et du crispois ou chair de baleine salée.
Les nobles, et même les bourgeois S eurent, dès le xiv« siècle, des goûts plus raffinés : l'art gastronomique prit alors naissance.
En guise de potage, on servait souvent de la bouillie de millet et de froment, de la bouillie au miel, de la soupe à la moutarde, au chêne vis, au vin. Du Guesclin, au moment de combattre, mangeait trois soupes au vin t en l'honneur des trois personnes de la sainte Trinité ». La «oiipc dorée que maître Taillevent, queux de Charles VU, servait à son maître se composait de tranches de pain grillées, imbibées de vin, de sucre et d'eau de rose, trempées dans le jaune d'œuf et saupoudrées de safran.
Le paon était en grand honneur : c'est sur le paon que les chevaliers faisaient serment d'aller à la croisade ou d'accomplir quelque merveilleux exploit. C'était par excel-
1. Pour avoir une idée de la façon de vivre des bourgeois, consulter le Ménagier de Paris, qui donne des conseils aux femmes sur la manière de leuir leur maison.
lence « la viande des preux, la nourriture des amants ». Les gourmets prisaient aussi le héron, la grue, la corneille, la cigogne, le cygne, le cormoran, le butor, le hérisson, rour&. On mangeait, outre les poissons que nous consommons aujourd'hui, le dauphin, le chien de mer, la sèche. On faisait des salades avec la mauve, le houblon, le concombre sauvage. On prodiguait, comme assaisonnement, la sauge, la lavande, la menthe, la giroflée, le fenouil, l'anis, la violette, la rose, Thysope, la pivoine, le romarin. Au XIV® siècle, l'Espagne fît connaître les truffes. On buvait, outre les vins d'aujourd'hui, de l'hypocras, ou « vin d'Hippocrate », infusion de cannelle, amandes, musc, dans du vin sucré; du moré ou vin de mûre, du lait d'amande ou de noisette, de l'orangeade, des sirops; de l'eau-de-vie épicée, de Veau d'or, liqueur alcoolique dans laquelle étaient des parcelles d'or, qui avaient la vertu de prolonger la vie. A la fin du repas proprement dit, on enlevait les nappes, et ajors on servait les épices : c'était le dessert d'alors, car les desserts de fruits crus ne datent que du xvi« siècle.
Dans les festins d'apparat, on « donnait à laver », avant le repas, avec des aiguières et des bassins d'or. D'immenses pâtés encombraient le milieu de la table : il en sortait parfois des oiseaux vivants, des enfants, des hommes d'armes, des danseuses. Il y avait entre chaque service des intermèdes ou entremets de musique, poésie ou pantomime. On répandait des roses sur le plancher, la nappe, les coupes, et les convives étaient couronnés de fleurs.
Souvent, dans les festins donnés par le roi ou les princes, les plats étaient apportés par les grands officiers qui circulaient à cheval autour de la table. A la cour des Valois, on s'asseyait par couple, cavalier et dame, et la galanterie voulait qu'on mangeât à la même écuelle.
On prenait la bouillie avec des cuillers et les viandes avec les doigts, comme les anciens ou les Arabes d'aujourd'hui. Les fourchettes étaient presque inconnues. En 1297, le roi d'Angleterre n'avait qu'une fourchette ; Charles V en posséda jusqu'à six, mais elles ne servaient qu'à des grillades de fromage au sucre. L'usage des fourchettes ne devint général qu'au xvie siècle. Elles étaient à deux dents et ressemblaient à une petite fourche.
Les nappes apparurent quand le luxe se développa : elles furent d'abord en drap, parfois en drap d'or, en velours, en peluche. Si un chevalier s'était rendu coupable de quelque félonie, un héraut s'avançait et tranchait la nappe devant lui : c'était un ordre de se retirer , un affront sanglant.
Au XIV* et au xv« siècle, quand les empoisonnements n'étaient pas rares, le maître d'hôtel faisait d'abord, en les goûtant, Y épreuve des mets et des boissons; les coupes étaient faites en licorne, ou corne de rhinocéros, garnie d'ongles de griffon et de langues de serpent : ces substances vivaient, croyait-on, la propriété de dénoncer les poisons.
Bains. — Il y avait des siècles que ces thermes magnifîques élevés par les Romains, comme les thermes de l'empereur Julien à Paris, étaient tombés en ruines. 11 est certain que les chrétiens se baignèrent beaucoup moins que les païens. Cependant les croisades semblent avoir remis les bains en honneur. A Paris, à Valenciennes, à Abbeville, même dans des villages comme Warcy près de Clermont en Beauvoisis, on signale des étuves. Dans les grandes villes, les étuves étaient même des lieux de réunion et de plaisir. Dans beaucoup d'habitations particulières, on avait des « cuves à baigner ».
Jeax. — Le moyen âge a aimé par-dessus tout les jeux de force et d'adresse. La classe militaire avait ses tournois, joutes, quintaines, bagues, la chicane ou jeu de paume à cheval, tous les exercices de l'escrime, de la gymnastique, de requit ation. Les paysans se défiaient à la course, à la lutte, au pugilat, au m&t de cocagne, à la balle, à la paume, aux quilles.
Un jeu qui depuis lors subsiste encore dans le Béarn, c'était la soûle, une balle qu'on se disputait à coups de pied, à coups de poing, en cassant bien des têtes. Les Anglais avaient introduit le jeu du pourcel : il mettait des aveugles aux prises avec un cochon, qu'ils finissaient par assommer, non sans s'être quelque peu assommés entre eux. Les gens plus paisibles jouaient aux boules et au billart, qui était une espèce de crockett : il consistait à chasser des boules au ras du sol avec des crosses de bois.
Parmi les jeux de calcul, le plus anciennement coddu chez nou^, le plus souvent cité dans nos chansons de gestes, c'est celui des échecs. Les plus répandus étaient ensuite le jeu des tables, qui est le trictrac, et le trémerel, qui se jouait avec trois dés : c'était une variété du trictrac.
Au xiv° siècle, on inventa les cartes à jouer. Elles ne soot ni d'origine indienne, ni d'origine arabe, comme on Ta dit : elles semblent être nées en Italie, et c'est d'une collection d'images appelées naîMSy destinées à Tamusement et à l'instruction des enfants, qu'on a formé les premiers jeux de cartes. Les joueurs enragés préféraient ks dés.
Les enfants du moyen âge avaient des poupées* coiffées du hennin, de petits soldats en heaume et haubert, des moulins à vent, des animaux en terre cuite servant de sifflets, des chevaux de bois, des armes, etc.. On connaissait alors presque tous les jeux d'aujourd'hui : balles, billes, toupie, jonchets ou honchets, escarpolette, échasses, barres, pelote, saut de mouton, cligne-musette, le chat perché, les quatre coins, le berger et le loup, le doigt mouillé, le gage touché, les pénitences, etc.
Enfin nos ancêtres, nobles ou roturiers, étaient passionnés pour la danse : ils aimaient surtout à karoler, c'està-dire à danser des rondes avec accompagnement de chants. Us disaient volontiers : « Après la panse, vient la danse *. »
NaissaBces. — Pour aider l<^s femmes en couches, on sonnait les cloches. En Bretagne, pn attachait au cou du nouveau-né un morceau de pain noir, afin que les génies, voyant qu'il était pauvre, ne lui fissent point de mal. Dans les Basses- Alpes, on se gardait de choisir un parrain on une marraine borgnes ou boiteux : l'enfant aurait contracté leur infirmité. L'Église dut interdire certains usages,
1 . Une bizarrerie de notre ancienne civilisation, c'est le goût qn*aTaient les rois et les princes pour les fous ou bouffons^ Presque tous entretoiaient à leur cour de ces êtres contrefaits de corps et d'esprit, affublés d'un eo»tuine ridicule, avec une marotte et des grelots, et qui étaient à la fois de» souffre-douleurs et des diseurs de bons mots. Le sage roi Charles V w eut plusieurs : à l'un d'eux, Thévenin de Saint- Léger, qui monrut vers 1374, il ût ériger en l'église Saint-Maurice à Senlis une statue de marbre bUac qui représentait le défunt bouffon avec sa marotte. Cet usage singulier ne disparut guère qu'à la fin du xvi* siècle. Victor Hugo a illustré le fonde François !•'.
comme celui de tremper dans Teau glacée les pieds et les mains du nouveau-né pour le rendre insensible au froid; de lui frotter les lèvres avec une pièce d'or, pour les rendre vermeilles ; de lui imprimer avec un fer chaud la croix sur le front; de lui faire boire du vin bénit, etc.
Les reines elles-mêmes, comme Blanche de Gastille, étaient nourrices de leurs enfants. On pratiquait Tusage absurde, qui s*est perpétué dans nos provinces, d'emmailloter étroitement le nourrisson, de façon à lui ôter toute possibilité de mouvoir ses membres.
Mariages. — En Bretagne, la jeune fille qui voulait se marier dans Tannée dansait autour dés feux de la Saint- Jean. Elle jetait des épingles dans une fontaine, et, si elles surnageaient, les noces étaient proches. En tirant de Teau d*un puits et en jetant dans cette eau un œuf cassé sur la tête d'un individu quelconque, elle y voyait l'image de son futur époux.
Dans le Midi, le jeune homme qui recherchait une jeune fille, portait aux parents une outre de vin : s'ils en buvaient, il était accepté. Dans les Landes, le prétendant allait leur demander à diner : si, au dessert, la jeune fille servait un plat de noix, c'était signe de refus. En Bretagne, les tailleurs avaient la spécialité de faire les demandes en mariage.
Le jour du mariage, d'autres usages : dans les Vosges, on offrait à la fiancée, si elle avait toujours été sage, une poule blanche; en Bretagne, ses compagnes lui présentaient une quenouille; en Bresse, sa mère lui donnait la pièce de toile qui devait lui servir de linceul.
Dans l'Ariège, la nouvelle mariée se réfugiait dans une maison où ses compagnes, armées d'épées, la défendaient contre le mari et ses compagnons, également armés. En Provence, si le mari était étranger, les garçons du village prenaient les armes et ne le laissaient emmener sa femme qu'après qu'il avait payé une somme qu'on dépensait tous ensemble au cabaret. Cet usage rappelait l'enlèvement par force ou l'achat de la femme qui, chez les peuples primitifs, précédaient le mariage.
A l'autel, si l'anneau entrait aisément au doigt de la femme, il était certain qu'elle serait docile; si non, elle
devait être maîtresse à la maison. En Sologne, on piquait jusqu'au sang le marié et la mariée : celui qui se montrait le plus sensible devait être le plus jaloux.
Quand une veuve ou un veuf se remariaient, les gens du village les c régalaient d'un charivari ».
Usai^es et superstitions relatifs à la mort. — Au lit de mort, on ne se résignait qu'au dernier moment à recevoir l'extrême-onction. On croyait qu'une fois qu'on l'avait reçue, on n'avait pas le droit de guérir, que les cheveux tombaient et que la chaleur naturelle diminuait. Les feux follets, le croassement d'une pie, le vol du vautour planant au-dessus d'une maison, le fait d'être treize à table, de rêver d'un médecin, de voir une étoile filante, annonçaient quelque mort prochaine. Qui mettait une chemise blanche le vendredi devait mourir dedans. La femme qui lessivait pendant la semaine sainte n'allait pas loin. Quand l'œil gauche d'un mort ne se fermait pas, c'est qu'il faisait signe à quelque parent de le suivre.
Dans les Vosges, dès que le malade avait expiré, on vidait tous les vases de la maison, de crainte que son âme ne se noyât dans l'eau. On couvrait d'un voile les ruches, de crainte que les abeilles ne mourussent. Il fallait éviter de coudre ou de filer dans la chambre mortuaire. En Normandie, si on veillait le corps avec tant de soin, c'était pour que le diable ou quelque sorcier ne vînt pas l'enlever pour mettre à sa place, dans le cercueil, un chat noir. Si un chien ou un chat passait sur le corps, le mort devenait un vampire.
Il y avait des usages touchants : dans le Tarn, à la mort du propriétaire, on coupait toutes les fleurs du jardin, on labourait la pelouse. En Provence, suivant l'antique coutume grecque, le mort était exposé à visage découvert. Dans l'Ardèche, on faisait le repas funèbre au cimetière; la table du curé et de la famille était dressée sur la tombe fraîchement remuée et l'on buvait à la santé du défunt.
Dans le Languedoc, aussitôt que le malade était trépassé, on poussait des cris effroyables; suivant un ancien rit romain, on louait des pleureuses. Aux funérailles des comtes de Polignac, un mime costumé et grimé de façon
à représenter le défunt, imitant avec soin ses gestes et sa démarche, se plaçait en tète du cortège.
Lorsqu'un homme avait été assassiné, sans qu'on con- ^ nût son meurtrier, c'était une croyance générale que, lorsque celui-ci s'approchait du cadavre, le sang recommençait à couler des blessures et le dénonçait.
Qui mourait sans avoir testé était .assimilé par l'Église aux suicidés, à ceux qui avaient repoussé les sacrements : on lui refusait la sépulture ecclésiastique ; ses biens appartenaient au seigneur. Les parents avaient le droit de se substituer à celui qui « étaitjparti sans langue » : ils rédigeaient son testament et surtout n'oubliaient pas le legs à l'Église : ainsi tout s'arrangeait. Par contre l'excommunication ou la mise hors la loi entraînaient souvent pour le condamné l'incapacité de tester, ainsi que de rien recevoir par testament ou par héritage.
^ Sépultures. — Dans beaucoup de pays on enterrait les morts dans l'église même. Dans une chanson bretonne, une femme à qui l'on a caché la mort de son mari, apprend son maiheur en venant à l'église et en voyant, sous le banc qu'elle y occupe, la terre fraîchement remuée. Puis on enterra, dans l'enclos qui entourait le temple, les morts du commun : on réservait la sépulture dans le sanctuaire aux membres du clergé, à la noblesse, surtout à la famille du patron de la paroisse, aux notables personnages. Tantôt on les ensevelissait dans la nef et on les recouvrait d'une pierre tombale sans relief, dont Finscription s'eiîaçait sous le pied des passants; tantôt on leur élevait dans les chapelles latérales des tombes sur lesquelles les gentilshommes et les gentilles femmes sont représentés, les uns avec leur armure, les autres avec leur costume de cérémonie, les mains jointes, les pieds appuyés contre des lévriers, des lions et autres animaux nobles ; tantôt, la place manquant, on encastrait la tombe dans la muraille et l'on dressait contre la paroi la pierre tombale.
Dans les cimetières des grandes villes, on ne prenait aucune précaution de salubrité. Celui des Innocents, à Paris, regorgeait à tel point de cadavres que son niveau dépassait de huit pieds le niveau de la rue ; on y déterrait les morts pour faire place à d'autres avant que le travail de dé-
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composition fût acheyé; on entassait, dans les charniers de l'enclos, les os encore en état de putréfaction.
Cest là cependant que Ton exécuta, en 1424, la danse des morts ou danse macfibrej une>onde où la Mort était censée entraîner rois, papes, seigneurs, bourgeois, paysans. Ce singulier divertissement se répandit dans beaucoup de villes.
On ne témoignait pas alors, dans les cimetières, le recueillement qui aujourd'hui nous semble un devoir. On y buvait, on y mangeait. C'étaient, dans les grandes villes, des lieux de promenade et de rendez-vous.
lY. Saperstitloiis diverses.
Les êtres somatorels. — Toute la vie du moyen âge fut imbue de superstitions : aucune éducation scientifique ne garantissait de la crédulité les esprits même les plus éclairés. La distinction entre le naturel et le surnaturel n'existait pas ; on vivait en plein miracle. Personne ne doutait que les habitants du ciel ou ceux de Tenfer ne se mêlassent librement à notre existence. Nous avons parlé des superstitions relatives à la religion, aux sciences, à Tagriculture, aux naissances, aux mariages, aux funérailles. Il en est d'autres encore, qui semblent, comme celles-là, un reste des anciennes religions celtique, romaine, germaine, et que la religion nouvelle n'a pu extirper.
Malgré la multitude innombrable des êtres surnaturels que le ciel chrétien a admis à ses honneurs ou que l'enfer chrétien garde en ses gouffres de flamme, il en est d'autres qui ont échappé à toute classification et qui persistent à hanter le séjour des mortels. Les féeSy armées de leur baguette magique, secourables ou malfaisantes, immo^ telles dans leur brillante jeunesse ou leur vieillesse difforme, habitent les grottes, les forêts profondes, les landes désertes. En Bretagne, il y a les korrigans, qui vivent sous les anciennes pierres païennes, en sortent la nuit pour s'ébattre au clair de lune, entourent le voyageur attardé, l'enveloppent dans leurs rondes et l'obligent à danser avec eux jusqu'à la mort. Dans les eaux, se ca-