‹ Histoire de la civilisation française (volume 2)Chapitre 45 sur 85 · SUPERSTITIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS DIVERSES

Ils pouvaient se changer en bêtes i. Ils savaient où gisaient les trésors que gardaient les dragons. Dans leurs grimoires j on trouvait des recettes effroyables.

Beaucoup n'étaient que des imposteurs qui mentaient pour extorquer de Fargent. Le plus grand nombre étaient des fous, des malades, atteints d'affections du système nerveux, semblables à celles que Ton soigne aujourd'hui à la Salpêtrière. Leur maladie nerveuse avait pris la forme de la folie la plus répandue : ils croyaient sincèrement s'être échappés de chez eux par la cheminée, graissés d'onguents magiques, avoir chevauché sur un balai à travers les airs, s'être rencontrés avec les autres sorciers au sabbat. Ils avaient pris part à leurs festins qui laissaient l'estomac vide, à leurs orgies qui laissaient la gorge sèche, à leurs rondes où les danseurs et danseuses se tournaient le dos pour n'être pas exposés à se reconnaître un jour et à se dénoncer. Ils avaient assisté à cette messe sacrilège où Satan, sous la figure d'un bouc, parodiait le sacrifice de Jésus, s'immolait pour ses fidèles, et s'abîmait dans les flammes. Ils avaient été marqués par lui de son sceau, et l'endroit du corps qu'il avait touché de sa griffe restait insensible.

Il semble que le culte des anciens dieux chez les païens, que le culte du mauvais principe chez les Albigeois, se soient fondus dans cette religion nouvelle : l'adoration de Satan. C'est surtout après l'extermination de l'hérésie du Midi que la sorcellerie se développa. Elle fut peut-être aussi une forme de la révolte contre le despotisme féodal et sacerdotal; mais jamais sorcier ne fut bien sain d'esprit.

Quand on les arrêtait et qu'on les mettait à la torture, le diable se retrouvait là pour les empêcher d'avouer. Heureusement le magistrat était sacré pour lui et pouvait en sécurité faire son métier de tourmenteur. Il était recommandé aux juges de faire raser soigneusement les patients, de crainte que le démon ne se cachât dans leurs cheveux. Avec de longues aiguilles, on les piquait par tout le corps,

1. Un chasseur est attaqué par une louve et lui coupe une palte; arrivé au château voisin, il constate que la châtelaine est au Ut avec une main coupée : elle est brûlée comme sorcière.

CrVILISATION FRANÇAISE

jusqu'à ce qu'on trouvât le point insensible, touché par la griffe de Satan : or, on sait que les malades de la Salpétrière présentent souvent ce phénomène de points absolument insensibles.

Rien n'était plus propre à accréditer la croyance à la sorcellerie, à développer dans les masses les maladies nerveuses, en un mot à faire de nouveaux sorciers, que les persécutions dirigées contre ces malheureux. Gomment ne pas croire à la sorcellerie quand on voyait l'Eglise, les rois, les parlements sévir contre les complices de Satan, leur disloquer les membres sur les chevalets, les brûler sur les bûchers, disperser leurs cendres au vent? G)inment se montrer incrédule, quand les plus hautes autorités spirituelles et temporelles montraient une crédulité effrayée? Cette cendre dispersée semblait une semence de sorciers.

Ouvrages a consulter : Violletle-Duc, Diet. du mobilier (t. V et VI, armes de guerre), ZWcf. d'architecture (article Château, etc.) et Hist. d'une forteresse. ^ P. Lacombe, Les armes et les armures. — Lalanne, Essai sur le feu grégeois et V introduction des jMudres de guerre. — Reinaud et Favé, Du feu grégeois, des feux de guerre.

— L. Fig^aier, Les merveilles de l'industrie (les poudres de guerre, l'artillerie ancienne et moderne).

Paul Viollet, Précis du droit français. — Gide, Essai sur la condition privée de la femme. — Ch. de Ribbe, Les familles et la société en France uvant la Révolution, — Loredan Larchey, Dict. des noms propres. — Desmaze, Supplices, prisons et grâce.

— Francisque Michel, Hist. des races maudites.

Viollet -le -Duc, Dict. du mobilier (t. I à IV, meubles, instruments, vêtements, bijoux, jeux). — J. Qaicherat, Éist. du costume en France.

— Baudrillart, ouvrage cité. -— De Champeaux, Le meuble. — Mûnti, La tapisserie. -~ Gerspaoh, La mosaïque et L'art de la verrerie, — R. Merlin, Origine des cartes â jouer.

A. Maur^, La ma^ie et l'astrologie.

— L, Figuier, Hist, du merveilleux.

— Michelet, La Sorcière, — Raoal Rosières, Hist, de la société française au moyen âge. — A de Nors, &o«tumeSf mythes et traditions des provinces de France. — Challamel, Mémoires du peuple f^rançais.

Musées a visiter :* Musée d'artillerie, Musée de Cluny.

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