Jadis rois des francs ; à présent, rois des serfs
2. Le pape était autorisé à percevoir les annates^ c'est-à-dire le revenu d'une année sur tout bénéfice ecclésiastique nouvellement conféré; mais
de nommer à tous les bénéfices. Même les évêques, ces chefs de l'Église, qui avaient été au moyen âge de véritables souverains spirituels et temporels, devenaient des espèces de fonctionnaires royaux. Ils n'avaient plus à briguer les suffrages d'un chapitre de chanoines, ou à rechercher la faveur du pape : c'était du bon plaisir du roi que dépendait leur nomination. Le prince confère Tépiscopat à de spirituels littérateurs, à d'aimables poètes. Du Bellay devient évéque de Paris, puis archevêque de Bordeaux; Bertaut, évêque de Séez; Desportes, abbé de plusieurs abbayes ; Ronsard réunit de nombreux bénéfices et meurt à son prieuré de Tours ; Rabelais est curé de Meudon. Plus tard Régnier nous montre un poète affamé qui,
Méditant un sonnet, médite un évêché.
L'Église de France devenait une institution monarchique, et le roi pouvait disposer à son gré de ses milliers de bénéfices.
Soumission du tiers état. — La liberté des villes achevait de succomber. François I®' enleva à beaucoup de vieilles communes l'élection de leurs magistrats et les fit administrer par des officiers à lui.
Les États généraux tombaient en désuétude * : pendant tout le règne de François 1©^, malgré les grandes levées d'hommes et d'argent que fit le roi, on ne les réunit pas une seule fois. Il préférait convoquer des assemblées de notables, sur le choix desquels il avait la haute main. C'est ainsi qu'en 1526 et 1527, il appela à Cognac et à Paris les notables de Bourgogne, pour obtenir d'eux une protestation contre le traité de Madrid, qui avait livré cette province à l'Espagne. Après le désastre de Saint-Quentin, Henri II, qui avait besoin de subsides, réunit les États généraux à Paris,
il renonçait aux réserves et aux grâces expectatives. Il conservait les appels en cour de Rome pour les causes majeures des tribunaux ecclésiastiqaes ; mais ces appels en cour de Rome devaient être jugés en France mémo, par des juges commis par le pape. Enfin le roi abandonnait les doctriDes du concile de Bàle touchant la supériorité des conciles sur le pape.
i. Ils ne furent réunis qu'une fois sous Louis XII, à Tours, le 10 mai 1506; ils décernèrent à ce prince le surnom de Père du Peuple,
LE POUVOIR KOYAL AU XYI« SIÈCLE 505
le 5 janvier 1548; mais beaucoup de membres ^e cette assemblée étaient choisis par lui, et les magistrats judiciaires, tout dévoués au roi, y siégèrent à part, comme s'ils eussent formé un quatrième ordre dans l'État. L'époque des véritables États généraux ne reviendra que lorsque les troubles civils auront affaibli la royauté.
Soumission du Parlement. — Les prérogatives des autres corps de l'État, les privilèges des universités on le droit de remontrance des parlements, ne comptaient plus pour rien quand l'autorité royale voulait se faire obéir. Lorsque les délégués du Parlement de Paris vinrent trouver François ler à Amboise pour protester contre le Concordat de 1516 et l'abolition de la Pragmatique-Sanction, il leur dit simplement : « Je suis le roi; je veux être obéi; portez demain mes ordres à mon Parlement de Paris ». Comme ils cherchaient à différer leur départ, le roi ajouta : « Si demain avant six heures, ils ne sont pas hors d'Amboise, j'enverrai des archers les prendre et les jeter dans un cachot pour six mois. »
Ouvrages a consulter : Voir au chapitre suivant.
R. Civil. T. I. 29