‹ Histoire de la civilisation française (volume 2)Chapitre 53 sur 85 · LE POUVOIR ROYAL AU XYI« SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE POUVOIR ROYAL AU XYI« SIÈCLE

ri ne, Tépouse délaissée de Henri II, mais la conseillère toute-puissante de ses fils, s'entoure de trois cents jeunes femmes, ses dames et ses filles d'honneur, les premières de France par la noblesse et la beauté, cour galante et éblouissante de la reine mère , « escadron coiffé » qui l'accompagne à la chasse et en voyage *, dont les charmes servent sa politique. Tantôt elles s'emploient à réconcilier catholiques et protestants, tantôt, froidement, vont contempler les cadavres de la Saint-Barthélémy.

1> taxe de la eonr. — Les édits somptuaires, comme ceux de 1549 et 1563, essaient, mais en vain, de modérer le luxe de la bourgeoisie; rien ne vient contenir celui de la cour. Les armures, comme celles de François I*"^ et de Henri II, conservées au Louvre, sont ciselées et damasquinées. En costume de cour, les hommes portent des maillots de soie, des culottes de velours bouffantes, avec des crevés de soie, des escarpins de velours, des pourpoints de drap d'or, un petit manteau de .velours sur l'épaule, une toque avec une plume. Henri III met à la mode les pourpoints avec une bosse sur l'estomac, les fraises godronnées ou collerettes à tuyaux. Il se couvre de bijoux, porte des boucles d'oreilles, des colliers de perles, des bagues; il s'inonde de civette, de musc et autres parfums violents ; il joue de l'éventail, à moins qu'il ne joue du bilboquet, et tient dans ses bras de tout petits chiens. Suivant le mot d'Aubigné, c'est un roi-femme ou une femme-roi.

Sous Henri III, le costume des dames est caractérisé par d'étroits corsages, en pointe, maintenus à grand renfort de lames d'ivoire ou de métal qui entrent dans les chairs ; des manches et des épaules énormes, rembourrées de coton et ballonnées, si bien que les belles semblent bossues et contrefaites; de grandes collerettes, toutes raides, qui enveloppent la tête comme une auréole; une coiffure extravagante, des cheveux relevés, tirés par des fils de métal; enfin le masque de velours. On peut se faire une idée de ces costumes d'hommes et de femmes

1. Catherine de Médicis a mis à la mode les selles de femmes semblables à celles d'aujourd'hui. Auparavant les femmes étaient ordinairement assises sur le flanc gauche du cheval, les pieds appuyés sur une planchette, ou bien montaient comme les hommes.

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par deux tableaux de Fépoque, au musée du Louvre, qui représentent des fêtes.

Tout ce luxe aidait la noblesse à se ruiner. Au camp du Drap-d'Or (1520), où François le*" écrasa de son luxe le roi d'Angleterre, « maints seigneurs, dit un contemporain, portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules ». Ils firent de même pendant tout le xvi» siècle. Les pertes au jeu et les emprunts usuraires y aidant, la noblesse va périssant joyeusement : ses rangs se renouvellent plus vite ; car la vie de cour, en deux générations, suffit pour ruiner corps et biens les anciennes familles, qui sont aussitôt remplacées par de nouvelles.

La cour centre du g^om^ernemeiit. — La vie de cour était devenue indispensable à la noblesse française. Quiconque ne paraissait point à la cour passait pour un rustre sans éducation : mieux que la crainte du mécontentement royal, cela suffisait pour y amener les plus récalcitrants des féodaux. C'est par la cour que les rois crurent achever d'assouplir la noblesse, lui ôter toute velléité d'indépendance, endormir ses dernières méfiances, pendant que les légistes poursuivaient leur œuvre de destruction contre les privilèges féodaux. Jadis l'histoire de France se passait un peu partout, dans les châteaux de la Gascogne et du Languedoc, dans les landes de Bretagne, dans les palais des ducs de Bourgogne; maintenant tout se passe à la cour du roi, même les meurtres, comme celui du duc de Guise, même les massacres, comme la Saint-Barthélémy. Le centre du royaume, ce n'est point Paris, c'est la cour, qu'elle se tienne au Louvre, aux Tuileries, ou bien aux châteaux de Fontainebleau, d'Amboise, de Blois, de Chenonceaux. Il y a maintenant une langue de la cour, qui tend à devenir le français de la littérature. Seulement, cette langue de cour subit les caprices de la mode. Au xvi« siècle, où l'on a deux reines florentines et où dominent les favoris italiens, les mots d'au delà des Alpes s'y introduisent par centaines; au xvn® siècle, sous les deux reines espagnoles, femmes de Louis XIII et Louis XIV, les mots d'au delà des Pyrénées domineront à leur tour. Pour l'affermissement du pouvoir royal, pour l'unité du royaume, l'institution de la cour aura fait plus que dix batailles

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livrées aux féodaux, comme celles de Montlhéry ou de Saint-Aubin-du-Cormier.

L.a royauté absolue. — Des ordonnances de François l^^ limitent le droit de chasse, assujettissent à la taille le bien roturier tenu par les gentilshommes, leur défendent d'avoir du canon dans leurs châteaux, de placer des gardes dans les terres qu'entourent les domaines du roi. Il est interdit, sous peine de mort, de prendre les armes sans son autorisation. Un gentilhomme est décapité en place de Grève pour avoir levé des troupes sans l'aveu du roi. Aussi, les nobles disent-ils avec quelque dépit, à ce que rapporte l'ambassadeur vénitien Marino Cavalli : « Nos rois s'appelaient jadis reges Prancorum; à présent, on peut les appeler reges servorum *. »

La royauté n'était pour ainsi dire plus contestée : jamais elle n'avait été aussi puissante que sous François I«r et sous Henri II. C'est du règne de François que date la formule : « Car tel est notre plaisir. »

Fin des dynasties féodales, noblesse nouvelle. — De toutes les anciennes dynasties féodales, une seule était restée debout : celle de Bourbon. Or, après la trahison du connétable (1523), la branche la plus puissante de cette maison fut abattue, et ses vastes domaines de l'Auvergne, de la Marche, du Bourbonnais, du Lyonnais, furent réunis au domaine.

A la place de l'ancienne noblesse, s'en élevait une autre, qui semblait beaucoup moins redoutable.

Non seulement les rois s'arrogeaient le droit de créer des pairs de France, mais ils créaient des ducs. Ce titre, qui supposait autrefois la souveraineté sur de vastes provinces, se donnait maintenant à des seigneurs sans importance réelle. On était duc sans duché, par la faveur du roi : c'est ce qu'on appelait des « ducs à brevets ».

Le Concordat : TÉg^lise à la discrétion du roi. — Par le Concordat de 1516, le pape Léon X, en échange de certains avantages pécuniaires *, avait reconnu au roi le droit

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