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HENRI IV : RÉTABLISSEMENT DE LA . PROSPÉRITÉ S

de dégrèvement. Il fit des remises d'impôts, enrôla dans ses régiments les croquants qui avaient été soldats. Jamais avant lui, ni après lui, uu roi de France ne traita avec tant d'humanité des paysans insurgés.

État des villes. — Dans les villes, tout commerce et toute industrie avaient cessé. Au temps de la Ligue, la Satire Ménippée représentait Paris comme une caverne de bêtes farouches, une citadelle d'Espagnols, Wallons et Napolitains, un asile de voleurs, meurtriers et assassinateurs ; elle montrait Therbe croissant dans les rues, autrefois si vivantes. Après la rentrée du roi, la prospérité ne put se rétablir immédiatement : en 1596, Paris fut encombré de paysans affamés qui refluaient des campagnes : c'est par centaines que les gens mouraient dans l'Hôtel-Dieu encombré.

Sully. — De cet abîme d'anarchie et de misère Henri IV, en douze années, éleva le pays à un degré de prospérité et de puissance qu'il n'avait jamais connu. Son principal auxiliaire fut son ami Rosny, plus tard duc de Sully, qui, après avoir partagé toutes les misères du Béarnais, devint comme le ministre universel, comme le factotum du roi. H fut surintendant des finances, pour remplir ses coffres, général pour conduire ses troupes, ingénieur pour fortifier ses places, grand maître de l'artillerie pour attaquer celles des Espagnols, grand voyer pour rétablir les voies de communication et en créer de nouvelles, surintendant des bâtiments pour embellir Paris.

Les notables à Roaen. — Henri IV, après les tristes expériences de 1588 et de 1593, ne pouvait songer à réunir les États généraux; l'institution était décriée par ses excès; mais, le 4 novembre 1596, il convoqua à Rouen une assemblée de notables, qui fut comme le point de départ -de toutes ses grandes réformes. Il y eut là neuf députés du clergé, dix-neuf de la noblesse, cinquante-deux du tiers état, parmi lesquels beaucoup de membres des parlements et des autres cours, mais beaucoup aussi d'industriels et de négociants. Dans sa harangue, il leur déclara qu'il entendait suivre leurs conseils, « se mettre en tutelle entre leurs mains, envie qui ne prend guère aux rois, aux barbes grises et aux victorieux ». Comme Gabrielle d'Estrées

s'étonnait de cette mise en tutelle : « Ventre Saint-Gris,, répondit le Béarnais, il est vrai ; mais je l'entends avec mon épée au côté ».

Les notables faillirent cependant le prendre au mot. Ils ne votèrent d'impôts que pour trois ans, demandant à être de nouveau convoqués à l'expiration de ce délai. En? outre, pour régler l'emploi de cet argent, ils voulurent nommer un conseil de raison, ou de comptabilité. La moitié des revenus publics serait administrée par ce conseil, l'autre moitié par le roi et son conseil des fmances» Le roi accepta ces propositions qui avaient l'inconvénient, comme le disait Groulard, de « dresser autel contre autel, former un Estât dans l'Estat, partager l'autorité royale ». Au bout de quelques mois, les membres du Conseil de raison ne purent s'entendre entre eux. Us vinrent trouver le roi et le supplièrent de reprendre, avec le maniement de tous les deniers publics, la plénitude de son autorité. Une fois de plus, la nation abdiquait entre les mains de la royauté.

L'assemblée des notables, surtout la députation du tiers état, rendit plus de services en signalant le développement d'un luxe alimenté par les manufactures étrangère* comme une des causes de l'appauvrissement général; en demandant que l'on protégeât les plaideurs contre les exactions des juges, des avocats et des procureurs; que l'on revînt sur les aliénations frauduleuses du domaine; que les dépenses d'utilité publique, telles que la solde des troupes, eussent le pas sur les pensions et les libéralités aux seigneurs; que l'on diminuât le nombre des gouverneurs de provinces, villes et châteaux; que les forteresses inutiles à la défense, et qui servaient de repaires aux gentilshommes pillards et aux routiers, fussent détruites.

Mesures pour refaire les flnanees. — Le Béarnais, au début de son règne, quand son pourpoint était percé aux coudes, n'avait pour ainsi dire pas de finances. Toutes les caisses publiques, tous les revenus étaient accaparés ou par les gouverneurs, ou par la Ligue catholique, ou par la Ligue protestante, ou par les receveurs du roi qui restaient sourds à ses sollicitations. De temps à autre, Sully faisait une tournée en grand appareil militaire, obligeait

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les eomptables à rendre des comptes et revenait triomphalement avec quelques voitures chargées d'argent. Devenu surintendant des finances en 1599, il interdit aux seigneurs de lever des impôts à leur profit, établit une chambre spéciale pour rechercher les malversations, obligea les agents des finances à tenir des registres réguliers, reprit les domaines usurpés pendant les troubles, remit à la taille les bourgeois qui s'étaient anoblis, revisa les titres des rentes dues par le roi et en ramena les arrérages au taux normal. Sans idées nouvelles ni bien originales, simplement à force de bon sens, d'ordre et d'économie, il réussit à équilibrer les recettes et les dépenses. Il fut même assez heureux, au bout de quelques années, pour pouvoir réduire la taille de vingt millions à quatorze, procurant ainsi au peuple un soulagement bien inattendu après de telles misères. Il diminua la dette de cent millions. Dans les caves de la Bastille, il amassa, chose inconnue aux prodigues Valois, une réserve de vingt millions.

Hesares en fa^ear de ra^rieuUare. — L'agriculture était à cette époque la source principale et presque unique de la richesse publique. On pouvait dire : telle agriculture, telles finances. Il fallait donc avant tout protéger le paysan, si durement exploité pendant les guerres civiles. Aussi lorsque, en 1610, le roi apprend que des paysans ont été pillés en Champagne par des soldats, il dit aux capitaines qui l'entouraient : « Partez en diligence. Donnez-y ordre, vous m'en répondez. Quoi! si l'on ruine mon peuple, qui me nourrira, qui soutiendra les charges de l'État? qui payera vos pensions, messieurs? Vive Dieu! s'en prendre à mon peuple, c'est s'en prendre à moi. »

Pour la première fois, l'État s'inspira d'idées scientifiques sur la direction à donner à l'agriculture : Henri IV encouragea Olivier de Serres; pendant trois mois, il consacra chaque jour une demi-heure à la lecture de son livre.

Henri IV était encore en avance sur son époque lorsque, comprenant que le paysan ne serait point excité au travail s'il ne trouvait un facile débouché pour ses produits, il autorisa, pendant la plus grande partie de son règne, la libre circulation des blés et leur sortie du royaume.

La déclaration du 16 mars 1595 avait renouvelé les

dispositions qui protégeaient le paysan contre les poursuites abusives du fisc ou des particuliers : il était interdit de l'arrêter, de saisir ses meubles, ses bestiaux", ses instruments aratoires. L'édit de mars 1600 autorisa les paroisses à racheter au prix de vente les biens communaux, terres, pâturages, bois, landes, marais, qu'elles avaient été forcées d'aliéner pendant les guerres. Ainsi, tandis qu'en Angleterre la loi fermait les yeux sur l'usurpation par l'aristocratie des biens communaux, qui allait amener la ruine et la destruction des paysans libres; en France, la royauté intervenait énergiquement pour les protéger.

Le droit de cha,sse fut maintenu comme le privilège exclusif du roi et de la noblesse ; mais les peines portées contre le bourgeois et le paysan qui chasseraient furent adoucies : ils ne furent punis que d'une amende et de la confiscation des armes. Le fouet, le bannissement et les galères furent réservés aux vagabonds et aux braconniers endurcis. De plus, le roi interdit aux nobles de traverser avec leurs équipages de chasse les champs et les vignes, avant qu'ils fussent dépouillés de leurs récoltes. Il leur enjoignit, pour protéger les bestiaux des paysans, de faire régulièrement des battues aux loups. Comprenant que V absence des grands propriétaires, ce que les Anglais appellent Vabsentéismey est une cause de ruine pour les campagnes, le Béarnais se garda bien d'attirer les nobles à sa cour. Au contraire, il leur fit entendre « qu'il serait bien aise qu'ils allassent en leurs maisons, donner ordre à faire valoir leurs terres ».

Henri IV, pour dessécher les marais, traita avec Bradley, gentilhomme hollandais qu'il institua grand maître des digues et qui transforma les marécages du Médoc (Guyenne) en une florissante colonie qu'on appela, en mémoire de ses premiers colons, la Petite-Flandre.

Le roi fit si bien que, suivant un contemporain, l'abbé Marolles, les paysans recommencèrent partout à développer la culture du blé : « Ils avaient leurs meubles et leurs provisions nécessaires et couchaient dans leurs lits ».

Mesures en favear de l'industrie. — Les notables de Rouen avaient montré que la passion témoignée par toutes les classes de la société pour la soie, le velours, le satin,

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les draps d'or, appauvrissait le pays, parce que tout cela s'achetait à l'étranger. Cinquante mille personnes portaient alors des bas de soie. Mille navires britanniques apportaient chaque année leur charge d'étoffes précieuses. Des sommes énormes sortaient ainsi du royaume pour enrichir les Italiens et les Anglais. Seulement les notables n'apercevaient d'autre remède à cette situation que de recourir au vieux système de prohibition absolue. Or, ce système n'a jamais profité qu'aux contrebandiers. Comme le disait un contemporain, Palma Cayet, « la difficulté était qu'avant <le défendre l'entrée des marchandises manufacturées d'or, d'argent et de soie, il fallait avoir de quoi en faire dans le royaume ».

Pour qu'on eût de quoi en faire, Henri IV développa les essais qui avaient commencé avec Louis XI et Charles VIII et qui avaient amené la plantation de mûriers dans la Touraine, le Dauphiné, le Languedoc, la Provence, et la création de manufactures à Tours et à Lyon. Par ses ordres, Olivier de Serres, avant la publication de son grand ouvrage, dès 1599, avait écrit son traité sur les mûriers et les bombyx ou vers à soie, dans lequel il invitait les habitants de la France entière « à tirer des entrailles de la terre le trésor de soie qui était caché, et, par ce moyen,* mettre en évidence des millions d'or y croupissant ». De Serres envoya au roi, en 1601, vingt mille pieds de mûriers qu'on planta au jardin des Tuileries, dans une partie du bois de Boulogne (près du château de Madrid) et du parc de Fontainebleau. Le roi fit élever des vers à soie dans un bâtiment près des Tuileries, ainsi qu'au château de Madrid, et confia la surveillance de ces établissements à l'Italien Balbiani.

La soie ainsi obtenue ayant été jugée excellente, il fit distribuer dans quantité de paroisses des plants de mûriers et des œufs de bombyx et tâcha d'intéresser à cette propagande les évèques et les curés. Il fit venir d'Italie le sieur Turato pour enseigner aux Français à fabriquer les fils d'or. Il conféra la noblesse aux premiers manufacturiers français qui s'établirent à Paris pour tisser des étoffes de soie, des draps d'or et d'argent. Il logea dans son palais du Louvre les plus habiles ouvriers. Il montrait avec complai-

sance à sa cour la première paire de bas de soie fabriquée en France. C'est à Henri IV que la nation doit yraiment la création de cette grande industrie de la soie. La culture du mûrier, limitée jusqu'alors à quelques provinces, se propagea dans tout le royaume ; les centres manufacturiers de Paris et de Picardie furent créés ; ceux de Tours et de Lyon reçurent une impulsion nouvelle.

C'est par les mêmes moyens qu'il créa l'industrie des verres, cristaux et glaces de Venise, à l'aide d'ouvriers italiens, celle des tapisseries de haute lisse, empruntée à la Flandre, des toiles de Hollande, des crêpes de Bologne, des tapis d'Orient, des tapisseries en cuir doré. Sous son règne, s'introduisirent les moulins et martinets pour trancher et filer le fer et le cuivre; on apprit à transformer le fer en acier fin ; on perfectionna la fabrication des tuyaux de plomb. Les mines de cuivre, de plomb, d'étain, de fer, même d'or et d'argent, furent largement exploitées : on frappa des médailles avec l'or et l'argent extraits en France. Henri IV créa un grand maitre des mines et institua une juridiction spéciale et plus expéditive pour les procès nés de leur exploitation.

L'ordonnance de 1597 dispose que tout artisan ou mar- *chand est tenu de payer un droit variant de dix à trente livres, moyennant quoi il pourrait s'établir à son compte comme maître dans son industrie. C'était surtout une mesure fiscale; mais elle brisa pour quelque temps les chaînes des corporations si lourdes au moyen âge et qui allaient redevenir plus pesantes encore sous les successeurs de Henri IV.

Mesures en favevr da commeree. — Henri IV signa des traités de commerce avec l'Angleterre, avec la Turquie. Le sultan Achmet et les pirates barbaresques ne reconnaissaient dans les mers d'Orient et dans toute la Méditerranée d'autre pavillon que le pavillon français ; aussi toutes les autres nations. Italiens, Espagnols, Allemands, même les Anglais, furent obligés de l'arborer. Le roi imposa sur les marchandises des étrangers des tarifs égaux à ceux qu'ils imposaient sur les nôtres, établit dans nos ports les mêmes droits d'ancrage afin de les obliger à abaisser les leurs. Il stipula des avantages commerciaux avec l'Angleterre, l'Es-

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pagae, la Suisse, les États allemands et italiens, le Maroc*. Il combattit sur mer les pirates. 11 imposa aux banqueroutiers, pour affermir le crédit, des pénalités rigoureuses. Il institua en 1601 une commission ou chambre supérieure de commerce qui proposa beaucoup de réformes utiles, comme l'établissement de canaux, la réforme des^ corporations et la création de haras pour Tamélioration de nos races chevalines. Nous avons vu que, sous ce règne, la Nouvelle-France, dans l'Amérique du Nord, fut colonisée ». En 1604, Henri IV établit une compagnie pour le commerce dans les Indes orientales; mais elle n'usa, pas plus que les particuliers, de la faculté du trafic aux Indes, ne trouvant pas sans doute que les capitaux fussent encore assez abondants en France, ni la marine royale assez forte pour les protéger contre les pirateries et les violences de leurs concurrents portugais, anglais ou hollandais.

Henri IV décida que le commerce de mer ne dérogeait pas à la noblesse.

Les routes, les postes. — Sous ce règne, les voies de communication se perfectionnent. Le grand voyer Sully répare les anciennes routes, en trace de nouvelles, le long desquelles il fait planter des arbres, parce que l'ombre préserve la chaussée des ardeurs du soleil. Les paysans appelaient ces arbres des Rosny; mais, dans leur aversion routinière contre les nouveautés, souvent ils les décapitaient, en faisaient des Biron.

Sur ces routes, Henri établit des moyens de communications réguliers et rapides. Avant lui, Paris n'était en relations avec le reste de la France que par trois services de coches, dans les trois directions d'Orléans, Amiens et Rouen. Henri IV établit sur toutes les routes des chevaux de relais qui, moyennant une faible rétribution, étaient à la disposition des voyageurs pour leurs carrosses, des négociants pour leurs voitures de marchandises, des paysans pour leurs charrettes de denrées.

1. « On ne voyait en France, dit un contemporain (Legrain) que pistôles, doubles ducats, ducatons d'Espagne, jacobus, angelots et nobles d'Angleterre, sequins de Pologne, ducats d'Allemagne, dont les coffres du roi s'emplissaient et les bourses des particuliers étaient garnies. »

2, Voir ci-dessus, page 465.

Les eanaux. — La grande innovation fut rétablissement <le canaux à écluses pour faire communiquer entre eux les fleuves français et établir un système de navigation à l'intérieur. Depuis que le grand artiste et ingénieur italien, Léonard de Vinci, avait, sous François I*'', canalisé la rivière de l'Ourcq, ses leçons avaient été comme oubliées par les Français. A Henri IV revient l'honneur d'avoir fait commencer, par l'ingénieur Hugues Crosnier, notre premier canal, celui de Briare, qui mit en communication la Loire avec la Seine et qui servit de modèle à l'Europe entière. En outre, le canal de Bourgogne fut entrepris. Les études pour un canal entre Saône et Loire, par l'étang ■de Longpendu, furent poussées si loin qu'elles ont servi plus tard à établir le canal du Centre. Les ingénieurs Crapponne et Renaut projetèrent une grande voie fluviale <ïui irait de Bordeaux à Narbonne et qui est notre canal du Midi. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que tous ces travaux et toutes ces études faisaient partie d'un vaste plan d'ensemble. D'après les Économies Royales de Sully, ce plan a pour objet d'opérer « les conjonctions de Seine avec Loire, de Loire avec Saône, de Saône avec Seine, de Seine avec Meuse » et « la navigation des mers Océane et Méditerranée de l'une dans l'autre ».

L'armée soas Henri IV. — Henri IV tint la main à ce que les troupes permanentes, émancipées par la licence des guerres civiles, fussent ramenées à une exacte discipline. L'excellent état de ses finances lui donna le meilleur moyen d'assurer le bon ordre des troupes : la paye devint mensuelle; elle fut servie régulièrement; elle fut assez forte pour assurer le bien-être du soldat.

Henri IV, comme ses prédécesseurs, employa des mercenaires suisses et allemands ; mais ils ne formaient désormais qu'une petite partie de l'armée. Des 32 000 fantassins qu'il dirigeait en 1610 sur la frontière d'AUemagne, 20 000 étaient des Français. Sur une force totale de 101 000 hommes qu'il réunit à cette époque, savoir 51000 aux frontières et 50 000 dans les garnisons, la plus grande partie des premiers et la totalité des seconds étaient des Français. Un premier caractère de l'armée de Henri IV, c'est qu'elle devenait une armée nationale.

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La majeure partie des officiers de l'arinée étaient naturellement des gentilshommes ; mais les roturiers n'étaient point alors exclus des hauts grades. Nous connaissons un capitaine Jacques et un colonel Boniface. Henri IV estimait qu'un officier devait être noble, mais il anoblissait les officiers roturiers.

La cavalerie qui, sous François I®»", formait le tiers de toute l'armée, n'en forme plus que le cinquième sous Henri IV. Le rôle de l'infanterie dans les guerres de l'époque, grâce au préjugé en faveur de la cavalerie, n'est pas encore ce qu'il doit être; mais il va se développant, et la guerre de Trente ans le rendra prépondérant.

Henri IV croyait n'avoir pas rempli tout son devoir envers ses soldats lorsqu'il les licenciait à la paix. Il fonda pour les invalides de ses guerres l'hospice de la Charité, rue de Lourcine. Il accorda des pensions aux vieux officiers, des exemptions d'impôts à leurs veuves et à leurs enfants.

Il prépara le recrutement de ses officiers en créant deux espèces d'écoles militaires : l'une à la Flèche, pour les jeunes nobles; l'autre à Paris, à sa cour, sous ses yeux, pour les jeunes nobles ou bourgeois.

Les armes que nous appelons savantes prennent de la précision. Parmi les ingénieurs militaires de ce temps, il faut citer Saint-Luc, La Garde, Sully lui-même, Errard qui publia le premier traité sur le génie qui ait paru en français. C'est le système d'Errard sur la fortification à bastions qui fut repris plus tard par Vauban.

Sully, grand maître de l'artillerie, résidait à son palais de l'Arsenal, où il vivait entouré de canons et de munitions, qu'il faisait admirer au roi comme les remèdes propres à guérir « toutes les fâcheuses maladies de l'État ». Il avait quatre cents canons de divers calibres, et des munitions à proportion. Avec son matériel à l'Arsenal et son trésor de vingt millions à la Bastille, Henri IV devait être, quand le moment serait venu, l'arbitre de l'Europe.

Continualiou de la Renaissanee. — Ce règne, qui semble tout absorbé dans la politique pratique, ne fut pourtant pas dénué de tout éclat intellectuel. Sans parler des auteurs de la Satire Ménippée, Henri IV a eu pour contemporains les littérateurs de Thou, d'Aubigné, Ré-

gnier, Malherbe, Balzac, Hardy, les philosophes Charron et de Vair, les théologiens Richer et Du Perron, l'érudit Scaliger, né à Agen en 1540 et qui parlait treize langues anciennes et modernes, l'érudit Genevois Casaubon que le roi fit venir en France; les humanistes Pierre Pithou, Passerai, Mercier des Bordes, qui éditèrent et commentèrent les œuvres des anciens; les juriconsultes Loyseau, Pasquier, Loysel *. La question des libertés de l'Église gallicane et des rapports de l'Église et de l'État est élaborée dans de savants traités par le président Fauchet, Denis Godefroy, Guy Coquille, François et Pierre Pithou. Celui-ci publie notre premier recueil des historiens de la France.

A ce règne appartiennent encore le grand mathématicien François Viète * , les chimistes Harvet , Baucinet, Joseph Duchesne, le botaniste Richer de Belleval, les célèbres médecins Rio] an père et Riolan fils.

Henri IV a aussi recherché les artistes. On peut citer les sculpteurs Boileau, Charles Morel, Barthélémy Prieur, l'Heureux frères. Jacquet, Pierre Biart, Dupré, le Thoulousin, Franche ville ; les peintres Pierre et Daniel Du Monstier, Ambroise Dubois, Jacob Bunel, Toussaint Dubreuil, Martin Fréminet, Roger de Rogery; les musiciens Jacques Mauduit et du Caurroy, auquel on doit les airs de Vive Henri IV et de Charmante Gabrielle, Henri IV a terminé les Tuileries (pavillon de Flore), continué le Louvre, achevé la façade de l'Hôtel de Ville, construit le Pont-Neuf.

Les Mémoires et les Économies royales de Sully, les lettres d'Henri IV lui-même, comptent parmi les plus précieux monuments de notre littérature nationale.

Caractères du règne de Henri IV. — Ce règne n'a commencé vraiment qu'à l'année 1598, qui vit la paix avec

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