HENRI IV : RÉTABLISSEMENT DU POUVOIR
Et pourtant qui pouvait prévoir que, soixante-sept ans après Fédit de Nantes, un petit-fils de Henri IV, en persécutant les protestants désarmés, montrerait à quel point ees garanties étaient nécessaires?
La toléraneereli^iease. — Les autres dispositions de rÉdit constituaieilt en France la tolérance religieuse telle que nous l'entendons aujourd'hui. Elles eussent mérité de durer autant que la monarchie française, et elles auraient été l'honneur de l'ancienne France. Notre pays fut pendant longtemps le seul au monde où l'on pût voir les deux religions reconnues également par l'État, les huguenots et les papistes jouissant des mêmes droits. Dans tout le reste de l'Europe, les catholiques étaient odieusement persécutés par les États protestants ; les protestants par les États catholiques. En Espagne, en Italie, en Portugal, l'Inquisition, pour étouffer l'hérésie, étouffait l'esprit humain. En Suisse, les cantons catholiques et protestants étaient aux prises ; en Allemagne, allait commencer cette épouvantable guerre de Trente ans qui détruisit la moitié de la population du pays, et ruina pour un siècle les campagnes et les villes. Tandis qu'Elisabeth d'Angleterre et Philippe II d'Espagne décimaient par les supplices ceux de leurs sujets qui avaient le malheur de ne pas penser comme eux, Henri IV était le seul souverain qui pût employer les talents, à la fois de ses sujets catholiques, anciens ligueurs pour la plupart, comme Villeroy, Villars, le président Jeannin, et de ses sujets protestants, comme Sully, le maréchal Lesdiguières, Bouillon, La Trémoille, Olivier de Serres, et faire commander ses armées par d'anciens lieutenants de Goligny ou d'anciens lieutenants du duc de Guise.
Par cette haute conception de la tolérance religieuse, Henri IV était en progrès sur presque tous ses contemporains. La plupart des parlements résistèrent longtemps avant d'enregistrer l'Édit. La ville de Paris refusa d'admettre dans ses murs un temple protestant : le plus rapproché fut établi à Charenton. Dans des bailliages entiers, dans nombre de villes, les calvinistes, malgré l'autorité du roi, eussent couru les plus grands périls à vouloir exercer publiquement leur culte. L'honneur du Béarnais fut d'avoir
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pris Tavance sur son époque et d'avoir voulu faire prendre à la France l'avance sur toutes les autres nations.
3^ Lutte contre le parti cathoUqae. — Les catholiques ne causaient pas à Henri IV moins de souci que les protestants. Les plus ardents des anciens ligueurs refusaient de le reconnaître, bien qu'il eût été absous par le pape : Us prêchaient que l'absolution était sans valeur. L'édit de Nantes faillit les pousser à un soulèvement : ils ne surent aucun gré au roi d'avoir, par cette pacification, rétabli leur culte dans cent villes et dans plus de mille paroisses.
€oiiiipiratlons catholiques t les Jésuites expulsés* puis rappelés. — Parallèlement aux conspirations des féodaux se développe toute une série de complots catholiques. Le fanatisme, qui avait armé Jacques Clément pour le meurtre de Henri III, persistait. En 4593, Jean Barrière ouvre la série des attentats contre Henri IV. Un curé auquel il s'ouvrit de ses projets « l'assura que ce serait bien fait et qu'il gagnerait une grande gloire en paradis ». Un Jésuite, qu'il prit ensuite pour confident, « le loua, lui disant que c'était une belle chose..., et, après l'avoir excité de continuer et assuré qu'il gagnerait le paradis, ledit Jésuite lui bailla sa bénédiction, disant qu'il eût bon courage, qu'il priât bien Dieu, et que Dieu l'assisterait dans son entreprise ». En 1594, un jeune homme de dix-neuf ans, Jean Châtel, blessa le roi d'un coup de couteau. Il déclara aux magistrats que, se sachant damné irrémissiblement pour ses crimes antérieurs, il avait voulu obtenir, en assassinant le roi, de n'être damné qu'au quatrième degré au lieu de l'être au huitième. Il croyait fermement que « cet acte servirait à la diminution de ses peines » dans l'autre vie. Il soutint devant les juges « qu'il était loisible de tuer les rois, même le roi régnant, lequel n'était point en l'Église, ainsi qu^il le disait, parce qu'il n'était point approuvé par le pape ». Dans les papiers du Jésuite Guignard, un de ceux qui l'avaient poussé à cet attentat, se trouvèrent des propositions abominables : on y approuvait la Saint-Barthélémy, en regrettant qu'elle eût épargné les princes protestants du sang royal; on traitait le crime de Jacques Clénient d'acte héroïque et de don du Saint-Esprit; on déclarait que le renard de Béarn
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serait traité plus doucement qu*il ne le méritait si on lui donnait « la couronne monacale dans quelque couvent bien fermé ». C'est à la suite de ce procès que les Jésuites lurent chassés par arrêt des parlements (4594-1595).
Leur départ n'arrêta pas les complots. Presque pas une année ne se passa sans que quelque fanatique ne conspire le meurtre du roi. Après leur rappel en 1604, les attentats cessèrent. Sully assure que ce qui avait décidé le roi à les rappeler, malgré les supplications de la Sorbonne et des parlements, c'était la crainte du « poignard jésuitique ».
Henri IV permit aux Jésuites de résider dans douze villes du midi et dans deux villes du centre (la Flèche et Dijon). Us s'engagèrent à ne pas administrer les sacrements sans la permission des évêques et des parlements, à ne pas acquérir d'immeubles sans la permission du roi, à ne pas admettre de Jésuite étranger dans le royaume, en un mot, à obéir aux lois. L'un d'eux résiderait à la cour et répondrait de la conduite de tous les autres.
oc VR AGES A CONSULTER i Voîr au Chapitre suivant.
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RÉGNE DE HEXBI IT ^15S9-1610' IL BÉTABLISSEMEXT DE LA PROSPÉRITÉ PUBLIQUE,
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Ihittrï IV avait fait ses traités de paix, avec les Espagnols (k Vervins, en 1597), avec les grands seigneurs, avec les huguenot», avec les catholiques. Il pouvait s^occuper de réparer les maux de la guerre civile.
IN étaient atroces. Un discours que la Satire Ménippée met dans la bouche d^un noble routier n'est, sous sa forme fantaisiste, qu'une triste vérité : « Vive la guerre!... Je courrai la vache et le manant tant que je pourrai; et n'y aura paysan, laboureur, ni marchand, autour de moi et à dix lieues à la ronde, qui ne passe par mes mains et qui ne me paye (aille ou rançon. Je sais des inventions pour les faire venir à la raison; je leur serre le frontal avec une corde ; je les pends par les aisselles; je leur chauffe les j)iods d'une pelle rouge; je les mets aux fers et aux ceps; j(î les enferme en un four, en un coffre percé plein d'eau; je IfîS fais rôtir comme chapons ; je les fouette d'étrivières ; Jfî les sale, je les fais jeûner; je les attache étendus sur un banc. Bref j'ai mille gentils moyens pour tirer la quintessence} d{5 leur bourse et avoir leur substance. »
Les exactions et les cruautés des gentilshommes avaient poti8S(^ les paysans au désespoir. En février 1594, ils se soulcwôront dans les provinces de Limousin , Périgord , Saintongo, Guyenne, Marche. Ils étaient cinquante mille vn armes sous le nom de croquants. Le roi, qui d'abord avait (lit que lui aussi « se fût fait volontiers croquant », fut obligé do pron<lre des mesures pour les disperser. 11 y n^nssit eu employant surtout la douceur et les promesses