HENRI IV : RÉTABLISSEMENT DE LA PROSPÉRITÉ
TEspagne, Tédit de tolérance et la soumission dii dernier gouverneur rebelle , celui de Bretagne. Le crime de Ravaillac le termine en 1610. Ces douze années, si courtes, sont peut-être les plus belles de notre ancienne histoire. La monarchie est absolue en ce sens qu'elle gouverne sans le concours des États; mais c'est une monarchie tempérée par la modération même du roi et la puissante vitalité de la nation. Henri IV sait « qu'un roi ne doit pas faire tout ce qu'il pourrait faire ». Il demande les avis des notables de Rouen, tout en échappant aux entraves du Conseil de raison; il écoute les remontrances du Parlement, tout en l'obligeant finalement à enregistrer de» mesures nécessaires de paciGcation , comme l'édit de Nantes. Le gouvernement se trouve, par suite des circonstances, à une égale distance de l'anarchie des règnes précédents et de la centralisation à outrance des temps qui vont suivre. La France a déjà l'unité, et pas encore l'uniformité. La liberté poUtique reste grande dans le corps de la noblesse, dans les cours souveraines, dans les États provinciaux, dans les villes. La liberté de conscience, malgré le frémissement des passions de sectes, est complète : un âge de tolérance intervient, entre les fureurs des guerres civiles et la tyrannie religieuse du xvii« siècle. La liberté économique, dans le commerce des grains, dans l'organisation des corporations, constitue également une halte entre les servitudes du passé et la manie de protection qui va prévaloir sous Colbert. L'esprit français a encore toute l'heureuse audace de la Renaissance, et déj?i commence, avec Malherbe, à s'imposer une salutaire discipline. L'armée devient nationale, et la royauté ne songe pas encore à exclure des grades les roturiers.
Pourtant la royauté apparaît déjà avec des tendances irrésistibles à l'absolutisme ; la nation est vivace, mais elle n'est point organisée, elle n'est point unie pour résister à des empiétements qu'on peut dès lors prévoir. Il y a bien une noblesse très indépendante et un parti politique qui occupe militairement deux cents forteresses du roi, mais il n'existe aucune institution propre à exercer un contrôle régulier sur les finances et la politique.
En Europe , la France est un État puissant , mais
modéré : on ne la redoute pas, on rappelle. Si Henri IV avait pu franchir la frontière, c'est en libérateur qu'il eût été accueilli aux Pays-Bas, en Allemagne, en Italie, par une foule de princes et de peuples, courbés sous la double oppression politique et religieuse de l'Espagne et de l'Autriche. La France en 1610, si le couteau d'un fanatique n'eût brisé son essor, aurait commencé la plus glorieuse, la plus heureuse et la plus profitable de ses guerres. Avec moins d'efforts que sous Richelieu et Louis XIV, l'unité nationale eût été réalisée et les provinces de langue française, Savoie, Belgique, Franche-Comté, rattachées à la mère patrie. Par surcroît, la liberté religieuse eût été donnée aux pays voisins par le seul roi du xvii» siècle qui ait pratiqué la tolérance. Le génie de Henri IV, si complet, si ouvert, si profondément humain, était autrement pondéré que celui de Louis XIV. La royauté ainsi -comprise n'eût jamais lassé l'Europe et épuisé la France.
Ouvrages a consulter. — Poirson, Hist. du règrm de Henri IV. — Guadet, ffenri IV, sa vie, ses œuvres^ ses ■écrits. — E. Jung, ffenri IV considéré comme écrivain. — Mercier de la Combe, La politique de Henri IV, r— Miron de l'Espinay, François Miron ou l'adm. municipale de Paris sous Henri IV. — Lavisse, Sully.
— Benoist, Hist. de VÉdit de Nantes. — Faigniez, Vindustrie en France sous Henri IV. — Boutaric, Institutions militaires de la France.
— L'abbé Légat, J)e la prédication sous Henri IV, — Voyages du sieur de Champlain ou Journal es découvertes de la Nouvelle-' France,