‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 125 sur 185 · Voir ci'dessos, p · texte numérisé non relu

Voir ci'dessos, p

Études sémitiques, syriennes, arabes, berbères. —

En 4855, on a découvert en Syrie et transporté au Musée du Louvre le tombeau d'Ëschmounazar, roi de Tyr, avec une précieuse inscription.

L'abbé Barges, Munk, de Saulcy, ont recueilli et déchiffré les inscriptions des Phéniciens et ébauché la grammaire de leur langue. Judas a montré les rapports de cette langue avec celle des anciens Libyens (Tripoli taine); le général Faidherbe a publié des inscriptions libyques qui ont le caractère graphique qu'emploient encore aujourd'hui les Touaregs. L'abbé Bourgade, en 1856, sous le titre de c Toison d'or de la langue phénicienne », a rassemblé les inscriptions d'Afrique et de Syrie. Le duc de Luynes a étudié la numismatique des Phéniciens. Renan nous a présenté Sanchoniaton, leur philosophe. Nous connaissons enfin ce mystérieux peuple, le premier de l'antiquité pour le commerce.

Pour les études chaldaïques, hébraïques ou syriaques, il faut citer les travaux des abbés Bertrand, Créhange, Glaire, du pasteur Bost, du rabbin Astruc, du savant israélite H. Derenbourg, de Reuss, professeur à la faculté de théologie protestante de Strasbourg, de Ledrain, de Carrière, de Ph. Berger. La Terre-Sainte et les contrées avoisinantes ont été explorées par de Saulcy (1853), qui a donné une t Histoire de l'art judaïque >; par Renan, l'éloquent auteur de la c Vie de Jésus >; par le comte de Vogiié, qui a reconstitué t le Temple de Jérusalem > (1865); par Clermont-Ganneau (t la Palestine inconnue », 1875).

Les études sur les Arabes ont pris pour nous une importance nationale depuis que la conquête de l'Algérie nous a mis en contact avec cette race héroïque. De l'Arabie proprement dite, de l'ancien royaume de Saba, Théodore Arnaud rapporta, vers 1859, les premières inscriptions himyarites que nous ayons connues. Lottin de Laval, en 1855, commençait l'exploration de la presqu'île du Sinaï. Les œuvres des historiens et géographes arabes, Maçoudi, Yacout, Ibn- Khordadbeh, Ibn-Batoutah, Makrizi, Ibn-Khaldoun, ont été traduites par Barbier de Meynard, Pavet de Courteille, Defrémery, de Slane; les œuvres des poètes, par St. Guyard, Barbier de Meynard; l'épopée d'Antar, par Marcel Devic.

Pour les Arabes d'Algérie, il faut noter les travaux philologiques de Gherbonneau, Houdas, Ben-Sedira, René Basset; la publication des chroniques du Mzab par E. Masqueray; rétude des textes législatifs applicables à l'Algérie par Perron, Seignette, Estoublon, le président Zeys, etc.

Citons encore V « Histoire des Arabes » de Sédillot (1854) ; la « Vie de Mahomet» de Henri Delaporte (1874); F < Histoire des rapports de TEurope avec les États arabes de l'Afrique du Nord > de L. de Mas-Latrie (1865). D'après les historiens arabeset surtout Ibn-Khaldoun, Fournel a raconté la < Conquête de l'Afrique septentrionale par les Arabes > (1875). Reinaud nous a fait connaître leurs notions sur le inonde par son c Introduction à la géographie des Orientaux » (1848; ; Munk et Renan, leur philosophie, celui-ci par son beau livre sur « Averroës et l'Averroïsme > (1852).

Un peuple apparenté avec eux, ce sont les Berbères, qui habitaient déjà l'Afrique du Nord à l'époque romaine, qui habitent encore l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, et dont les Kabyles ne sont qu'un rameau. Le général Hanoteau a recueilli les « Poésies populaires du Djurjura » (1867) et, avec le conseiller Letourneux, les c Coutumes de la Kabylie » (1873) ; les c Contes Kabyles » ont été publiés par René Basset, le lexique Touareg par E. Masqueray. Les questions si importantes relatives aux confréries et ordres religieux musulmans ont été traitées par le commandant Rinn, Le Chatellier, Coppolani et Depont, Carra de Vaux.

Les langues de l'Abyssinie, qui se rapprochent des langues berbères, ont été étudiées chez nous par Joseph Halévy et Mondon-Vidailhet.

Études persanes, arméniennes» turqnes, latares. — Mohl a terminé en 1855 sa publication du Shah-Named; Defrémery a publié des fragments d'historiens et des œuvres de poètes persans ; Charles Schefer, des textes d'historiens; A. Chodzko, sa Grammaire persane (1852). James Darmesteter a grandement contribué au progrès des études persanes.

Dulaurier a publié une Bibliothèque historique arménienne et une « Histoire de l'Eglise arménienne >. Victor Langlois commença une collection des historiens arméniens (18G8).

Pavet de Courteille a traduit du turc-djagataï les Mémoires du Grand-Mogol Baber (1871).

Léon Gahun nous a, dans son < Introduction à l'histoire de TAsie », familiarisé avec les migrations des hordes turques, tartares, mongoles, et montré leurs contre-coups sur l'histoire de l'Europe (1896).

Études indiennes. — Nous devons la traduction des Védas à Régnier, A. Langlois, P. Regnaud; celle des fragments du Mahabaratha à th. Pavie et E. Foucaux; celle du Ramayana et de Sakountala à Fauche et Bergaigne. Emile Burnouf nous a donné une grammaire et un dictionnaire du sanscrit. Cette langue a servi de base à de grands travaux de grammaire comparée : le plus important est la grammaire de TAllemand Bopp, dont Michel Bréal a donné une édition française (1866). Les reUgions de Tlnde ont été étudiées d'abord par Eugène Burnouf (1844), puis par A. Barth, E. Senart, Barthélémy Saint-Hilaire, Foucaux, Léon Feer; le théâtre par S. Lévi;la philosophie par Jean Lahor (le docteur Gazalis).

Le tamoul, une des langues en usage sur le territoire français de Pondichéry, a été enseignée chez nous par J. Yinson, qui a traduit des textes importants.

Études d'Extrême-Orient. — Nos possessions de Tlndo- Ghine ont été Tobjet d'une véritable exploration scientifique, notamment dans le Cambodge, où habita la mystérieuse nation des Khmers , si originale dans ses manifestations artistiques : les anciens temples des Khmers (ruines d'Angkor), leurs stèles et leurs inscriptions ont été étudiées par A. Bergaigne, Barthet, Aymonnier : celui-ci a publié un dictionnaire de la langue cambodgienne. Sous l'impulsion du gouverneur général Doumer et la direction de Louis Finot, la Mission archéologique d'JndoCAwe tendait à devenir une véritable École française (T Extrême-Orient, Celle-ci a été constituée en février 1901. Ses membres ont porté leurs investigations dans les régions voisines. Maurice Courant a dressé un catalogue des manuscrits de la Corée.

La langue et la littérature, les institutions chinoises ont été étudiées par Kleczkowski, Deveria, H. Cordier; celles du Japon par L. de Rosny, G. Bousquet, L. Pagès„ L. Berlin, G. Appert, A. llumbert.

Études américaioes. — Eafin les anciennes civilisations du Pérou, où régnèrent les Incas, et du Mexique, où régna l'empereur aztèque Montézuma, leurs monuments, leurs inscriptions hiératiques, leurs manuscrits indéchiffrables, ont tenté la fantaisie ou Térudition de l'abbé Brasseur de Bourbourg, de Léon de Rosny, de Charnay. En 1875 s'est ouverte à Nancy la première session du Congrès international des Américanistes,

Ainsi, d'un bout à l'autre de la terre, reculant toujours dans des siècles plus lointains, embrassant chaque jour des régions nouvelles, la science française est à l'œuvre, interrogeant les monuments en ruines, les langues aujourd'hui disparues, les littératures conservées sur le granit, la brique ou le papyrus. L'élargissement du monde, commencé au XV® siècle par les grands voyages de découverte, se continue par les méthodes rigoureuses de la science.

Études préblstorlqaes. — Plus loin dans le passé que les civilisations de l'Egypte, de TAssyrie, de l'Inde, de la Chine, plus anciennes que la plus ancienne histoire, d'autres s )ciétés commencent à se révéler. Ce sont celles des àiges préhistoriques, quand l'homme menait, sur le sol même de ce qui est aujourd'hui la France, la misérable vie des sauvages australiens. Nul monument écrit n'aurait pu nous renseigner sur ces lointains ancêtres. C'est en fouillant le sol, en creusant les tertres, en sondant les cavernes, qu'on a pu retrouver les ossements de ces premiers hommes ou les vestiges de leur industrie. Ici Vhistoire se confond avec Vhisioire naturelle. La découverte du crâne de Cannstadt, en 1700, n'avait que peu attiré l'attention. De 1828 à 4838 s'étaient poursuivies les explorations de Tournai, de Christol, de Joly, de Marcel de Serres, dans les cavernes de l'Aude, du Gard, de la Lozère. En maint endroit on avait trouvé des fragments de poterie mêlés aux débris d'animaux de Vâge quaternaire. En 1833, l'Allemand Schmerling avait découvert, dans des circonstances analogues, le crâne humain de la caverne d'Engis. Cuvier, dont l'autorité était grande alors, A. de Quatrefages lui-même, qui devait être plus tard un des princes de la science nouvelle, se prononcèrent contre toute possibilité de l'existence de l'homme à l'âge quaternaire. Les préjugés religieux s'opposaient aussi

646 CIVILISATION FBANÇAISE

à la reconnaissance de la haute antiquité qu'aurait donnée à notre espèce la réalité de telles découvertes. En 1838, BOUCHER DE PERTHE8 trouva dans les carrières d'Abbeville, en terrain quaternaire, des haches de pierre façonnées de main d'homme. Il ne fut point écouté. Il n*en publia pas moins, en 1847, le premier volume de ses c Antiquités celtiques et antédiluviennes ». G^est seulement de noa jours que la science nouvelle a pris son essor. En 1855, dans les carrières de Saint-Acheul (Somme), le docteur Rigollot découvrit quantité de silex travaillés de façon à donner des pointes de flèche ou de lance. D'Angleterre* d'Allemagne, de Suède, on annonçait de semblables découvertes. Chez nous, en 1861, on trouvait dans la grotte d'Aurignac dix-sept squelettes humains, qui, malheureusement, furent aussitôt dispersés. En 1863, Boucher de Perthes mit au jour la mâchoire de Moulin-Quignon, qui excita upe vive polémique.

C'est alors seulement qu'A, de Quatrefages se prononça pour l'existence de l'homme quaternaire. On fouilla avec une ardeur nouvelle. La Société d* anthropologie se forma. Elle eut bientôt recueilli plusieurs centaines de crânes, de nombreux squelettes ; parmi ces débris flguraientle crâne d'Engis et la mâchoire de Moulin-Quignon, désormais historiques. En 1868, on trouva le squelette de Gro-Magoon (Dordogne). Dès lors, non seulement l'existence de l'homme quaternaire, contemporain chez nous du mammouth, du rhinocéros à narines cloisonnées, de l'hyène, de l'ours et des grands félins des cavernes, fut reconnue ; mats on commença à distinguer les races de Cannstadt, de Gro-Magnon, de Grenelle, de Furfooz, à collectionner les haches de pierre, les instruments de silex, les tissus, même les premiers essais artistiques sur la corne du renne ou sur l'ivoire du mammouth. L'existence d'un homme beaucoup plus ancien, de Vhomme tertiaire, un moment acceptée par quelques savants (1844), considérée depuis comme inadmissible, est, aujourd'hui, à propos d'ossements attribués à un pithecanthropus, de nouveau agitée.

Une autre source de renseignements sur la vie de nos plus lointains ancêtres s'est ouverte lorsque, à partir de 1847, Despine explora la vase du lac du Bourget (Savoie), et Ghantre celle du lac de Peladru (Isère). Ils firent des

découvertes que confirma l'exploration de la plupart des lacs de la Suisse. L'existence des cités lacustres fut désormais hors de doute. Enfin les fouilles des tumuli, des dolmens, des allées couvertes et autres sépultures antérieures à la période gauloise complétèrent les données sur Vâge préhistorique de notre pays.

' Géofjpraphfey voyai^es. — En Asie, nous avons à signaler les Voyages du P. Hue, de Gabet, de Grandjean, de Bonvalot, de Chaffanjon (celui-ci sur un parcours de 2000 kilomètres qui lui a permis de rectifier les cartes russes), de Dutreuil de Rhins et Grenard à travers le Turkestan et la Chine; ceux de Lagrée, de Dupuis, de Garnier, dans Tlndo- Chine, où ils ont frayé les voies à la conquête française; ceux de Wiener et autres explorateurs dans les régions inconnues de l'Amérique du Sud.

L'Afrique, où notre influence et nos possessions n'ont cessé de s'étendre, est restée la carrière de prédilection pour les explorateurs français.

Sur le haut Sénégal, le haut Niger, le Tchad, ont eu lieu les voyages de Bertrand-Boccandé, de Quentin et Mage, de Gallieni, de Binger, de Crampel, de Dybowski, de Mizon, etc., qui, en général, ont précédé, dans le Soudan occidental, la marche de nos colonnes *.

Depuis que nous possédons l'Algérie, plusieurs tentatives ont été faites pour atteindre, à travers l'immensité du Sahara, les fertiles régions du Niger; elles ont échoué devant les difficultés naturelles ou l'hostilité des Touaregs, ces pirates de l'océan de sable. En 1881, nous avons eu à déplorer le désastre de la mission Flatters dans la région de l'Asben ; en 1886, l'assassinat du lieutenant Palat; en 1889, de Camille Douls; en 1896, du marquis de Mores. Et combien d'autres, un peu partout, dans cette Afrique dont la possession nous a coûté si cher ! La mission Flamand dans les oasis de la frontière marocaine (1899), la mission Foureau-Lamy dans la direction de Zinder et du lac Tchad (1898-1900) semblent avoir rompu le charme. L'inhospitalier Maroc a dû livrer une partie de ses secrets aux

1. Voir ci-dessus, p. 582 et 601. Voir aussi, dans VffÎ9toire gémrale^, t. XII, le chapitre sur rempire colonial français.

explorateurs Gh. de Foucaux (1883-1884) et De la Martinière.

D'autres ont essayé de traverser dans toute sa largeur l'Afrique centrale, entreprise qui avait déjà coûté la vie à rÉcossais Livingston(1873). En 1880, Tabbé Debaize, qui était parti de la côte orientale avec une escorte imposante et dans les meilleures conditions possibles de succèSi est mort de majadie près du lac de Tanganyika. Nous avons été plus heureux dans l'exploration du Congo.

Du côté de l'Abyssinie, Paul Soleillet, tué en 1886, a pu accomplir plusieurs voyages heureux, en vue d'établir des communications assurées entre ce pays et nos possessions d'Obock et de la baie de Tadjourah.

L'exploration scientifique de Madagascar, surtout au point de vue des sciences naturelles, a été très avancée par Alfred

6BANDIDIER.

A côté de la Société de géographie s'est fondée la Société de géographie commerciale^ reconnue d'utilité publique en 1884. En connexion avec elles, d'autres se sont constituées à Marseille, à Bordeaux, à Lyon, à Lille, à Nancy. .

Surtout depuis nos désastres de 1870, la science géogra- 'phique est en faveur chez nous. Elle a pris une place importante dans notre enseignement et provoqué la fondation de revues spéciales. Gomme œuvre d'ensemble, la géographie de Malte-Brun a été dépassée par l'imposant travail d'Elisée Reclus. Le temps n'est plus où les étrangers définissaient le Français un c homme qui ne sait pas la géographie ».

Page 1