II. li'histoire, les langues, la géographie
L'histoire. — Les grands noms de la période contemporaine sont d'abord quelques-uns de ceux de la période précédente : ceux de mignet ^ de micheut >, deTHiSRS. Celui-ci, dans sa grande c Histoire du Consulat et de l'Empire >, commencée en 1846, a montré comment il faut traiter les événements contemporains, dont l'exposé exige, non plus seulement des récits animés, mais une étude sagace des faits militaires, parlementaires, économiques, dont la complexité s'accroît à mesure que se complique notre civilisation.
Les âges classiques. — Nos deyanciers, pour écrire l'histoire de la Grèce ou de Rome, se bornaient presque à consulter les auteurs anciens, et ils tenaient pour exacts les textes qu'en ayaient donnés leurs premiers éditeurs. On s'est aperçu qu'il y avait lieu d'y regarder de plus près, de rapprocher ces textes des plus anciens manuscrits, d'introduire des corrections qui allaient jusqu'à modifier le sens adopté jusqu'alors. On a eu les éditions savantes des Miller et des Benoist. Des textes inédits ont été retrouvés dans les bibliothèques du Mont-Âthos, de l'Escurial, du Vatican. Nous devons à nos professeurs de l'Université de bonnes traductions des auteurs anciens ' ou de savantes études sur ces auteurs ^.
On s'est aperçu aussi que les textes soulevaient une foule
1. Mignet a publié, en 1851, V Histoire de Marie Stuart; en 1858, Charles- Çuint; en 1875, la RivàUté de François /•' et de Charles-Quint.
8. Michelet a terminé, en 1853, son Histoire de la Bévolution française; il est revenu à son Histoire de France et à ses six premiers volumes en a igouté dix autres (1867); enfin il a donné trois volumes sur la période napoléonienne. En 1878, a para son livre si populaire sur les Soldats de ia Réoolution,
3. Despois a traduit les satiriques latins; Talbot, les œuvres de Lucien, Xénophon, Sophocle, Tempereur Julien, Plntarque; Pessonneaux, celles d'Euripide; Cousin, celles de Platon; Barthélémy Saint*Hilaire, celles d'Aristote ; Poyard et Ch. Zévort, celles d'Aristophane, etc.
4. Études de Jules Girard sur Thucydide (1860) et les orateurs grecs (1861 «t 1874); de Taine sur Thistorien romain Tite-Live (1854); de O. Boissier ftur Cicéron et ses amis (1865) ; de G. Martha, sur les moralistes latins (1865) et sur le poète Lucrèce (1869); d'A. Groiset, sur Xénophon (1873) et Pindare (1880); de P. Decharme sur Euripide (1893).
de questions qui ne pouvaient être résolues que pdr une connaissance approfondie de toute la civilisation des Grecs et des Romains. Celle-ci ne pouvait être bien connue qu'en consultant d'autres documents que les livres. On a donc étudié les monuments encore debout, les ruines des temples, des théâtres, des arènes, des arcs de triomphe. On a recueilli les inscriptions dont les Romains ont été si prodigues, car, croyant graver pour l'éternité, partout où ils sont passés, leurs empereurs, leurs magistrats, leurs légions victorieuses, ont voulu consacrer sur la pierre, sur le marbre, sur le bronze, le souvenir de leur action. Il y a des milliers de ces inscriptions rien que dans l'Algérie et la Tunisie. Enfin il fallait étudier les institutions politiques ou administratives, la législation, la religion, les arts de ces deux grands peuples dont l'un, les Grecs, a été l'initiateur de la civilisation humaine, l'autre, les Romains, donna l'unité politique au monde connu des Anciens.
C'est surtout en Grèce, grâce à la fondation de l'École française d'Athènes, qu'ont eu lieu les fouilles archéologiques les plus importantes accomplies par des Français.
Beulé, en 1854, dégageait l'Escalier et les Propylées de l'Acropole d'Athènes. Wescher et Foucart exploraient le sol de Delphes. Heuzey parcourait FAcarnanie et le mont Olympe. Georges Perrot copiait à Ancyre (Asie grecque) le Testament d'Auguste (1864), W. Waddington renouvelait l'épi graphie de l'Asie Mineure et toute la numismatique de l'antiquité. Champoiseau rapportait de Samothrace la fameuse Victoire ailée (1863), qui est au Louvre. Rayet et Thomas, à Milet et à Héraclée (Asie Mineure, 1872), Haussoulier, près de Milet (1896-1898), HomoUe, dans l'ile de Délos (1877-1885), faisaient des découvertes de premier ordre. A Tanagra (Béotie, 1870), on a mis au jour de» figurines de terre cuite, d'un art imprévu et charmant, contemporain d'Alexandre le Grand. Pottier, Salomon Reinach et Veyries (1880-1882) ouvraient plus de mille tombeaux dans la nécropole de Myrina (près de Smyme), et y recueillaient d'autres statuettes, qui révèlent une branche presque inconnue de l'art hellénique. Les travaux et les fouilles de l'École d'Athènes ont été dirigés avec une grande distinction, de 1875 à 1878, par Albert Dumont,
iuî-méme auteur de savants mémoires, principalement sur la céramique des Grecs. En 4895, sous la direction d'HomoUe, ont commencé les fouilles de Delphes qui nous ont révélé des périodes anciennes et presque ignorées de Part hellénique. Des archéologues et des artistes français ont été appelés à consolider et restaurer les monuments de l'Acropole d'Athènes. Dans TOrient grec, nous avons rencontré des concurrents : l'Allemand Schliemann, en d873, a mis au jour les ruines de Troie et ce qu'il appela le trésor de Priam; en 1878, un tombeau, qu'on croit être celui d'Agamemnon, à Mycènes. La mission allemande a pratiqué des fouilles importantes à Olympie; une mission anglaise, dans les ruines de Gnosse (lie de Grète); une mission autrichienne en Asie Mineure.
En Toscane, sous Napoléon III, Alexandre François a exploré les anciennes cités étrusques. Notre Musée du Louvre s'est enrichi des curieuses antiquités de la collection Campana.
D'un autre côté, cette fois dans le monde latin et sur notre propre territoire, les fouilles d'Alise- Sainte-Reine ont mis fin à une longue polémique au sujet de l'emplacement d'Alesia (Alaise en Franche-Gomté ou Alise en Bourgogne), à laquelle ont pris part Napoléon HT, le duc d'Aumale, Jules Quicherat, Auguste Castan, de RefFye. — Le P. de la Croix a retrouvé les Thermes de Sanxay (Vienne) et les Temples de Villeret; l'abbé Hamard, la nécropole de Mony- Bury; Gastan, le Théâtre et les Arènes de Besançon. Une société s'est formée pour la conservation des Arènes de Paris.
Léon Renier, après avoir collectionné en France, en Algérie, en Roumanie, dans tous les pays latins, des milliers d'inscriptions, a presque fondé une science nouvelle : l'épigraphie romaine. Grâce aux inscriptions, on a pu déterminer plus exactement les titres des magistratures romaines et nous apprendre ce que fut l'administration des maîtres du monde.
La numismatique grecque ou latine a fait de grands progrès, grâce surtout à de Saulcy, François Lenormant, William Waddington, Sabatier, Schlumberger, Babelon.
Sous le nom de Napoléon'III a paru la «Vie de César »
(1865), et c'est à cette occasion que s'est fondé, sous la direction d'Alexandre Bertrand, le précieux Musée galloromain de Saint-Germain, Ernest Desjardins a publié sa « Gaule romaine > (1870), Charles Tissot sa c Géographie comparée de la province romaine d'Afrique » (1884-1888), Gagnât son c Armée romaine d'Afrique > (1892).
Les institutions romaines ont donné lieu aux travaux de Léon Renier, Fustel de Goulanges, Boucjié-Leclercq, Mispoulet, P. Guiraud; la législation et les institutions grecques, à ceux de Brunet de Presle, E. Egger *, Fustel de Goulanges», G. Perrot, P. Guiraud. La religion des Grecs et des Romains a été éclairée par la c Nouvelle galerie mythologique (1851) de Guignant, c le Sentiment religieux en Grèce > (1868) de Jules Girard, les travaux d'Alfred Maury (1857) et P. Decharme sur la mythologie. L'économie politique de l'antiquité nous a valu d'importants ouvrages ». Nous avons vu plus haut avec quel soin avaient été étudiées la philosophie et les lettres antiques.
Les sciences de l'antiquité ont donné lieu aux travaux de Théodore-Henri Martin, Hœfer, Maximilien Marie, Paye» G. Milhaud, P. Tannery, Berthelot, sur les mathématiques, l'astronomie, la physique, la chimie; de Littré et Daremberg, sur la médecine. Les arts plastiques des Grecs, dont tant de monuments sont dispersés dans les musées de l'Europe ♦, ont inspiré de savantes théories développées
1 . Études d*É. Egger (auteur de « l'Hellénisme en France > 1869), sur les traités internationaux chez les Grecs et les Romains (1SÔ6), sur Tétat civil et sur les honneurs publics chez les Athéniens, sur le papier dans l'antiquité (1866); de Georges Perrot sur le Droit public de la république athénienne (1867).
2. De Fustel de Goulanges, La Cité antique (1864); de G. Perrot, Esacà sur le droit public et privé de la République athùénienne (iSôl); L'Éloquence politique et judiciaire à Athènes (1873); de Rodolphe Dareste, La science du droit en Grèce (1893).
3. Caillemer, par exemple, a publié des études sur les institutions commerciales, la lettre de change et les contrats d'assurance, le crédit foncier, la propriété littéraire, etc., à Athènes; A. Dareste de la Chavanne, sur le Prêt à la grosse chez les Athéniens; P. Guiraud, sur la Main d'œuvre industrielle et sur la Propriété foncière en Grèce.
4. A Londres, les frontons de la frise du Parthénon ; à Munich, les statues d'Égine; à Berlin, les bas-reliefs de Pergame; à Vienne, les sculptures de Gjol-Baschi (Lycie); à Paris, la Vénus de Milo, la Victoire de Samothrace, les moulages de Delphes; à Florence, les Niobides; à Rome, TApollon du Belvédère, le Laocoon, la Vénus de Médicis.
notamment dans « la Sculpture avant Phidias » et c TArt grec avant Périclès (1868), de Beulé; dans c les Monuments de Tart antique » de Rayet (1884); dans « l'Histoire de l'art dans Tantiquité >, de G. Perrot (depuis 1881), en collaboration avec Tartiste Chipiez ; dans c l'Histoire de la Sculpture grecque », de Maxime Gollignon (1893). Bourgault- Ducoudray et Gh.-E. Ruelle ont étudié la musique des Grecs.
Comme tentatives d'histoire générale, pour la Grèce, nous avons l'Histoire grecque de Victor Duruy ; pour Rome, l'Histoire romaine à Rome de J.-J. Ampère (1855) et l'Histoire des Romains de Victor Duruy, éclairée par toutes les découvertes récentes.
Le moyen âge français. — Non seulement on a donné de meilleurs textes de nos anciennes chroniques déjà connues; mais on a eu la fortune de découvrir des auteurs nouveaux : Robert de Clari, un des compagnons de Villehardouih dans la quatrième croisade; Jehan le Bel, qui fournit à Froissart le premier canevas de ses chroniques ; Thomas Bazin, l'historien de Louis XI, etc. C'est un Froissart presque inédit que nous a donné Simon Luce en publiant à la fois les rédactions, si différentes entre elles, de ses divers manuscrits. Michelet a publié les pièces du c Procès des Templiers >. Jules Quicherat celles du t Procès de Jeanne d'Arc ». Les Chartes et autres documents ont eu pour éditeurs Huillard-BréhoUes, Bordier, Tardif, Boutade, Chéruel, de Mas- Latrie dans son t Trésor de Chronologie, d'histoire et d'archéologie >, E. de Rozière, dans ses « Formulaires ».
La formation de la langue d'oc et de la langue d'oil, la philologie de l'ancien français et de ses dialectes, doivent leur progrès à Littré, à G. Paris, P. Meyer, A. Darmesteter, Petit de Julleville, F. Brunot, J. Gilleron (pour l'étude des patois) ; Thomas, Delboulle, L. Clédat, E. Etienne, F. Godefroy, auteur du grand t Dictionnaire de l'ancienne langue française ».
Les éditions et les travaux sur notre littérature du moyen âge ont été poursuivis par Génin, qui, en 1850, donna la première édition de < la Chanson de Roland » ; par Vitet, Littré, Paulin Paris, E. du Méril, Paul Meyer, etc. Gaston
Paris, dans son c Histoire poétique de Gharlemagne >, et Léon Gautier, dans ses c Épopées françaises », en ont l'ait la critique ou rana]yse. Nos Mystères, après avoir été édités par Achille Jubinal, Francisque Michel, Monmerqué, Gaston Paris, ont trouvé un historien en Petit de JuUeville. On a publié, dans la < Bibliothèque gauloise », •quelques-uns de nos plus anciens poètes lyriques. Le ministère de l'instruction publique a fait rechercher partout les textes et les variantes des chansons populaires.
Nous avons déjà vu à quels travaux ont donné lieu la philosophie du moyen âge et notre ancienne législation. Sa géographie a été renouvelée par A. Jacobs et Longnon ; les sciences du moyen âge, par les mêmes auteurs que les -sciences de l'antiquité * ; l'architecture et de la sculpture, par de Caumont, Paul Lacroix, Seroux d'Agincourt, L. de Laborde, du Sommerard, Vitet, Didron, Prosper Mérimée, Lance, etc. *. Le savant et l'artiste qui a rendu le plus de services à l'histoire des arts, c'est viollet-le-duc, l'auteur du « Dictionnaire raisonné de l'architecture française >, du € Dictionnaire du mobilier ». La musique a fait l'objet des travaux de Coussemaker, d'Auriac, Gevaërt, etc. Les mœurs, le costume, le mobilier, ont été étudiés par P. Lacroix, J. Quicherat, de Champeaux, A. Darcel, de Lasteyrie, Mûntz, Gerspach, Havard ; l'histoire des classes laborieuses, de l'agriculture, de l'industrie, du commerce, par L. Delisle, A. Dareste de la Chavanne, Levasseur, Depping, Doniol, P. Clément, Germain, Pigeonneau, Fagniez.
Quant aux œuvres d'un caractère plus général, outre celles de Michelet, il faut citer l'Histoire des Gaulois et ^ l'Histoire de la Gaule sous la domination romaine, d'Amédée Thierry; « l'Église et l'Empire romain », du duc de Broglie; € les Moines d'Occident », de Montalembert; t Gharlemagne et sa cour », d'Hauréau; les travaux sur les institutions du moyen âge de Fustel de Goulanges, Boutaric, P. Clément, Chéruel, de Cherrier, Thévenin, J. Roy, G. Monod, A. Giry, A. Luchaire, Ch.-V. Langlois, Coville; V c Histoire des comtes de Champagne », de d'Arbois de Jubainville;
1. Voir notr« Histoire de la civilisation françaite, tome I", page 379, notice bibliographique.
2. Voir, même volume, la notice bibliographique de la page 396.
les recherches de Beugnot, Rey, de Mas-Latrie, Riant, sur les États fondés par les croisés; l'histoire de Duguesclin, l'histoire de la Jacquerie, l'histoire de Jeanne d'Arc, de Siméon Luce; c Etienne Marcel », de Perrens; c les États généraux », de Georges Picot; l'Histoire de Charles VII, de Yallet de Yiriville ; c l'Histoire de la société française au moyen âge », de Raoul Rosières, etc.
Nous serons plus sobres encore au sujet des travaux français sur le moyen âge à l'étranger. Il faut cependant signaler : 1' < Histoire d'Allemagne », de Jules Zeller; c l'Histoire de la formation territoriale des États de l'Europe centrale », d'A. Himly; les études sur l'Empire d'Orient, d'A. Rambaud (« L'Empire grec au x® siècle »), de Schlumberger (c Nicéphore Phocas », t Basile le tueur de Bulgares »), de Gasquet (Italie byzantine), de Diehl (Afrique byzantine), de Labarte et Bayet (art byzantin); sur l'Angleterre, de H. Wallon, Jusserand, Bémont; sur la Bohême et sur l'Allemagne, d'E. Denis; sur l'ancienne Prusse, d'E. Lavisse; sur l'Italie, de J. Zeller, Perrens, E. Gebhart, E. Mûntz, Ch. Yriarte, A. Baschet, G. Thomas, Ph. Monnier, Gauthiez; sur l'Espagne, de Morel-Fatio, Desdevises du Dézert, Mariéjol, Boissonnade; sur la Hongrie, d'Edouard Sayous.
L'histoire des temps modernes. — Parmi les travaux les plus remarquables sur la période moderne : l'Histoire de la Misère au temps de la Fronde par Feillet (1862); celle de Louvois par Camille Rousset (1861); celle des princes de la maison de Gondé par le duc d'Aumale; celle de Richelieu par Fagniez, G. Hanotaux, d'Avenel; celle des grandes dames du xvu* siècle par Victor Cousin ; celle de la réunion de la Lorraine par d'Haussonville ; celle de Frédéric II par E. Lavisse; les travaux d'E. Bourgeois sur la Régence; du P. Baudrillart sur les Bourbons d'Espagne; du duc de Broglie sur la rivalité de la France, de l'Autriche et de la Prusse au xviii® siècle; d'A. Lefèvre-Pontalis et A. Waddington sur la Hollande; d*A. Geoffroy, de Chr. Schefer sur les États Scandinaves ; d'A. Rambaud, L. Léger, sur la Russie et sur les Slaves; ceux de laine, Aimé Chérest, F. Rocquain, Doniol, Flammermont, sur la fm de l'Ancien Régime.
Sous le second Empire, les différences d'opinions qui divisaient les écoles démocratiques produisirent des histoires de la Révolution qui étaient plus ou moins partiales pour tel ou tel côté de la Convention; ainsi les livres d'E. Hamel, c Histoire de Saint-Just » (1859), t Histoire de Robespierre > (1865), sont jacobins et surtout robespierristes ; au contraire, les travaux de Robinet et Bougeart sont plutôt dantonistes.
Dans la mêlée des opinions contraires, edgab auiNET intervient, en 1868, avec sa c Révolution ». Très sympathique aux hommes de la grande époque, exilé lui-même, à ce moment, pour sa fidélité aux principes démocratiques, mais partant de ce fait indéniable que la Révolution avait abouti au despotisme impérial, il en concluait qu'il y avait eu, dans l'œuvre accomplie de 1789 à 1795, quelque vice essentiel. Ce vice, c'était que les jacobins, tout en détruisant le passé sacerdotal et monarchique, étaient eux-mêmes des hommes du passé, enclins à l'absolutisme comme des rois et à l'intolérance comme des inquisiteurs. Il osa dire que l'exécution de Louis XVI avait été une faute et un malheur; que ce n'était pas la Terreur qui avait jsauvé la France, mais qu'elle avait compromis la Révolution ; que Robespierre et Saint- Just, continuateurs de l'ancien despotisme, n'avaient fait que préparer les despotismes de l'avenir. Le livre fît grand bruit et souleva contre l'auteur des animosités. Il rendit un précieux service en appliquant pour la première fois aux événements et aux hommes de la Révolution les règles de la critique et en montrant que cette histoire devait être appréciée comme toute autre histoire. Depuis lors, beaucoup d'œuvres de valeur ont paru sur cette époque. « Camille Desmoulins » et c les Derniers Montagnards > de Jules Claretie; l'Histoire de la République d'E. Hamel. L'Histoire € politique > de la Révolution, d'Aulard, a renouvelé ces études. Dans le camp des conservateurs, l'Histoire de la Terreur de Mortimer-Terneaux ; l'Histoire du tribunal révolutionnaire de Wallon ; c Thermidor » de Ch. d'Héricault ; « la Révolution » de Taine. Nous avons eu jusqu'à deux Eevues de la Révolution, l'une républicaine, l'autre royaliste. Le ministère de l'Instruction publique et le Conseil municipal de Paris ont entrepris deux importantes collections sur cette époque.
- Signalons les belles études d'Albert Sorel sur « l'Europe et la Révolution française » ; de Ghuquet sur les guerres de la Révolution; deCharras sur les Campagnes de 1813 et 1815; d'Edgar Quinet sur Waterloo ; d'Albert Vandal sur Napoléon et Alexandre I®'; d'Henry Houssaye sur 1814 et 1815.
L'histoire contemporaine. — Dans l'bistoire contemporaine, qui peut se flatter d'être impartial en exposant des faits qui nous touchent de si près? Sous cette réserve, on peut signaler : sur la Restauration, l'histoire si vivante, faite au point de vue libéral d'autrefois, d'Achille de Vaulabelle; celle de Duvergier de Hauranne, écrite au point de vue libéral d'aujourd'hui ; celle de Nettement, au point de vue royaliste. Sur le règne de Louis-Philippe, celles de Nouvion et Thureau-Dangin, qui sont orléanistes, celle de Louis Blanc, passionnément démocrate et même socialiste ; les Mémoires de Guizot, où l'on ne peut prétendre que l'auteur se soit dépouillé de tout préjugé ; la c Conquête de l'Algérie » de Camille Roussel. Sur la seconde République, l'alerte abrégé de Daniel Stem. Sur le second Empire, l'essai de Taxile Delord, et l'Histoire de la guerre de Crimée de Camille Rousset*. Sur des événements plus contemporains, l'Histoire diplomatique de la guerre franco-allemande, d'Albert Sorel; les ouvrages ou mémoires de Jules Favre, de Freycinet, Jules Simon, des généraux Faidherbe, Chanzy, Wimpffen, Vinoy, Martin des Pallières; la grande histoire de Duquet, sur la même guerre ; les ouvrages de Jules Ferry et de l'ambassadeur Billot sur les affaires du Tonkin ; des généraux Faidherbe, Borgnis-Desbordes, Gallieni, Archinard, sur la conquête de l'Afrique.
On est toujours plus à l'aise pour exposer impartialement l'histoire ou les institutions des peuples étrangers. Nous relèverons les études de Saint-René-Taillandier sur la révolution allemande de 1848 et sur la Serbie contemporaine; d'E. Denis, sur l'Allemagne du xix® siècle; de V. Bérard sur les affaires de Turquie; d'An. Leroy-Beaulieu sur € l'Empire des tsars »; d'Ed. de Laboulaye (1855) et d'A. Moireau sur les États-Unis; l'Histoire de la guerre
1. On trouvera rindication d'autres ouvrages ci-dessus, dans la Bibliographie du chap. XXV, p. 542.
640 aVILISATION FRANÇAISE
civile aux États-Unis, du comte de Paris (1874). Mentionnons aussi le beau et savant livre d'A. Ghéradame sur c l'Europe et la question d'Autriche au seuil du xx® siècle > (1901).
I^:cades celtiques. — En suivant le courant classique de rhistoire, nous avons laissé de côté nos origines celtiques, que notre Bretagne est presque seule aujourd'hui à rappeler, et qui constituent notre parenté avec les Celtes des îles Britanniques. Les études celtiques ont eu, au début de rère nouvelle, un glorieux représentant : la Tour d'Auvergne, € premier grenadier de France », qui, en 1792, partit avec son fusil de munition et sa grammaire celtique. A cette époque, comme le lien qui unit entre elles les langues indo-européennes nous échappait encore, on se faisait des idées singulières sur les idiomes celtiques. Tels celtisants étaient convaincus que le premier homme avait dû parler le celte. Depuis lors, ces études, qui passionnèrent si fortement Henri Martin, ont été éclairées par la grammaire comparée. D'Arbois de Jubainville et d'autres philologues ont rapproché entre eux les divers idiomes, exploré les anciens manuscrits des bibliothèques d'Ecosse et d'Irlande. Notre littérature bretonne, ses chansons épiques ou lyriques, ses contes, ses légendes, ses proverbes, ont été édiles d'abord pai* de Villemarqué, Monin, de Gourson, et, avec une critique de plus en plus rigoureuse, par Gaidoz, de Luzel, Le Braz. Enfin l'archéologie gauloise doit beaucoup au fondateur du Musée de Saint-Germain, Alexandre Bertrand et son adjoint S. Reinach.
Études égyptiennes. — Notre plus grand égyptologue, après GhampoUion, c'est Mariette, plus connu sous son titre égyptien de hariette-bet. Il a passé sa vie sur les bords du Nil, et il est mort pour ainsi dire sur le chantier, au milieu de SCS fouilles. En 1850, il découvrit le temple de Sakkarah, près de l'ancienne Memphis; en 1855, il déblaya les sables qui recouvraient un temple de Memphis, appelé le Serapeum, où il trouva soixante statues des Apis ou taureaux sacrés; en 1858, il exhuma cette merveilleuse figure du Sphinx accroupiy qui est au Louvre. Jusqu'à sa mort, il n'a cessé de multiplier les fouilles dans les ruines de Thèbes et de Karnak, mettant au jour d'innombrables
momies, des statues, des pylônes, des papyrus. 11 a enrichi le Musée du Louvre ou formé pour le vice-roi d'Egypte le Musée de Boulaq, dont il fut le conservateur. C'est à ce poste qu'il a eu pour successeur, en 1881, un autre Français, déjà célèbre dans la science, maspéro, qui, dans la € Vallée des Rois >, découvrit les momies de toute une dynastie égyptienne, y compris celle du grand roi Ramsès- Méïamoun (qui semble devoir être identifié avec le Sésostris des Grecs). Maspéro eut pour successeurs, à la direction du Musée de Boulaq, Grébaut et Jacques de Morgan.
Un contemporain de Mariette, de bougé, avait publié ou traduit de nombreux textes égyptiens, comme le Rituel funéraire (1861), le joli Conte des deux Frères, le Poème de Pentaour en l'honneur de Ramsès-Meïamoun.
La civilisation pharaonique, fort mal comprise ou presque ignorée des Grecs et des Romains, nous est presque aussi connue que celle de la France au temps de Louis XIV.
Études asHyriennes, babyloniennes» perslqnes, médiqaes, etc. — C'est offert qui eut l'honneur de signaler, parmi les langues qui empruntaient Talphabet cunéiforme, l'existence d'un idiome scythique, Vaccadien (1858). En 1860, il a publié sa Grammaire assyrienne. De Saulcy, de Longpérier, Gobineau, Menant, se sont attaché.- à déchiffrer les inscriptions cunéiformes sur les rochers, sur les murailles des temples, sur les briques qui formaient la bibliothèque des rois assyriens, sur les cachets où les lettrés d'alors faisaient graver leur nom et leur devise. E. Revillout s'est occupé des textes démotiques et de l'Egypte hellénisée. Ledrain a étudié surtout les textes sémitiques et sumériens des inscriptions cunéiformes.
RENAN, en 1855, a pu comprendre les idiomes de la vallée du Tigre et de l'Euphrate dans son « Histoire générale et système comparé des langues sémitiques ».
Tout récemment, la mission sârzec a repris les fouilles de la Babylonie ; la mission dieulafot s'est attaquée à l'ancienne Perse, surtout aux ruines de Suse, et en a rapporté de précieux monuments, comme la frise du palais de Darius; la mission JAcauEs de morgan, à la suite d'une convention signée avec le shah de Perse, s'est attachée à la Chaldée ^