II. La peinture, les arts du dessin
De la splendide floraison d'artistes qui avait coïncidé avec la période romantique de notre histoire littéraire, le plus illustre des survivants, en 1848, était Ingres i (mort en 1867). Il peignit c la Source > en 1861, < l'Apothéose de Napoléon 1" », qui périt dans Fincendie de l'Hôtel de Ville en 1871. Il ne put donner la dernière main à une vaste composition c l'Age d'or », peinte sur une muraille du château de Dampierre (Seine-et-Oise), et qui reste cependant une de ses plus grandes œuvres.
Filiation des écoles de peinture* — La génération qui atteignit sa maturité pendant le second Empire a compté dans ses rangs Pils, Barrias, Yvon, Protais, Ghenavard, Charles MuUer, Laugée, Boulanger, Gérôme, Paul Baudry, Tony Robert-Fleury, Hamon, Eugène Isabey, Meissonîer, Frère, Fromentin, Hébert, Dubufe, Paul Dubois, Gabanel, Bouguereau, Got, Henri Regnault.
Avec Gourbet, cette génération a vu les audaces de l'école réaliste ; avec Manet, les témérités de l'école impressionniste ; avec Bastien-Lepage, le triomphe de l'école du plein air ; avec Gorot, Rousseau, Millet, Daubigny, Harpignies, Troyon, Leleux, Anastasi, Français, J. Breton, Gabat, Rosa Bonheur, la renaissance de la peinture rustique et du paysage.
' 1. Voir ci-dessus, p. 432.
G^est cette génération qui a formé la génération actuelle, celle des peintres de la troisième République.
§.^ lies peintres du second Empire : la peintnre d'histoire. — Pour illustrer ses guerres, Napoléon III put encore emprunter le pinceau d^HORACE vernet, qui lui donna une Bataille de TAlma, et de pmuiPOTEAUZ, qui peignit la Charge des chasseurs à Balaclava et le Siège de Puebla.
Mais à ces artistes qui avaient vu les soldats d'Algérie succédèrent ceux qui, sur les champs d'Orient et d'Italie, suivirent les armées impériales : — pils (1813-1875), qui peignit toute une série de Batailles de Grimée et la c Fête donnée à l'Empereur à Alger». — Félix babrias (né en i822), à qui l'on doit les peintures de la Trinité, a fait le Débarquement en Grimée (1859). — t?on (né en 1814) les surpassa dans l'art de lancer à l'assaut zouaves et chasseurs aux jambières de cuir : après son < Premier consul descendant les Alpes > et c Ney soutenant l'arrière-garde en Russie », il donna la Prise de Malakof (1859), Solférino, Magenta. Il devait peindre aussi la Charge des cuirassiers à Reichshoflfen (1875).
PROTAis a exposé la Bataille d'Inkermann, la Prise du Mamelon vert, le Passage de la Sésia, le c Bataillon de chasseurs avant le combat » (1863), « Après le combat », c Vainqueurs » (1865), la Grande Halte, la Nuit de Solférino, la Capitulation de Metz (1874).
Les autres peintres d'histoire furent : CHBirATARO, qui se lit l'historien de la Révolution (Mirabeau et Dreux-Brézé, Jugement de Louis XYI, Convention Nationale) et qui a laissé cette toile d'un symbolisme étrange et saisissant, la c Fin des religions » ou laDtvtna tragedia (1869) ; — Charles MUUER, dont le premier chef-d'œuvre^ < Lady Macbeth », remonte à 1849 et qui affectionne les scènes tragiques : Appel des victimes sous la Terreur (1850), Marie-Antoinette à la Conciergerie, une Messe sous la Terreur, Captivité de Galilée; — ' laugêe, auteur de c sainte Elisabeth lavant les pieds des pauvres » et de < saint Louis servant les pauvres » ; — boulanger, qui a représenté c César au Passage du Rubicon » et c à la tête de la Dixième légion » ; — HÉBERT, avec sa « Malaria » (1850), le c Baiser de Judas » 1(1853), € les Gervaroles » (1859); — gérome, élève de Dela-
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roche, artiste ingénieux et élégant, qui connaît rOrient moderne comme l'antiquité et qui a marqué chaque Salon de quelque toile à sensation *; — Paul baudrt (1828-1885), Fauteur du Supplice d'une Vestale (1847), de Thésée dans le Labyrinthe (1851), de la Perle et la Vague (1862), d'un grand nombre d'admirables portraits, et qui exécuta h Décoration de POpéra, les plafonds de l'hôtel Paîva et de la Cour de Cassation ; — tony robbrt-flbury, fils du grand artiste de l'époque précédente, et qui nous a donné ces deux belles pages : c Varsovie en avril 1861 » et c le De^ nier jour de Corinthe » (1870); — hamon, qui s'est fait une spécialité des scènes familières antiques; — Eugène isabei, le peintre de marine et d'histoire.
MEissoNiER s'est fait une place à part par ses étonnantes miniatures : les Bourgeois flamands (1834), Partie d'échecs (1841), Partie de boules, le Fumeur, le Liseur, le Corps de Garde, les Bravi, Un Rêve. Il a prouvé, toujours avec de petits personnages minutieusement traités, qu'il était un peintre de batailles : la Barricade (1848), Napoléon ni à Solférino (1863), Napoléon 1«' en 1814 (1864), Napoléon P' à léna (Salon de 1891).
Parmi les peintres orientalistes, frère a traduit en pages colorées l'Algérie, TÉgypte, la Syrie; — promentin, qui a exploré le Sahel et le Sahara algériens, en a rapporté deux livres, où il se montre grand peintre la plume à It main, et des toiles remarquables par l'originalité des types humains et la beauté des coursiers. — Henri regnault, lils du célèbre chimiste, et tué d'une balle allemande à Buzenval, fut le premier coloriste du siècle dans ses Bergers andaloos (1868), son général Prim, Judith et Holopherne, l'ExécuUon sans jugement, et surtout la Salomé (1870), éblouissante symphonie de jaunes et d'ors.
Deux élèves de Picot, cabanel et bouguerbau, dans leurs
1. L'œuvre de Gérôme a une telle importance qu'il est nécessaire de rappeler ses principales toiles : Jeunes Grecs excitant des coqs (1847) ; le SiècU S Auguste (1855) ; Ave Cssar ou le Salut des gladiateurs qui vont â k mort (1859); le roi Candaule; Phryné devant le tribunal; SocrcUe et Aiàbiade chez Aspasie; les deux Augures; Louis XIV e^t Molière (1863); Bvscher turc à Jérusalem; V Aimée; Cléopàtre et César; Porte de mosquée m Caire't VÉminence grise (1874); les peintures de Saint-Séverin.
sujets empruntes surtout à la mythologie, nous ont rendu Ingres par la pureté du dessin, la gracieuse élégance des formes, et Pont surpassé par la splendeur nacrée des carnations. Le premier nous a donné la Nymphe enlevée par un Faune, la Naissance de Vénus (1863), le Paradis perdu, Thamar; — le second, le Triomphe de Vénus (1856), Flore et Zéphyre, TAmour désarmé (1885), Psyché et l'Amour enfants (1890), c le Jeune Frère » (1900).
Le portrait. — L'art du portrait atteignit un degré inouï de vérité, de pénétration, d^habileté dans Tarrangement pittoresque des draperies et des accessoires avec Winterhalter, le peintre de la famille impériale, avec Delaunay, Cot, Hébert, Dubufe, Paul Baudry, L.-G. Ricard, Gabanel, Bouguereau, Paul Dubois. Au chef-d'œuvre d'un maître de l'époque précédente, le portrait si étrangement révélateur de Napoléon III (1863), par Hippolyte Flandrin, répond le premier chef-d'œuvre d'un maître de la période suivante, la Dame au gant (1869), de Carolus Duran.
La peinture des Titraaz. — Cet art, dans lequel excella, au x\i^ siècle, Jean Cousin, a réalisé de grands progrès avec oddinot, un élève de Delacroix, à qui Ton doit les vitraux de Sainte-Clotilde, Saint- Jacques, Saint- Germain, la Trinité, maréchal, de Metz, mit son habileté industrielle au service des inventions des artistes.
L'éeole réaliste — C'est surtout la vogue de Cabanel et Bouguereau qui provoqua l'insurrection réaliste, comme ia domination de l'école davidienne avait suscité la révolution romantique.
Le chef du mouvement réaliste, ce fut courbet (1819-1877), un peintre franc-comtois qu'on appela le maître d'OrnanSy qui n'a pas eu de maître, mais qui eut de nombreux disciples; un artiste qui s'est formé lui-même et qui s'est trouvé, dès le début, en révolte contre toutes les écoles. C'était une nature de paysan fruste et madré', et l'un des originaux du siècle. Il méprisait également les classiques et les lom antiques. A tous il reprochait de ne pas voir la nature telle qu'elle est ou telle qu'il la voyait. Des Vénus, des Nymphes, des Amours, cela n'existait pas : ce qui existe, ce sont des paysans aux costumes fripés, aux bottes crottées; des paysannes aux pieds nus, vêtues de droguet;
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de larges ligures aux rouges trognes, aux poils hirsutes : voilà ce qu'il fallait reproduire, si ron voulait être dans le vrai.
Alors Courbet donna TAprès-dinée à Ornans, TËnterrement à Ornans, les Paysans de Flagney revenant de la foire, les Casseurs de pierres (1850), des Baigneuses qui ne ressemblaient pas du tout à celles de Bouguereau, des Lutteurs qui n'avaient rien de la nudité et de la beauté antiques, le Retour d'une conférence de curés (1863), THomnie à la ceinture de cuir, etc.
En même temps, il peignait les admirables paysages du Doubs, avec une réalité saisissante, une puissance étrange de vision, des effets de neige aveuglants, des verts d'une surprenante intensité.
Courbet suscita parmi les peintres à aspirations idéales des colères semblables à celles qu'avait déchaînées Delacroix parmi les peintres classiques. Si les critiques n'armaient pas ses mains d'un < balai ivre >, ils l'accusaient de peindre avec sa barbe, qu'il avait fort longue et touffue. A chaque Salon, les jurys de peinture refusaient obstinément ses tableaux d'insurgé. Alors il ouvrit une exposition particulière, où une foule accourut, les uns pour se moquer, les autres pour protester contre l'ignorance des jurés, contre l'incompétence de ces c fouetteurs de crème à la vanille ».
A la suite de Courbet, il y eut, sinon une école, du moins, une foule de peintres et même de rapins, singulièrement plus mêlée que celle qui avait pris Delacroix pour portedrapeau, les uns sincères et d'un talent novateur, les autres prétendant justifier par les hardiesses du maître leurs propres témérités, les incohérences de leur dessin on l'étrangeté de leur coloris.
Les choses allèrent si loin que le jury, pour se justifier, et le gouvernement, pour donner une satisfaction à l'opinion, se décidèrent à ouvrir un Salon des refusés (1863). Ce second Salon fut aussi couru du public que le Salon des reçus. On y vit des toiles épouvantables, devant lesquelles tout Paris s'esclaffa de rire; mais on en vit d'autres qui firent réfléchir même les maîtres, des tableaux de genre et des scènes familières d'une vérité frappante, d'une âpre poésie dans leur vulgarité.
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L^école réaliste eut donc son influence salutaire sur les écoles établies, les rappelant à plus de vérité et de sincérité, et, quand ses meilleures toiles eurent désarmé les rigueurs du jury et eurent été admises aux honneurs officiels, elle renonça aux exagérations de la première heure.
Les impresftioniitetes. — Au Salon des refusés s'était révélée une section de Fécole réaliste, qui est restée intransigeante : récole impressionniste. Elle eut pour chef manbt (1833-1880). La théorie impressionniste consiste à soutenir que la réahté agit sur notre appareil visuel, non par des formes, mais par des couleurs. Ce qui impressionne notre rétine, ce sont, non des contours, mais des rayons lumineux. Dès lors il est inutile de dessiner : il suffit d'appliquer sur la toile des tons, des touches, des frottis. Gomme certains impressionnistes paradssent avoir un appareil visuel conformé d'une façon particulière, on peut arriver aux plus étranges résultats : des visages zébrés de touches violettes, jaunes, oranges; des vêtements noirs qui prennent une teinte d'azur; des arbres qui sont bleus, des chevaux violets qui s'abreuvent dans des fleuves vermillons. Toutefois, même les outrances de cette singulière peinture ont leur intérêt; d'une part elles sont une page de notre évolution artistique ; d'autre part il y avait, même pour les artistes les plus pondérés, quelque chose à leur emprunter, soit des hardiesses heureuses du dessin, soit le vigoureux contraste ou l'harmonie imprévue de certains tons. Aussi lorsque l'État, en 1897, en vertu du legs Caillebotte, entra en possession d'un lot considérable de ces peintures, il n'hésita pas à réunir les plus intéressantes d'entre elles dans une des salles du Musée du Luxembourg. A une interpellation qu'adressa un sénateur, épris de classique, le directeur des Beaux- Arts se contenta de répondre que l'État devait faire preuve d'un certain éclectisme artistique et que « la gloire saurait bien reconnaître les siens >.
Le paysage. — C'est le paysage qui, dans cette période, a éprouvé la révolution la plus complète et la plus salutaire. On sait combien les Français ont été longs à comprendre la nature : le genre du paysage pur était à peu près inconnu aux xvii« et xviii^ siècles, et même à l'époque de la
Révolution et de TEmpire. Depuis Poussin, on n'avait pas osé exposer une forêt, une marine, sans y jeter, comme le seul motif intéressant pour le public, un groupe historique ou mythologique. Vinrent nos lyriques de Tépoque romantique, qui, mettant fin à la poésie descriptive, donnèrent une âme aux lacs, aux montagnes, aux forêts. En Angleterre, des peintres ou des aquarellistes, comme Gonstable, Varley, les deux Fielding, dont les œuvres firent sensation au salon de 1824, nous apprirent ce que c'est qu'un paysage. Alors parurent les belles toiles de Paul huit, cabat, Jules DUPBÉ, qui furent vraiment des initiateurs. Vers 1844, un amant passionné de la nature, Denecourt, surnommé le Sylvain, découvrit la forêt de Fontainebleau, avec ses éboulis de roches, ses gorges sauvages, ses cavernes, ses arbres séculaires, ses sites romantiques. Dans les vingt années suivantes, les environs de la forêt, Barbison, Mariette, commencèrent à être visités, bientôt envahis, par des artistes de plus en plus nombreux. Cette révélation de la nature française appela leur attention sur nos sites des Pyrénées, des Alpes, du Jura, des Vosges, de l'Auvergne, sur nos plages de Normandie, de Bretagne, de Provence, sur le charme plus discret des bords de la Seine ou de la Loire, des grandes plaines, des pâturages verdoyants.
Après COROT (1796-1875), qui avait commencé par des paysages italiens et qui ne sortit plus des paysages français, après ses Matins, ses Soirs, ses Solitudes, vinrent théodobb BonssEAU (1812-1867) et J.-r. millet (1815-1875), qui se fixèrent à Barbison, y devinrent deux inséparables et y finirent leur vie : l'un peignant des Groupes de chênes, des Clairières, des Futaies; l'autre peuplant la nature de Bergers et de Bergères qui n'ont rien à voir avec ceux de Florian, de Tondeuses de moutons, de Moissonneuses, de Glaneuses, de Cardeuses de laine, etc. L'Angelas da Soir (1867) est resté son œuvre la plus populaire. Ce qui distingue ces deux maîtres, c'jest un sentiment exquis de la poésie qui se dégage des grands bois et des scènes de la vie rurale.
Millet eut pour émules daubignt, avec ses Plages, ses Étangs, ses Sentiers, ses Prés, ses Bords de la Seine, de
rOise ; — HABPiomEs, avec ses paysages du Nord ; — troyon (1810-1865), avec ses Foires limousines, ses Abreuvoirs, ses Marchés d'animaux, ses Bœufs au labour (1863); — Adolphe LELEUX, avec sa Danse bretonne (1842), son Dépiquage des blés, ses Noces et Fêtes bretonnes ; — anastasi, un élève de Corot, avec sa Vue de Bougival, ses Derniers rayons, sa Saison des foins (1852) ; — français, avec son Sentier dans les blés (1855), ses Paysages du Bas-Meudpn, toute une épopée de la nature agreste en toiles nombreuses; — JULES BRETON, avec SCS Glaueuscs (1855), sa Bénédiction des blés, son Retour des champs, ses Feux de la SaintJean (1875), ses Jeunes filles allant à la procession (1888).
ROSA BONHEUR a compris aussi le charme de la campagne française : elle couvre les landes de ses moutons et de ses taureaux, éventre la terre qui fume sous la charrue de son c Attelage nivernais » (1849) et, dans ses Scènes de marché, fait luire la puissante croupe de ses chevaux.
Le paysan français, en même temps qu'il est appelé à la yie politique par Textension du suffrage, entre dans la vie artistique avec sa chaumière, ses champs, son bétail, sa herse et sa charrue, ses blés et ses pommes de terre: Il a désormais, tout comme Louis XIV avait eu les siens, ses poètes ordinaires, avec les Brizeux et les Pierre Dupont, et aussi ses peintres ordinaires.
ft"* Les peintres de la génératloM présente. — Nous serons plus sobres sur les artistes qui sont nos contemporains. Pourtant, il faut bien citer, parmi les peintres d'histoire : Edouard détaille, Fauteur de la Charge des Cuirassiers de Reichshoffen, du Régiment qui passe, de la Sortie de la garnison d'Huningue, des Victimes du devoir, du Retour de la revue de Châlons (lors de la visite de Nicolas II, 1896), et qui, dans de splendides panoramas, a fait revivre les tragiques batailles de la dernière guerre ; — DENEUVUJf, qui collabora aux panoramas de Détaille et dont l'œuvre la plus populaire est peut-être c les Dernières cartouches > (1873); — SERNR-BELLECOUR, Tautcur du c Coup de canon » ; — ARMAND-DUBiAREsa, le peintre de Faidherbe et des combats de Tarmée du Nord; — puvis de chavannes, aux couleurs volontairement atténuées et éteintes, mais qui entend si largement la grande décoration; — r. plameng, qui
nous a donDé les Derniers jours des Girondins, la Prise de la Bastille, la Fuite en Egypte, Kléber à Farinée de Sambreet-Meuse; — méungue, qui nous a montré Etienne Marcel coiffant du chaperon révolutionnaire le dauphin Charles; — LEBLANT, qui s*entend si merveilleusement à' lancer à l'attaque ses Chouans ou ses Bleus; — mobeau, de Tours, en quête des épisodes guerriers de la Révolution; — morot, de Nancy, Té mule d'Horace Vemet pour les combats de cavalerie ; — bodtignt, avec ses Scènes militaires de la Révo lution et de TEmpire ; — duez, dont le c Miracle de Saint- Cuthbert » figure au Luxembourg; — benjamin constant, qui fait ruisseler la lumière dans ses scènes marocaines, algériennes ou orientales ; — cormon, d'une inspiration épique dans son Caïn, ses Scènes de la vie primitive, ses décorations du Muséum ; — rochegbossb, qui a retrouvé les hardis empâtements et les violentes harmonies de Delacroix dans son Andromaque, sa Jacquerie, son Nabuchodonosor, son Assassinat de l'empereur Géta, sorte de symphonie en rouge: — Jean-Paul laurens, d'une fantaisie sombre et d'une profondeur philosophique dans ses scènes d'histoire, le plus souvent empruntées au moyen âge, bien qu'il ait peint c rÉtat-major autrichien défilant devant le corps de Marceau > (1877); — jean bébaud, avec sa < Madeleine chez les Pharisiens >, auxquels il a donné le costume et les traits de nos contemporains ; — Léon bonnat, avec son Job sur le fumier, d'un réalisme si cru et en même temps si élevé d'inspiralîon ; — Luc-Olivier merson, avec son Apollon exterminateur; — couturier, qui sait mettre aux prises la vaillance de nos marins et la furie de l'Océan ; — J. lefebvbe, avec sa Mignon et sa Graziella; — paul buftet, avec sa Tentation du Christ, sa Fête antique^ son < Défilé de la Hache », sujet emprunté à Salammbô, et son portrait équestre de l'empereur Ménélik. — maignan, avec ses Panneaux et ses Plafonds; — r.-J. barrias, avec son c Esther se rendant chez Assuérus » ; — Henri Martin (c Chacun sa chimère », 4 Vers Fabîme »); — Tattegrain (Saint* Quentin pris d'assaut); — Gervais (« Jugement de Paris, € Folie de Titania »); — RoU, Henri Gervex, Wencker, Brouillet, Poilpot, peintres des fêtes de la République. Parmi les peintres de genre : — bastien-lepage, trop tôt
enlevé à Fart, déjà illustre par ses scènes rustiques et par d'admirables portraits; — comerre, un symphoniste des couleurs dans ses portraits d'actrices ; — feyin-perrin, qui' répandit une lumière si pure sur ses Pêcheuses ; — henner, qui a peint une nature de rêve; — dagnan-bouveret, Fauteur de la toile si populaire des « Conscrits »; — roybet, qui se fit d'abord connaître par une grande toile d'histoire, € Charles le Téméraire à Nesle >, et qui déploie dans ses scènes familières, sous le pittoresque des costumes de l'époque Louis XIII, une vie si intense et un coloris si éclatant; — M"»« edmoht-breton, si sincère dans c Hommes de mer >, si gracieuse dans sa Vierge vêtue à la mode arabe; — enders, aux scènes de familles si saisissantes ; — L.-A. Lhermitte, Lucien Simon, etc.
Le portrait s'est maintenu à sa perfection avec Paul Dubois, Carolus-Duran, Léon Bonnat, Benjamin-Constant, Fantin-Latour, Heilbuth, Jules Machard, Gustave Courtois, Th. Chartran (l'auteur du beau portrait de Léon XIII), Marcel Baschet, Weertz, et, dans le genre impressionniste, avec Paul Besnard.
Le paysage a continué le progrès commencé naguère, avec LANSiER; avec Bapin, Vernier, Marcel Ordinaire, Isenbart, Japy, Pointelin, et toute l'école franc-comtoise; avec Barillot, Bené Billotte, Damoye, Petitjean, l'admirable maître J.-Ch. Cazin, Charles Cottet, Bené Ménard, Emile Barau, Baphaël CoUin, Fr. Montenard, J.-H. Zuber.
La vie de Paris a aussi ses paysages et ses paysagistes qui la suivent dans la brume du matin, sous l'ardeur de midi, à la tombée du jour, au moment où s'allument tous ses feux : Adler, Emile Cagniart, Luigi Loir.
On peut dire de la peinture ce que nous avons dit de la sculpture : jamais il n'y a eu une entente plus grande de toutes les ressources de l'art. La peinture a d'ailleurs cet avantage que les civilisations inconnues dont l'histoire poursuit la découverte lui apportent sans cesse, avec des sujets inédits, de nouveaux éléments de pittoresque.
Toutes les révolutions de la peinture ont contribué à son progrès. Comme le dit Eugène Guillaume, c l'imitation de la nature poussée jusqu'à la servilité, les excès d'un
<f(66 CIVILISATION FRANÇAISE
réalisme sans mesure, ne se sont pas produits inutilemenU Un grand nombre d'artistes, sans suivre les novateurs dans âeurs exagérations, se sont approprié la part d^idées justes -qui est au fond de leurs systèmes. Des audaces de quelques- 41ns, il est sorti des vérités dont la somme s'est répandue ■sur récole entière. Ainsi les tentatives des impressionnistes, -accueillies avec ironie et même taxées avec dédain, ont profité à toute notre peinture. Le coloris y est plus simple; ia valeur des tons y est mieux observée; les sujets échappent au jour étroit de l'atelier. >
Les dessinateurs. — Un dessinateur d'un génie prodigieux, ayant l'instinct des vastes compositions, des paysages colossaux, des types étranges et fantastiques, égal à Gallot pour la verve, le surpassant en idéal, et qui, s'il avait su peindre, eût été le plus grand artiste des temps modernes, «c'est GUSTAVE DORÉ (18324884). Il a illustré Rabelais (1854), les €ontes drolatiques de Balzac (1856), les Contes des fées de Perrault, la Divine comédie de Dante, la Bible, les Fables •de La Fontaine, l'Arioste, Don Quichotte, la légende du Juif-Errant, avec une imagination féconde, capricieuse, débridée, servie, dans ses fantaisies les plus extravagantes, par une science prodigieuse du dessin et par une habileté Incomparable dans ses contrastes d'ombre et de lumière. T^ul n'a su mieux que lui, pas même Gallot, faire grouiller les monstres, les avortons, les truands, couvrir de milliers de guerriers un espace grand comme la main, rendre réels des châteaux vertigineux aux centaines de tours, des jardins de fées, les paysages infernaux ou paradisiaques, les mornes déserts où vagabondent les ombres désolées et les chevaliers errants. Ce furent aussi des maîtres du crayon que Willette, Jules Chéret, Mucha, dans leurs affiches d'un si joli dessin et de couleurs harmonieuses en leur vivacité, Garan d'Ache dans ses fantaisies épiques. Forain dans ses âpres caricatures politiques, Boutet de Monvel dans ses cartons d'histoire, Bobida dans ses illustrations échevelées des récits les plus étourdissants, Job et Guillaume dans leurs types de troupiers, de bourgeois et de snobs, Henriot, dans ses sobres croquis de parlementaires, de grévistes et d'électeurs.
BiDA, après de longues années passées en Syrie, nous a
donné les Évangiles illustrés et interprétés par les types, les paysages, Farchitecture, les costumes de FOrient.
Les artistes paveurs. — Jules Jacquemart, Desboutin, F. Bracquemond, Th. Chauvel, Brunet-Debaisnes, Ch. Cîourtry, A. et J. Jacquet, L. Flameng, Ch. Baude, A. Didier, E. Gaujean, Lecouteux, Léveillé, ont élevé la gravure française à la perfection artistique.
Les artisles lithographes* — Mouilleron fut un émule de Charles et de Baffet. c II a pour ainsi dire, dit Jean Gîgoux, réinventé la lithographie, en la faisant participer à la fois de la peinture à Thuile et du pastel. » Sa première <Euvre connue, c'est TAuto-da-fé (1846); son chef-d'œuvre, c'est la Ronde de nuit, d'après Bembrandt.
Desmaisons a donné, après bien d'autres pièces, la Galerie des représentants (1848), la Prière, le Bepos, la Leçon de tambour et de flageolet, le Maître d'école alsacien (1875). — Célestin Nanteuil, Eugène Leroux, A. Sirouy, ont été aussi des maîtres éminents et de féconds artistes.
Condition nouvelle de l'art et des artistes. — Innombrables sont les sculpteurs comme les peintres de notre âge. L'art, aux siècles précédents, n'était une vocation que pour quelques-uns : en notre siècle plusieurs centaines de statuaires ou de peintres sont passés maîtres dans le maniement de l'ébauchoir et du pinceau, et les œuvres, même excellentes, ne se comptent plus. Une des supériorités incontestées de la France sur tous les pays du monde, y compris l'Italie, c'est celle qu'elle a gardée dans les arts. Nombre de maîtres anglais, allemands, Scandinaves, russes, américains, australiens, ont étudié à Paris. A un point de vue purement industriel, l'art français est une des branches les plus importantes du travail national : de sa vie il fait vivre de nombreuses industries ; il apporte un contingent sérieux au total des exportations. Les Salons, dont nous avons vu au xvii® et au xviii° siècle les débuts, encore très espacés sous la Bestauration et la Monarchie de Juillet, sont devenus annuels sous le second Empire. Sous la troisième République, leur organisation a passé des mains de l'Etat aux mains des artistes eux-mêmes. Puis, ils se sont sectionnés en deux sociétés, qui, naguère encore, ouvraient des Salons distincts, l'un aux Champs-Elysées,
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Faotre aa Champ de Mars (1898). Les liyrets des deux Salons annuels, rien qoe pour la peinture, arriraleat à dépasser 3500 numéros.
L'État, pour dégager de cet immense marché des formes et des couleurs les œuvres d'une valeur supérieure, avait essayé de fonderies expositions triennales. Il est regrettable qu'elles n'aient pas duré. Du moins les Expositions universelles nous ont valu des salons décennaux et celle de 1900 une exposition centennale de la peinture qui a groupé quelques- unes des œuvres les plus éminentes des plus illustres maîtres depuis un siècle.
Donc, un des traits les plus essentiels du mouvement artistique contemporain, c'est la liberté. Le temps n'est plus où le maître exerçait sur ses élèves une influence jalouse, exclusive, despotique, comme celle qu'exercèrent les Le Brun on les David, et qui rappelait la servitude des anciennes corporations industrielles. Le temps n'est plus où l'État, comme sous Louis XIY, imposait ses préférences artistiques. Rien de plus libre que notre enseignement de l'École des Beaux-Arts. Les jurys des Salons annuels sont élus par tous les artistes exposants. Il n'y a plus d'écoles dominantes. Chaque artiste cherche en toute indépendance la voie que lui indiquent sa nature d'esprit, son tempérament, on pourrait presque dire la conformation de ses organes visuels. C'est l'anarcAie dans le sens le moins inquiétant du mot; mais c'est cela même qui rend si difficile et si délicat de tracer un tableau un peu exact et un peu complet de l'art au xix® siècle.
Gustave Larroumet a fait cette remarque : « Jusqu'à ces vingt-cinq dernières années (en 1895) la peinture française suivait des directions peu nombreuses et assez faciles à déterminer... De même qu'il y avait eu en littérature, depuis le début du siècle, des romantiques, puis des réalistes, puis des parnassiens, puis des naturalistes, de même les peintres et les sculpteurs formaient des groupes de classiques et de romantiques, de réalistes et d'impressionnistes... Puis c'a été un émiettement de l'école française. Aujourd'hui, les groupes artistiques se comptent par vingtaines. L'individualisme triomphe, dans l'art comme dans la littérature... Pour les uns, ce phénomène est une
décadence qu'ils déplorent, pour les autres un progrès auquel ils applaudissent >.
Les arts décoratifs. — Dans Tantiquité, au moyen âge, à la Renaissance, encore au temps du Premier Empire, le sentiment artistique se retrouvait partout, même dans la confection d^objets réservés à Futilité la plus commune. Armes, meubles, vaisselles, même ustensiles de cuisine, étaient autant de motifs que ne dédaignait pas le génie de Fartiste. On ne séparait pas ces deux notions : le beau et rutile. Platon a parlé d*une « belle marmite ». Cette tradition s*est continuée à travers les âges par une infinité d'artistes inconnus, maîtres verriers, maîtres faïenciers, maîtres du meuble, par les Benvenuto Cellini et les Bernard de Palissy, par le grand peintre Le Brun et sa manufacture artistique des Gobelins, par Mme de Pompadour et sa manufacture royale de Sèvres, par David, le Le Brun de Tépoque révolutionnaire et napoléonienne. Pour Tameublement il y eut un style Louis XIII, un style Louis XIY, Louis XV ou Louis XVI, un style Empire. Au contraire, de la chute de Napoléon à une époque très rapprochée de nous, il n'y eut plus de « style ». Sous les monarchies parlementaires, il semble s'opérer un divorce entre les deux notions de l'utile 6t du beau. L'artiste se cantonne dans Tart proprement dit, dédaignant ce qu'on appelle les <( arts mineurs ». L'ameublement ou la vaisselle ne visent qu'à la pure utilité, au solide, au c( cossu » bourgeois, ou bien au bon marché, avec des lignes droites, des surfaces nues, sans fantaisie et sans grâce. L'avènement des classes bourgeoises, ensuite l'invasion des classes populaires semblaient, en cet ordre d'idées, avoir abaissé le goût et supprimé Tidéal. Puis la démocratie, intellectuellement émancipée, initiée au charme des arts plastiques en même temps que de la musique, réagit contre ces tendances qui eussent discrédité la société égalitaire. Le goût de l'élégant et du beau reparut dans toutes les classes. La démocratie française tendit à reprendre les traditions de celles d'Athènes ou de Florence. Depuis i870, l'administration des Beaux-Arts, dirigée par de Ghennevières et Eugène Guillaume, s'efforça de réhabiliter les arts mineurs. Un grand artiste décorateur, P. V. Galland,
mort en 1893, ambitionna d'être le Le Brun et le David de la troisième République. Les peintures décoratives de rOpéra par Paul ûaudry, du Panthéon par Joseph Blanc et Puvis de Ghavannes, de la Sorbonne, de THôtel de Yilie^ de rOpéra-Gomique nous restituent Teffort combiné entre Tarchitecture, la sculpture et la peinture qui avait fait la splendeur de la Renaissance italienne et du siècle de Louis XIV.
Plus près de nos yeux, sous notre main, pour notre plaisir de tous les instants et Tembellissement de notre vie intime, le meuble et la vaisselle se transforment. Les arts du dessin conquièrent une place de plus en plus grande dans notre industrie, par conséquent dans notre enseignement professionnel et jusqu*à Técole primaire. Il s'est fondé une École des arts décoratifs et un groupe d'homme& de goût, sous Fimpulsion du député Georges Berger, parvient à nous doter d'un Musée des arts décoratifs, qui' rivalisera bientôt avec celui de Kensington à Londres. Les motifs d'ornementation, on les emprunte un peu partout^ aux tombeaux de TÉgypte, aux vases peints de la Grèce et de la Campanîe, au Japon, à la Ghine, & l'Inde brahmaniste, à l'ancien Mexique. Les cristaux de Saint-Louis et de Baccarat, les verreries imitées de Murano (lies vénitiennes), les marqueteries, les bois de senteur, les incrustations d'ivoire et d'ébène, les services de table à teintes douces, à dessin léger, du groupe industriel de Nancy (Emile Galle, Louis Majorelle, Schuller), du groupe industriel parisien (Eugène Grasset, Louis MuNer, F. Levillain) mettent partout dans nos demeures la joie de leurs reflets et l'élégance de leurs formes. L'étain est remis en honneur par Gharpentiôr, Desbois, Garrière; les cuirs gauffrés de la Gordoue moresque, par Gruel, Marius-Michel, Martin, Meunier. Les peintres les plus en renom . — Baudry,. Gabanel, Bouguereau, Puvis de Ghavannes, Maignan, — fournissent des cartons pour les hautes tapisseries, pour les vitraux colorés, qui, pendant des siècles réservés aux seules églises, reparaissent aux fenêtres des salles à manger et aux Windows des châteaux. La céramique et la joaillerie se renouvellent par d'heureuses combinaisons de matières,, par la variété des teintes, et nous avons les grès de Jean
DEPUIS 1848. T^ LES ARTS CTi'
Garriès, des maisons Delaherche, Dalpeyrat, Lesbros, lesbijoux de Lalique, les émaux translucides, cloisonnés d'or^ de Thesmar. Il est impossible de suivre, dans toutes leurs fantaisies et dans toutes leurs trouvailles, Fingéniosité desartistes associée à Tesprit d'émulation des industriels et à la féconde invention des chimistes. Il suffit d'avoir signalé une tendance très marquée dans le mouvement artistiquedes trente dernières années.