Voir ci-dessus, p
Notre système planétaire, au point de vue de la mécanique céleste, a fait Tobjet des travaux de Le Verrier, dans, ses dernières années, de Tisserand et d'Henri Poincaré. TISSERAND a publié son ouvrage en quatre volumes, intitulé : Traité de mécanique céleste, dont Pasteur a dit qu'il renouvelait le Traité de Laplace, en le mettant au courant de toutes les découvertes astronomiques et mathématiques modernes. Maurice Loewy, successeur de Le Verrier, Mouchez et Tisserand à l'Observatoire de Paris, s'est appliqué à perfectionner les instruments. Dans l'astronomie mathématique, il a fait de profondes recherches sur les orbites des planètes et comètes et déterminé les longitudes de Vienne, Berlin, Marseille, Alger, etc., par rapport à celle de Paris.
Les découvertes de comètes périodiques ont continué. Aux cinq que nous connaissions déjà *• vinrent s'ajouter celle à'Arrest, que signala Arrest à Leipzig (1851) et qui fut étudiée de près par Villarceau; celle de Winnecke (1858), de Tuttle (1858), les deux de Tempel (1867 et 1878). On connaît donc aujourd'hui dix-neuf comètes périodiques, sur lesquelles quatorze ont été reconnues depuis 1851. Périodiques ou non périodiques, on compterait par centaines de millions celles qui errent à travers l'infini, et par quinze ou vingt mille celles qui ont pu, depuis seulement deux mille ans, traverser, sans s'y fixer, notre système solaire.
PATE et ROCHE ont démontré que les comètes, périodiques ou non, sont impressionnées de deux manières par le Soleil : il les attire et il les repousse. Il est probable que ce double phénomène se retrouve dans les relations entre tous les corps célestes.
Les étoiles filantes ne sont, en réalité, que des bolides ou aérolithes^ petites masses solides en suspension dans les espaces sidéraux. Quand elles cèdent à l'attraction de la Terre, elles s'échaufifent en traversant notre atmosphère»
1. Voir ci-dessus, p. 448-449. — Deux comètes, qui paraissent nouvelles sont à rétude dans tous les Observatoires : la comète Giacobini et la comète Borelly (1900).
Rappelons que la comète de 1811 tratnait une queue ou chevelure lumineuse longue de 76 millions de kilomètres^ la première comète de 1843 mvait une queue de 320 millions de kilomètres 1
et, soit qu'elles tombent sur le sol, soit qu'elles prennent la tangente, elles laissent tine traînée lumineuse. Elles ont été étudiées en France par bigot de morogubs, qui chercha à en dresser un catalogue, et par çouLViER-ftRAViER, qui a constaté que, deux fois par an, aux environs du 10 août et du 12 novembre, il y a de Yérildibles pluies d'étoiles filantes * ; il a constaté également que, dans une série d'années, il y a un maximum et un minimum. — a.-A. daïïbréb a rassemblé, au Muséum, des échantillons de centaines de chutes d'aérolithes et montré que c'est le fer qui domine dans leur composition. — st. meunibb a fait l'étude comparée de cette géologie céleste avec celle de notre planète.
Monde stellalre. — lauoieb, de 1851 à 1854, a dressé un nouveau catalogue des étoiles ; le nombre s'en est augmenté depuis, grâce à de nombreuses observations. Yalz, en 1847, Ghacornac, en 1852, ont dressé de nouvelles cartes du ciel.
L'application de la photographie à l'étude du ciel est venue apporter aux astronomes un moyen d'observation aussi puissant que les meilleurs instruments. Elle a fourni des documents à la fois sûrs et durables. La plaque photographique, plus patiente que le regard humain, nous a révélé des étoiles jusqu'à la seizième et même jusqu'à la dix-septième grandeur; elle fouille les profondeurs du ciel et décompose les nébuleuses. Cette innovation a pris sa grande importance, principalement, sous l'impulsion de Tamiral Mouchez, directeur de l'Observatoire, et grâce aux travaux de Foucault, Fizeau, Paul et Prosper Henry, Deslandres. On a pu cataloguer des millions d'étoiles de toute grandeur.
En 1896, s'est réuni à l'Observatoire de Paris, sous la présidence de Tisserand, un congrès des astronomes du monde entier en vue d'établir la carte photographique du
1. Herriok, de New-Haven , affirme qne les étoiles filantes passent annuellement, dans notre atmosphère, par dizaines de milliards.
L'Américain Newcomb estime qu'il ne tombe pas moins de 14Ô milh'ards d'étoiles filantes, par an, à la surface de la Terre, mais comme elles se fondent, se liquéfient, se Tolatilisent, par la chaleur que développe le frottement à travers l'atmosphère, elles n'arrivent guère sur le sol que sous forme de poussière impalpable.
684 GITILISATION FRANÇAISE
ciel, œuvre colossale pour Texécution de laquelle un crédit annuel de près de 100 000 francs est inscrit à notre budget.
SAVART et viLLABCEÂn se sont occupés des étoiles doubles. On en compte aujourd'hui plus de 6 000 couples, sur lesquels un très grand nombre semblent formés par deux étoiles gravitant Tune autour de Tautre.
On a essayé de mesurer la distance qui nous sépare d'une étoile donnée, en établissant sa parallaxe^ c'est-àdire en construisant un triangle ayant pour sommet cette étoile et pour base le diamètre de l'orbite terrestre. Or, bien que ce diamètre soit de 74 millions de lieues, dans la plupart des cas il s'est trouvé que les deux côtés du triangle se confondaient en une seule ligne droite : tant est énorme la distance de la Terre aux étoiles! Pourtant, quelques parallaxes, où l'angle du triangle obtenu n'est jamais supérieur à un dixième de seconde et se réduit parfois à un quatre centième de seconde, ont pu être obtenues. On a mesuré ainsi la distance à la Terre d'une vingtaine d'étoiles; il s'est trouvé qu'elle variait de 8 trillions à 170 trillions de lieues. La lumière d'une des étoiles les plus rapprochées de nous, dans la constellation du Cygne^ met près de neuf ans à nous parvenir; celle de l'étoile Polaire, plus de trente-sept ans! Et pourtant la vitesse est de plus de 300 000 kilomètres à la seconde. Les travaux de ce genre sont tous postérieurs k 1842; ils sont dus principalement à des astronomes étrangers, Bessel, Henderson, Peters, Struve, Winnecke, Johnson, Auwers, Krûger, Gylden, Brunnow.
On a démontré que les étoiles fixes ne sont pas fixes, mais se déplacent avec une rapidité qui, quoique prodigieuse, est insensible pour nous. La constellation de la Grande-Ourse et celle d'Orion offraient, il y a cinquante mille ans, et offriront, dans cinquante mille ans, un aspect tout' différent de celui qu'elles présentent aujourd'hui. W. Campbell et Wright ont démontré que la Polaire n'est pas une étoile et n'est pas fixe, mais qu'elle est deuce étoiles dont l'une gravite autour de l'autre, que toutes deux se déplacent dans le ciel et qu'elles tendent à se rapprocher de nous (1899).
L£PUIS 1848. — - LES SaiSCIS ASTfiONOMIQUES 685
Le phénomène de la «siniittaijtti des étoikfl a éié ètadié» surloat depuis 1870^ par un savant belge, wamonr.
Les astronomes^ parmi iesqvds Hoggins, Rulàerford^ Seeehi, Drap^ (^^^}y Pidcering, Lockyer, Maedeaa, ks Français Janssen, Cornu, Wolf, fiayet, ont eiierdié à conjecturer la composition des étoiles par la méthode de Vanalyse spectrale. .¥at exemple,. la présence des raies de rhydrogène, du sodium, du magnésium, dans le spectre des étoiles Aldébaran, Sirius» Véga \ a permis de supposer la présence de Tapeurs océaniques k la snrfaee de ces globes, qui cependant ne se révèlent à nous que par un point lumineux. L'absence des raie» de l'hydrogène dans le spectre de Vaipha d'Orion et du héia de Pégase, par exemple, semble indiquer l'absence de rien de semblable à notre vapeur d'eau. En général, la composition chimique des étoiles parait assez analogae à celle du SoleQ et des planètes. Aldébaran renfermerait notamment du calcium, du fer, du bismuth, du teUure^ de l'antimoine^ dn mercure. La différence de composition chimique pourrait expliquer'la coloration de certaines étoiles en rouge, en vert, en jaune, etc ^. L'univers serait dcmc un tout, et la matière cosmique, partout dans l'infini, se révélerait identique à elle-même.
ULU6IBB a également dressé on catalogue des nâ^uUtises. En 1895 on en connaissait d^à 9369. Le nombre s'en est encore accru. De nos jours, elles ont été Tobjet des travaux de liTEL^ à l'observatoire de Nice, de wou*, professeur à la Sorbonne. Celui-ci >admet l'existence de n^Hileuses no» résolubles et estime que nous sommes loin encore de pouvoir expliquer scientifiquement leur nature. Une nébuleuse résolue peut être, à elle seule, tout un univers aussi vaste que celui que nous avons sous les yeux : le télescope y compte les étoiles, c'est-à-dire les soleils^ par
i. Dès 1890, plas de 10 000 étoHe» «Tszectt été sotimises à cette inresflw gation. Pickering a découvert des étoiles à la révélation de leur spectre. A. Ditte, Les métaux dans le ciel (Soleil, planètes, comètes, étoiles filantes, étoiles, nébuleoses). Mèoue sdemiifçfue, 17 nov. 1000.
S. II faut faire une piacet, âsna ee ntpide ejqraaé, à Camille Flammamoh ponr ses intéressants ouvrages cp ont tant contriboé à la vulgariâatÛA des notions astronomiques.
R, Civil, contemp. 39
686 aVILISATION FRANÇAISE
milliers. Au delà de ces univers visibles, il y en a d'invisibles pour nos yeux aidés des plus puissants instruments; et sans doute, par delà ceux-ci, d'autres encore. La grandeur de l'astronomie, c'est de rendre sensible à nos yeux ou à notre raison l'infini ^.