II. L'agrienltnre
CJaltores. — Les progrès de Fagricultare se sont marqués surtout par ceux de la culture du froment, comparée à la culture des *céréa]es de moindre valeur, comme Tépeautre, le seigle, le sarrasin, le millet. L'épeautre est refoulé dans le nord et le nord-est; le seigle a reculé devant les mamages et ne se maintient plus que dans le Massif central, le Morbihan, la Champagne pouilleuse ; le millet n*est plus guère cultivé que dans le Morbihan et le Finistère ; le sarrasin s'est concentré dans la Bretagne, la Normandie, la Marche, le Limousin, la partie centrale du bassin du Rhône. Le froment, au lieu de 4 millions et demi d'hectares en 1815, en occupait en 1897 6 millions et demi; au lieu de 40 milUons d'hectolitres, il en fournit 87 millions ; au lieu de 9 hectolitres par hectare, il en produit 14.
Les prairies artificielles, trèfle, luzerne, sainfoin, Tesce, pois, fèverole, ont fait d'énormes progrès. La betterave, qui n'occupait que 58 000 hectares en 1840^ en occupait en 1897 700 000 ^ L'industrie maraîchère est pratiquée par 1 300 propriétaires, rien qu'à Paris et dans sa banlieue. Dans la culture de la vlg^e, on a presque partout amélioré les espèces de plants : dans le Midi, on a lutté avec courage, par toutes sortes de procédés ingé> nieux, notamment par le greffage sur plants américains, .contre la ruineuse invasion du phylloxéra et des autres parasites de la vigne. Celle-ci, qui n'occupait qu'un million et demi d'hectares au xviii® siècle, en occupait en 1897, malgré tant de pertes subies, 1 712 000. L'extension donnée à la culture du tabac, du houblon pour la hière, du mûrier pour les vers à soie, des plantes indus-
1. La betteraTO n*est pas seulement utilisée pour Tindastrie des sucres et des alcools. Sa caltare offre de telles ressources pour Télève dn bétail qae, •dans le seul arrondissement de Cambrai, son întrodaetion a en pour eftt -d elerer de 700 à 11 000 le nombre des bêtes à cornes.
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triellçs (textiles , tinctoriales , oléagineuses) est venue encore augmenter le profit de l'agriculteur. Son verger, son potager sont mieux fournis, plantés d'espèces meilleures et plus variées qu'au siècle précédent; son jardin s'est enrichi de fleurs inconnues à ses devanciers.
C'est surtout depuis 1848 que la chimie agricole a commencé à prêter un concours effectif à l'agriculture; que les chimistes ont analysé les terres et créé des engrais artificiels; que le guano du Pérou, le noir animal, les scories, les phosphates, dont il existe en France, surtout en Algérie et en Tunisie, de nombreux gisements, sont devenus d'un usage presque courant.
Élevage. — Les dépôts de haras ont amélioré l'espèce chevaline par le croisement avec les chevaux anglais et arabes. L'espèce bovine s'est améliorée surtout par le croisement avec la race anglaise de Durham, les races bretonnes, les races suisses. Autrefois, on faisait traîner les chariots et tirer la charrue par des bœufs, même par des vaches; on commence à réserver le bœuf pour l'engraissage, et on l'a remplacé, comme animal de trait, par le cheval, dont l'action est plus énergique et l'allure plus rapide. Les éleveurs de moutons ont importé les mérinos d'Espagne, qui donnent une laine plus fine, et les dixley d'Angleterre qui, en outre du même avantage, donnent une meilleure viande de boucherie. Dans les étables à porcs, on a introduit des races anglaises ou cochinchinoises, plus faciles à engraisser; dans les basses-cours, les poules de Crèvecœur, de Houdan, de Gochinchine*.
Ainsi toutes les parties de l'outillage agricole se sont perfectionnées^ tandis que l'agriculteur lui-même, par le développement de l'instruction primaire, devenait plus apte à faire un usage intelligent de cet outillage. Le paysan est mieux nourri, mieux vêtu, mieux logé, et les maisons à toiture d'ardoise ou de tuile mécanique remplacent dans
1. Il y avait en France, en 1897, 2'900000 chevaux, 206000 mulets, 362000 ânes, 13 500000 animaux de Tespèce bovine, 21500 000 moutons, donnant pour plus de 83 millions de laine; 5847000 porcs, 1462000 chèvres. — En 1789, Lavoisier comptait 1 781 500 chevaux, 7 millions d'animaux de l'espèce bovine, 20 millions de moutons, 4 millions de porcs. L'augmentation est donc considérable, surtout pour les espèces chevaline et bovine.
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nos YÎllages les cabanes coavertes de chaume, qui étaient si souvent la proie des incendies.
InstlCotioBs, lois, eBseigaeBtente a^^ricoles* — Pour propager les nouvelles méthodes, on a créé ï Institut national agronomique, où des professeurs éminents enseignent Féconomie rurale, la législation agricole, les sciences appliquées à Tagriculture. Depuis la loi du 3 octobre 48Â8, renseignement a été organisé dans les écoles nationales (Tagriculture de Rennes (1849), de Grignon, de Grand- Jouan, de Montpellier, etc., dans 40 écoles pratiques, dans toutes les écoles normales primaires et jusque dans les simples écoles primaires, dont beaucoup possèdent des c champs d'expérience >; enfin dans les fermes modèles établies en un grand nombre de départements. On a institué des chaires de chimie agricole ou de botanique agricole à Paris, Bordeaux, Rennes, Nancy, Besançon, et dans presque toutes nos universités. On a créé des cours nomades, dont le professeur se transporte de pays en pays.
Les maîtres de Téconomie rurale ont été de nos jours Schlœzing, Â. Chauveau, Dehérain, Gh.-A. Mûntz, P. Roux, Grandeau *.
Le décret de juin 4852 a réorganisé Tadministration des haras et établi 23 dépôts d'étalons. Richard (du Cantal), ancien représentant du peuple, a publié les c Annales des haras >. La loi du 4 4 août 4885 est le principal document administratif sur la matière.
En 1852, le gouvernement invita les comices agricoles à élire des délégués pour les chambres consultatives, chargées de présenter à Tadministration les vœux de l'agriculture. Cette institution, si nécessaire, n'est point encore organisée.
La loi du 5 novembre 188S tendit à favoriser la création des sociétés de crédit agricole.
La loi du 48 juillet 4866 a développé les conséquences des lois de 1836 sur les chemins vicinaux. Celles de 1871 et 1884, concernant les conseils généraux et municipaux, assurèrent la multiplication de ces chemins en donnant plus d'initiative aux assemblées locales; les lois de 1868, 1879, 1888, 1889, etc., ont accordé à ce service, outre les
i. Voir ci-dessus, p. 701 (météorologie) el 7i3 (botanique).
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subventions budgétaires annuelles, des dotations extraordinaires s'élevant à 500 millions de francs. Le réseau vicinal se complète et s'achève presque partout, et c'est sur la création de chemins de fer et de tramways d'intérêt local que les départements commencent à pouvoir reporter leurs ressources.
Une série de lois douanières, dues principalement à l'initiative et à la ténacité de jules méline, simple député ou ministre, ont organisé la protection de la plupart de nos produits agricoles, le bétail, les céréales, les vins, les beurres et fromages. Le droit de 5 francs par tête de bête bovine et le droit de 7 francs par hectolitre de blé ont été particulièrement efficaces. C'est surtout dans la crise du printemps de 1898, quand les conséquences de la faible récolte de Tannée précédente étaient encore aggravées par les accaparements qu'opéraient certains spéculateurs américains, que cet homme d'État fit preuve d'une solidité de doctrine et d'une fermeté de caractère vraiment remarquables. Il tint à conserver au paysan le bénéfice de prix rémunérateurs, sans attendre toutefois que la hausse du pain tournât en cherté ; puis il déconcerta la spéculation par une brusque suppression du droit protecteur, sans s'arrêter à la demi-mesure d'une simple réduction, et en annonçant pour le 1" juillet le rétablissement intégral de ce droit. Une autre demi-mesure, qu'il repoussait comme encore plus funeste, c'était l'échelle mobile qui avait présenté tant d'inconvénients à l'époque de la Restauration; il restait opposé à tout système qui eût admis une mobilité, une incertitude quelconques dans les droits protecteurs.
Son administration de vingt-six mois (du 1"^ mai 4896 au 45 juin 4898), comme ministre de l'agriculture et président du conseil, fut la plus féconde que le paysan de France eût jamais connue. Les lois qu'il fit voter et les mesures qu'il adopta peuvent se rattacher à cinq groupes : la protection des produits agricoles, l'ouverture de nouveaux débouchés à ces produits, l'organisation du travail agricole, le dégrèvement des biens ruraux, enfin la constitution du crédit agricole.
Comme il prévoyait que certaines circonstances pourraient obliger le gouvernement à modifier, sur tel ou tel
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point, son régime douanier, il Gt TOterla loi dite do cadenas (14 décembre 1897), en yerlu de laquelle, dès qo*un projet de loi, présenté à la Chambre des dépatés, proposerait on relèvement des droits, ce relèvement serait immédiatement perçu sur les importations visées par la loi, saaf à être restitué aux importateurs si le projet était repoussé ou retiré.
Jules Méline entendait protéger les produits agricoles non seulement contre la concurrrence étrangère, mais contre certaines fraudes ou certaines pratiques qui leur faisaient, même à l'intérieur, une concurrence déloyale. Dans rinlérèt de la viticulture, qui souffrait des vinifications artificielles, il fit voter la loi du 6 avril 1897, destinée à restreindre la fabrication industrielle des vins de raisins secs. Une autre loi réprima l'abus dans Falcoolisation et le mouillage des vins. DansTintérét de notre industrie du beurre naturel, il fit voter la loi contre les fraudes sur les beurres par addition ou substitution de la margarine à ce produit (16 avril 1897). Dans Tintérét des producteurs de pommes de terre et autres farineux, il fît relever les droits sur les fécules et amidons étrangers, ainsi que sur leurs dérivés. Il prit d'autres mesures de protection où le régime douanier n'avait rien à voir : telle fut la réorganisation du service de surveillance sur les épizooties, notamment celle de la tuberculose. La précaution la plus essentielle à prendre contre cette maladie, c'était Tabattage et l'enfouissement des bétes contaminées; la loi de 1895 laissait à désirer, car, en n'assurant pas au propriétaire de l'animal infecté une indemnité suffisante, elle l'induisait à dissimuler le plus longtemps possible la contagion qui sévissait dans son étable. Le ministre de l'agriculture fit du propriétaire lui-même uu auxiliaire zélé du service de santé en lui assurant une indemnité équivalant, selon les cas, à la moitié ou aux trois quarts de la valeur de l'animal abattu. A défaut de loi, des arrêtés organisèrent la protection des oiseaux uliles à l'agriculture.
Pour assurer de plus faciles débouchés et une circulation plus aisée aux produits agricoles, Jules Méline obtint de son collègue du commerce la présentation et le vote d'une loi qui portait de 3 à 10 kilogrammes les
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Golis postaux : cette mesure permit au producteur d'expédier au consommateur, par colis postal, toute sorte de comestibles. La loi sur les halles centrales de Paris tend'rt à supprimer les abus dont souffrait le producteur grâce aux Dombreux intermédiaires qui s'étaient multipliés entre le consommateur et lui. La loi du 29 décembre 1897, qui tendait à la suppression des octrois, en tant qu'ils frappaient les boissons hygiéniques et d'autres objets d'alimentation, était également conçue dans l'intérêt de l'agriculteur et surtout du viticulteur. Des primes d'exportation encouragèrent l'écoulement des sucres français à l'étranger et favorisèrent d'autant les cultivateurs de betteraves, c'est-à-dire presque toute l'agriculture du nord. D'antres primes furent accordées à la sériciculture, à la culture du chanvre et du lin. Les producteurs d'alcool bénéficièrent d'un nouveau et très large débouché lorsque la loi sur la dénaturation de l'alcool abaissa de 35 fr. 50 -à 3 francs par hectolitre la taxe sur les alcools dénaturés pour être employés dans certaines industries.
C'est à Jules Méline que Ton doit le plan et la mise à exécution des canaux d'irrigation dérivés du Rhône qui devaient répandre la fertilité sur une vaste région. Il créa un nouveau service pubhc, celui des améliorations pastorales. L'organisation des cultivateurs en syndicats agri^ cokSf leur permettant de se passer d'intermédiaires pour l'achat des phosphates, engrais, semences, instruments agricoles de toute nature, fut encouragée. Le ministre avait repris, pour les développer et les élever, les idées de 1852 sur Torganisation de chambres d'agriculture qui eussent loué, pour nos industries nourricières, le même rôle que les chambres de commerce pour le commerce français. Sa loi du 17 mars 1898 tendit à rendre plus rapide et moins coûteuse la revision du cadastre.
Sous son administration les propriétaires de biens ruraux, surtout les petits propriétaires, bénéficièrent, en raison inverse de leur fortune, du plus large dégrèvement qu'ils eussent jamais obtenu : vingt-six millions d'un coup dans le budget pour 1898.
Il estimait que les plus larges dégrèvements ne procurent pas à l'agriculture un avantage comparable avec
eelui que lai assurerait la constitution d'un crédit agricole, fondé sur le principe de la mutualité, auquel la loi du {w avril 1898 donna une vigueur nouvelle. Il prépara la loi du 18 juillet 1898 sur les warrants agricoles, qui permit au producteur, tout en conservant ses récoltes dans ses greniers ou ses celliers, étant constitué par la loi le gardien de son propre bien, d'emprunter sur le gage qu'offrait eelui-ci. Il poussa aux organisations de banques locales, de caisses régionales, pour lesquelles il rédigea lui-même des modèles de statuts, et auxquelles il allait assurer le concours de ]*État dans une proportion jusqu'alors inconnue. En effet, lorsque fut renouvelé le privilège de la Banque de France, celle-ci dut s'engager à mettre & la disposition de rÉtat pour la dotation des institutions agricoles, à titre de prêt non productif d'intérêts, une somme de 40 millions, plus 20 annuités de 2 millions. (Loi du 16 novembre 1897.) C'était la première fois que d'une opération financière de ce genre le paysan français était appelé à retirer le principal bénéfice.
Parmi toutes les mesures énumérées ci-dessus, les unes profitaient à l'agriculture française dans son ensemble ; les autres s'adressaient à telle ou telle de ses branches, à telle ou telle province de France; tour à tour les cultivateurs de betteraves dans le nord, les viticulteurs du midi, les producteurs de blé du centre, les éleveurs de l'ouest et de Test étaient l'objet de la sollicitude du gouvernement. Toutes ces mesures, conçues comme de simples parties '
d'un plan d'ensemble, longuement méditées et poursuivies avec constance, réalisèrent en deux années plus de progrès qu'on n'en avait accomplis en vingt-six ans de '
République. I
Statistique agricole. — On peut estimer la production annuelle de la France a environ cinq milliards pour les céréales, deux milliards pour les prairies naturelles ou artificielles, un milliard et demi pour les vins, cidres, poirés, etc., autant pour les cultures industrielles, deux milliards pour les forêts et les arbres fruitiers, six milliards pour les animaux domestiques.
L'agriculture occupait, en 1892, 3 387000 propriétaires cultivant eux-mêmes, 1 428 625 cultivateurs non proprié-
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laires (métayers, fermiers, colons, simples locataires), 1332174 domestiques agricoles; au total 6 647 000 personnes. Ce chifiFre a été relevé à 8360000 personnes par une statistique de 1896, sans doute parce qu'elle a déterminé le 'plus exactement le nombre des femmes occupées aux travaux des champs. La population rurale de la France comprend donc environ 23 millions et demi d'habitants de tout sexe et de tout âfire.