III. L'industrie
Aecrolssement des populations urbaines aa détriment des campagnes. — Depuis le commencement du XIX® siècle s'est manifesté un phénomène démographique qui a modifié en France toutes les conditions de la vie sociale, économique et politique : c'est Taccroissement de la population des villes et bourgs au détriment de la population rurale. En 1790, d'après un document publié par ordre de la Constituante, la première comprenait 5 709 000 habitants et la seconde 20 524 000 ; la proportion était donc respectivement de 21,76 et de 78,24 pour 100. La France était alors surtout un pays rural et agricole.
C'est seulement en 1846 que cette statistique fut établie avec précision (étant entendu que les agglomérations supérieures à 2 000 habitants comptaient seules comme population urbaine). Or, en 1846, la population urbaine était évaluée à près de 9 millions (8 646 743) d'habitants, soit 24,4 pour 100; la population rurale à près de 27 millions (26 753 743), soit 75,6 pour 100. Quarante ans après, en 1876, la première s'élève à environ 12 millions d'habitants (U 977 396), soit 32,4 pour 100; la seconde à environ 25 millions (24 928 392), soit 67,6 pour 100. En 1896, la première est de 15 millions, la seconde de 23 487 000 : soit, respectivement, 39,5 et 60,5 pour 100. Donc les deux cinquièmes de la population totale sont agglomérés dans les villes. Il y a cent ans, ce n'était que le cinquième de la nation. Toutefois la vie rurale reste encore plus développée chez nous qu'en Angleterre, où la proportion a été depuis longtemps renversée, et en Allemagne, où elle s'est renversée depuis environ 25 ans.
Ce sont les plus grandes villes qui ont surtout proGté de cet accroissement. En 1805, il n'y avait en France que trois villes comptant plus de 100 000 habitants : Paris, Lyon, Marseille. En 1846, il n'y en a que quatre (avec Bordeaux). En 1866, a y en a huit; en 1896, douze, avec une population totale de 4 780 000 habitants.
Ces chiffres permettent déjà d'apprécier le développement qu'ont pris en France l'industrie et le commerce.
Une statistique de 1896 évalue à 2 216 428 les personnes s'adonnant au commerce, dont 731893 femmes; sur ce nombre, 473 000 patrons, dont 194822 femmes.
La classe industrielle comprend 5 600000 personnes, dont 1 894 000 femmes. Sur ce nombre le chiffre des patrons est de 722 000. Les travailleurs industriels donnent donc un total de 4 878 000 têtes, sur lequel les ouvrières comptent à peu près pour les deux cinquièmes.
Progrès de Pindiistrie. — On a vu quels nouveaux et puissants moyens d'action la science a mis au service du travail : au lieu des diligences, les chemins de fer; au lieu des galères à rames ou des navires à voiles, les bateaux à vapeur; au lieu de la lampe et de la chandelle d^autrefois, le gaz, l'acétylène, la lumière électrique ; au lieu des lentes c messageries », un service de postes et télégraphes d'une activité prodigieuse; au lieu de la pioche du terrassier, la dynamite ; et partout, centuplant l'action des bras humains, la machine-outil, la machine à vapeur, la machine électrique.
Toute la vie humaine, en notre siècle, a pris une intensité étonnante. On produit cent fois plus qu'autrefois. Au lieu de l'atelier du xviii<' siècle, où un maître était assisté de quelques apprentis, on aies usines et les manufactures où une volonté unique, par l'intermédiaire d'un état-major de contremaîtres, commande à une armée d'ouvriers.
Institutions et enseignements industriels. — Nos grandes écoles scientifiques industrielles sont le Cansen^atoire national des arts et métiers^ fondé en 1794, et VÈcole centrale des arts et manufactures, fondée en 1829'. Aux trois écoles nationales d'arts et métiers déjà existantes (Angers,