fructidor, au lendemain du coup d'Etat
qu'il supprimait d'autorité tous les autres. Quant à ceux qui subsistaient, au nombre de treize seulement ^ leurs propriétaires devaient venir chez le ministre de la police justifier de leur qualité de citoyens français et promettre fidélité à la Constitution. Au premier article hostile, ils devaient être supprimés.
En 1805, Napoléon exigea que les propriétaires de Journaux lui présentassent des hommes sûrs comme rédacteurs. Quelques-uns des journaux conservés durent être rachetés par les plus prospères, ce qui réduisit encore leur nombre. Il imposa aux Bertin de changer le titre de Journal des Débats * en celui de Journal de l'Empire.
En 1810, il étudia, en son Conseil d'État, un nouveau projet de décret sur la presse, dans le dessein, assurait-il, de mettre fin au régime arbitraire. C'est alors qu'il déclara que la profession de journaliste était <( une fonction publique ». On devait donc attendre des écrivains la même docilité que des fonctionnaires. Par le décret de 4840, l'Empereur rétablit la censure de l'ancien régime, réduisit le nombre des imprimeurs et libraires, les obligea à prendre un brevet et à prêter le serment de fidélité.
En outre, il s'arrogea le droit de nommer et révoquer les
1. C'étaient le Moniteur universel, le Journal des Débats , le Journal de Paris, le Bien informé, la Publicité, qui appartenait à Suard et à DaponI de Nemonrs, VAmi des lois, la Clef du cabinet des souverains, le Citoyen français, la Gajsette de France, le Journal des Hommes libres, le Journal du soir, le Journal des défenseurs de la patrie, la Décade philosophique. Bonaparte avait encore excepté de la mesure de suppression les feuilles qui s'occupaient exclusivement de sciences, arts, littérature, commerce, annonces, etc.
2. Le Journal des Débats et des Décrets avait été fondé en 1789, pat quelques députés. Il fut acheté, en 1799, pour la somme de SO 000 francs, par les deux frères Bertin, et, sous le titre de Journal des Débats et Lois du pouvoir législatif et des actes du gouvernement, parut en format in-4<>. U était déjà imprimé, comme aujourd'hui, rue des Prétres-Saint-Oermainl'Auxerrois. Le régime napoléonien, en supprimant beaucoup de ses con~ cnrrents, lai fat d'abord favorable. Il avait 12000 abonnés, chiffre énorme pour l'époque, et faisait 200000 francs de bénéûces annuels. Il avait des tendances classiques, royalistes, catholiques, hostiles à la Révolution et à la philosophie du xvii^* siècle. Il louait surtout Bonaparte d'avoir relevé les autels. U ralliait donc autour de lui plosieurs catégories de oonservateun ou de mécontents. Il eut pour ennemi implacable le ministre de la police^ Fouché, qui se croyait un adepte de la philosophie voltairienne.
Avec Geoffroy, avec Etienne, le Journal des Débats inaugura dès lors les feuilletons de critique littéraire et théâtrale.
journalistes, de ne laisser passer aucun article qui n*eût été soumis au ministre de la police ; d*insérer lui-même dans les journaux des nouvelles, plus souvent fausses que vraies; de leur imposer, sous le nom de directeurs, de véritables censeurs, payés par eux; de les obliger à servir des pensions à tel ou tel courtisan; de mettre la main sur une partie de leurs actions.
En février iSll, le Journal de V Empire fut enlevé aux Bertin, qui se virent ainsi dépouillés de leur propriété : leurs créanciers, pas plus qu'eux-mêmes, ne reçurent d'indemnité. Rœderer et le duc de Bassano perdirent de la même manière la propriété du Journal de Paris. « Considérant que les produits des journaux ne peuvent être
considérés comme une propriété qu'en conséquence d'une concession expresse faite par Nous... » , l'Empereur se croyait tout permis à leur égard.
Le décret si rigoureux de 1810 n'avait donc pas mis fin à l'arbitraire. Napoléon trouvait les journaux toujours trop nombreux et trop indépendants. 11 décida qu'il n'y aurait plus qu'un seul journal par département, Paris excepté, et que ce journal unique serait publié sous l'autorité du préfet. Enfin, le 28 décembre 1811, le Journal de V Empire publia cette note : « A compter du 1«' octobre prochain, il ne paraîtra plus à Paris que quatre journaux quotidiens «'occupant de nouvelles politiques (il n'osait pas dire : de politique), savoir : le Moniteur t le Journal de V Empire, la Gazette de France et le Journal de Paris, » Un moment, l'Empereur songea à n*en laisser subsister qu'un seul : le Moniteur, Quant aux journaux de province, ils ne furent plus que des feuilles d'affiches, d'annonces et d'avis divers.
La presse française, méprisée du public, n'existait plus que de nom * : personne en France ne savait la vérité sur ce qui se passait en Europe. La presse des pays étrangers, lorsqu'ils étaient occupés par Napoléon, était soumise à un régime de terreur : en 1805, il avait fait fusiller le libraire allemand Palm. Les journaux de Brème, de Hambourg, des petits États d'Allemagne, reçurent des avertissements me-
1. De 1800 à 1805, le nombre total des abonnée de tous les journaux avait baissé de 60000 à 3S000. Il ne cessa de diminuer jusqu'à la fin de l'Empire.
naçants, et beaucoup furent supprimés. Pour trouver une presse libre, il fallait aller dans le seul pays qui brav&t encore la puissance impériale, dans un pays qui était l'ennemi mortel du nôtre, c'est-à-dire en Angleterre.
Aussi, à la chute de l'Empereur, la presse releva la tète et le Journal des Débats , ayant repris son ancien nom, écrivit : « U est temps de faire connaître que Buonaparte ne s'appelle pas Napoléon, mais Nicolas : cet homme voulait paraître extraordinaire en tout, et jusqu'en son nom! »
Les livres n'avaient pas été mieux trsûtés que les journaux : comme ceux-ci, ils étaient soumis à la censure et ne paraissaient qu'avec les suppressions qu'elle exigeait des auteurs. Encore la censure ne les garantissait pas des poursuites : le censeur Esménard, ayant examiné à la loupe l'ouvrage de Mme de Staël sur l'Allemagne, avait donné le permis d'imprimer ; l'ouvrage était déjà tiré à dix mille exemplaires quand l'édition fut saisie par le ministre de la police et envoyée au pilon : l'auteur reçut l'ordre de sortir de France.
Et pourtant l'article 64 de la Constitution de l'an XII avait institué une commission sénatoriale de sept membres, chargée de veiller à la liberté de la presse, » Il est vrai quMl ajoutait : « Ne sont point compris dans son attribution les ouvrages qui s'impriment et se distribuent par abonnement à des époques périodiques ». C'était excepter tous les journaux.
Outrages a combdlter. — H. Wallon, Histoire du tribunal révolu^ tionnaire, — Campardon, même titre.
— ciialamel, ffist. de la liberté en France depuis 1789. — Hatin, Hist.
de la presse en France. — Marcellin Pellet, Elysée Loustalot ou les Révolutions de Paris et Les Actes des Apôtres. — L. Oallois, Hist. des journaux de la RévoUition. — Gh. Brunet,
Le Père Duchesne. — Fr. Mèpre, Les fondateurs du Journal des Débats.
— Nettement, Hist. du Journal des Débats. — Champfleury, Hist. de la caricature en France pendant la Révolution, VEmpire et la Restauration. — Grand-Carteret, Les mœurs et la caricature en France. — Voir Histoire générale de Lavisse et Rambaud, t. VIII, p. 115 et suiv.