GAULE ROMAINE
^tre le plus équitable et le plus sage qu'ait produit l'hum»* nité : on Ta surnommé la « raison écrite ». Conservé jusr qu'à nous, principalement dans les PaadeotM ou le Digeste de lempereur Justinien et dans ses Inilitotet ou manuel de droit à Tusage des étudiants, il a fini par triompher des législations que la conquête barbare avait fait un moment prévaloir. Une grande partie de notre Ck)de civil procède du droit romain.
Dans le droit ciTil qui régissait nos ancêtres galloromains, la puissance paternelle s'est atténuée et est devenue bienfaisante et tutélaire. L'égalité de partage a prévalu entre les enfants. Le sort des esclaves s*est adoucr : les empereurs ont défendu de les mettre à mort, de leur infliger des châtiments trop cruels, de vendre séparément les membres d'une même famille. On a facilité, on a encouragé les affranchissements. On n'a pu abolir l'esclavage lui-même : il a fallu tolérer que des êtres humains fussent exposés sur les marchés, la tête rasée, avec un écriteau sur la poitrine. On n'a pu prévenir tous les abus de maitres capricieux, cruels ou débauchés ^
Le droit criminel des Romains mérite moins d'éloge que leur droit civil. D a consacré la procédure secrète^ qui fut plus tard celle de l'Inquisition, et l'emploi de la totture pour arracher des aveux aux accusés. Sous la République, il n'était point permis de mettre à la torture un citoyen romain ; mais le juge d'instruction avait le droit d'y mettre les esclaves pour tirer d'eux un témoignage contre leurs maitres. Sous l'Empire, cette distinction s'effaça : on put torturer même un citoyen romain, d'abord qiiand il s'agissait d'un crime de lèse-majesté, ensuite pour toiis les autres crimes, même pour des délits de peu d'importance.
Les pénalités romaines, surtout sous l'Empire, étaient atroces : non seulement on décapitait, on pendait, mais le patient pouvait être brûlé vif sur un bûcher, cloué à une i^ôix, rompu vif, presque toujours après avoir été cruel-
1. Un tache sanglante s'attache aussi k la civilisation romaine : jusqu'aux derniers jours de l'Empire, on a tu des malheureux, sous le nom de gladiateurSf s'entr'égorger par centaines dans les cirques ou condamnés à latter avec les bètes féroces, pour Tamusement des spectateurs.
lement flagellé. Comme pénalités de second ordre, on flagellait, on crevait les yeux, on coupait quelque membre, on marquait au fer rouge, on envoyait aux mines. Jusqu'à Constantin, les biens du condamné étaient toujours confisqués, ce qui enveloppait dans le châtiment sa famille innocente.
Chose plus atroce, on se faisait un amusement des supplices :.le condamné était souvent réservé pour les fêtes du cirque; oH l'y faisait combattre comme gladiateur; on Ty exposait sans défense aux bêtes féroces.
Le droit d'asile venait parfois tempérer les rigueurs du droit pénal : le condamné ou l'esclave fugitif qui réussissait à atteindre un temple d'Esculape, dieu de la médecine, ou de Junon, l'épouse de Jupiter, obtenait grâce de la vie.
Impôts. ~ Le système financier de l'Empire fonctionnait avec une louable régularité, mais c'était un terrible instrument d'oppression. Le temps n'était plus où César se contentait de demander aux Gaulois la solde militaire : presque à chaque règne d'empereur, les impôts croissaient en nombre et en pesanteur.
De plus, au temps de César, Timpêt était collectif comme la propriété elle-même : on exigeait telle somme de telle tribu, et celle-ci répartissait, comme elle l'entendait, la contribution entre tous les habitants. Depuis rétablissement du cadastre et de la propriété individuelle, chaque contribuable a personnellement affaire au fisc.
Il y avait d'abord les impôts directs : !<> la capitation (eensm capitis) ou impôt sur le revenu, dû par chaque habitant adulte; on l'appelait tributum soli (impôt foncier) y quand il frappait la propriété rurale. Il était fixé par le prince, réparti par lui entre les provinces, réparti ensuite par le gouverneur de province entre les cités. On dressait pour chaque cité les livres de cens. Ceux-ci, pour chaque domaine, présentaient un tableau appelé polypticum; tout paysan mâle, sauf les vieillards ou les enfants, comptait pour une tète {caput) et sa femme pour une demi-tête; en regard du nom • de chaque laboureur, étaient inscrits la contenance et le revenu de la terre (appelée aussi caput) qu'il cultivait et la somme qu'il avait à payer. Le proprié-
GAULE BOMAINE 49
taire était responsable de Timpôt dû par ses colons, comme la carie était responsable pour tous les contribuables ; 2^* rimpôt sur les portes {astinriumy de ostia, porte) ; 3* les prestatùmSj pour le traitement du gouverneur de la province; 4** les réquisUions de blé, de fourrages, de chevaux, pour les armées ; 5* les corvées de toutes sortes, construrlion des routes, charrois pour les troupes, entretien des fonctionnaires en tournée, etc.
Le chrysargyre était un impôt direct qui frappait spécialement le commerce et Tindustrie.
Puis les impôts indirects : les douanes, les octrois, les péages sur les routes et les ponts, le centième sur les ventes aux enchères, le vingtième des héritages, le vingtième sur les affiranchissements, le vingt-cinquième sur la vente des esclaves, etc.
Dans certaines occasions, les sénats municipaux devaient à Tempereur Vor coronaire, don de joyeux avènement.
Avec quelle rigueur et même quelle barbarie étaient perçus, au iv« siècle, les impôts, on en jugera parce passage d'un écrivain chrétien, Lactance : « On mesurait les champs par mottes de terre, on comptait les pieds de vigne. On inscrivait les bétes, on enregistrait les hommes. On n'entendait qae les fouets, les cris de la torture ; l'esclave fidèle était torturé contre son maître, la femme contre son mari, le fils contre son père; faute d'autre témoignage, on les torturait contce eux-mêmes ; et, quand ils cédaient, vaincus par la douleur, on écrivait ce qu'ils n'avaient pas dit... Encore ne s'en rapportait-on point à ces premiers agents; on en envoyait d'autres pour trouver davantage, et les charges doublaient toujours, ceux-ci ne trouvant rien, mais ajoutant au hasard, pour ne point paraître inutiles. »
Mieux que parles récits des historiens, cette misère nous est prouvée par un fait : Dioclétien avait interdit aux parents de vendre leurs enfants; par humanité, Constantin fut obligé de le leur permettre. C'était pour beaucoup de familles le seul moyen que parents et enfants ne mourussent pas de faim.
Année romaine. — Aux armées tumultueuses, aux bandes nobiliaires de l'ancienne Gaule avait succédé une nouvelle organisation militaire. L'empereur de Rome dis-
posait d'armées permanentes, de légions, qui campaient sur toutes les frontières de FEmpire, sur le Rhin, sur le Danube, sur TEuphrate, aux cataractes du Nil, à la lisière du Sahara, pour tenir en respect les barbares.
Une légion au grand complet était forte de 6 000 hommes d'infanterie. Elle était, en outre, escortée par des ailes de cavalerie ; elle était munie de catapultes , de balistes , et autres machines de guerre et de siège; "elle était éclairée par des aiumliaires, c'est-à-dire par des archers, des frondeurs, et autres troupes légères. On voit qu'une légion formait comme un petit corps d'armée complet *.
Les frontières de la Gaule étaient gardées par huit légions, les mêmes qui avaient fait avec César la conquête de Gaule. Elles étaient fortes de 48 000 hommes d'infanterie, plus 48 000 hommes de cavalerie et de troupes auxiliaires, parmi lesquelles figuraient surtout des Espagnols, des Scythes, des Daces, des Germains. Au total, 96 000 hommes.
11 y avait deux flottes sur nos côtes : celle de Bretagne, dans le Pas-de-Galais, et de celle de Germanie, à Fembouchure du Rhin.
Les soldats romains étaient réputés, non seulement pour leur bravoure, mais pour leur discipline, pour leur patience à subir les privations, les longues marches, le poids de leurs armes et de leurs matériaux de campement. Une légion ne se reposait jamais sans s'être d'abord retranchée au moyen d'un fossé, d'un remblai et d'.une palissade : chaque soldat, outre ses armes, ses vivres et ses outils, portait plusieurs pieux.
Tout soldat romain prêtait le serment « de sacrifier sa vie pour l'Empire ». Il touchait une solde et recevait eq outre une gratification annuelle : il avait sa part du butin et des prisonniers.
1 . Les légionnaires romains portaient un casqae en fer et une cuirassi^ ou plutôt un corset de fer : ils allaient d'abord les jambes nues, chaussai de sandales comme le sont encore aujourd'hui les paysans italiens. Plm tard, pour s'accommoder au climat, ils empruntèrent aux Gaulois leufl braies et leur saie. Ils portaient un glaive court : leur arme la plus redow table était le ptZum, sorte de pique, qu'on pouvait aussi lancer coname xx^ javelot, et qui perçait d'un coup plusieurs boucliers.
Plus tard, il y eut des escadrons où l'homme et le cheval étaient eonH plètement bardés de fer et qu'on appelait eataphraete».