LES PAYSANS
exploiter à l'excès : leurs terres se seraient dépeuplées et leurs revenus amoindris. Us s'avisèrent même qu'un homme libre travaillait mieux qu'un serf, que le laboureur craignait moins les lourdes taxes que les taxes arbitraires, et que des redevances limitées pourraient rapporter plus que des redevances illimitées. G*était faire acte de bonne administration que de transformer les serfs en francs, sauf k Jear faire payer cher les affranchissements. Certains agirent aussi par désir de faire une œuvre pieuse, profitable à leur âme. D'autres émancipèrent leurs paysans par besoin <l'argent, quand il fallut faire des guerres longues et coûteuses, s'en aller en Palestme : ils y trouvaient l'avantage <l'encaisser d'un seul coup une grosse somme. Peu à peu les serfs mainmortables deviennent rares ; les serfs sont admis à souscrire un abonnement, c'est-à-dire un contrat qui fixe une fois pour toutes leurs obligations. Us prennent alors le nom de francs, d'abonnés, de francsabonnés.
En Normandie, dès le xn« siècle, il n'y a plus trace de servage. Dans le midi, il s'effaçait rapidement. Dans le reste de la France, jusqu'au xiii*» siècle, les afitranchissements s'étaient faits, tantôt individueUement, tantôt par Ages : désormais ils se font par grandes masses, et la royauté prend la tète du mouvement.
On voit les rois, les grands feudataires, les barons, créer des centres nouveaux, sous le nom de villes neuves ou villes franches, où ils attirent les serfs de leurs voisins par la garantie d'un meilleur traitement, par l'exacte limitalion des rentes, des corvées, des taxes, des droits de justice. Suger avait créé de cette façon la colonie de Vaucresson. Unis VII avait fondé Villeneuve-le-Roi près d'Auxerre, Villeneuve près d'Étampes, Villeneuve près de Compiègne. le comte de Champagne avait créé en H7o la viUe neuve des Ponts-sur-Seine. Quantité d'autres Villeneuves *t YiUefranches, dispersées sur la carte de France, témoiignent aujourd'hui de retendue de ce mouvement. Les •aïilres seigneurs, pour ne pas voir déserter leurs serfs, ■avaient dû leur accorder les mêmes avantages. Ainsi la servitude de la glèbe disparaissait peu à peu. l^'ordonnaiiee de Louis X. — Un fils de Philippe le Bel,
Louis X, alla plus loin. Par Tordonnance de 1315, il affranchit tous les serfs du domaine royal, proclamant que « seloa le droit de nature chacun doit naître franc »,el que « notreroyaume est dit et nommé le royaume des Francs ».
Seulement cette liberté, il ne la donnait pas à ses serfs ;. il la leur vendait. Beaucoup refusèrent ce présent coûteux^ On les força à se racheter en accablant d'exactions ceux qui s'obstinaient à rester « en la chétivité de servage »^ La royauté n'en avait pas moins condamné solennellement, au nom du droit naturel, l'institution du servage.
Les seigneurs laïques, poussés par les mêmes besoinsd'argent que le roi, imitèrent en général son exemple. L'Église et surtout les monastères, n'étant pas aux prises avec les mêmes nécessités, suivirent plus lentement cette impulsion. Les derniers paysans français qui aient été serfsde corps, à la veille de 1789, furent des serfs d'Église,, ceux du chapitre de Saint-Claude dans le Jura.
Les commanautés de villages. — Dès lors, les villages affranchis ont un rudiment d'organisation municipale. Leurs habitants, avec la permission du seigneur,, tiennent des assemblées, le dimanche, devant leur église,. pour délibérer sur les affaires de la communauté. Ces assemblées diffèrent des conseils municipaux d'aujourd'hur en ce qu'elles comprennent tous les chefs de famille. Lesvillages ont à leur tête, outre l'agent du seigneur, des chefs désignés par eux, ordinairement avec le consentement du seigneur. Ordinairement, ce sont des syndics ; parfois, il y a un seul chef qui porte le nom de « maire ». Le village n'a pas do beffroi^ mais il a son clocher, avec sa cloche qui appellera également les fidèles à l'office et les habitants à l'assemblée. 11 prend à sa charge l'entretien de l'église et des autres bâtiments d'utilité commune. 11 lève des deniers pour subvenir à la dépense. Il nomme les « marguillers », ou membres du conseil de fabrique,, et reçoit leurs comptes. Il s'assemble pour procéder à la répartition des taxes levées ou par les seigneurs ou par le roi. Dans ces communautés affranchies, il y a un commencement de libre gouvernement.
L.e peuple français. — Au x« siècle, le peuple de France, n'existait que comme une masse corvéable et imposable;