‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 42 sur 116 · I. Décadence universelle produite par la guerre de Cent ans · texte numérisé non relu

I. Décadence universelle produite par la guerre de Cent ans

État de la France ft ravènement des Valois. — Quand les Valois succédèrent aux Capétiens directs (1328), ils trouvèrent l'ancienne société féodale profondément transformée, d'une part par le progrès du pouvoir royal, d'autre part par le progrès des classes roturières. Le rôle attribué aux Etats généraux apportait au pouvoir royal une limite t un contrôle. Or, un pouvoir royal bien établi et un tiers tat puissant, c'étaient de précieux éléments pour la contitution d'un gouvernement libre, comme celui qu'a possédé l'Angleterre. La période qui suivit détruisit en partie <5e double résultat.

Décadence de la royauté. — Avec les premiers Valois, la royauté et la France elle-même furent sur le point de périr. Philippe VI et Jean le Bon, entichés d'une fausse chevalerie, semblent des rois plus féodaux que les premiers Capétiens. Après le sage gouvernement de Charles V, la royauté tombe en démence avec Charles VI. C'est seule-

.i. Cette période comprend les règnes de Philippe VI (1328-1350), Jean le Bon (1350-13Ô4), Charles V (i364-1380), Charles VI (1380-1428), Charles VU (148M461), Louis XI (1161-1483) et la régence d'Anne de Beaujeu sous Charles VlII.

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ment dans les dernières années de Charles VII et sous

louis XI que la royauté et le pays reprennent les progrès interrompua.

La guerre de Cent ans fut une période d'effroyables calamités. A deux reprises, la moitié du royaume fut au pouvoir ■des Anglais. Le traité de Brétigny, en 1360, leur livra la moitié occidentale de la France depuis la Normandie jusqu'aux Pyrénées. Le traité de Troyes, en 1420, leur livra la moitié septentrionale de la France et la capitale même du royaume, Paris, où un prince anglais fut sacré roi de France. Le pays ne souffrit pas seulement des invasions anglaises ■qui tour à tour ravagèrent toutes nos provinces. Il souffrit •encore plus des inimitiés qui tout à coup se déclarèrent de province à province, de ville à ville, de château à château. Lors même que les armées anglaises s'étaient retirées, la guerre continuait sur tous les points, entre les seigneurs ■du royaume, les uns se disant du parti français et les autres du parti anglais. Le pays souffrit aussi des bandes ■de routiers qui naquirent partout à la faveur du désordre •et qui, sous la conduite de chefs comme Rodrigue de Villandrando ou Arnaud de Cervole, surnommé ÏArchiprêtre, tantôt au nom du roi de France, tantôt au nom du roi d'Angleterre, le plus souvent pillant porur leur propre compte, ne laissèrent pas une seule province intacte.

On vit alors que les rois capétiens, en réunissant au •domaine royal les États féodaux, n'avaient pas fondé l'unité «t qu'ils n'avaient pas créé une patrie française. Les diverses parties du royaume étaient rattachées au trône par un lien d'obéissance féodale; mais il n'y avait entre elles aucune •cohésion.

Pendant les guerres dites anglaises, ce sont des Français ^i ont fait le plus de mal à la France. C'est Robert ■d'Artois et Geoffroy d'Harcourt qui provoquent le premier débarquement d'Edouard III; c'est avec une armée •composée en partie de Gascons que le prince Noir gagne la bataille de Poitiers ; c'est un prince français, Charles le Mauvais, qui porte le ravage dans l'Ile-de-France ; c'est le •duc de Bourgogne qui ouvre aux Anglais les portes de Paris; c'est un évêque et des juges normands qui font brûler Jeanne d'Arc. L'œuvre accomplie par les premiers

Capétiens ne pouvait conduire à Tunité que lorsqu'un sen-^ timent nouveau se ferait jour en France : le patriotisme.. Or il ne se développa que par l'excès même des misères de^ cette guerre et presque à la fin de la lutte contre les Anglais. Jeanne d'Arc en fut la plus éclatante manifestation..

La guerre de Cent ans, qui fut une guerre civile presque autant qu'une guerre étrangère, arrêta le mouvement de prospérité et de liberté qui avait commencé à se produire en France. Toutes les forces vives de la nation en furent profondément atteintes.

Décadence de la noblesse. — La noblesse fut ruinée, par la continuité des guerres, décimée par de sanglantesbatailles. Elle perdit confiance en sa valeur, quand elle vit que des paysans anglais, des bourgeois flamands, armés, d'arcs et de couteaux, bravaient les charges de la cavaleriebardée de fer, et que,' même avec la supériorité du nombre, les preux chevaliers de France étaient vaincus par ce qu'ils appelaient la piétaille. L'artillerie, qui fit son apparition sur les champs de bataille de la guerre de Cent ans,. fut pour les féodaux une autre surprise.

En perdant leur supériorité militaire , ils semblèrent perdre leurs vertus chevaleresques. Poitiers fut une honte plus grande que Grécy; car la plus grande partie de la. chevalerie prit la fuite, sans avoir combattu, devant une poignée de fantassins anglais et gascons. La chevalerie démoralisée faisait de la guerre un métier, et un métier malhonnêtement exercé. Non seulement elle ne répondait plus à l'appel des rois qu'à condition d'en recevoir une solde, dégénérant ainsi en armée mercenaire; mais elle s'occupait bien plus à rançonner les campagnes et le^ villes qu'à les défendre.

On vit les gentilshommes et les brigands de 'profession. s^ concerter pour piller le pays. Sur le champ de bataille, nobles anglais et nobles français s'épargnaient ; ils n'étaient cruels qu'au paysan. Ils semblaient s'entendre pour faire durer la guerre afin de vivre sur l'habitant. La guerre de Cent ans fut infiniment moins sanglante sur les champs de bataille que désastreuse par les ravages qui l'accompagnaient, et dont les habitants paisibles étaient {^seuls à souffrir.

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