CIVILISATION DU MOYEN AGE III. LES SCIENCES
La théolofi^e, les sept arts libéraux. — L'Eglise tient les sciences en tutelle. Le mot de saint Thomas d'Aquin, « la philosophie est la servante de la théologie », domine tout le moyen âge.
L'Église prétend avoir seule le droit d'enseigner. « 11 n'appartient pas aux laïques, dit le concile de Constance, de discuter ou d'enseigner publiquement... Quiconque transgressera cette loi sera excommunié pendant quarante jours ». Nul n'enseigne s'il n'est clerc : les professeurs, comme les écoliers des universités et des collèges, ont la tonsure, portent la soutane. Les esprits les plus indépendants ont dû solliciter quelqu'un des ordres majeurs ou mineurs, le diaconat ou le sous-diaconat. Le costume ecclésiastique, c'est la livrée de la science au moyen âge.
La conception des sciences est alors bornée et étroite. L'enseignement officiel, celui-là même qui se donne à l'Université de Paris, n'a guère agrandi son programme depuis Alcuin et l'école palatine de Charlemagne. Il se compose toujours du tiivium et du quadrivinm. Le trimum, ou « triple voie », comprend la grammaire, la rhétorique et la dialectique; le quadrimum, ou « quadruple voie », comprend l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la musique. C'est ce qu'on appelait les sept arts libéraux. On voit combien de sciences en sont exclues.
Tout, dans l'enseignement des sept arts libéraux, est limité à l'utilité de l'Église. La grammaire est enseignée en vue de comprendre les textes des Pères ; la rhétorique, pour en déduire les règles de l'éloquence sacrée; Tastro-
Qomie, parce que les clercs doivent savoir déterminer les fêtes mobiles et dresser le calendrier; la musique^ à cause dû plain-chant.
Si des sciences nouvelles se glissent dans renseignement, c'est toujours dans un but pieux. Si, par exemple, on enseigne la géographie, c'est, dit Roger Bacon, parce que <( nul ecclésiastique ne doit ignorer la situation des contrées qu'habitent les infidèles et les chemins qui y conduisent ». Si, au xiii« siècle, on ouvre, dans les universités, des chaires de chaldéen, d'hébreu, d'arabe, de tatar-mongol, c'est en vue de former des missionnaires,
IHaleetiqne et philosophie. — De toutes les sciences enseignées sous le patronage de l'Église, la plus remuante au moyen âge, c'est la dialectique, c'est-à-dire la science du raisonnement. D'un mot plus large, on pourrait l'appeler la philosophie, mais c'est une philosophie incomplète. Elle est étroitement asservie aux autorités du passé : d'abord à Aristote, ce penseur grec d'esprit si large, mais qui, mal traduit et mal compris, devient un instrument de servitude intellectuelle; puis à saint Augustin et aux anciens Pères de l'Église; puis à saint Anselme, théologien anglais du xe siècle, à saint Thomas d'Aquin, dominicain et théologien italien du xnie siècle.
La dialectique, qui se perd en subtilités de raisonnement et en querelles de mots, s'appelle encore la scolastique, c'est-à-dire la philosophie de l'école.
On ne peut nier qu'il n'y ait eu un grand effort au moyen âge pour approfondir la nature de Dieu et de l'âme ; saint Anselme est célèbre, par exemple, pour avoir formulé une nouvelle démonstration de l'existence de Dieu. Mais, pour créer une philosophie, la méthode déductive, c'est-à-dire de pur raisonnement, ne suffit pas. Surtout la liberté de penser fait défaut. L'Église surveille toute opinion philosophique nouvelle, parce qu'elle peut toucher aux bases mêmes de sa doctrine. D'autre part, tous les philosophes de ce temps sont des clercs et ne peuvent se soustraire à la préoccupation théologique; dès qu'ils croient découvrir un principe nouveau en philosophie, ils se hâtent d'en faire l'application aux dogmes chrétiens. Par là, ils attirent sur eux les foudres de l'Église.
La grande querelle du moyen âge, qui commence au xifi siècle et se prolonge jusqu'au xv®, au grand ennui de Louis XI, c'est celle des réalistes et des nominalistes.
La querelle portait sur les idées générales, qu'on appelait les universaux, par exemple, l'idée de l'humanité. Les nominalistes soutenaient que l'humanité n'est qu'un nom, et que l'homme, l'individu, a seul une existence réelle. Les réalistes soutenaient que les universaux ont une existence bien plus réelle que les objets particuliers et que l'humanité, par exemple, n'existe pas seulement comme une appellation, mais comme une réalité.
Puis, Abélard reprit la doctrine du nominalisme, mais en la transformant, et il en fit le conceptualisme : dans cette théorie les universaux n'étaient plus des noms, mais des conceptions de l'esprit, n'ayant de réalité que dans notre esprit, ou, comme nous dirions aujourd'hui, n'ayant qu'une réalité subjective, mais non objective.
On ne pouvait manquer de discuter ces deux thèses à propos de sujets théologiques. Par exemple, Déranger vers 1050, enseigne que la présence du Christ dans l'eucharistie n'est pas réelle, mais seulement nominale; sept conciles se lèvent pour le condamner et finissent par lui imposer silence. Autre application de la doctrine : la distinction des parties dans un être est une pure conception de l'esprit; donc, si l'on admet la Trinité comme un Dieu unique, les trois personnes de la Trinité ne peuvent avoir une existence réelle, mais simplement conceptuelle. C'est la doctrine que l'Église foudroie dans la personne du grand Abélard.
Parmi ces querelles de mots et ces querelles de dogmes^ une chose doit surtout nous intéresser. Les conceptualistes sont, en général, les hommes du progrès, parce qu'ils osent opposer la raison à l'autorité. Sans doute, dit Bérenger,. il faut tenir compte des autorités ; mais « on ne peut nier sans absurdité qu'il est infiniment supérieur de se servir de la raison pour découvrir la vérité ». C'est la première affirmation, timide encore, d'une science indépendante. Au contraire, les réalistes sont presque toujours des partisans obstinés de l'autorité : « L'intelligence, dit saint Anselme, doit se soumettre à l'autorité quand elle
ne s'accorde pas avec elle ». Une telle doctrine aurait retenu l'esprit humain dans une enfance étemelle.
■mthématfques. — Le progrès accompli au moyen âge dans les mathématiques consiste principalement en ce que l'arithmétique des Arabes a succédé aux anciennes méthodes de calcul.
Les anciens Grecs et les Romains avaient une machine à compter, appelée ahacus. C'était tantôt un cadre tendu de fils parallèles dont chacun portait des boules enfilées; elle ressemblait alors aux bouliers-compteurs de nos écoles ; tantôt une tablette sur laquelle étaient tracée des lignes suivant lesquelles circulaient des jetons, qui, d'après leur position, prenaient une valeur différente; tantôt, enfin, une tablette couverte de cire ou de sable, ou une tablette d'ardoise, sur laquelle on inscrivait des chiffres. Comme on employait les chiffres romains et qu'on ne connaissait pas le zéro, ces procédés de calcul devaient être très compliqués. Aussi nos premiers mathématiciens ont-ils surtout rédigé des u traités sur l'abacus ». Tels furent notamment Odon, abbé de Cluny, au x« siècle; Gerbert d'Aurillac *, qui fut pape sous le nom de Sylvestre II et mourut à Rome en 1003; Jean de Gerlande, au xi« siècle; Raoul, de Laon, au xin«. Tous ces mathématiciens, qui furent surtout des calculateurs, appartiennent à l'école qu'on peut appeler abaciste.
Sous l'influence d'Adelhard de Bath et de Léonard de Pise, une autre école succède à celle-là vers le début du XIII» siècle : c'est l'école algorithmiste qui pratique l'arithmétique des Arabes et cultive l'algèbre. Alors les mathématiques prennent vraiment leur essor. Les grands noms de cette période sont Albert le Grand, Roger Bacon, Pierre d'Ailly, Georges Purbach, Regiomontanus, Nicolas de Cusa,
1. Un chroniqueur anglais du xiW siècle, Guillaume de Maimesbury, raconte avec force détails fantastiques et merveilleux, que Gerbert était allé étudier chez les Arabes d'Espagne et qu'il leur déroba le secret de Tabacus. Or, il parait certain que Gerbert n'a pas étudié en F^spagne; en outre, l'abacus était connu chez nous avant que les Arabes eussent paru en Europe, et leur originalité consiste précisément dans l'emploi de méthodes radicalement différentes. Gerbert nous a laissé une Règle du calcul sur Vabaciu, un Traité de la division et une Géométrie.
que nous allons retrouver parmi les astronome*^ : on doit à ces trois derniers des progrès notables dans l'algèbre et la trigonométrie.
Astronomie. — Au moyen âge on ne sut, en fait d'astronomie, que ce qu'avaient su les Grecs et les Romains. Encore, des deux théories sur le système du monde qui avaient partagé les savants grecs, est-(5e la théorie fausse que Ton adopta officiellement. Chez les Grecs, Aristarque de Samos, trois siècles avant Jésus-Christ, avait enseigné que la terre tourne autour du soleil; l'hypothèse contraire avait été soutenue par Ptolémée, astronome d'Alexandrie, au II» siècle de Tère chrétienne.
Si la civilisation antique avait duré, il est probable que la véritable théorie aurait triomphé de la fausse; mais, grâce à la prédominance de la théologie, le système de Ptolémée fut imposé comme seul orthodoxe. Comment aurait-on pu admettre que la terre tourne autour du soleil, puisque la Bible nous montre Josué arrêtant le soleil dans sa course ? De même, il était dangereux de professer qu'il y eût sur le globe des terres à l'antipode des nôtres, ou d'avancer que d'autres planètes pussent être habitées : car alors se posait la question de savoir si leurs habitants étaient, oui ou non, rachetés parla passion du Christ.
D'autre part, il semble que les hommes du moyen âge n'inventèrent aucun instrument nouveau pour l'observation des phénomènes astronomiques : ils ne connurent que le gnomon ou cadran solaire, l'astrolabe, déjà connu d'Hipparque deux cents ans avant Jésus-Christ, ou des tubes sans lentille, qui ne pouvait servir qu'à l'orientation. Ils n'avaient donc aucun moyen de rapprocher les distances et de fouiller les profondeurs du ciel.
Aussi durent-ils se borner à des observations plus ou moins exactes et à quelques hypothèses sans valeur scientifique. Alcuin, sous Charlemagne, rédige deux traités sur la Lune; Abbon, abbé du monastère de Fleury, au temps du bon roi Robert, écrit sur l'astronomie. Gerbert, paraît avoir été supérieur à ses contemporains : on lui attribue l'invention d'une horloge astronomique, dont il avait réglé le mouvement, en s'orientant sur l'étoile polaire qu'il observait au moyen d'un tube.
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Au xui** siècle, Albert le Grand, dominicain, était né en Souabe et fut évèque de Ratisbonne : mais il enseigna les sciences à Paris, de 1245 à 1248, avec un tel succès, que les salles de cours devinrent trop petites et qu'il dut dresser sa chaire sur une place de Paris qui a gardé son nom (place de Maître Albert ou place Maubert). Il s'occupe d'astronomie, mais sans plus de profit que ses devanciers. Le franciscain anglais Roger Bacon (mort vers 1292), dans son « Grand Œuvre » (Opus majus), présente de curieuses observations sur la grandeur apparente du Soleil et de la Lune dans leurs diverses positions, la nature des étoiles filantes, la composition de la Voie lactée. 11 n'ose attaquer ^e système de Ptolémée, mais il se rend parfaitement compte de son insuffisance. Il signale le défaut de concordance entre Tannée civile et l'année astronomique et propose au pape QémentlV une réforme du calendrier (1270).
Le roi de Castille, Alphonse X(1252-1284), s'entoure d'as- Ironomes juifs et arabes, élève un observatoire, dépense 40 000 ducats à faire dresser de nouvelles tables astronomiques, contenant des observations sur le cours des astres. Les « Tables alphonsines » font oublier celles de Ptolémée, car elles leur sont supérieures.
Au XV® siècle, le Bavarois Georges de Purbach donne plus de précision aux observations; il critique les hypothèses des anciens et prétend les contrôler par les faits. Son élève Regiomontanus obser\'e scientifiquement l'éclipsé de 1472 et publie le premier almanach (kalendarium). Pierre d'Ailly, « l'aigle des docteurs de France » demande aussi la réforme du calendrier. Elle ne devait être accomplie qu'en 1582 par le pape Grégoire XIII.
A la fin du xve siècle, il y a une renaissance de l'astronomie : un cardinal, Nicolas de Cusa*, reprend l'hypothèse d'Aristarque : il enseigne que c'est la terre qui tourne autour du soleil. Il est ainsi le précurseur du grand Copernic, qui naquit neuf ans après sa mort, en 1473,
De tous ces savants, trois seulement sont de langue française : Abbon, Gerbert, d'Ailly.
1. Né à Cusa ou Kuess (sur la Moselle, diocèse de Trêves), fils d'un pauvre pêcheur et dont le vrai nom était Krebs. Mort en 1464.
Astrologie. — Avec l'astronomie, qui est une science, se confondit Fastrologie, qui est une superstition. Elle consiste à croire qu'on peut lire dans les astres la destinée des hommes. Aucune aberration ne fut aussi ancienne, ni aussi répandue. Elle remonte aux Ghaldéens et aux Égyptiens ; après les Grecs et les Romains, les hommes du moyen âge tombèrent dans cette folie; elle était en pleine vogue encore au xvn® siècle. Tous les astronomes d'autrefois furent en même temps des astrologues. Non seulement au moyen âge, Albert le Grand et son disciple, saint Thomas d'Aquin, mais, au xvi® siècle, Tycho-Brahé, ce consciencieux observateur au xvii®, Kepler, un des plus grands noms de la science moderne, prirent la défense de l'astrologie.
Charles V eut à son service, pour lui prédire l'avenir, maître Gervais et l'Italien Thomas, père de Christine de Pisan. Louis XI ne faisait rien sans faire consulter les astres.
Voici comment se tirait un horoscope. Les astrologues avaient divisé le ciel en douze régions, qu'ils appelaient les « maisons du ciel ». Il y avait « la maison de la vie », celle des richesses, celle de la santé, celle du mariage, celle des dignités, etc. Les astres annonçaient au nouveau-né telle ou telle destinée, suivant qu'ils occupaient telle ou telle de ces maisons. De plus, les astres avaient leur influence propre. Le Soleil était, par nature, bienfaisant et favorable, la Lune, humide et mélancolique, Saturne, morose et froid, Jupiter, tempéré et bénin, etc. Qui naissait sous le signe de Mars devait être un héros ; sous le signe de Vénus, heureux en amour; sous le signe de Mercure, comblé 'de richesses.
Les astrologues ne se contentaient pas de prédire la destinée des princes; ils lisaient dans les astres celle de l'humanité. Déjà, en 1179, les astrologues chrétiens, juifs, arabes, s'étaient accordés à prédire la fin du monde pour Tannée 1186. Plus tard, au xvi« siècle, l'astronome Stœffler, un savant mathématicien d'Allemagne, annonça pour l'année 1524 un déluge universel. Il jeta une telle panique qu'un docteur de Toulouse, Auriol, se construisit, comme Noé, un grand bateau pour se sauver lui et sa famille.
Si les savants pratiquaient une fausse science, le vulgaire avait conservé ses vieilles superstitions. Une comète, une éclipse, annonçant nécessairement ou la peste, ou la guerre,
OU quelque autre catastrophe épouvantable, répandaient la terreur dans les villes et les villages. Le peuple français du moyen âge était, sur ce point, juste aussi avancé que les sauvages de nos jours ou que les anciens Germains ».
Chimie. — La chimie ne formait alors qu'une branche de la physique. Les anciens Grecs et les Romains, surtout les Grecs d'Alexandrie, avaient déjà cultivé cette science. Les Byzantins ne firent que deux découvertes importantes, et peut-être les empruntèrent-ils aux Chinois et aux Arabes. L'une, c'est celle du feu grégeois, qu'on croit avoir été un composé de naphte, de térébenthine et de pétrole. L'autre, c'est celle de la poudre à canon, dont on trouve la formule dans Marcus Graecus, ou Marc le Grec, un Byzantin du xui« siècle.
Le peuple auquel on attribue presque tous les progrès de la chimie, peut-être parce que la chimie des Grecs et des Romains nous est encore mal connue, ce sont les Arabes. La chimie, au moyen âge, s'appelle al-ckimie : c'est un article arabe qui s'est ajouté à un substantif grec.
Au vui® siècle, l'Arabe Djabar ou Geber écrit une « Chimie » dans laquelle on trouve la mention de découvertes importantes. Djabar connaît l'acide nitrique, qu'il appelle « eau forte »; 1' « eau régaie », qui est un mélange d'acide nitrique et d'acide muriatique ou chlorhydrique, et qu'il désigne ainsi parce qu'elle a la propriété de dissoudre l'or, ce roi des métaux; le nitrate d'argent, qu'il appelle " pierre infernale » ; le bichlorure de mercure, ou « sublimé corrosif ». 11 sait les procédés de distillation et montre comr ment, des substances mises dans un alambic, une partie se volatilise et va se condenser sur la partie supérieure de l'appareil, tandis que l'autre descend dans la partie inférieure. Il connaît le phénomène de la cristaUisation des sels métalliques, qu'il appelle « coagulation ». Il pratique la coupellatioD, qui consiste à séparer l'or et l'argent de leurs alliages, par l'action du feu et à l'aide d'un creuset. Il a remarqué qu'il existe des « esprits », c'est-à-dire des gaz,
1. Les anciens Germains s'imaginaient, dans les éclipses de U Lune, que le loup Fenris était en train de l'avaler ; ils faisaient un vacarme épouvantable pour l'effrayer et l'obliger à l&cher prise.
R. Civil. T. I. 21
qu'on peut dégager des corps et qui, se fixant sur certains métaux, produisent des combinaisons nouvelles.
Un autre Arabe, Rhazès ou Razi, chimiste et médecip, mort en 923, connaît « l'huile de vitriol » ou acide sulfurique, et enseigne à fabriquer Talcool.
Or, du ix® au xv® siècle, l'Europe chrétienne n'en a pas su beaucoup plus que n'en savaient auparavant les Arabes. Albert le Grand a connu aussi Tacide nitrique, qu'il appelle eau prime, eau philosophique du premier degré. Il en tira certaines combinaisons qu'il appelle eau seconde, eau tierce^ eau quarte. L'eau quarte se nommait aussi eau minérale, ^ou vinaigre des philosophes. Il donna le premier l'analyse «du cinabre ou « pierre rouge », et montra qu'il est un composé de soufre et de mercure.
Roger Bacon et Albert le Grand retrouvent dans Marcus Graecus la formule de la poudre à canon *.
Roger Bacon est également sur la voie d une découverte qui ne sera réalisée qu'au xvin« siècle ; car, lorsqu'il parle d'un « air qui est l'aliment du feu » et d'un « air qui éteint le feu », il devine les deux gaz révélés par Lavoisier : l'oxygène et l'azote. Il parle encore d'une flamme obtenue par Ja distillation et qu'on peut enfermer dans un vase : c'est peut-être l'hydrogène, gaz combustible.
Saint Thomas d'Aquin, qui fut en France un élève du grand Albert, enseigne à fabriquer des pierreries artificielles : rémeraude avec l'oxyde de cuivre, le rubis avec l'oxyde de fer, la topaze avec du verre teint d'aloès, etc. Sous le nom ^e « lait de vierge », il sait fabriquer « l'eau blanche » de nos pharmaciens modernes. Il est à remarquer que les plus fameux chimistes de notre moyen âge, Albert le Grand, .Roger Bacon, saint Thomas d'Aquin, Raymond LuUe, soijt -des moines.
1. « Il suffît, dit Bacon, d'employer une très petite quantité de nître (ou /salpêtre) pour produire beaucoup de lumière, accompagnée d*un horrible
fracas : ce qui permet de détraire une ville ou une armée entière Pour
produire les phénomènes de l'éclair et du tonnerre, il faut prendre du salpêtre, du soufre et du charbon pulvérisé. * Le texte d'Albert le Grand donne la même formule. Tous deux n'ont fait que la copier dans Marcus Grœcus. Leur poudre n'aurait pas été plus terrible que celle de ce Byzantin. En enveloppant cette poudre dans du papier, on peut produire à volonté, dit Albert le Grand, le feu volant ou le tonnerre : or le feu volant n'£tait qu'une fusée, et le tonnerre qu'an pétard.
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Les alehinistes. — L'alchimie est souvent à la chimie <^ que Tastrologie est à rastronomie. Elle se distingue surtout de la chimie moderne en ce que les procédés scientifiques se confondent chez elle avec les pratiques superstitieuses et les théories mystiques.
Or, nos chimistes du moyen âge sont surtout des alchimistes. Tous, pour point de départ de leur recherche, ont une théorie étrange : ils croient que tous les métaux sont composés de deux éléments : soufre et vif-argent (ou mercure). L'or est formé de vif-argent et de soufre pur; l'argent, de vif-argent et de soufre blanc; le cuivre, Pétain, le plomb, le fer, de vif-argent et d'espèces plus ou moins grossières de soufre. Donc tous les métaux peuvent se ramener à un seul; donc, avec du cuivre, de l'étain, du plomb, du fer, on peut faire de l'or. Le tout est de trouver dans quelles proportions il faut les mélanger pour obtenir la combinaison chimique, qui déterminera l'or à se produire. La combinaison cherchée s'appelle grand élixir, grand magistère, pierre philosophale. On croit la trouver tantôt avec quelque acide qui peut dissoudre For, tantôt par l'action du feu.
La théorie que nous venons d'exposer, c'est celle de la transmutation des métaux. Cette théorie, empruntée d'ailleurs à l'antiquité gréco-romaine, avait déjà été combattue au vin® siècle, par Djabar : « Il nous est aussi impossible, disait le chimiste arabe, de transformer les métaux les uns dans les autres que de changer un bœuf en une chèvre. » Cela ne l'empêchait pas de chercher à faire de l'argent avec l'étain ou le plomb.
Pourtant c'est à cette recherche que nos alchimistes consumèrent leur temps, depuis Albert le Grand et Thomas d'Aquin jusqu'à Raymond Lulle*, jusqu'à maître Ortholain, mort à la fin du xiv® siècle. Le plus populaire fut Nicolas Flamel, mort à Paris en 1448, et qui, suivant une légende parisienne, aurait trouvé dans un livre juif le secret tant cherché et serait devenu immensément riche, ainsi que sa temme PerreneUe. La croyance à la possibilité de produire
1. Né à Majorque, en 1235, mort vers 1315, en Afrique, lapidé par la. populace de Bougie.
For était alors universelle, car For était rare * et tout le monde en avait besoin. On a des lettres-patentes par lesquelles le roi autorise des particuliers à rechercher le moyen de « changer les métaux imparfaits en or et e» argent ». Parfois aussi, par crainte des faux monnayeurs, il est défendu aux particuliers de se mêler de chimie et d'avoir chez eux aucune espèce de fourneau.
Les alchimistes, en poursuivant un but irréalisable, rei>contrèrent des découvertes utiles ^. Ainsi Lulle trouva l'acide nitrique alcoolisé; Ortholain, de nouveaux procédés pour préparer les eaux-de-vie à divers degrés de concentration-;. Basile Valentin, moine allemand, les divers oxydes d'antimoine et une espèce de fulminate, etc.
Malgré tout, la chimie était si peu avancée que personnen'avait pu donner l'explication des gaz qui rendent si da»gereuse l'exploitation de certaines mines. On avait fini parcroire à l'existence de génies qu'on appelait « esprits métalliques » et qui, de leur regard ou de leur souffle empoisonné, tuaient les pauvres ouvriers. C'est pour ce motif que tant de mines, autrefois exploitées par les Romains, avaient été abandonnées. De même personne n'avait pui donner l'explication des « feux follets », produits dans les lieux marécageux ou les cimetières par des dégagements d'hydrogène.
A côté des alchimistes convaincus, il y avait les charlatans qui exploitaient la crédulité des princes et des riches, leur promettaient sans cesse l'or philosophique, et en attendant leur soutiraient de l'or réel et des pierres précieuses qu'ils étaient censés jeter dans le creuset. Il y avait les superstitieux, qui croyaient à l'influence des astres sur les combinaisons chimiques ou à l'intervention de puissances surnaturelles : on espérait réussir le « grand œuvre » en
1. Vor espagnol était le meilleur et le plus cher : il y entrait de la poudre de basilic ; or, le basilic était un animal fort rare et, de plus, fort dangereux, car d'un homme et d'un basilic celui qui apercevait Tautre le premier le faisait mourir de son regard. Pour produire le basilic, il fallait enfermer deux coqs dans une fosse : ces coqs pondaient un œuf qui, couvé* par un crapaud, donnait le basilic. Voilà du moins ce que raconte un livre du xi» siècle, œuvre d'un moine : le « Traité des arts manuels »,
l. Les Arabes, en cherchant l'élixir de longue vie, avaient trouvé l'alcool :. de là, le nom d'eau-de-vie.
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faisant un pacte avec le diable, en lui offrant des sacrifices, et Giles de Retz, sous Charles YII, enlevait une centaine de petits enfants qu'il faisait périr au milieu de rites démoniaques et de longues tortures. Enfin, il y avait ceux qui, dans Talchimie, ne cherchaient que la fabrication de poisons subtils. Charles le Mauvais tentait de faire périr Charles VI au moyen de V « arsenic sublimât », c'est-à-dire de l'acide arsénieux. C'est quelque poison de ce genre qui avait détruit la santé de Charles V.
Du reste, alchimistes sincères ou charlatans, tous s*entouraient du même mystère, encombraient leurs laboratoires d'instruments étranges et de monstres empaillés, affectaient des allures et un costume bizarres. Ils opéraient volontiers pieds nus, une lame d'or au front, entre deux cierges, employaient des formules magiques et des signes cabalistiques, parlaient une langue inintelligible au vulgaire *.
En s'entourant de mystère, les alchimistes frappaient les esprits du peuple et imposaient le respect aux grands. Pour le vulgaire, les mots de physicien, mathématicien, astrologue, ^chimiste, magicien, étaient synonymes. Ces chercheurs passaient pour sorciers, comme le pape Sylvestre II, qui fut, dit-on, enlevé par le diable, comme le pape Benoist IX, comme Albert le Grand. Celui-ci, à la stupeur de ses contemporains, fabriquait des tètes d'airain qui parlaient, des automates qui semblaient vivre. On racontait même qu'il avait trouvé le moyen de produire dans ses cornues un être humain, appelé « Homunculus », sur lequel il y a toute une légende. Les ignorants ne se hasardaient qu'en tremblant dans l'antre des alchimistes, rempli d'objets singuliers, et où cuisaient, sur les fourneaux, des mixtures redoutables.
1. Voici un passage d'Arnaud de Villeneuve, célèbre alchimiste, né en 1246, dans le midi de la France, mort en 1313 : « Je te dirai d'abord que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois en une seule personne. Gomme le monde a été perdu par la femme, il faut aussi qu'il soit régénéré par elle. C'est pourquoi prends la mère, place-la avec ses huit fils dans un lit, et qu'elle fasse rigoureusement pénitence jusqu'à ce qu'elle soit lavée de teus ses péchés. Alors elle mettra au monde un fils qui prêchera : des signes sont apparus au soleil et à la lune. Saisis ce fils ei chàtie-le, afin que son orgueil ne le perde pas. Cela fait, replace-le sur le lit... » Qui croirait que ce galimatias soit la recette pour préparer le sulfure d'arsenic, ou « or des alchimistes », le seul or que les alchimistes aient jamais produit ?
Par cela même, les alchimistes excitaient la défiance del'Église. Après la mort d'Arnaud de Villeneuve, l'inquisition brûla une partie de ses livres et condamna sa mémoire^ Roger Bacon, le plus éminent d'entre eux, digne de porter le même nom que le grand Bacon du xvii« siècle *, se fit accuser de magie et de sorcellerie. Vainement il y répondit par son livre sur la « Nullité de la magie ». Vainement, il disait aux ignorants : « Parce que ces choses sont au-dessus de votre intelligence, vous les appelez œuvres du démon. » Il fut deux fois jeté dans un cachot, la seconde fois pendant quatorze ans, et mourut obscurément.
Physique, la boussole. — La physique, dont le nom est si ancien, est une science toute moderne. Les Arabes, les Européens du moyen âge, ont cependant ajouté aux connaissances des Grecs et des Romains.
Au moyen âge, la physique n'est représentée, dans le- « quadrivium », que par la musique, qui comprend l'acoustique; mais elle a été cultivée hors des écoles, principalement par les alchimistes.
En fait d'acoustique, on étudia les vibrations des cordes et des tuyaux métalliques, ce qui conduisit à la construction des orgues et autres instruments de musique.
En fait d'optique, Roger Bacon a soupçonné les lois de la réfraction et fait une des grandes découvertes du moyen, âge : il a enseigné qu'un globe de verre, massif ou rempli d'eau, peut concentrer les rayons lumineux : il a révélé ainsi les propriétés de la lentille 2. Aussi dès le xiv' siècle apparaissent les « besicles » ou lunettes *.
Un progrès, plutôt industriel que scientifique, s'est accompli en ce qui regarde les miroirs. Les anciens ne connaissaient que les miroirs de métal poli ou ceux de verre noirci
1. Comme lui, il a écarté l'autorité des préjugés et des vieux auteurs,, rappelé le savant à l'étude directe de la nature, déclaré que nulle science n'est féconde que par l'expérience : « La science expérimentale, a-t-il écrit, ne reçoit pas la vérité de sciences supérieures; c'est elle qui est la maîtresse. »
2. Quelques auteurs, en s'inspirant de passages plus ou moins clairs désœuvrés de Bacctt, ont même avancé qu'il avait connu la lunette d'approchCr peut-être le télescope ; mais rien n'est moins prouvé.
3. On attribue à l'Italien Salvino Degli Armati la confection des premiers verres grossissants pour lunettes.
sur une de ses faces; vers 1240, on appliqua à la feuille de yerre une feuiUe de plomb; au xiv« siècle, une feuille d'étain. On était sur la voie des glaces dites vénitiennes.
On connaissait la propriété qu'ont l'ambre jaune (qui s'appelle en grec électron) et d'autres substances, comme le verre ou la résine, quand elles ont été frottées, d'attirer les corps légers; mais on ne soupçonnait même pas la nature de l'électricité. Le phénomène de la foudre était si peu expliqué qu'on s'obstina, non seulement pendant tout le moyen âge, mais jusqu'aux temps actuels, à sonner les cloches pour éloigner les orages : ce qui est le plus sûr moyen de faire foudroyer les sonneurs.
On connaissait la « marinette, marinière » ou boussole, dont le nom est arabe (mouassala) et qui était déjà répandue dans toute l'Asie quand les Italiens d'Amalfl, au xm« siècle, l'introduisirent dans les mers d'Europe. On l'appelait eacore amanière, à cause de l'aimant. La première description s'en trouve dans un poème de Guyot de Provins, au temps de saint Louis. L'aiguille aimantée, dans les premières boussoles, reposait simplement sur un fétu de paille nageant dans un vase, d'eau. Le perfectionnement apporté par Flavio Gioja, marin d'Amalfî, et qui rendit la boussole aussitôt populaire dans toute la Méditerranée, consistait à poser l'aiguille sur un pivot fixe et à l'enfermer dans une boite couverte d'un verre. Mais pourquoi l'aiguille aimantée se tournait-elle obstinément vers le nord? personne ne le savait *. On ne se doutait pas non plus qu'il y eût aucune relation entre l'électricité et le magnétisme.
En fait de météorologie, les causes des phénomènes, neige, brouillard, grêle, rosée, restaient inconnues, et Albert le Grand lui-même était tenté d'imputer tous les phénomènes fâcheux à la puissance des démons.
Seienees naturelles. — En mathématiques, en astronomie, en chimie, en physique, le moyen âge est arrivé, en somme, à des résultats sérieux. Il n'en a pas été de même pour le*s sciences naturelles.
1. Vincent de Beauvais et Roger Bacon altribuaient la déclinaison de l'aigaille à l'attraction des étoiles polaires ou d'une grande pierre d'aimant ■ etehée dans la terre. On ne savait pas que la terre elle-même est un grand aimant.
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On attribue à l'empereur d'Allemagne Frédéric U un « Traité de la fauconnerie », où les oiseaux, notamment le pélican, sont bien étudiés, même dans leur anatomie. G(^ prince connaissait l'antilope, la girafe, pour en avoir reçu en présent des princes musulmans.
Albert le Grand, dans son « Traité des animaux », a décrit la baleine, le cachalot, le narval, le morse, l'ours blanc, et autres animaux des mers septentrionales, qui étaient peu connus des anciens. Il a fait preuve, sur certains points, d'esprit critique et rejeté des fables alors en crédit *. Sa classification scientifique est encore très défectueuse ^.
Les voyageurs Marco Polo et Rubruquis -firent connaîtri» les animaux de l'Asie centrale.
Toutefois la zoologie n'existe pas encore comme une science; personne n'en fait son étude spéciale. A part les ouvrages que ûous venons de citer, il n'existe que des compilations, comme le « Miroir naturel » de Vincent de Beauvais, ou comme les « Belluaires » et « Volucraires », livres sur les bêtes et les oiseaux, et qui sont en général l'ouvrage de moines qui ne sont pas sortis de leur couvent. Ces singuliers naturalistes se bornent le plus souvent à rechercher dans Aristote, dans Pline, dans les Arabes, ce qu'ils ont. dit au sujet des animaux. Il suffit qu'ils aient dit une chose pour que cela soit tenu pour vrai : aussi décrit-on aussi consciencieusement la licorne, le phénix ou le dragon, animaux fabuleux, que l'àne ou le cheval. Du reste, le goût du merveilleux est si vif qu'on préfère un mensonge étonnant à une vérité ordinaire. On raconte sans sourciller que le lion, poursuivi par le chasseur, efface avec sa queue la trace de ses pas; qu'il dort les yeux ouverts; que la hyène appelle les bergers par leur nom ; que le sang du
1. 11 n'en décrit pas moins des animaax fantastiques, comme la Ueome, dont il assure qu'elle ne se laisse apprivoiser que par une jeune fille. Il dit que le porc-épic sait lancer an loin ses aiguillons comité un archer. Il prétend avoir vu des crins de cheval, jetés dans l'eau, se changer en vers.
2. Un de ses devanciers, Thomas de Cantimpré, dominicain liégeois (1186- 1213), énumérant 50 espèces de vers, nomme les abeilles, guêpes, fourmis, araignées, grenouilles, crapauds, sangsues! Albert le Grand, sans aller aussi loin, les rassemble tous dans la catégorie des petits animaux privé* de sang.
taureau et du cheval est un poison dangereux; que la macreuse, oiseau aquatique, nait des fruits d*un certain arbre quand ils tombent dans Peau ; que Toiseau « serre » peut, avec le vent de ses ailes, arrêter un navire. On croit fermement au « kraken », ou polype gigantesque, qui enveloppe les vaisseaux de ses tentacules; aux sirènes ou femmes-poissons ; aux évêques de la mer (sans doute une espèce de phoques), qui bénissaient les gens avant de les dévorer.
Les moines qui racontent ces choses ont encore un autre souci : c'est d'en tirer un motif d'édification. Le phénix, qui ressuscite de ses cendres, prouve la résurrection du Christ. Le singe ressemble au démon : il a perdu sa queue, comme Satan a perdu ses honneurs. La belette, qui change à tout moment de place, rappelle ceux qui, après avoir cru à la parole de Dieu, se sont détournés de lui, et n'ont plus de repos.
Les traités de botanique, intitulés « Herbiers » ou « Jardins », suivent la même méthode. Il est connu que la figue et le pavot font jaillir d'une blessure les os cassés; que l'aloès arrête la chute des cheveux ; que la racine de mandragore vous assure l'amour des dames ; que l'homme qui a de la sauge dans son jardin devrait ne pas mourir. On ne s'occupe des plantes qu'au point de vue de leur utilité en agriculture et en médecine : personne ne songe k rechercher comment elles respirent, se nourrissent, se reproduisent, encore moins à en donner une classification rationnelle. Albert le Grand lui-même, dans son traité de végétaux, ne fait guère que répéter ce qu'Aristote avait dit avant lui. Les seuls qui aient ajouté quelque chose aux notions antérieures sont encore les voyageurs en Asie, comme Rubruquis, Marco Polo, Pordenone.
En fait de géologie, il était inutile de chercher l'origine du globe et ses révolutions : la Genèse, avec ses récits sur l'œuvre des six jours et le déluge universel, en donnait une explication suffisante. On laissa de côté les théories d'Avicenne, un Arabe, un infidèle, qui, au xi* siècle, avait expliqué les montagnes par des soulèvements de la croûte terrestre et par l'action des eaux.
Dès lors, la géologie se réduisait à la minéralogie; or,
celle-ci n'était plus qu'une dépendance de la médecine ou de' l'alchimie, et non une science étudiée pour elle-même»
La science ainsi circonscrite, il ne restait plus au minéralogiste qu'à décrire les roches et les pierres, les pierres précieuses surtout. Les bélemnites étaient toujours, comme dans l'antiquité, des « pierres de tonnerre » qui tombaient avec la foudre. Le cristal n'était que de l'eau congelée par l'action des siècles. L'émeraude guérissait le mal caduc, le saphir purifiait les ulcères, le jaspe coupait la fièvre, l'améthyste dissipait l'ivresse. Le diamant ne pouvait être détruit ni par le marteau ni par le feu, mais seulement par le sang d'un jeune bouc.
Il eût suffi assurément d'un peu de cet esprit d'observation qui, dans les temps modernes, a renouvelé les sciencesnaturelles pour faire justice de tous ces contes. Il suffisait^ par exemple, de soumettre un diamant à l'action du feu pour s'assurer qu'il n'y résiste pas. L'observation était à la portée de tous, mais on n'avait pas même l'idée d'observer. Sauf chez les alchimistes, que stimulait la recherche de l'or, on peut dire que la curiosité n'était pas éveillée. La méthode scientifique n'était pas née : on ne savait ni observer, ni expérimenter, ni chercher la loi générale des phénomènes. En dehors de quelques hommes d'élite, à la plus belle démonstration, on préfériait un conte. L'humanité était encore en son enfance; il est heureux que la superstition astrologique, la recherche de la pierre philosophai, le goût des récits merveilleux s'en soient mêlés ; autrement, les savants n'auraient eu aucuns moyens d'existence, et il n'y aurait même pas eu d'astronomie, de chimie et d'histoire naturelle au moyen âge.
Enfin une autre raison du peu de progrès des sciences en général, c'est que les hommes d'alors prétendaient les étudier toutes en même temps. Albert le Grand ou saint Thomas d'Aquin étaient à la fois théologiens, philosophes, littérateurs, légistes, mathématiciens, physiciens, alchimistes, naturalistes, médecins. Saint Thom^ a écrit la valeur de dix-sept volumes in-folio : outre l'énorme ouvrage qui a la prétention d'être un résumé de la philosophie et de la théologie (la « Somme théologique »), il a écrit sur la physique, la météorologie, la minéralogie. Vincent de
Beau vais, sous le nom de Miroir doctrinal^ Miroir naturel, Miroir historialy nous a laissé trois encyclopédies philosophique, scientifique et historique. De telles œuvres ne pouvaient être que des compilations : la division du travail, l'application de chaque savant à une branche bien délimitée de la science, permettent seules les recherches originales.
Médecine. — Les plus célèbres médecins de Tantiquité avaient été, chez les Grecs, Hippocrate de Cos, Hérophile et Érasistrate d'Alexandrie; chez les Romains, Cœlius Aureiianus, Celse, Gallien. Leur anatomie était encore imparfaite; leur physiologie était nulle, puisqu'ils ne connaissaient ni la circulation du sang, ni les fonctions du système nerveux ; leurs remèdes étaient peu nombreux et souvent de pure fantaisie. La chute de la civilisation romaine arrêta les progrès de cette science. Les Arabes survinrent : dans une compilation d'un certain Aaron, prêtre chrétien d'Alexandrie, connue sous le nom de <( Pandecte» de la médecine », ils retrouvèrent des extraits d'anciens écrits. Ils s'eù emparèrent et lirent quelques progrès. Les plus célèbres médecins arabes furent Rhazès (850-923), Avicenne (980-1037), nés dans le khalifat de Bagdad, Avenzoar (1072-1162), Averrhoès (1120-1198), tous deux Arabes d'Espagne. Maïmonide (1135-1204) était un rabbin juif d'Espagne. Le « Canon » d' Avicenne, traduit en latin, fut l'ouvrage de médecine le plus répandu en Europe. Ainsi les Européens ne connurent souvent les médecins de l'antiquité qu'à travers une triple série de traductions du grec en syriaque, du syriaque en arabe et de l'arabe en latin.
Pendant longtemps, les chrétiens abandonnèrent aux Arabes et aux Juifs l'étude de la médecine. C'est auprès de' ces maîtres infidèles que les plus hardis d'entre eux allèrent ensuite apprendre les éléments de la science.
Charlemagne, en 805, avait prescrit l'étude de la médecine dans les monastères. Vers le ix« siècle l'école de Salenie, en Italie, coAnence à devenir célèbre dans toute la chrétienté. Au X® siècle, des Juifs fondent l'école de Montpel- Uer, qui, au xu®, devient une faculté. En 1200, se fonde' l'université de Paris; elle n'aura que plus tard une faculté de médecine; mais il est déjà question, en 1213, de pro-
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fesseurs de médecine. L'Eglise montre peu de faveur à cette science, qui semble un témoignage de défiance envers la Providence. « Les préceptes de la médecine sont contraires à la science céleste, écrivait saint Ambroise ; ils condamnent les prières et les veilles. » Les conciles du xii" et du xui« siècles interdisent l'étude de cet art aux prélats et archidiacres, ne la permettant qu'au clergé inférieur 1. Nul clerc ne peut s'adonner à la chirurgie, parce qu'elle verse le sang. Boniface VIII menace d'excommunication quiconque disséquera un cadavre.
L'anatomie étant proscrite 2, les sciences naturelles, comme la botanique, la minéralogie et la chimie, étant dans l'enfance, on peut deviner ce que fut notre médecine du moyen âge. Elle se composait de recettes souvent puériles, d'observations incomplètes, empruntées à Tantiquité ou aux Arabes. Les préjugés, les superstitions du temps y tenaient une large place. Le médecin, qu'on appelait aussi le physicien ou le mire, se confondait avec l'alchimiste et l'astrologue. On enseignait que le cerveau croît et décroît selon les phases de la lune, qu'il a, comme la mer, son flux et son reflux deux fois par jour. Le poumon servait à éventer le cœur, le foie était le siège de l'amour, la rate celui du rire. On employait des formules et des paroles cabalistiques; on ordonnait des remèdes étranges, comme l'urine de chien, le foie de crapaud, le sang de grenouille, de rat, de bouc; on recherchait des panacées ou remèdes universels; on ne saignait qu'à certains jours, et après avoir observé la position des astres et les phases de la lune. Tel remède était bon pour le seigneur, mauvais pour le vilain : le noble devait se purger avec la rhubarbe , le paysan avec le myrobolum ; l'un se guérissait d'une fracture avec le bol d'Arménie, l'autre avec la fiente de ses bêtes. *
Les médecins étaient eux-mêmes si peu sûrs de leur science, que les maîtres enseignaient à leurs disciples des
1. Les docteurs en médecine, gradués dans les facultés, étaient considérés comme des clercs, et, le plus souvent, obligés au célibat.
i, Albert le Grand lui-même prend les tendons pour des nerfs! Il croit que les artères renferment de l'air et que la partie inférieure du cr&ne est vide.
procédés pour amuser le client. Amauld de Villeneuve écrivait : c< Tu ne sauras peut-être pas ce que dénote Turine que tu viens d'examiner. Dis toujours : 11 y a obstruction au foie. Si le malade te répond : Non, maître, c'est à la tête que j'ai mal, hàte-toi de répliquer : Gela vient du foie. Sers-toi de ce, mot d'obstruction parce qu'ils ne savent pas ce que cela signifie. »
Chlnurgie. — La chirurgie était considérée comme un art inférieur. Comme il était interdit aux clercs de l'exercer, on la sépara de la médecine. Elle fut abandonnée à des praticiens qui ne recevaient pas de grades, et qui se confondaient avec les barbiers et même les étuvistes ou baigneurs. Au XVII*» siècle encore, en 1613, il y aura la corporation des chirurgiens-barbiers. Us rasaient, saignaient et pansaient les blessures. Au xv« siècle, le barbier du roi était un personnage ; dans tout le royaume, par ses délé- / gués, il faisait passer des examens aux barbiers, veillait sur leurs mœurs et tenait la main à ce qu'ils observassent les règlements.
Médecine du peuple. — Encore les médecins et les chirurgiens-barbiers ne servaient-ils qu'aux nobles et aux riches. Le peuple avait sa thérapeutique à lui ; en fait de médecine, les remèdes de bonnes femmes, les remèdes de sorciers; en fait de chirurgie, les rebouteux qui avaient des charmes, des secrets pour remettre les membres cassés, avec des emplâtres de leur composition, des signes de croix et des formules. Le rebouteux par excellence, c'était le bourreau ; puisqu'il s'entendait . si bien à casser les membres, il devait donc s'entendre à les remettre. C'était lui qui fournissait une précieuse panacée : la graisse de pendu.
On croyait aussi que l'haleine de l'àne expulsait du cq/rps tout venin. Quand on avait mal aux dents, on les guérissait en les touchant avec une dent de mort. Pour arrêter l'hémorrhagie, on saignait du nez sur deux fétus posés en croix, ou l'on se mettait une clef dans le dos. En se roulant tout nu dans un champ d'avoine, on faisait disparaître la gale. En crachant dans la gueule d'une grenouille vivante, on calmait la toux.
Plutôt que de s'adresser au méderin. on avait recours à
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l'apothicaire, qui, malgré les défenses de la faculté , se mêlait de guérir. Les charlatans pullulaient *.
Médecine religieuse* — La religion aussi avait sa médecine, où s'amalgamaient les croyances chrétiennes avec les vieilles superstitions païennes. L'épilepsie s'appelait alors le mal sacré, le mal divin. L'épileptique était considéré comme possédé du démon; il ne s'agissait que de faire sortir le mauvais esprit qui était en lui ; le prêtre l'aspergeait donc d'eau bénite et, pendant que le malade se roulait dans les convulsions, lisait la formule de l'exorcisme. On sait que les maladies nerveuses se communiquent aisément aux personnes dont les nerfs sont sensibles; aussi le démon, chassé du corps de l'opéré, se donnait-il souvent le plaisir d'entrer dans le corps d'un des assistants, qui se roulait à son tour. Parfois, pour se venger, il entrait dans l'exorciseur. Les possédés étaient encore guéris par un pèlerinage à Saint-Maur, près de Paris, par une neuvaine à l'église de Bon-Secours, près Nancy, par l'attouchement du saint suaire de Besançon.
Saints guérisseurs. — Le ciel était peuplé de saints guérisseurs. Si l'on avait le mal de gorge, on s'adressait à saint Christophe ; l'hydropisie, à saint Eutrope ; la fièvre, à sainte Pétronille; la folie, à saint Mathurin; la peste, à saint Roch; la rage, à saint Hubert, le patron de la chasse et des chiens. Au monastère de Saint-Hubert, près de Liège, un moine touchait le patient avec l'étole du saint ^ le cautérisait avec <( la clef de saint Hubert ».
Souvent le choix du. saint est déterminé par une sorte de calembour. Pour la teigne, on s'adressait à saint Aignan (prononcez : saint Teignan) ; pour le mal d'yeux, à sainte Claire; pour la goutte^ à saint Genou; pour les maux de
1. En 1398, deux moines entreprirent, par des opérations magiques, de guérir la folie de Charles VI; le roi se trouva plus mal; alors ils furent dégradés par Tévéque et décapités en place de Grève. Deux homnies se présentèrent à leur tour au bailli de Dijon : ils guériraient le roi, même à distance, si Ton faisait tout ce qu'ils demandaient. Dans une forêt, ils dressèrent un grand cercle de fer porté sur douze colonnes de fer, avec douze chaînes de fer. Il fallait que douze personnes se laissassent attacher à ces chaînes; onze seulement se présentèrent; le bailli de Dijon fit gracieusement le douzième, mais il jura de brûler les sorciers, si le roi ne guérissait pas. L'opération dura plusieurs semaines, le roi ne guérit pas et les charlatans furent brûlés.
reins, à saint René; pour les crampes, à saint Grampan.
Certaines maladies étaient même désignées uniquement par le nom du saint qui les guérissait : ainsi la danse de saint Guy, maladie nerveuse que nous appelons aujourd'hui la chorée; le mal saint Jean, qui était Tépilepsie; le mal saint Antoine, ou mal des ardents, qui était la gangrène;, le mal saint Ëloi, qui était le scorbut; le mal saint Firmin, qui était Térysipèle; le mal saint Lazare ou saint Ladre, qui était la lèpre ; le mal saint Quentin, qui était rhydropisie ; le mal saint Sylvain, qui semble avoir été une sorte de fièvre éruptive.
Les moines qui exercent cette médecine en tirent parfois des profits illicites. Au zni« siècle, on accuse ceux de saint Antoine de ne recevoir dans leurs hôpitaux que des gens sains, sur le corps desquels ils peignent des plaies et qu'ils envoient solliciter ensuite la charité des fidèles. Ceux de saint Sylvain gardent comme serfs ceux qui ont recouvré la santé sous le porche de leur église ; pour augmenter le nombre des suppliants, ils interdisent toute concurrence. En 1263, ils défendent à une femme a de se mêler de guérir ceux qui seraient atteints du mal saint Sylvain, sauf le seigneur ou quelqu'un des siens », parce que ceuxci n'étaient pas susceptibles d'être réduits au servage.
Rois i^^uérissenrs. — Les rois aussi guérissaient par leur attouchement : celui d'Angleterre guérissait de l'épilepsie ; celui de France, des écrouelles. Le roi d'Angleterre, quand il eut ajouté à son titre celui de roi de France, guérissait également des écrouelles. Certains chefs de familles féodales, comme de la maison d'Aumont, en Bourgogne, avaient le même don. Le progrès du pouvoir royal mit lin à ces guérisons féodales.
Les maladies au moyen Age. — Cependant jamais une médecine vraiment sérieuse n'aurait été plus utile qu'à certaines époques du moyen âge, où sévirent des maladies qui ont disparu depuis, et où celles qui subsistent encore atteignirent une violence inouïe. Alors on ignorait ou l'on négligeait les principes les plus élémentaires de l'hygiène ; le paysan vivait sur le fumier, pêle-mêle avec le bétail, comme le misérable paysan irlandais d'aujourd'hui ;| le citadin vivait au milieu de la puanteur des rues étroites»
Le clergé, en prêchant le mépris du corps, encourageait indirectement à en négliger les soins les plus essentiels. Jusque vers le milieu du xiv« siècle, les tissus de chanvre et de lin étaient peu en usage, même dans les classes supérieures ; or, les tissus de laine, en contact direct avec la peau, l'irritaient. Le paysan se nourrissait mal, et, en lait de viande, ne connaissait guère que les salaisons.
Un tel régime devait favoriser les maladies de la peau. Aux x« et xi« siècles, sévit le mal des ardents, scorbut ou gangrène d'un caractère épidémique qui détachait, articulation par articulation, les membres du corps. Les ulcères, les dartres, la teigne, la gale, la pellagre ou mal de misère, étaient fréquents. La pauvreté du sang multipliait les scrofules ou écrouelles. La lèpre, qui commença avec les premières croisades, mais qui ensuite se développa énormément, dura pendant tout le moyen âge. En 1250,rarmée de saint Louis, en Egypte, est décimée par la dyssenterie et le scorbut.
Les maladies nerveuses, surexcitées par la terreur des guerres, par le spectacle des supplices, par la peur du diable et de l'enfer, par l'isolement et l'ennui de la vie de cloître et de château, se multiplièrent. On eut la chorée épidémique, qui s'emparait de populations entières et les entraînait dans une ronde éperdue ; les épilepsies fréquentes, où l'on voyait une possession du diable ; la lypémanie ou tristesse noire ; la lycanthropie, folie de ceux qui se croyaient changés en loups et qu'on appelait loups-garous ; la démonomanie, qui fit croire à des milliers de malheureux qu'ils étaient en commerce avec le démon; la manie des flagellants; les hallucinations, qu'on prenait pour des visions.
La petite vérole, pour la première fois, apparut en Gaule au vi« siècle : c'est de cette maladie, décrite par Grégoire de Tours, que moururent les enfants de Frédégonde. La peste d'Orient, ou peste à bubons, se manifesta vers 540.
La Peste noire, qui fut également une peste à bubons, parcourut, au xiv« siècle, l'Europe entière et y enleva une grande partie de la population.
Au xv« siècle, apparaissent la coqueluche qui, en 1414, tua surtout les personnes âgées, et la suette anglaise, qui fit encore beaucoup de ravages au xvi« siècle, mais qui, alors,
se limita à F Angleterre et à Calais, occupé par les Anglais.
La médecine resta impuissante devant ces fléaux : souvent, elle laissa agir une superstition qu'elle partageait. On exorcisa les prétendus possédés; on brûla les prétendus sorciers. Les lépreux, recommandés à saint Lazare, furent enfermés, tantôt dans des cabanes isolées, tantôt dans les lazarets, mais toujours séparés du reste des hommes. On leur fît revêtir un costume voyant, une blouse rouge ; on leur garnit les mains de gants ; on les munit d'une crécelle pour avertir les passants. Le prêtre, quand on lui amenait des lépreux, leur défendait de marcher pieds DUS, de cheminer autrement que sur les grandes routes, pour n'être pas exposés à frôler les voyageurs, d'entrer dans les églises, de se baigner dans les fleuves. Il les consolait en leur rappelant que leur communion spirituelle avec les chrétiens subsistait cependant. Puis il prononçait des prières, versait sur leur tête une pelletée de terre, en signe qu'ils étaient retranchés du nombre des vivants, et leur donnait à baiser la semelle de sa chaussure. Les lépreux ne devaient fréquenter que des lépreux, ne se marier qu'avec des lépreuses, et, à leur mort, leur cabane était livrée aux flammes.
Réveil de Im médeeine. — Au xv« siècle, il semble qu'il y ait un réveil de la science. A Montpellier, sous Charles VI, on dissèque, pour la première fois en France *, le corps d'un criminel. En 1474, sous Louis XI, on fait pour la première fois, sur un homme malade de la pierre, l'opération de la taille. En 1484, une ordonnance de Charles VIII fixe à quatre années la durée de l'apprentissage dans la corporation des épiciers-apothicaires de Paris ; car les apothicaires ou pharmaciens ne faisaient qu'une seule corporation avec les épiciers, et celle-ci avait obtenu le second rang parmi les métiers de Paris. Une ordonnance de Louis XII sépare nettement les deux professions *. Ce
1. En Italie, MoDdiai de Luszi, professeur à rUoiversité de Bologne, avait disséqué, en 1315, deux cadavres de femmes et publié un compendium «a manuel d'anatomie, qui devint célèbre dans TEurope entière.
2. Et enfin, en 15^6, un arvét du parlement de Paris appellera deux docteurs de la faculté de Paris à prendre part aux examens des apprentis apothicaires. A partir de ce moment, l'autorité de la Faculté de médecine s'affirme de plus en plus sur la corporation des pharmaciens.
sont les origines de la pharmacie française. £n 1492 Prévost, de Tours, publiait une pharmacopée ou traité de la pharmacie.
Géographie, voyages. — La géographie a fait des progrès au moyen âge. Les régions du nord, Germanie, Scandinavie, Pologne, Russie, presque inconnues des Grecs et des Romains, entrent dans la communauté chrétienne. Les croisés portent les armes en Asie Mineure, en Syrie, en Egypte, en Afrique. De hardis navigateurs Scandinaves découvrent les îles Feroë, llslande, le Groenland, le Labrador, et dans l'Amérique polaire, trois cents ans avant Christophe Colomb, établissent des églises chrétiennes et des évéques. Cette première découverte du Nouveau-Monde est ensuite oubliée : on ne sait par quelle révolution physique le Groenland, dont le nom signifie la terre verte, devient la terre des glaces, inhabitable aux colons européens.
Jusqu'au xiii® siècle, ce que Ton connaît le mieux, c'est la Palestine. Dans les cartes d'alors, les noms se pressent sur la Terre-Sainte, tandis que de vastes régions, même de l'Europe, sont presque en blanc. On enseigne que Jérusalem a été placée par Dieu au centre du monde, afin que tous les peuples puissent y venir en pèlerinage. Quelque part, en Asie ou au sud de l'Egypte, on ne savait au juste, était le royaume du mystérieux Prêtre-Jean, un monarque chrétien qui avait conservé sa foi au milieu des infidèles * .
Le xnie siècle est l'époque des grands voyages 2, non sur mer, car l'art maritime n'est pas encore assez avancé, mais sur la vaste étendue de l'ancien continent. Le missionnaire Plan-Carpin, envoyé d'Innocent VI, en 1246, s'avance jusqu'à Karakorum, dans la grande Tartarie. Le même
1. On a cru longtemps que c'était le roi d'Abyssinie; mais il parait aujourd'hui certain que c'était un chef des Mongols- Kéraïtes, converti au christianisme par des missionnaires nestoriens, et tué en 1203, après sa défaite par Gengis-Khan.
2. Certains voyageurs, comme Mande ville, mêlaient beaucoup de mensonges à leurs récits, les faits réels qu'ils apportaient ne leur paraissant pas assez merveilleux. Dans la plupart des livres, même du xm" siècle, consacrés à la description de la terre, les vieilles fables se maintiennent. On y parle encore de pygmées hauts de deux pieds, de géants qui sautent d'un bond par-dessus les éléphants, de peuplades à tètes de chien, de femmes à barbe, d'amazones, de cyclopes, d'hommes qui n'ont qu'un pied ou qui n'ont pas de tète et dont les yeux sont fixés dans les épaules.
voyage est accompli, en 1248, par le Français André de Longjumeau et, en 1250, par Anscelin, Simon de Saint-Quentin et trois autres dominicains, également envoyés par le pape. Le franciscain Rubniquis, envoyé de saint Louis, en 1253, visite tous les pays tatars et mongols. Le Vénitien Marco-Polo (1256-1323) voyage pendant vingt-quatre ans en Perse, Arménie, Tartarie, Chine. Un franciscain italien, Orderic de Pordenone (1286-1331) visite l'Arménie, la Perse, llndoustan, le Thibet, la Chine. L'Anglais Mandeville (1300-1372) parcourt trente années l'Asie occidentale. En 1335, ritalien Pegoletti écrit son itinéraire d'Azof à Pékin; guide du commerce européen en Asie. Vincent de Bcauvais, dans son « Miroir historial », a résumé toutes les connaissances géographiques du xni" siècle.
A la fin du xrv® siècle, commencent les explorations des^ Portugais et des Français sur les côtes occidentales del'Afrique; mais ces régions avaient déjà été pratiquées dans l'antiquité par les Phéniciens, les Grecs, les Romains. L'horizon de l'humanité ne devait s'agrandir sérieusement qu'à la fin du xv« siècle.
Ouvrages a consulter : Paul Janet, ffist. de la philosophie morale et politique. — Patru, De la philosophie au moyen âge. — FraDck, Dictionnaire des sciences philosophiques. — Hauréau, Bist. de la philosophie seolastique. — Jourdain, La philosophie de saint Thomas. — Rémusat, Abélard et Saint Anselme.
Hoefer, Hist. des mathématiques, Hist. de l'astronomie, Hist. de la physique et de la chimie, Hist. de la zoologie, Hist. de la botanique, de la minéralogie et de la géologie.
— Faye, Sur Vorigine des doctrines cosmogoniques. — Berthelut, Origine de V alchimie. — Figuier, ÏAlchvnie et les Alchimistes et Yiés des savants illustres (t. II). — M. Marie, Hist. des sciences mathématiques et physiques.
— OUeris, Œuvres de Gerbert. — Renan, Averroès et VAverroîsme. — Chasles, Boger Bacon, sa vie, ses ouvrages, ses doctrines. — Pouchet, Albert le Grand. — Alfred Maury, La magie et Vastrologie. — Salverte, Les sciences occultes, avec inlroduction par Littré. — F. Denis, Les sciences occultes. — Pouchet, Hist, des sciences naturelles au moyen âge.
— Victor Carus, Hist. de la zoologie, (trad. par Hagenmùller) . — Klaproth. Lettre sur l'invention de la boussole (1839). — Liltré, Médecineet médecins. — Sprengel, Essai d'une histoire pragmatique de la médecine.
— Daremberg, Hist. des sciences médicales (t. I).— Paul Lacroix, iScience* et lettres au moyen âge. — Monteil,Za médecine en France, édition Le Pileur.