‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 56 sur 116 · CIVILISATION DU MOYEN AGE IV. LES ARTS · texte numérisé non relu

CIVILISATION DU MOYEN AGE IV. LES ARTS

Arehlteeture romane. — La civilisation romaine avait légué aux sociétés barbares son architecture. Les basiliques des Romains, vastes édifices de forme oblonguc. partagées en trois nefs par deux rangées de colonnes, et qui servaient de halle et de bourse pour les marchands, de salle d'audience pour le juge, offrirent un type aux églises des chrétiens : le mot païen de basilique resta aux temples de Jésus. Seulement, pour que le plan de rédifice reproduisit Timage de la croix, on ajouta à la nef principale deux galeries transversales qu'on appelle les « transepts ». Ceux-ci formaient les bras de la croix, et le chœur marquait la place de la tête du crucifié.

Vers le x® siècle, un art nouveau se révèle : l'art romain, transformé par le génie français, nous donne l'architecture romane. Celle-ci est caractérisée, comme celle des Romains, par Tare de plein-cintre; mais les proportions en sont plus amples ; la construction des voûtes esl plus hardie; de hautes tours ou clochers flanquent ou •dominent l'édifice. Les plus curieux monuments de cette architecture sont, à Paris, Saint-Germain-des-Prés ; à Caen, l'abbaye Saint-É tienne et l'abbaye des Dames; à Nevers, Saint-É tienne; à Poitiers, Saint-Hilaire ; à Reims, Saint- Remy; à Vézelay, l'église de la Madeleine; à Arles, Saint- Trophime; à Autun, à Angoulême, la cathédrale; et enfin l'église Saint-Savin dans la Vienne, ornée encore aujourd'hui de curieuses peintures.

L'architecture romane pourrait encore s'appeler l'archi-

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tecture monacale ; les évéques et les abbés furent les premiers architectes, de même que les moines furent les premiers sculpteurs et les premiers peintres. Le monastère de Cluny est alors le centre des écoles d'architecture et réglise de ce monastère, construite entre 1089 et 1131, peut être citée comme le prototype de l'art clunisien.

Arcbitectore ogivale. — Vers le xii« siècle, de Fart roman, par une évolution naturelle et une série de transformations, naît un autre art plus hardi et plus original. On Ta appelé, d'un mot impropre, l'art gothique. Son vrai nom, ce serait l'art français, car il a pris naissance dans le bassin de la Seine. On l'appelle « l'art ogival », car il est caractérisé par l'ogive, formée de deux arcs qui se rencontrent en donnant un angle plus ou moins aigu. L'ogive, très allongée, est dite « à lancette » ; moins aiguë, ornée à l'intérieur de courbes, on l'appelle « rayonnante » ; surchargée d'ornements en forme de flammes, elle devient « flamboyante ». On considère que l'ogive flamboyante, au xv« siècle, marque la décadence de l'art ogival.

L'art ogival coïncide avec la première émancipation de la bourgeoisie; c'est l'architecture laïque par excellence; la direction artistique passe alors des écoles de monastères aux écoles fondées dans les villes.

Châteaux, hôtels de ville. — L'art ogival, dans une société toute religieuse, s'est appliqué d'abord aux églises. Puis quand la féodalité achève de s'organiser et de prendre possession du sol, il renouvelle aussi l'architecture intérieure des châteaux. Enfin lorsque, dans les communes émancipées du Nord, grandit la troisième force sociale, le tiers état, il élève ces splendides monuments de la richesse et de la liberté bourgeoises : les hôtels de ville, avec leurs galeries de fenêtres ogivales, leurs toits aigus à la crête dentelée, leurs tourelles en poivrière, leurs cages d'escaliers élégantes, leurs hauts beffrois de formes étranges K Il élève aussi pour de riches particuliers ces grands palais, d'une richesse infinie d'ornements, comme la maison de Jacques Cœur à Bourges. Il élève pour les assises des juges

1. Celui de Bruges, un des pins beaux que Ton connaisse, est l'œuvre de Colard Noël, architecte de Valenciennes, au xv* siècle.

royaux de magnifiques v palais de justice », comme celui ie Rouen, œuvre de Roger Ango,tout à la fin du xv* siècle. Au XIV* siècle, Raimond du Temple et Robert Fauchier, « maîtres des œuvres et sergents d'armes » de Charles V, construisent le premier palais du Louvre, qui est un vrai château. Jacques Luce reconstruit le Palais de Justice.

Les emthédrales. — Les cathédrales, églises où s'élève la chaire (cathedra) des évéques, sont les plus magnifiques de nos monuments religieux. Le xii« et le commencement du xm® siècle, surtout la période de soixante ans qui va de 1180 à 1240, c'est la grande époque des cathédrales. > Les évêques, le clergé, les rois, les grands, le peuple, rivalisent de générosité. C'est surtout dans le domaine royal que s'élèvent ces temples, monuments de l'alliance de l'épiscopat et de la royauté, témoignages de la puissance de ces évoques-comtes et de ces évêques-ducs, auxquels nos rois donnaient le titre de pairs, et aussi de la richesse et de la magnificence des communes. Alors se construisent ces merveilleuses cathédrales d'Amiens, de Beauvais, de Soissons, de Chartres, de Noyon, de Laon, de Reims, de Langres, de Bourges. Notre-Dame de Paris, commencée en 1160, sous Louis VII, est achevée vers 1235, sous saint Louis. 11 faut citer aussi de simples églises paroissiales, comme Saint-Séverin de Paris ; de simples chapelles , comme celle du Palais de Justice, vrai bijou d'architecture, qu'on appelle la « Sainte-Chapelle ».

Du domaine royal l'art nouveau se répand dans les contrées voisines. Sur la Seine inférieure, les ducs de Normandie, devenus rois d'Angleterre, sont d'ardents bâtisseurs d'églises ; les cathédrales de Lisieux, de Rouen, d'innombrables églises abbatiales et paroissiales, appartiennent à l'art nouveau. Dans les régions du nord et de l'est, s'élèvent les églises des Flandres, la cathédrale de ,Metz , et surtout cette imposante cathédrale de Strasbourg, dont le clocher domine au loin les deux rives du Rhin. Par Strasbourg, l'art ogival franchit le Rhin pour se répandre en Allemagne. Par la Normandie, il franchit la Manche pour faire la conquête de l'Angleterre *. Par la

1. L'art ogival est si bien un art français qu'il n'apparaît ailleurs que

Loire, il gagne la France méridionale. Celle-ci a conservé plus fidèlement, avec les lois et les institutions romaines, Tarchitecture romane; de plus, elle a emprunté à l'Orient grec une architecture qui dérive de celle-là : l'architecture byzantine, caractérisée par les coupoles. Ainsi la cathédrale d'Angoulême est romane, la cathédrale de Périgueux est byzantine, la cathédrale de Garcassonne est un mélange de roman et d'ogival.

La France du nord et du midi, qui ont une langue, une littérature, une législation, une civilisation différentes, ont donc également une architecture distincte; mais le nord tend à dominer sur le midi, même dans le domaine de l'art. La croisade albigeoise, qui a implanté dans mainte région du sud la coutume de Paris, y fait prévaloir aussi l'art ogival.

Cet art est la grande création du moyen âge français : il est profondément original, car il ne ressemble à rien de ce qu'on avait vu dans l'antiquité. Quoi de plus différent qu'un temple grec ou romain et une église ogivale I Ce qui les distingue d'abord, ce sont les proportions colossales de nos constructions du moyen âge. Le temple antique ne renferme guère que la statue du dieu ; l'église ogivale est destinée à abriter sous ses voûtes des populations entières. Le Parthénon d'Athènes, le temple le plus admiré de Tan-

beau coup plus tard et que c^est par des artistes français qu'il se répand à Vétranger : !<> Les belles cathédrales allemandes sont plus récentes que celles de riie-de-France. Celle de Cologne Q*a été commencée que vers 1238 ; celle de Fribourg en Brisgau, vers 1236; celle de Strasbourg, alors ville du Saint-Empire, en 1277. Donc, sur le Rhin, comme en France, la construction des cathédrales ogivales a suivi de très près Témancipation des villes. 8» Au XII* siècle, c'est Guillaume de Sens, artiste français, qui, en Angleterre, élève la cathédrale de Cantorbérj, et celle de Lincoln parait aussi une œuvre française; au xiii* siècle, Etienne de Bonneuil va construire celle d'Upsal en Suède ; d'autres Français, celle de Wimpfèn-^n-val (Hesse- Darmstadt) et celle de Burgos (Espagne); au xiv* siècle, Pierre de Boulogne b&tit celle de Prague (Bohême) et Philippe de Bonaventure le Dôme ou cathédrale de Milan (Lombardie), tout en marbre blanc. M. Lassus, qui a publié Vaibum de Villars de Honnecourt, architecte du xin* siècle, croit que cet artiste, qui a exécuté en^ France des travaux importants, a, vers 1850, commencé l'église Sainte-Elisabeth, à Cassovie ou Kaschau (Hongrie) et concouru à celle de Sainte-Elisabeth, à Marbourg (Styrie).

Ainsi l'art français eut au moyen âge la même universalité que la langue et la littérature françaises.

tiquilé, ne couvre que quatre cents mètres de superficie; la cathédrale d'Amiens en couvre sept mille. L'un présente des façades allongées, des hauteurs médiocres, un développement de colonnes. L'autre est toute en hauteur : la façade se resserre, mais pour s'élever; les portails, les fenêtres, les voûtes intérieures, les tours des clochers, les flèches aériennes qui vont porter jusque dans la nue le coq de saint Pierre, tout semble, avec la pointe des ogives, s'élancer vers le ciel *.

Entre l'église romane ou byzantine et l'église ogivale, les différences ne sont pas moins marquées. Massives sont les murailles, les colonnes, les coupoles de l'église byzantine ; au contraire, tout vise à la légèreté dans l'église ogivale ; presque pas de muraille, mais des fenêtres hautes, nombreuses, qui se touchent, se continuent, si bien que le monument semble transparent. On déguise les masses de la construction sous la finesse de l'ornementation. L'église semble n'être pas en pierre, mais en dentelle.

Pas une pierre qui ne soit fouillée et tourmentée. Aux portails, un triple ou quadruple rang de statues, sur leurs socles sculptés, sous leurs dais ciselés, suit les lignes de l'ogive. Plus haut, le front de l'église est mis à jour par le dessin compliqué de la rosace. A l'intérieur, les piliers sont décomposés en fines colonnettes ; leurs chapiteaux ne sont qu'un fouillis de feuillages; la voûte, souvent azurée et semée d'étoiles d'or, dissimule la puissance de sa structure sous les nervures, enluminées et dorées, qui s'entre-croisent. Ces hauts clochers, qui supportent le poids des cloches énormes, ces flèches hardies, qui bravent Teff'ort des ouragans, sont si curieusement découpés qu'ils paraissent fragiles. Toute la force est cachée sous la grâce, et ces prodigieux monuments semblent un défi aux lois de la pesanteur, une gageure avec l'impossible, un rêve irréalisable et pourtant réalisé, une folie architecturale qu'un souffle des vents devrait faire évanouir et qui, depuis sept cents ans, reste debout.

1. L'ogive, dans les églises, n'est pas seulement, comme dans les châteaux ou les hôtels de ville, un motif d'ornementation ; elle commande toute la structure de l'édifice, et c'est elle qui lui donne à la fois l'élévation et la légèreté.

Toutefois rarchitecte se défie, souvent avec raison, de la solidité de son œuvre. A côté de cette fantaisie audacieuse, 011 constate une prudence qui va parfois jusqu'à la timidité. Pour soutenir cet élan vers le ciel, l'art encore incertain, tâtonnant, mal sûr de ses calculs, ayant affaire à des masses colossales, multiplie à l'extérieur les appuis, les contreforts, les arcs-boutants, si bien que l'édifice semble comme emprisonné dans une cage de pierre.

Arclilteetes et franes-maçons. — C'est à peine si, sur trois cathédrales, on peut citer un nom d'architecte *. On» connaît ceux de Jean de Chelles et de Jean Ravy, qui bâtirent Notre-Dame de Paris, de Robert de Luzarches, de Thomas et Renaud de Cormont, qui se succédèrent à la cathédrale d'Amiens, de Robert de Coucy, qui éleva celle de Reims, de Libergier, qui construisit Saint-Nicaise de Reims, de Pierre de Montereau qui, en moins de cinq ans, fit la Sainte-Chapelle, d'Enguerrand le Riche, c[ui éleva Notre-Dame de Beauvais, d'Erwin et Jean de Steinbach qui, au xiii® siècle, terminèrent la nef et commencèrent la tour de Strasbourg, d'Ulric d'Ensingen et de Jean Hultz, qui achevèrent la flèche. Combien d'autres sont restés inconnus!

Il s'était formé des confréries de travailleurs qui s'intitulaient « les logeurs du bon Dieu » et qu'on appelait aussi « francs-maçons ». En Alsace, ils se divisaient en loges ou huttes. Us obéissaient au « maître de l'œuvre », c'està-dire à l'architecte. Ces confréries parcouraient le pays, allaient où quelque évêque ou quelque roi les appelait. Là, elles s'installaient, demeuraient pendant des années, sans cesse renouvelées par la mort et se recrutant de nouveaux membres, travaillant aussi longtemps qu'on pouvait leur fournir des fonds, émigrant quand l'œuvre était achevée ou quand l'argent manquait pour terminer. Telle

1. M. Viollet-le-Duc reconnaît, pour le xii» siècle, jusqu'à onze écoles françaises d'archilecture, « parfaitement distinctes en ce qui touche le système de construction adopté, la manière de remplir les programmes donnés, la forme apparente et Tornementation ». Ce sont les écoles bour*guignonne ou de Cluny, provençale, languedocienne, périgourdine, auvergnate, poitevine ou saintongeoise, française de l'Ile-de-France, champenoise, normande, picarde. Il y avait donc & peu près autant de styles d'architectures que de dialectes de la langue d*oïl ou de la langue d'oc.

<5onfrérie bâtissait les murs, puis, faute de ressources, s'en allait ; vingt -ans plus tard, une autre bande élevait les tours ; -cent ans après, de nouveaux survenants dressaient l'une -des flèches.

Peu de cathédrales ont été construites en une fois, et pas une seule j dit M. VioUet-le-Duc, n'a été finie telle qu'elle *vait été projetée.

Le plus facile, c'était le gros ouvrage, carl'évéque ou quelque autre seigneur commençait la besogne avec un trésor bien garni et pouvait mettre à la disposition des architectes, pour aider les maçons, tout un monde d'ouvriers. Les serfs d'Église étaient appelés à la corvée; les travailleurs libres étaient entraînés par le zèle religieux. D'ailleurs ils étaient nourris et entretenus ; tous les privilèges accordés aux croisés, tels que sursis pour leurs dettes, suspension •des procès, exemption de certains droits féodaux, leur étaient concédés. Des prélats, des seigneurs, de nobles •dames, des rois, donnaient l'exemple, maniant la pioche pour creuser les fondations, s'attelant aux voitures de matériaux. Les prêtres mettaient de l'ordre dans cette foule, faisaient chanter des cantiques pendant les travaux. Dès que le corps de l'édifice était debout, sans même attendre que les fenêtres fussent munies de vitres, l'évêque inaugurait l'église en grande pompe, oignait avec le saint -chrême les piliers de la nef, aspergeait les parois d'eau bénite, célébrait la messe au maître-autel.

Restait à terminer l'édifice, à élever les tours, à couvrir de sculptures toutes ces pierres, à peupler les niches de statues, à garnir les fenêtres de riches vitraux. C'était le plus long; les serfs et les travailleurs volontaires n'étaient plus d'aucun secours pour cette besogne; il fallait des artistes de profession, et leur travail coûtait cher. L'église attendait donc : l'évêque imposait de nouveaux sacrifices à son clergé, sollicitait les dons et les legs des laïques, offrait des indulgences, or4onnait des quêtes. Souvent, il prenait la plus précieuse relique de son trésor, la confiait à des moines qui l'installaient sur un chariot et s'en allaient par le monde, dans les diocèses voisins, même dans les royaumes étrangers, haranguant les fidèles et tendant l'escarcelle. A Rouen, une des tours, qu'on appelle la « tour

de beurre », a été élevée en partie avec l'argent que donnaient les fidèles pour acheter la permission de manger du beurre en carême. Les cathédrales qui n'ont pas été achevées dans la grande époque de ferveur religieuse, c'est-àdire avant le milieu du xin« siècle, ont mis des siècles à se compléter. Strasbourg attend encore la seconde flèche; Cologne n'a dû ses deux tours, en notre siècle, qu'à un empereur protestant.

Seulpture, peinture, orfèvrerie rellgieniie. — A côté des maîtres maçons, l'Église réclamait le concoure d'autres artistes. Il y avait les « tailleurs imagiers i » qui sculptaient les saints des niches, les scènes bibliques ou évangéhques des portails, les feuillages et les animaux, réels ou fantastiques, gracieusement associés dans les chapiteaux, les monstres grimaçants des gargouilles ou gouttières 2.

U y avait encore les verriers, qui peignaient sur verre et à qui nous devons les vitraux aux couleurs éclatantes qui décorent, encore aujourd'hui, tant d'anciennes églises. Le moine Théophile, au xii« siècle, a rédigé les préceptes de leur art.

Enfin les orfèvres, dont TËglise formait la principale clientèle, ornaient ses temples de reliquaires curieusement ciselés, d'évangiles reliés d'or et de pierreries, de chapes

1. Les artistes statuaires formèrent chez noas plosiears écoles provinciales. Au XII» siècle, M. Viollet-le-Duc signale l'école de rile-de-France et de la Champagne, snpérienre, comme style et comme faire, anx écoles des antres provinces; pois Técole bourguignonne, qui a pour centre le mcoastère de Cluny, et qui fait sentir son influence jusqu'en Auvergne, jusque sur la Marue et sur le Rhône: l'école provençale, qui se confond avec l'école languedocienne ; l'école poitevine et saintongeoise, qui est inférieure aux autres, mai? qui a beaucoup produit. A partir de la fin duxii« siècle, quand la direction artistique passe des moines aux laïques, ondistingue trois groupes d'écoles : Ile-de-France, Champagne et Bourgogne. Au XIV» siècle, il en reste deux, l'école française proprement dite et l'école

I bourguignonne, soumise & des influences flamandes.

I 2. Les « imagiers » du moyen Age sculptaient souvent des objets et des scènes étrangement profanes : à Strasbourg, une procession d'&nes et de

I porcs ; ailleurs, des représentations grotesques de moines et d'évèques, des singes revêtus du froc ou coiffés de la mitre, des ânes qui braient en «'accompagnant sur la lyre, des truies ou des ours qui jouent de l'orgue on du biniou, des chiens qui pincent de la harpe, des renards vêtus en moines et prêchant des poules. La caricature française est née sur lesmnrailles des cathédrales.

' toutes raides d'or et d'argent, de ciboires garnis de perles, ide riches ostensoirs.

Progrès de la sealptare. — Au xn« et au xin« siècle, la sculpture fait d'énormes progrès : au lieu des figures •difformes et contrefaites du xi«, apparaissent des statues au •dessin correct, aux proportions élégantes ; des visages bien dessinés et de physionomie expressive ; des groupes habilement disposés et des attitudes d'une dignité et d'un naturel parfaits. Les statuaires français du xu* siècle, qui ont commencé par imiter les artistes byzantin^, par reproduire les types hiératiques *, c'est-à-dire consacrés par la religion, ne s'inspirent plus que de la nature. Les portails de Chari;res, Paris, Amiens, Reims, Strasbourg, nous offrent des -statues admirables de simplicité et de grâce. Il y a là tout un art français, longtemps méconnu, mais dont certaines •œuvres annoncent déjà celles de la Renaissance *. Et la plupart de ces artistes sont restés inconnus. Ils ne cher- «chaient pas la gloire : comme les architectes, ils s'intitulaient eux-mêmes « tailleurs de pierres » ou « maçons » '(latomi) et se considéraient plutôt comme des artisans que comme des artistes.

Le progrès de la sculpture est dû surtout à ce que il'enseignement de cet art passa, comme celui de l'architecture, des écoles monastiques aux écoles laïques : c'est .alors que l'étude directe de la nature s'est substituée, pour les artistes, à la reproduction des types consacrés.

Au xiv« siècle, des noms de sculpteurs commencent à -se dégager. L'art n'est plus traditionnel, mais vraiment individuel. On cite à Dijon, Guy le Maçon; à Bourges, Aguilon de Droues; à Montpellier, les deux Alaman; à Troyes, Denizot et Drouin de Mantes; à Sens, Jacques des Stalles, qui doit ce titre de noblesse aux stalles de la •chapelle Saint-Laurent; à Orléans, Girard; à. Pari s, Jehan

1. Comme spécimen de sculpture hiératique, le Christ qui est représ^té' au portail de Saint-Pierre de Moissac (xii* siècle) avec les quatre figures symbolisant les Évangiles et un orchestre de musiciens couronnés; et surtout le Christ de la Madeleine de Vézelay (xi* siècle).

2. Voir surtout, au musée du Trocadéro, les deux statues de femmes du portail de Strasbourg, la Vierge et Tenfant Jésus du portail d'Amiens, le Christ couronnant et bénissant sa mère au portail de Notre-Dame de Paris.

de Saint-Romain et Jehan Lebraeilier , sculpteurs de Charies V.

Au XV* siède, la sculpture n'est plus exclusivement religieuse. Sous prétexte de coucher les défunts sur leurs tombeaux, on modèle de véritables statues, des portraits de personnes royales. Thury exécute les tombeaux de Charles VI et d'Isabeau de Bavière ; à Dijon, Claux Slutcr, Flamand ou Hollandais, aidé de deux Français, Claux de Verne et Jacques de la Barse, sculpte le tombeau de Philippe le Hardi, orné de quarante statuettes; il modèle les figures du Puits de Moïse. Jehan de la Verta dresse le tombeau de Jean sans Peur et de la duchesse Marguerite. A la même époque se rapportent celui du duc de Berry à Bourges ^ et celui de la belle Agnès Sorel, la favorite de Charles Vil, à Notre-Dame de Loches : c'était une statue en marbre blanc; deux anges soutenaient la tête sur un coussin et deux agneaux supportaient les pieds. Jean Juste de Florence exécute le tombeau de Louis XII à Saint-Deais; Michel Colomb, celui du beaupère de ce roi, François II, duc de Bretagne, dans la cathédrale de Nantes; André Colomban et Philippe de Chartres, celui du duc Philibert de Savoie et de sa femme dans réglise de Brou, près de Bourg. Jean Xexier, de 1514 à 1529, modèle les quatorze bas-reliefs qui ornent la ceinture extérieure du chœur, à la cathédrale de Chartres; son Massacre des Innocents surtout est un chef-d'œuvre.

On élève des statues aux rois et aux princes. A l'époque précédente, vingt-huit statues de rois de France ornaiont le portail de Notre-Dame de Paris; deux statues, celles de Philippe-Auguste et de Louis VIII, se dressaient dans le chœur, de chaque côté de l'autel. Philippe le Bel avait fait décorer de quarante -trois statues de rois, depuis Pharamond jusqu'à lui, les piliers du Palais de Justice. Au xv« siècle, ces statues deviennent de véritables portraits. Au Louvre de Charles V, s'élevèrent deux statues remarquables de Charles VI et Charles VII, œuvres des sculpteurs Philippe de Foncières et Guillaume Josse 2.

1. Il y a aussi à Bourges les deox statues agenouillées de 6e duc et de HA femme ; elles sont coloriées.

2. La sculpture accomplira des progrès plus rapides lorsqu'elle osera

Progprès de la peinture. — La peinture aussi se dégage: de la tradition. On ne peint plus seulement sur. vitraux : on peint sur toile. Jean Coste, sous Jean le Bon, déroule au château de Vaudreuil l'histoire de César, des représentations d'animaux, des chasses. Nous avons, au musée du Louvre, de la seconde moitié du xiv® siècle, une « Descente . de Croix », un « Martyre de saint Denis et de ses compagnons », une « Mise au tombeau »; du xv« siècle, un. portrait de Charles VII, celui de Philippe le Bon, celui du: sire de Beaujeu, gendre de Louis XI; un portrait de Guillaume Juvénal des Ursins, chancelier de Charles VII; un. grand tableau d'église, représentant Jean Juvénal des^ Ursins, père du précédent, à genoux, ainsi que sa femme et ses onze enfants, dont un archevêque et un évêque»- De ces tableaux, les deux meilleurs (les portraits de Charles VU et de Guillaume des Ursins) sont attribués à Jehan Fouquet; les autres sont l'œuvre de peintres restés inconnus^». Nicolas Froment, vers 1461, peint la résurrection de Lazare, qui est aujourd'hui au musée de Florence^, et, plus tard, le Buisson ardent, à la cathédrale d'Aix. Jehan Fouquet de Tours, sous les traits de la Vierge, dans un tableau pour l'église de Melun et qui est aujourd'hui au musée d'Anvers, représente Agnès Sorel. Jehan Bourdichon (1457-tl512) a travaillé pour quatre rois de France,, exécuté le^ portrait de Charles VllI. Sur la peinture française commençaient à se faire sentir des influences étrangères. Notre école de Bourgogne surtout subit l'influence des écoles de Flandre, grâce à la réunion de ces deux

représenter le nu ; car, pour sculpter ou peindre le nu, il faut une science complète di; corps humain et même des études anatomiques. Or le moyen* &ge s'est toujours effarouché du nu dans les arts. On raconte que saint Louis déchira la première page de sa Bible historiée parce qu'elle représentait nos premiers parents dans le paradis terrestre. Les sculpteurs, en fait de perspnuages nus, ne représentent guère que le corps difforme desdémons. Il est à remarquer que, déjà dans Tantiquité, ce qui distinguait l'art des Grecs et celui des barbares, et ce qui fit la supériorité du pre^ mier sur le second, c'est que les Grecs osèrent les premiers déshabiller les héros et les dieux.

1. On avait fait, au xiv« siècle, de nombreux portraits de Charles V t ce roi, dans un tableau en quatre pièces, possédait son propre portrait^ ceux du roi son,père, de son oncle l'empereur d'Allemagne et d'ÉdouardjIII^ roi d'Angleterre. Charles VI, voulant se marier, envoie un peintre en Lor> rainé, en Bavière, en Autriche, faire le portrait des princesses à épouser»

pays sous la domination des ducs de Bourgogne. Ceux-ci, princes magnifiques, beaucoup plus riches que les rois de France, ont été des protecteurs éclairés des arts. A Avignon, sous les papes Benoit XII et Clément YI se forine une école italienne : Simone Martini, de Sienne, peint les fresques de Notre-Dame des Doms et du château des papes ; on doit à ses élèves les fresques de la Chartreuse de Villeneuve-lès- Avignon. Le bon roi René d'Anjou, autre protecteur des arts *, dans sa cour d*Aix en Provence, attire des artistes flamands et italiens.

Quant à la peinture des manuscrits, elle atteint au XY« siècle une perfection étonnante : parmi les œuvres les plus remarquables de l'époque, il faut citer les « Heures^ d'Anne de Bretagne », enrichies de précieuses miniatures, œuvre de Jehan Bourdichon «.

La peinture sur verre, les émaux, les tapisseries, sont des formes de Tart beaucoup plus importantes, pendant tout le moyen âge, que la peinture sur toile.

Au XV» siècle, Jean Van Eyck, de Bruges, avait perfectionné la peinture à l'huile, qui remplace décidément les peintures à Teau, à la colle, au blanc d'oeuf, et qui assure aux œuvres artistiques plus d'éclat.

Gravure. — De 1418, date la plus ancienne gravure sur bois que nous possédions : elle est au musée de Bruxelles et représente la Vierge entre quatre saints. Puis vient le saint Christophe portant le Christ, gravure allemande surbois, qui porte la date de 1423 et qui appartient aujourd'hui à lord Spencer. Finiguerra, orfèvre florentin, trouve la gravure sur métal; une estampe de lui, représentant le couronnement de la Vierge, date de 1452. Vers la fin du XV» siècle, ou au début du xvi", commence la gravure à l'eau-forte.

1. René d'Anjou lui-même était un artiste; dans son livre d'heures il y a une miniature qui lui est attribuée et qui représente la Vierge.

8. Dans les Heure» d'Etienne Chevalier, on voit Charles VII représenté en roi mage, offrant des présents à l'enfant Jésus ; dans les Heures du roi René, le portrait de celui-ci et de son fils Jean d'Anjou. On attribue à Jehan Fouquet les miniatures du beau manuscrit de Tite-Live : elles représentent les batailles des Romains, armés comme nos chevaliers. Dans les livres d'heures du xv* siècle, par exemple celui du duc de Berry, une série de tableaux de genre, les travaux des douze mois de l'année, etc.

Hiialqae relif^leiise t le plaln-ehant. — La musique chez nous a une double origine, Tune ecclésiastique, Fautre populaire.)

Notre musique d'église n'était elle-même qu'un legs de la musique grecque ou romaine. On attribue au pape Sylvestre, vers 330, les premières écoles de chant religieux. Saint Ambroise, évéque de Milan (340-397), partagerait avec lui cet honneur : d'où le nom de chant ambrosien. Puis le pape Grégoire le Grand aurait commencé à se séparer de la tradition antique et créé le plaincliant : dans les écoles fondées par lui à Rome, on le .représente maniant le bâton, qui lui servait en même •temps à battre la mesure et à battre les élèves indociles.

Du VIII* au xi^ siècle, les documents musicaux sont 'difficiles à interpréter, à cause du mode défectueux de notation. Les notes y sont représentées par des neumes •ou signes '; mais, comme la portée n'est pas encore en usage, il est difficile de déterminer la valeur exacte de ces signes. Plus tard on plaça les neumes à des hauteurs •déterminées; puis on les plaça sur des lignes; enfin on •établit ces lignes de manière à former la portée telle que nous la connaissons. On fît usage des clefs. Les neumes firent place à des points carrés.

C'est un moine italien, Guy d'Arezzo, qui, au x« siècle, adopte la portée de quatre lignes et donne leurs noms aux rsix notes du plain-chant, jusqu'alors désignées par les premières lettres de l'alphabet. Ces noms nouveaux sont empruntés à un hymme latin en l'honneur de saint Jean, •qu'il faisait souvent répéter à ses élèves :

Ut qaeant Iaxis Resonare flbris Ura gestorum Famuli taorum, Suive poUati Labii reatum.

La note Si ne fut admise que plus tard. C'était un grand progrès que d'avoir posé cette règle : « Toutes les notes placées sur la même ligne doivent avoir la même signification.-» C'en était un aussi que d'avoir donné aux notes 4in nom musical, sonore, facile à chanter.

1. Ces signes sont le plus souvent des pointSt des virgules, des accents, •des traits, etc.

Le plain-chant avait de la noblesse et de la grandeur, mais il était monotone. 11 se composait d'une succession de note»; on n'avait pas encore Tharmonie, c'est-à-dii'c les combinaisons de notes différentes entendues en même temps *.

L'harmoiile, le déehant. — Une révolution aussi considérable que celle de Guy d'Arezzo avait été ébauchée fui «e siècle par le moine flamand Hucbald '. Au xii« siècle, elle était compté le. A côté du plain-chant, il y eut W déchant, c'est-à-dire des combinaisons d'harmonie. L<^ déchant pouvait être à deux, à trois, à quatre parties. L'innovation charma les uns, scandalisa les autres. Dans certaines églises, on interdisait le déchant « parce qu'il empêche de saisir le sens des paroles ». L'orgue fut longtemps contesté; au xn« siècle, l'abbé de Riéval protestait contre « le- tonnerre de ses soufflets » : à partir du xin« siècle, il triomphe. Guillaume de Nangis a conservé le souvenir de la messe solennelle c à chant et à déchant », avec accompagnement d'orgue et d'instruments à cordes, que saint Louis, pendant la croisade de Palestine, fît chanter dans l'église de Nazareth.

C'est avec des moyens encore si imparfaits que l'Église charma nos ancêtres, leur inspira des sentiments de piété. Les courtisans du bon roi Robert, quand il chantait au lutrin son hymne 0 Constcmiia martyrum, avaient peut-être des jouissances musicales aussi vives que celles que nous éprouvons aujourd'hui en entendant les « Huguenots » ou la « Damnation de Faust ». De tous les sens de l'homme, celui qui a pris le plus de développement depuis l'antiquité,

1. Les Grecs n*ODt pas connu, oa du moins ont peu pratiqué l'harmonie, i laquelle leur échelle musicale ne se prêtait pas. Les Romains n*ont pas «u dautre musique que celle-là. C'est donc bien à nos ancêtres que revient l'honneur d'avoir créé la musique d'harmonie.

2. Au yi« siècle, Isidore de Séville, dans ses Sentences sur la musique^ parle bien de l'harmonie; il la définit « une concordance de plusieurs sons «t lenr union simultanée » ; mais Hucbald est le premier qui ait donné un véritable traité de l'harmonie. Après lui, on peut citer Gui d'Ârezzo, dans «on Mierologue, l'abbé Gui de Chalis, Francon de Cologne, un certain Aristote, Jean de Oarlande, qui vivaient au xii" siècle, Philippe, évêque <Ie Meaux, au xiii* siècle, Jean des Murs, chanoine de Paris, qui écrivit, «D i338, son Miroir du déchaht. C'est surtout par les Français qu*è partir ^vi XII* siècle l'art nouveau a progressé.

celui qui s'est le plus perfectionné et le plus affiné, c'est assurément le sens musical. La sculpture a été un art au. moins' aussi parfait à Athènes, cinq siècles avant notre ère, qu'elle peut l'être aujourd'hui chez nous, car elle était dès lors en possession de tous ses moyens. La musique, au contraire, est un art relativement moderne, une conquête de la civilisation européenne, et il semble qu'une faculté nouvelle se soit éveillée en nous.

Musique profane. — En dehors du chant d'église, il y eut d'abord les chants militaires dont les Francs ou lespremiers Français s'accompagnaient dans leurs guerres. Après la victoire de Clotaire II sur les Saxons, au vu" siècle,, naquit un chant qui eut tant de vogue parmi les vainqueurs « qu'il volait de bouche en bouche et que les femmes le chantaient en dansant et en battant des mains ». Lespoèmes germains que Charlemagne avait fait recueillir et que Louis le Pieux fit brûler, étaient certainement chantés. Au ix« siècle, la bataille de Fontanet donna lieu à une chanson d'un certain Angelbert, témoin oculaire, dont la musique nous a été conservée en neumes. Nous n'ayons pas la musique du chant sur la bataille de Saucourt, en 881 ; mais nous avons, du même siècle, en paroles latineset notation en neumes, une complainte sur la mort de Charlemagne, une autre sur la mort de son fils, l'abbé Hugon, le chant composé par le moine Gottschal. Du? x« siècle, nous avons un chant sur l'empereur Otton III,. deux chansons de table, la musique d'une ode d^Horace, etc..

Plus tard les trouvères et troubadours, qui chantaient deschansons de gestes, s'accompagnèrent d'une mélodie trèssimple sur un instrument à cordes, comme le font encore aujourd'hui les< chanteurs errants de certains pays, en Russie, par exemple. Les sirventes du Midi exigeaient une musique plus variée et plus passionnée *.

1. Il y eut aussi les mélodies rustiques, comme celles qui accompagnent nos vieilles chansons bretonnes, normandes, etc., qui doivent être très, anciennes, car elles ressemblent aux mélodies en usage chez les Allemands, les Russes, etc. Il y en a de très belles et de très touchantes, comme celles qui accompagnent la « Chanson de Jean Reinaud », le « Retour du marin »,. et beaucoup d'autres qu'on retrouvera dans les reoueils spéciaux.

M. Gewaert, en 1875, a publié tout un recueil de chansons du xv« siècle^ paroles et musique.

Il nous reste du moyen âge des airs de danse, des rondes. Enfin les Mystères étaient accompagnés de musique, ave<* <chant et déchant, instruments de toutes sortes. Ces drames primitifs étaient donc des espèces d*opéras.

Instrumente de musique. — Depuis que les Croisades avaient offert à la musique d'Occident les ressources de la musique orientale, les instruments en usage chez nous étaient fort nombreux. Comme instruments à cordes, du xtn« au XV» siècle, on eut la viole et la vièle à archet, la vièle à roue, appelée aussi chifonie, la gigue, le rebec, le luth, la mandore et la mandoline, la guiterne, la guitare, la harpe à vingt-quatre cordes et la harpe double, ou harpe irlandaise, à quarante-huit cordes, le psaltérion ou canon, 4ont on frappait les cordes avec des baguettes. Comme instruments à vent, on eut le flageolet, le fifre, plusieurs •espèces de flûtes; le hautbois, le chalumeau, la bombarde; la chevrette, la musette, le biniou, la cornemuse; de nombreuses variétés de trompettes, cornets, cors, clairons. Comme instruments à percussion, les tambours, tambourins, tympanons, timbales, nacaires, galoubets; caisses, grosses caisses, bedons; clochettes, cymbales, grelots, triangle, castagnettes, cliquettes. Il serait plus facile d'indiquer les instruments qui ne se'montrèrent que plus tard : le violon se forme du xve au xvi« siècle ; le basson est inventé par Afranio de Pavie au xvi** siècle; le trombone à coulisse, le serpent, le théorbe, à la même époque. Les premiers instruments à clavier, épinette, harpsichorde, virginal, clavicorde, apparaissent à la fin du xiv« siècle et se généralisent au xvi® siècle.

Les orgues fixes sont en usage chez nous depuis le vii« siècle, les orgues portatives depuis le x«. Elles sont munies au XIV* siècle de pédales. Vers le même temps, elles se répandent des églises dans les châteaux ; Charles V faisait jouer, pendant ses repas, d'un orgue que deux hommes pouvaient transporter.

Confréries de musiciens. — En 1295, les ménestrels ou musiciens de Paris ont pour roi Jean Charmillon. En 1321, ils se forment en association sous le nom de « Confrérie ^e saint Julien des Menestriers ». Leur chef s'appelle le « roi des menestriers ». Jean le Bon et Charles V s'entou-

rent de musiciens. La musique est le charme et le scandale de la cour des Valois; ce sont ses accents profanes qui indignent le peuple et qui font parfois monter les bour chers aux mains sanglantes dans les appartements royaux. Charles VI est un vrai mélomane; il joue de la harpe et de répinette; Isabeau de Bavière et Valentine de Milan Jouent de la harpe.

L'origine ecclésiastique de la musique ne s'oublie pas entièrement; encore aujourd'hui, en Allemagne par exemple, une troupe de musique, même de musique militaire, se nomme une « chapelle ». Un chef de musique est un « maître de chapelle ».

Ainsi les arts, au moyen âge, comme la littérature, ont l'Église pour berceau. Ils naissent dans le sanctuaire et sont d'abord consacrés presque entièrement au service du culte. Puis ils s'en dégagent : l'architecte bâtit des cathédrales, mais aussi des hôtels de ville et des palais; la peinture sur vitraux annonce la peinture; les tailleursimagiers donnent naissance à la sculpture; le plain-chant devient la musique.

Ouvrages a consulter. — VioUetle-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française, Hist, dCun hôtel de ville et d'une cathédrale, Hist, d'une forteresse, Entretiens sur l'architecture, Dictionnaire du mobilier.

— Victor Leclerc et RenaD, Hist. litt.

de la France au XIV' siècle. — Paul Lacroix, les Arts au moyen âge. — Prosper Mérimée, les Arts au moyen âge. — Du Sommerard, les Arts au moyen âge. — Labarte, Hist. des arts industriels au moyen âge. — Emeric David, Hist. de la sculpture française et Hist. de la peinture française.

— Château, Hist. et caractères de l'architecture en France. — Daniel Ramée, Hist. de l'architecture. — aiîpe, Dictionnaire des archite des

français, — Delaborde. La gravure, — Champfleury, Hist, de la caricature au moyen âge. — Lavoix, Hist. de la musique. — Mlle CoUin, Hist. abrégée de la musique et des musiciens. — Fétis, Biographie universelle des musiciens. — De Coussemaker, Hist. de l'harmonie au moyen âge et Drames liturgiques du moyen âge. — E. D'Auriac, La corporation des ménétriers et le roi des violons.

Musées a visiter : Musée de la sculpture française au Trocadéro ; musée de Cluny; musée du Louvre (salle des Clouet pour la peinture et collection Sauvageot cour les énniaux, ivoires, etc.); collections de l'École des Beaux-Arts.

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