‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 61 sur 116 · I. La vie militaire · texte numérisé non relu

I. La vie militaire

Transformation de rarmement. — La guerre au moyen 4ge est le fait des nobles. Us sont nés et élevés pour elle ; c'est leur métier et leur plaisir; les chants des trouvères les y excitent et le sourire des dames les y convie. Le guerrier par -excellence, c'est le noble, le cavalier. Le vilain, si on le mène à la guerre, n'est soldat que par occasion ; il sert à pied, forme la piétaille, la ribaudaille. Le luxe, l'orgueil, la sécurité du noble, ce sont ses armes. Lui seul est réellement « armé ». Pour l'offensive, il a d'abord sa longue lance, son épée de bonne trempe, sa hache d'armes, sa masse ou son marteau d'armes dont il fracasse les armures, sa dague ou poignard de miséricorde dont il achève l'ennemi tombé. Au piéton on laisse la pique i, l'épieu de bois durci au feu, le coutelas et les armes de trait : l'arc et les flèches, la fronde et les pierres.

Du XI® ' au xiii« siècle, le chevalier est couvert d'une coite

1. La piqae présente de nombreases variétés : fauchart^ guisarme, voulge, godeDdac; plus tard, hallebarde, pertuisane, langue de bœuf. Le piéton a «usai des armes contondantes : de grands marteaux, le fléau d'armes, le goupillon à plusieurs chaînes de fer garnies de boules de fer, la plommée avec des boules de plomb. Aux mercenaires allemands ou suisses on empruntera plus tard la longue épée à deux mains, haute comme un homme, et rétoile du matin, boule de fer hérissée de pointes et rattachée au manche par une chaîne de fer.

2. Avant le xi" siècle, on portait des (n'oignes (du mot latin bruniat cuirasse), formées d'un pourpoint de drap ou de peau, sur lequel étaient cousus des anneaux ou des plaques de métal.

de mailles, souple, flexible, assez légère, enveloppant la tête, tombant jusqu'aux genoux : c'est le haubert, que leschevaliers se réservent exclusivement, Tinterdisant aux simples écuyers *. Des manches en mailles et des chausses en mailles garantissent les bras, les jambes et les pieds. Par-dessus le haubert^ un ctsqve pointu coiffe la tête, et, avec une languette de fer appelée nasal, protège le nez. Ce casque léger est ensuite remplacé par le heaume, boîte de fer qui ne laisse pour respirer qu'une ouverture grillée, et que surmonle la couroone, le panache, ou des ailes d'oiseau de proie, des cornes de buffle, parfois une figure humaine. Au cou est suspendu le bouclier armorié qui s'appeUe rondache s'il est rond, écu s'il est en pointe, large si la pointe est «rroodiQ, fmim s'il a de grandes dimensions. Le cheval aussi est garni d'une housse de mailles.

Bientôt s^opère dans Tarmement offensif de Finfantefie une transformation qui amène une transformation eoirespondante dans l*armement défensif du chevalier.

La fronde, qui était Tarme de la piétaille de dernier ordre^ cesse de figurer dans les armées françaises à partir de saint Louis. Bien que Tare se maintienne plusieurs sièeles encore, le fantassin du xii» siècle commence à s'armer de Tarbalète, dont la corde est tendue aa moyen d'un mécanisme appelé cranequin et qui lance, avec plus de raideur que Tare, des flèches plus courtes, plus meurtrières, appelées viretons, carreaux ou earrelets. C'est une arme temble. qui effraye les plus braves et que Je concile de Lalran, en 1139, défend d'employer contre les chrétiens. EHe perce les boucliers et les chemises de maiUe. Au xiv« siècle, elle s'est substituée presque complètement à Tare.

Le noble cavalier est obligé de modifier en conséquence soft armure. U conserve le heaume de fer^ mais eeluà-ci prend des proportioas énormes^ car il faut qu'il coatieune non seulement la tête, mais une coiffé épaisse et maielassÂe^ destinée à amortir les coups. Il reaooce au haubert

1 . Dans la célèbre Tapisseri» de la raine Matbll^ji «i«î, 4nw> aa» 9ént de dMÀna, représottte àa conquête d« l'Ajaglataivi^ par Owi|iI«aBM et ^i est eonservée aiiQoiird'IiaÀ «« sansé» da BayaaXt )aa gwerriwa aartiaaitdr portent soit des broignes, soit des haubaHs.

LA VIR mLITAIIlE 4t3

|»ofir se eonmr la poitrine <l'iiii« épaisse cuinuBse de fer, ^r kquelle s'arUoQleni «ne g^rgerette 4e fer, des épau- Hétês et 4es bmisaréi oompotès de filàques de fer, une <mMéirê p««r garantir le ooude, des lastell«< ou luiles de fer, formant qnalre rangs de plaques, qui protègent la cein^ tare, k ^ventre et les hanches. Les cuisses sont garnies de €tri$iati$ de 1er, que des ff^^wUléns de fer rejoignent à des jêm^iére$ de fer et à des soAnh^s ou souliers en lames «rtionlées. Les mains sont manies de gmUeieti de fer à âoigts séparés. Le cheTai aussi est bardé de fer : les pla- <{ues de fer du etol/)n»»t' et des àardts couvrent >8on front et son poitcaiL La seUe, hante et massive, est en fer. C*est «e qu'on appelle être « armé de toutes pièces »•

Ponr porter Tarmure de Phomme et Tannure de la bète, il faut renoncer aux chevaux des croisades, aux élégants coursiers arabes ou demi-sang arabe. On monte sor des bétes énormes, de race bouioaaaiae ou percheronne, semblables à nos chevaux d*omnibus. Ni Tliomme ai ranimai, ainsi alourdis, n'ont les mouvements bien Iteilesv Quand celte montagne vivante* de métal est lancée au galop, nulle piétaille ^ ne peut lui résister; mais si le cheval s'abat, impossible au cavalier de se relever. 11 est livré sans défense au fantassin qui introduit quelque oou^ telasi par une artioulation de Tarmure et Tégorge impunément. Ainsi périrent les brillants chevaliers des batailles ée Gourtray, de Crécy, de Poitiers, d'Atinoecirt, exteraninés par les vilains de Flandre ou d'Angleterre.

Du moins ces armures pesantes sont à Tépreuve de Tar^ balète , et les moyens dèfensifs répondent aux moyens offensifs. Mais voici qu'à partir du xiv* siècle d'autres arme» offensives apparaissent, et contre oetie84à on a beau épaissir les plaques de fer et alourdir les* armiures, jusqu'à écraser rhomme et le cheval *. Ce sont les armes à feu qui entrent en scène.

. 1. J'eatends une piétaille «ans organisation; car au contraire toute infantarie organisée, archers anglais, bourgeois des Flandres, brigands des grtndm «ooipagnie», janissaires tures, est preaqne sûre de tainore la eataleiie féodale.

2. Au XVI* sièole encore, La Noue se plaint que le chevalier soit « chargé d'enclumes plutôt que couvert d'une armure » et qu*un homme dans la foiee d« l'Age en Ail « l«s épaedes etitiètement estropiéfts »»

Les armes & feo, l'artillerie. — La poudre à canon des Chinois, jdes Byzantins, des Arabes, celle qu'ont connue Marcus Graecus, Roger Bacon et Albert le Grand, resta longtemps une substance peu dangereuse; elle fusait plutôt qu'elle n'éclatait. Ce sont les Arabes qui la transformèrent en trouvant moyen de purifier le salpêtre qui entrait dans sa composition. De plus, ils s'avisèrent de l'introduire dans des tubes pour chasser des projectiles : en 1273, Abou-Yousouf, sultan du Maroc, assiégeant une ville, emploie contre ses remparts des engins qui lançaient des pierres. Parmi les Européens, c'est la république de Florence qui, en 1325, fait fondre les premiers canons de métal et les premiersboulets de fer.

En France, à la date de 1339, nous voyons Philippe VI employer des canons au siège de Puy-Guilhem et Edouard III au siège de Cambrai. En 1345, les consuls de Cahors font fabriquer vingt-quatre canons pour la défense de leur ville. En 1346, à la bataille de Crécy, le nouvel engin s'impose à l'attention de l'histoire. Les Anglais y mirent en ligne trois canons qui lançaient des boules de fer. Les coups de ces engins, assure Froissart, « causèrent tant de tremblement et de bruit qu'il semblait que Dieu tonnait, avec grand massacre de gens et renversement de chevaux ». Au fond, ils faisaient plus de bruit que de mal, mais l'effroi qu'ils inspirèrent aux chevaux et aux cavaliers contribua à la déroute de l'armée française. Dès lors, l'usage s'en généralisa. Au siège de Saint-Malo, en 1376, les Anglais braquèrent autour de la place quatre cents canons.

Les pièces d'artillerie, à leur début, affectent des formes et des dimensions bien diverses. 11 y a les bombardes, qui sont des tubes assez courts, percés d'une lumière près de la culasse; les couleuvrines, dont le nom vient de leur forme très allongée; les veuglaires, qui se composent de deux pièces qu'on ajoute l'une à l'autre : la chambre à feu qui contient la charge, et la volée qui est un tube en fer. Les unes et les autres sont tantôt en fer fondu, tantôt en fer forgé, plus rarement en cuivre ou en bronze. Quelquefois ce sont des cylindres en bois cerclés de fer. On lesplace sur des affûts grossiers, à roues de bois, dépourvus de tout appareil pour aider au pointage de la pièce.

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