‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 65 sur 116 · SUPERSTITIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS DIVERSES

chent les ondines, dont la beauté perfide attire les imprudents chevaliers; dans les montagnes, les nains, qui ont la clef des trésors souterrains. Des ogres guettent les petits enfants pour les dévorer; des goules viennent déterrer les morts pour ronger leurs os; des vampires se lèvent la nuit de leurs tombes pour sucer le sang des vivants; des kups-garous , hommes qui peuvent se transformer eu bêtes, attaquent le voyageur isolé ; des feux follets voltigent sur les marais et sont les âmes des petits enfants morts sans baptême ; des lavandières, pendant la nuit, aux bords des ruisseaux, battent on ne sait quel linge funèbre, et leur rencontre est un présage de malheur. A Toulouse, les passants attardés risquent de rencontrer la maie beste, et à Tarascon, la tarasque. En Provence, les dracs enlèvent les petits enfants et les emmènent dans des palais souterrains ou aquatiques. Dans Test, Hellequin promène par les nuits d'orage sa chasse infernale ; ailleurs, c'est le charmeuTy qui mène sa meute de loups.

Certains de ces êtres surnaturels sont bienveillants aux pauvres gens : en Dauphiné, les soléves achèvent la nuit le travail du laboureur; en Normandie, Gobelin est un démon espiègle qui joue parfois des tours au paysan, mais qui aide la ménagère ; en Franche-Comté, le folletot, plus malicieux que méchant, emmêle la queue des vaches ou dérange les ustensiles de cuisine.

Pas un château, pas une ruine, qui n'ait sa légende, son génie familier , ses revensints. Au castel de Lusignan, hurle Mélusiney moitié femme et moitié serpent; dans maint autre manoir, une dame blanche apparaît lorsque quelque deuil menace la dynastie féodale. En Franche-Comté, la vouivre est un serpent ailé dont la tête est ornée d'une ^scarboucle, qu'elle dépose quand elle va boire : c'est à ce moment qu'il faut la lui ravir.

Soreellerie. — La superstition la plus répandue était la croyance à la sorcellerie. Les sorciers et sorcières jetaient des sorts sur les hommes, sur les nouveau-nés, sur les animaux, savaient faire tomber la pluie et la grêle, amener la sécheresse, envoyer des charançons dans les blés, des chenilles dans les légumes. Rien qu'en trempant un balai dans la fontaine du viUage, ils faisaient éclater un orage.

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Certains de ces sorciers ont pratiqué une médecine qui rappelait celle des Druides; ils connaissaient les vertus curatives de certaines plantes, la jusquiame, la belladone. Ils guérissaient avec des poisons ; souvent aussi ils étaient des empoisonneurs.

On s'adressait à eux pour envoulter son ennemi : ils fabriquaient alors une figure de cire vierge, ayant le visage {vultus) de la personne abhorrée ; ils lui donnaient le nom de celle-ci, en parodiant les rites du baptême ; ils lui mettaient sous Faisselle droite, le cœur, et sous l'aisselle gauche, le foie d'une hirondelle. Ensuite ils la piquaient avec des aiguilles neuves, ou la brûlaient à petit feu, en prononçant des formules cabalistiques. Et la personne mourait. C'est ainsi que Robert d'Artois fit envoulter, en 1328, sa tante Mahault.

Ils pratiquaient aussi le cheviUement. Le sorcier enfonçait dans une muraille un clou ou une cheville, en prononçant, à chaque coup de marteau, le nom de la personne qu'il fallait faire mourir.

Ils armaient les archers de maléfices appelés sagittaires. L'archer, le jour même du vendredi saint, rendait hommage à Satan et lançait des flèches contre le Christ dressé sur sa croix. En même temps, il prononçait le nom de son ennemi qu'une flèche infaillible et invisible, quelle que fût la distance, atteignait au même moment. Plus tard les sorciers fondirent pour les arquebusiers des balles enchantées qui ne manquaient jamais leur but.

Ils fabriquaient des talismans qui assuraient la puissance et la richesse, rendaient invisible, donnaient la victoire dans les batailles, les tournois, les duels judiciaires : aussi, au moment où les champions allaient en venir aux mains, les hérauts d'armes devaient-ils s' assureif qu'ils ne portaient sur eux aucun objet suspect. Les sorciers donnaient des philtres pour dominer les princes, pour se faire aimer des dames. Ils expliquaient les songes, annonçaient l'avenir en consultant un vase plein d'eau ou un miroir magique, évoquaient les âmes des morts, faisaient apparaître le diable : un certain Jean de Bar avait promis au duc d'Orléans de lui montrer Satan ; le duc, furieux de n'avoir rien vu, livra le sorcier au bûcher.

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