LA RENAISSANCE
La plupart des côtés faibles de notre civilisation du moyen âge lui sont communs avec la civilisation romaine : par exemple, la barbarie de la procédure criminelle, la cruauté des supplices, les superstitions grossières.
Notre vieille civilisation, à trois points de vue seulement, — éclat et perfection des arts, liberté de pensée, puissance de l'esprit scientifique, — est peut-être inférieure à l'ancienne civilisation des Grecs, qui a été la mère de toutes les autres et qui est restée incomparable comme initiative, ori- :ginalité, fécondité. Mais assurément elle n'est point inférieure à la civilisation romaine.
Entre celle des Romains et celle de nos ancêtres, il y a une différence non de degré, mais de nature. Un climat plus froid, des instincts et des besoins particuliers aux races gauloises et germaniques, l'influence plus grande des idées et du sentiment religieux ont contribué à former celle-ci. C'est une civilisation du Nord qui contraste avec une civilisation du Midi. On ne peut dire que la France du xni« siècle soit barbare en comparaison de la Rome des empereurs; car, dans les ruines de l'Erapbe, elle a retrouvé tout ce qu'il avait possédé de culture intellectulle, et elle a singulièrement accru l'héritage.
La fin du moyen ftge. — La fin du moyen âge est marquée :
Dans Tordre politique, par la prise de Constantinople (1453) et rétablissement des Turcs, dans l'Europe orientale, sur les débris de l'empire grec, par la chute de la papauté 4:0mme puissance directrice de l'Europe, par les guerres nationales succédant aux guerres saintes, par la naissance du sentiment patriotique, par le progrès du pouvoir royal, par la forme nouvelle qu'affecte la puissance du tiers état, et qui n'est plus la forme locale des communes, mais la forme nationale des États généraux ;
Dans l'ordre social, par l'émancipation des classes rurales, f'enrichissement des classes bourgeoises, l'influence crois- «ante de celles-ci ;
Dans l'ordre religieux, par l'apparition de nouvelles hérésies, notamment celle de Jean Huss en Bohême, qui semble déjà préparer l'avènement du protestantisme;
Dans l'ordre littéraire, par la fin de la poésie chevale-
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resque, par rapparition de la philosophie dans ITiistmre avec Commines, par la décadence de l'ancien théâtre^ mystères, moralités, soties, par les débuts et les premiers progrès de l'imprimerie, par l'introduction en -Occident, après la chute de Constantinople, de nouveaux manuscrits grecs et latins;
Dans l'ordre scientifique, par la tendance de toutes les sciences à s'affranchir du joug de la scolastique et de la théologie, par la reprise de la véritable théorie sur le système du monde avec Nicolas de Cusa, par le réveil de la médecine au temps de Louis XI ;
Dans l'ordre artistique, par le ralentissement dans la construction des cathédrales ogivales, par rémancip3tio>n des arts, sculpture, peinture, musique, qui se dégagent de leurs origines religieuses ;
Dans l'ordre miUtaire, par le déclin des idées de chevalerie, par le perfectionnement des canons et des armes à feu portatives, par l'établissement des armées permanentes, par le progrès de l'infanterie;
Dans l'ordre économique, par la recherche de nouvelles voies pour communiquer avec les Indes, le développement de la navigation, les premiers voyages à travers l'Océan.
La Renalssaiiee. — C'est donc en plein moyen âge qu'il faut marquer l'origine d'une période nouvelle, qui embrasse la fin du xv« et tout le xvi« siècle et qu'on appelle « la Renaissance ».
Ce mot de « Renaissance » semblerait indiquer qu'à cette époque l'esprit humain, condamné à une sorte d'anéantissement pendant les longs siècles du moyen âge, aurait, pour ainsi dire, commencé à renaître.
Nous savons cependant que cette brillante Renaissance du xvi« siècle a été préparée par la première Renaissance qui a suivi les croisades. L'esprit français ne sommeillait pas avant le xvi» siècle, mais il a pris à ce moment une activité nouvelle; de grands progrès, qui étaient sur le point de s'effectuer, de grandes découvertes qui étaient sur le point de se produire, ont alors, pour ainsi dire, éclaté. Assurément l'influence des autres nations, et notamment celle de l'Italie, comme autrefois au xiie siècle celle des Arabes, y a contribué ; mais nous avons surtout
LES DÉCOUVERTES MABITIHES 4tf^
recueilli le fruit de nos efforts antérieurs. Ni dans la littérature^ ni dans la science, ni dans Tart français ^, la Renaissance ne fut entièrement une importation du dehors ; elle fut plutôt répanouissement et comme la floraison de notre vieille civilisation. Il ne faut pas la considérer comme une révolution, mais comme une évolution, c'est-à-dire comme un développement naturel.
L Les découTertes maritimes.
Le inonde fi*agrandll t déeoaTertes maritimes des. Portugais, des Espagnols, des Anglais. — Grâce aux progrès de la navigation, les marins d'Europe traversèrent des mers et abordèrent sur des rivages inconnus. En 1492, Christophe Colomb, s'imaginant rencontrer, au delà de l'Atlantique, les rivage^ orientaux de l'Asie, trouva sur son chemin TAmérique. Après lui, Balboa, des hauteurs de l'isthme de Panama, aperçut l'océan Pacifique; Femand Gortez fit la conquête du Mexique et Pizarre celle du Pérou. Le Portugais Alvarez Cabrai fut jeté par la tempête sur les côtes du Brésil. Les Anglais établirent leurs colonies sur le rivage oriental des États-Unis actuels. Dès lors, tout ce vaste continent fut livré* à l'activité européenne.
Parallèlement à ces découvertes dans le nouveau monde, se produisaient les explorations des Portugais en Afrique et dans les Lides. En 1497, par une résolution presque aussi hardie que celle de Christophe Colomb, Vasco de Gama «loubla le cap de Bonne-Espérance, puis, se lançant à travers l'océan Indien, alla aborder sur la côte de Malabar et découvrit ainsi l'Indoustan, dont bientôt le grand Albuquerque commença la conquête. Dès lors, les Indes, la. Chine, le Japon, toute l'Asie, furent entraînés dans le mouvement européen.
Les Espagnols avaient conquis l'Amérique du centre et
1 . C'est une question de mesure dans Tappréciation : par exemple, on étudiait les auteurs anciens en France avant le xvi* siècle, mais on en lit alors une étude plus passionnée ; l'architecture française du xvi* siècle est nouvelle, mais elle a conservé beaucoup des traditions du moyen âge. Même dans les sciences, il n'y a pas eu rupture violente et immédiate avec le passé.
»du sud; les Portugais s'étaient établis au Brésil, en Afrique,
*dans les Indes, dans l'extrême Orient; les Anglais colonisaient l'Amérique du nord. Les Français ne restèrent pas
-en arrière.
Découvertes maritimes des Français. — Les Normands,
'qui avaient conservé les goûts maritimes et l'esprit entreprenant des anciens Northmans, avaient dès le xiv« siècle, nous l'avons vu, reconnu les rivages de l'Afrique occidentale. Les découvertes de Christophe Colomb et Vasco de Gama
■ ouvrirent un plus vaste champ à l'audace de nos marins. A Dieppe, le premier des Ango, riche armateur, groupa autour de lui de hardis capitaines, Denis, de Honfleur,
-Gamart, de Rouen, Aubert, de Dieppe, qui, dès le début
"du xvi« siècle, explorèrent les côtes des deux Amériques. En janvier 1604, Paulmier de Gonneville aborda au Brésil *,
"C'est lui qui, ayant ramené des mers australes un prince indien nommé Essomméric, Tadopta pour son fds et lui donna son nom. En 1528, Jean Parmentier visita Suma-
itra, les Moluques, les Maldives, Madagascar. Le second des Ango, Jean, acquit d'immenses richesses par son commerce sur les côtes de l'Afrique, de l'Amérique et de l'In-
-doustan. Il eut à son service Giovanni Verazzano, niarin
*de Florence, et les deux frères Parmentier, Jean et Raoul. 11 fut si puissant sur mer qu'en 1530, les Portugais ayant
-capturé un de ses vaisseaux, il vint avec toute une flotte mettre le blocus devant Lisbonne et contraignit le roi de Portugal à lui payer une indemnité et à envoyer une am-
ibassade à François P'.
Jusqu'alors nos marins avaient agi sans l'appui et pres-
-que à l'insu de la royauté. François I«r fut le premier de nos rois qui s'intéressa aux découvertes maritimes *. Il envoya Giovanni Verazzano explorer les côtes de l'Amérique
-<lu nord, de la Géorgie au cap Breton, et celui-ci prit pos-
1. Si Ton en croit une tradition, qui semble appuyée d'assoz bonnes preuves, le Brésil aurait été découvert dès 1488 par un autre Dieppois,
.Jean Cousin, qui aurait ainsi vu l'Amérique quatre ans avant Christophe -Colomb.
2. Il demandait parfois qu'on lui ]!nontràt l'article du testament d'Adam -qui avait partagé le monde entre les Espagnols et les Portugais et qui en
avait exclu les Français.