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session, en son nom, de Terre-Neuve. En 1534-35, Jacques €artier, de Saint-Malo, découvrit l'embouchure du Saint- Laurent, remonta ce grand fleuve et, dans cette vaste région qui s'appela plus tard le Canada, fit reconnaître l'autorité du roi. Son successeur, Jean de la Roque, sieur de Roberval, nommé vice-roi du Canada, en continua l'exploration (1541-1544). Plus tard, sous Henri IV, Pierre du Guast, seigneur de Monts, fonda Port-Royal dans l'Acadie (1605) et Ghamplain fonda Québec au Canada (1608). Ce sont toutes ces colonies qu'on appelait alors la Nouvelle- France.
En 1555, Tamiral Villegagnon, envoyé par Coligny, tente de fonder une colonie à Rio-Janeiro, pour que les protestants persécutés en France y trouvent un asile. Si cette tentative avait réussi, les destinées de l'Amérique du Sud eussent été changées et le Rrésil serait devenu une autre France : une France antarctique, comme l'appelait déjà Villegagnon. En 1561, Jean Ribaut, encore un Dieppois, «eavoyé également par Coligny, fonda dans la Floride une ■colonie, qu'on appela Caroline du nom de Charles IX, et •qui fut détruite par les Espagnols. Ainsi les deux tentatives 4e Coligny avaient échoué ; mais il eut l'honneur de comprendre nettement quel avenir s'ouvrait pour la France au delà de l'Atlantique.
Sous Henri IV, la Ravardière et Rasilly reconnurent la Guyane et essayèrent d'en faire une possession française : Richelieu y fonda la ville de Cayenne. C'est sous son administration que Belin d'Esnambouc occupa, dans les Antilles, Saidt-Christophe, la Martinique, la Guadeloupe, que les flibustiers français s'établirent à l'Ile de la Tortue, puis <lans la grande île de Saint-Domingue. La Guyane et les Antilles devaient constituer la France équinoziale.
Sous le même Richelieu, en 1642, Pronis prit possession 4ans l'océan Indien de la grande île de Madagascar et lui donna le nom de France orientale. L'année suivante, il occupa l'île de la Réunion, où Gobert, de Dieppe, avait déjà, en 1638, planté le drapeau français.
Plus près de nous, dans la régence d'Alger, en 1560, deux négociants de Marseille, Thomas Lynch et Carlin Didier, fondaient le Bastion-de-France pour la pêche du corail.
Ainsi nos Français étaient partout. Us disputaient aux Espagnols, aux Portugais, aux Anglais, les régions nouvellement découvertes : ils entendaient avoir leur part des « terres neuves ». La part qu'ils s y attribuèrent d'abord, s'ils avaient su la garder, était de beaucoup la meilleure. Peut-être furent-ils tentés de mépriser leurs acquisitions de Terre-Neuve et du Canada, car elles ne leur offraient pas de mines d'or et d'argent comme le Pérou -et le Mexique en offraient aux Espagnols; mais c'étaient des terres d'une grande fertilité, d'un climat salubre, assez semblable à celui de la France. Là notre race aurait pu se multiplier, de manière à former au delà de l'Océan une France vingt fois plus grande que la mère-patrie.
Résultats des découvertes maritimes. — Gomme au temps des croisades, on allait chercher, dans des pays lointains, les aventures et la richesse. Ce n'était plus seulement l'étroit bassin de la Méditerranée qui était le théâtre de cette activité maritime et guerrière : c'étaient les immenses bassins de l'Atlantique et du Pacifique. En Amérique, les aventuriers européens ne rencontraient plus, comme en Judée, des terres limitées par des déserts, déjà peuplées à l'excès, avec des nations guerrières, de puissants États musulmans; mais des territoires sans bornes, d'une fécondité prodigieuse, tantôt presque vides d'habitants, tantôt n'offrant que des États très faibles, comme le Mexique ou le Pérou, qui n'opposèrent aucune résistance aux conquérants. L'épitaphe de Colomb dit qu'il a donné un monde à l'Espagne. La vérité est qu'il a donné un monde à l'Europe, puisque l'Amérique aurait suffi à faire de tous les pauvres de l'Europe autant de propriétaires fonciers et qu'il y a aujourd'hui en Amérique plus de propriétaires qu'il n'y avait au xvi« siècle de pauvres en Europe.
Donc, autant la Judée est dépassée en étendue, en fertilité, en richesses, par les vastes et fécondes régions de l'Amérique du Nord, par les mines d'or du Pérou et les mines d'argent du Mexique, par les pays populeux et commerçants de l'Inde, de la Chine, du Japon, autant les expéditions océaniques du xv^ au xvi® siècle devaient dépasser en conséquences les expéditions méditerranéennes du ii« au xin« siècle.
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Gomme à Tépoque des Croisades, toutes les conditions de la yie humaine allaient être modifiées, mais dans des proportions infiniment plus grandes. Dans les deux Amérique allaient naître une France nouvelle, une Espagne, un Portugal, une Angleterre, toute une Europe nouvelle, plus étendue que l'ancienne et destinée à devenir aussi peuplée. Là Thumanité, tout en continuant à parler les langues de l'Europe, devait être un jour plus libre, plus riche, plus affranchie de préjugés séculaires, plus ouverte à tous les progrès que dans l'ancien monde. Elle devait y créer des formes nouvelles de sociétés et de gouvernements, enrichir les sciences de grandes découvertes, donner à l'industrie, au commerce, à tous les arts, des directions et des développements inconnus.
RésiilUits poUtIqoes. — Ces conséquences, personne, au ivi® siècle, ne pouvait les prévoir. Pourtant, quelques résultats commencèrent dès ,lors à se produire. Des États peu considérables en Europe, comme l'Espagne ou le Portugal, se trouvèrent posséder de vastes empires; ils s'élevèrent au rang de puissances universelles. L'Espagne, «nrichie par ses mines d'Amérique, devint aussitôt redouitable en Europe. Tous les États situés sur l'Océan profitèrent des nouvelles découvertes : ils acquirent plus •d'importance que ceux de la Méditerranée. L'attention se détourna de l'Italie, de la Grèce, pour se tourner vers le Portugal, l'Espagne, la France, l'Angleterre, plus tard la Hollande, en un mot vers les cinq puissances qui créèrent des empires au delà des mers. Ainsi, au point de vue politique, la découverte des nouveaux mondes assura, «n Europe, la prépondérance aux États de l'ouest sur •ceux du midi,
RéTolntloB eommereiale. — Les voies du commerce furent changées. Depuis que Yasco de Gama, par le cap ■de Bonne-Espérance, avait découvert un chemin nouveau vers les Indes orientales, depuis que Christophe Colomb avait révélé ce qu'on appelait alors les Indes occidentales, c'est-à-dire l'Amérique, les ports de la Méditerranée perdirent de leur importance et les ports de l'Océan en acquirent une énorme. Alexandrie, qui commandait la voie de l'Egypte, les puissantes républiques maritimes de Venise
et de Gênes i, sont frappées au cœur. Marseille même, et avec elle les cités et ports commerçants de la Provence et du bas Languedoc, dépérissent. En revanche, Bordeaux, Nantes, Dieppe, Dunkerque prospèrent ; le Havre se fonde. Les ports de l'Espagne, du Portugal, de T Angleterre, àes Pays-Bas, de l'Allemagne du Nord regorgent de navires. Anvers est un moment la grande cité commerçante du monde. Pour la première fois aussi depuis l'origine de l'humanité, il y a un commerce qui a pour voies prin"cipales les océans. A l'époque romaine, le commerce avai* été surtout « méditerranéen »; au xvi* siècle, il devient « océanique », c'est-à-dire universel.
Progrès de la navigation. — Les chemins que Yasco et Colomb n'avaient ouverts qu'en hésitant sont désormais parcourus par d'innombrables vaisseaux. On s'aperçoit alors que la navigation de la Méditerranée n'était qu'un jeu d'enfant; on passe les tropiques brûlants, on affronte les glaces de l'Amérique du Nord, on brave les trombes des Antilles, les typhons de l'océan Indien, fléaux jusqu'alors inconnus. On fait et on refait le tour du monde. La science ancienne du marin ne suffit plus : les étoiles qui guidaient les navigateurs grecs et romains ne sont plus celles qui brillent sous ces cieux inconnus; à Yétoile polaire succède, dans un autre hémisphère, la croix du sud. La boussole ne suffit plus, car, lorsqu'on dépasse certaines latitudes, elle cesse d'indiquer le nord, subit d'autres attractions magnétiques et semble par moments comme affolée. Il faut recourir à des instruments nouveaux, plus compliqués, plus savants, apprendre à sonder les profondeurs, à reconnaître les courants de mer et les courants aériens, déterminer les positions en latitude et en longitude, mesurer avec plus d'exactitude la marche du vaisseau. L'ancien outillage maritime ne suffit plus : la construction des navires subit une transforma-
1. D'autres cités avaient succombé pour d'autres causes : ainsi le port d'Amalû avait été comblé par les Pisans et celui de Pise par les Génois. Celui de Barcelone, le premier port de la Catalogne, avait eu le sort d'Àigues-Mortes, ensablé par la mer. Presque toutes les cités du Midi avaient été ruinées, dès le début du xv« siècle, par l'invasion turque qui, dans la Méditerranée orientale, avait anéanti le commerce.
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lion. Qui peut songer à traverser à la rame Timmensité de r Atlantique ou du Pacifique? Les galères sont donc abandonnées. Pour mieux suivre l'impulsion des vents, il faut hausser les mâts, compliquer les agrès, multiplier les voiles, accroître leurs dimensions, varier leur forme, leur position, leur inclinaison, afin de pouvoir décomposer les forces atmosphériques. Contre les formidables tempêtes de fOcéan, il faut augmenter la hauteur et toutes les proportions des navires, renforcer leurs membrures, chercher les meilleures conditions d'équilibre pour ces masses énormes, appliquer les mathématiques à leur construction, en un mot, de la navigation, qui n'était qu'une pratique, faire une science. Que sont les flottes qui dominaient autrefois la Méditerranée en comparaison de celles qui se disputent désormais l'Océan?
^ooTelles conditioBs de la vie. -— Que de choses changées dans la vie des peuples européens ! Dans ces régions nouvellement découvertes des maladies inconnues s'attaquent à l'Européen; et il s'y découvre aussi des remèdes nouveaux. D'Amérique, nous viendront ces puissants toniques, le quinquina, le coca ; une plante aux vertus multiples, le tabac; des poisons redoutables, le curare ; un précieux aliment, le chocolat, dans la composition duquel entrent deux produits américains, le cacao et la vanille.
A l'Amérique, le cultivateur européen empruntera le maïs, la pomme de terre, le topinambour, la tomate, l'ananas, le dahlia du Mexique, la capucine du Pérou. L'industrie européenne lui empruntera les bois de teinture, la cochenille, qui est le puceron du cactus. Les jésuites enrichiront nos basses-cours du dindon que les Indiens mexicains appelaient « totolin ». En outre, certains produits, originaires d'Orient, mais qui étaient encore des raretés en Europe, le café, la canne à sucre, le coton, l'indigo, une fois transplantés aux Antilles, y prospéreront si bien qu'ils deviendront des objets de consommation générale dans le monde entier.
Les métaux préeieax. — Une révolution économique plus considérable encore se prépare. Jusqu'alors les métaux précieux étaient rares en Europe. L'Espagne ne produisait plus d'argent depuis les Phéniciens, la Grèce depuis
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les Athéniens; il y avait des siècles que les rivières de France ne roulaient plus de paillettes d'or. Depuis les Romains, l'Europe vivait sur une quantité d'or et d'argent qui n'augmentait plus : ce sont toujours les mêmes trésors^ qui repassent dans nos annales, comme celui de Jérusalem arraché par Titus aux ruines du Temple, ravi par Alaric dans le pillage de Rome, enlevé, dit-on, par Clavis au sac de Carcassonne. Bien plus, le stock des métaux précieux diminuait ; sans cesse de nouvelles masses d'or et d'argent venaient s'immobiliser dans les châsses et les vases sacrés des églises, s'enfouissaient dans les caves des manoirs et dans les cachettes des juifs, ou s'écoulaient d'un courant continu vers l'Orient qui nous vendait toujours et ne nous achetait presque rien. Cette rareté du numéraire faisait la. cherté excessive de tous les objets manufacturés, avihssait! les prix de tous les produits agricoles. Elle réd'uisait les gouvernements à la gêne, à l'impuissance, faisait de Philippe le Bel un faux monnayeur et poussait Jean le Bon à altérer sans cesse les monnaies. Elle arrêtait l'essor du crédit, entravait les échanges, retenait l'industrie et le commerce dans l'enfance.
Tout à coup, vers le milieu du xvi® siècle, s'ouvrent les réserves d'or du Pérou, les réserves d'argent du Mexique et de la Plata. Transportées à travers les tempêtes de l'Océan sur les galères du roi d'Espagne, par centaines, par milliers, les tonnes d'or et d'argent répandent leur* con~ tenu sur l'Europe entière. L'or que les alchimistes ont si longtemps cherché, le voilà qui se produit, et avec une abondance qu'ils n'avaient jamais rêvée. Ce que les Albert le Grand et les Nicolas Flamel n'ont pu faire avec de savantes recherches et des invocations magiques, un grossier mineur américain le fait avec sa pioche.
C'est un torrent de métaux précieux qui se déverse sur- Tancien monde, réduisant de près des neuf dixièmes la valeur des monnaies, augmentant de près des neuf dixièmes^ le prix des choses nécessaires à la vie *, bouleversant les anciens rapports entre le numéraire et les denrées, trans-
1. On estime qne la quantité de numéraire circulant en Europe fut doujsefois plus considérable au milieu du xvi» siècle qu'au xv*.