‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 74 sur 116 · LE POUVOIR ROYAL AU XY1« SIÈCLE · texte numérisé non relu

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donner des bals, des festins, des tournois ». Les hauts barons qui, du fond de leur province, accouraient à la cour, y étaient accueillis avec empressement, surtout s'ils amenaient avec eux leurs femmes ou leurs filles. On les accueillait avec tout l'honneur dû à leur rang et à leur antique noblesse, on ne les laissait plus repartir, on les retenait captifs dans ces lieux de délices. Une suite de 6000, parfois de 18 000 chevaux accompagnait le roi dans tous ses déplacements. Les nobles étaient les hôtes du roi, nourris, logés par lui, amusés par lui, s'enorgueillissant des titres pompeux d'écuyers ou de chambellans, compagnons de ses plaisirs comme de ses batailles, se ruinant dans ses fêtes, s'enrichissant de ses bienfaits, recevant de lui des traitements et des pensions pour eux-mêmes, des compagnies d'ordonnance pour leurs fils aînés, des évêchés pour leurs cadets, des abbayes pour leurs filles. Gomme ils l'aidaient à gaspiller joyeusement le trésor, ils ne s'inquiétaient guère de la façon dont il levait les tailles.

L'étiquette et sa servitude. — Une étiquette rigoureuse s'introduisit à la cour pour régler les préséances entre les nobles des divers rangs, marquer Tordre suivant lequel chacune des classes de noblesse était admise au lever du roi, déterminer ceux qui avaient le droit de lui présenter la chemise. L'un d'eux, Tavannes, frémit déjà de cette servitude nouvelle :

« Qui entre libre à la cour des rois devient serf. Être assujetti aux voluptés, plaisirs et imperfections d'autrui, lever, coucher, dîner, marcher, chasser, se tenir debout, n'est pas avoir son corps à soi. Non plus que Tàme n'est libre qui fiatte, médit, se plie, déguise, farde, cache le vrai, publie le faux, rapporte, dissimule, s'offre à ses ennemis, trompe ses amis, conseille guerre, mort, subsides. Prenant charge aux cours des princes, adieu plaisirs; pressé, importuné, ennuyé, en crainte, plein de contraires, en soupçon. Un songe, un rapport, une femme ruinent la faveur, qui ne peut se perdre sans la vie et l'honneur. C'est folie de travailler pour ce qui se perd si facilement, s'acquiert avec tant de labeurs et se conserve avec tant de peine. »

1. Cest dans an tournoi que le roi Henri II fat taé, en 1559.

Les dames. — Les femmes des nobles devenaient les dames d'honneur de la reine. Seulement ce n'était plus comme au temps de Charles V, lorsque le roi et ses barons vivaient d'un côté et que la reine et ses dames vivaient de l'autre, sans presque se rencontrer. Maintenant roi et reine, seigneurs et dames, ne formaient qu'une société. François !««• disait « qu'une cour sans dames était un printemps sans roses ». Les rudes barons, les fîères dames d'autrefois n'étaient plus que des « courtisans ». Les Italiens, qui ne tardèrent pas à se glisser dans cette cour, se firent les instituteurs de ces demi-barbares : aux hommes, ils enseignèrent les secrets de l'escrime italienne ; aux dames, les raffinements de la toilette et les mièvreries du beau langage. Aussi les parties de plaisir alternaient avec les duels où trois, quatre, jusqu'à douze gentilshommes combattaient de chaque côté, l'épée dans la main droite et le poignard dans la main gauche.

A la cour, le sceptre appartient à la femme. Pendant les règnes de François 1er et de Henri II, c'est la royauté de Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois. C'est elle qui mène les danses, les tournois, les grandes chasses; c'est elle que divinise l'art de la Renaissance; c'est elle que Jean Goujon a sculptée nue et imposante comme une déesse antique sous la figure de Diane chasseresse, entourant de ses bras le cou d'un grand cerf; c'est elle que les médailles représentent foulant aux pieds un Amour, « victorieuse du vainqueur de tous » ; c'est elle que du Bellay, Ronsard, Pelletier, chantent dans leurs vers et que le grave de Thou loue dans son histoire; c'est elle que la ville de Lyon, parmi les fêtes données à la cour, représente triomphante dans l'apothéose d'un « mystère » ; c'est elle dont le chiffre s'enlace à celui du roi dans les sculptures du palais du Louvre, sur les lambris du château de Chenonceaux, même sur les voûtes et sur les vitraux de la chapelle de Vincennes.

Pendant le règne de François II, roi de France et d'Ecosse, c'est la royauté de Marie Stuart, reine d'Ecosse par son père. Lorraine par sa mère. Sous Charles IX et Henri III, c'est la royauté de leur mère, la Florentine Catherine de Médicis. Pour suppléer à la jeunesse qu'elle n'a plus, Cathe-

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rine, l'épouse délaissée de Henri II, mais la conseillère toute*puissante de ses fils, s*entoure de trois cents jeunes femmes, ses dames et ses filles d'honneur, les premières de France par la noblesse et la beauté, cour galante et éblouissante de la reine mère , « escadron coiffé » qui raccompagne à la chasse et en voyage ^, dont les charmes servent sa politique. Tantôt elles s'emploient à réconcilier catholiques et protestants, tantôt, froidement, vont contempler les cadavres de la Saint-Barthélémy.

Le lue de Im eoor. — Les édits somptuaires, comme ceux de 1549 et 1563, essaient, mais en vain, de modérer le luxe de la bourgeoisie; rien ne vient contenir celui de la cour. Les armures, comme celles de François I^ et de Henri II, conservées au Louvre, sont ciselées et damasquinées. En costume de cour, les hommes portent des maillots de soie, des culottes de velours bouffantes, avec des crevés de soie, des escarpins de velours, des pourpoints de drap d*or, un petit manteau de velours sur Tépaule, une toque avec une plume. Henri III met à la mode les pourpoints avec une bosse sur l'estomac, les fraises godronnées ou collerettes à tuyaux. Il se couvre de bijoux, porte des boucles d'oreilles, des colliers de perles, des bagues; il s'inonde de civette, de musc et autres parfums violents ; il joue de l'éventail, à moins qu'il ne joue du bilboquet, et tient dans ses bras de tout petits chiens. Suivant le mot d'Aubigné, c'est un roi-femme ou une femme-roi.

Sous Henri III, le costume des dames est caractérisé par d'étroits corsages, en pointe, maintenus à grand renfort de lames d'ivoire ou de métal qui entrent dans les chairs; des manches et des épaules. énormes, rembourrées de coton et ballonnées, si bien que les belles semblent bossues et contrefaites; de grandes collerettes, toutes raides, qui enveloppent la tète comme une auréole; une coiffure extravagante, des cheveux relevés, tirés par des fils de métal; enfin le masque de velours. On peut se faire une idée de ces costumes d'hommes et de femmes

1 . Catherine de Médicis a mis à la mode les selles de femmes semblablés à celles d'aujourd'hui. Auparavant les femmes étaient ordinairement assises sur le flanc gauche du cheval, les pieds appuyés sur une planchette, on bien montaient comme les hommes.

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par deux tableaux de l'époque, au musée du Louvre, qui représentent des fêtes*

Tput ce luxe aidait la noblesse à se ruiner. Au camp du Drap-d'Or (1520), où François I»"^ écrasa de son luxe le roi d'Angleterre, « maints seigneurs, dit un contemporain, portèrent leurs moulins, leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules ». Ils firent de même pendant tout le xvi« siècle. Les pertes au jeu et les emprunts usuraires y aidant, la noblesse va périssant joyeusement : ses rangs se renouvellent plus vite ; car la vie de cour, en deux générations, suffît pour ruiner corps et biens les anciennes familles, qui sont aussitôt remplacées par de nouvelles.

La cour centre du gouvernement. — La vie de cour était devenue indispensable à la noblesse française. Quiconque ne paraissait point à la cour passait pour un rustre sans éducation : mieux que la crainte du mécontentement royal, cela suffisait pour y amener les plus récalcitrants des féodaux. C'est par la cour que les rois crurent achever d'assouplir la noblesse, lui ôter toute velléité d'indépendance, endormir ses dernières méfiances, pendant que les légistes poursuivaient leur œuvre de destruction contre les privilèges féodaux. Jadis l'histoire de France se passait un peu partout, dans les châteaux de la Gascogne et du Languedoc, dans les landes de Bretagne, dans les palais des ducs de Bourgogne; maintenant tout se passe à la cour du roi, même les meurtres, comme celui du duc de Guise, même les massacres, comme la Saint-Barthélémy. Le centre du royaume, ce n'est point Paris, c'est la cour, qu'elle se tienne au Louvre, aux Tuileries, ou bien aux châteaux de Fontainebleau, d'Amboise, de Blois, de Chenonceaux. Il y a maintenant une langue de la cour, qui tend à devenir le français de la littérature. Seulement, cette langue de cour subit les caprices de la mode. Au xvi« siècle, où l'on a deux reines florentines et où dominent les favoris italiens, les mots d'au delà des Alpes s'y introduisent par centaines; au xvue siècle, sous les deux reines espagnoles, femmes de Louis XIII et Louis XIV, les mots d'au delà des Pyrénées domineront à leur tour. Pour, l'affermissement du pouvoir royal, pour l'unité du royaume, l'institution de la cour aura fait plus que dix batailles

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livrées aux féodaux, comme celles de Montlhéry ou de Saint-Aubin-du-Cormier.

La royauté absolue. — Des ordonnances de François I»' limitent le droit de chasse, assujettissent à la taille le bien roturier tenu par les gentilshommes, leur défendent d'avoir du canon dans leurs châteaux, de placer des gardes dans les terres qu entourent les domaines du roi. Il est interdit, sous peine de mort, de prendre les armes sans son autorisation. Un gentilhomme est décapité en place de Grève pour avoir levé des troupes sans Taveu du roi. Aussi, les nobles disent-ils avec quelque dépit, à ce que rapporte l'ambassadeur vénitien Marino Cavalli : « Nos rois s'appelaient jadis reges Francorum; à présent, on peut les appeler reges servorum *. »

La royauté n'était pour ainsi dire plus contestée : jamais elle n'avait été aussi puissante que sous François 1er et sous Henri II. C'est du règne de François que date la formule : « Car tel est notre plaisir. »

Fin des dynasties féodales, noblesse nouvelle. — De toutes les anciennes dynasties féodales, une seule était restée debout : celle de Bourbon. Or, après la trahison du connétable (1523), la branche la plus puissante de cette maison fut abattue, et ses vastes domaines de l'Auvergne, de la Marche, du Bourbonnais, du Lyonnais, furent réunis au domaine.

A la place de l'ancienne noblesse, s'en élevait une autre, qui semblait beaucoup moins redoutable.

Non seulement les rois s'arrogeaient le droit de créer des pairs de France, mais ils créaient des ducs. Ce titre, qui supposait autrefois la souveraineté sur de vastes provinces, se donnait maintenant à des seigneurs sans importance réelle. On était duc sans duché, par la faveur du roi : c'est ce qu'on appelait des « ducs à brevets ».

Le C4»neordat : TÉgUse ft la discrétion du roi. — Par le Concordat de 1516, le pape Léon X, en échange de certains avantages pécuniaires *, avait reconnu au roi le droit

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