‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 82 sur 116 · HUMILIATION DU POUVOIR ROYAL · texte numérisé non relu

HUMILIATION DU POUVOIR ROYAL

hautes visées d'Innocent III et de Boniface VIIL II s'arroge Je droit de disposer de la couronne de France, déclare Henri de Béarn déchu de ses droits au trône comme hérétique, approuve que le sceptre soit déféré au vieux cardinal de Bourbon.

Ainsi toutes les forces du moyen âge, si longtemps comprimées par la puissante main des rois, féodalité, communes, clergé, se relèvent comme pour anéantir la monarchie.

iBfltoamissioB des agents da roi. — Les agents du roi eux-mêmes se tournent contre lui. Ces gouverneurs des provinces que François P*' avait voulus si dociles se mettent à la tête des forces royales contre la royauté, organisent le soulèvement de leurs administrés, se conduisent en souverains indépendants.

Idées anarchistes et régleides. — Ce n'étaient plus seulement les protestants qui affichaient des maximes anarchistes. Les prédicateurs de la Ligue enseignaient que le peuple a le droit de refuser l'obéissance à un monarque qui désobéit à l'Eglise et qu'on peut tuer un tyran. Ce sont ces doctrines régicides qui mirent le poignard aux mains du moine Clément contre Henri III, et plus tard de Ravaillac contre Henri IV. Les gentilshommes rêvaient le rétablissement de la féodalité; les bourgeois catholiques et les moines rêvaient d'une démocratie qui n'aurait eu d'autre souverain que Dieu, c'est-à-dire le pape, son vicaire sur terre. Les livres hostiles à la royauté sont dans toutes les mains : celui de la Boétie, la « Servitude volontaire » ; celui d'Hubert Linguet, les « Revendications contre les tyrans » ; les « Apophtegmes ou discours notables recueillis de divers auteurs contre la tyrannie et les tyrans » ; le « Discours des jugements de Dieu contre les tyrans », etc. La révolte contre la royauté, ia théorie du régicide sont prêchées dans les conciliabules des nobles, sur les places publiques des cités, du haut de la chaire chrétienne, aussi bien par le ministre protestant que par le moine catholique.

Puissance nonvclie des États généraux. — Dans la faiblesse croissante du pouvoir royal, les États généraux ont repris faveur. Déjà sous le jeune roi François U, l'Hôpital

les a convoqués à Orléans, en 1560, et à Pontoise en 1561- II les a associés à ses réformes judiciaires, à sa politique de modération et de tolérance religieuse. Il leur a fait repousser l'établissement d'un tribunal d'Inquisition pour le crime d'hérésie *. Les assemblées qui suivirent n'eurent pas ce caractère de sagesse et de patriotisme. Elles furent des États généraux de parti, qui représentaient non la • France, mais les passions religieuses. Les premiers États de Blois, en 1576, furent convoqués après une si violente pression électorale qu'un seul député protestant, sur 326 membres, y put figurer. Les seconds États de Blois, en 1588, s'inspiraient des fureurs de la Ligue : ils achevèrent de mettre le roi Henri III à la discrétion du duc de Guise, et ne lui laissèrent d'autre alternative que l'abdication ou le meurtre de son ambitieux sujet. Dans ceux de 1503> tenus à Paris, et qui ne comptaient que 130 députés, il y eut encore assez de patriotisme pour repousser la proposition de l'ambassadeur espagnol qui demandait la couronne de France pour une fille de son maître; il n'y en €ut pas assez pour acclamer le légitime héritier du trône. La nAtion relient an roi. — Le peuple à ce moment commençait à être las de l'anarchie. Depuis que la royauté était comme anéantie, il comprenait quelle protection ili avait perdue. Les yeux se tournèrent vers le légitime héritier. Une seule chose arrêtait l'élan du peuple vers le roi : le Béarnais était protestant. Henri IV eut la sagesse de" faire tomber ce dernier obstacle : en 1593, il aibjura le protestantisme dans l'église de Saint-Denis et en 1594 se fit sacrer dans la cathédrale de Chartres.

Ouvrages a consulter : Michèle t, La Réforme et Les guerres ci' viles. — Mipiet, Mémoires historiques (établissement de la Bé forme à txenève), — Comte Delaborde, Coligny. — Tessier, L'amiral Coligny.

— H. Forneron, Les ducs de Guise et leur époque. — Rémusat, La Saint-Barthélémy, — Bordier, La Saint- Barthélémy , — Haag , La

France protestante. — Ranket Nistoire des papes. — De Hûbner. Sixte- Quint. — Martin Phiiippson, La contrerévolution religieuse au XVI' siècle

— Challe, Le calvinisme et la Ligue.

— Vitet, La Ligue. — Laritte, La démocratie chez les prédicateurs de la Ligue. — Grégoire, La Ligue en Bretagne. — Mourin, La Bé formée et la Ligue en Anjou.

1. Il lear a même fait admettre que le clergé n'était pas le propriétairCr mais seulement le dépositaire de ses biens et qu'il en devait compte à l'Etat. C'est une idée qui sera reprise au début de la Révolution française».

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