‹ Histoire de la civilisation française (volume 4)Chapitre 81 sur 116 · II. Humiliation du pouvoir royal · texte numérisé non relu

II. Humiliation du pouvoir royal

Arrêt dADs le pro|n^ès da poavoir royad. — Dans la seconde moitié du siècle, sous les faibles successeurs de Henri II, les progrès du pouvoir royal sont arrêtés comme «eux de la prospérité publique. Une période de guerres civiles succède à la période d'expéditions au dehors et de paix au dedans.

RéAction aristocratique contre la royauté. — La royauté fléchit un moment devant les nobles insurgés au nom de la religion. A la tête de la noblesse huguenote, se placent quelques grandes familles, comme les Ghâtillon, les Bourbon, dont les Condé sont une branche; à la tête de la noblesse catholique, les Montmorency, les Guise. La cour essaie de tenir la balance entre les partis; mais ses habiletés sont déjouées par la violence des passions. Tour à tour, elle se rapproche des protestants ou des catho- Uques, mais cette politique de bascule lui enlève toute autorité morale. Les protestants lui imposent, les armes à la main, des traités humiliants ; les catholiques la forcent à violer ces traités et à recommencer la guerre.

Comme la majorité de la noblesse est d'abord acquise au protestantisme, les prises d'armes des huguenots ont le caractère d une réaction nobiliaire contre la royauté. Ils en viennent à formuler des théories républicaines : « Quel roi? disaient-ils au temps de la minorité de Charles IX. Nous sommes les rois. Celui que vous dites est un petit royot ; nous lui donnerons les verges et lui baillerons un métier pour lui faire apprendre à gagner sa vie comme les autres. » Dans les traités qu'ils imposent à la royauté, ils ne stipulent pas seulement le libre exercice du culte protestant; mais ils exigent, comme à la paix de Saint- Germain en 1570, que le roi leur remette des places fortes, qui leur serviront de garantie contre lui. Ils se font livrer les forteresses de la Rochelle, Cognac, Montauban, la Cha-

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rite, afln de pouvoir s'y retrancher contre les troupesroyales. Ils traitent avec le roi d*égal à égal, comme s'ils étaient une puissance indépendante.

Les catholiques combattent avec le roi contre Tennemi commun; ils ont besoin des troupes royales parce qu'ils sont les plus faibles; mais ils ne sont pas plus dociles au fond que les protestants. Henri de Guise est un factieux tout comme les princes de Gondé, et son ambition eçt encore plus dangereuse.

Chacune des deux factions ne voit plus l'intérêt du royaume, mais son intérêt propre. Ghacune fait appel aux puissances étrangères. Les huguenots demandent le secours de la reine d'Angleterre et, en 1562, lui livrent le Havre, le premier port militaire de France ; plus tard, ils ouvrent la frontière de l'Est aux reitres et lansquenets protestants de l'Allemagne. Les papistes appellent les Suisses des cantons catholiques ; ils implorent le secours du roi d'Espagne^ Philippe II et, en 1584, signent, avec lui le traité de Joinville; en 1593, ils essayent de faire adjuger la couronne de France à un prince espagnol. Il semble que les intérêts de nationalité s'effacent pour faire place aux intérêts religieux ; il n'y a plus de patrie, mais seulement deux grandes ligues religieuses qui sont en lutte d'un bout à l'autre de l'Europe; il n'y a plus des Français, des Anglais, des Allemands, des Espagnols, mais seulement des protestants et des catholiques.

La royauté subit la même éclipse que l'idée de patrie. Qui donc, parmi les gentilshommes protestants ou catholiques, se soucie des ordres de roi? D'ailleurs la royauté est digne du mépris où elle est tombée : elle n'a su ni imposer aux protestants le respect de la religion établie, ni imposer aux catholiques le respect de la liberté de conscience. Au lieu de commander, elle se perd dans les intrigues itahennes de Catherine' de Médicis. Au lieu de combattre à ciel ouvert, elle en vient à méditer des guet-apens, comme le massacre de la Saint-Barthélémy.

Réaction démocratique contre la royauté. — Les prises d'armes des huguenots avaient été surtout une insurrection aristocratique; le soulèvement des catholiques, sous Henri III, prit le caractère d'une insurrection

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démocratique. Les protestants étaient plus nombreux dans la classe nobiliaire; les catholiques compensèrent cette infériorité en faisant appel au peuple des villes. Alors s'organisa la Sainte-Lig^e qui prit pour son chef, non le roi très chrétien, le fils aîné de l'Eglise, mais bien le duc de Guise, qui lui-même aspirait à la couronne et se donnait pour un descendant de Gharlemagne. La Sainte-Ligue comprenait non seulement les seigneurs, mais surtout les villes de la France septentrionale. Elle avait pour centre Paris, qui s'était donné une organisation démocratique et militaire, qui avait armé toute sa population et créé le gouvernement démagogique des Seize, chefs des seize quartiers. Paris faisait cause commune avec les nobles catholiques, le duc de Guise, la duchesse de Montpensier, le duc de Mayenne; mais il n'obéissait qu'à ses curés et à ses tribuns populaires. En 1S88, il dressa des barricades contre Henri 111, repoussa à coups de mousquet et à coups de pierres sa garde suisse, le chassa de la ville et s'apprêta à soutenir un siège contre lui.

Ainsi toutes les classes de la population avaient secoué le joug. Les villes protestantes, la Rochelle, Cognac, Montauban, comme les villes catholiques, Paris, Lyon, Bourges, Orléans, Rouen, Dijon, fermaient leurs portes aux troupes royales. Tout le passé municipal renaissait en même temps •que le passé féodal : tandis que les nobles reprenaient leurs droits de guerre, de justice, de finance, les magistrats municipaux ressaisissaient le commandement des milices, la juridiction civile que le chancelier de l'Hôpital venait de leur enlever , jugeaient les procès criminels «ans se soucier de l'appel aux parlements, administraient les finances des villes sans en rendre compte à personne. L'esprit d'insubordination descendait dans les couches profondes de la population. Les paysans, à force d'entendre parler de la Bible, disaient : « Qu'on nous montre dans la Bible si nous devons payer ou non. Si nos prédécesseurs ont été sots ou bêtes, nous n'en voulons point être. »

RéAction eeclésIasUqae contre la royaaté. — La pa* pauté, dont les anciens rois avaient si fermement contenu les prétentions, se sent encouragée, elle aussi, à reprendre le terrain perdu. Avec le pape Sixte-Quint reparaissent les

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