‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 2 sur 135 · I. Le pouvoir absolu · texte numérisé non relu

I. Le pouvoir absolu

La royanté. — Lçi royauté semble avoir un caractère différent avec Louis XIV, avec Louis XV et avec Louis XVI. Sous le premier de ces rois, elle parait plus impérieuse et plus tyrannique ; sous le second, plus nonchdante et plus capricieuse; sous le troisième, plus discutée et comme déjà troublée par la grandeur de ses responsabilités. C'est ce qu'un grand seigneur qui a vécu sous les trois règnes, le maréchal de Richelieu, expliquait en ces termes à Louis XVI : « Sous Louis XIV, on n'osait dire mot; sous Louis XV, on parlait tout bas; sous Votre Majesté, on parle tout haut. » Mais c'est seulement le caractère de ces princes qui fut différent : la royauté elle-même n'a pas changé. Pendant plus de cent quarante ans, de la Fronde à la Révolution, elle n'a cessé d'être absolue. Non seulement elle est absolue en fait, mais l'absolutisme se formule en théorie.

R. Civil. T. II. i

Tliéorle de la monareUe akiiolae. — Parmi ces théoriciens de Tabsolutisme , il font compter Louis XIV laimême : « Celui qui a donné des rois aux hommes, écrit-il dans ses Mémoires pour Finstruction de son successeur, a voulu qu'on les respectât comme ses lieutenants, se réservant à hii seul d'examiner leur cendoite ; savdlonté est que quiconque est né sujet obéisse sans discernement. y>

Il n'y a pas de droit de la nation qui restreigne le droit du roi ; car, dit encore Louis XIV, « le roi représente la nation tout entière, et chaque particulier ne représente qu'un individu envers le roi. Par conséquent, toute puissance, toute autorité résident dans la main du roi, et il ne peut y en avoir d'autres dans le royaume que celles qu'il y établit... La imtioB ne fait pas corps en France : elle réside tout entière dans la personne du roi. »

C'est la théorie qu'on a résumée dans le mot prêté à Louis XIV : « L'État, c'est moi. y» Ce fut celle de l'Empire romain, où le prince était le peuple fait homme et la « loi vivante ».

Bossuet, dans sa « î^oMque IfiTée de l'Écriture sainte, » investit les rois de France de l'autorité absolue et divine que l'onction conférait aux despotes de la Judée : « Le titre de Christ est donné aux rois, et on les voit partout appelés les christs ou les oints du Seigneur... Le prince ne doit rendre compte à personne de ce qu'il ordonne... Personne ne peut lui dire : Pourquoi faites-vous ainsi?,,,. 0 rois, vous êtes des dieux, c'est-à-dire : vous avez dans votre autorité, vous portez sur votr^ ir^oat un caractère divin... » Parler mal du rx»i, pour Eossuet, est un crime digne du derni^ supplice, presque égal au crime de blasphème contre Dieu.

Ce sont ces principes que Louis XIV et ses successeurs mirent en pratique «pendant un siècle et demi. Louis XV au lit de mort voulait bien se repentir d'avoir donné du scandale à ses siy^s, mais, mourant, il tenait encore à dire ceci : « Quoique le roi ne doive compte de sa conduite qu'à Dieu ^ui. » Louis XVI répondait aux observations du duc d'Orléans : u C'e&t légal parce que je le veux. »

Aussi cette rpyauJté n'admet-elle aucune limite, aucun contrôle. Elle ne ressemble ni aux royautés de notre temps, qui presque toutes partagent le p^ouvoir avec des assem-

Page 1