‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 64 sur 135 · I. L'architecture · texte numérisé non relu

I. L'architecture

Caractères généraax de rarchiteetore aux XVII* et XVIII' siècles. — L'art français de la Renaissance avait associé heureusement les éléments de Tart ogival et ceux de Tart antique, retrouvé en Italie. Le xvne siècle rompt plus complètement avec le passé national. Une des dernières cathédrales à ogives fut celle d'Orléans, construite sous Henri IV, achevée sous ses successeurs, mais dont le plan avait été tracé au xvi® siècle. On ne comprenait plus le style ogival, qu'on regardait volontiers comme une trace de Yancienne barbarie et qu'on flétrissait de l'épithète de gothique. De nombreux actes de vandalisme furent commis, pendant les deux derniers siècles, sur les plus vénérables monuments de notre passé. En 1699, Robert de Cotte, sous prétexte de restaurer l'intérieur de Notre-Dame de Paris, détruit la clôture à jour du sanctuaire, renverse le jubé, brûle les stalles de bois., enlève les tombes et les effigies de pierre, brise les vitraux de couleur.

D'autre part, on n'eut que très tard, et seulement à la fin (lu xvii[« siècle, une connaissance exacte de l'architecture antique et le désir de l'imiter.

Ce qui domina dans cette période, ce fut plutôt l'influence des monuments italiens, non seulement de la belle époque de la Renaissance, mais aussi de sa décadence.

Cependant les artistes français ne se bornèrent pas à imiter : s'inspirant de ces idées de grandeur et de majesté qui sont le cachet du xvii» siècle, ils créèrent un art véri-

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tablement original, aussi caractéristique du règne de Louis XIV que la littérature elle-même.

L'architecture des monnmeiits cIvUs. — Pour obtenir des façades plus imposantes, au lieu de les diviser, comme à l'époque précédente, en étages à' peu près égaux, dont chacun était distingué par le choix différent de l'ornementation, on n'admet plus qu'un étage principal: d'une part, il repose sur un rez-de-chaussée qui quelquefois est presque un sous-sol; d'autre part, il est surmonté d'un attiguBj petit étage qui n'a que la moitié ou les deux tiers de l'étage principal. Tout est sacrifié à celui-ci. Pour augmenter encore l'impression d'unité et de grandeur qu'on veut produire, l'ornementation est extrêmement réduite. Plus de ces accidents d'architecture, de ces caprices heureux, de cette variété ingénieuse qui, dans les monuments du XVI» siècle, intéressaient l'œil et l'esprit : rien que de grandes hgnes, sobres, sévères, jusqu'à la monotonie. C'est ce qu'on appelle le styU colossal et ce qu'on pourrait appeler le style Louis X^V,

Sous Henri IV, on ne peut citer, comme architectes de renom, qu'Etienne dupérag et le huguenot Baptiste ANDROUETDU CERCEAU ^ Le premier fut chargé de continuer le château de Fontainebleau; le second construisit le château . de Monceaux pour Gabrielle d'Ëstrées et celui de Vemeuil pour Henriette d'Entraigues, peut-être celui de Saint-Germain-en-Laye. Tous deux travaillèrent * à la galerie qui, le long de la Seine, devait réunir les Tuileries au Louvre.

1. Dans l'éducation de nos artistes, il ne faut pas oublier l'influence de la famille. Les secrets de l'art, comme ceux des métiers, se trausmettaient par une sorte de tradition héréditaire. De là ces dynasties artistiques, à généalogies compliquées : -> d'architectes, comme les sept Ândrouet du Cerceau (Jacques, 1515-S4 ; «es trois fils, dont Baptiste ; plus trois autres, neveux ou cousins), les trois Levau, les trois De Brosse, les quatre De €otte, les quatre Bruand, les trois Lepautre, les trois Mansart, les cinq Métezeao, les neuf Gabriel; — de sculpteurs, comme les deux frères Anguier ; Coysevox avec ses trois neveux et petits-neveux (les Coustou) ; — de peinties, comme les frères Le Nain, les quatre Coypel, les trois Parrocel, les deux Van Loo; — de graveurs, comme les trois Dreret, les deux Dorigny, les deux Thomassin, etc. C'est là un trait qui achève de rapprocher les corporations artistiques des corporations d'artisans. 11 y eut de même, sous Louis XIV, une dynastie de fumistes qui, de père en ûls, ramonaient les cheminées de Versailles.

S. Plus tard, Metezeau et plusieurs autres y travaillèrent également.

Sous la régence de Marie de Médecis, Farchitecte en faveur fut un autre huguenot, Salomon db brosse. G*esl lui que cette princesse chargea de bâtir le Palais du Luxembourg (1611). Pour amener Teau dans les jardins de ce palais et alimenter les fontaines des quartiers de la rive gauche de la ville, il restaura une œuvre des Romains, V aqueduc d^Arcueil. H reconstruisit la Salle des pas perdus au Palais de Justice. H bâtit le Temple protestant de Cha^ rentouj qui n'avait pas moins de %0 fenêtres et pouvait con* tenir 14 000 personnes.

Les architectes de Richeheu furent Jacques LEmsacum et Clément MÊrESEâu.

Le premier éleva le Palais-Cardinal (1629-1636), appelé depuis Palais-Royal^ dont la disposition était alors fort différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Pour faire place k cette construction, on dut reculer l'enceinte de Paris, en combler le fossé, percer la rue Richelieu. Lemercier quadrupla l'étendue de la cour intérieure du Louvre, et, sur le pavillon de l'Horloge, posa le grand dôme quadrangnlaire. Il construisit la Sorbonne, Il succéda à François Mansart comme architecte du Val-de-Grdce, alors un couvent de Bénédictines, et que devait achever i^muet. A Fontainebleau, il fit le célèbre Escalier en fer à cheval,

Métezeau construisit la fameuse digue de la Rochelle ; il bâtit le château de la Meilleraye (Poitou) ; on croit qu'il est l'auteur du petit Pavillon de chasse, modeste construction en briques, qui était tout le Versailles de Louis XIII.

Mazarin rivalisa avec RicheUeu. A son collège de Sorbonne, il voulut opposer le Collège des Quatre-Nations^ œuvre de Louis levau et de ses élèves Oorbay et Lambert. A son Palais-Cardinal, il opposa le Palais-Mazarin, œuvre de rRANQOis mansart S qui est aujourd'hui compris dans les bâtiments de la Bibliothèque Nationale et qu'il enrichit de 40D statues et bustes antiques, de 500 tableaux et 40 000 volumes.

Un artiste lyonnais, Simon maupin, éleva VHôtel de Ville de Lyon, en même temps que se bâtissait celui de Reims.

1. C'est à François Mansart, et non à Hardouin Mansart, qa'on attribae l'invention de ces toits brisés qu'on appelle mansardes.

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Louis XIV, quand il commença à régner par lui-même, n'eut d'abord à sa disposition que Louis Levau, qu'on appelait alors « le fameux Monsieur Levau », intendant des bâtiments du roi. C'était un artiste sans génie et d'un talent assez lourd. Chargé de compléter les Tuileries, il écrasa le gracieux palais de Philibert Delorme en posant sur le pavillon central un énorme dôme quadrangulaire. 11 acheva le pavillon de Flore commencé par Baptiste Androuet du Cerceau et bâtit le pavillon de Marsan : ce qui adievait de gâter l'œuvre de Delorme. Il aurait terminé dans le même style lé Louvre de Pierre Lescot.

Heureusement, Colbert eut l'idée de mettre au concours le plan du Nouveau Louvre. Glande verbaïïli, inspiré d'ailleurs par son frère Charles, présenta un projet qui eut toute l'approbation de Colbert; mais ce projet parut si hardi que le ministre n'osa prendre sur lui de le faire exécuter. Revenant aux errements d'autrefois, il appela d'Italie le célèbre Bernini : celui-oi proposa des façades à deux étages, d'un caractère tout à fait mesquin. On finit par le remercier, et Louis XIV, que le projet de Claude Perrault avait séduit, ordonna de le mettre à exécution. Alors Perrault éleva (1666-4670), sur un rez-de-chaussée qui n'est qu'un soubassement, cette belle Colonnade du Louvre, de 176 mètres de développement, formée de 52 colonnes, soit libres, soit encastrées, et rapprochées deux par deux. Au pavillon central s'ouvre une sorte de porte triomphale. On peut reprocher à cette colonnade de n'être qu'une façade splendide, car Perrault n'avait pas pratiqué de fenêtres au premier étage : celles qui sont en arrière des colonnes ont été ajoutées après lui. Ce monument, d'un aspect élégant et majestueux, est le type le plus parfait du style Louis XIV. Il en a la grandeur et la magnificence; le siècle s'y reconnut L'enthousiasme fut grand à la cour, à la ville, et grande la renommée dans l'Europe entière. Dès lors, on voudra partout des colonnades, ou tout au moins de hautes colonnes encastrées dans les murailles : au xvn^ siècle s'élèveront ceUes de la place Vendôme ; au xvnp, celles de la place Louis XV (aujourd'hui place de la Concorde), celles de l'Hôtel des Monnaies, de l'Ecole militaire, de l'École de droit, de l'École de médecinej etc.

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Perrault a encore bâti (1667-1672) Y Observatoire y monument plus solide que bien aménagé et qui présente des voûtes massives à tous les étages.

Dès 1670, on voit les dépenses des Tuileries et du Louvre diminuer d'année en année, jusqu'à se réduire à rien, Louis XIV a renoncé à faire de Paris sa capitale. Versailles commence à absorber les trésors et Tattention du roi. Le créateur du Château de Versailles fut Tautre architecte favori de Louis XIV, Hardouin hansabt. Une des conditions imposées à Mansart, pour cette vaste entreprise, c'était de conserver le pavillon élevé par Louis XIII : pour tout le reste, il était libre et opérait comme sur une table rase, au milieu d'un véritable désert. Cette condition avait pour effet de limiter la hauteur à laquelle il pouvait élever ses constructions : il prit sa revanche par Tampleur du développement horizontal. Du côté qui regarde Paris, il flanqua le pavillon d'une triple série de corps de bâtiments en saillie : en venant de Paris, le visiteur parcourt donc trois cours S dont la première est la plus vaste; au fond de la dernière, qui est la plus petite, apparaît, comme le tabernacle au fond du sanctuaire, comme une sorte de saint des saints, le pavillon de Louis XIII, habité alors par le grand roi. Du côté opposé, celui qui regarde le parc, sur une terrasse prodigieuse dominant tout le pays, s'aligne, longue de 450 mètres, la véritable façade du palais : elle est occupée tout entière par un étage principal à colonnades, élevé sur un rez-de-chaussée et surmonté d'un attique à balustrade; l'uniformité, la monotonie grandiose de ces lignes est à peine rompue par la saillie que fait, au centre, le pavillon occupé par les appartements du roi.

Comme si ce n'était pas assez que d'avoir à élever ce palais vraiment colossal, Mansart eut toute une ville à bâtir alentour : des orangeries, des casernes, des écuries, et tout cela dans un style qui ne déparât point celui du Palais. La chapelle du château, qui passe pour son chefr d'œuvre, et l'église de la ville, dédiée à Notre-Dame, sont également de lui. Bientôt il eut à construire Trianon, puis

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