‹ Histoire de la civilisation françaiseChapitre 70 sur 135 · LA PEINTURE AU XVU« SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE AU XVU« SIÈCLE

(1600-1682), a passé la plus grande partie de sa yîe en luiHe. H est mort à Rome. Il s'y lia d'amitié avec Poussin. Il a conçu presque comme lui les paysages italiens, mais plus gais, encadrés de palais vivants, et non de cités mortes. On a pu dire de lui qu'il avait osé regarder le soleil en face et réussi à le reproduire sur la toile. Ce qu'il excelle à peindre, ce sont surtout les couchers ou les levers de soleO sur les flots de l'Adriatique ou de la mer Ionienne, entre les palais de Venise ou de Messine, avec les rayons qui caressent les âiacnes des navires et rougissent le clapotis des vagues; ou bien les troupeaux à l'abreuvoir, de vastes paysages pleins de paix et de lumière, avec quel- (pae scène biblique ou mythologique au premier plan. Son principal tableau du genre vraiment historique, c'est le « Débarquement de Gléopâtre à Tarse ».

Eustaçhe lb sueub, de Paris (16i6-1655), est en contraste parfait avec Poussin, n n'a jamais été k Rome ; il n'a eu d'autre maître que Vouet. Ses types sont moins beaux pliysiquement que ceux de Poussin, parce qu'ils ne sont pas dassiques, et qu'ils sont français et non italiens. Son coloris, qui semble aujourd'hui un peu terne, est relevé par des tons parfois violents. Il est profondément chrétien, et les vingt-deux toiles où il a raconté la Vie de saint Bruno sont une œuvre d'inspiration toute rehgieuse. Parmi les cinquante tableaux qu'on a de lui au Louvre, il faut encore citer la <c Prédication de saint Paul à Éphèse», le « Christ apparaissant à la Madeleine », le u Martyre de saint Laurent », le « Martyre de saint Gervais et saint Protais ». Ses œuvres de mythologie païenne sont aujourd'hui en partie au Louvre, en partie aux plafonds de l'hôtel Lambert.

Philippe de Champagne, Bruxellois de naissance, mais Français par toute sa carrière (1602-1674), n'est pas seulement un chrétien : c'est un janséniste. Gomme Pascal, dont il reproduit certains traits de caractère, il appartient au monde de Port-Royal ; il y a fait le portrait de ses grands solitaires; il leur donna un de ses chefs-d'œuvre, « la Cène » ; une de ses filles y fut religieuse ; lui-même s'y mit en retraite. Il eut une grande dignité de vie, ne reehercha point la faveur des puissants, se laissa enlever les

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grandes commandes par Vouet, resta attaché à la reine régente, qui l'avait d*abord protégé, et toujours nn peu froid aux avances de Richelieu, parce qu'il était l'ennemi de sa protectrice. Un jour que celui-ci lui faisait offrir sa faveur, le peintre répondit : « Si M. le cardinal peut me rendre plus habile peintre que je ne suis, c'est la seule chose que je demande; sinon, je me tiens pour satisfait de l'honneur de ses bonnes grâces ». Sa peinture est d'un dessin sévère, pleine de pensée, nn peu sombre de couleur, n a fait le portrait de « Louis Xill couronné par la Victoire » et le portrait en pied du cardinal. Son œuvre se compose surtout de sujets religieux : le « Christ mort », le M Christ en croix m, «c Jésus célébrant la Pâques », le « Vœu de Louis Xm» (descente de croix), « Sainte Marie pénitente », avec un fond qui rappelle ceux de Poussin. On retrouve les œuvres de son pinceau dans presque toutes les églises de Paris : au Val-de-Grâce, à la Sorbonne, à Saint-Séverin, à Saint-Merry. Le plus caractéristique de ses tableaux, par la puissance de l'inspiralion chrétienne teintée de jansénisme, c'est celui de « Mère Agnès et sœur Catherine de Champagne », où Ton 'voit sa fille recouvrant la santé par les prières de mère Agnès de Port-Royal, et les deux religieuses plongées dans une double extase.

A côté de ces quatre grands artistes, il faut garder une place, parmi les peintres d* histoire, à Jacques stella (1o%- 1657), dont le Louvre possède un « Christ recevant la Vierge au ciel » et une « Minerve venant visiter les Muses » ; à Laurent de la bire (1606-1656), dont le talent a quelque chose d'étrange et de fantastique ^

Gaspard DU6HET, un Français né et mort à Rome (1613-1675), beau-frère de Poussin et son élève, tellement italianisé qu on a e l'appelle plus que Gasparo ou le Guaspre, est le représc ntant unique d'un genre qui va disparaître pour longift mps : le paysage pour le paysage.

Un autre genre de peinture qu'une condamnation plus l'ornielle attendait sous Louis XIV, ce sont les scènes de la

1. Ses toiles da Loovre, c'est, par exemple, Saint François, mort depnis plus da deux siècles, resté cependant debout dans son cavean, avec une lace

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vie familière, que reproduisent avec tant de vérité et de naïveté les frères le nain : dans leur « Repas de famille », leur « Abreuvoir », leur « Maréchal dans sa forgé ». Ces artistes, qui étaient du peuple et très pauvres, ont su, dit Charles Blanc, « représenter le peuple dans sa robuste allure, sans l'embellir, sans Tenlaidir non plus, en lui laissant tout son caractère, peut-être même en y ajoutant uno certaine dignité calme ».

Ce sont aussi des scènes familières que peint le valentin (1600-1634), né à Coulommiers, et qui vécut toujours à Rome; mais il n'a pas mené la vie humble et laborieuse des Le Nain. D'un tempérament ardent et indompté, recherché par la jeunesse romaine, qu'il étonna souvent par ses excentricités, il mourut, à trente^quatre ans, de ses excès. Ce n'est pas dans le bon peuple qu'il va chercher ses modèles : plus volontiers il peint des reîtres, des chanteurs ambulants, des diseuses de bonne aventure, des scènes de corps de garde, ou, sous prétexte de concerts, des scènes d'orgie ; mais il se distingue par une recherche de la vérité qui touche au réahsme, un talent étonnant de groupement et une entente merveilleuse des effets de lumière.

Si Ton considère les dates où sont morts tous ces artistes, tout au moins la période où ils jetèrent leur plus grand éclat, enfin le fait que plusieurs d'entre eux vécurent hors de France, on admettra que sur eux l'influence de Louis XIV et de Le Brun a été nulle.

L.e Bran etlHlgnard.-- Dans la période qui suivit, Charles le BRUN, de Paris (1619-1690), est le chef de l'école française.

Il aurait pu, comme on l'a remarqué, paraphraser le mot attribué au roi et dire : « L'art, c'est moi ». Il fut le ( .ouis XIV des beaux-arts. Cet artiste, dont le génie devait sympathiser si complètement avec celui du souverain, fut d'ailleurs un très grand peintre. H avait le feu sacré : à quinze ans, il produisait deux tableaux remarqués *. Ce

d'eDthousinsic ot les Bligmates de Jésus aux pieds et aux mains, recevant la visite el les hommages du pape Nicolas V; c'est Saint Pierre, passant devant des mal.-idcs et les guérissant avec son ombre; c'est Jésus ressuscité et apparaissant aux trois Maries, flottant dans l'air entre leurs mains étendues et cependant insaisissable pour elles, à la fois réalité et vision.

1. Hercule assommant les chevaux de Diomède et Saint Jean jeté dans Vhuile bouillante.

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don (le nature, fl le déreloppa par on labeur acharné et les études les plus fortes qn'ait jamais faites un artiste.

fl eut d'abord pour maitre Vouet, qu'il devait si complèlement éclipser. Bientôt il se rendit à Borne, fl y reçut les conseils de Poussin, fl ne se borna pas à j étudier les tableaux, les statues, les ruines, les paysages, les grandes fresques et les vastes plafonds des églises et des palais. Il Vy fit archéologue, et, d'après les médailles et les basreliefs, fl dessina les costumes, les armes, les étendards des anciens Romains; U se pénétra de la vie religieuse et militaire de l'antiquité.

A son retour en France, ses premiers tableaux *, ses Vierges, un peu froides, mais d'une beauté si régulière et si noble, forcèrent l'attention, fl fut d'abord protégé par Anne d'Autriche, puis par Fouquet, qui voulait lui faire exécuter de grandes compositions à son château de Vaux. fl trouva enfin le seul protecteur qui pût répondre à ses vastes ambitions.

fl peignit pour Louis XIV ces immenses toiles qui représentent les exploits d'Alexandre : le « Passage du Granique», la « Bataille d'Arbelles », la « Défaite de Porus », 1' « Entrée dans Babylone i». Ces Batailles d'Alexandre forment une série de tableaux épiques. Dans la Défaite de Porus, « les phalanges macédoniennes, mises en désordre par des éléphants furieux, écrasées de pierres, assaillies d'une nuée de traits que les Indiens leur lancent du haut des tours portées par des éléphants, ces luttes corps à corps, ces cavaliers bondissants qui, des pieds à la tète, sont converts d'une armure écaillée comme des reptiles, tout cela est senti et mis en mouvement avec une sorte de poésie farouche, mais relevée, dont il n'y a peut-être pas d'autre exemple dans la peinture... A voir ces captifs garrottés qu'on tient par les cheveux, qu'on traîne attachés à la queue des bêtes, ces blessés qu'on achève à coups de massue... ces chevaux enfin qui se mordent entre eux, ajoutant leur rage animale à ceUe des combattants, on est saisi d'horreur. » (Charles Blanc.) Le Brun avait poussé la recherche du

1. Le Cnxifiement de saini André» Moïse frappant le rocher, le Serptmi dairavi.

détail jusqu'à faire dessiner en Syrie des chevaux qui fussent bien asiatiques. Son Entrée d'Alexandre à Babylone, dans un décor étrange et colossal, avec une splendeur inouïe de mise en scène, contraste avec les Batailles par la pompe ordonnée, la majesté tranquille, la sérénité auguste du vainqueur dans son char de triomphe que traînent des éléphants.

On ne peut énumérer toutes les œuvres, même capitales, de Le Brun ; mais il faut citer « Alexandre et la Famille de Darius », « Mucius Scévola et Porsenna », la « Mort de Caton * », pour ne parler que de ce qui est au Louvre.

Quand on pense qu'il avait à dessiner pour le roi des arcs de triomphe, des trophées, des modèles pour ses tapisseries, des costumes pour ses carrousels, à décorer Versail* les, à présider l'Académie >, à surveiller tout ce qui travaillait pour le roi, architectes, statuaires, peintres, graveurs, on est efftayé de l'activité qu'il dut déployer. Il a travaillé autant que Golbert ou que Louvois, et il est classique comme Racine ou Bossuet ^. Très despote, il n'était point jaloux. C'est lui qui retint le peintre Largillière, prêt à partir pour l'Angleterre. « Mon ami, lui dit Le Brun, pourquoi porter ses talents à l'étranger quand on peut briller dans son pays? »

Gomme Racine, comme le siècle même. Le Brun eut sa période de dévotion, où il ne peignit que des sujets religieux, comme son « Élévation sur la croix » (1685), que le roi admira beaucoup. « Ne vous pressez pourtant pas de mourir », disait-il à son peintre favori.

Le Brun n'eut qu'un rival et ne trouva qu'un insoumis : Pierre mignard, de Troyes (1610-1695), qui, toute sa vie, résista à Le Brun et ne lui survécut que cinq ans. Il s'obstina à ne point faire partie de l'Académie tant que son rival la présida, et resta à la tête de la corporation de Saint-Luc. On l'appelait Mignard le JRomatn, à cause de son

1. Il a peint aassi des scènes de la vie de Louis XIV : la Prise de TownaU etc.

8. Qaand nous disons simplement VAcadémiet dans le chapitre relatif aux beaux-arts, il s'agit de TÀcadémie de peinture et de sculpture; dans les chapitres relatifs aux sciences, il' s'agira de l'Académie des sciences.

3. Le seul défaut qu'on reproche à Le Brun, c'est une certaine monotonia •t une certaine dureté de coloris, n n'était pas allé à Venise.

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long séjour à Rome. Avec un génie original, il s'était si bien approprié les procédés des maîtres italiens que Le Brun prit un tableau de lui pour un Guido Reni. Ses Vierges étaient plus gracieuses que celles de Le Brun, et, par un jeu de mots plus facile à faire que justiOé, on les appelait des mignardes.ll avait étudié les grandes fresques italiennes et appris dans un ouvrage de Zaccolini les lois de Foptiquc. C'est ce qui lui permit d'entreprendre de grandes machines ^ comme disent les peintres, et notamment son œuvre capitale : la Coupole dn Val-de-Grâce. Il la peignit en collaboration avec dufbesnot^ artiste de mérite, qui avait écrit en vers latins un c< Art de la peinture ». Mignard, nous l'avons vu, ne manquait pas d'esprit de cour ni de savoir-faire. Ayant à représenter les Quatre Saisons, il leur donna les traits de dames de la cour, s'assurant par là des alliées et des prôneuses. Il fut très recherché pour le portrait : il peignit tous les illustres de son temps, le pape Innocent X, Retz, Mazarin, Bossue t, le Grand Dauphin et sa famille, Turenne, qu'il acheva de mémoire, après la mort du héros. Il fut surtout le peintre des femmes : de Mlle de La Yallière, de Mlle de Fontanges, de Ninon de Lenclos. Le portrait de Mme de Maintenon et son propre portrait peuvent passer pour les plus remarquables de la collection *.

Contemporains et successeurs de Le Brnn. — Une place honorable doit être faite en ce siècle à Sébastien bourdon (1616-1671), dont nous avons seize tableaux au Louvre; •— à SANTERRB (1650-1717), dont la ce Suzanne au bain » est si élégante; — à jouvenbt (1644-1717), dont le chef-d'œuvre est la c( Résurrection de Lazare »; — à iafosse (1636-1716), qui a peint la coupole des Invalides, où l'on voit saint Louis offrant son épée au Christ; — à Noël coypel, dorit le « Prisonnier romain allaité par sa fille » a été popularisé p.ir la gravure; — à larqiluère (1636-1746), qui nous a donné le portrait de Le Brun ; — à van der meulen (1634-1690), mer-

1. Son œuvre est considérable : — sujets de sainteté : Saint Lue peignant la Vierge^ Sainte Cécile chantant, Jésus sttr le chemin du Calvaire^ Ecce fJomo, etc. ; — sujets mythologiques : Neptune ocrant ses richesses à la France^ etc. ; — sujets champêtres : les Plaisirs des Jardins. Depuis la grande fresque jusqu'au portrait, il réussit en tout.

yeilleux peintre de chevaux et de batailles, un Flamand dont le pinceau a glorifié les conquêtes flamandes de Louis XIV, qui a suivi le roi à la guerre dans ses carrosses, qui a assisté à cette campagne de 1667, si curieuse par sa mise en scène, mêlée de sièges et de fêtes, où les mousquetaires emportaient les places sous les yeux des belles dames *; — à Jacques courtois, dit le bourguignon (1621-1676), qui excelle dans les chocs de cavalerie, dans les petites batailleSy à tel point qu'un tableau de ce genre s'appelle couramment un Bourguignon ; *— à parrogel, de Brignolles, qui apporta dans la peinture guerrière sa fougue provençale, ses cavaliers endiablés, ses chevaux féroces, son chaud coloris; — à Hyacinthe rigaud (1659-1743), excellent portraitiste qui, avant de peindre les hommes du xvm« siècle, put encore reproduire les traits de Louis XIV, Bossuet, Le Brun,' Mansart; — à forest, à milbt, à patel le père, qui conçurent le paysage à la manière de Poussin, conservant toujours à Tarrière-plan des ruines et au premier plan de petites scènes représentant ou « Madeleine faisant pénitence », ou « Régulus retournant en exil », ou « Moïse exposé sur le Nil » ; car, le goût n'étant pas au paysage pur, les paysagistes devaient chercher comme prétexte quelque sujet historique.

Conditions de la peinture au XVIII<) siècle. —

Au xvm® siècle, des influences nouvelles agissent sur les artistes. Comme il se bâtit moins de couvents et d'églises et que le temps n*est pas à la dévotion, on fait moins de tableaux religieux. Comme le roi et les hauts personnages n*ont pas le grand goût de Louis XIV, on fait moins de tableaux d'histoire. U y a moins de vastes murailles, d'amples coupoles à couvrir de couleurs. Une architecture différente, surtout à l'intérieur des édifices privés, commande une autre peinture. Une autre variété de Mécènes se révèle : les fermiers généraux, les parvenus de la finance

1. Vuir Tiolamment, aa Louvre, V Entrée de Louis XIV et de Mari»' Thérèse à Arras,

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et de l'agiotage, qui ne mettent plus leur ambition à imiter de loin le grand roi, mais qui s'abandonnent à leur instinct, qui n'a rien d'élevé; les comédiennes, qui régnent sur la mode, donnent le ton à la ville et à la cour, et, comme la Guimard, se font bâtir des hdtels; enfin les grandes dames qui ne visent qu'à être prises pour des comédiennes. A ce monde nouveau, il faut des genres nouveaux. Pour orner les salons intimes, les boudoirs, les petits appartements des petites maisons, les toiles du siècle précédent sont de trop vastes proportions, trop sévères, trop majestueuses. Ce qui convient mieux, ce sont des sujets mythologiques légèrement traités, des bergeries, des fêtes galantes, des chasses, des scènes soi-disant champêtres, ou encore des lectures, des conversations, des con^ certs (termes consacrés). Nos grands paysagistes. Poussin, Claude Gellée, ne reconnaîtraient plus les arbres, les ciels, les eaux des toiles à la mode, car ce sont des arbres, des ciels et des eaux d'opéra. Le théâtre, qui a envahi la vie privée, règne aussi sur les arts.

Si la peinture était abandonnée au goût des Mécènes du jour, il y aurait une décadence marquée. Heureusement, vers le milieu du siècle, avec les expositions périodiques de tableaux, naît la critique artistique. Diderot dans ses Salons (1765-1767), Grimm, la Harpe, frondent les caprices de la mode, soutiennent les vrais peintres méconnus, encouragent le retour à la nature. Ce sont eux qui révèlent au public le génie d'un Chardin et d'un Greuze et qui préconisent la Peinture de genre.

Les Fêtes galantes et la Peinture de genre nous ont donné d'ailleurs de vrais artistes : avec leurs défauts, elles forment un art vraiment français. Les plus grands de ces peintres ont eu beau faire le voyage de Rome : l'influence de l'antiquité a été sur eux presque nulle. De la ville éternelle, ils sont revenus des Français du xvnie siècle comme avabt le voyage. Si l'on veut chercher le vrai meUtre de Watteau, de Boucher, de Chardin, de Greuze, c'est Rubens, avec sa « Vie de Marie de Médicis ».

A la fin du siècle, la peinture, ainsi que nous l'avons déjà vu pour la sculpture, revient à l'antiquité. La révolution y sera même plus marquée et plus complète : elle

Là peinture au x^iii'' siècle 41 i

peut s'appeler la révolution gréciHromaine^ et Louis David en sera le principal promoteur.

Dans les arts comme en littérature, le XYin* siècle a plus d'unité que le xvii*. Aussi allons^aous suivre une méthode difl'érente : au lieu de procéder par périodes, nous procéderons par genres de peinture ^.

La ifedntiire tf histoire an XVIII* siède. — Les artistes qui marquent la transition, entre les deux siècles sont Hyacinthe Rigaud, LargiUière» mais surtout Antoine Goypel et de Troy.

Antoine coypbl, de Paris (4661-17^2), qui fut premier peinire du roi, avait acquis à Rome Tentente des vastes compositions. Son « Athalie chassée du Temple », u Suzanne accusée », « Esther devant Assuérus »,, « Rebecca et Eliézer », sont de la bonne et solide peinture. Seulement le maniérisme s'y révèle sous ses deux formes : attitudes violentes et gestes excessifs, ou bien effort visible pour obter air la grâce. Goypel n*a plus le sens du monde biblique et du monde antique, ou affecte de ne plus Tavoir : ses jeunes filles qui sont à la fontaine avec Rebecca ne sont pas des Juives de l'âge héroïque, mais des Parisiennes de la Régence; ses déesses sont des dames de la cour. Parlant de ses héros empruntés à VIliade, un Italien les appelait : «c Monsieur Achille et Monsieur Agamemnon ».

DB TROT, autre Parisien (1679-1752), se rattacherait à l'époque de Louis XIY par sa peinture savante, correcte, un peu pesante ; mais il sacrifia bientôt au goût nouveau, essaya de s'humaniser et peignit, lui aussi, des conversations et des lectures. On a de lui, au Louvre,. « la Toilette d'Esther » et <c FÉvanouissement d'Esther devant Assuérus », remarquables par la science de composition, Tharmonie des couleurs, mais déjà un peu gâtés par la manière, et qui sont moins des tableaux que des modèles pour les tapisseries des Gobelins. Son chef-d'œuvre, c'est la Peste de Marseille, vaste composition qu'admira plus tard Dela-

1. Les principaux genres de peinture sont : la peinture d'histoire, qvA comprend, avec les scènes historiques, les sujets religieux et la grande mythologie; Iol peinture de genre, qui traite les scènes de la vie familière; le portrait, le paysage, les animaux, les natures mortes (fleurs, gibier, ustensiles, etc.).

croix, le promoteur, en notre siècle, de la révolution romantique.

Les mêmes caractères, mais plus accentués, se retrouvent chez Jean baoux, Fauteur de « Télémaque dans File de Galypso »; — natoibb, dont nous avons au Louvre « les Trois Grâces » et « Vénus demandant des armes à Vulcain »; — trémolièrb, qui a décoré l'hôtel Soubise (aujourd'hui Archives nationales); — Carie vanloo, qui a peint « Saint Grégoire obtenant par ses prières la cessation de la peste » (aux InvaUdes), et « Énée portant son père Anchise »; — J.-B.-Marie pierrb, l'auteur de la « Décollation de saint Jean » et d'autres tableaux religieux à Saint-Germain-des-Prés, Saint-Sulpice et Saint-Thomas «lu Louvre; — Charles coypel; les lagrenée, etc.

Il y a plus de science vraie, de grâce naturelle et de force dans les œuvres de r. lemoynb : « Andromède », « Omphale triomphante », « Hercule assommant Cacus »;

— dans celles de Jean bestout : « Ananie imposant les mains à saint Paul » et « le Christ guérissant le Paralytique M ; — dans celles de subleybas : « Jésus chez Simon le Pharisien », « Saint Benoît ressuscitant un enfant mort », « le Martyre de saint Pierre ».

Charles pabbogel, fils du peintre de batailles du xvii^ siècle, suivit les traces de son père. Il excellait à rendre les chevaux ; il avait préludé à ses œuvres guerrières en servant dans la cavalerie. Il fît une « Bataille de Fontenoy », la w Publication de la Paix », « l'Entrée » et « la Sortie de l'ambassadeur turc ». — Casanova eut plus de fougue : « Il sort de son cerveau, écrivait Diderot, des chevaux qui hennissent, bondissent, mordent, ruent et combattent; des hommes qui s'égorgent en cent manières ; des crânes entr'ouverts, des poitrines percées, des cris, des menaces, du feu, de la fumée, du sang, des morts, des mourants, toute la confusion, toute l'horreur d'une mêlée. »

La peinture de ehasses et d'animaux au X¥III« sièelc.

— DESPORTES, un Champenois, est le premier en France qui se soit livré à ce genre de peinture* Il nous a laissé le portrait des chiens favoris de Louis XIV. Ses chasses au loup, au sanglier, au cerf, eurent tant de vogue qu'on les retrouve dans les galeries de Londres, de Varsovie,

de Munich, de Vienne, de Turin, de Saint-Pétersbourg. U nous a conservé ainsi une page des splendeurs <^.vanouies de Tancien régime : les grandes chasses royales, avec les hauts et puissants seigneurs, les dames, les escadrons de chasseurs, les armées de chiens et de piqueurs.

OTJDRT, un Parisien, peignit les chiens de Louis XV avec une telle perfection que le roi se plaisait à les reconnaître dans ses toiles et à les appeler par leur nom. U a traduit en peinture plusieurs des fables de La Fontaine : le Rat et rÉléphant, Bertrand et Raton, les deux Chèvres.

I^a peinture de paysage an XYIU* siècle. — Joseph VERifST, d'Avignon, avait étudié, comme Poussin, la cam pagne romaine. Il avait inventé un alphabet des tonSy afin de reproduire exactement les nuances changeantes des eaux, du ciel et des verdures. Il fut surtout un peintre de marine, le peintre ordinaire de la Méditerranée. Sur les quarante tableaux qui figurent au Louvre, quinze représentent les ports de France. — loutherbourq a poétisé les mers sauvages du Nord, avec leurs effroyables tempêtes ; — CASANOVA, dont nous avons déjà signalé les batailles, peignit des couchers de soleil; — robert, les grandes ruines romaines ; — lantara, la campagne française, comme les « Bords de la Seine » ou la « Vue du Pecq ». — A la fin du siècle, avec le prince, il y a certainement, en peinture comme en littérature, un sentiment plus vrai de la nature.

La peinture de portrait aa ]L¥III* siècle. — JeauRAOUX, pour donner plus d'attrait à ses œuvres, imagina de représenter ses modèles féminins en costumes mythologiques. Il fut adoré des artistes de TOpéra et de la Comédie, car il peignit Mlle Journet en Iphigénie, Mlle Quinault en Amphitrite, Mlle Prévost en Bacchante, Mlle SylviaenMuse comique, Mlle Carton en Naïade. Les grandes dames imitèrent ces demoiselles, et les duchesses de Versailles se firent travestir en Vénus, en Vestales, en Heures, Saisons, Parties du Monde.

Jean-Marc nattier fut par excellence « le peintre des jolies femmes » et de celles qui aspiraient à le paraître. Gresset l'appelait « Télève des Grâces >>. Il trouvait moyen de faire des portraits à la fois ressemblants et flattés. 11 s'entendait merveilleusement à relever les figures par

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rairaBgement des étoffes et de la chevelure, à combiner harmonieusement les couleurs à la mode, à faire chatoyer le velours, la soie et le satin. Il représenta la reine Marie Leszcziaska en grande toilette, les filles de Louis XY en Éléments, Mme de Ghâteaurouz en Point du jour, Mme de Klavacourt en Silence, la princesse de Bourbon-Gonti en Hébé et aussi en Nymphe étendue au bord de l'eau. H a laissé une « Madeleine pénitente », mais c'est an portrait, et sa Madeleine n*est plus qu'une jolie femme de la cour en négligé.

Louis TOGQirâ, si recherché partout, jusqu'en Danemark et en Russie, fut plus sincère. Ayant à peindre la tsarine Ehsabeth, il refusa de modifier son nez, qui était un peu cosaque. Aussi eut-il moins de vogue que Nattier : ni les comédiennes, ni les grandes coqueites ne furent pour lui. n fit des portraits sérieux : le Dauphin, la Reine, le prince de Galles. Il est plus apprécié des connaisseurs.

Pour peindre ces hôtes légers de Versailles, les couleurs à rhuUe étaient encore trop sévères. auENTm se latour inaugure le portrait au pastel. Avec cette poussière colorée et fine comme le duvet des ailes de papillon, ces teintes atténuées et harmonieuses, il fixe sur le papier et la toile ce monde papillonnant *. G'est d'ailleurs un artiste sérieux dans un temps frivole : il dessine admirablement; en vrai portraitiste, il sait exprimer à la fois les traits extérieurs et le moral du modèle,

Mme VI6ÉB-LEBRUN (1755-1842) se rendit célèbre par son beau portrait de Marie-Antoinette avec ses trois enfants. Puis elle eut peur de la Révolution, erra à travers l'Europe,

1. « Il mettait peu de temps à ses portraits, ne fatiguait pas ses modèles; OD les retrourait ressemblants ; il ne prenait pas cher. » Son succès fut énorme; il ne pouvait suffire aux commandes. Aussi le prit-il de haut avec les grands seigneurs et les grandes dames. Un jour que le fermier général de la Reynîère avait envoyé son domestique le prévenir qu'il ne serait pas libre pour l'heure fixée : « Ton maître, dit l'artiste an laquais, est un sot que je n'aurais jamais dû peintre... Assieds-toi, ta figure me plait, je vais te peindre. — Mais, monsieur, si je tarde à rendre réponse, on me mettra à la porte. — Je te replacerai. » Il refusa d'aller peindre la Dauphine, parce qu'il fallait se déranger et partir pour Versailles. Mandé à VersaiUes par Mme de Pompadour, il répondit : « Dites à Madame que je ne vais pas peindre en ville, v Signalons, datui sa collection, les portraits de Rousseaa •i de Voltaire.

d*^ cour en cour, peignant tantôt Catherine II et ses courtisans russes, tantôt Marie-Caroline et ses courtisans napolitains. Elle a aussi laissé de curieux Mémoires.

La peinture caraetéristfqHe du XVIII* sièdie i i» Fêtes galmtes et eoiiTersations. — La place qu'occupent dans le grand siècle les « Batailles d'Alexandre », c'est celle que tiennent, sous la Régence et sous Louis XV, les Fêtes galantes : Le Brun et Watteau, voilà deux noms qui marquent la différence des deux siècles. La voie avait été frayée à Watteau parle spirituel Claude eiuoT (1673-1722), qui commença à prendre ses modèles de paysages dans les décors de l'Opéra et ses déesses dans les coulisses.

WATTBAV, de Valenciennes (1684-1721), avait été reçu à TAcadémie avec le titre nouveau de Peintre de fêtes galantes. C'était un titre désormais officiel, et qui allait être porté, après lui, par Laneret, Boucher, Fragonard. Watteau ne peint qu'une nature idéale, des jardins imaginaires, des cabinets de verdure, avec des vases, des sta tues d'amours et de faunes, des grottes; ses personnages sont de jolies marquises, de spirituels courtisans, le plus souvent costumés en bergers d'opéra-comique et gardant les moutons avec de» houlettes enruJ>aniiées, ou bien en Arlequin, Pierrot, Pantalon, Colombine, Isabelle, et autres personnages de la comédie italienne, ayant au dos ou dans les mains la mandoline, tout luisants de soie et de satin. Les sujets de ses tableaux, ce sont la ce Comédie italienne », les « Fêtes vénitiennes », « l'Embarquement pour Cythère ». Ce qui le maintient au premier rang, comme il est presque le premier en date, c'est d'abord qu'il sait peindre. Il a rendu à l'art un véritable service en réagissant contre l'abus du noir et des ombres, en faisant clair et luminetÂX. Il a su exprimer, dans ce qu'elle a de plus exquis, la gr&ce féminine de ce siècle. « La grâce de Watteau, dit un critique, c'est le rien qui habille la femme d'un agrément, d'une coquetterie... Elle est cette chose subtile qui semble le sourire de la ligne, l'âme de la forme, la physionomie spirituelle de la matière. » Enfin, il n'est point libertin : il s'étudie à ne rendre que la haute poésie de l'amour, les délicatesses de la galanterie. Il tient encore au xvii« siècle par la décence.

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J.-B. PATER, également de Valenciennes, traite les mêmes sujets, mais en y mêlant un ressouvenir des fêtes flamandes et des kermesses de Téniers. Sa « Fête champêtre » n'a rien de Versailles. Son « Arrivée des comédiens au Mans » est une illustration humoristique et réaliste du « Roman comique » de Scarron.

Nicolas LANGRET (1690-1743), de Paris, ne peint pas de fantaisie, comme on pourrait Fimaginer : non, il étudiait consciencieusement la nature et les modèles vivants ; mais c'étaient la nature et les types de TOpéra et de la cour. Les titres de ses œuvres sont caractéristiques : la « Conversation galante », les « Amusements champêtres », le « Nid de tourterelles », les « Quatre éléments », figurés par une Scène de bain (Feau), une Collation sur Therbe, le Coin du feu, Y Escarpolette (Fair).

Avec François boucher, de Paris, nous descendons assurément d*un degré. Celui-ci a eu pour atelier un boudoir tendu de soie rose ; il n'en est pas sorti pour regarder les champs, et il y est mort. Il a mérité d'être le protégé de Mme de Pompadour, puis de Mme Du Barry. Rien de plus faux que ses arbres, ses eaux, son ciel, ses nuages; mais rien de plus exact, dans le portrait de Mme de Pompadour, par exemple, que les festons, rubans, falbalas. 11 est fort inférieur, comme dessin, à Watteau : on a pu comparer ses chairs à de la ouate ; quant à des muscles, il y a longtemps qu'il n'en est plus question. De plus, Boucher commence à donner dans le libertinage. Cependant il avait un rare tempérament de coloriste et une entente remarquable de la décoration. Il a été gâté, en partie, par la peinture industrielle, la plupart de ses toiles ayant été destinées à servir de modèles aux Gobelins.

FRA60NARD, de Grasse, a décoré, à peu près dans le même style, les salons de Mme Du Barry, à Louveciennes, et ceux de Mlle Guimard. La « Fontaine d'amour » et le « Serment d'amour » sont ses œuvres les plus connues, au moins par la gravure, car elles ne figurent pas au Louvre. Il a une certaine science du dessin et un grand charme de coloris, quoiqu'il ait un peu trop aimé le rose.

BAUDOIN, c'est le peintre qui ne cherche qu'à suivre le goût de sa clientèle; or ce goût devient chaque jour plus

mesquin et plus dépravé. Plus de grands tableaux, mais des miniatures. Quant aux sujets, l'art tombe dans la polissonnerie pure. C'est le dernier terme auquel aboutisse le genre Conversations et Fêtes galantes,

S* Peinture de genre. — La peinture des scènes familières, illustrée au xvii« siècle par les Le Nain, disparaît avec Tépanouissement de Técole de Le Brun. Depuis lors, le peuple est absent de la peinture comme de la politique. Au XVIII* siècle, il reparait. Le tiers-état, qui grandit, commence à faire prévaloir ses préférences même dans les arts.

Siméon chardin, de Paris (1699-1779), fils d'un menuisier qui fabriquait les billards de Louis XIY, s'est étudié, dans ses natures mortes, à reproduire ces chaudrons, ces marmites, et autres ustensiles populaires dont, à Versailles, on soupçonnait à peine l'existence. Il a mis en scène le bon peuple, le petit bourgeois, la ménagère : race de travailleurs, honnête, chargée d'enfants, les aimant et les élevant de son mieux. Les titres suivants donneront une idée de ses nombreux tableaux : « la Gouvernante », « la Mère laborieuse », surtout « le Benedicite », qui est une merveille *.

JBAURAT, également de Paris, a étudié la campagne comme la ville. On lui doit : « l'Exemple des mères », « le Goûter », le « Pressoir de Bourgogne » (1769)-, les « Veillées de paysannes », surtout le « Déménagement du peintre », où l'on voit l'artiste, avec son modeste mobilier et sa nombreuse famille, sur une mauvaise charrette, attelée d'un mauvais cheval, prenant congé, avec la meiUeure grâce du monde, de ses créanciers furieux qu'il ne peut payer qu'en bonnes paroles.

6BEUZB, de Tournus (1725-1805), expose au Salon de 1765 le Père de famille expliquant la Bible à ses enfants. Après les fadeurs de Boucher, ce fut comme une révolution que cette peinture, précise de dessin, d'un colo-

1. Chardin était un excellent homme, foncièrement honnête, point vaniteux comme Grenze. Il fat toujonrs pauvre : le plus cher de ses tableaux, à répoque où ils se vendirent le mieux, lui fut payé 1500 livres; d'autres se vendirent 900, 500, 50, 25 livres. Un jour, il en céda un à un ami en échange d'une veste que celui-ci avait sur le dos.

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ris an peu vague, mais exquise dans les expressions et les attitudes, d*inspiratron si honnête. Même les fermiers généraux et les filles d'opéra furent émus et se crurent meilleurs. Grimm et La Harpe firent sonner le nom du régénérateur. Diderot l'appela le « peintre-prédicateur des bonnes mœurs )• et « le premier qui se soit avisé de donner des mœurs à l'art ». Puis se succédèrent des toiles qui semblent la traduction en peinture du nouveau genre littéraire que Diderot et Beaumarchais essayaient de fonder : le drame bourgeois, la comédie bourgeoise. Rien de plus dramatique que la « Malédiction paternelle » et le <c Fils puni », qui sont au Louvre, que le « Paralytique », qui est à Saint-Pétersbourg et qu'on peut regardar comme son chef-d'œuvre. Mieux que les œuvres littéraires, cellesci montraient ce qu'on peut, de la vie quotidienne du peuple, faire jaillir de vraie poésie. Rien de {dus frais, de plus gracieux que ce la Croche cassée », « le Retour de nourrice », « l'Accordée de village », « la Jeune fille au chien », « la Mère bien-aimée » surtout, avec sa /Vicassée d'enfants, comme disait Mme Geoffrin. « Gela prêche la population », écrivcût Diderot. Au reste, il suffit qu'on retrouve aujourd'hui un de ces intérieurs souriants pour qu'on dise aussitôt : « C'est un Greuze ». L'artiste, enorgueilli par son succès, essaya une fois de s'élever à la peinture d'histoire et donna « Septime Sévère et son fils Caracalla ». Ce fut, suivant l'expression de Charles Blanc, nn « affreux attentat de Greuze contre lui-même ».

LE PRINCE, qui, de son voyage en Russie, nous avait rapporté toute une exposition de tableaux à sujets moscovites, corps de garde, paysages, intérieurs de moujiks^ donna aussi, dans le genre de Greuze, une toile charmante : « le Réveil des enfants » ; — lêpicié peignit « la Demande accordée » et « le Repos » ; — lodthebboubg, la « Bonne fermière », qui mouche son marmot; — de MABNSt «( la Fermière » et le « Passage du gué ». C'était partout le retour à la nature vraie et saine, les paysanneries remplaçant les bergeries, les scènes de la vie réelle succédant aux mythologies. La chaumière du laboureur, l'atelier de l'artisan sont à la mode comme autrefois le palais des rois et l'Olympe des dieux. Boucher lui-même essaya

de s'exercer en ce genre qui avait la vogue et l'approbation d'une opinion chaque jour plus respectée. Parmi les convertis, nous trouvons jusqu'à Fragonard : le peintre des favorites royales dédie à la patrie — car la Révolution est déjà commencée — son tableau intitulé « Heureuse fécondité ».

Une renaissamce de la peinture. — Ce renouvellement de l'art, qui se manifestait par la création d'un genre populaire, allait gagner la peinture d'histoire elle-même. En peinture comme en sculpture, on était las de la manière, des couleurs fausses, des dessins incorrects : on aspirait à se retremper dans l'étude de l'antiquité. Gela commença par DOTBN, dont le tableau du « Miracle des ardents », à Saint-Roch (1773), devait un jour inspirer Gros quand il eut h peindre les « Pestiférés 4e Jaffa »; — par vœn, de Montpellier, l'auteur de 1' « Embarquement de sainte Marthe », à Tarascon; de V « Offrande à Vénus », qui est d'un beau style antique; de 1' « Ermite endormi », une étude presque réaliste ; enfin de « Dédale et Icaï'e ». Vien a déjà la correction; mais il n'a pas un vrai tempérament d'artiste. Il ne fut qu'un précurseur, et son principal titre de gloire est d'avoir été le maître de David.

Chose étrange, Louis david, de Paris (1748-1825), avait d'abord été élève de Boucher; il avait été chargé par Mlle Guimard d'achever la décoration de son boudoir, commencée par Fragonard. LMnfluence de Boucher est encore visible dans ses premières toiles, comme le « Combat entre Mars et Minerve » (1771). n fit alors son voyage de Rome (1775-1780), qui lui révéla l'antiquité. Une tout autre inspiration se montre déjà dans la « Peste de saint Roch » (1778), « Bélisaire » (1780), « Erasistrat6 et Antiochus », les « Funérailles 4e Patrocle » (1781), la <c Mort d'Hector » (1783). Son génie renouvelé éclata surtout dans le « Serment des Horaces », qui parut au Salon de 1783. C'était de la vraie peinture d'histoire, avec la grande inspiration épique, les héros de Corneille revivant sur la toile, des membres robustes, des gestes mâles, des figures énergiques, un dessin d'une correction inconnue : que l'on compare seulement un pied humain de David à un pied de Boucher! On pouvait reprocher à ces

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tableaux un peu de froideur et d'emphase, dire qu'ils n'étaient que des bas-reliefs peints; ce n'en était pas moins du pur antique, et l'âge classique, l'âge révolutionnaire et napoléonien, faisait ainsi son entrée en plein règne de Louis XVI. Déjà s'annonçait le futur peintre du c< Serment du jeu de Paume », de « Bonaparte au Saint- Bernard » et du « Couronnement impérial ».

Les derniers tableaux de David sous l'ancien régime sont la « Mort de Socrate » (1787), les « Amours de Paris et Hélène », « Brutus » (1789).

Carie vebnet dans son <c Enfant prodigue » (1782), dans son « Triomphe de Paul-Émile » (1787), se révélait aussi comme le futur peintre de la « Bataille de Marengo ».

En même temps grandissaient les illustrations futures du XIX» siècle : Prudhon était envoyé à Rome, en 1782, aux frais des États provinciaux de Bourgogne; Lethière obtenait, en 1786, le grand prix de peinture; J.-B. Regnault avait déjà donné 1* « Education d'Achille » (1783). Au moment où commence la Révolution, Gros avait dixhuit ans, Guérin, vingt-cinq, Gérard, vingt-neuf.

y. La gravure.

La g^ravure an XVII* siècle. — La gravure est un art comme la peinture; même lorsque le graveur se borne à reproduire un tableau, il doit le traduire, l'interpréter, et le grand Le Brun, dont Audran avait édité les tableaux, avouait que celui-ci les avait embellis. La gravure rend d'énormes services, analogues à ceux de l'imprimerie, en vulgarisant les chefs-d'œuvre, en empêchant les tableaux de périr tout entiers dans quelque incendie, en nous faisant connaître ceux qui sont cachés dans les galeries des particuliers ou dispersés en pays lointains. Combien d'œuvres des maîtres italiens, de Poussin, de Le Sueur, ne sont connus du grand public que par la gravure ^ î

1. Pour la clarté de ce qui ra suivre, rappelons que l'on emploie plusieurs procédés de gravure : les plus importants sont la gratmre sur bois et la gravure sur métal^ qui donne des traits infiniment plus nets et plus précis. Dans celle-ci il faut encore distinguer la gravure à la pointe sèche et au

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