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Tair; les veines contenaient seules le sang, et c'était le sang veineux qui entretenait le corps ; les artères venaient bien du cœur, mais les veines venaient du foie, qui était ainsi le rouage capital de rorganisme humain, le cœur étant ré» duit à un rôle insignifiant. Si l'on sentait battre le pouls, ce n'étaient point les artères qui battaient sous l'impulsion du cœur, c'était simplement l'effet de la respiration.

Harvey fit, en 1619, la découverte de la grande oinmlation du sang et l'annonça, en 1628, dans son ExercU iatio anatomiea, un de ces livres qui sont des jalons dans la marche de l'esprit humain. Sa découverte ne reposait pas sur une hypothèse, mais sur des expériences, des anatomies, même des vivisections, n montra que le sang veineux ou sang noir, impropre à la nutrition, revient an cœur ; celui-ci l'envoie se vivifier au contact des poumons, pleins d'un air sans cesse renouvelé, où il redevient du sang artériel ou sang rouge ; le cœur alors le reprend et, par les artères, le renvoie dans tout l'organisme, pour le recevoir de nouveau, par les veines, quand il a perdu sa couleur rouge et sa vertu nutritive.

Dès lors l'Europe savante fut partagée entre deux écoles : les drculatew^s et les aniicirculateurs. Rien ne montre mieux la lenteur avec laquelle se propage la vérité, les difficultés qu'elle doit vaincre, notre ténacité dans l'erreur, que la longue résistance des anticirculateurs, les objections qu'ils firent et les procédés qu'ils employèrent. Aucune page n'est plus curieuse dans l'histoire de Tesprit humain. Primerose, médecin anglais, qui n'avait même pas daigné contrôler les expéri^ices d'Harvey, obtenait contre lui une décision du roi Charles n ; Parisanus, de Venise, se moquait agréablement de lui et disait : « Nous autres sourds, nous n'entendons pas battre le pouls. » Frauzosius raillait des découvertes qui « reposaient uniquement sur l'observation anatomique » ; Johannes a Turre se plaignait de voir « ruiner les vieilles écoles » et décrier tant de « dogmes succulents et de magnifiques thèses ». Tout en continuant à ouvrir les cadavres, ils persistèrent à voir les veines naître du foie.

La découverte des vaisseaux chylifôres suivit de près. EUe est due à un Italien, aselUi de Crémone (1581-1626)|

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professeur à Tuniversité de Pavie. En 1622, ouvrant un chien vivant, il remarqua « des cordons très ténus et très blancs, dispersés sur le mésentère et les intestins, avec des racines en nombre infini ». Quand on perçait ces cordons, une matière blanchâtre, laiteuse, s'en échappait. Or, ce sont ces vaisseaux qui vont pomper sur les intestins le chyle, c'està-dire la matière nutritive élaborée par la digestion et destinée à devenir le sang.

Cette découverte n'acquit toute sa valeur que lorsqu'on put démêler ce que devenait ce chyle et comment il entrait dans la circulation du sang. La solution du problème fut donnée (1647) par Jean PECâUET S de' Dieppe, médecin de Mme de Sévigné, qui l'appelle familièrement « notre petit Pecquet ». Sur un chien disséqué vivant, il suivit la direction des vaisseaux chylifères et vit qu'ils aboutissent tous à un canal longeant la colonne vertébrale; ce canal part d'une sorte de vessie ou de réservoir placée entre l'artère aorte et les reins, et qui dès lors s'appela le réservoir Pecquet; puis il va verser la substance du sang dans la veine sous-clavière gauche. On savait maintenant comment $e fait le sang. Gela n*empêcha pas les facultés de médecine de continuer à professer que a'<^tait le foie qui était le grand élaborateur du sang:

Puis vint la découverte des vaisseaux iympûatiques, qui charrient un autre liquide vital, la lymphe, et dont le réseau fut reconnu, en 1652, par le Suédois rudbegk.

Dès lors à quoi servait le foie? Tout simplement à produire la bile. Le Danois barthoun, en 1653, s'amusa à composer l'épitaphe de ce monarque déchu > et vainement Johannes a Turre, dans une épigramme de 1666, essaya de ressusciter sa royauté défunte. ^

Parmi les grands anatomistes du xviie siècle, les Anglais WHARTON et 6LISS0N out achevé d'expliquer les phénomènes de la sanguifîcation et de la nutrition. Le Danois stênon

1. Son livre, rédigé en latin et intitulé Nouvelles expériencet anatomiqueê, parut quatre ans après, en 1651.

2. « Arrête, passant I Ici est enterré celui qui a enterré tant de monde, celui qui de ton corps fut le roi, le cuisinier et l'arbitre, Sa Majesté le Foiel Pendant des siècles, les médecins n'ont connu que lui, mais la nature ne le connaissait pas... N'aie pas de fiel, passant I Laisse-lui la bile, afin qae tu puisses le prier d'élaborer ta bile, eans rancune. •

LES SaSNCES AU Xyil« SIÈCLE 461

(1638-1686), que Bossuet connut et admira, étudia Tanatomie du cerveau, la composition des glandes <, la consti^ tution des muscles, malpiohi, de Bologne (1628-1604), en employant le scalpel et le microscope, en lançant dans les tissus des injections de liquides colorés, afin de rendre visibles les vaisseaux les plus ténus, se consacra à l'anatomie des tissus. U est donc le fondateur de cette branche de l'anatomie qu'on appelle l'histologie. Deux Hollandais, RUTSCH, d'Amsterdam (1638-1727) et leuwenhoegk, de Delft (1632-1723), se signalèrent aussi dans les recherches microscopiques. Le Français du vernbt fit connaître la structure des os.

D'autres Français viennent honorablement au second rang : les deux riolan, père et fils, médecins et anatomistes distingués; drelincourt, qui mérita de professer à Leyde; Raymond de vieussens, qui fit des travaux sur le système nerveux. Ainsi se poursuivait, en même temps que l'exploration des espaces célestes, l'exploration, tout aussi merveilleuse, du corps humain.

Médecins célèbres en Europe. — En dehors des découvreurSj il y eut en Europe d'illustres médecins. L'école anglaise peut se glorifier surtout de stdbnham (1624-1689), qui étudia les fièvres, la goutte, les petites véroles épidémiques; Fécole italienne, de sanctorius, fondateur de la médecine appelée Viatromécanismej parce qu'elle considérait le corps humain comme une machine et les remèdes comme des agents mécaniques ; l'école hollandaise, de HOERHAAVE (1668-1738); l'école allemande, de Frédéric HOFFMANN (1660-1742). Aucuu de nos médecins pratiquants, pas même façon ou yalot, attachés à la personne de Louis XIV, n'atteignit à ce degré de notoriété.

Enseignement de la médecine en France s la Faculté de Paris. — La France avait alors deux Facultés de médecine : Paris et Montpellier. Celle de Paris s'intitulait FacuUas saluberrima medicinx Parisiensis et encore Veteris disciplinœ retinentissima. Cette Faculté très salubre

1. On appelle canal de Sténon eelai qui amène la salive élaborée par la glande parotidienne. Sténon a étudié avec soin l'appareil lacrymal, qui m oompoM surtout de la glande qui élabore les larmes.

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était en même temps conservatrice à Texcès. Pendant presque tout le ZYU^ siècle, elle nia la circulation du sang; elle refusa d'employer V antimoine * ; elle proscrivit le quinquina ^. Les médecins-docteurs formaient une corporation peu nombreuse ' et jalouse à Texcès de ses privilèges. On distinguait, à la Faculté, le banc des anciens et le banc des jeunes. Son doyen, élu par elle, était profondément respecté. Les médecins étaient tenus d'assister en robe et en bonnet pointu à Tenterrement de tous leurs confrères et à la messe de la Saint-Luc (ce saint étant le patron de la corporation], où le grand bedeau donnait lecture des statuts. La Faculté était un des grands corps de TEtat : elle exerçait la médecine légale devant les tribunaux, la police médicale dans tout Paris, la surveillance des chirurgiens et des pharmaciens. Le gouvernement la consultait sur les industries relatives à l'alimentât ion publique, la falsification des denrées, la répartition des eaux de la ville, Tinstallation des cimetières, les épidémies, les quarantaines et, en général, sur toutes les mesures de salubrité. U y avait à la Faculté de Paris deux degrés d'enseigne-

1. L'antimoine, à Tétat de métal par, aurait été découvert, au xv* siècle, par Basile Valentin, moine allemand; mais le sulfure d'antimoine, qui est UD remède, était anclenDement connu sous le nom de stibium. D'après une légende, Valentin, voyant que cette drogns rendait les porcs gras et bien portants, voulut en faire prendre aux moines, ses confrères. Ceux-ci en furent malades et beaucoup moururent: de là, le nom d'antimoine. En 1566, snr la proposition de la Faculté de médecine, le Parlement de Paris l'interdit; en 1666, sur la proposition de la Faculté, le Parlement l'autorisa : la proscription légale avait duré juste un siècle. En 1657, Benserade l'avait tourné en ridicule dans le ballet de Y Amour malade; mais, en 1658, après que le médecin Fagon, en employant le sulfure d'antimoine comme purgatif et vomitif, avait guéri le jeune roi d'une maladie désespérée, un certain Oervate glorifia l'antimoine dans son poème de la Purgation.

2. Le quinquina, ce précieux tonique, est originaire d'Amérique. On l'appelait alors poudre de la comtesse, parce que^^la femme du vice-roi du Pérou, la comtesse d'El Cinchon, en avait usé la première comme de remède contre la fièvre, et poudre des jésuites, parce que ceux-ci en faisaient trafic. Du nom de la comtesse, Cinchon, on a fait le mot quinquitia, qui est resté. En 1679, Sydenham fit connaître le quinquina en France : il le vendait à raison de 400 pistoles la dose. Louis XIV lui acheta son secret et le rendit public. La poudre de la comtesse eut aussi l'honneur d'être chantée : ce fut par La Fontaine, dans son poème sur le Quinquina (1682).

3. Au XVII* siècle, ils ne furent jamais plus d'une centaine pour une population de S>40000 Parisiens : & raison d'un par 4900 habitants. Aujourd'hui, les médecius sont à peu près 1800 : un far 960 habitants.

LES SCIENCES AU XYU^ SIÈCLE 4d^

ment : renseignement secondaire était donné par 4e simples bacheliers et ne comprenait que Texplication des textes des médecins anciens ; l'enseignement supérieur était donné, mais toujours d'après l'autorité des Anciens, par les p7>fesseurSy du haut de la chaire. Deux professeurs se parta^ geaient les cours sur les choses naéurelles (anatomie et phj^siologie), les choses non naturelles (hygiène et diététique), les choses contre nature ou la médecine proprement dite (pathologie et thérapeutique). Tout cet enseignement, si bizarrement divisé, se donnait en latin. De temps à autre, très rarement, on faisait une anatomie : le professeur, siégeant dans sa chaire, en robe et en bonnet, exposait les principes de la science, mais se gardait bien, ainsi que d'une chose incompatible avec sa dignité, de toucher au cadavre. La dissection se faisait par un préparateur, qui ne recevait aucun salaire. U opérait quand le professeur était parti et souvent se plaisait à mettre les réalités qu'il trouvait sous son scalpel en contradiction avec les théories énoncées par l'éminent docteur. Les préparateurs étaient sous la surveillance d'un prosecteur, qui portait le titre singulier d*archidiacrfi des écoles. Il n'j avait pas d'enseignement de la clinique : l'étudiant pouvait arriver jusqu'au grade de bachelier sans avoir vu un malade ; alors seulement il s'attachait à quelque médecin et faisait avec lui la tournée de visites.

Plus tard, ce personnel si restreint de professeurs augmenta : on créa deux cours de chirurgie, l'un, en latin, pour les étudiants en médecine, l'autre, en français, pour les chirurgiens, gens de peu. Une chaire de botanique fut fondée, en 1646; puis deux chaires de pharmacie dont les titulaires avaient à inspecter, l'un , les apothicaires de la rive gauche, l'autre, ceux de la rive droite . L'étudiant studieux pouvait, en outre, suivre certains cours du Collège de France et du Jardin du roi. £n 1673, le gouvernement, las de l'esprit rétrograde de la Faculté, fonda au Jardin une chaire spécialement consacrée à la propagation des découvertes nouvelles.

La médecine, telle que l'entendait la Faculté, était plutôt une branche de la littérature qu'une science. Les examens étaient des exercices de rhétorique. Avant d'obtenir le

164 OYILISATION FRANÇAISE

grade de licencié, l'étudiant devait passer les thèses quod^ libétaires , ainsi nommées parce qu'elles portaient sur toutes sortes de sujets ; puis les thèses cardinales, ainsi nommées en Phonneor du cardinal d'Ëstouteyille ^ ; enfin Yexamen de licence. Les thèses étaient imprimées sur de* grandes feuilles de papier de vélin ou de soie, avec armoiries de l'étudiant ou de ses protecteurs, avec vignettes ou estampes reproduisant souvent des tableaux de Le Sueur ou de Vouet. Elles étaient dédiées ordinairement à la Sainte ' Vierge ou à saint Luc, patron de la corporation. Elles portaient quelquefois sur des questions bien singulières *. La discussion d'une thèse commençait à cinq ou six heures du matin et se prolongeait, toujours en latin, la journée entière. Professeurs ou bacheliers assaillaient tour à tour le candidat. Des vins fins et autres rafraîchissements, copieusement servis dans une salle voisine aux frais de celui-ci, permettaient aux champions de reprendre des forces. L'examen de licence se faisait avec une solennité toute particulière : les candidats, précédés de musiques, avaient été rendre visite aux ministres, présidents et membres des cours souveraines, prévôt des marchands, personnages en renom, pour les inviter à honorer cette solennité de leur présence. L'examen avdt lieu sous la présidence du chanoine de Notre-Dame, chancelier de l'Université. C'était lui qui, au nom du Saint-Siège, avec la bénédiction apostolique, donnait aux récipiendaires la licence d'enseigner et de pratiquer la médecine, hic et ubique terrarunif c'est-àdire dans Paris et dans le monde entier '. La licence suffisait pour exercer Le grade de docteur était

1. Voyez tome I*', page 294. Le cardinal n'avait pas été seulement le réformateur de l'Université au temps de Charles Vil : les médecins loi avaient une obligation particulière, parce que, en 1452, il les avait exemptés d'une des obligations de la cléricature, le célibat.

2. Par exemple : — Les héros naissent-ils des héros et ont-ils le tempérament bilieux? — Est-il bon de s'enivrer une fois par mois, comme le voulait un Ancien ? — Faut-il tenir compte des phases de la lune pour la coupe des cheveux? — La guérison de Tobie au moyen du fiel de poisson est-elle une guérison naturelle (1658)? — De quel organe a coulé le sang, quand le côté du Christ fut percé de la lance?

3. La seule partie sérieuse de l'examen de licence, c'étaient des visites que le candidat rendait à chaque docteur, qui alors, en tête à tète. Tinterrogeatt sur ses études.

de luxe. Il se conférait, sans nouvel examen, après un échange de discours pompeux et de compliments hyperboliques entre le candidat et ses futurs collègues ^. C'est alors que se prêtait le ^fameux serment, le Juro, dont Molière a égayé sa comédie du « Malade imaginaire ». On jurait d'observer les statuts et coutumes respectables de la Faculté, d'assister en robe aux thèses et aux cérémonies, de lutter contre ceux qui pratiquaient illégalement la médecine. Le président prenait alors un bonnet carré et, après avoir tracé en Pair le signe de la croix, en coiifait le nouveau docteur.

Que pouvait savoir un médecin dont l'instruction avait été ainsi conduite? Ce qu'il apprenait au sortir de l'école, par la pratique , par l'expérience , par ses visites aux malades. Le médecin du xvii® siècle connaît son Hippocrate et son Galien ; il a des notions assez vagues sur ce qu'on appelle les tempéraments^ les humeurs *, parmi lesquelles il sait qu'il faut combattre les humeurs peceantes. Il a gardé quelques superstitions d'autrefois, et Valot, médecin de Louis XIV, d'après les constellations ou la direction des vents, croyait pouvoir annoncer les épidémies et affirmer que le roi en sera exempt. Il emploie peu de drogues, et seulement celles qui lui sont bien connues. En revanche, il prescrit libéralement les saignées ', les purgations ♦, les clystères •. On commençait à recommander les sources minérales, les bains de vapeur, les saisons d'eaux ^.

1. Voioi un spécimen des allocutions du président : « Le voilà, ce jeune Morean, la merveille de squ siècle et de cette école I Que dis-je ? La merveille I Mais y a-t-il rien qu'on poisse appeler merveilleux en un mortel ehez qui tout est divin? C'est le caractère distinctif des héros..., etc. »

ft. Il y avait, toujours d'après Oalien et les Anciens, quatre humeurs : le sang, la pituite, la bile et l'atrabile ou mélancolie.

3. Quy-Patin surtout, l'ennemi des circulateurs, était un partisan déterminé de la saignée. En quinze jours, il saigne treize fois un enfant de sept ans; il en saigne un de trois mois et un autre de deux jours; il saigne des vieillards de quatre-vingts ans ; il saigne douze fois sa femme et vingt-qaatre fois son fils dans une seule maladie ; et il se saigne lui-même intrépidemenL

4. On ne saurait imaginer combien on a purgé Louis XIV, si l'on ne parcourt le Journal de Fagon.

5. On sait l'anecdote de la duchesse de Bourgogne, prenant un clystère en présence du grand roi et de Mme de Maintenon, sans que ceux-ci s'en aperçussent.

6. Mme de Sévigné a décrit la vie des eaux, où, oomme aujourd'hui, tout consistait à boire et à aller à la ttierie.

é66 CiVlLISATION FfiAN^ISE

iM FacoUé de Montpellier. ^ La Faculté de Montpellier se croyait plus aDcienne que celle de Pans. Ses docteurs étaient chevaliers ^. Elle consenrait pieusement la robe de Rabelais, ou du moins le laissait croire, celle-ci ayant été renouvelée à plusieurs reprises. Elle affectait de se distinguer de la Faculté de Paris ' en mêlant la chimie à la médecine, en empruntant aux italiens Viatromécamsme : elle a été la première à préconiser Tantimoine. Au fond, elle était encore plus littéraire et plus asservie à Tautoritè des Anciens. Ses programmes avaient été arrêtés en 1309 par le pape Clément Y, et Févéque de Maguelonne avait conservé certaines prérogatives pour la collation des grades. Sur ces programmes figurait, à côté de l'explication de certains livres d'Hippocrate et de Galien, celle des auteurs arabes, Avicenoe, Rhazès,etc. En 1492, ceux-ci étaient plus en faveur : cinq professeurs étaient occupés à commenter Avicenne et un seul expliquait Hippocrate. Au xvi« siècle, sous l'influence de la Renaissance et, en particulier, de Rabelais, les rôles avaient été intervertis. Les Arabes disparurent des programmes et Galien occupa le premier rang. On le commentait, à quatre heures du matin, pour les élèves en chirurgie, à midi, pour les pharmaciens, qu'il importait de ne pas laisser se rencontrer avec les premiers. En ld04, RKSiER DE BBLLEVAL enseignait à la fois l'anatomie, d'après Galien, et la botanique, d'après Dioscoride. L'autorité des Anciens était si incontestée qu'en 1614 les thèses du candidat Jean Fabre furent mises au ban de Técole comme entachées dt paracelsisme et d'empirisme ; on lui enjoignit de les recommencer et de se conformer k la doctrine de Galien et d'Hippocrate. Ce n'est qu'à partir de 1705 que renseignement s'émancipa un peu de toute cette littérature et qu'on fit sérieusement de la médecine pra-

1. Ces nobles chevaliers échangeaient parfois entre eox des propos popolaciers : Deidier, en 1712, traitait son jeune confrère Haguenot d'&oe et d'idiot, et eeloi-ci lui ripostait en le traitant de plagiaire et de faussaire.

2. Malgré ce dédain pour la Faculté de Parie, les médecins de Montpellier êfiayaient de se glisser à Paris. Les Parisiens se défendaient énergiquement. Renaudotf de Montpellier, qui fonda à Paris la Gaxette de France , un cabinet de consultations gratuites, un bureau de placement pour domestiques et une sorte de mont-de-piété, ne se soutint que par la protection de Richelieu. Après la mort du cardinal, la Faculté lui fit un procès ^ui le ruina.

tique. La Faculté n'avait même pas de bibliothèque à elle : au xYiii® siècle encore, les professeurs soucieux de s'in<(truire doivent recourir à celle de l'Hôtel-Dieu Saint>Ëloi. Une fiois par an seulement, on disséquait un cadavre que délivrait cet hôpital.

luA ehinr^e. — Les chirurgiens de Paris, depuis le xui* ou le xiv« siècle, formaient une corporation qu'on appelait le CoUèffe de Scùnt-Câme. Les papes l'avaient érigée en. faculté : elle avait donc le droit de professer des cours, de faire passer des thèses, de délivrer des grades de bacheliers, licenciés et maîtres {maitre équivalait à docteur).

Conformément à Tétymologie de ce mot, la ehimrgie comprenait tout k travail de la main sur le corps humain : par conséquent aussi peigner^ raser, en un mot faire le poiL Les chirurgiens abandonnaient ces fonctions subalternes aux élèves moins bien doués, qui pratiquaient en outre certaines opérations faciles, comme panser les furoncles, tumeurs et plaies peu dangereuses : ils s'appelaient barbiers * et ne faisaient point partie de la Faculté. En province, il y avait, en outre, des ineiseurs qui pratiquaient les opérations de la taille, de la cateu-acte, de la réduction des hernies, et qui payaient une redevance au Collège de Saint-Côme.

Les chirurgiens eurent le bon esprit,, quand, parmi ces barbiers ou ces ineiseurs, se révélaient des hommes de mérite, de les agréger à leur collège, comme ils firent d'Ambroise Paré ^. qui fut même professeur chez eux : ils conservaient précieusement la chaire où il s'était assis.

Tant que les médecins avaient été tenus au célibat, ils n'avaient point songé à tracasser les chirurgiens. A partir de 1452, les soucis d'argent étant venus pour eux avec la vie de famille, leur jalousie s'éveilla. Ne pouvant contester les privilèges des chirurgiens, ils eh^chèrent à leur susciter des ennemis. Ils trouvèrent des complices dans les barbiers qui ne cessaient d'empiéter sur les attributions de leurs maitres et qui se montraient d'autant plus hardis k opérer qu'ils étaient plus ignorants. Ils signèrent avec eux les contrats de 1505 et de 1577, leur promirent de leur donner

1. Gomme le Figaro de Beaamarohe», qui rate Beriholo et médieumente M» domeBtkpieSf ses mules et ses ohevaiiz. 8. Voyez au tome I" page 4M.

une instruction scientifique, leur firent jurer de n'entreprendre aucune opération importante sans appeler le docteur. Dès lors, ils les décorèrent du titre de ckirurgiens-bartiers et àommencèrent à les prôner dans leur clientèle, au détriment des chirurgiens.

Inquiets de ces menées, les maîtres de Saint-Côme portèrent leurs plaintes à l'Université, demandèrent à faire partie de la Faculté de médecine et à recevoir la bénédiction du chancelier. Les docteurs consentirent à signer un traité sur ces bases, s'engageant à ne plus soutenir les barbiers, à la condition que les chirurgiens ne s'occuperaient jamais de pathologie interne. Les docteurs violèrent ce traité; mais un arrêt du Parlement en 1566, des lettres patentes de Henri lY, de Louis XIU en 1611, de Louis XIV en 1644, confirmèrent les privilèges de Saint-Gôme et enjoignirent aux barbiers de se renfermer dans leurs attributions. Ceux-ci, abandonnés par les médecins, désertèrent leurs écoles et se réconcilièrent avec leurs anciens maîtres.

La Faculté de médecine eut alors Tidée saugrenue de s'appuyer sur les étuvistes, simples ouvriers baigneurs, et, par acte de 1643, leur promit enseignement et protection, les autorisant à recevoir des leçons des docteurs. Cet acte eut un succès de ridicule, et la Faculté se vit contrainte de le rapporter. Alors elle se rapprocha des barbiei's (1644).

Les chirurgiens se trouvaient dans une certaine dépendance de la Faculté, à cause des cadavres dont ils avaient besoin pour leurs dissections. On ne pouvait alors disséquer que les corps des suppliciés, et l'exécuteur ne les délivrait que contre un reçu du recteur de l'Université. Il se passait, à chaque exécution, des scènes étranges : les apprentis chirurgiens ou barbiers se précipitaient sur les corps encore chauds, les emportaient de force chez un de leurs maîtres, jetaient à la porte le bedeau qui venait réclamer au nom du recteur, non sans l'avoir roué de coups, et se barricadaient contre la maréchaussée. Un jour même, comme la police allait avoir le dessus, ils coupèrent le cadavre en morceaux et en emportèrent chacun quelques débris ^.

1. Mêmes scènes à Montpellier. Enoore en 1734, comme l'hôpital Sainb- Éloi refusait de leur délivrer des cadavres, les garçons chirargiens allaient en déterrer dans les cimetières et recevaient des coups de fusil.

Les chirurgiens, découragés par toutes ces tracasseries, prirent alors une résolution désespérée. Us traitèrent avec les barbiers et consentirent à ne former avec eux qu'une corporation : celle des chirurgiens-barbiers (1655). Les médecins exploitèrent sans pitié cet acte de faiblesse : ils firent rendre par le Parlement Tarrét de 1660 qui subordonnait à la Faculté les chirurgiens désormais déchus de leur noblesse et confondus avec les barbiers, leur faisait défense de prendre les titres de bacheliers, licenciés^ docteurs^ collège, mais simplement ceux d'aspirants, maitreSy communauté^ leur interdisait de faire aucune lecture ou acte public, de porter robes et bonnets. La chaire d*Ambroise Paré fut retirée de la salle des actes. Guy-Patin, Tennemi des chirurgiens, pousse ce cri de triomphe : « Saint Luc a été plus fort que saint Gômel » Le Collège n'était plus qu'une corporation de métier : la veuve du chirurgien-barbier put continuer son industrie en ^prenant un premier garçon qui eût passé les examens. Cette déchéance de la chirurgie devait peser sur ses progrès pendant près d'un siècle. C'était le barbier du roi qui avait autorité sur toute la corporation. Louis XIV eut le bon goût de trouver cet état de choses ridicule ; il obligea ce fonctionnaire à vendre sa charge au premier chirurgien du roi (1668). Celui-ci se fit représenter dans les villes de province, et même dans les colonies, par des délégués qui s'appelaient lieutenants, greffiers, jurés, et qui présidaient à la réception des aspirants à la maîtrise. Par une autre bizarrerie, en sens contraire, mais non moins étrange, le premier chirurgien du roi se trouva le chef des barbiersbarbants, qui s'étaient formés en corporation dès 1637 et ne maniaient plus la lancette ; puis des coiffeurs, qui, en leur qualité d'artistes, tendaient à s'isoler de ceux-ci ; enfin des perruquiers ou fabricants de perruques, qui n'avaient même pas & toucher la tête de leur client, mais qui n'en furent pas moins obligés de passer des examens d'anatomie i

n y eut, au xvii« siècle, quelques chirurgiens français de mérite, comme Pierre duhis, qui fut chirurgien consultant des armées; saviard, qui publia un recueil d'observations; BAULOT ou Beaulieu, dit frère Jacques, célèbre par son habileté à opérer de la pierre ; bbluste, qui avait étudié en Italie; rÈLix, qui opéra Louis XIV de la fistule, avec tant de succès

R. Civil. T. II. 27

que tous les courtisans, pour faire leur cour an roi, toulaient se faire opérer ; mabégial, qui fut premier chimrgieii de Louis XIV ei de Louis XY.

La chirurgie était alors très cruelle : elle prodiguait les amputations et les applications du -feu.

L.a pharmaeie. — Les pbannaGiens s'appelaient alors apothicaires. Depuis Louis XII, ils avaient cessé d'être confondus avec les épiciers dans la corporation des épicier»^ apothicaires. Depuis 1536, les médecins de la Faculté étaient appelés à prendre part aux examens de réeeption. Cependant Torganisation de la pharmacie était enc&pe celle des corporations de métier. U y avait les trois degrés, apprentis^ garçons ou compagnons et molles. Pour être reçu maître, on était tenu, après avoir passé deux examens, dont le second s'appelait <icte des herbes et des plantes, de présenter nn chef-d'œuvre; il se composait de cinq préparations pharmaceutiques. Il j avait une jurande et des gardes de la c<mH munauté. Les fils de maîtres jouissaient de nombreux privilèges : ils ne passaient pas Facte des herbes et n'étaient tenus qu'à présenter deux préparations. La pharmacie, qui tenait à la fois à Tépicerie-dro guérie et à la médecine, avait des démêlés avec toutes deux, mais surtout avec la Faculté. Celle-ci avait le droit d'inspecter les boutiques d'apothicaires, d'exiger qu'on y trouvât tous les remèdes portés au Codex, de faire brôler toutes les drogues de mauvaise qualité. Les apothicaires empiétaient sur la médecine, et, malgré les statuts, donnaient des consultations à leurs clients : ce qui les dispensait de recourir aux docteurs. Pour s'en venger, l'un de ceux-ci, Guybert, publia un traité de médecine populaire, intitulé « le Médecin charitable )>, où Ton trouvait le prix et la valeur des médicaments, plus un certain nombre de receltes utiles : pour faire les confitures, pour embaumer les cadavres, etc. Ce livre fit du tort aux apothicaires : ils aimaient les préparations compliquées, où l'on faisait entrer jusqu'à trente ou quarante drogues différentes, et les vendaient fort cher. Dans la hitte séculaire que soutint contre eux la Faculté, eUe affecta de ne prescrire que des remèdes simples et peu nombreux, et, chaque fois qu'elle eut à se plaindre des pharmaciens, elle #t réimprimer le petit Kvre de Guybert.

LES SaENGBS AU XTIf SIÈCLE 471

Le chimiste Nicolas umirt, daas sa « Pharmacopée » et son « Traité universel des drogues simples », publiés en 1697, proscrivit les médicaments bizarres et compliqués à Texcès. H fut un des créateurs de la pharmacie moderne.

Résniné. — Le zvii* siècle a été un des grands siècles scientifiques de Thumanité. £ a vu naître Tanalyse géométrique et le calcul infmitésimal, se formuler les lois a»^ tronomiques de Kepler et de Newton, s^opérer la découverte du ciel. Il a vu le premier essor de la physique, les progrès de Foptique et de Tacoustique, Tinvention du baromètre, du thermomètre, du manomètre, de la machine pneumatique, de la machine électrique, les premiers rudiments de la machine à vapeur, les premières recher* ches sur la vie des plantes et le premier essai de dasaifl* cation botanique. L'anatomie et la physiologie ont été renouvelées par la découverte de la circulation du sang, du système chylifère et lymphatique, par les débuts de l'histologie et des recherches microscopiques. La médecine a fait des progrès dans toutes ses branches et s'est enrichie de médicaments nouveaux. C'est avec raison que Bossuet 8*écrie : « Je ne puis contempler sans admiration les merveilleuses découvertes qu'a faites la science pour pénétrer la nature. »

Seulement, c'est en partie hors de France que ce grand progrès s'est accompli. En mathématiques, nous pouvons opposer les noms de Descartes, Pascal, Fermât à ceux de Kepler, Galilée, Newton, Leibnitz; mais les grandes lois képlériennes et newtoniennes sur la gravitation universelle, les grandes théories leibnitziennes sur la formation de notre globe, les découvertes télescopiques de Galilée, Huyghens, Hévélius priment les travaux de Gassendi, Picard, €assini, Bouillaud, Cassegrain. En physique, Pascal, Descartes, Mariette, Denis Papin soutiennent le nom françsds; mais nous n'avons qu'un zoologiste à opposer à ceux d'Italie, d'Angleterre et surtout de Hollande; en botanique, Tournefort se laisse distancer parles Anglais; en géologie, nous n'avons que Descartes et Maillet; dans les sciences médicales, nous n'avons que Pecquet, Du Vemey et quelques praticiens habiles. Cette infériorité relative des sciences françaises, comparées aux lettres et à l'art français, tient

crnusATiON française

à ce qu'elles exigent une organisation du travail et une libéralité de la part des pouvoirs publics, qui firent alors défaut. Le joug de Vautoriié, si nuisible à la libre recherche, fut plus lourd chez nous que dans les pays protestants, où se manifeste surtout le progrès scientifique. Notre supériorité en mathématiques tient peut-être à ce que les mathématiques n'ont pas eu et ne peuvent pas avoir d'Aristote. Enfin il faut tenir compte de la tournure d'esprit des Français à cette époque, avant tout artistes, orateurs et moralistes. « Les sciences physiques, dira plus tard Dacier, furent peu cultivées dans un siècle qui paraissait ne trouver de charmes que dans la littérature. » On pourrait corriger ce que ce jugement peut avoir d'excessif par cette appréciation de Guvler : il dit que c'est François I«<^ qui, le premier, fit fleurir en France l'érudition, Richelieu la littérature, Louis XIV les sciences.

Ouvrages a consulter. — F. Hœf'T. ffist, des mathématiques^ Hist.

de l'astronomie, Hist. de la physique e de la chimie, ffist. de la zoologie, Jï st. de la botanique, de la mineral >'iie et de la géologie. — Joseph Bertrand, Les fondateurs de V astronomie moderne, — Faye, Sur V origine du monde, théories cosmogoniques des anciens et des modernes. — J. LoridaD, Voyages des astronomes à la recherche ae la figure de la Terre et de ses dimensions. — Berthelot, La Mévolution chimique : Lavoisier. — Dumas, Leçons de philos, chimique. — V. Carus, ffist. de la zoologie. — G.

Cuvier ffist, des sciences naturelles depuis leurs origines jusqu'ànos Jours (1841-1845). — Ferdin. Papillon, ffist.

de la philos, moderne dans ses rapports avec le développement des sciences de la nature. — Joseph Bartrand, L'Académie des sciences et les académiciens de 16ô6 à 1793. — A.

Maury, Les académies dtautrefois, — Fontenelle, Eloges des académiciens el ffist^ de l'Académie des science»,

— E. Maindron, L'Acad. des sciences.

— Flourens, Buffon. ffist. de ses idées.

Ch. Daremberg, ffist. des sciences médicales (IS70). — Maoriee Reynaud, Les médecins au temps de Afolière. — A. Franklin (la Vie privée d'autrefois) : Médecins, chirurgiens^ médicaments, etc. — A. Germain, Mémoires sur raacienne université de Montpellier : L'école de médecine. Le cérémonial. Les maîtres chirurgiens, L'apothicairerie, etc. — Haeser, ffist.

de la médecine (en allemand). — Floarens, ffist. de la découverte de la circiUation du sang. — Guyot, Répertoire de jurisprudence, aux mots Médecin, Docteur, Chirurgie^ Apothicaire. — Chéreau, art. Histoire de VAnatomie dans le Dict.

cncycl. des So. médicales.

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