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CHAPITRE IX

Bemarques générales sur l'origine de la mythologie et de la religion des Grecs. — Des peuples auxquels les Grecs ont pu emprunter une partie de leurs traditions et de leur culte. — De rAsic-suf érienre. — De l'Inde. — De l'Egypte. — De la Phénicie. — Des contrées situées aoi nord de la Grèce* — ïhs prétentions des Grecs à cet égard.

Remarques gé- J^Tous Venons d^ jeter un coup d'oeil sur le rigrae de la my- p^js , habite par4e peuple dont la civilisation tkologie et de religieuse tet morale &it le sujet de nos re-

la religion des ° • j *

Grecs. cherches. Nous venons de tracer raptaerneot

l'histoire des difierentes tribus qui le composoient , depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin de l'époque^ désignée par les historiens sous le nom de siècles héroïques. Nous avons essayé d'esquisser le tableau de la civflisation morale de ces nations encore à demi^barbarés. Nous avons indiqué l'influence qu'ont eue,, sur leurs moeurs, les lumières et les inistitutions de leurs princes , de leurs légis* ^ lateùrs^ de leurs prêtres et de leurs poètes. Nous allons maintenant examiner quelles furent leurs idées et leurs institutions religieuses.

La première question à aborder ici est relative à l'or»* gine de ces idées.

Il me semble que nous avons tout droit de regarder la connoissance du vrai Dieu comme base de la foi primitive du genre humain ; mais , comme nous n'en trouvons aucune trace chez aucun peuple de l'antiquité, aussi haut que nous remontions dans les temps les plus reculés , hormis la seule nation que l'Être Suprême a rendu dépositaire de ce précieux trésor , je crois aussi qu'il nous est permis do supposer que cette connoissance primitive s'est perdue

entièrement parmi le^ autres nations (') , oe qui faîl par rapport à ces nations , et nommément par rappoi

1 Grecs , nous nous trouvons dans la même position qu

savants qui n'accordent pas aux documents qui re

{ ment lliistoire du peuple élu toute Tautorité qu^ils i:

tent à notre avis. Or, il me parolt certain que, noj stant les idëes religieuses , les fables et les rites sacrés les Grecs doivent d'ailleurs avoir reçus » il n'en reste moins vrai qu^on trouve chez eux des idées ^ des laJ et des rites dont Torigine étrangère ne sauroit être montrée et qui, selon toute probabilité, auront appart< en propre à la nation chez laquelle nous les renoontroiïs : sera donc nécessaire d'entrer dans quelque détail sur t tre manière d'envisager rorigine des idées religieuse ixmsidérée en elle-même.

^i> Pour moi je suis persuadé qu'on ne sauroit démontr 1-existence de ce sentiment que quelques auteurs ont défij sentimoit religieux (^). Je ne crois pas que l'homme dans le simple état de nature, ressente « par lui-même sans quelque impulsion extérieure , le besoin de croire éi Dieu (Je prendrai ce terme dans le sens le plus étendu rd^tivement à toutes les idées qu'on peut se former d'une puissance supérieure). L'amo\ir ddsoi^mème, le désir de vivre , la colère , l'indignation sont des sensations qu'on éprouve partout et qui partout se ressemUent. H seroit difficile de ^démîontreif la même chose du sentiment qu'on nomme sentiment religieux (^). Il n'y a d'inné que le sentiment «

''.'■'■ (ï) Je renvoie le lecteur à T excellent ouvrage du profes;sear H.

IHuntingUe, Géschiedems der Menschheid naar den Bijbel (T. I.p.

'âSfS sq. not. .249)', où la justesse de cette supposition esi^lémontrée

jusqu^à réyideuce; •

. (3) Qn sait que le sentiment religieux est la basç des rechercbes

de 9|. Benjamin Constant.

.(^). Je renvoyé ici le lecteur au commencement da traité de

David Hifme, ]!ïatural..history of religion, 'avec lequel je suis

absolument du même avis , par rapport à Torigine de la religion ,

considérée' indépend^imment de la révélation.

moral , qu'il faut cependant bien distinguer des idées de convention et des effets de Texemple et de la coutume ; pt nous aurons souvent occasion de remarquer , dans le cours de cet ouvrage , que c'est ce sentiment vraiment primitif qui corrige ou amortit fréquemment les mauvais effets des écarts de la raisbn humaine par rapport aux idées religieuses. En second lieu, je ne crois pas que le théisme ait constitué la foi primitive^ des peuples dont nous nous occupons dans ce moment. Je ne le crois pas , parceque le théisme , n'étant pas le fruit d'une révélation immédiate, ne sauroit être que l'effet d'un développement remarquaUe de l'intelligence humaine , que ce développement ne se fait pas subitement, mais par degrés , et que sa marche est lente et ménie difficile (^). La beauté de la nature, l'ordre admirable de l'univers ne suffisent point pour produire une pareille combinaison d'idées, dans la tête du sauvage. D'ailleurs il est accoutumé dès Tenfance aux objets qui renvironnent> et, pour peu qu'ils ne lui causent ni embarras ni crainte , il n'y fait pas même attention , car il est trop absorbé par ses besoins et par la nécessité de se mettre en garde contre les dangers qui le menacent^

L'idée d'un seul être suprême , d'une cause unique de tout ce qui existe , est si sublime et isi élevée que plusieurs de ceux auxquels on a enseigné cette vérité, même parmi

(*) Cf. Bottiger, Kunstmyth. p. 2 fin. sq. »Wenii eine geoffenbarte Religion je statt fand, se musstç der einzig<; Gott, Schôpfer Himmels und der Erde , den rohen Menschen geoffenbart werden. Denn toh sich selbst kann sich der Mensch nur durch eine fast uor absehbare Stufenleiter bis zu dieser Endursache ailes Sichtbaren erhebeû." Hermann, ùber das Wesen der MythoL, p. 36. »Der Begriff eines einzigen Gottes setzt schon einen so hohen Grad Yon Geistesbildung yoraus, dass es schlechterdings unmoglich ist, diesen Begriff fur eher entstanden zu halten, als die Torstellung von mehrern Gottern. £he der Mensch sich zu dieser Idée erheben kônnte , musste er erst die Erscheinungen der sinnlichen IVatur in den '^Begriff einer Welt zusammengefasst haben , und welche lange Zeit mag wohl nôthig gewesen seyn, um erst dahin zu gelangen? '* etc.

les naiioDs les plus cultivées , ne savent assez rapprofondûr et se trouvent réduits à admettre une foule d'êtres intermédiaires, de sorte qu'en professant le théisme ils n'en sont pas moins de véritables polythéistes; et comment donc supposer que le fils de la nature , l'homme sauvage et incapable de la plus légère opération des facultés de l'esprit soit en état de parvenir à une conclusion dont il comprendroit à peine les prémisses quand même on s'efforçoit à y diriger son attention (^).

Le sentiment de sa foiblesse est , à mon a^îs , la cause la plus commune des idées religieuses. On la circonscrit trop 9 ce me semble^ en la cherchant dans la crainte seule. Tout ce qui est au-dessus du pouvoir de Thomme , tout ce qui agit sur lui, indépendamment de sa volonté, et ce qui, de cette manière ,. lui est utile ou nuisible doit faire naître en lui l'idée d'un pouvoir suprême. Or« comme les objets qui peuvent rappeler ce sentiment de foiblesse sont en grand nombre et souvent d'une nature tout-à-fait opposée , et comme l'homme sauvage n'est pas en état de s'élever jusqu'à l'idée d'ime action réunie de tous ces objets , d'une harmonie entre des moyens divers , mais tendant au même but» il s'ensuit naturellement de tout ceci que la religion naturelle la plus ancienne ne sauroit être que le polythé* isme.

Dans sa forme primitive , le polythéisme et le fétichisme sont synonymes. L'histoire du genre humain nous apprend

(^) Hume, £ssays, T. lï. p. 387. DThefirstideasof religion arose not from a contemplation of the works of nature , but from a concern with regard to the events of life, and from incessant hopes and fears, which actuate the mind.*' Les Grecs étoient si loin du théisme, comme le remarque très biencet auteur judicieux, que quiconque osoit renseigner parmi eux étoit accusé d'athéisme (p. 3^9), ce qui, en efièt, ne doit pas nous surprendre, car, aussi bien que pour nous le polythéisme n'est dans le fond que Tathéisme, de même la doctrine qui enseigne à n'admettre qu'un seul être suprême doit renverser toute la créance des polythéistes. «

que le polythéisme le plus ancien est Tadoration d'une espèce d'amulettes ou de talismans , qu'on est convenu de désigner par un mot portugois, Fétisso (*^). Une civilisation plus avancée nous montre le culte de phénomènes et d'bbjets physiques , du soleil, de la lune, des étoiles, de la terre, des vents etc. En troisième lieu ce sont les affections du coeur humain , les situations dans lesquelles l'homme se trouve , qui , personnifiées par une imagination active et par un langage encore borné, deviennent les objets du culte des peuples encore ignorants , mais déjà plus ou moins civilisés. Enfin, séparant entièrement les personnes des objets soit visibles soit invisibles , ces peuples se créent des dieux auxquels ils attribuent des propriétés , un caractère et une influence marquée sur le sort de rhomme, tandis cpie la persuasion de plus en plus développée d'une continuation de l'existence d'une partie de notre être après la mort et les regrets d'une postérité reconnoissante élèvent au rang des dieux des mortels magnanimes et bienfaisants (J).

Mais , en traçant ainsi la marche la plus ordinaire du développement des idées religieuses , nous ne prétendons nullement assurer que tous les peuples parcourent régulièrement tous les grades indiqués, ni qu'on ne trouve quelquefois des exemples de dépravation dans la civilisation religieuse (®).. Pourquoi, par exemple, les Sabéis-

(^) Fetiêso signifie nn objet enchanté, on qui donne des oracles. luts Portugois appeloient ainsi les idoles des Nègres aux bords du Sénégal. C'est le président De Brosses , dans son ouvrage sur le culte des dieux fétiches , qui introduisit l'usage de cette dénomination. Voyez Bottiger, Kunstmyth. p. 6. Cet auteur judicieux compare les fétiches avec les amulettes , ce qui explique très bien la nature de ce culte singulier.

(7) Il faut remarquer cependant que l'apothéose n'est pas moins souvent une suite du culte des cadavres qu'on regarde comme des fétiches , et de la vanité des peuples, qui , en déifiant leurs ancêtres , tâchent d'illustrer leur propre origine.

(") L'idolâtrie, par exemple, c'est à dire le culte offert aux

tes de rOrient n'auroient-iU pu remplacer le culte du vrai dieu par celui du soleil et de la luoe , du feu et do l'eau ;, sans avoir connu le fétichisme et sans s'être élevé jamais jusqu'à cette mythologie composée de dieux personnels et intelligents que nous remarc^uons chez les Grecs. La seule déesse de ce genre qu'adoroient les Perses, savoir Mylitta, ne leur fut connue que longtemps après la fondation de leur religion. Mais, en tout cas, c'est une opinion tout-à-fait erronée de diviser en deux branches le développement des idées religieuses et d'admettre deux religions, comme le font quelques auteurs (^), savoir le fétichisme et l'anthropomorphisme, comme la religion de la terre , d'un côté , et le sabéisme de l'autre. Chez les peuples dont l'intelligence est encore peu développée , le culte des oorps célestes ne diffère pas essentiellement du fétichisme , tandis que le Jupiter des Grecs , le dieu qui dispose en souverain maitre des foibles molrtels , qui punit le crime et récompense la vertu , doit faire supposer un degré bien plus élevé d'intelligence et de civilisation que le sabéisme lui-même. On ne m'objectera pas sans doute la religion de Zoroastre, qui n'étoitpas moins une amélioration de l'ancien culte physique que la religion des Grecs. Ormuzd étoit aussi bien un être intelligent que Jupiter , et son pouvoir sur les Amschaspands et les autres démons étoit bien plus illimité que celui du souverain de l'Olympe sur les autres dieux d'un rang inférieur. Le culte d'Ormuzd n'appartient pas plus au sa- . béisme que la mythologie des Grecs. — En un mot, ce

images comme une suite de la persuasion d*un pouvoir immédiat qu'on leur suppose n'est autre chose qu'une dépravation du culte des dieux personnels et intelligents, c'est à dire du degré le plus éleVé de la religion naturelle. L'idolâtrie diffère autant du fétichisme qu'elle est peu propre à constituer une religion à part , comme le prétend le savant Meiners (de fais, relig. orig. Comm. Soc. Gott. T. VII). Ce n'est qu'une simple déviation.

(^) Par exemple , Bôttiger , Kunstmyth. p. 7 sq, , qui en fait la base de son traité mythologique.

n'est que la religion basée «nr une rëTëlatîon et par oonsëquent sur la -vérité qui précède la civilisation inteUectu>' die et morale. Les autres religions , bieb qu'elles^ exoc^r-. ceuf souvent une influence réciproque jsur le développement de l'intelligence et sur les moeurs, en dépendent toujours dans leur origine. Lès Sabéistes orientaux jctoient leurs enfants dans le feu allumé en Thonneur de Iqurs 4i* vinités. Les Grecs, quoique Sabéistes dans le commence^ ment de leur existence , n'ont jamais admis les saorifioeé humains, comme partie de leur culte public, et les seules peuplades qui font une exception, à cette règle générale, les^ avoient reçus des Orientaux. Aucun peuple dé Tanti* quité n'a eu des. dieux aussi turbulents,, aussi amoureux ni aussi volages que les Grecs , mais*ailssi aucun ^uple n'a eu dès divinités aussi belles » aussi compatissantes, aussi sensibles, et la seule cause en est qu'aucun peuple de l'antiquité étoit aussi turbulent, aussi irritable et aussi Tolage , et , en mén^e temps , aussi aimable et aussi sensible pour la beauté que ces mêmes Grecs.

Je ne crois pas qu'il suit nécessaire de faire observer qu'en ces réflexions sur l'origine des idées religieuses parmi les Grecs je ne parle que du peuple, et que, sans méconnoitrè l'influence que des hommes instruits et éclairés peuvent avoir eue sur leurs contemporains, je ne partage point l'opinion de ces savants qui sont d'avis que toutes les idées religieuses senties efiets d'une instruction immédiate. La nature de l'esprit humain , aiissi bien que l'histoire de l'humanité , nous défend de croire que la religion soit une invention des magistrats ou des savants , pour conserver l'ordre de la société, en adoucissant les moeurs et en prévenant, par une crainte salutaire pour la colère d'un dieu courroucé, les écarts des passions, ou en portant les hommes à l'exercice de la vertu par l'espoir des récompenses divines (' ^).

(^^) On connoit les arguments de Critias, dans Seztos £mpiricus, et eeux de Varron (Augastin. C. D. lY. 32.)* Le judicieux

Et, pour œ qui concerne' les l^alaleun , lesdevinfr les poëtes qui ont pu exercer quelque influence sur les anciens Grecs , le chapitre précédent a pu nous convainem que» sans méconnottre les mérites de ces hommes enver» la civilisation de leurs contemporains, on ne sauroit pré« tendre, qu'ils aient inventé la religion , quand même ils auroîent réglé le culte et ordonné quelcpes .rites sacrés , ce qui* n'est pas seulement possible , mais même très pro-* bable; et, bien qu'on les regardât souvent comme les inlerprètes de la volonté divine, il est assez avéré qu'ils n'ont jamais agi d'un commun accord ^ comme les membres des castes sacerdotales en Egypte etdans TOrient, ni qu'ils aient possédé exclusivement toute» les mêmes Gonnoissances religieuses que ceux-ci. Ces réflexions nous débarrassent d'abord de tous ces systèmes religieux , de toutes ces écoles de prêtres et de poètes dabs lesquelles fut conservé, d'aprèi» quelques savants , le panthéisme qu'ils supposent avoir été enseigné par les prêtres de l'Egypte et do rOrient et transmis ensuite aux Grecs.

StraboQ lui-même n*esi pas ioui-à-faît étran^r à cette opînioiTr Voyez p. 35 — 37 , quoique dans cet endroit il considère plutôt la mythologie des poètes comme une nourriture spirituelle pour ceut qui ne sont pas en état de profiter àes leçons de Thistoire et de la philosophie. Ce ne sont donc pas les idées religieuses elles-mêmes qu'il regarde comme une invention des hommes, mais seulement les traditions mythologiques qu'on rencontre chez les poëtes et les autres auteurs. Pour les modernes ^ il suffit de nommer Warburton , en se gardant bien de confondre les intentions du Yertneux évéque et celles de l'impie Critias. II est vrai , toutefois , que ses arguments ont quelque chose d'étrange. L'imperfection des religi* ons payennes lui paroit une preuve qu'elles ont été inventées par le» magistrats ; car l'esprit humain agissant librement, sans l'intervention de ces inventeurs, auroit fait mieux, selon lui: mais les magistrats furent obligés de descendre jusqu'au niveau de l'intelligence du peuple qu'ils vouloient instruire. £n admettant cette manière de raisonner, il faudroit supposer que les magistrats eussent défendu au peuple de se former des idées plus éclairées , pour borner son intelligence. (Godd. zend. van Mozes, T. I. p. 137 sq.)

Dm peuples au- Cependant , oomme il est possiMe qoe les ont pu emprun- Grecs aient empnintë quelques idées TeUgî* ter une partie de euscs et quelques mythes à d'autres nations ,

leur» traditions * * "^ . ,

et de leur culte, examinons en second lieu de. quel côte ces idées et ces mythes ont pu s'introduire dans la Grèce (' ')•

Lorsqu'on se rappelle ce qui a été remarqué plus haut sur la situation de la Grèce et sur ses rapports avec les nations qui l'entouroient , et que Ton considère le degré de civilisation de ces nations au temps de la première origine des institutions religieuses dans cette partie de l'Europe , on trouvera que les Grecs ont pu en recevoir de trois côtés différents, du midi, de l'orient et du nord. L'occident étoit lui-même encore enseveli dans les ténèbres de l'ignorance, et à peu près entièrement inconnu aux Grecs. Dans les poèmes d'Homère l'occident est encore le pays des fables et des merveilles , que les voyageurs^ s'il y en eut qui osèrent s'enfoncer dans ces parages inconnus, débitoient avec d'autant {dus d'impudence qu'ils étoicnt bien assurés que nul ne pourrmt leur donner un dànenti.

Or , dans le midi les contrées les plus vmsines de la Grèce sont l'Egypte et l'Afrique , dans l'orient la Phénide, et dans le nord la Thraoe. Il ne sauroit être question ici de nations plus éloignées , à moins qu'on ne pût démontrer que les Grecs avoient déjà eu quelques rapports immédiats

avec elles dans les temps les plus reculés. Car, pour la mythologie et la religion qu'elles ont pu transmettre aux peuples plus voisins de la Grèce, cette religion et cette mythologie doivent être consid^ées oomme assimilées à ces nations dont les Grecs les reçurent inunédialement. D'un autre cèté la ressemblance de quelques mythes grecs

(") On sait que cette question a doaoé lieu à nne grande dîrergence d'opinions. H soffira de dter ici d'an coté les Gôrres , les Crenxer, les Ritter, de l'antre les Mâiler, les Yoss, lesL<rf»eck. C'est encore ici , oomme partent d'ailleurs: Ilimtoê fœetUwr inira

à ceux de nations plus Soignées ne sanroit démontrer une transmission immédiate, puisqu'il est possible que quelques mythes n'aient pas beaucoup changé de nature, et que quelques-uns même aient pu naître chez des peuples entièrement Réparés les uns des autres , sans qu'il soit néces« saire d'admettre de communication entr'eux. De rA»ic-«u- Or, je ne crois pas qu'on puisse démonfarer

périeure. i, . , m ^ i

1 existence de rapports entre les Grecs et les nations plus éloignées de l'Asie à l'époque reculée dont nous nous occupons dans ce moment. Les auteurs anciens parlent de colonies égyptiennes et phéniciennes en Grèce ; nous connoissoDs les rapports entre la Grèce et l'Asiemineure, entre la Grèce et les régions septentrionales: mais nous ne voyotis aucune trace de relation des anciens Grecs avec l'Assyrie et la Babylonic , avec les Mèdes et les Perses. Le judicieux Strabon nous fait remarquer très à propos que, si Homère eut connu ces peuples , il eût aussi bien parlé de Babylone , de Ninive et d'Ëcbatanes que de Thèbes , dans l'endroit où il parle des capitales les plus riches du monde connu. 11 ajoute (et ceci mérite encore plus notre attention) que de tous les barbares les Perses ^toient le mieiâx connus des Grecs , puisqu'ils furent les seuls qui , maîtres de l'Asie, a voient eu les Grecs sous leur domination. Les autres étoient aussi peu connus des Grecs qu'ils les connoissoient eux-mêmes. Il en excepte toutefois les Lydiens, qui avoient subjugué les colonies grecques avant la domination des Perses ('^)« Or les plus anciennes de ces colonies ne datent que des temps postérieurs au ]*etour des Héraclides, c'est à dire de plus d'un siècle après la guerre de Troye ; le premier roi de Lydie qui attaqua ces colonies ne vécut que dans le septième siècle avant J. C., et, lorsque Cy rus , le fondateur de l'empire des Perses, mit fin à la domination des Lydiens dans r Asie-mineure (550 ans avant J.C), Solon et Lycurgue (^^) Strab. p. 1068. C. D. cf. Vossius, Theol. Gent. I. 22. in.

ayoient déjà donné des lois à Athènes et à Sparte , Pytbagore avoit déjà enseigné sa doctrine , et la civilisation religieuse et morale de la Grèce avoit déjà fait de sensibles progrès. C'est ainsi que T Asie-supérieure se trouve déjà écartée de nos recherches ; et, quoique nous ne voulions aucunement nier qu^il soit possible que quelques traditions^ nées dans cette partie du monde, aient été transmises en Grèce par les nations intermédiaires , nous ne serons certainement pas de Tavis de Flave-Josèphe, que les Grecs aient emprunté aux Israélites le sabbath , les jeûnes et les lampadophories (' ^) , ni de celui de Justin le Martyr, que la description du bouclier d'Achille soit une imitation des premières paroles de la Genèse : Dans le commencement Dieu créa le ciel et la terre, que les jardins d'Alcinoûs représentent le paradis, que la constniction de la tour de Babel ait été le modèle de la gigantomachie , et que l'Até d'Homère n'est autre chose que le diable que Dieu chasse dés parvis célestes ('^).

De rinde. Si nous écartons l' Asie-supérieure il ne pourra pas même être question de Tlnde. Cependant, comme plusieurs auteurs modernes semblent se complaire à retrou* ver des institutions grecques dans cette partie du monde , nous ne pouvons nous empêcher de citer encore une foi» Strabon , dont le témoignage concernant l'Inde n'est pa» moins satisfaisant qu'à Tégard de la Perse et des autres

(i3j Joseph, c. Apion. IL 39. ' cf . Clem. Alex. Strom. Y. pv

(**) Cohort. ad Gr. p. 27. B. 28. C'est ainsi que Clément d'Alexandrie jBuppose Homère , Orphée et Xénocrate aroir fait mention du Père et du FiU. Strom. Y. p. 718. Après ce que nous venons de dire il doit sans doute paroître étonnant que le savant Creuzer puisse supposer que longtemps avant Alexandre le Grand de véri" tables éléments magiques (àcht magische Ëlemente) aient pu s'in** trodaire dans la religion des Grecs. Symb. und Mjth. T. I. p. 699. Nous en citerons un exemple qui pourra nous faire juger du reste. Suivant lui la thèse d'Héraetite néXtiioq âTtàyvavTtarifQ et la qivXiu et 'peZxoç d'£mpédocle sont des imitations de la doctrine des principes opposés du bien et du mal, de Zoroastre, p. 700, 701.

empires asiatiques. Mëgasthène, qui toutefois ëtoit un peu. plus crédule que Strabon , avoit dëjà démontre combien peu de foi méritent les anciens récits des Grecs à l'égard de l'Inde, parceque les Grecs n'avoient jamai» été dans ce pays, avant Texpédition d'Alexandre le Grand , parceque même les grands conquérants Sésostria et Nébucadnézar (qui peut-être auroient pu en rapporter quelques traditions ou quelques idées qui dans la suite auroient été transmises aux Grecs) , ni aucun des autres princes de TAsie occidentale n'ayoient jamais pénétré jusques dans l'Inde, et puisque les Indiens eux-mêmes n'avoient jamais entrepris d'expédition lointaine. Strabon , qui rapporte ceci des écrits de Mégasthène , ajoute que, selon lui, les récits concernant l'origine asiatique de mythes grecs, par exemple de celui de Prométhée, que quelques-uns transportent du Caucase au pays des Parapomisades , plus de trente mille stades plus loin , doivent leur origine aux flatteurs d'Alexandre le Grand (' '). Il ne manque pas non plus de blâmer la crédulité des anciens auteurs grecs, qui cherchoient plus à amuser leurs lecteurs par des récits étonnants et miraculeux qu'aies instruire par la vérité (* ^).

(^s) Strab. p. 1007—1010 in. cf. p. 771, où il déclare qu'U regarde les récits concernant les expéditions d'HerCole et de Baechus comme des inventions d'une date récente.

('^) Ib. p. 774. Il me semble cependant qu*il va un peu trop loin à regard d'Hérodote. La vérité des rapports d'Hérodote peut être contestée, mais il n'y peut jamais être aucun doute sur la véracité de l'auteur Jui-méme. Voyez encore, sur les fables des historiens d'Alexandre le Grand, p. 777. Un de ces historiens , Arrien , qui se distingue favorablement par sa véracité et sa prndence, fait mention , dans le commencement du cinquième livre de son ouvrage , d'une légation des Nysséens à Alexandre , qui , dans leurs discours au roi de Macédoine , attribuent à Bacchîis la fondation de leur ville, apparemment par aucun autre motif que pour flatter sa vanité. On peut faire la même remarque sur les récits concernant • l'antre de Prométhée qu'on trouve dans le même endroit. Notre compatriote Yossius (Theol. Cent. I. 25.) est de l'avis de Strabon»

Et que dirons-nous , si Strabon lui-même , avant que de Commencer la description de l'Inde, invoque l'indulgence de ses lecteurs , parceque de son temps très peu de voyageurs avoient encore visité ces contrées , que quelquesuns n'en avoient vu qu'une partie et toujours en passant , f andis qu'ils ne connoissoient le reste que par des rapports : remarque qui est pleinement confirmée par les récits contradictoires de ceux qui avoient accompagné Alexandre le Grand dans son expédition , non seulement par rapport à ce qu'Us avoient entendu , mais aussi par rapport à ce qu'ils prétendoient avoir vu de leurs propres yeux. Strabon ajcfute que les auteurs plus récents n'avoient pas beaucoup contribué à étendre la connoissance de l'Inde, que les marchands qui de son temps voyageoient de l'É* gypte aux Indes parvenoient rarement jusqu'au Gange, et que d'ailleurs ces hommes , ordinairement ignorants , étoient incapables de recherches savantes, et qu'à l'exception des ambassadeurs des rois indiens , Porus et Pandion, et le philosophe indien qui se brûla lui-même à Athènes, aucun Indien n'avoit jamais pénétré jusques dansla Grèce ('^).

Il me semble que ces remarques d'un auteur comme Strabon doivent nous suffire pour apprécier à leur juste valeur Topinion de ces auteurs modernes qui par préférence cherchent l'origine des institutions religieuses des Grecs aux bords du Gange, ou de ceux qui, pour ré* soudre ^es objections aussi fréquentes que justes qu'on a faites contre ce système , abandonnant la voie directe par le milieu de l'Asie , par laquelle les autres font transporter ces institutions en Grèce , s'en fraient une autre le long des côtes du Pont-Euxin et par les régions septentrionales.

mais seulement pour prouver que le Bacchus indien est le patriarche Noé. De même Warburton (Godd. Zend. vanMozes, T. III. p. 342 et p. 577. net. 6.).

>('^) Strab. p. 1005, 1006. Par rapport aux récits eoncemant rinde et le culte de Bacchus et d*Hereule , voyez encore p. 1038.

£n effet, que nous importent toutes ces hypothèses. Le chemin par où les mythes indiens seroient parvenus en Grèce nous seroit assez indifférent, si seulement on en trouToit quelque ' trace , et si Slrabon, auteur qui sans doute étoit mieux en état de juger sur cette matière que nos contemporains (' ^) , n'eût pas prouvé que ce seroit peine inutile d'en chercher.

De l'Egypte. U ne nous reste donc , comme nous venons de le remarquer, que TÉgypte, la Phénicie et le Nord. Après ce que nous venons de dire plus haut sur les résultats des recherches de MM. Raoul-Rochelte , MûUer , Sohnitzler et d'autres savants, à l'égard de Tauthenticité des récits concernant l'arrivée de colonies égyptiennes ou même phéniciennes en Grèce, cette question parott avoir changé entièrement de face. Il ne seroit pas prudent néanmoins de se servir de ces résultats pour nier absolument la possibilité d'une transmission de traditions et de rites égyptiens en Grèce. Aussi suffiroit-il d'en trouver dans ce pays pour se convaincre de la vérité de cette transmission. Pour moi, d'avis avec les savants dont je viens de parler , il me paroit très improbable que des Égyptiens et surtout des prêtres égyptiens soient jamais venus en Grèce dans ces temps reculés. Mais, en revanche, je crois très probable que les Phéniciens , les marchands et les facteurs de l'ancien monde , qui ne couvrirent pas seulement de leurs colonies les côtes de la mer méditerrannée , mais qui se hasardèrent même sur l'océan atlantique , au-delà des colonnes d'Hercule , aient abordé fréquemment au continent et aux îles 'de la Grèce, et qu'ils y aient fondé des colonies et des entrepôts de commerce.

('^) H eut été à désirer que ces auteurs qui aiment à fouiller les antiquités égyptiennes , indiennes et asiatiques, pour y trouver quelque trace d*institutions grecques , eussent fait uii peu plus d* attention aux sages leçons que le savant Heyne a déjà données à ce sujet, p. 6. dans les domm. Soc. Gott. T. XYI. p. 286, 287 . 297 fin.

P me semble que ia nature même des choses nous invite 'à admettre la probaUUté de cette supposition , quand même on pourroit démontrer Fincertitude de tous les témoignages des auteurs qui semblent la confirmer. Et, si nous admettons la justesse de cette conclusion , je ne vois .pas pourquoi on ne pourroit pas croire aussi que ces marchands phéniciens, qui auront sans doute visité de temps en temps l^gypte, soit par mer soit par terre, et qui d'ailleurs ont pu recueillir beaucoup de notions sur ce pays par les tribus arabes qui y ont établi leur do^ mination pendant des siècles entiers ('^), n'auroient pas pu transmettre aux Grecs ce qu'ils avoient appris de la religion et des moeurs des Égyptiens {^^)*

Nous admettons donc que les Grecs aient pu recevoir des idées , des traditions et des rites religieux de l'Egypte , par l'intermédiaire des ^Phéniciens. Mais, quoique la ressemblance entre une tradition grecque et égyptienne paroisse être une preuve assez évidente de Torigine de la première , il faut cependant bien considérer si cette ressem- Uance ne pourroit pas démontrer aussi bien que la tradition étrangère a été modelée sur cellç que nous trouvons dims la mythologie grecque. En second lieu il faut tou*

(^^) SuiTant Hérodote des Phéniciens de Tyr demearoient en Egypte sous le règne du prince qu'il appelle Protée (IL 112.). Dans r Odyssée les Phéniciens sont mentionnés aussitôt qu'il est question de voyages lointains, d'expéditions de pirates etc. D'ailleurs les endroits connus sur Thèbes, dans le troisième livre de riliade , et-celui sur les objets de luxe égyptien à la cour de Ménélas et d'Hélène , dans le quatrième livre de TOdyssée , démontrent assez que rÉgypte elle-même n'étoit pas tout-à-fait inconnue. Tout ce qui étoit beau et étrange étoit considéré comme d'origine égyptienne ou phénicienne. Sur l'affinité des Phéniciens et des Hycsos , Yoyez Hoeck , Creta , p. 72 , et les endroits cités par cet auteur.

(^^) Plusieurs auteurs anciens étoient déjà d'ayis que la connoissance de la religion et des moeurs des Égyptiens et d'autres peuples eut été transmise aux Grecs par les Phéniciens. Toyez , p. e« , Joseph, c. Ap. I. 12. '

jonrs examiner si les traditions grecques qui ont quelque ressemblance avec celles des Egyptiens sont effectivement aussi anciennes que le rapportent les auteurs qui en font mention.

Pour ce qui concerne la première remarque, il faut prendre en considération Tàge de ces auteurs. Or nous savons que les historiens les plus anciens qui ont fait quelque mention de l'Egypte et dont nous ne possédons plus d'ailleurs que quelques fragments, savoir Dénys et Hecatée deMilet, Gharon de Lampsaque, Xanthus de Lydie et Acusilaûs , ne remontent pas au-delà du sixième siècle avant J. G., et qu'Hérodote, le plus ancien dont' l'ouvrage entier ait été conservé et qui paroit aussi avoir traité les affaires de l'Egypte avec le plus d'étendue ,« qo Téout pas avant le cinquième siècle avant notre ère, de sorte que les auteurs les plus anciens qui ont traité de l'Egypte sont bien postérieurs à l'époque dans laquelle les Grecs ont commencé à trouver quelque communication avec les Égyptiens , événement qui date de l'arrivée en Egypte des pirates ioniens et cariens , dont Psammétique ' se servit pour attaquer les onze rois qui l'avoient détr6né, et pour se rendre seul jnaitre de Tempire. Or ceci arriva dans le septième siècle avant J. G. £t, si l'on en excepte Hecafée de Milet , qui naquit probablement vers l'an 548 avant J. G., on peut même assurer que tous ces auteurs sont nés après la conquête de l'Egypte par Gambyse (en 5SUS avant notre ère), et que, par conséquent, lorsqu'Hérodote (*') , un des plus récents, écrivit son histoire, les Grecs ayoient déjà depui$ nombre d'années les rapports les plus multipliés avec l^gypte , où , protégés par plusieurs rois

(^') Lors^u^Hérodote vint en Egypte, deux siècles s^étoient déjà écoulés depuis le premier établissement des Grecs en Egypte. Miû- 1er , Orchom. p. 104 , qui se sert dans cet endroit du même argument.

el particulièrement par Amàsis , ils avoient introduit leurs moeurs et leur culte > tandis que leur langue étoit même enseignée aux jeunes Égyptiens (^ ^) •

Ôr , s'il en est ainsi , comment dono saurons nous , si les traditions grecques, que les prêtres égyptiens donnoient pour égyptiennes aux historiens qui les yisitoient , n'étoient pas plutôt des traditions qui avoient été trans* portées de la Grèce en Egypte , conjecture d'autant plus vraisemblable que les Égyptiens n'étoient pas moins avi^ des de s'attribuer l'honneur de l'originalité à l'égard de presque toutes les connoissances humaines que les historiens grecs et surtout Hérodote, dans leur admiration pour la sagesse tant vantée des Égyptiens , tàchoient de rehausser le mérite des fables dont ils fidsoient mention^ en les dérivant de l'Egypte et en les itusant remonter à une aussi haute antiquité que les prêtres égyptiens attribuoient à leurs institutions (^^).

(^^) Dans les temps les plus reculés les Grecs , et en particu* lier les Êléens et les Spartiates, consultQlent Toracle d*Ammon. Paus. y. 15. 7. IIl. 18. 2. Voyez aussi ce qu'Hérodote raconte d'une ambassade des Éléens à Psammis (II. 160.). Amasis accorda non seulement aux Grecs une TÎlle dans ses états (Naucratis) , mais il leur permit aussi d*y bâtir des temples «l d'y ériger des autels^ C'est ainsi que les Grecs' de différents cantons construisirent un grand temple , qui est devenu célèbre sous le nom de temple grec (Hellenicum) , tandis que les (ginètes en bâtirent un pour Jupiter, les Samiens un autre pour Junon et les Milésiens^un troisième pour Apollon. Hérodote, qui nous rapporte ceci (II. 178.) , ajoute que les Delphiens, lorsqu'ils yoyageoient pour iaire une collecte, afin de rétablir le temple d'Apollon, qui avoit été détruit par un incendie, durent la plus grande partie de la somme qu'ils rassemblèrent à la libéralité des Égyptiens' et d' Amasis en particulier (180). Nous ne parlons pas maintenant de la ville qu'auroit fondée en Egypte un Grec, appelé Archandre, qu'Hérodote prei^d pour un gendre de Danatts(II. 98.), parceque cet auteur paroît douter lui-même de la vérité de cet événement. Le temple de la Venue étrangère à Memphis (112) pourroit bien être une fondation des Phéniciens , quoiqn'Hérodote croie que ce fût un temple hàti en l'honneur d'Hélène.

(^') On peut consulter ici la remarque judicieuse de Jablonski, Fanth. iEgypt. L. ra. c. 1. § 11.

Mais aussi nous n'avons qu^à examiner un peu plus exaictement quelques-unes de ces prétendues traditions égyptiennes pour nous convaincre qu'elles sont grecques de nature et d'origine. Le savant Jablonski avoit déjà fait voir que l'histoire de Typhon étoit mêlée de plusieurs circonstances qui ne pouvoient être inventées qu'en Grèce (^^). Le même auteur qui nous a inspiré des doutes salutaires à l'égard de la prétendue ori^ne égyptienne de Cécrops a démontré jusqu'à l'évidence que lliistoire assez connue du voleur de Rhampsinite n'est autre chose qu'une libre imitation de la tradition non moins connue de l'adresse de Trophonius et Agamède , et que les récits d'Hé^ rodot,e concernant Prêtée , Persée et l'ile de Ghemmis en Egypte sont véritablement d'origine grecque (* *) .

Et , s'il en est ainsi à l'égard d'Hérodote et des autres auteurs anciens , que dirons-nous de Diodore et de tous ceux encore bien plus récents (^^)? Mais aussi qtd prendra pour des ^Égyptiens cet.Osiris, ami des ris et des jeux , découvreur de la vigne, ce Maron et Triptolème, ce Macedo et ce

(a-*) Panth. iEgypt. Lîb. V. c. 2 , surtout § 5 sq.

(**) MiQler, Orcbom. T. I. p. 94 — 106. Voyez , sur cette opinion d& Millier, Siebelis ad Paus. IX. 37. 3. in not. p. 126 fin* 127. : Si Ton veut lire quelque chose de bien singulier on n*a qu'à consulter les arguments par lesquels Creuzer. (Symb. undMyth. T. I. p. 769) tâche de démontrer que Persée est le Mithras des Perses.

jatfj Winckelmann (Gesch. derEunst, T. I, p. 16.) remarque très à propos ,qu'il est probable que les prêtres égyptiens , après la conquête de TËgypte par un prince grec et sous le règne de ses successeurs , les Ptolémées , tant pour garantir leur culte du sort qu'il éprouva sous le règne de Cambyse que pour éviter les raille-* ries d^ Grecs sur la forme étrange de leurs divinités i tachoient de démoi^trer à ceux-ci que la conformité entre les idées religieuses des deux peuples étoit bien plus grande qu'elle ne fût réellement, féa (dans la note 52) trouve que l'opinion de Winckelman n'a aucun, fondement : mais je dois avouer que je n'ai pu saisir la force de sa réfutation. 0;i pouvoit très bien croire au temps d'Hérodote qu'une grande partie des divinités grecques, furent d'origine égyptienne, sans que cela empêchât les contemporains des Ptolémées de s'amuser de la forme ridicule des images de Phtha.

Prométbée qui délivre Hercule d'une mai^ère tout-à-fait euhémërique , ces Muses avec leur Apollon Musagèle (*')? Personne sans doute , d'autant plus que ces personnages n'ont pas même pris la peine de déguiser leur extérieur entièrement grec , pour imposer à ceux chez lesquels ils vouloient passer pour Égyptiens.

Quant à la deuxième observation que nous venons de faire , sur ce qu'il est nécessaire d'examiner si les institutions grecques qu'on croit d'origine égyptienne sont effectivement aussi anciennes que le prétendent les auteurs qui en font mention , nous n'avons qu'à citer la ressemblance que ces auteurs ont fait remarquer entre les rites orphiques et égyptiens (^'), ressemblance qui cependant ne se démontre pas encore autant qu^on a voulu l'avancer , puisqu'on trouve les mêmes rites , la même musique bruyante, la même abstinence de substances animales chez les Chamanes indiens (^^). Mais, quand même ce &it n'existeroit pas , je ne crois pas qu'on trouve facilement aujourd'hui un interprète de l'antiquité qui osât soutenir que les institutions' orphiques, telles que nous les connoissons , étoient effectivement des institutions d'Orphée , ou qui crût de bonne foi aux prétendus voyages en Égypte de ce poète ou de Mâampus , et aux traditions qu'ils en auroient rapportées (^^). Et, quoique nous admet-

{^7) Diod. Sic. T. I. p. 21 , 22.

(»•) Herod. II. 80. Paus. I. 37. 3. cf. Creuzer, Symb. und Myth. 1. 1. p. 254.

(**) Voyez Levesque, dans le III» vol. de sa traduction de Thucydide, p. 322, 323.

(»<>) P- e. Diod. T. I. p. 26, 27, où l'on trouve le fait assez comique qui, selon lui, doima lien à Tinstitution du culte de Bacchus, et p. 109 , où nous trouvons que Mélampus auroit transporté de rÉgypte en Grèce les fables de Saturne, de la Titanomachie et presque toute la mythologie. Suirailt ces Égy])tomanes (comme je les appellerai] Homère lui-même, qu'ils font aussi voyager en £gypte , seroit redevable aux savants de ce pays de la scène entre Jupiter et Jnnon sur le mont Ida , du festin des dieux dans TÉthio-

lions Yolontien le témoignage dUërodote, lorsqu'il dit qne les rites institues par les Grecs en l'honneur de Baochus ressembloient^ aux choei^rs près, à la fête que les Egyptiens célébroient en l'honneur d'Osiris , ce témoignage ne prouve cependant point que Mëlampus eut appris tout cela en Egypte , comme le prëtendoient les Égyptiens cités par Diodore, et d'autant moins qu'Hérodote luimême ajoute qu'il croit que. Méiampus , ayant appris ces cérémonies de Gadmus , ne les avoit pas encore expliquées assez clairement, mais que d'autres hommes instruits l'avoient fait après lui (^ *).

Mais le même endroit d'Hérodote donne lieu à une remarque qui n'est pas sans intérêt pour la question dont nous -nous occupons dans ce moment. Pour prouver que l'institution grecque est une imitation de l'institution égyptienne , Hérodote observe que , s'il n'en étoit pas ainsi , elle ne ressembleroit pas si fort aux rites égyptiens, mais qu'elle seroit plutôt conforme aux coutumes grecques et qu'elle n'aui:oit pas été introduite si tard. Cette remjgirque prouve clairement, ce me semble, que les autres cérémonies grecques ne ressembloient pas aux cérémonies égyptiennes ; car , bien que l'auteur parle ici de coutumes , ceci ne peut s'expliquer ici que de rites religieux. Hérodote fait remarquer cette ressemblance comme une qualité exclusive des rites bacchiques (**).

pie etc. On peut consulter , sur ces voyages d'Orphée , Hûllmann , Anfange der Griech. Gesch. p. 47 fin. 48, et Bode, Orpheus, poët. graec. antiquiss. p. 126. not. 43 , qui s'explique ainsi à ce sujet: »Omnino sicuti omnia , quae Graeci primis illis temporibus ab i£gyptiis petiisse dicuntur, fahulosa et contra omnem historiae , fidem sunt, ita quidquid de Orpheoin^Egyptum profecto, acde deorum cultu adeoque poësi illinc derivata fabulantur , a serioribus Graecis effictum est, nec ante Manethonem ^gyptium et Diodorum cpgnitum." (3i) Herod. II. 4Ô, 49.

{^^) Herod. 1. 1. ôfiçvQOTta yàq àv ijr Toïay "EXXfiai>* Il résulte encore de cet endroit que les institutions transportées par Méiampus , suivant le même auteur , ne re^ssembloient pas non plus

II est vrai que , dans un autre endroit , Hérodote attribue en général aux Égyptiens rinyention des cérén^onies religieuses, des fêtes, des procesisions etc., et qu'il assure que les Grecs les ont reçues des Égyptiens : mars la seule preuve qu'il en apporte c'est que les cérémonies des Égyptiens sont plus anciennes que celles de^Grecs (' '). On pourroit donc prouver par le même raisonnement que les Grecs ont eu connoissance dés sacrifices des Israélites. Hais aussi quel est le peuple de l'antiquité qui n'ait 'pas eu ses fêtes, ses cérémonies, ses sacrifices?

Et, d'ailleurs, où ignore-t-k)n la vanité des Égyptiens, qui voidoient toujours passer pour les précepteurs des autres nations et spécialement des Grecs ; et qui ne sait pas que leur réputation étoit effectivement si grande que les Grecs eux-mêmes ne croyoient pouvoir mieux honorer la mémoire de leurs grands hommes qu'en supposant qu'ils avoient été instruits en Egypte. Pour s'en convaincre on n'a qu'à se rappeler les prétentions des prêtres égyptiens , qui assuroient qu'Orphée , Musée , Mélampus , Ho» mère. Dédale avoient été en Egypte et qu'ils y avoient ajipris tout ce qui dans la suite leur assura l'estime

aux cérémonies égyptiennes, car il les en exdut tontes, excepté les ' rites bacchiques. C'est ainsi qa*il fait aussi remarquer, comme une particularité digne d*attention , que les femmes de Cyrène s^abstenoient de la chair des vaches et obserroient les autres jeûnes et fêtes en rhonneur dlsis , tandis que les femmes de Barca ne s*abstenoient pas seulement de la chair de yache , mais aussi de celle du cochon. Il cite cette particularité sans doute parceque cette coutume appartenoit aux ov/ 6fi6rQ07ra xoZai, "ElXfja^. Suivant Cia<* vier (Hist. des prem. temps de la Grèce, T. I. p. 208 sq.) Mélampus avoit mis plus d*ordre aux Bacchanales , qui avoient été introduites furtivement à Argos. Mais cet auteur, qui, d'après la coutume de plusieurs de ses compatriotes , accorde aux traditions la même autorité qu*à des récits historiques et qui considère les fables concernant quelque divinité comme l'histoire de son culte, parle ici de Thistoire de Mélampus , comme s*il fat question d'un événement du règne de Louis XIY. (*^) Herod. II. 52.

et radmiration de leurs compatriotes (^^). Si on toQ' lût admettre ces préteptions , elles suffiroientpour tran« cher la question et uous forceroient à croire que nop seulement la mythologie et la religion des Grecs , mais aussi les ornements; poétiques de Tlliade et de l'Odyssée ont été inventés à Thèbes et à Memphis. Heureusenyent Textravagance de ces prétentions en découvre l'absurdité (»^).

Et j si les anciens sages de la Grèce avoient effectivement appris tant de choses importantes des Égyptiens, comment expliquerons-nous donc que non seulement dans la mythologie, mais aussi dans les écples des philosophes nous ne trouvons presqu'aucune trace du fondement principal de la sagesse .^yptienne ? D'où vient que dans la Théogonie d'IJésiode les astres ne sont mentionnés qu'en passant , comme les montagnes et d'autres objets physiques qu'on n'a pas même jugés dignes de la personnilEication , tandis que, un endroit de' Platon excepté, où ce philosophe nfj donne cependant que son opinion particulière, on ne

(^*) Diod. T. I. p, 107—111. cf. p. 71. A l'égard de l'opinionr que le labyrinthe de Cnossus seroit une imitation de celui de TËgypte , cf. Hoeck , Greta , p. 56 sq.

('*) On n'a qu'à citer rci la frémis dror, adorée par les Thébains , suivant Diodore (T. I. pr 109) , le temple de Dédale à Memphis , la prétendue origine égyptienne de» opinions des Grecs sur la vie à venir. JN^ous rencontrons ici Hécate ^ Dieé, leCocyte, la Lé* ihé, le Cerbère ete. Il aurdit fallu du moins que ces transfuges se fussent donné la peine de changer de vêtements , pour éviter d'être découverts par le premier qui les rencontreroit. Champollion veut aussi disputer à Homère sa Ténus d'or , mais d'une autre manière, Panth. Égypt. Livr. XII. pi. 18. 4* p. 2. Si l'on en veut agir ainsi , il est bien plus facile, à mon avis, de dire qu'Homère a reçu d'un hiérogrammate égyptien les poésies de Phantasie de Memphis, d'après lesquelles il composa l'Iliade et l'Odyssée. Ptol. Hephaest. fil. p. 328 (Hist. poët. script, antiq.). Jablonski ne doute aucunement que la Yénus dont nous venons de parler ne soit grecque ou du moins étrangère à l'Egypte. Panth. .£gypt. I« 1. 16.

trouve aucune trace du culte des astres chez les Grecs ? Gominent se fait-il que dans Homère il ne soit pas dit un seul mot de l'astrologie , parmi plusieurs autres genres de divination qui y ont été mentionnés (^^) ? D'où vient*il que Platon et Eudoxe furent les premiers qui apprirent à se servir des cinq jours intercalaires , Tannée solaire étant encore inconnue de leur temps en Grèce , comme plusieurs autres parties de Tastronomie , qui ne furent connues des astronomes grecs que par la traduction des ouvrages des prêtres égyptiens et chaldéens (^ ^) ?

On dira peut-être cpie les prêtres égyptiens qui enseignèrent aux Grecs la mythologie leur cachèrent lemrs observations astronomiques » qu'ils ne communiquoient pas facilement' à d'autres , à ce que rapporte Strabon. Mais , si des prêtres égyptiens s'étoient établis en Grèce , comme on le prétend , il faudroit du moins qu'on trouvât ces connoissances chez eux comme chez leurs collègues en É* gypte. En Egypte le peuple étoit aussi ignorant qu'en Grèce. Et , en tout cas , la mythologie elle-même qu'ils enseignèrent n'auroit pas été d'une très grande valeur , car alors les Grecs , leurs disciples , auroient été privés de cette signification sublimé et cachée que nos auteurs medemeSy qui se donnait tant de peine pour prouver l'existence d'une doctrine sacerdotale orientale ou égyp tienne avant Homère , aiment à trouver dans les mythes grecs.

Mais voilà justement ce qu'on ne veut pas admettre. On prétend que les anciens Grecs connoissoient très bien cette signification aljégorique des fables , mais qu'elle a été négligée après par Homère , qui , quoique bon poète , ne savoit pas grande chose sur la doctrine sacerdotale. On nous indique le Minotaure de Pasiphaë , le taureau qui

(3^) Gillies (Hist. of Greece^ T. I. p. 56.) et Beoj. Constant (de la Religion, T. II. p. 298 — 301.) font la même observation..

(37J strab. p. 1159 fin. 1160 in.

i^Tit Europe , et Ton ne doute nullement que co ne soient le taureau du planisphère égyptien , le taureau Apis etc. (^"). Malhcureusem^t on oublie que rexplication astronomique des fables égyptiennes elles-mêmes n'est pa» moins l'ouvrage d'allëgoristes des temps postérieurs que rexplication de la mythologie grecque.

D'ailleurs , si les dieux des Grecs étoient si conformes aux divinités égyptiennes , il doit parottre étonnant que les Grecs les distinguassent .toujours soigneusement. Pausanias dit expressément que dans l'Altis à Oiympie on n'offroit pas seulement des libations aux dieux grecs , mais aussi à Junon Ammonia et à Parammon , le Mercure des peuples de la Libye. Les Spartiates avoient un temple

, d'Ammon , et Lysandre crut voir en songe Ammon , le dieu de l'Egypte. Si le Zeus des Grecs étoit le même que ce dieu , le Grec qui le vit Tauroit appelé Zeus , au lieu d'Ammon. Si le culte de la Héré et du Hermès, des Grecs

«n'étoit qu'une imitation du culte des divinités ^yptiennes ou africaines , pourquoi donc étoit*il nécesssîire de les distinguer? Car assurément les Grecs n'ont pu s^imaginer que de nouvelles divinités , mais douées des mêmes propriétés que les dieux égyptiens , eussent reçu l'existence pour qu'ils les adorassent séparément. Bien loin de là , les Pâasges donnèrent à leurs divinités les noms des divinités égyptiennes qui paroissoienft leur ressembler (^ ^) ; mais

(*') Voyez Dupuis, Origine de tous le$ cultes, T. III. p. 211 , 212, 279, 280, et Creuzer, Comm. Herod. p. 124—128. Si Ton veut une explication des mêmes fables à la manière d'Ëuhémère, on peut consulter Yossius, Theol. Gent. I. 14. Préfère-t-on de trouver dans Europe TAstarte phénicienne ou la lune, on n'a qu*à détourner les yeux du taureau et à considérer un peu plus attentivement le vêtement d'Europe. On ne manquera pas alors de trouver que ce vêtement, flottant par le mouvement, a quelque ressemblance avec la demi-^lune. En ajoutant que le flambeau de Tamour est le flambeau de la lune , on se persuadera facilement que le eulto des astres a été transporté par le taureau d*Europe de TOrient en Grèce. Voyez Hoeck , Greta , p. 96 sq.

*^) C'est Hérodote qui nous l'apprend , II. 50.

le8 divinités elles-mêmes des deux peuples différoient es^ sentiellement. Il y a même des exemples qui prouvent qu'on n'avoit pas même égard à Tordre de famille des di« vinités dont on emprunta les noms. Les Grecs avoient donné le nom de Buto (Léto) à une déesse qu'ils disoient être la mère de celle à laquelle ils avoient donné le nom de Bubastis (Artemis). C'est une erreur évidente. La Bubastis des Égyptiens n'étoit pas la fille de Buto , mais d'Isis , dont les Pélasges avoient emprunté le nom pour désigner leur Déméter'(Cérès). Et cette erreur éloit si généralement reçue que lorsqu'Eschyle apprit aux Grecs qu' Artemis (Diane) n'étoit pas la fille de Léto (Latone) , mais de Déméter (Gérés) , on lui objecta que c'étoit là une tradition égyptienne (*®). Œ)servons encore que le même poëte fait dire au héraut d'armes , dans ses Suppliantes , qu'il ne craint pas les dieux grecs , parcequ'ils ne l'avoient pas nourri ni protégé ; encore , lorsque le roi d'Argos lui reproche qu'il méprise les dieux dont il invoque l'autorité , il répond : » J'adore les dieux du Nil /' c'est à dire : » les dieux des Grecs que je méprise ne sont pas les dieux auxquels je dois ma vénération (^^).

Enfin , les Grecs donnoient souvent à une divinité étrangère , égyptienne ou autre , le , nom d'une de celles qu'ils adoroient eux-mêmes. Et , comme il est assez connu que les Grecs étoient extrêmement ignorants dans tout ce qui se rapporte à la langue , à la religion et aux moeurs des Barbares , on ne doit pas s'étonner que souvent la plus légère ressemblance leur parût suffisante pour croire qu'ils retrouvoient leurs dieux chez d'autres nations ; et , quand même ils n'auroient pas été persuadés de cette identité , ils se seroient vu obligés de désigner la divinité étrangère par un nom grec , premièrement parceque leur organe ne se prétoit pas facilement à la prononciation des mots

(*^) Herod. IL 156. Paus. VIII. 37. 3. (^') JEschjl SappL 894 sq. 920 sq.

barbares , el en seooBd lieu parceque , sans quelque oom- |Miraison ayeo une divinité nationale , il leur eùl été difficile de donner une idée à leurs compatriotes du dieu barbare qu'ils vouloient leur faire connoitre (^^).

n me semble que voilà assez de quoi nous rendre pointilleux à résoudre la question dans le cas où les Grecs au* roient emprunté quelque partie de la mythologie ou quelque institution religieuse aux Égyptiens , et nous convaincre que , quelqu'imprudence qu^il y ait à en nier la possibilité, on est pourtant allé beaucoup trop loin dans la dérivation de la mythologie grecque de celle des Égyptiens.

Il seroit d'ailleurs superflu de faire observer que , quand on pourroit même prouver rétablissement de prêtres égyptiens en Grèce , leur influence n'a pas été constante ni de longue durée. Quelle difierence , en eflet , entre la mythologie et la religion des deux peuples! Quelle gravité , quelle majesté , mais aussi quel peu d^élégance et de grâce dans celle des Égyptiens ! Quelle sensibilité , quelle vie , quelle humanité dans celles des Grecs ! (^^).

(^*) Warburton (Godd. Zend. van Mozes, T. III. p. 359—364) en donne plusieurs exemples. Mosheim (ad Cudworth. Syst. Intell. T. I. p. 361. net. 16.) attribue à ia même cause le grand nombre de dieux qui portoient le même nom qu'on^ trouve dans l'ouvrage de Cicéron de Nat. Deorum. Ajoutons qu'Origène (contra Cels. 0pp. T. I. p. 661.) avoit déjà reproché à Hérodote sa comparaison ^es die.ux scythes avec les dieux grecs.

(**) Nous n'avons qu'à rappeler ici à nos lecteurs un endroit de Jamblique , qui , en parlant de la nécessité de garder les anciens noms des dieux et les anciennes institutions religieuses , à l'exemple des Barbares, accuse les Grecs d'une grande légèreté à cet égard. »C'est," dit-il, x>comme si la nature les avoit destinés à aimer la nouveauté. Ils tournent au moindre vent ; ils n'ont aucun fondement (proprement /««/ , èçfia) en eux-mêmes; ils ne gardent rien de ce qu'ils ont reçu des antres , mais ils sont toujours prêts à le rejeter et à changer tout par un fol amour -p^our la nouveauté." Jambl. Myst. VIL 5. Eusèbô lui-même, qui pré.tend que les Grecs n'ont rien d'original dans leur mythologie et qu'ils ont reçu tout

DelaPhénide. . Ce que nous venons de dire sur l^gypte explique en même temps notre opinion 4sur la Phénicie • Les rapports entre la Grèce et la Phénicie étoient bien plus fréquents. Kappelons nous toutefois que ce ne furent que des marchands et des marins qui transportèrent en Grèce la connoissance de la religion et des institutions des Phéniciens. D'ailleurs nous aurons besoin ici de la même prudence que nous ayons recommandée dans notre jugement sur ce qui a été emprunté par les Grecs aux Égyptiens. A regard des nations qui habitoient TAsie-mineure il faudra agir avec encore plus de circonspection. Dans le troisième chapitre nous avons expressément traité plus au large les émigrations de ces peuples vers les tlea de la mer Egée et des habitants de ces iles vers le continent de TAsie , pour faire voir que dans ces changements de domicile on trouve un flux et un refliu: continuel , et qu'il n'est pas plus possible de démontrer Texistence d'une progrès* sion successive de l'orient vers l'occident que de prouver qu'on a constamment suivi la route opposée , dont toutefois nous ne voulons tirer d'autre résultat si non que nou» ignorons le moment où les peuples de l' Asie-mineure com- ^ mencèrent à traverser la mer qui les sépara de la Grèce ^ Mais , s'il en est ainsi , combien n'est-il pas difficile de déterminer ce que les Grecs doivent à ces peuples et ce que ceux-ci" ont reçu à leur tour des Grecs (^*). Mais surtout gardons nous de considérer comme originales les tra*

des Barbares (Praep. Euang. II. 1 fin.) , cite cependant , dans nu autre 'endroit, le témoignage d*un certain auteur, pour démontrer que les Grecs ont changé et falsifié tout cela, de manière à rendre la yérité entièrement méconnoissable (I. 10. p. 39. D. 40 in.).. Cet auteur est le psendo-Sanchoniathon , il est vrai, mais ceci n*af- Ibiblit pasf la force de notre argument, puisque ce n'est que Topinion d'Ëusèbe qni nous importe.

{^^) La Trpje d'Homère est un état entièrement grec , et les Lydiens aboient ttbsolnment les mêmes lustrations. Herod. I.

ditioDs et les oérémonies des peuples de rAsie-minenre ,' dont parlent les auteurs qui vécurent longtemps après les premières relations entre ces peuples et les Grecs. L'arrivée de Pélops en Grèce ne sauroît être ici d'une très grande importance , parcequ'elle n'eut lieu que lorsque ce pays commençoit déjà à sortir de l'état dé barbarie. Cependant nous ne voulons pas nier que cet événement' ait pu avoir quelque l'influence sur la religion et les insti* tutions des Grecs.

Dé» contrées H ne reste que la partie du continent qui

situées au nord , ,ir^,, */i i ,»

de la Grèce, borde la Grèce du côté du nord par où des documents et des idées religieuses ont pu pénétrer dans cette contrée. La probabilité de cette supposition doit paroitre d'autant plus grande que dans ces siècles reculés la communication des peuples doit avoir été bien plus facile par terre que par mer , de sorte que l'on conçoit aisément que les tribus qui pénétrèrent dans la Grèce de ce côté n'auront pas été les dernières qui aient transmis à ses habitants des idées et des traditions religieuses ; ou , pour parler plus exactement , si la Grèce a été peuplée de ce côté , ce sont les idées et les traditions des peuplades septentrionales qui doivent être considérées comme les plus anciennes et comme véritablement originales. Mais , quoique cette conjecture me paroisse assez probable , il faut cependant avouer que l'histoire nous laisse dans une incertitude complète à cet égard et que , dans les ténèbres qui nous environnent ici de toutes parts , les faits qui devroient conduire notre jugement échappent entièrement à notre investigation. Nous avons vu que les Pélasges furent les habitants les plus anciens de la Grèce. Nous savons que les Pélasges avoient un culte , un oracle, des traditions religieuses. Mais, comme nous avons pu nous en convaincre par ce qui a été dit dans le chapitre que nous venons de citer , nous ignorons absolument l'origine de ces mêmes Pélasges , et nous ne savons pas s^ils sont

entrés en Grèce par le nord ou s'ils y ont abordé du côté du sud ou de l'orient (^^).

n ne nous reste donc cju'à examiner si les habitants de la Grèce , après leur établissement dans ce pays , ont reçu quelques traditions ou institutions religieuses des nations septentrionales , soit que ces nations aient été les mêmes dont les Grecs avoient tiré leur origine , soit qu'elles aient fondé leur domicile dans ces contrées après que la Grèce eût été occupée par ses plus andens habitants.

Mais Yoilà une nouvelle difficulté qui nous embaraske. Quelles étoient donc ces nations septentrionales ? Etoient ce les peuples les plus proches de la Grèce , compris sous la dénomination générale de Thraces ? Etoiçnt ce des tribus plus septentrionales ou plus orientales que les Thraces? Etoient ce les Hyperboréens , qu'Hérodote transporte audelà des Scythes 9 que Pindare place auprès des sources de lister , et que Hécatée cherche aux bords de la Tamise ? Les auteurs anciens parlent presqu'autant des Hyperboréens, comme d'un peuple qui transmit aux Grecs la connois^ance de ses divinités , que des Égyptiens , mais il est absolument impossible de déterminer si ce fût un peuple dont la civilisation nous donne le droit de croire qu'il pût enseigner la religion à d'autres nations , pdrceque nous savons assez qu'on avoit la coutume de désigner sous la dénomination générale d'Hyperboréens tous les habitants inconnus des contrées septentrionales, et que nous possédons à leur égard une grande quantité de &blês , à Texoeption de faits historiques.

Pour ce qui regarde les Thraces , les Scythes , les Issédons , nous savons que la plupart de ces peuples étoient encore plongés dans la plus grande barbarie vers les temps

(^^) J*ai trouvé, non sans quelque satisfaction , que le résultat de mes recherches sur lesPélasges, savoir qu'il est impossible de tracer leur origine plus haut que dans la Grèce elle-même, est conforme à Topinion du savant M. Schoell, Gesch. der Griech. Litteratur, T. I. p. 4 sq.

oà les Grecs avoient déjà atteint un haut degré de dvili^ sation , et que leurs divinités et leur culte étoient entièrement conformes à Tàpreté de leurs moeurs. Nous savons que chez les Scythes , par exemple , le symbole du dieu de la guerre étoit une épée implantée en terre, qu'on arrosoit du sang des victimes , choisies parmi les prisônniei^ de guerre (*^). Nous savons que le dieu desThraces', Plistorus , étoit adoré de la même manière (^7). Nous connoissons le culte si célèbre de Diane en Tauride. Nous savons que les phénomènes de ta nature , qui firent naitre si souvent dans Tame des hommes les plus barbares l'idée d'un pouvoir surnaturel , firent si peu d'impression sur les Gètes qu'ils déficient même la tempête et se glori- Soient de ne connoitre d'autre dieu que leur Zalmoxis , qui paroit même avoir été d'une date assez récente (**). Mais , en revanche , nous savons aussi que les principaux sages et poètes de l'ancienne Grèce sont appelés Thraces par les auteurs anciens , que ces auteurs donnent beaucoup d'éloges à l'industrie et aux connoissances religieuses des Thraces , du moins en comparaison des Macédoniens (^^) , et qu'un père de l'église ne se fait aucun scrupule de placer les Odryses et les Gètes à côté des Bramines indiens , si célèbres par leur sagesse (*®).

Mais pourquoi nous fatiguer sans raison à énumérer des contradictions apparentes, que nos lecteurs auront sans doute déjà reconnues. Certes , si nous partons de l'idée de vouloir chercher Torigine septentrionale des institutions religieuses et de la mythologie des Grecs chez les Hyperboréens , c'est à dire chez les tribus les plus septentrio-

r^*^) Herod. IV. 62. (^^) Herod. IX. 119. (♦«) Herod. IV. 96.

{^^) Pàus. IX. 29. 2. Sar le témoignage défavorable d'Androtion, à regard des compatriotes d'Orphée (JËlian. V. H. VIII. 6.), on peut consulter les remarques judicieuses de Pérîzonius relativement à cet endroit.

(5®) Clem. Alex. Strom. I. p. 355.

nales , et de vouloir dëterininer a priori s'il est possible de trouver chez ces peuples la source de ces institutions et de cette mythologie , alors , sans doute , il faut avouer qu'il seroit encore plus facile de trouver un prêtre égyptien qui passât la mer, pour enseigner aux Grecs sa sublime sagesse , qu'un Scythe nomade ou -un Hippomolge qui' auroit précédé les Grecs dans le culte d'Apollon et des Muses (^'). Mais aussitôt que nous pouvons nous.résoudre à laisser là ces Hyperboréens et commencer par la Grèce elle-même , en avançant vers lé nord , avec la ferme résolution de nous arrêter du moment où l'histoire nous abandonne et où nous entrons dans les régions obscures et inconnues de la fable et des conceptions poétiques, alors, certainement , nous parviendrons bientôt au résultat le plus satisfaisant.

£n effet , o^est bien la Thrace que les auteurs appellent souvent le berceau des institutions religieuses des Grecs , mais cette Thrace où doit-on la chercher? Étoit ce la Thrace qu'arrose l'Hébrus , la Turquie moderne , ou étoit ce une contrée plus méridionale , plus proche de la Grèce 7 Or Strabon étend la Thrace jusqu'au Pénée , ri* vière de la Thessalie. La Thessalie elle-même fSEÛsoit partie de la Thrace. Les anciennes traditions parlent souvent de Thraces qui habitoient la Phocide , les contres situées au pied du Parnasse , la Béotie , l'Attique même , pour ne rien dire maintenant des rapports multipliés entre les Thraces et les habitants de la Grèce méridionale., comme le secours qu'envoyèrent les Thraces de la Béotie aux Éleusiniens contre lés Athéniens , les rapports de famille entre Térée , prince thrace , et les rois de l'Attique , les fables de Boréas et d'Orithyie etc. (^^). D'ailleurs , si les

('^) Bode (Orphens, poët. graec. antiq. p. 110.) a fait remarquer d^une manière très ingénieuse le ridicule de pousser trop loin ces recherches.

(^^) Homère comprend dans la Thrace la Piërie et TÉmathie (II.

Grecs avoient été instrmls par les Thraœs proprement dits , par les Gèles, par exemple, et d'autres nations septentrionales , pourquoi dono un philosophe grec avoit-il besoin de civiliser ces mêmes Gétes par des institutions grecques (^ ^) ? Et , si les Grecs avoient imite le culte des Scythes (^^), comment expliquerons-nous donc que les Scythes eux-m^mes avoient contre les coutumes grecques une si grande aversion que leur introduction coûta la vie à.Anacharsis et même à Scylas , un de leurs princes (^^)? Nous ne demanderons donc pas jusqu'où s'étendoient les nations septentrionales auxquelles les Grecs étoient redevables d'une partie de leur mythologie et de leur culte. Nous savons que c'étoient les habitants de la Grèce septen* trionale , comprise sous la dénomination générale de Thrace. Ce furent les Thraces , suivant Strabon , qui avoient voué au culte des Muses la Piérie et les monts Libéthrum et Pimpléja. €e furent les Thracés , à ce que pense le même auteur , qui instituèrent le culte de ces déesses sur lHélicon en Béotie(^^). L'Olympe, auguste résidence de Jupiter et de sa famille , appartenoit anciennement à la Thrace. Orphée, Musée, Thamyris , Eumolpe, les poètes les plus anciens de la Grèce , étoient des Thraces. Les cérémonies orphiques étoient originaires des cérémonies instituées en llionneur des déesses Gotys et Bendide , qu'on adoroit en Thrace , cérémonies qui d'ailleurs étoient absolument les mêmes que celles en usage en Phrygie , dans le culte de la mère des dieux , et qui avoient une conformité frappante avec les rites du culte de Bacchus à Athènes , de sorte que la musique , le chant , les instruit''. 225 sq.). Les Thraces habitoient la Daulide (Thucyd. IL 29. Paus. i. 41. 8.) , la Béotie (Strab. p. 722. B. 629. ^.) etc. On trouve ces endroits et plusieurs autres chez Bode, Orpfaeus, p. 113—118.

(5 3) Herod. IV. 95, cf. Hellan. fr. 25. éd. Stûrz. («*) Herod. IV. 33. {««) Herod. IV. 76-^0.

(«^) Strab. p. 629. -rf.

me&ts^ de musique même dont on se senrdt dans ces oéréroonies ëtdent d'origine tluraoe et phrygienne ('^). Et , si maintenant Ton nous assure que le culte d'Apollon, dé Biane, de Luoine (Ilithyie) ëtoit originairement hy. perbonéen , oe ' nom fabuleux ne nous ëpouyantera pKs sans doute , mais nous oomprendrons SBioilement qu'il indique la souroe où nous Tojons que les Grecs ont puisé si souvent pour la formatidn de leur mythologie et de leur culte religieux. Nous admettons une origine septentrionale , mais nous nous abstenons de la poursuivre jus^ueft dans les déserts des Scythes ou des Massagètes. Il est certainement très probable que le genre humain , habitant d^abord les plaines âevées de la haute Asie , se soit répandu enbr'autres non seulement jusques dans TAsie-id^ neure , mais aussi vers les côtes du Pont-Euxin , et qu'en s'achéminani vers l'Europe , la population toqours croissante ait non seulement occupé le nuiieu de ^)ette partie du monde,, mais qu'elle se soit aussi répandue dans les plaines fertQes et riantes de la Grèce ('*)• Mais on conçoit aisément que cette émigration ne s'est pas effectuée rapidement et sans aucune intermission. Des siècles ont dû s'écouler sans doute , avant que toutes les contrées dont nous venons de parier aient été occupées. Lliistoire d'ér migrations plus ' connues nous donne le droit de croire que ee courant aura eu son flux et son reflux, aussi bien que partout ailleurs. Il est possible que quelques tribus soient parvenues sans interruption de l'Asie en Grèce , en suivant les côtes du Ponl-Euxin et de la Propontide , mais il se peut aussi qu'elles aient pris une autre route , et que les premiers habitants de la Grèce n'aient pénétré dws cette contrée qu'après avoir visité les parties occidentales ou môme septentrionales de l'Europe. Or , comme tout cela est aussi incertain que possible , le devoir de l'his-

{«') Strab. p. 721. J».— 722. cf. Pans. IX. 29. 2. ('') Voyez Schoèll, Geieh. der Gr. Litteratur, T. I. p. 3.

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térien de œs cnèdes est de suèpendire son jugemeitl ei A^t^ vouer son ignorance plutàt que de se laisser, séduire par des juréjugés ou des systèmes. inTentés avant Texaipen et ëtayés par des ressemblances 'apparentes de mots. ou dé chose» ^ ne peuvent avoir, aucune Autorité que dans les yeux de ceux qui ont cru les remarquer et qui ,:.paur.dér fendre leur opinion ,; leur .donnent, une importance qu;'ilb ne méritent sous aucun égard (^^).

Des {yrétentioM Nous ne pouvons fuur cet . artidè «ans égard. avoir dit un mot sur les prétwlions dea

Grecs eux-mêmes par rapport à l'origine de leur mytholo^ gie et de leur culte.

Ce sont particulièrement les Cretois , les Arcadienset les Béotictos qui se vantoientdel'hoBneur d'avoir vu naître dans leur patrie la |)lupartdes divinités qu'on^adorcHt: en Grèce. » ■•• •«• -

Les Cretois prétendoient > suivant Diodore, que pres^^ que tous les habitants de l'Olympe! virent le: jou^ dans leukr lle('^^); et, tandis que les Athéniens ^ «qui' d'ailleurs ne oédoient* pas fadlcment le pas aux autres nations de ia Grèce , avonment qu'ils avaient reçu d'ailleurs le Oiilte de Gérés , les Crétoisiaësureientque Gérés > née en Crète ^ avoit passé de cette fle en Attiquev'delà en Sicile et enfin é^. Egypte , honneui^ qui leur fut disputé cependant ;..avèa beaucoup d'animosité 9 tdnt par les Siciliens (pieiparlea

"^ (^^) «T'ai pensëiciàcesautetirsqui, fermement résolus à trou,* yer-^hez; les Indiens la source de la mythologie grecc[Uje ,. et, se voyan^t le chemin coupé parPAsie verslamermeditérrarinée, à ekuse de rimpoSsibilité de démbntrerune telle If a'osniîssioii d'idées et d'institutions , au moyen deâ jei^édiâons-fabyil^uses 4e Ra^çl^us et d'Hercule, ont tâché dçtrouyer .^ne issue du qôté du Pont £u]ân,^ pour faire parvenir par là la mylliologie dé Brahma et dé yistnou en Grèce. Un des principaux défenseurs de ce système est GàSrl Ritlier , professeur d'histoire au gymnase. de Francfort sur le Mpia^% dans son ouvrage intitulé Yorhsdle Ëuropaeïscher Geschichte vor Herodotos. . ,

.' i^^) .Diod.Sic. T.I. p-,38I. ^ ..

Egyptiens (^')v Mais , pour bien juger de la Tanitf de œé prëteùtions , nous n'ayons <{u'à &ire rcmarquei^ que kf$^ Crétoti poussôieftt riftipudenoe si loin à 'cet égard qu'ils né se fâisôient aucuil scrupule d^aSrmer que'ia Syrie et la Perse 'a¥iiient i^u d'eux le c^te de Tentas ei celui de Diane (**).

lies Arcadîens plaçoient en leur- pays presque toutes les fabled des Cretois. Suivant eux Rhéa y avoit mis au inonde Neptuiiè; et ftToit^ donne à 'Saturne un poulidn àfu

lieu de Tenfent qu'il Toulut dévorer(^*), variante assék manifeste de la fable de la Aaissanoe de Jupiter en Crète*. Silitaht eux Jiipitër («*) , MëHcûre (^*) , Minerve (♦•) tirent le jour en Arcadie , prétentions d'ailleurs conséquent tes dans un peuple tpû faisoit dévalncër «oïl oifl^e aVant l'existence de la lune (*').

: (<^M Diod. T. I. p. 393. cf. p. 385. (^^) Ib. p. 393. n est d'aillears utile d'observer qa*on trouve ees prétentions dans une explication eahémérique de la mythologie grecque. Pour nous éviter la peine de répéter cette remarque, BOUS ajouterons que tout ce qu'on trouve cîiez le même auteur , à regard des dieux des Atlantes en Afrique (T. I. p. 224—230) , à r^ard du Bacchns Libyen (ib. p. 236 sq.) , et surtout à l'égard des dirinités' de l'Ile Panchéa (ib. p. 366 sq.) , est puisé dans la même source , comme il l'indique lui-même ^ dans le fragment du sixiéine livre, dans £usèbe (Praep. £nang. II. 2. p. 59, 60; dans l'édition deWessfding, T. IL p. 633.). On consultera non sans fruit les endroits de Plutarque etdePolybe^ cités par Wesseling(adDiod.T.I. p. 365. 1. 2.). Enfin la même observation est appliquable au soi^ disant fragment de Sanchoniaibon, sur la mythologie phénicienne, traduit, à ce que Ton prétend, par Pliilon et conservé par Eusèbe (Praep. Euang. 1.9.). Il ne sera pas, je crois, nécessaire de démontrer*, encore que l'authentieite de ce fragment est plus que douteuse, quoiqu'il soit possible qu'on y trouTC quelques traces de l'ancienne mythologie ées Phéniciens. Pour s'en conraincre on pourroit d'aÛleurs consulter JaMonski, Panth. ^gypt. Proll. | 4 — ^6, et l'ouTrage de Dodwell , qu'il cite dans cet enchroit: a discourse conceming Sànchoniatiion's phenician history.

(«a) Paus. VÏII. 8. 2. (*^^) Paui. YIIL 36. 2.

(^«) Paus. VIII. 16. 1. O Paus. Vm. 26. 4. (^^) Les Areadiens prétendoient aussi que Lycosura étoit la ▼iOe *«

De même les Bëotieiks assufoient que leur pays avoit été le théâtre de la fiable de Saturne et de Rhéa (^ '). Hercure, selon eux, y avoit reçu l'existence (^'), Uinenre au moins son éducation , et ils y igoutoient xpi'ils furent les premiers auxquels Bacohus accorda ses dons précieux (^o).

Mais^ outre ces trois peuples > il seroit difficile d'en trouver en Grèce qui ne se vantassent pas d'être les compatriotes de quelque divinité. On se disputoit surtout cet honneur 4 Tégard de Bacchus et de Gérés , divim'tés bien* fiaisantes par excellence , dont on attendoit Tabondance et le bonheur > et dont le culte avoit un rapport intime avec les idées d'ordre social et de civilisation morale.

Quoique la plupart de ces prétentions soient évidemment un effet de la vanité et de l'émulation mutuelle des différentes tribus de la Grèce (^'), on ne sauroit cependant les rejeter toutes. Nous ne. pouvons pas entrer ici dans des détafls , qui nous meneroient trop loin , mais il

la plus ancienae- de la Grèce. Pausanias, qui le rapporte, TavMt sans doute des ÀFcadiens eux-mêmes. Paus. YIII. 38. 1.

(«») Paus. IX au. (^^) Paus. 20. 3. ('<>) Paus. IX. 25. 1.

('') Pour s'en conyaincre on n*a qu*à se rappeler que les Grecs prétendoient même assez souvent que les dieux des Barbares étoient greeâ d'origine, et qu'ils dévoient les noms de leurs pays ou de leurs tribus à des héros grecs. C'est ainsi qu'on assuroit que la bouche canobique du Nil avoit été appelée ainsi d'après Canobus« pilote de Ménélas (Con. narr. 8.) ,. les Perses d'après Perse, fils de Persée (Herod. YII. 61.), les Celtes d'après Celtus, fils d'Hercule (Parthen. 30.) , Héliopolis en Egypte d'après les Héhades de Khodes, dont les Égyptiens auroient appris l'astrologie (Diod. T. I. p. 376.). C'est ainsi qu'on prétendoit que Syrus, fils d'Apollon et de Sinope, avrât donné son nom aux Syriens (Diod. T. I. p. 316.) , que Médus, fils de Médée, avoit donné le sien aux Mèdes , et que Médée avoit même inventé les longs vêtements usités chez ce peuple (Strab. p. 798. ^. cf. Herod. YII. 62. Paus. II. 3.7. Apollod. J. fin.) ; comme les Arméniens, qu'on dit être appelés ainsi d'après Arménus, compagnon d'Iason, auroient imité les modes des Thessaliens. Jupiter eut Égyptus de Thèbes , et Égyptus avoit une fille, appelée Carché! Voilà l'Egypte , Thèbes, sa capitale, etCartfaage (Carchédon) (Tzetz ad Lyeophr. 1206). Sed ohe jam satis!

est assez certain , à mon avis , qœ les Béotiens , par exemple , avoient droit de s*attribuer Tinstitation du culte des Muses et des Grâces , comme Mercure et Pan me pa* roissent ayoir été adores les premiers par les Pëlasges de TArcadie. Et d'ailleurs la situation des pays qu'habitoient les trois peuples dont nous Tenons de parler semble cependant nous indiquer qu'il ne faut pas mépriser entièrement leurs prétentibns , quelques futiles qu'elles puissent paroitre. Il est du moins assez remarquable que de ces trois peuples le premier (les Cretois) babiloit File qui étoit située , pour ainsi dire , dans la route des peuples méridionaux et orientaux qui ont pu transporter en Grèce leurs opinions et leurs institutions religieuses , timdis que Taulre (les Arcadiens) est justement celui où nous, rencontrons le premier les Pélasges , et que le troisième (les Béotiens) habitoit la contrée la plus voisine de la partie septentrionale de la Grèce , dont nous yenons de voir l'influence sur la mythologie et la religion des Grecs.

de croire que les Qfecs aient fait une exception à la r^e commune. Hais « comme les rapports des anciens aatewra remontent rarement anssi haut, il est presque impossiUe de rien avancer de certain à cet égard , pour ne pas dire que la réponse à la question si les anciens Grecs adoroient des fétiches dépend en grande partie de l'indue qu'on yeut donner à cette expression. QuelquesHin's entendent par fétichisme le culte de tous les objets visibles , tant de ceux dont les mouvements et les changements sont placés hors de la sphère de Faction de lliomme que de ceux sur lesquds son pouvoir a plus ou moms d'influence (^). Dans èe sens les Grecs ont toujoiers adoré des fétidies , car idors il faudra comprendre sous o^te dénomination non seulement les pierres- et les morceaux de bois qu'on désigne ordinairement par le nom de fétiches , mais anssî le soleil , la lune , la terre , les arbres , les animaux , en un mot tous les. objets du culte des payons. Et , quoiqu'on est <30nvenu de regarder le sabéisme comme d'une origine plus récente que le fétichi$me et comme la- suite d'une civilisation plus avancée, je ne vois pas comment, d'ar pfës la définition dont nous venons de parler , ^n pourra exdure du fétichisme le culte des astres (^). Et, lorsqu'on voit que les nations les jdûs civilisées adorent des images ou' des signes symboliques d'une manière qui ne laissé atiéun doute qu'elles ne les r^;ardent nob

(^) On est conyena de pommer le culte des objets ds la première ^asse fétichisme naturel , celai des autres fétichieme artificiel. C'est dans le sens étendu que nous Tenons de mentionner que M. Meiners prend le fétichisme , de fais. rdl. orig. et differentîa. Oomm. Soc. reg. Gott. T. Vif. p. 71 fin. D en exdnt néanmoins les corps célestes.

( ^) Le célèbre Borger est donc plus conséquent que M. Meiners , lorsqu'il cite le passage connu dans le Cra^lus de Platon , sur le culte des astres , comme une preuve du fétichisme des Grecs. M nemosyne, T. II. p. 66. Oulâttre' (Hist. abrégée de différens cultes, T. î. p. 35 sq.) est évidemment embarrassé pour distinguer le sabéisme du fétichisme.

Gommo des représentations de quelque personne divine oo comme des indications de son ponvc^ ^ mais effectivemenl comme des choses divines , ou, disons plutôt^ comme des divinités réelles , il sera difficile , d'après la même défini*tion, de ne pas admettre du fétichisme^ je ne dis pas chez les Grecs et les Romains , dans les temps les plus civilisés de leurs républiques , mais même chez les Catholiques de tous les àgesr

Il s'ensuit de là qu'il est extrêmement difficile de distinguer toujours le culte des astres et de pierres ou de morceaux de bois , cfomme fétiches , du sabéisme et de ridolàtrîe , surtout loraqu'il est question d'un peuple dont l'histoire est si peu connue que celle des anciens habitants de la Grèce. Car aussi bien qu'il y a eu et qu'il y a encore des nations ou des individus qui n'ont pas plus de respect pour le» plus belles images de leurs saints ou de leurs divinités, ;qae les sauvages de l'Amérique pour leurs masses informes de bois ou de pierre , il est certain que soift> Tent ces masses , devenues l'objet d'un culte particulier, ont été regardés comme des signes ou des symboles de quelque divinité. Les Gypriens , par exemple , adoroient ua cône à Paphos. Or , on sait que ce cène étoit l'image de Vénus , et qu'il a été l'objet du culte des habitants de Paphos jusques dans les siècles les plus civilisés. Il y a d'autres exemples de divinités représentées par des blocs de pierre ou de bois qui n'éloient si informes que parcequ'on ignoroit l'art d'en faire des statues (^)* .

n en est absolument de même pour le culte des animaux. Qui pourra nous dire si les honneurs divins qu'on rendoit aux animaux , en Grèce aussi bien que dans d'autres pays , dérivent du fétichisme ou de l'opinion que ces êtres furent les symboles de quelque divinité.

(.^) Faute d^obserrer cette distinction nécessaire, M. Benjamin Constant a vu des fétiches où il n*en est pas question, de la Kelîg. I. II. p. 341 sq.

n est donc certain que nous ne pouTons rien dire da fiitichisme des Grecs. Car , si ncus prenons ce culte dans retendue qu'y ont donnée les auteurs dont je viens de par* 1er 9 nous ne pouvons pas le distinguer des autres gen« res de religion , et si nous le rétrécissons au culte de mas* ses informes de bois » de pierre ou de quelqu'autre ma* tière auxquelles on n'attachoît aucune idée de personnalité (ce qui, pour le dire en passant, me parolt bien plus juste) , je crois que nous pouvons assurer que nous n'en trouvons pas d'exemple chez les anciens auteurs , de sorte que , même en supposant ^que les Grecs n'ont pas &it d'exception à la règle générale , il faut avouer que nous ne pouvons pas le prouver par les témoignages de l'histoire, n n'y a , à' mon avis , qu'un seul exemple de fétiches nationaux. Ce sont les dieux anonymes des Pélasges dont parle Hérodote. Si ces dieux eussent été des fétiches individuels , on n'eût pas pu appliquer à chacun d'eux le nom de quelque divinité égyptienne, i^outons que ces sales prêtres déchaussés , qui alloient consulter l'orade de Dodone d'une manière si singulière , ressemblent beaucoup aux magiciens que l'histoire des rdîgions nous SbûI jconnoltre comme les compagnons presque aaindns du féti« chisme (')•

(s) Je dois cette obserration à BC. Benjamin Constant (de la Re* lig. , T. II. p. 349 sq.). Mais je ne comprends pas où il a tronré ce qu'il dit de ces prêtres : »Ils étaient astreints à des abstinences rigoureuses et à des règles sérères** (p. 35!2). Et il se trompe évi- ^demment^ lorsqu'il cite Hérodote II. 143 (i} y a 243, mai8C*est sans doute une faute d'impression) , pour démontrer Tayersion que ces prêtres auroient eue de Panthropomorphisme. Hérodote l'assure des prêtres égyptiens , mais nulle part des Selles. M. Bottiger , dans sa mythologie de l'art (Kunstmyth. p. 292 Bq.)y a fidt plusieurs réflexions très intéressantes sur le fétichisme des Gir^es. Il distribue l'histoire de la religion des Grecs en trois périodes, saToir les périodes arcadienne ou pélasgiqne , orientale ou phénicienne et Cretoise ou hellénique. H place les fétidies dans la première , parmi lesquels il compte les chênes dont les fruits serroient à la snbsi*tance dé ces peuples. Suiyant lui le chône de Dodone ne fut autre

DtttFtl^iuioii de £a passant 'doBc.BOos silence. oeUe. preno rç 8uje . ^j^p^ époque de la religion des Crraes :, qitii lui étoit commune avec toutes les nations sauvages* et barbares 9 je: crois qn.^en suivant la marche du développement des idées religieuses , indiquée dans, le chapitre précédent f mrasfeions bien de distribuer les objets du culte des txrecs, tel que nous le cbnnoissons dès cette époque , en qua^ dasfses principales ,- sdvoir la mythologie physiqw ^ lar mythologie morale , les divinités propceiipènt dite$ et les. hommes élevés au rang des dieux. . ( • - ' .

La: mythologie >pbysiq|Ue,.çûmpreiid)». les ^parties -de Vih nivers, tels que le ciél , la terre , leii astres , les' rivières

et les phénomènes qui s'y: présentent.

Nous appelons'mythoTogie morale les personnifications des facultés de Tesprit^st des émotions du coeur ^' des* situatioùs dabs lequel l'homme se trouve ^ des vertus et deslviqes eto* ' La troisième classe cpntiendua les divinités, entièrêment personnelles, qu'il faut bjen distinguer licfli' objets ou des phénomènes physiques qu'elles présidoient, des fecullés qu'elles piouvoient accorder à l'homme et des émotions qu'elles.: excitaient dans son coeur. Nous ne tâcherons pas de détermiô^ si ces divinités furent originairement les génies ou les esprits par lesquels on croyoit que les fetir ohes fussent animés. Nous n'en savons rien ; mais ce qui est certain , et là suite le démontrera jusqu'à l'évidence , c'est que, d'après l'opinion des Grecs , ces dieux étoieut des personnes réellement existantes.

ISnfin dans la quatrième partie nous nous occuperons de ces hommes que lé souvenir de leurs bienfaits et des servicfes rendus à l'humanité a élevés à un rang à peu près égal h celui où furent placées les divinités dont nous venons de parler.

•chose qu'un fétiche. Xeotois cependant <pie plusieurs.de seseonjectures poorroienidonner Uea à des remarques très fondées , surent celles sur la seconde période.

En se rappelant les réflexions que nous venons de faire dans le chapitre précédent , il ne doit pas paroltre extré* mement difficile d'imaginer la marche qu'a pu suivre le développement de la religion des Grecis , d'après les diffé* rentes parties que nous venons d'indiquer. Néanmoins il faudroit pour la plupart se contenter de conjectures. Et, quapt à l'origine du culte de chaque objet, je croi»qu0 ce Sjeroit une tentative aussi infimctueuse que, vaine:de*vour. loir les dassifier d'après un ordre chronologique. Réflexions pré-. . Il y a cependant un epdroit très remarqua-^ près le lemoi- '^^^ d^Hérodoté qui nous fait remonter à une? gnage d'Héro- époque que nous, nouvons bien' remarquer

dote , concer- x * * -* ^

Dant les dieux Gomme ' la plus andenhe dahsl'histoire de la anonymes des civilisation xeligieuse.dos Grecs. NousnCpod^

ireiasges et i o~*

rigine de l'ont* VOUS mieux faire que de m>ua en servir corn*: cle (J^Dodpne. ^ ^^^ à quelques. réflexioiis préUminaire»

que nous croyons nécessaires avant que d'entrer en ma^ tière. . ;. . . . > s

Hérodote no^ apprend qu^on It^i avoit assuré.à Dodo-^ ne que le^ Pâasges àdoroient anciennement des dieux qu'ils ne distidguoient pas par des^fioms , n'en ayant ja-* mais entendu prononcer (^). Il ajoute qu'après un long espace de temps ils apprirent les noms que les Égyptiens doonoient à leurs dieux ^ et qu'ils s'en servirent pour dis* tingueir leurs divinités jusqu'alors anonymea , après avoir demandé et obtenu la permission du dieu qui présidoîi à Toracle de Dodone (^). U est évident , par ce rapport » que cet oracle existoit en Grèce avaqt que les dieux qu'on y adoroit fussent distingués par des noms , et par consé-

{^) M. Mitfprd (Hist. of Greece, T. I.p. 105 fin.) en conclut que les Pélasges n'adoroient ja*.un seul dieu. Il sçroH à désirer que cette idée fût venue à Cudwortii*

(7) Herod. II. 52. Cecirenus, cité par Selden (deDisSyr. p. 48) , remonte encore un pea phishaut, en cherchant rorigine des noms des dieux gre<» dans la confusion des langues, àl'oeeasion de la Gç»pstrvLction projetée de la toiur 4e Sabel,

fjaent aussi le dieu auquel Torade mdme avoit été oonsacrë , ce qui est confinné par plusieurs auteurs an-dens , qui assignent à cet crade une origine pélasgique(') 9. et l'on voit par là ce qu'il faut penser du rapport des prêtres égyptiens qui racontoient à Hérodote que l'orade de Dodone avoit été institué par une prêtresse de Jupiter (Amon) à Thèbes , qui avoit été enlevée par des Phénidens- et transportée en Épire , rapport qui pa» roissoit s'accorder avec un conte des prophétesses de Dodone , qui disoient que l'orade avoit été fondé par une colombe noire qui y étoit arrivée de FÉgypte (^). Si ces traditions étoient vraies , on eût connu d'abord le nom du dieu qui présidoit à l'oracle , et il eût été impossible que les Pélasges eussent adoré si longtemps ce dieu , comme tous les autres , sans pouvoir les distinguer par des noms. Il est donc évident que , si jamais ;des prétresses égyptiennes ont passé en Epire , elles n'ont pas été les fondatrices de l'orade de Dodone. Nous savons d'ailleurs que les Egyptiens , aussi bien que les prêtres de Dodone , tàchoient totgours de démontrer que les institutions grecques étoient d'origine égyptienne (^^). Enfin- il est certain , par le té-

(") L'endroit d'Homère: Zev àya,JoiâonfaZf,JIfXaaybKè (II. n, 233.) , est connu. Hésiode appelle Dodone Thabitation des Pélasges (ap. Strab. p. 504 fin.) , et Éphore dit positivemrat qne Toraele fut fondé par les Pélasges (ib.). Strabon rejette la relation de rhistorien Sui(ias , d*après laquelle Toracle auroit été transporté à Dodone de Scotussa en Thessabe. D croit que Suidas n'a émis cette opinion que pour se recommander dans les bonnes grâces des Théssaliens (p. 506. C), M. Ritter (Yorballe Europ. Geschichte vor Herod. p. 483 sq.) se donne beaucoup de peine pour défendre Suidas et pour prouver que Strabon s*est trompé. . Cependant il admet Tofigine pétasgique. Mais je doute fort que la ressemblance des noms de Dodona ou Bodona et de Buddba soit une preuve suffisiâite de ce que Fauteur avance avec une assez grande confiance, lorsqu'il dit: »Wir sagen nun gerade zn das der Stifier dièses Oraikels kein anderer als der alte Bnddha war** (p. 391).

(^) Herod. IL 54 sq.

' ('^) Voyez, à.ce sujet, Creuzer, Symb. and Mythol. , T. II. p. 283, et l'endroit de Heeren, cité par cet auteur. On Toitaus-

moignage connu d'Homère , que les premiers prêtres de Dodone furent des hommes et non des femmes , témoignage confirmé par Strabon , qui dit que trois prétresses succédèrent aux prêtres , après qu'on eut commencé à ado* rer Dione dans le même temple C). Or Hérodote lui-même y trouva ces trois prêtresses dont parle Strabon. Nous ne prétendons pas nier cependant que dans la suite les rapports ayqc l^gypte aient pu avoir quelque influence sur l'oracle de Dodone ,- au moins si nous pouvons nous fier au témoignage d'Hérodote, lorsqu'il dit que les réponses s'y donnoient de la même manière qu'à Thèbes en Égypte(").

Mais il résulte toujours de ces indications remarquables que la religion la plus ancienne de la Grèce a été celle des Pélasges. Quant à ces dieux anonymes , il est absolument impossible de dire si ce furent des fétiches ou non. Mais il est certain , comme nous venons de le remarqua plus haut , qu'en tout cas ce ne furent jamais que des fétiches nationaux. Le soupçon d'Hérodote sur ce qu'on appeloit oes dieux '^éoi » parcequ'on crût c[u'ils avoient rangé et ûrdanné toutes choses , n'est évidemment qu'une opinion basée sur l'étymologie du mot (^ ^). Platon est d'avis que les Grecs n'eurent d'abord d'autres dieux que le soleil , la lune, les astres, le ciel et la terre ('^). Les auteurs font mention de plusieurs divinités des Pélasges qui furent les mêmes que celles qu'adoroient les Grecs dans la suite ,

si, par la manière dont Hérodote raconte le feit , qu'il n*étoit rien moins que persuadé de la térité de cette relation ; comment en effet s'imaginer que des Phéniciens eussent enlevé des prêtresses à Thèbes, viUe- de la haute Egypte, éloignée de plusieurs centaines de lieues de la mer.

(") Strab. p. 506. C. (") Herod. IL 57 fin.

('^) On n*a qn*à comparer cet encbroit avec Corn. N. D. 1 fin. L'on trouve une autre étymologie chez Platon, Cratyl.31, éd. Heind.

('^} Plat. Cratjl. 31. cf. Euseb. Praep. Euang. L 9. p. 29.

par exemple Ludne('f), Iunon('^), Jupiter, Apollon, les Cabires etc. (' ^). Les dieux dont parle Platon ne penyent point avoir ëte anonymes , car on aura eu des noms pour designer le soleil , la lune etc. >Le rapport d'Hérodote ne «auroit donc s'appliquer qu'aux dieux proprement' dits. Mais il n'y a aucune conformité entre lès noms deis dieux grecs et ceux des divinités de l'Egypte. A-t-oii traduit ces derniers , ou les Grecs Içs ont ils changé dans la sui- .te (' ® ) ? Nous n'en savons rien ; maSs nous n^avons aucun motif de douter que ces dieux des Pélasges ne fussent pas les mêmes que ceux qu'adoroient les Grecs par la suite , ou au moins que ceux-ci ne se trouvassent parmi le nombre dé ces antiques divinités. S'il n'en avoit pas été ainsi, on n'aurôit jamais pu assurer que la plupart dès divinités grecques fussent les mêmes que les dieut de l'Egypte (^^). . Cependant je né crois pas qu'il soit nécessaire de distinguer les divinités des Pélasges et des Hellènes , quand même cet examen pourroit nous promettre plus de fruit qiiè nous ne pouvons en attendre , eu égard au défaut de témoignages à cet égard. Tout ce que nous pouvons faire là dessus sera de rassembler les indications des historiens et des mythog^phes par' rapport à l'origine des principales divinités. Pour lé reste, bien que noiis soyons perisiuadé que* ces divinités soient plus anciennes que les temps â'iHo-

tnère et d'Hésiode (^^) , il faudra |^ien se résoudre à com-

('5) Strab. p. 345. B. (x<^) Dion. Hal. p. 17.

(^^) Ib. p. 19. Le Mercure ithypallicus étoit aussi une divinité propre aux Pélasges. Herod. II: 51.

(<») Creuser (Sjmb. und Myth. T. II. p. 288—202.) croît que les noms ont été traduits. ...

(<^) M. Hag (ûber den Mythes, p. 6 S({,) croit que les premiers dieux des Pélasges furent le soleil, la lune,' Mars et Prométhée. -

(2o) J*ai iei en vue Tendroit connu, Herod. II. 53. Il est aussi à remarquer dans cet endroit, qui a donné lieu à tant d*opinions contraires , qu'Hérodote , en disant qu'Homère et Hésiode furent les premiers qui donnèrent des noms aux dieux , se sert de l'expression à7twfvi»ifly tandis qu'en parlant des noms égyptiens, donnés aux

kl .

meocer » par les rapports jque imms :trouyoni chez eux , Fhîstoire des idëesi qu'on se formoit des dieux, par la simple raison que nous n'en avons- pas qui datent de plus haut. ' Je ne croîs pas qu'il, sera méoessaire de faire observer à mes lecteurs que notre intention iné peut être ç^le de donner un système conqiet de mythologie^, JD'âbord nouir devons • nous borner ici aux divinités qui ont été connues et .iadorëes à l'époque que nous .parcourons présentement , ef aux idées qu'on se formoit alors de ces divinités. En second Uèu nous nous proposotis de ne Caire xKAmoitre ces idées que pour autant qu'elles sont nécessaires au développement des opinion^ des Grocs à l'égard delà nature de leurs dieux, de leurs, proiiriétés physiques et morales

dieux, il dit «fi^d/^o» H est. vrai qttV^rwyi'A»^^ ne signifie pais tdu*^ jours un surnom^ mais c'est toujours un nom emprunté aune autre ^hose on personne, ccHume il est évident par Tendroit lY. 45 , ou cette expression est opposée, en ce sens , à Sro/ia» cf. SchweighJ Lex. Herod. in t. M. Wood (Originalgenie des Homer, p. 158) dit ayçc beaucoup de raison: »Ieh glaube, dass auch die Yerànderungen, die er als Dichter mit dein geineinen Aberglauben seiner Zeit , ui!n ihn schôner einzukletden , yornahm , sich stets auf alte Tcaditionen. des gemeinen Mannc^s grândéten, die schon Toriier bey seinen Landesleuten Glauben und Beyfall gefunden hatten." De toutes les différentes manières dont cet endroit célèbre a été ezpli^é, il n'y a certainement pas de pins singulière qne celle dit ^yant évèqueWarburton, un homme qui, avec tout son savoir, a un^ manière d'interpréter les anciens qui lui appartient entièrement en propre. Il traduit '/«-/;^çi' é Ttçaijif ve nal x^^^ alors ausêipeu que par la 9%Uie, Lé sens du passage d'Hérodote est donc, selon loi^ que Ies< Grecs n'oi^t jamais rien su de la nature et de l'essence des. dieux, car, comme les ouvrages d'Homère et d'Hésiode, qui furent les seuls liyfes ayant une atitorité non contestée en matière de religion , étoient remplis d'erreurs et de fables , il étoit impossible que les Qcx&ca en emsent la moindre teinture. Far cette explication Hérodote dit justement le contraire de ce qu'on croiroit pouvoir conclure de se& paroles quant à cela assez claites. Il ne dit pas ^ suivant M. Warburton , qu'Homère et Hésiode ont &it connoîtra la théogonie, aux Grecs , mais qu'ils ne l'ont pas fait. Warburton, Godd. Zend. vanAlozes, T. 111. p. 370, à7l. Greuzer a rassemblé plusieurs endroits d'auteurs modernes' qui ont traité ce passage tant rebattu , Brirfe iiber Homer und Hesiod , p. 27 not*

et de leur influence sur le sort de l'homme. Hais ^ pour bien apprécier ces opinions , ' il faudra commencer par connoilre les objets mêmes du culte public. Remarques sur Les poêmes d'Homère seront encore la

les source» où . . , . . . m» •

BOUS puiserons pnucipale source où nous pmserons. Mais 1^ idées reli- QQng qq pourrons nous dispenser de nous

yeuses des ^ '^

Grecs de cette servir aussi des ouvrages d'Hésiode. Ces ouépoque. orages , à la vérité , sont d'une date bien

plus récente , mais il n'est pas moins vrai que la théogonie contient le système le plus ancien , et même lé seul système que nous connoissions de théologie grecque. Hésiode fut le premier qui rassembla les éléments épars de la créance de ses compatriotes , ■ et en ce sens Hérodote à raison , lorsqu'il dit qu'Hésiode fut le premier auteur de la théogonie , et que les autres ouvrages de ce genre, qu'on attribuoit à des poètes plus anciens , ne furent composés qu'après Hésiode , et peut-être d'après le modèle qu'il venoit de donner.

n doit donc passer pour constant d'abord que , si nous voulons nous former une idée de l'ensemble de la mvthologie greOque même la plus ancienne ,' la théogonie est l'ouvrage le plus ancien auquel nous puissions avoir recours , et , . en second lieu , que , quoique la composition de cet ensemble et vraisemblablement plusieurs particularités qui s'y trouvent soient l'ouvrage du poète, la j^us grande partie des détails , les divinités mêmes , leurs qualités , leur origine , leurs rapports sont bien certainement conformes aux opinions existantes. Je m'explique. La forme du poëme d'Hésiqde et plusieurs particularités démontrent que ce poète considéroit déjà la religion de ses compatriotes d'un oeil plus ou moins philosophique , s'il m'est permis de me servir ici de cette expression. Les premiers vers peuvent nous en fournir une preuve. Ces vers contiennent l'opinion de l'auteur sur une question qui , dès les premières tentatives tles Grecs dans la philosophie , a été agitée

eomme le point fondamental de tout système de physique « savoir la question sur l'origine des choses. L'auteur déclare que ce fut le ChaAs , opinion qui , suivant quelquesuns , fut embrassée par le philosophe Phërécyde , qui par là auroit entendu l'eau , de sorte que ce ne serqit autre chose que le système de Thaïes (^'). Encore : parmi les trois principes qui suivent, nous remarquons Eros. Le poète l'a caractérise comme une personne ; comme le dieu de l'amour , il est vrai , mais il est assez évident que cet Éros n'est pas le petit espiègle d'Anacréon , le fils de la charmante Vénus. Et d'ailleurs , qu'auroit-il à faire ici » ce dieu frivole et pétulant , parmi ces graves et sombres divinités , parmi ces ténèbres et ce: tarkare 7 II me semblo que nous ne pouvons douter que le poëte n'ait eu ici en vue quelque système philosophique semblable à celui d'Empédocle , qui admettoit l'amour ou la concorde et la haine ou la discorde, comme les deux éléments du principe actif dans l'univers (^^). D'ailleurs il est très possi<» ble qu'Hésiode ait imaginé quelques êtres inconnus jusqu'à son temps , pour remplir les lacunes qui ont dû se trouver sans doute dans un système qui n'étoit basé que sur des opinions populaires. Il est possible(et des auteurs anciens rassurent) qu'il ait fait quelques innovations dans la mythologie grecque (^'). Enfin , quelqu'ancien que soit cet

(^') Voyez les endroits qui ont rapport à ee sujet et la réponse à la question si ce fut yéritablement Topinion de Phérécyde, Stàrz, fr. Pherec. p. 39 S(|. Hlous ne prétendons pas décider toutefois û Hésiode a youIu désigner par le Chaos Peau ou Pespace yide (cf. Creuzer , Symb. und Myth. p. 419) , mais il me paroit assez constant qu*il n*a pas entendu par ce mot )>das formlose Ail, die Emanation des unendliehen hôchsten Prineips," comme le crpit M. Ritter, Vorhalle, p. 167. cf. p. 57.

(^^) 9i.Xla naï l'frxoç. Il parolt que Plutarque pensoit aussi qu*Hésiode, dans le commencement de sa Théogonie, fut plutôt pkik>8Qphe qu'interprète delà foi populaire, de Is. «t Osir. T. VU. p. 473. ed/Reisk. ^ *~*'

(^3) Yoyez p. e. Corn. N. D. p. 178 fin. (Opusc. myth. etc. ed. Gai.) et Sehol. Od. M 634.

ouvragé 9 nous y trouvons déjà des indices indubitables da dësir d'expliquer la nature des personnes divines par l'é-^ tymologie de leurs noms et même d'en donner des inter^ prétations allégoriques (*^).

Mais , quant à la plus grande partie de la Théogonie , quant à Tensemble des divinités qui y sont mentionnées , je crois que fions pouvons être assurés qu'Hésiode a été le fidèle interprète des opinions qui étoient en vogue parmi le peuple. Car d'abord il seroit impossible d'imaginer qû'iin poSte eût forgé un système complet de théologie qui seroit devenu par suite la matière de la- foi populaire et le fondement de la religion , et , en second lieu , nous n'a<- Vons qu'à comparer la Théogonie et les poëmes d'Homère , pour nous assurer que les divinités dassifiées par Hésiode d'après un certain ordre sont absolument les mêmes que celles du poète épique ^ qui n'en fait mention que pour autant que son sujet l'exige , non seulement par rapport à leurs propriétés , mais aussi à l'égard de leur origine , de leurs relations avec d'autres existences divines etc. En écartant donc les opinions particulières du poëte , en tant que nous pouvons les reconnoitre, nous pourrons nous servir, pour cette époque, aussi bien des poèmes d'Hésiode que dé deux d'Homère. Ces opinions nous empêcheront aîissi peu .de reconnoltre les idées populaires des anciens Grecs que nous .confondrons ces idées , dans TUiade et l'Odyssée, avec les conceptions sublimes du génie d'Homère.

Quant aux poètes tragiques et d'autres plus récents qui ont traité quelque sujet du siècle héroïque , je crois que le cas est différent. Lorsqu'il s'agit de faits , on peut très bien citer ces auteurs , paroeque les anciennes traditions leur ont fourni les sigets de leurs poëmes. Encore peut-on le faire , lorsqu'on recherche les moeurs et les coutumes de ces siècles. Il parolt qu'à quelques exceptions près ces

i'^^) £st-il nécessaire de appeler l'étymolo^ie dégoâtante du nom * AipffoâiTfi ?

poètes ont assez bien observé le oostome sous oe raj^rt. Mais 9 lorsqu'il est question d'opinions , je ne crois pas que •nous puissions être. si assurés que ces poêtèa aient toujours écarté celles qui étoient en vigueur de leurs jours et n'aient attribué à leurs personnages que les opinions des temps qui leur fournissent le stijet de leurs poêmesi. Il est au inoins difficile de se le persuader, Jorsqû^on se i^ppeUeque ces poëmei étoient destinés peur un auditoire auquel on ne pouvoit pas supposer une connoissanoe.très exacte de la diffiérénde entre les opinions de ces lenvpis reculés et celles de leur siècle , quand même ou pdurroit suppose^ •que. les peëtes mémesi en fussent bien itifonnés , oe dont je doute*

' ]!fous avons déjà vu que, dans Texamen de la civflisattQa niioralë de ces siècles ., nous . n'avons souventpu citer ces auleurs\quc pour faire observer qu'ils avoient bien imité Homère, surtout lorsqu'il s'agissoit plutôt d'idées que de traditions.! Or , comme , dams Tekamen de la civilisation religieuse , on doit s'occuper exclusivement d'opinions et d'idées , il faudroit presque toujours se contenter de pa** reilles observations ^ hormis dans le cas. ou les traditions poûrroient servir à illustres les iopinions* Le. mal ne seroit pas grand ^ à la vérité y puisque plusieurs desopinion^ religieuses sont restées lés liiémes : knais , comme les.sour» ces que nous .avons ont de quoi, nous satisfaire entièrement , je crois qufiliest plus prudent de bous en tenir là et de ne parler, des idées que l'oa trouve ohez les poètes plus récents que dans l'époque où ils vécurent* Stnoiis trou»» Tons alors ces idées ckmforhies à celles des siècles, héro^ c(ues ) elles pourront) confirnler. ee> que.. nons.. avons dit auparavant; si elles ne le sont pas , il vaudra s^euk faire ido»rs observer cette diffisrenœ que dès à pèsent. Gepen<^ dant nous ne manquerons pas de dter ces endroits 'qui Mit un rapport direct avec ceux des auteurs plus où nous puiserons principalement. i

Mythologie phy- Nous venons de voir que Platon considé^ *'** ^* roit le culte- des parties de l'univers , du so-

leil et des astres , comme le plus ancien. Dans les poèmes d'Homère et d'Hésiode, le Ciel et la Terre sont les divinités les plus anciennes. Sans vouloir donc assurer ({ue le culte de tous les olgets physiques fut plus ancien que celui des autres divinités , je crois, que nous ferons bien de com-. mencer par la mythologie que nous avons cru devoir nommer physique.

La vive imagination des Grecs ne pouvant tenir dans la sphère étroite que . leur préscrivoient les propriétés visibles de ces objets , imagina bientôt d'en faire des person* nés, auxquelles elle attribua une volonté ,' des passions, vde l'influence sur le sort de l'homme > et souvent des qualités qui sont entièrement incompatibles avec la nature de l'objet même.

Il s'en faut beaucoup que tous ces objets aient été adorés comme des divinités. Il est probable que les poètes , et spécialement Hésiode, pour compléter le système qu'il avoit projeté , en aura ajouté plusieurs à ceux qui anciennement furent' r^ardés comme des objets du culte. Ge^ pendant quelques-uns » bien que privés de culte, n'ont pas laissé cependant d'être considérés comme personnes. Q est difficile de distinguer toujours ces additions poétiques ^t-mais il est ^néanmoins asset probable qu'il faut les JËhercher plutôt parmi les* objets qui ne sont représentés ni comme divinités ni comme personnes que parmi ceux auxquels en a accordé les honneurs du culte ou une sphère d'action plus ou moins étendue. L'examen que nous allons instituer nous fera connoitre. les points de vue différents smts lesquels- on envisageoit chacun de ces olgets , ce qui nous mettra ea.état de les dassifier d'après les distinctions qi|e nous venons d'indiquer.

Ja Terre. , H est cutieux de remonter jusqu'à l'origine de l'individualité qu'on a accordée à ces parties de l'uni*

vers qu'où adoroit andennement. La Terre , chez Hésiode la plus ancienne de toutes les divinités, nous en offre un exemple frappant. Le Giri (Uranus) cache ses enfants dans la Terre. La Terre , incommodée de ce fardeau , produit le fer , dont elle fait une faulx , et après l'avoir donnée à ses fils , elle les excite à la ven* geance contre leur père. Il n'est pas possible de se former une idée de cette tradition. C'est une confusion évidente dies représentations de la Terre ccmime objet physique et comme personne. Il- en est de même de l'histoire du supplice qu'elle fait subir au Ciel (^^). Chez Homère Apollon considère oomme une insulte faite à la Terre l'inhumanité d'Achille ,. quitraina l,e cadavre d'Hector par la poussière (^^). La Terre , bien que déesse , est caractérisée par Hésiode comme l'habitation dea dieux (^'), et souvent la Terre, aussi bien que le Ciel , esteensid^ rée absoluntent de la. même manière dont nous renvisageons , sans qu'il paroisse que le poète ait pensé , dans ces endroits , à sa cpialité de déesse ou même de personne (^®). Il est probable que la Terre fut adorée par les anciens Pélasges , parcequ'on espéroit qu'elle feroit germer et fructifier la semence que l'on déposoit dans son sein. On lui attribuoit sans doute le même pouvoir qu'on

(^') Hes. Th«og. 154 sq. Chez Apûllodore le Ciel jette ses fils au moins dans le tartare (I. 1. 2.).

(*^) Hom.n./i.54.

(^^) Hes. Theog. 117. L'auteur de Thjmme homérique à Apollon (331 sq.) représente Junon, frappant la terre de la main , comme pour la rendre attentive à la prière qu'elle fait aux anciennes divinités, la Terre, le Ciel , les Titanes. Chez Homère (II. I. 568.) Althée frappe aussi la terre, mais elle ne le fait qu'à Toccasion d'une prière aux dieux de l'empire des morts. Cependant on voit par là que les idées qu'on attachoit à cette action, mentionnée dans l'hymne , ne sont pas aussi récentes que ne l'est vraisemblablement le poëme ou on les trouve.

C*^) Ici Ton parle des projets de la Terre (Th. 626) : dans d'autres endroits c'est simplement l'objet physique (ib. 693 , 702 , 736, 839 sq.).

accorda par la suite à CéTè8(*^)« Cedparolt confirmé par le rang qu'occupe la Terre dans la Théogonie. Elle y est la mère de tontes les autres divinités. On sait d'ailleurs que les anciens croyoient le genre humain sorti du sein de la terre. Nous n'avons qu'à rappeler ici les raisonnements de Diodore à ce sujet , * lorsqu'il parle de l'influence salu,* taire des eaux du Nil sur le sol do TÉgypte. Les nom* breuses traditions de peuples qui dévoient leur existence au sol même qu'ils faabitoient(^^) , te titre jde xs^or^^o^ qu'on donna dans la suite à la Terre (^') , enfin les pompeiùc éloges dont on la décoroit comme la source de la vie et de la fécondité , tant pour lés hommes que pour les animaux, et «les plantes (^^) , donnent à ropinion que nous venons d'émettre un grand degré. de probabilité^ Voilà sans doute pourquoi on attribuoit jine grosseur démesurée «t une stature énorme aux fils de la Terre , les Géants. L^on sait que ces géants sont représentés avec des jambes terminées-en serpents. Je crois que ces animaux servoient à indiquer leur origine , parceque de tous les ani^

(^^) Voila poarqnei Homère appelle Ç^êCâviçoç la Terre, quoique considérée comme déesse et personne , sayoir comme la mère d'£richthonius. IL B. 548. Un auteur récent pourra confirmer cette opinion. Béus (ap. Anton. Lib. 15) dit que les enfants d*£umelus

de la Terre par un poète. Paus. I. 14. 2.

{P^) j>La Terre noire produisit Pélasgus, afin que le genre humain en sortit.** Asius.ap. Paus. YIII. 1.2. Le bon Pausanias pa* rolt encore tenir à Topinion que la terre , humectée par les eaux et fomentée par les rayons du soleil, ait produit les premiers hommes. VIII. 29. 3. (»') Paus. 1.22. 3.

(**) Nous ne pourons qu'indiquer ici ce développement de la no* tion primitiYe. Nous en dirons davantage dans la suite. Il suffira pour le moment de renvoyer nos lecteurs au bel hymne sur la Terre, parmi les hymnes homériques, et au mythe du scorpion produit par la Terre , pour punir Orion , de crainte qu*il détruisît tous les animaux. £rat. Catast. 32. Elle est ici la protectrice de ses productions.

maux les reptiles ont dû pardtre avoir âë les premiers qui sortirent du sein de la terre.

La Terre n'ëtoit pas seulement oonsidërée comme la mère des dieux et des hqmmes , ou, pour mieux dire , de tous les êtres qui couvrent sa surface : à cette idée si natu» relie , même pour quiconque ne la considëroit que comme partie de l'univers, se joignoit une autre qui se rattachoit entièrement à la personnalité qu'on lui attribuoit. Cette mère féconde de tout ce qui existe n'ëtoit pas seulement le premier des êtres existants , elle en étoit aussi le plus sage. Son oeil pénëtroit dans l'i^venir. C'est d'elle et du Ciel que Saturne apprend le sort qui l'attendoit (^3). C'est elle encore qui annonce à Rhéa les destinées de son fils Jupiter ('^). On racontoit qu'anciennement il y eut près d'Olympie un oracle de la Terre (^^) ; et l'on sait que ce fut elle qui, dans les siëdes les plus reculés, prësidoit à l'orade deDdphes(3«);

La terre étant une fois personnifiée , il n'ëtoit pas étonnant qu'on lui assignât une sphère d'activité. Les Grecs, qui ne pouvoient se contenter des dieux fainéants des Orientaux , changeoieni les objets physiques en personnes \ et ces personnes ayant nécessairement une volonté , des inclinations , des passions même , rien n'ëtoit si naturel que de leur attribuer des actions qui constituèrent, pour ainsi dire , Thistoire de ces puissances câestes et surnaturelles. C'est ainsi que le caractère de cette nation vive et

(»') Hes. Theoff. 463 sq. cf. ApoUod. L 1. 3. (»*) Hes. Theog. 474 ^. (»«) Paus. V. 14. 8.

(^^) Pans. X.5.3. Ici néanmoins je crois aperccToir nne indication qui semble nous donner le droit de croire qn'on attribnoit à k terre la facolté de faire connoître l'avenir, même ayant qu'on Tent personnifiée. On sait que T enthousiasme de la Pythie étoit caosé par nne exhalaison qui sortoit des entrailles de la terre. Ne seroit-il pas possible aussi que les anciens Grecs , errant dans les bois et dans les yallées rocailleuses de leur patrie encore inculte , prissent pour àt& Toix divines sorties du sein de- la terre les mugissements de torrents souterrains ou de feul Tolcaniqnes ?

spirituelle détermina le génie de sa mythologie , et que son imagination , voyant des actes volontaires dans les mouvements ordinaires et nécessaires de la matière « la conduisit à la personnification , et la personnification aux notions d'intelligence et de moralité.

Jetons donc un coup d'oeil sur ces récits de disputes et de violences , de guerres intestines et de révolutions , qui agitèrent la famille céleste ; mais faisons le avec ira esprit libre de tout préjugé. Nous connoissons maintenant les anciens Grecs , leur caractère , leurs inclinations , leurs moeurs. Lisons ces fables , non pour les expliquer ; car un des préjugés les plus funestes qu'on puisse apporter à l'étude des traditions d'un peuple enfant et dépourvu de lumières , c'est bien certainement celui de croire qu'il feut expliquer ce qui ne signifie absolument rien ; mais Usons les pour tâcher de saisir les traits qui caractérisent les dieux de la Grèce , et surtout pour connoitre le degré de moralité qu'on leur attribuoit. C'est ainsi que la mythologie , en nous faisant connoitre les divinités , nous apprendra à mieux juger des hommes ; comme la connoissance du caractère et des dispositions des hommes doit nous inspirer l'indulgence nécessaire , en apprenant les fables absurdes qu'ils racontoient de leurs dieux.

La déesse dont nous nous occupons dans ce moment , se montre ici dans un jour très favorable. Elle embrasse le parti de l'innocence opprimée contre son époux, quoiqu'elle perd par là, avec lui, le rang élevé qu'elle avoittenu jusqu'alors parmi les puissances célestes. Son fils Saturne , à qui elle avoit mis les armes à la main , pour punir son père, devint le mattre de l'univers. Et , lorsque celui-ci suivit l'exemple de celui qu'il venoit de punir, cefuteneore la Terre qui secourut le parti le plus foible. Ce fut elle qui aida de ses conseils l'épouse de Saturne et cacha dans sou sein le jeune Jupiter , pour le soustraire à la cruauté de son père , ce qui donna lieu à une nouvelle révo-

Itition dans le gouyernement oéleste. Jupiter, ayant délivré les puissants Centimanes de la prison souterraine , où le Ciel les avoit enfertnéd (*'),, vainquit avec leur secours les Titanes, frères de son père, et détrôna celui-oi. Hais, lorsque le vainqueur poussa sa vengeance jusqu'à condamner ce père et ses frères à une prison éternelle dans les ténèbres du tartare , ce fut encore la Terre qui , pour la troi* sième fois , se déclara pour le parti opprimé. Elle enfanta un monstre énorme , Typhoée ou Typhon , pour venger les Titanes. Mais cette fois ses tentatives furent infructueuses. Le jeune souverain de l'Olympe vainquit ce monstre, comme les autres, et le relégua dans la même prison (*•).

Des poètes plus récents font mention de quelques faits qui semblent indiquer une continuation de ces inimitiés entre la Terre et les divinités, de la famille de Jupiter. Us parlent d'une tradition , suivant laquelle Apollon auroH arraché à la Terre l'oracle de Delphes , ce qui auroit irrité la déesse à tel point qu'elle voulut jeter le fils de Jupiter dans le tartare (^^); mais, suivant d'autres, elle se désista

(^7) Quelques-uns croient que Ttari^ç (Hes. Theog. 502) est Saturne , fit non le Ciel (p. e. Hermann , Handb. der Myth. T. I, 'p. 61. nbt. 65), interprétation qui est conforme, il est vrai, an récit d'ApoUodore (1. 1.3.), où les Centimanes, délivrés d* abord de la prison dans laquelle ils avoient été enfermés par le Ciel, sont jetés une seconde fois dans le tartare par Saturne. Cependant je crois que, pour peu qu'on réfiéciiisse sur l'ensemble du récit d'Hésiode, le naxijq dont il est ici question ne sauroit être que le père deBri* arée , et par conséquent le Ciel. Cette réflexion , qui d'ailleurs ne peut intéresser qa'une très petite partie de mes lecteurs , peut servir à défendre la continuité du texte d'Hésiode , dans cet endroit, ce qui seroit impossible , si ttut^ç dût se rapporter à Saturne.

( >*) J'ai suivi , dans l'exposition de ces mythes, Hésiode et Apollodore(1. 1 — 6) Je crois, avec J. H. Yoss (My thol. Briefe, T.II.br. 32) , que les géants , que le dernier fait produire par la Terre, avant la naissance de Typhon , sont une addition d'une date plus récente. D'ailleurs on m'excusera défaire observer tontes les particularités moins importantes à l'égard desquelles ces deux auteurs différent.

(3^) Pind. ap. Schol. Msài. Eum. 2. cf.Enr. Iphig.T.1234sq.

Tolontairemeni de ses droits sur cet oradei en faveur de Thëmis , qui parvint ainsi à Apollon (^^).

Mais ce qui est certain , et ce qui rend ce personnage très remarquaUe pour lé point de vue où nous aimons à nous placer pour considérer les divinités de Tanoienne Grèce , c^est que „ même sous le règne du plus jeune des souverains de TOlympe , cette antique déesse conserva encore une partie du pouvoir qu'elle exerçôit jadis dans toute sa plénitude. Homère nous est garant qu'on attribuoit à la Terre une influence marquée . sur le sort des humains et qu'on étoit persuadé qu'elle pouvoit et qu'elle vouloit punir leurs injustices. Dans le serment par lequel les Grecs et les Trojens consolidèrent la convention qu'ils venoiênt de contracter , ce poète leur &it invoquer Jupiter , les dieu:;^ infiemaux, le Soleil, les .Rivières et la Terre (^'). La même déesse , le Soleil , Jupiter et les Furies sont invoqués par Agamemnon comme garants de la vérité de ses paroles (^^). Junon elle même , l'épouse du père des dieux et des hommes , jure par elle et par le Ciel (^^). Nous avons d'ailleurs la tradition , rapportée par ApoUodore, pour confirmer ce que nous venons de dire , tant du pouvoir de cette déesse sur le sort des mortels que du caractère particulier de bienveillance que lui reconnoissent les. fables d'Hésiode. Dans cette tradition la Terre Àpaisa*la colère de Jupiter contre les fils de Lycaon et garantit l'un d'eux des effets terribles de sa vengeance (^^). Aussi les temples , les statues et les autels qu'on lui érigea dans la suite démontrent assez clairement que la Terre , quoique privée de ses droits de souveraineté par deux dynasties consécutives , jouissoit encore de la plus haute considération parmi les mortels, qu'elle continuoit à combler de bienfaits.

(^^} C'est la traditioa suivie par Ésehyle^ dans ses Euménides, qui est aussi rapportée par Pausanias (X. 5.3).

(*») Hom. II. r. 103, 276 sq. (*«) Hom. II. T. 258 sq. (^') Hom. 11. O. 36 sq. (^«) Apollod. III. 8. 1.

^ ^^* Il me parolt très remarquable que , d'après

Thistoire des dieux , rapportée par Hésiode et confir* mée , sur ce point , par tout ce que nous saTons d'ail* leurs des idées religieuses des Grecs , le Ciel éloit d'un rang inférieur à cehii de la Terre. D'abord le Ciel éloit plus jeuue et, comme les autres divinités , Tune des productions de la Terre. Il semble partager avec elle, il est vrai , la connoissance de l'avenir , mais on ne voit paa que dans la suite on lui ait consacré un culte particulier* Il suffit d'ailleurs de faire remarquer ici cette difiérenoe. Nous reviendrons là-dessus dans la suite. Personnifié comme sa mère et sa compagne (^') , il se signale , dans les anciennes &bles , par son injustice et sa cruauté , quoique dans la suite il embrasse avec la Terre le parti de Tinnocence op» primée.

Let Montagnes. ${ les anciens habitants de la Grèce re» an. gardoient comme des divinités la Terre et

le Ciel , il n'étoit pas étonnant qu'ik en agissent de même avec les différentes parties de ces deux grandes portions de l'univers et avec les phénomènes qui s'y manifestent. Ce* {>endant, quoique Hésiode fasse mention des Montagnes comme produits par la Terre , il ne paroit pas qu'on les ait considérés comme des divinités , ni même comme des per« sonnes (^^). La Mer ne jouissoit pas anciennement d'une plus grande considération , mais il en fut autrement dans la suite , comme nous le verrons ci-après (^^).

(^') Le Ciel, comme la Terre, est souvent mentionné comme objet physique. Bans d* autres endroits on en parle comme d*une personne. (*^) Hes. Theog. 129 sq.

(^^) Chez Hésiode la Mer (Pontus) est aussi peu représentée comme une divinité que chez Homère. Lorsque Jnnon touche la terre et la mer , en prononçant le serment que le Sommeil exigea d*elle (Il S' 272 sq.), il est clair que ce n*est qn*uoe action symbolique, pour prendre à témoin les divinités qui résidoient sous la terre et sous la mer. — * Mais npus verrons que dans la suite on lui offroit des sacrifices (Voyez p. e. Herod. YÎ. 76). D'ailleurs voici enco-

L'Océan , la grande lÎTière qui , d'après les opiniona des Grecs , enTèloppoit la terre de ses eaux , et qii'ils se figuroient comme la source commune de toutes les autre» rivières et comme le père d'une quantité innombrable de Nymphes , . qui rësidoient dans les lacs , les bois , les fon" taines et les prairies , ëtoit le fils aîné de la Terre et du Ciel (^*). Quoique désigné par un épithète qui ne sauvoit se rapporter qu'à l'objet physique (^^) , il est encore personnifié comme les autres et , dans le même endroit où on lui donne cet épithète , il est représenté en discorde avec sa soeur et son épouse Téthys , à la manière des autres dieux de l'Iliade (^^). Dans les disputes entre les * Titanes et les jeunes divinités il prit le parti de ceux-ci. Il reçut dans sa demeure Junon et la retint chez lui , tandis que son époux faisoit la guerre à Saturne (^'). Ce fut aussi par suite de ses conseils que sa fille Styx embrassa le parti de Jupiter (**).

Let Rmères. L'Océan toutefois ne paroit pas avoir joui des honneurs du culte public. ^ Il en étoit autrement des Rivières. .Les Rivières n'étoient pas seulement des personna-

re un exemple de la confusion des notions de ce peuple peu civilisé* La Mer engendre Nérée (Hes. Th. 233.}, et "Nérée entendre dans la mer les Néréides (ib. 241.}. Le plan de cet oayrage ne perniei pas que nous parlions de ce Nérée , qui , suivant quelques-uns , non content d^une mer , représentoit aussi bien la Mer que son père (Schol. Yen. II. ^» 358. cf. Corn. N. D. 23.), de Thaumas, Phorcys., Céto, Eurybia, ou de leurs descendants, les Grées et les Gorgones. Il n'y a parmi tous ces personnages qu'Iris , les Harpies ef les Néréides qui exigent notre attention. Nous en parlerons dans la suite.. Quant aux explications , si Ton en désire , nous renvoyons au Scholiaste d'Hésiode, p. 130. Remarquons encore que Diodore, p. e. , parle d'une personnification de la mer, qu'il nomme 0âXaaaa , et qu'il représente comme la mère des Telchines. On la trouve aussi sur des monuments, mais d'une date trop récente pour mériter d'être cités dans cet endroit.

(^8) Hes. Th. 132 sq. 337—370. cf. Hom. II. T.8 sq. *. 196.

(50) Hom. U. Z 301—311 cf. 200 sq.

(") Hom. U. S. 202 sq. (««) Hes. Th. 398.

ges très importants dans les traditions des Greos : on les regardoit aussi comme de puissantes divinités , et l'on étoit très attaché à leur culte. Le témoignage de l'histoire est ici encore en parfaite harmonie avec Tîdée qifon peut se former d'avance de l'origine des idées religieuses et de leur développement parmi les Grecs. Les objets qui entourent l'homme encore sauvage et ignorant doivent lui inspirer d'autant plus d'intérêt qu'ils lui promettent de plus grands avantages ou qu'ils lui font redouter de plus grands dangers. L'expérience confirme pleinement la justesse de cette observation. Les Grecs honoroient la Terre, qui leur donaoit des fruits « et les Rivières , dont les eaux humectoient leurs campagnes et facilitoient le commerce. Ils ne pen* soient pas aux montagnes, qui, quoique parties assez considérables de la terre qu'ils habitoient , éCoient autant d'obstacles à ce commerce, et qui , là même où elles sont couvertes 'de terre végétale , dévoient opposer à l'agriculture des difficultés sans nombre , par l'in^alité du terrain. Au contraire le Soleil , dont les rayons vivifiants répandent la lumière et la chaleur et qui semble prêter la main à la Terre pour faire germer et croître les arbres et les plantes , étoit bien jrfus vénéré que le Ciel. Quant à la Mer , si elle n'étoit pas honorée anciennement en Grèce , c'est peut-être que les premiers habitants de ce pays n'y sont pas arrivés de ce côté , mais par la frontière septentrionale , soupçon que nous avons déjà émis dans le ooraraenoement dé cet ouvrage.

Les anciens poètes nous ofirent de fréquents exemples de la transition d'impression que devoit faire l'aspect des rivières comme objets physiques aux notions de personna* lité qu'on leur attribuoit dans la suite. Le Xanthe ,' dans l'Iliade , bien que combattant Achille , comme rivière, par l'impétuosité de ses vagues toujours croissantes , et quoi* que forcé par le feu , allumé par Yulcain, de cesser son attaque 5 parcequ'il ne pouvoit plus supporter la chaleur qui

dêsflëchoit el bîsoit bouillonner aes.eaux, adresse oepen* dant la parole à son frère Simoîs et entre en oampagne avec les autres dieux , pour prendre part au eombat (^'). Paroeque4es ioavaliers , ényoyës par le roi de Macédoine pour ramener les Téménides , avoient été arrêtés dans leur poursuite parle débordement des. eaux d'une rivière , les descendants des Téménides vouèrent un culte particulier à cette rivière et la décorèrent du titre de Sauveur. Gomme Tenfant , le fils, de la nature attribue à la volonté des objets qui \ l'entourent les effets de leurs cbangements naturels (*♦).

Les rivières une fois personnifiées , il n'étoit pas difficile de leur attribuer toutes sortes d'actions , même celles qui Mnt entièrement incompatibles avec leur nature etleurs propriétés. C'est ainsi qu'on, put représenter des Fleuves prenant part. aux délibérations des habitants de l'Olympe (^'), prononçant , comme arbitres , dans les disputes des autres divinités (^^) ». recherchant la faveur des belles mOrtdles et souvent préférés par elles aux autres dieux et aux. plus illustres, héros* Mais il est néanmoins utile de remarquer que Ton trouve des vestiges de l'opinion que les rivières

('^) Hom. B. *. LeDjras, qui veut seconrh' Hercule, eaë* teignant de ses eaux le feu qui alloit le cousumer , en offre ua autre exemple non moins frappant. Herod. VII. 198. Strab. p. 655. C.

(^^) Plntarque prouve qu'il a très bien compris ee langage de la sature, lorsqu'il représente la fille de Sinnis, priant les broussail*les dans lesquelles elle se réfugia, lorsque Thésée eut tué son père» de la soustraire à sa poursuite et leur promettant de n*j jamais mettre le feu ^ si «lies Vonloient exaucer sa prière. Plut. Thés. 8. Qui ne pense pas ici à la manière touchante dont Philoctète adresse la parole à son arc, chez Sophocle. Les despotes de Torient punissant les rivières et les bras de mer, en les coupant ou en leur jetant des chaînes et des verges , firent-ils autre chose que ce que font les mauvai» enfants , lorsqu'ils battent la table contre laqueÛe ils viennent de se heurter ? Ces despotes n*étoient pas , il est vrai , des fils de la nature , mais leurs passions les ramenoient au premier échelon de la civilisation morale.

(«») Hom. II. T. y. (s<ï) Pans. IL 15. 5^

avoient leurs gënies qu'on distinguoit du fleuve même f et en cela elles différoient des autres objets physiques (^^). Comme la Terre, ks Rivières sont les sources de la vie et de la fécondité ; et , comme il n'y avolt presque point de oanton dans la Grèce dont les habitants ne se glorifiassent d'une origine autocbthone , de même il n'y eut presque point de famiUe ancienne dans ce pays qui ne comptât une ou plusieurs Rivières parmi ses ancêtres. L'AIphée étoit Tauteur de la race de Créthon et d'Orsiloqué (^ '). La belle Polydore , soeur d'Achille , fut honorée par Tàmour du Sperohée('^). Astéropée , tué- par Achille , étoit fils de l'Axius (^^). Antiope , mère d'Amphion et de Zéthus , éloit fille de. rA8ope(*^*), Les rois de Troye épousèrent presque tous des filles dés Rivières du pays (^^). Mais nous

ne. finirions pas , st nous voulions énumérer tous les exemples qu'on pourroit citer à l'appui de notre assertion.

Or, si.. les Rivières ressembloient à la Terre, sous oe rapport , elles avoient la même influence sur le sort des

(^^) H y a un passage d'Homère qui ne. nous permet pas d*ett douter. C'est Od. -^. 234 sq. Neptune prend la forme du fleuve Ëiiipée et loi dérobe ainsi les faveurs que la belle Tyro lui a destinées. Il se cacha avec elle au sein d'une vague énorme, semblable à une montagne éleyée. Comparez, sur cette tradition, Strab. p. 546. B. L'on trouve aussi plusieurs exemples de mortels changée en rivières ou fontaines, p. e. Aréthuse, Paus. Y. 7.2. On a remarqué que, chez Homère, le Xanthe est le seul fleuve qu'on appelle fils de Jupiter, tandis que tous les antres sont fils de TOcéan (flom. II. X 434. cf. Ptolem. Hephaest. f. p. 321. Hist.j)oèt. scr. ant.). Por- ]^re veut que le fleute même, les eaux du Aanthe, dérivent ans si bien de l'Océan que toutes les autres rivières , mais que seule-» ment le génie dtt fleuve est issu de Ju[Mter. Schol. ven. ad H. S. 434. p. 347 fin. Je doute cependant qu'Homère ait pensé à une semblable distinction. Les poètes plus récents ont d'autres fleuves qu'ils nomment fils de Jupiter , p. e. le Hermus. Epigr. Hom. I. 5* Ajoutons que quelques interprètes d^Homère expliquent l'épithète (ffrfrTT^r^ç, donné à plusieurs rivières ) par l'accroissement de leurs eaux par la pluie. Schol. ven. II. P* 263. cf. Schol. Od. ^. 477.

(W) Hom. II. E. 544 v\. {^^) Hom. II. n. 173 sq.

(^<») Hom. II. tf». 140 sq. (<^^) Hom. Od. .i. 259.

(<^^) Apollod. IIL 12.

humains et exerçoient la même surveillance sur leurs actions. Le Xantbe ranime le courage d'Astéropée (^'). Ulysse , ayant fait naufrage sur la côte de Tile des Phëaciens , prie la Rivière , près de laquelle il avoit été jeté sur la plage , de contenir Fëcoulement de ses eaux , et la Rivière n'exauce pas seulement sa prière , mais «lie fait même cesser la vi<dence de la tempéle'(^^). De toutes les divinités physiques ce n'est que le Soleil , la Terre et les Fleuves qu'on invoque dans le serment (^^).

Enfin , comme la Terre , les Rivières étoient les objets d'un culte particulier. Les preuves qui lé constatent sont même plus fréquentes dans l'époque qui nous occupe ici. Nestor offre des sacrifices à l'Alphée ,' comme à Jupiter , à Neptune et à Minerve (*^*^). On immoloit en leur honneur des taureaux et des moutons , et l'on jetoit dans leurs eaux des chevaux tout vivants (^^). On Ijcur consacroit la chevelure qu'on avoit laissé croître pendant un certain nombre d'années (^*). Gomme les autres dieux, les Fleuves avoîent des bois sacrés et des autels consacrés à leur culte (^^). En Messénie les rois faisoient chaque année des sacrifices en l'honneur du Pamise(^^). L'oracle de Dodone ne donna jamais de réponse à ceux qui le consultoienty sans leur recommander d'offrir, des sacrifices à l'A-

(^») Hom. II. *. 145.

(»♦) Hom. Od. E. 445. Le Fleuve porte ici le titre cl'ay«S. Ulysse approche de ses genoux et de ses eaux, C*ést Tincercitude de rexpression d'un enfant hésitant entre Tacception propre de Tobjet et la personnification que son imagination lui attribue , incertitude qu'il faut bien distinguer de Taffectation ridicule des poètes plus récents , de Nonnus , p. e. , qui représente la Terre déchirant ses yètements et s* arrachant «les cheveux , ce qui n*est autre chose

3u'un tremblement de terre et une tempête qui dégarnit les arbres e leur feuillage. Nonn. IL 637 sq,

(««) Hom. II. r. 278. (^^) Hom. U. -i. 728.

{<^7) Hom. II. <P. 131 sq. cf. iP. 147^ (^8) Hom. 11. (P. 144 sq. cf. Paus. VIII. 20. 2. Philostr. Her. c. ll.§2. (^^) Hom.ib.

('o) Paus. IV. 3 fin.

dudoQsC) , .et Hé«ip<k «t;^ son frère do no jamais pa»;* 9er; un,. fleuve 9 saos y laver se» mains et sans adover les eaux qall aQoii traverser. H igoute que la, veugoançe des dieux attood joeloi qui néglige oes, devoirs (^ ^ ).. / Le* St^x. Parmi le grand nombre de rivières qm', d'après les opinions des Grecs, dévoient leur existence à VQiiés^, il 7 en a une dont il &ut que nous fassions, mention, parcecpi'eUe a un rappoa^ direct avec, no|re jSiqet* C'est le Styi*.

Le S^ est une dès rivières de TArcadie : non loin do la petite ville Nonacris il se. trouve un rocher extrêmemei^ haut et escarpé , d*oJi descend un filet d'eau qui ^ en tombant sur une protubérance du rocher , placée à uno bautenr moins élevée , s'y firaie un passif et tombe enfin dans la rivière Crathis. Les auteurs nous assurent, que cette eau a¥^t une qualité si délétère qu'il n'y avoit qu'une seule substance qiii n'en £&t pas atteinte , «'est le sabot du cheval. Le Terre , le crystal , les vases de terre , la corne , l'i^ voire , l'or métike , rien ne pouvoit résister à la propriété corrosive. de ce liquide. On juge bien que CP fut un def poisons les plus actifs pour les hommes et les animaux'(^'). Sans prétendre garantir toutes les particularités de ce rapport f on conçoit aisément que des eaux qui , pour n'en pas dnre trop , paroissent avoir été très insalubres, ont dû ex« citer Taltention . des habitants du canton où dles se trouvoient , et que, d'après la coutunie des naUons encore barbares et sauvages, on regardoit un phénomène aussi extraordinaire comme l'efiet de. la puissance divine ou ipaéme

(^»j Eustalh. ad II. p. 1316. 1. 30. ('*) Hes. Op. 737 sq.

C») Paus. TIIL 17 fin. ib. 18. 1,2. La description d'Hérodote (VI. 74) A*esf pas en tout conforme à cdie de Pansanias , mais il est assez érident qu'Hérodote ne décrit cet endroit <jae d'après des oui-dire. Pausanias est témoin oculaire. On racontoit qu'Alexài^re iè grand avoit été tué par ce poison. SaÎTani Ptolémée (Hist. pèéi. ser. ant. p. 312.) Epopée conserrott cette eau dans la corne

Ïi'Hyllus auroit en au c6té gauche de la tête. Yoyez encore les en« oîts cités par Siebdis , ad Pans. 1. 1.

comme une divinité (^^). fi iiâroti ttinsî ^u'on m neé^éà de cette- eau miraculeuse pour éprouver rinnoceuoe et la véracité de personnes accusées ou-stispôclés. Mous ycrrona dans la suite que les Grecs connôissôient déjà léS ordalien du moyen Age ; et là ninnière dont 'Hésiode en parle ne nous hisse aucun doute ((u'on ne se sei^lt de oette manièrti des eam du Styx. H n^est donc pas étonnant que , pour confirmer la vérité dé ses paroles, On jéràQ par imo eau qui étoit si propre à punir les perfides et les parjures. 'Gléo^ mèiie^ au moins > condilisîtles chefs des Arcadiens'àSo* nacri^'et les* fit jurer piar les eaux du Styx de ne jamais Fabandontiei^'(^^): Les Oreos , qui représéntoîenii leurs dieux comme âe9 hommes , ne pouvoîent pas croire qti'iltf les ofiensolent en les faisant se servir des mémesmoyettsy pour Vasràrér mutuelleiàent de la boiine foi de leurs actions et de. leurs paroleë , et d'ailleurs les propriétés sur« naturelles ' du Styx' dévoient bien paroltré mériter , une pa«^ reflle distinction. Le Styx , d^une cascade de rArcUdie V devint une branche de TOoéan et une des rivières de Vtm* pire des morts; et l'on ratontoit que , lorsque Jnpitervoo^ loit Vassurerde la vérité de quelque promesse ou do quel^* qtie déclài-àtioft des àUtf^s dievtx, it ka ftiboïtjui^rpatf lé Btyx , et ' leur ordonnoit de boire de soqr eau y -et quq cAni -dés dieux qui auroit cherché à le tromper QU'quîâè seroit tenSi infidèle à seë promesses , en ressetttoil Inooii^ tinènt les terribles effets i II tombdl '.alors If^ni connôis* sance'et restoit pendant Irèa longtemps dans 4Ui état d'as^ soupi^ement, sans pouvoir manger ' nii boire ,* ni s'entreM

tenir avec les autres divinités ('^). De cette manière le

(^^), Sirabon dit que les «aux da Styx forent regardas cornran sacrées, p. 597 A»

r*)' Herod, VI- 74,

. (^^) La description d^Hésiode aous est garant 4b ridentité dis

denx fleures. D'après lui le Styx de la fable , conunç celui de T jUtt

oadie^ descend d* on rocher escarpé et s'enfonce daas4a terre» ou

ses eaux poursuirent, pendant quelque tempi 9 lamraeoura, fiim

S^ devint Tolgét le^tii Mceé pmiv tes dtaur ntoM >• e> le serment, dans lequel on le prenait à tëmota étoit Je gagp le plus «èr de Ia< vérité des prouessos divines (^f). . Is^ fable ajoiitoit qne Je SUjx aynit raéiiitë. net beaileilr pour •■'dtfe rangé , avec ses enfants, la Tietwe , l'^Êmulation ; la Force et la Violence , du côté de Jupiter , daas lefgiMrire entffe'Oe dieu et les Titans (^^). .....>,, ,.;.

I#i9Y»9l>^4 L'Océan, fut aussi .le père-i.des Nymplm.i appelées Ooéanides. "Quoicpie des dresses ne doJvent>»i4llement être considérées comme des objets physiques , je crois néanmoins que c'est ici le lieiï *d*en faire quelque mention ,. parceque la plupart put un rapport direct ay^p la nature et ses phénomènes. La riante imàginatien dise Grecs peùploit l\mivers de ces charmantes fictions. Ïcb boit , les «nontagq^s , les pr^'ries < le? fpntçiîn^ , la nier, les fleuves , tout étoit rempli d^one infinité de déesses d'im rang inférieur atix autres divinités , qui ;, dans lliidépciidance d'une vie champétjre et dans Tamour de qnelqiie dieu eu de quelque» mortel àimaMej^ senhloieni réafisef l'idéal d'un bonheur pa|rfi^it et inaltérable (^^). ]i n'est donc

un lit souterrain. Personnifié , U Styx a une demeore séparée danf Tempire des ténèbres , couyerte d'éfiorji^es rocs et soutenue, par dio^ eolonne^ d>rgent. Hes. T)i, 361 » 775—810. Hom. IL è. 369. M. Hermajpn (Handb, der Mjihol J. L p* 402, 404) , en;rendaat compte de ce passage d'Hésiode , s'exprime en ces termes : ;»Olme Leben liegt sie (die Gotth^it) dann sprachlos 4uf einem Lager i^ und wird mit Schimmel ùberzogen.*^ Tantes mes recherches pour trou- Ter cette expression chez llésiode ont été inutiles. Est-il possible que le disciple de JSejm» ait crû devoir rf^^dre aiosi x^^tt^a (lét|iar* gie)?

C) Oii en trpuve des exemples chez Homère, p,-«Sr. 27L O* 37

(7») Hes. Th. 383—403. ''

(^^) Les Océanides et les Néréides habitoient la mer et les lacs Hes. Th. 346 sq. 240. sq. Hom. II. ^ST. 374. Les Naiades étoien les Nymphes des coiirants d*eau et des fontaines, Hom. II. Z. 21 ^ fi* 444. T. 384. «^i. 615. 0^ leur doonpit aussi le nom des fontaines dont on leur attribuoit Torigine.. Pans, I. 40., 1. VIII. 31. is{. ib« 30. 3. ib. 47^2. Elles yéeurent dans des ea^smes. Hom. 04- M. 318. iv: 347 sq. cf. Strab. p. $32 C. Homère fait mentiop de

pas ëtdnDanl q«6, d'après les traditions, Tahe des.Néréide8, Thëtîs ^ eut tant d'aversion pour lier son soft à lodui d'un morter: Exposée par là à tous les revers et à toiis les cbagrins de la vie bamaine , elle devint infortunée par le bonbcur même d'avoir mis au monde un fils cpii devint le. plus grand héros «de son siècle . '

Ces Nympbes , quoique d'un rang inférieur ', avoient néanmoins l'influence la plus marquée , non seulement sur le sort des mortels , mais 4néme sur le bonkeur et la su*-

^jmphes des bois -et des prairies, ÏL T. 8 sq. Les Hamadiyades résidoiént^ pour ainsi dire, dans les arbres, et Ton croyoit que leur existence dépendoit de la vie de Tarbre à laquelle elles appartenoient 'OU qui les avoit produites. On ae trouTe cette opinion , il est vrai , .jque daps le troisième hymne homérique (ys. 258 sa, cf. Paus. X. 31. 3.' ib. 32. 6) , mais on a aussi un fragment d'Hésiode qui contient tme évaluation assez singlilière de la durée de la yiede ces •NymphiBS , et qui semble la confirmer. Le poëte dit, daçs^cet endroit que la vie de la corneille est neuf fois plus longue que celle de i'hoinme , et celle du cerf quatre fois plus que celle de la corneille, que la Tie -du jcorbeàu dure trois fois autant que la vie du cetf ^ que Tezis'^ •tenoe dU palmier dure aus^ longtemps que neuf vies de -corbeau^ et q^ue la vie des Jfymphes est d*une durée égale à celle de dix palmiers qui nâttréient Tun après la mort de l'autre, h, Hes. éd. Heîns. p. 346. Les Nyniplies des montagnes (les Orestiades) étoient filles deJfupiter. Hom:il;^. 420. Hes. Th. 130. On donnoit encore le itiôta de Nymphes à d'autres déesses subalternes , p. e. aux filles du Soleil (Od. MAdl sq.)^ à des déesses comme Calypso et Circé (Hom.

Od. ^.14. Nvf4.i>^ TCorW — JïetAvvà , dZa ^ydwy), aux filles de Ju-

t)iter et def Thémis (Apollod. H: 5. 11.) et aux déesses qui gardoient les sandales ailées et la xl/^i^otç dont Persée fit usage dans son expéctition contre les Gorgones (ib. II. 4. 2.}. L'on veut que lesHyades k[ssent été des Nymphes (ib. III. 4. 3. cf. fr. Hes. p. 348.]. Hésio-^ de parle encore de Nymphes Mélîdes , nées du sang du Ciel (Th. 1,87.]. Heyne croit que ce sont les mêmes que Adrastée et Ida, fiUes de Mélissée (Apollôd. I; 1. 3. cf. Calliin. H. in Jov. 47.). Ne seroiçnt-elles pas plutôt les mêmes que les Épimélides ou Ëpiméliades

gui soignoient les prairies ou le bétail (Paus. YIII. 4. 2. etSiehes ad h. l.]P La comparaison de Schol. ApoU.Rhod.IY. 1412 etSchoL Hom. II. T. 8 nous donne des Nymphes »()d^» a», c^ty**o*, ^tt*-

'Troràfitotj XtfiyaZa^y ^aXdaa^at, àXarfiTiâtt;, àfiaâçvdâfç, vat-

dêq, xç^Wd'fç, iTttfir'tiXiâeq y êçêçtadeç. Ëustathe croît que les Epimélides soignoient les pommiers (ad Od. p. 838. 1. 30. cf. interpr. ad Antv Lib. 31 et Schol. Hes. p. 129 fin.)*

rete des dieux. Sem^l-il nëoessairç de rappeler ici J'interyentioa remarquable de la Néréide dont nous Tenons de parler, de Thétis, pour défendre le pèi:^ des dieux et des hommes contre la TÎolence des divinités qui aymentosé lever contre lui l'étendard de la révolte ? On oonnolt le pouvoir qu'exerçoient dans la fmnflle câeste plusieurs Ooé« anides , unies aux dieux les plus puissants. D suffit de nommer ki Amphitrite , Fépouse de lïeptune , Doris « réponse de Nérée et la mère des N éréidea , Perséis , V4^ pouse du Soleil et mère d'^ëtes , Electre , la mère jd'Iri» , Eurynome, honorée de Tamour de Jupiter et mi^redes Grâces , Glymène , qui fut jugée digne de la .préférence d'un Titan , qui donna la vie à Prométhée et à Atlas , et qui, avec Apollon et les rivières, pren<Mt soin de la santé et du développement dos forces physiques de la jeunes*

Q ne doit donc pas paroltre étrange que Calypso et Circé pussent commander aux vents (® ') , que , par la salubrité des fontaines auxquelles elles présjdoient, les Nymphes rendissent aux malades la vie et la santé ('^) , et qu'Ulysse put espérer qu'elles le vengeroient de l'insolent qui avoit osé l'insulter (^'). La suite nojis fournira plusieurs preuves de la haute opinion qu'on avoit du pouvoir des Nym*phes à punir les impies et les perfides , quoique en* général leur influence soit i^eprésentée avec des couleurs aussi aimables que leur vie et leurs occupations , preuve indubitable du goût et du sentiment de la nation qui les devoit à son imagination. Homère en a déjà un exemple frappant , lorsqu'il raconte que les Orestiades plantèrent des ormeaux autour du tombeau d' JSëtiôn , père d'An* dromaque('*).

{»«>) Hes. Th. 346 sq. («») Hom. Od. £. 167. ^. 6. {^^) Strab. p. 547. in. et Casaub. adh.l. Pans. Y. 5. 6. cf. Strab. p. 532. ^ {^^) Hom. Od. P. 240 sq.

C'^) Hom. II. Z. 419 sq. Mn^séas (ap. Sehol. Piod. Pyih. IV.

Ëtifih le coltG » toué eux Nymphes et qu'on n'obsèrVoil |)â8 àvëô naoinâ de tète que celui deB dÎTinités les plm» puîésantes , est ttne pteuve certaine de la haute opinioii qi}\>n 'aroit dç leur pouvoir sur le sort des mortels» Sur les sûiÂ^âictd déa montagnes , dans les cavernes des nw cliei^ / dans les rÀhiits obseurs des forêts , partout on tdybit 'des aui^ et é^s lieux consacras aux Nymphes (*^). lé Sol«L Les anciens habitants de la Grèoe qui «doi<6ient la terre , à laquelle ils croyaient devoir l'originb aussi bien que ta cotiser virtion de leur existence , qui holi^roient surtout les fleuves » à cause des avantages qu'ils %ft liet!(*oient, iie pouvoiettt manquer d'être frappés par Tinfliafenoe bienfaisante de cet astre magnifique dont les rayons, )»ëftétrant la gtèbe pëtvie d'humidité , fbol gemmer et fleurir les herbes et les plantes et répandent partout ,, par leur lumière vivifiante , l'atégressc et le bonheur (®^). Que l'on appelle ce culle fiftichisme <yu sabéismi) , il mMnîporte peu, ïnais ir est ^eertain que les Grecs adonnent le soleil dès le» Siècles les plus recfulés.

X>ans là grande ftimille 'des dieux le Soldl , la Lune et

104) attribue aux Nymphes les mêmes bi^faits dont , saivant d'autres auteurs , le genre humain étoit redevable à Prométhée. Seloa lui les Nymphes avoient mis un frein à la férocité des habitants delà -Crrèee I letar avoient easeigné :à se -nourrir de fruits ef de miel, se faire dcss couvertures de feuilles entrelacées et leur avoient donné les premières notions de religion et de morale.

{•') E<m. àé. N. 347. S. 435. /*. 210. Strab. p. 528 B. L'Oeéanide.Eurynome avoit dansTArcadie un templ^ qu'on n'ouvroii qu'une seule fois dans Tannée , ^t où Ton trouvoit sa statue qui la représentbît avec le corps d'une femme se terminant eh queue de ' poisson « Cette ï^t&tue étoit ornée de colliers d'or. PauK. YUi«41.4. U j a tout lieu de erojire que son culte étoit très ancien dans cette province.

(8^) L'on peut voir chez Diodore (T. I. p. 163—165) combieïi d'efficacité l'on attribuoit, dans les parties méridionales du globe, à la chaleur répandue par le soleil , savoir la fécondité et:la beauté des «ninHaux, la-^splendeur des pierre^ précieuses > la vivacité des couleurs et l'émanation des odeurs des fleurs et des plantes, Ja saveur et la délicates^se âes fruiU , l'a^plîté même et la légféretédes oiseaux.

VAmore ébneaol da même ûegté, gëné«logi|iie 4pw Jnpîier. Le SdieQ , la Lune et l'Aurore ëtoieni les enfiinto d'Hypérion , l'un des Titans , fils du Gid et de la Terre , et de Thia, 8aftoeur(^^). Or Saturne, le père de Jupiter , ëtoit le frère d'Hypérion. H ne seroit pas étrange que Ton demandât pourquoi l'on asrigna cette place au Soleil ; mais je crois que nous ferons mieux d'aTOOer notre igno* lance à cet ^;ard que de chercher une raison qui peni-étre n'a jamais existé. Ce qu'il y a de certain c'est que les premiers adorateurs du wà&l n'auronA pas commencé par rechercher son origine ni par demander qui furent ses par rents. Ces particularités n'ont pu précéder la personnification de cet asire et sont éridemment l'effet des efforts des premiers théologiens de la Grèce pour rçdiger en système .l'ensemble des objets du culte public. Souvent la oomfamaison de ces olgets dut se fiure d'eUe-mépe dans leur eaprit , et souTcnt aussi ils n'auiont bit que suiTre les idées populaires à cet ^rd. Que les montagnes fussent les enfants de la terre, que les -rivières dussent leur existence au grand fleuve qui embrasse la terre et la mer ^ çebi s'entend et n'étoit certainement pas difficile à imagi- «er (**). Hsm il dut arriver presque aussi aiouvent que les rapports des différents êtres qu'on adoroit n'étoient pas si évidents ni si faciles à déterminer. Pour coordonner le grand ensemble on a dû manquer souvent quelque être intermédiaire , pour lier convenablement toutes les parties . Rien n'étoit si facile alors que d'imaginer un nouveau personnage , et je crois que nous devons à cet expédient une assez grande quantité de membres de la famille céleste , dont , sans cela , on n'auroit jamais entendu parler et qui

{•7) Hes. Th. 371—374. La mère du Soleil est ^pdée £aryphaëssa dans le trente-unième hymne homérique.

('*) €*est ainsi qu'on appeloii le Lac Méoiis la mère da Pont- Enun.' Herpd. lY, 86 £a. Bien h!e6t si naturel ni si conforme à la primitÎTe simplicité da langage que ces sortes de^ métaphores.

aussi ne se rotrouTent nulle part , ni dans le ottHe puUie f ni même dans les ouvrages d'autres podtes. On peot fad^ lement , il est vrai , donner quelque raison tant des noms que des rapports de oes ôtres insignifiants , et Ton est bien foreé de le faire lorsqu'on s'est mis dans la tète que la théogonie d'Hésiode est le fruit dés méditatiops d'une as-» semblée de philosophes. Aussi les scholiastes sont ordi* nairement si peu avares de oes sortes d'explications que nous n'avons souvent que l'embarras du choix. Maisfl en est autrement^ si l'on veut suivre la marche naturçlfe du développement des idées religieuses.

Or , que le Soleil naquit après le Ciel et que sa mère fiiit la Lumière ou la Splendeur ("^) , c'est tout , à mon avis^ ce qu'on peut raisonnablement attendre des natundis^s les plus expérimentés )de cette époque. Mais voilà aussi , ce me sefrible , ce qui doit nous ooatenter , et il ne faut pas aller examiner scrupuleusement pourquoi le Soleil fut jus« iement le petit fils du Ciel ^ et qui étoit cet Hypérion qu'on a jugé bon de placer entre^eux (^®).

Comme les objets physiques dont nous venons de parler, le soleil est mentionné très souvent sans qu'on paroisse y avoir attaehé une autre idée que celle que nous y attachons

i^9) Thia ott Euryphaëssa. Pindïire a pris Thia dans an sens moral, comme Téélat des richesses. Les noms qui désignent Téclat, la splendeur, la lumière sont sans doute très à propos dans la iamiUe d*an astre aussi lumineux que le soleil. PhaëUion, Phaëthttsa, Lampétié, Phébé, Ëglé.étoient ses enfants. Mais irons-nous maintenant nous creuser la tête pour attribuer à chacun de ces êtrès ies qualités distinctives P Pour moi je crois que nous pouTons mieux employer notre temps i c'est aux gsns qui yeolent tout expliquer à se donner cette peine, pour peu qu'ils veuillent être conséquents.

(^®) Le Soleil porte sourent lui-même le nom d'Hypérion. Hom.

II. T, 398. ^Xénxfoq 'T7feçl«>v, Od, A.2k. Oi /iè'¥ âvco/ééifa 'T^*-

çioroç, ol â'difUifroç etc. Le Soleil emprunte-t-il ici ee nom à son père, ou le nom du père, et par conséquent le père même, doit-il son origine à cet épithète du fils .^

aiijoiupâ*hiii(^'). C'est encore la même transitioii ^ la contemplation des choses à la personnification. LonN|Qe la cire se fond sous les mains d'Ulysse par l'ardenr du soleil , ce Soleil y est dëjà le prince du firmament , le fils d'Hyp^ rion (^^). Les poètes des siècles sniyants ont acheTé cette image , en lui donnant un cbar et des chcTaux , en décri* vant le lieu où il dëposoît ses rayons etc. , mais tout oda n'appartient pas à l'époque dont nous nous occupons en ce moment Nous ne cherchons ici que l'acception primitiye des divinités de l'ancienne Grèce ; et la nécessité de la distinguer des additions postérieures a été l'un des plus puissants motifs de? la distribution de cet ouvrage , telle que Je l'ai projetée (^®). Chei Homère le Soleil n'a rien qui le distingue des objets physiques déjà nommés que la possession d'une pr<^riété qui le met entièrement de niveau avec les anciens rois de la Grèce , exemple frappant

(^^) Hom. D- ff. 421.

*E^ ànaXa^qtixao fia&v^çéa */l*tayoZo O'èoavor tîaaifiâ'P»

Toilà presque tontes les divinités dont nous ayons parlé jusqu'ici , mais encore toutes représentées comme des corps , des objets , le soleil, la terre, Tocéan, le ciel. Noas n* ayons qu*à jeter les y eux sur un autre endroit du même poète , nous y trouverons , pour ainsi dire , les premiers vestiges de la personnification :

*Ey â^ÏTCiO* ^Itutayâ Xa/ATrçby çdoç'MêXio^o y

^EXnoif yvxTa fiéXanfay inl felâtaçoif aq»qay. D. ^* 485.

Cependant il n'y a encore ici que de la métaphore poétique. Mau écoutons maintenant Hésiode décrivant le même phénomène, et nous verrons comment les révolutions de la nature deviennent des actes volontaires et comment la personnalité se détache, pour ainsi dire, du fond du tableau.

^HXd-f &è JPfvHT* iyràyoyp ftéyaç 0'èçav6ç* àf/t^l âè Faiff J^tiçnv ^«A^Ti/Toç ^9r^a;f CTO ^nai^* itayitc^

nà^T^. Theog. 176.

(«^) Hom. Od. M. 175.

(^^) M. Hermann, p. a. , faute de distinguer Tàge des différentes fables, dérive la tradition qui place JEétes et Gircé en Colchide, &ble qui date des temps d'Homère, de (ces additions plus Récentes dont je viens de parler. Handb. der Mjth. T. I. p. 42. not. 46. Le Soleil d'Homère n'a ni char , ni dievaax ^ ni écurie.

de la manière dont les Greca appliquoienk leur aathropomoridiiaine jusques aux anciennes divinités : qui viennenl à peine de se détacher des objets auxquels elles doivent leur existence.' Savoir, comme Éricbibonius et Anchise, le Sor leil avoit ses boeufs et ses brebis / et ses SMts Pbaètbusà et Lampétié ne dédaignent pas d'imiter la rustique simpli* cité des mortels de cette époque , en menant paître et soignant elles-mêmes les troupeaux de leur père(^^). La tradition, rapportée par Apdlodore(^'), que les géants «'emparèrent de ces troupeaux , semble donner à entendre que le Soleil se fut rangé du côté de Jupiter^ dans les disputes en^re les vieilles et les jeunes divinités : mais Hésiode n'en dit rien , et la révolte des géants est probaUement d'une origine plus récente. < Toutefois il est certain que le Soleil fut du nombre des divinités de Uanoienne d^*-

(^*) Hom. Od. M. 127 sq. Ici ces troupeaux se troùyenl en Sicile. L*anteur du premier hymne homérique en place aussi dans la Laconie (411 sq.}* C*est, pour le dire en passant, Tun des passages dont on a touIu conclure qu*Honière avoit fait usage à sa manière des soi-disant primitives fables allégoriques. On prétend que ces trou-

i)eaux ne sont autre chose que les jours de Tannée, et bien de Tannée unaire. C'est Aristote, pour n*en rien dire 'de plus, qui a proposé cette explication (ap. Schol. ad Od. M> 128) ; et certes nous pourrions applaudir à Tesprit du philosophe de Stagire, si Homère n*eut parlé que de sept troupeaux, i^hacun de cinquante pièces ; on auroit alors les 350 jours tout juste: mais il se trouve malheureusement qu*il fait mention de quatorze troupeaux de cinquante bêtes , ce qui, si je ne îne trompe, jferoit 700 jours. Encore si, pour désigner Tannée lunaire, Homère eut donné ces troupeaux à la lune, et non au soleil ! et, puis pourquoi cette explication seroit-elle préférable aux autres qu'on a données de cette fable, p. e. chez Heracl. de incr. 39. et Schol. Hom. Od. M. 353 ? Mais soyons s;^gw : ne nous enfonçons pas dans ee dédale d'absurdités, il en sera assez temps lorsque nous aurons étudie la mythologie dans Homère luimême. Le moment viendra où les sc^oliastes st les philosophes nous donneront assez sujet de regrette^ Tagréable occupation qui demasdd naintemuit toute notre attention. Josissons en done sans tnélangè. v

(^^) JkpoUod. h 6.1. D*«atrfes rapportent que le Soleil tua an dès géalits. Alas. f aph» ap. EusUth. ad Od. o. 397 LâO. ef. Ptal. p. 321- .

nastie qui finreiit maintenues par le nouTeau souverain daas la possession de leurs droits et de leurs. prërogatÎTes. La raison de celte indulgence n'est pas diflScile à imaginer. L'autorité des dieux imaginaires dépendoit entièrement des opinions de leurs adorateurs. On poUYoit reléguer les Tî" tans dans le tartare et élever Jupiter sur le trône , sans que cela ohangeàt l'ordre des choses en aucune manière. Mai» les objets physiques , la terre , les rivières , le soleil , d^ voient bien rester en possession des honneurs qu'on leur avoit une fois décernés.

Quant à l'autorité et la puissance qu'on attribuoit au Soleil , il est vrai que, dans l'Iliado, il est forcé d'obéir aux ordres de Junon. Elle lui ordonne de se coucher plutôt qu'il ne le faisoit ordinairement , et , bien qu'à obéît à regret , il paroU cependant qu'il n'osa pas résister (^^) } mais de son côté le Soleil ne manque pas de se £iire va*loir, en forçant Jupiter de le «venger des compagnons d^Ulydse , qui avoient tué et mangé de ses boeub , en le taenaçant de descendre dans l'empire des morts et de pr»^ ver les dieux et les hommes de sa lumière (^^).

D'ailleurs , comme nous avons déjà eu l'occasion de le remarquer , on attribuoit au Soleil , comme à la Terre el aux Fleuves , le pouvoir de punir les parjures , parœ^ qu'on l'invoquoit dans le serment (^*), opinion qui etft

{^^) Hom. II. -21 239 sq. L'on tronTe «ne imitation de cette ms^ niera d*ex|iOser la relation entré les nouveaux sourerains de TO* lympe et les dieux physiques , dans T endroit d* ApoUodore où Jupiter défend au Sbleil , à la Lune.et à 1* Aurore de se montrer dans le riel , pour empêcher lu Terre de trouTer la plante qui dut garais tir les géants, ses fils, d'être vaincus par Hercule, l. 6. 1.

l^^) Bom. Od. -^^ 376 sq. Le scholiaste d'Arate (ad ts. 132.) nous off^e encore un exemple du jugement de ces interprètes* Se* Ion loi le Soleil étoit si courroucé de cet attentat, parcequeles boeufs V étant nécessaires à Tagriculture, fournissent la nourriture aécestaire aux hommes , et sont ainsi cause qu'ils voient Im lumi" h^ , c'est à dirsi qu'ils restent en vie \

{9^) Hom. n. r. 277. T. 197 , 259.

encore en parfaite harmonie aveo les réflexiona que nous ayons faites plus haut sur l'origine et le développement des idées religieuses. Pour des peujdes qui s'occupoient principalement de l'agriculture et du soin de leurs troupeaux , comme les anciens Grecs , la terre , les fleuves et le soleil étoient de la plus haute importance. La terre qui leur donnoit les fruits et le grain dont ils se nourrissoient , mais qui quelquefois aussi trompoit les espérances du laboureur; les fleuves, qui contribuoient à la fertilité du terrain, mais qui, grossis par la pluie ou agités par les. vents , pouvoient aussi bien être les causes des plus grands désastres, en ravageant les terres par leurs débordements ou en engloutissant les frêles esquif^ qui se hasardoient sur leurs vagues ; le so* lefl enfin qui àvançoit la végétation par des chaleurs ukh dérées , mais dont l'ardeur excessive pouvoit aussi facile* ment la retarder , et qui pouvoit empoisonner l'atmosphère par le même moyen qui la rendoit un moment auparavant douce et salubre>(^^) , la terre , les. fleuves e€ Le soleil , plus qu'aucune autre partie de l'univers , dévoient exciter l'intérêt de ces peuples , et une fois regardés comme des êtres vivants et actifs , doués d'intelligence et de volonté , rien n'étoit si naturel que d^attribuér les avantages qu'on en retiroit à leur bienveillance , et les malheurs qu'ils causoient à leur courroux ; et , pour peu que la conscience du bien et du mal , que le sentiment moral s^en mêlât , ces avantages devinrent des récompenses ^ ces malheurs des punitions.

Mais il y eut encore un autre motif pour donner au Soleil une part active dans le maintien de la justice parmi les mortels; le voici: les anciens Grecs» qui ne

(^^) Je soupçonne qae Strabon , parlant de cette influence du soleil et de la lune sur Tatmosphère , ait pensé à Apollon et Diane (p. 942 ^•) , mais cela ne diminue en rien la vérité de son observation. Chez Apollodore (I. 4. 3} et Ératosthène (Gatast. 32) le Soleil rend la vue à Orion. Cette fable doit-elle peui-éke son origine à l'opinion dont nous parlons.

poûTôient avoir aucune idée de cet albribat de la dÎTinit^ par quoi elle porte cônnoisaance de tout ce qui arriye en tout temps et en tout lieu, et n'ayant aucune nofion d'un être immatëriel , durent regarder le Soleil comme le dieu le mieux informé des actions des hommes , par la raison très simple que de sa station élevée il pouvoit voir et entendre ce qui échappoit aux autres dkux et à Jupiter même, qvi, d'après le témoignage formel. d'Homère , ne vit* pas ce que firent les Grecs , lorsqu'il eut tourné ses yeux vers la Thràce. Et que ce fut là véritablement une deâ causes de l'opinion' dont nous parlons , est mis hors de doute par la manièi^e dont on caractérise le Soleil, dans la fomnde du serment (|ue nous venons de dler. Q est désigné par ces paroles: »le Soleil qui voit et qui entend tout." Ce fut liB qui découvrit l'entrevue secrète de Mars et d^ Vénus, et qui en informa Vulcain. C'est à lui que s'adresse Cérès pottr obtenir des renseignements sur sa fille chérie , et la suite prouve' qu'elle n'avoit pas espéré en vain (*<*<*).

Une divinité aussi puissante et aussi illustre devoit bien s'attirer les hommages de toute la Grèce. Platon le place parmi les divinités les plus anciennes de ce pays ('^'). Les habitants de la riante e^t fertile Rhodes croyoient lui être re-

(««•) Hjmn. Hom. IV. 62—89. cf. 26. Le poète l'appelle ici ^e^y axoTtoy i^cfc xal àyâ'ç'ây. C'est dans le même sens que le choeur , dans TÉdipe de Sophocle (Oed. T. 654.) , l'appelle

Tov it&yvtay ^*wi»

Ménandre aUa encore pins loin , lorsqu'il dit :

Jb ' 6V &é(açêZv ici Tèç àXlaq S-téç. Ap. CleUL Alex. Co-

hort. ad Gent. T. I. p. 59.

(i®ï) Je n'ose répéter ici le passage d'Ératoslhène (Catast. 24.) où Orphée est représenté comme adorateur zélé du Soleil: mais du moins ce passage peut-il prouver que celui qui inventa ce récit avoit la même opinion que Platon sur la religion des anciens Grecs. L'origine récente de ce rapport est prouvé par l'erreur ou est tombé l'auteur , en confondant le Soleil avec Apollon»

defiables de leur abondaàoe 6l de lennrioliesMsC?.*). Trois des TÎUes les plus illustres. de l'Ue furenf nommëef d'aprè» ^ses descepdanta ( ' ° ' ) 9 et le cëlèfare jcclosse cpi^m lui érigea dans la suite , prouva que son culte s'y main* tint dans un sièole où ses adorateurs avoient appris à eon^ nottre le prix d'avantages plus précieux encore que ceux que leur procuroient les rayons vi vivants de leur dieu tutér hire('^^). La riobe Gorinthe regardoit le Soleil conme aïeul de la famille royale qui y rëgnoit depuis les sipdfis les plus reculés C''^^. i&étes , Médée, Circé (?of^) , Phaéthon, lesHéliades('°7), Pasiphaé('«<^) et tant d'autres noms illustres de la mythologie rappellent le souvenir de ce dieu, à chaque page de l'histoire fabuleuse | et jusqu'aux inventeurs de nouveaux systèmes de théogonie n'oso^ent-lui refuser les honneurs qu'on lui accordoit dans les siècles de barbarie aussi bien que dans ceux' où les états de la Grèoc avoient atteint le faite de la gloire et du bolifaeur (' ^^).:

(^'>*) Diod. S|c. T. I. 375. Le Soleil «voit remlttrile habitable, en desséchant les marab qui s*y étoient formés après une inondation, Pind. 01. VII. . .

("») Strab. p. 966. C. cf. Eustath. ad II. p. 238. 1. 10. . e^*) Strab. p. 964. B.

. C®*) Ptus. II. in. ib. 3, 8, ib. 4. 7. . On'racontoit que' le Soleil donna à Vénus Tacrocorinthe, qu*il aToît reçu de Briarée, et qù*uii frère de ce dieu , appelé THan , ayoit eu sa demeure sur Tune des montagnes qu*arrose TAsope. ib. 11.5.

(*<><^j Hom. Od. K. 136 sq. Hes. Th. 956 sq. Diodore (T. I. p. 288, 289) représente Perses , père d* Hécate, qui, d'après Hésiode , étoit fils du Titan Cri us , comme un des fils du Soleil. Il se trompe aussi lorsqu'il appelle Circé la fille d'iEëtes. Suivant Hésiode elle étoit sa soeur. Qu'on ait voulu faire deux personnages du père d*^è'tes et du dieu de Rhodes, et que Cicéron (If, D. III. 21.) compte jusqu'à dnq Soleils, cela«ne nous embarrassera certainement pas , • lorsque nous réfléchirons à la licence avec laquelle les auteurs d'une date plus récente multiplioient les anciennes personnifications,

(<o^) Diod. Sie. T. I. p. 348. Strab. p. 329. B. cf. Schol. Hom. Od. P* 206. Diodore croit que les Héliades furent des autochtho*nes qui naquirent de la terre fomentée par la chalenr du soleil, p. 375. ('<^») Diod. Sic. T. I. p. 304.

('^^) Dans Texpoeition eohémériqoê de la théogonia Crétoii^

. Pour 90' ooBVftinerë <6i prix qu'on attaolurit à la {aveur du Solbil , on ne lira -pas sans ihtërét'uo rëeît qu'on troure dbez Hérodote et qui appartient à une é^que de l'histoire de la Maoédoîne qu'on' pourrdit appeler à juate titre son époque héroïque. Les Tëmënides , trois frères de la iamil** le rojale'd^Aiigoa, ayant été obligés d'a^Mindonnor leur patrie 9" VinrenI en Macédoine j pourvoir àleur.subsistaiH G^; èA itervant le roi de ce pays comme pâtres. Mais ce prin^ eé , époi^fanté par un prodige ^ leiur ayant ordonne de sortir deifon^rèyaume, ils den^aÈndèrentJa récoiepenae qui leur ëtoît. due pour leurs services. Le roi , en dérision de leur demande 9 leur montra le soleil qui. donnoit dans l'enr* oeîpfe oA ^s se trouToieot. Le plus jeune des frères ao* eepla auasitàt sono£Pre, et, ayant fait «emblani , par un mouTemènt'tte aa main, 4le ramasser la luilaière , ilsero<* tira avec se», frères, i Cette action , par la quelle il lémoi* ^a qu'il s'approprioit'Ies avantages quele pays retiroit de la hiniièhe du soleil ; parut d'une telle importance que | lorsque le roi en eut appris la signification par un de ses conseillers , il se hâta d'envoyer des cavaliers à la poursuite des- IMrclS , pour les tuer où ils les trouveroient C°).

D'après Hésiode , I^hinée , roi de Salmydesse , fut puui par la perte de. sa vue, à laquelle il avoit préféré la vie(' ' '), On^voit encore le rapport intiine entre les notions deJo* inièré , de vie et dé' bonheur dans les adieux que font au' soleil les personnages de la tragédie , à l'approche de la taorX. La suite nous en fournira plusieurs exemples.

Jupiter offre des sacrifices au Soleil, sa Cid «ta lif Terre. Diod* IKc. T. Itf'p. 387. L'impoetear Jambule attribue ce culte aux honn tes habitants de son île miraculeuse, ib. p. 171.

("«) Herod.VlU. 137,138.

(x<x) Hesiod. ap. Schoi. ApolL Rhod. IL 178 (p. 136). Soivant

quelqués-unà ce fut le Soleil même qui lui infligea cette peise. ib.

h'îm troETC encore une preuve du respect pour le Soleil daas la la*

çoB d'Hésiode. (Op. 726.) ^i7<^^t' ^^lioho Y«'r^o/»^«'oç ^^éhq

La liùfië. Iion<(ii'oii Yoit qocfle fol la Ténëratiwi des Grecs poar le soleil , on paroit avoir quelque droit d'atlendré que la lune auroit au moins partage les honneurs qu'on lui rendoit. Cependant, quoique Ton trouve quelques fa^ blés qui la représentent personnifiée oomme plusieurs autreè objets physiques (^ ' ^) , on chercheroit.vainement qudque traœ d'un culte religieux de oet aktre, au moins dans l'époque dont nous nous occupons bn ce tiomenlC^). Platon dit qu'il croit que les anciens Grecs ont adoré La lune , et je le crois aussi , mais il est certaiii «pi'Homière n'en parle que comme olget physique(.' '>) , et jamais comme déesse , tandis qu'Hésiode se borne à faire mention de son ori^e , comme fille d'ILypérion et de Tliiâ > et pac conséquent comme aoeur du Soleil (' ^^). II doit donc pas-* ser pour constant que la lune , si elle fotadorée par lea anciens habitants de la Grèce , ne fut jamais l'objet d'uQ culte aussi zélé que celui qu'on rendoit :ausirfeilf iel, pour peu qu'on prenne en considération que l'ittfluence de la lunq n'est jamais aussi sensible que oeUe du soleil^ <mi ne trouveni

('^') Par «zemple la faUe d!£ndjniMn.' Je doute, cependant que cette fable soit aussi ancienne. Il est ttù qu^Hésiode parle d*£ndymion et de la faculté de mourir, quand il le jugeroit à propos, &• culte qui lui ayoit été accordée par Jupiter: ma» je croîs que-Sap^ pko est la .première qui ait fait mention d^s amours de ce prince ei de la Lune, ap. Sçhol. Apoll. Rhod. lY. 57. cf. Apollod. 1. 7. 5. Quelques auteurs ont parlé de cette intrigue conmie d*un amour platonique , peut-être parce qu*ils furent accoutumés à se repré^ senter U lune comme Temblème de la chasteté. Cependant les Éléens n*étoient pas de cet avis. Car ils racontoient que, par suite de ses ▼isites nocturnes au beau dormeur^ cette déesse devint mère de cinquante filles. Pans. V. 1. 2. . t

("^) Les hjmnes à la Lune sont d* une époque beaucoup ^dos récente.

("*) P. e. Il, 0-551.

C') Ifous ignorons ce qui a pu engager Tauteur de Thymnè homérique à la Lune (ts. 100) pour la représenter comme une fille de Pallas, fils de M^amède, ^. Matth. Animady. ad Hjmn. Hom. ad h. 1. Chez Hésiode Pallas est le fils de Crins etd*£urybia, le frère et la soeur d*Hjpérion et de Thia , Th« 375 s^.

peat-étre plus si étrange qae des peuples sauvages , comme l'ëtoient les andeDS habitants de la Grèce , songeassent peu à la douce clarté de la nuit, pour vouer toute leur dévotion à l'astre brillant du jour*

Les Etoiles. Les témoignages de l'antiquité ne sont pas plus propres à satisfaire notre curiosité à l'égard du culte des étoiles , et il pàrolt par là que , si l'on en excepte le soleil, les corps célestes ont moins fixé Tattention des Grecs que les objets qui les entouroient sur la terre. La place qu'occupent les étoiles dans la théogonie d*Hé* siode est une preuve qu'on ne leur accordoit pas l'honneur d'une origine très ancienne. Les Étoiles C ^) y sont, comme les Yents , les enfants d'Astréus et de l'Aurore. , Or, comme Astréus est le fils d'un des Titans , Crius (' ' ^), les Étoiles se trouvent ^ dans l'ordre généalogique , sur la même ligne qu'Apollon , Bacchus et les autres fils de Jupiter. Il est probable que cet arrangement soit plutôt l'ouvrage d'Hésiode ou des poètes qu'il a suivis cpi'une opi-* nion populaire , car , pour n'en dire rien de plus , il me semble assez difficile d*imaginer qu'on ait jamais pu croire que les étoiles doivent leur existence à l'aurore C'), Mais je ne erms pas que ces poètes eussent assigné ce rang aux astres , si le culte de ces corps célestes fût si ancien que le prétendent quelques auteurs C^). On sait d'ailleurs

C^) L'être da matin (Lacifer) est mentioanée à part. Homère la représente comme le précurseur de Taurore. II. 9^* 226.

("7) Hes. Th. 378 sq.

C") n est très facile, à la venté, dédire, comme le fait H. Eissner: » Die yerse 381 , 382 sind ohne weiteres wegzulassen ;** mais , pour le prourer , il faudroit même d*autres preuves que n'en apporte M. Hermann.

("^j Ces auteurs, comme Dupuis (Orig. de tons les cultes, T. I. p. 27 sq.) et Vossius (Theol. Gent. II. 30) , se fondent tons, hor* mis sur le passage connu de Platon, sur les opinions d auteurs trop récents pour devoir entraîner notre suffrage. L'opinion de 31. Bôttiger (Kunstmjth. p. 218) , qui prétend que les Titans furent des constellations, prouve encore moins. Les sept colonnes que Pausanias trouva en Laconie, qu'on appeloit les images des sept

qud ëtoît VétAï de rastrononrie dans- le temps dVoroère et méine d'Hésiode; Tastrologie ne parolt pas leur avoir ëtë connue , comme nous l'avons remarque auparavant , et ils ne parlent nulle part du culte des astres. Quelle différence d'avec les Orientaux et les Égyptiens ! Mais nous revien-^ drons là dessus.

L'Aurore. Mais , si les anciens Grecs furent plus frap-

pés par l'astre du jour que par ceux dont la lumière plus foible ne se montre que pendant l'obscurité , on conçoit aisément qu'ils n'auront pas été insensibles aux phénomènes qui accompagnent la disparition des ténèbres et la première apparence de la lumière. Il paroit qu'ils regardoient ces phénomènes, qu'ils désignoient sous le nom d'Eos , et que nous appelons aurore , comme indépendants des effets de l'apparition du soleil , et qu'ils ne tardèrent pas à en faire un être séparé, qu'ils décoroient des ix)uleurs même des phénomènes qui se montroient à leurs yeux. C'est ainsi que l'aurore devint une déesse aux doigts couleur de rose('^^) et parée d'un vêtement jaune (^ ^ *)- On trouve même peu

planètes (III. 20. 9.) ne peavent rien prouver pour l'éporpie que nous parcourons ici. On pourroit citer avec U m.éme droit Nonnus, qui prétend qae Oadmos consacra aux sept planètes les sept portes de Thèbes. (V. in.)

("*») Hom. II. ^. 477 etpassii9.

C*^) Hom. II. 0. 1. Le défaut d'harmonie et d*ordre qui règne dans ces brillantes fictions nous seroit un sur garant de leur authenticité, quand même nous ne les trouvions pas chez des poètes aussi anciens qu* Homère fet Hésiode. Les anciens Grecs, ignorants et mauvais naturalistes , distînguoient les uns des autres des phénomènes qui sont réellement les mêmes ou au moins liés par des rapports si intimes qu*il est impossible de les séparer , et une autre fois , oubliant les distinctions qu'ils venoient de faire , ils les confondoient les uns avec les autres , sans qu'il paroisse que cette inconséquence les ait choqués le moins du monde. C'est ainsi que, non contents de distinguer l'apparition de la lumière du soleil du $oIeil même , ils se figuroient encore une nouvelle personnification, en détachant le Jour (i^/t^^a) de l'un et de l'autre. Chez Hésiode le Jour et l'Ëther sont les enfants de la Nnit , qui doit son existence au principe primitif, le Chaos. Th. 123 *sq. cf. 748 sq. Et cependanHe

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