II. r.72«q
ton , l'aro et les flèches , nons rappellent les troupes lëgères des années grecques. II n'y ti qu'un point de vue sous lequel ce dieu semble supérieur à Minerve , c'est à dire dans l'emploi qu'il faisoit de la ' sagesse qu-il avoil, aussi bien qu'elle , en partage. Il s'en servoit pins spécialement pour prédire l'avenir aux hommes et pour leur faire connollre la volonté de son père , le monarque de l'Olympe. Image d'un an- Quoique les attributs d'Apollon ne pa-
cien sage de la . ^ , . j. . j
Grèce. roissent guère moms divergents que ceux de
Minerve , cependant il est plus facile de se former une idée de l'ensemble de ces propriétés d'Apollon que de celles de la déesse des arts et dç la guerre. Pour y parvenir nous n'avons qu'à nous rappeler ce que nous avons remarqué plus haut à l'égard des anciens sages de la Grèce. Nous en retrouvons l'image dans le fils de Jupiter. Ces sages étoient , comme nous l'avons vu , à la fois poètes , devins , médecins : Apollon réum'ssoit les mêmes qualités en sa personne.
Poëte. Démodocus et Phémius éçayoient par > leurs
chants les banquets des princes. Apollon, accompagné de» Muses , les filles de Jupiter et de la Mémoire (Mnémosyne) , procure le même plaisir aux dieux immortels rassemblés dans le palais de Jupiter (^) , et, lui-même sensible à la beauté de l'art qu'il exerçoit avec tant de succès , se réjouissoit lorsque les mortels entonnoient des hymnes en soo^ honneur (*)•
Propkète. Les poêtes étoient anciennement prophètes. Apollon , le poète et le musicien de l'Olympe , est aussi le prophète par excellence. Si Minerve égale son père en sagesse , Apollon est le seul confidTent de ses projets , pour
(«) Hom. II. uà. 603 sq. Hes. Sent. Hère. 201 sq. Ilnedédàignoit pas cle faire la même chose anx noces de Pélée et de Thétis (Hom. U. J2. 62) , et à ceux de Gadmus et d'Harmonie, suivant Diodore,T.I. p.370.
n Hom. n. ^. 472 sq.
autant q;qi'i} jug^. oéoessaire 4e lèa faire oonpoltre aux mo^rtek (^). Les pfopfa/è^s liumains lui &ODt redevablas de leurs faciHt^ divinatoires ^^)^ et, s'Q nous estiuermis 4'alléguer ici le ftémoigu^ge d'jSphore , qui rapporte qu*àpolloA se proposa de faire servir son oracle de Delphes à la civilisation du genre humain, e^ diçnn^nt à ceu3^ qui venoient le consulter des leçops de sagesse et de prudence et des conseils ^)i\pfi ppurjles diriger daqs leurs entrepri* 809 (^) 9 f>Qfi8. vpyoï^s par là qu'J^poIloQ rentre entièrement dans la classe de œs anoiens prépppteurs des Grecs qui, par de Images instruicUons , les accoutumèrent à ufie vie plus rëgliée et & Tprdrp social* Extenninateur j^^ig j^poUon ne se bornoit pas à être uti-
aes animaux fè- . . . , , «-i i •
vocet ou DiimT ^ ^^ genre humain par les leçons qu u lui ^1^« , dpi^noit et par les arts qu'il lui enseignoit :
il se saisiiisoit quelque fois des armps afin de poursuivre et exteripiqer ceux qui traver^oient sc^ desseins salutaires ; il ne fut pas seulement l'exemple des Orphée et des Musée (') , mais il le fut aussi dep Hçrçule et des Thésée (^) , et p'est sous ce rapport qu'Apollon fut considéré comme divinité de )a chasse, aussi bien que sa soeur Diane ('^).
jf
(^) Hymn. Hom* II. 533 sq. Nulle part chez les poètes anciens cette idée a été énoncée d*une manière aussi précise que dans ce poëme d*iine date plus récente, mais les faits rapportés par eux confirmeat pleinernsnt Tantiquité de cette opinion.
(<^ Hom. II. ^' 72.
(^) Ap. Strab. p. 646. B. C. Sur la manière dont ApcJlon prît possession de cet oracle, surveillé jusqu'alors par Thémis, voyes Apollod. I. 4. 1 9 ou par la Terre, Schol. i£scb. £uin. 2. cf. JEr lian. y. H. III. 1 fin. Houière fait mention de cet orade, Od« 0« 79 sq. '
(«) Hss. Th. 94 sq.
'Ex yàç Msaémv naï 'Eniffiols *A7r6XXvntoç
O Chez Diodore (T. I. p. 280.) Apollon enseigne même à Hercule l*art de tirer de Parc, cf. Apollod. IL 4. II. (p. 114.).
('^) Xenoph. de Venat. in. T6 iièy tvçijfka ^tây* ^JlstôXXwtoq yàq xai '^iéf^kdoç èy^tu xai nvv^ç^ ff. 6. 13, OÙ il recommande
Ce fet liB ^ai terrassa le terrible serpent Python (' ^0 1 <pû pvëeqpita dans le tartare les féroces Phlégyens, lorsqu'ils af« taquèrent les Thébains (**) , qui terrassa le tyrariPhorbBs('^) et qui indiqua aux Sicyoniens le moyen de se' délivrer des loups qui ravageoient leurs troupeaux (*♦).
aux chassaars d^adresser des prières à Apollon et à Diane. C'est cette qualité qui a déterminé le choix des armes qu'on leur a attribuées.
(' *) Voyez lés endroits cités dans la note 7. ('^) Ëustath. ad IL p. 904. 1. 10.
(") Schol. ad II. 9f. 660, d'après les poètes cycliques, çî. Mûller, de Cyclo, p. 137 fin.
('^} Lfe moyen qu'il l<$ur indiqua étoit un poison contenu dans l'écorce d'an arbre. On en gardoit le bois dans son temple comme line relique, et Apollon reçut Tépithètedeuivx^oç (de Av^oç, un loup) , pour consacrer le souvenir du bienfait qu'il leur aroil rendu* Pans. II. 9. 7. Que les Athéniens dobitèrent le même nom à Apol*- Ion, à cause du Lycée, qui lui étoit consacré," endroit qui aToit emprunté son nom à Lycus , fils de Pandion (Paus. 1. 19. 3.) , et qu'il fut encore décoré du même épithète par les Argives, à cause du combat entre un loup et un taureau , qui auroit assuré à Danaiis l'empire d' Argos (Paus. II. 19. 3.) , ne déroge en rien à la tradition de Sicjon. Nous ne prétendons pas même réfuser aux Lyciens le droit d'appeler Apollon Lycius , parcequ'il avoit un oracle dans leur province; et, reut-on absolument que Av ni,Q<; soiiU nomen gentiie, et qiie l'épithète qui dérive de ilvxoç soit Avxffroç; comme le prétend Éustathe (ad II. p. 268. 1. 10.), nous n'avons qu'à lire Xvxetoç, au lieu de Arx»oç, dans les endroits cités de Pausanias; car il est bien plus facile d'ajouter une lettre au texte que d'en ôter les récits qui s'y trouvent , et qui rapportent évidemment l'épithète à AvKoç, un loup, pour ne pas dire qu'en Argolide Apollon fut appelé, par le même motif, JlifxoxT^roç (Soph. £1. 6, cf. Schol.). Le XvHijyêyif<; cl*Homère (II. J. 101.) paroît être éqmYvlenik Xvxtot; , Lycierij quoique l'étymologie du mot offre quelque difficulté, Xvxiiyeififç ne pouvant dériver de Avuya ou deAix*oç. Mais, en tout cas, gardons nous bien de prendre ce titre de Avxi/y^v^ç pour une indication de Tidentité d'Apollon et du Soleil, comme l'ont fait quelques grammairiens, qui prétendent que ce mot dérive de Xvxri , ^ç&Qoç, Que cela signifie qu'Apollon naquit dans la matinée , per me licet, mais il n'en est pas moins certain qu'Apollon ne fut jamais le Soleil , dans les siècles héroïques. Le savant Heyne n'a pas même su se préserver de cette hérésie littéraire. Voyez sa note sur l'endroit cité d'Homère. Ëustathe (ad IL p. 343. 1. 30.) ne trouve pas une si grande difficulté dans l'échange du mot Xv»^f4'^^ç pour
Oai 9 3 ae dëdaigoa même pas de délivrer les mortels d'am'maiix beaucoup plus immondes , quoique non moins nuisibles , par exemple de souris (' ^) » de sauterelles (' ^) el même d'autres calamités , comme , par exemple , de l'ivraie dans le blé (* ')•
Arbitre de ta vie On vôit qu'Apollou étoit une divinité très nédecin. * bienfaisante , mais on voit en même temps
qu'il avoit on pouvoir très étendu sur la vie el le bien-être des créatures. Il n'est done pas étonnant qull s*en servit aussi quelquefois contre les hommes , lorsqu'ils a voient mérité sa colère. Et c'est cette observation qui nous porte à faire remarquer un nouvel attribut en ce dieu , qui est entièrement conforme à ses qualités de poète et de devin , savoir le pouvoir spécial sur la vie et la mort ^des hommes et des animaux. Parmi les. hommes , le poê-
XvHktjyêy^ç* £t que dirons-nous, si la Ljcîe même euf empranié son nom aux loups qui montroient le chemin à Latone, lorsqu'elle arrita dans cette contrée, d'a{irès le récit rapporté par Antoninus Liberalis (35) ! Mais le récit qui dépeint Latone ayant pris la forme d*un loup (Schol. ApoU. Rhod. I. 1049.) est certainement d*une date plus récente.
('•) Apollon fut appelé Sminfheus (II. urf. 39.) , parcequ'il aroit délirré de souris les vignes des Cretois, qui appeloient ce fléau fj/ilve-oç ou Cfiiy&toq, Apion ap. Apoli. Soph in t. L'image d'Apollon dans le temple de Chrjsa , avec une souris à ses pieds (Strab. p. 901. B.), ezpftque assez clairement cet épithète pour qu'il n'j ait pas besoin d'en chercher l'origine dans le nom d'une YÎlle, Smintha, comme le fait Aristarque. Selon Polémon (ap. SchoL ad Hom. 1. 1. éd. Wass.) Apollon aToit d'abord euTojé les souris pour châtier son prêtre Grinis , et l'en avoit délivré ensuite. L'orade donné aux Teucriens , rapporté ici et dans l'endroit de Strabon , ne mérite aucune attention ; car Strahon lui-même place cet évènemei^t dans les temps de Callinus , et par conséquent beaucoup plus tard. ef. £ustath. ad II. p. 26.
(i«) noçyo7tio}y ^ en iEoKde, Strab. p. 912. B. On voyoit encore une statue d'Apollon f ornopîon sur l'acropole d'Athènes, Paus. I. 24. 8.
(") *Eçv&ifi,oç dans l'île de Rhodes, Strab. p. 912. -B. J'ajoute ici ces deux exemples pour confirmer la vérité de la dérivation de l'épithète Sminthée, dont nous venons de faire mention, quoique la première an moins soit certainement de date plus récente.
te-prophète ëtoit souvent, comme nous Tavons vu pluf haut, investigateur dds secrets de la nature, physicien, botaniste et médecin ^ lorsqu'il se senroit de ses counoissanccs pour rétablir la santé et pour prolonger la vie de ses semblables. On ne pouvoit donc rien attendre de moi'n^ dii dieu qui remplissoit les mêmes fonctions sur l'Olympe. Mais 9 comme les divinités étoicnt en tout supérieures aux hommes, le dieu poéte-propbète n'avoit pas besoin de fouiller les entrailles de la terre, pour y trouver les remèdes nécessaires aux maladies qu'il vouloit guérir , ou les moyens d'opérer d^une manière quelconque surTéconomie animale : il tenoit dans ses mains la vie de l^omme et des autres créatures ; un mot tle sa bouche étoit suffisant pour rendre la force et la santé aux malades les plus désespérés ; un coup des armes dont>il se servoit ordinaire^ ment suffisoit pour répandre la destruction et la mort. Il saisit quelquefois , il est vrai , la lance (' f ) , il se couvre du casque et de l'égide, comme Minerve (*^), il prit souvent part aux combats (^^) , et il étoit très habile dans les exercices du corps (^'), mais ses armes ordinaires étoient l'arc et les flèches (^^), et il donnoit aux mortels
(^8) Hom. II. O. 306 sq. JT. 698 sq. Voyez la description de rimage d* Apollon à Amycles, Paus. III. 19. 2. Jeneveaxpas parler de répilhète xç^'^^^'Ç ? parcequ'îl n'est pas certain s*il se rapporte à une épée (II. E» 509. cf. Heyne ad h. 1. et Schoh ad 11. O. 256.}. Comme il donna un arc à Teucer (Hom. II. O* 441.), il fit présent d'un casque à Hector (Hom. II. ^. 352 sq.). (»^) Hom. II. O. 229, 308 sq. 318 sq,
C®) On l'appelle même Xnoaaôoq , comme Minerve. II. T. 79. Les fêtes Carnées à Sparte offroient l'image de la vie dans un camp. On dinoit alors sous des tentes. Eust. ad II. p. 1519 fin.
(»>j Hom. II. ^. 660 sq. cf. Scliol. adh. 1. On racontoît en Élide qu'Apollon aroit vaincu Mercure à la course , et Mars dans le pugilat. Pans. Y. 7 fin. Plutat que , en citant tel endroit d'Homère (Symp. YlII. 4.), fait observer que les Delphiens sacrifioient à Apollon Ttvxrtjç et les Cretois à Apollon cTço/iaroç. Eschyle plabe Apollon parmi Ils dieux ènayoivloi,. Agam. 520. SuppL 695.
(**) To^oqpdçoç, ixarfjfiéXoç , iHtjfioXoq y nlvTÔTo^oç ^ àçyvço-
k fiioalté de s'en servir avec avaiUage (^^). — Or , œs flèoh^ B'eccaaîoiiiioifliit pa» aeuienfient la mort d'une ma* nière ardtnaiffe : elles avoient aussi un pouvoir miraculeux d'exciter des maladies , et il paroit que tous ceux qui mouroÂeot subileroeat étoient regardés comme frappés des traits d'Apollon (^^). Mais un dieu au$Bi bieo*faisant se serviroitril de son pouvoir uniquement pour détruire , et cdui qui est l'arbitre do la vie seroit-il toigours prêt à la détruire sans jamais penser à la préserver I II n'y a pas de doute que dans la suite Apollon.ait été rq>résenté comme )e) dieu tutélairedes médedos » eomme la divinité qui rendoit les forces et la santé aux malades. Cependant Homère ne le représente pas encore sous ce point de vue (^^) > et Ton trouve méoie chec lui un autre dieu de la médecine » ou plutèt un médecin de TOlympe, appelé Péëon(^^) : mais d'abord il seroit difficile d'imaginer qu'une qualité qui a tant de rapport avec tous les autres attributs de ce dieu ne soit pas aussi ancienne que ceuxrlà. La médecine avoit UB rapport trop direct avec l'art de la divination pour qu'il soit possible d'imaginer -que le devin de l'Olympe, dont on pouvoit sans doute attendre les plus hautes facultés , ne réunit en sa personne des talents qui étoient presque inséparables dans les hommes (^^). Nous trouvons
(^») Hom. 11.^. 101 sq. 9^. 872 sq. Od. *• 267 sq. On croyoit qu*on ne pouvoit pas espérer du succès dans cet exereiee le jour de la fête d* Apollon :
Ifvy /4,(if yà(f xa%à é'^fioif coçti; voZo &foZo 'jàyv^ • T*ç ai Hê ro^a T»Taij'0*r'. ib. T&* 258 sq.
Ott croyoit que Mélanée étoit Ms d* Apollon, parcêqu'il étoit très habile à tirer de Tare. Paus. IV. 2. 2.
(**) Hom. IL ^. in. Od. ff. 64 sq. P. 494. cf. ttymn. Hom. IIL 152 sq. ApoUod. 11. 5. 9. (p. 130.), où il afflige Laomédon d'une maladie peslilenlielle. Voyez aussi la belle description de la mort d'Achille^ frappé par les traits d'Apollon, dans le troisième livre des Paralipomènes de Quinte de Smyrne..
(**) Apollon guérit la plaie de Glaucus, il est vrai (Hom. H. ^* 515.) ^ mais Minerve fait la même chose à T égard de Diomède. II. £•
(^^) Hom. 11. E. fin.
(y) Ce rapport a été très bien saisi par Diodore, dans sa mytfao-
4'i^eiiT3 qmkpêit» légère» iodioatioxis qui semblent justifier oos prévisioiis. Pbéréoyde pelrace Torigioe d'^un ëfMtbète 4 ^Apollon qui le &it contioitre cooibemï une divinité salutaire jusqu'aux temps de Thésée (^?). Les Messénieos asstiroient que le temple où ApoUou fui adoré comme di« ifÎBité salutaire , à Gorone , étoit un de ses sanctuaires les plus anciens (^^). Non seulement Hésiode (^^) , mais Homère même le caractérisent comme l'une de ces diyi* mtéii qui avançoient le dév^ppement du corps humain dans la jeunesse (^^) , et jusque la santé, le bien-être et la fécMciité des chevaux et du bétail (^^)* Enfin la tra. diticm qu'Apollon fut le père d'SscuIape semble confir» aer l'opimon qu'il fut regardé dès les temps dont nous nous occupons à présent comme l'inventeur et l'auteur de l'art salutaire auquel Les infortunés mortels doivent si sou* vent M non la vie au moins le soulagement de leurs maux et l'espérance de recouvrer la santé. Ajoutons encore que la mort même occasionnée par les traits d'Apollon et de Piaoe est représentée souvent comme douce et exempte
Ibgieeuhémérique, T. I. p. 390: <t* de xi^y îa-cçtxrjyimç'fjii.iiv
Xai^ôv OvyffiM^t &f^a7fêiaq tvyxdvftv t»ç à^çuçôvraq^
(^^) îhésée offrit des sacrifices à Apollon OiiX^oç et Diane O-èXCa j. avant son départ pour Tile de Crète. Pherec. ap. Macrob. Satum, I. 17. cf. Pherec. fr. éd. Stùrz, p. 198. On Thonoroit sobs ce nom à Délos, Tun des sièges les plus anciens de son culte. Strab. p. 942. A. (aî>) Paus. IV. 34. 4.
(^°) Hes. Th. 347. On consacroît par conséquent à Apollon la ehevelure, comme aux I^ymphçs et aux Rivières, avec lesquelles il partageoit cet attribut, cf. Tzetz. ad Lyc. 1133.
(^') Cm est évident par Od. T. 86, où Ulysse attribue la haute et belle stature de Télémaque à Tinfluence bien£adsante d* Apollon. Le scholiaste remarque ici très à propos: iTtê^dif — xa^ovçéipoiç 6
^aaj Voyez Véloge que fûtBomère des chevaux d' Admets, dont Apollift avoit pris soin, U. B. 763 $q. cf. Schol. ad ts. 766, et JlpoUod. I. 9. 1^ et m. Ip. 4 , où les Tâches d'Admète hà doivent leur fécondité. ApoHon reçut même de cette qualité un nouvel épi* tbète , celui de y9^*o<:.. G est ainsi qu*il pread aussi sois dev tron-^ peaux de Laomédon. Hou> U. <P. 448 sq.
de douleur. Homère , en traçant le bonheur des habitants de rUe de Syria , compte parmi les avantages dont ils jouissoient que les maladies leur ëtoiént inconnues et que , lorsqu'ils ëtoient avances en âge, Apollon et Diane les bisoicnt mourir par leurs traits (^'). Je me trompe peutêtre, mais il me semble qu'Apollon est représenté ici comme le véritable auteur de l'euthanasie. Aussi le corps do celui qui avoit reçu la mort de sa main n'étoit pas défrguré : il étoil intact et avoit encore un air de vie et de santé (' ^). Charmante fiction en effet et éminemment tragique ! La mort est le sort commun de tous les habitants de la terre ; personne ne sauroit l'éviter : tout ce que nous pouvons espérer c'est que ce moment fatal soit différé aussi longtemps que possible et qu'enfin , Theure ayant sonné , le trajet soit facile et sans douleurs ! Son pouvoir Le pouvoir d'Apollon ne se bomoit pas rapporu. P^^s à la sphère de ses fonctions particulières
que celui des autres divinités dont nous venons de parler. La nature lui obéissoit comme à elles : les vents (**) et les rivières (**^) écoutoient sa voix; il faisoit sortir les iles du fond des mers , comme Neptune (^^); les orages les plus affreux ne sauroient nuire à celui que sa main protégeoit (^ ®) , et les guerriers qu'il
(»») 'urfyarorç ^tXéfaai^v. Hom. Od. O. 408 sq. cf. JT. 279 sq. (^^) Hécube, en adressant la parole au. corps d*Hector (II. /^* 757 sq.), dit:
Nvv âà fioi, içc^f^t; Haï 7rç6ag>aTo^ iv fityâçoi>0t Oïq dyayoZq fitXtêaant iTto^xôiAèvoq naTiTtêip'Vêv^
(»«) Hom. II. A. 479. cf. Hymn. Hom. I. 420. («<^) Hom. II. M. 24. Hes. Scut. Herc. 477 sq.
(a?) Apollod. I. 9. 26 sq., où M. Heyne préfère très à propos la leçon xaTTiarçà^t pour xaTêç^f^pê, C'est Thistoire deTiled'Anaphé qu'il fait sortir des profondeurs de la mer, pour tirer les Argonautes de rembarras où ils se trouvoient. Son arc étincelant ressembloit à la foudre, d'où il reçut l'épithète d'jàlyXyTfj(i , cf. Con. narr. 49. Strab. p. 78, 741. £. Apollon. Rhod. IV. 1710 sq. 1714 sq.
(3^) Diomède eroyoit lui devoir son salut dans la tempête qui Tavoit accablé. ApoUo içr^/^az^ç^oç. Paus. II. 32. 2.
hoDoroit de sa bienveillance n'avoient rien à craindre dans les combats : il ranimbit leurs forces et leur inspiroit le courage (^^). Apollon étoit par conséquent, avec Minerve, Tune des divinités les plus puissantes et les plus respectées. (♦<>).
Son influence Qu voil quelle étoit l'influence qu^on attri-
«ur le sort de ., . ^ * __ -,
l'homme. tribuoit à ApoUon sur le sort des hommes.
Cet oit de lui qu'on devoit attendre Thabileté dans les arts les plus propres à égayer la vie et dans le maniement d'une arme aussi utile dans la guerre qu'à la chasse. Les biens les plus précieux étoient placés sous sa garde , et , pour ne rien dire du pouvoir étendu qu'il partageoit , comme nous l'avons vu , avec les autres divinités du premier rang , la vie et la santé dépendoient de lui , et telle étoit sa cohnoissance de l'avenir et de la volonté de Jupiter que c'étoit de lui ^ préférablement à toutes les autres divinités , qu'on attendoit des conseils utiles pour les entreprises qu'on projetoit et des éclaircissements quant à l'incertitude sur l'avenir. Son caractère. ApoUon avoit d'ailleurs , suivant les opinions de ses adorateurs , les mêmes vertus et les mêmes défauts que les autres divinités. La tempérance fut aussi peu pratiquée par lui que par Jupiter. Le nombre de ses intrigues amoureuses est même remarquable. On conçoit que la vanité des difiérèntes tribus de la Grèce , qui se glorifioient d'être issues d'une divinité aussi auguste , a beaucoup contribué à augmenter le nombre de ces traditions. Homère représente ordinairement Apollon comme une divinité d'un caractère très modéré. Mais il n'est pas moins (^^) Par exemple Glancus et ^née, dans Tlliade.
(♦*») Hom. II. 0. 540. iV.827. z^oifiTjv â\(oçTUr' 'Ad^i^aiff- »ai *ji7r6kXo>v. Voyez le magnifique exorde de l'hymne homérique à Apollon, imité d'une main de maître par notre incomparable Bilderdijk, dans son poème à la Yierge (Nieuwe Uitspruitsels , p. 27 sq,). Dans cet exorde les dieux se lèvent lorsqu'il entre et vont à sa rencontre, honneur qu'ils ne rendent chez Homère qu'à Jupiter etàJunon.
jdoiix de soB amtoritë que les astres àieox , et il y a même M osses graod nombre de tPffditionS'OJi' sont consignés léë efiets de sa oolfere tant contre ceux foi osoieat attaquer Isi TÎe* ou l'honneur de ses parents «u de ses amis que contre les téméraires qui avoient osé insulter à sa majesté diVitte ;^ mais é'aîHeurs on ne voit pas qu'il prit part au jugement de la moratitë des actions Iwimaines ni k aucune distri;^ bution de peines ou de véoompenses. «
H suffira de rappeler ici la niengeance exereée par Apot loa> et Diane envevs Niobé (^') , le çhàtin^ent de l'audace de Tityus envers Latone {^) , la y^^geanoe' eaoefoée sur les Cyclopes , paroeque Jupiter avoit tué Esculape , fils d'ApoUon (^*) , la peine infligée aux Phlégyens , qvi avoient inoendié son tlempie (^^) , et à toutes les nation» qui' n'avoient pas voulu accueillir Latone , bnrsqu'elte étoiil enceinte d^ Apollon et de Diane ('^^)\, enfiili les* calamitéi^ suggérées aux Dorions :, à-cause du meuvtre dudevin Gar^ nus(*^).
Et, pour ce qui concerne la vengeance exer^oée par Av poUon à cause d'insultes à sa propre dignité , on n'en trou<" vera guère d^eiiemple phis frappant que* dans la traditionri» Végard de la' manière cruelle dont il punit Ifersytts de' 'son audace di'avoir osé s'engager dans un) combatmusical aveo lèdieu^des artisi et* du^ chant (^^). Dans- cette tKadition el^
(^') Hpm. IL /i. 605 sq. cf. ApoUod. IIÏ. 5. 6. Paus. I. 21. 5.
Xanth. Itjà. ap. Pârth. 33. Dans un autre endroit de Pausanias
^11. 21. 10.) denr des filles de Niobé échappent aa suppliée, par^
4Mqp'e]ldS'»?oieat invoqué Latone. ...
(*a) IpoHod. I. 4. 1 fin. Strab. p.646.
(*3) Pherec. fr. p. 82 fin.
(**) Pherec. ap. ScboL Hom. II. N. 302. (*«) Paus. VIII. 53. 1.
\^^) Suirattt qttelques-uns cet événement donna lieu au culte généralement répandu c^ez ces peuples d* Apollon Carûéeu. '^ojez à cet égard et' à celui d'autres opinions sur rôrîgine de ce culte , Paus. m. 13. 2,3. SurTépoque de son institution voyez Sfiirz, ft. Héllan. , p. 84'sq* .
(♦7) Apollod. I. 4. 2. Paus;" IL 7. 8. Strab. p. 866: B. Sa colère s'étendit même aux autres joueurs de flûte, Paus. III 22. 9.
dans quelques axitres le caractère d'ApoHon n'est rien mdîns qu'humain 0u compatissant {*"*').
let Mnset. En SBr qualité de poéHe , Apolton éteit accom^ pagné des neuf filles de Jupiter et de la Mémoire (Mné^ mosyne) , qui inspiroient aux poêles l'enthousiasme nécessaire pour la composition de leurs ouvrages etibrtifîoient leur mémoire , pour les mettre en état éé se rappeler les érènemenits et surtout les noms propres de personnes et de Ueus dbnf ils dévoient faire menliron dans teurs poëtnes , tandis quelles donnoient de Féloquence aux princes , lon^ qu^ils jugeoient les difiKrends de leurs sujets (♦^).
Nous avons vu plus haut que les Muses les plVis anciennes n'étoient autre chose que des personnifications de la: mémoire , dtt chant et de l'exercice (*'^). Ees neuf soeur»
Bérodote (YII. 26. of. Paus. X* 30. 5») attribue- cette tradition AU^. Phrygiens», Cq)6ndaiit elle n'est pas la seule où. Apollon* sa ipontre ayee un naturel fougueux et prompt à la colère. C'est certainement pour adoucir Tàpreté de ce récit que quelques-uns ont imaginé de représenter ce dieu se repentant de sa cruauté. Diod*. Sic. T. I. p. 227 , 228. cf. p. 391.
{^^) La. tradition rapportée par Pausanias (I. 43. 7.) , qu'Apollon envoya an monstre en Argolide pour dévorer les petits enfants , et qu'il ravagea cette contrée par la peste , parceque le fruit de ses amours avec la fille du roi avqit été mis en pièces par les chiens dis ce' prince, n'est certainement pas une preuve de la haute opinion qu'avoient les Grecs de l'humanité du dieu des arts. Ajoutons- ici la cause futile qui rengagea à a(!liger par la peste les JËgialéens (Pans. IL 7.7), sa vengeance exercée sur Linus etCinyras (Philoch* ap. Schol. Hom. II. 2:. ô70. cf. £ustath. ad II. p. 1222. 1. 40. Scbol. 11.^^* 20^ Paus. IX. 29' 3). Nous verrons dans là suite que ce 'caractère ne se démentit pas dans les récits qui sont certainement d'une date beaucoup plus récente.
'(-*»; Hom. Od. 0. 63 sq. 73 sq. Hes. Th. 1—115. cf. 915 sq. Seat. Herc. 205 sq, Hésiode^est si persuadé du secours des Muses qu'il n'hésite pas de donner des conseils à son frère sur des choses dont il déclare lui-même n'avoir aucune expérience. Op. 646-662.
(^^)Miiémé, Aoedé, Mélété. Selon Mimnerme et Alcmaûles Muses étoient filles du Ciel. Paus. IX. 29. 1 , 2. Euraélus de Corinthe parle de trois Muses , filles d'Apollon. Aratus en admet qua~ tre, d'autres cinq, Épicharmesept, fiUes de Piérus, le même qui, suivant Pausanias (1. 1») , institua le culte des neuf Muses. Il est trè»
ëtoient bien oertainement des divinitës persoaiieUes , qui avoient leurs fils , Icors amis et leurs protégés parmi les mortels , et qui ne manquoient pas « comme Apollon , de ohàtîer les téméraires qui osoieot leur disputer le prix de la musique et du chant (^').
Origine dci Mu- H ne scra pas nécessaire , je crois , de Ion. ' chercher Forigine du culte des Muses en E-
gypte(**), ou en Lydie (**), ou en quelque autre partie du monde ancien ailleurs que dans la Grèce même. Leurs fonctions et leurs noms sont si entièrement grecs qu'il ne nous est pas permis d'élever des doutes à cet égard , et d'ailleurs nous savons dans quel endroit et par qui leur culte fut institué (^^). La recherche de Torigine d'Apollon semble exiger plus de détails. Çrétentions dc« S'il falloit en croire Eratoslhène , cet exagyp »®"»* m^^ seroit très facile : nous n'aurions qu'à renvoyer à nos réflexions sur le culte du Soleil. Car , suivant lui , Apollon n'est qu'un épithète donné au Soleil par Orphée (^^). Cependant un coup d'oeil dans l'Iliade
vraisemblable qae cette variété da nombre ne dépend que de la différence des explications allégoriques. Ceux qui admettoient cinq Muses les prenoient pour les cinq sens ; les quatre Muses étoient les symboles des quatre dialectes ; les sept signifioient les sept cordes de la lyre, les sept planètes ou les sept voyelles. Tzetz. adHesiod. Op. p. 4 in. Diod. Sic. T. I. p. 252 fin. 253. cf. Anton. Lib. 9. Quelques-uns n*en admettoient que deux. Corn. N. D. 14. cf. Cic. N. D. III. 21 f et les endroits cités dans rédition de Creuzer.
(5*) Voyez rbistoire de Thamyris (Hom. IL B, 594 sq. ApoUod. L 3. 3. Paus. IV. 33.7) et le combat musical des Muses et des Sirènes. Paus. IX. 34. 2. *
{^^) Diod. Sic. T. I. p. 22. Si Ton a envie de voir comme on a essayé de démontrer que les Mases furent les filles de Memnon , en Egypte, on peut consulter Creuzer, Symb. T. I. p. 472 — 475.
.('^) Nicolas de Damas (fr. éd. Or. p. 116.) parle de Nymphes qui portoient le nom de Muses, en Lydie. Creuzer (Hist. Gr. antiq. ù, p. 155.) prétend que ce fragment est tiré des ouvrages de Xanihtts de Lydie.
{«*) Paus. IX. 29. 1 , 2. cf. Strab. p. 629. M. 722. (S*) Eratosth. Catast. 24.
OU rOdyssëe peut nous convaincre que le Soleil et ApoHon sont deux êtres entièrement distincts. La même réflexion peut servir à écarter Topiuion de Gfaampollion , qui cherche en Egypte l'origine des flèches d'Apollon (**). Et, pour ce qui concerne d'ailleurs Torigine prétendue égyptienne de ce dieu , nous avons déjà fait remarquer que ce qui est dit de File flottante de Chemmis , où Buto (qu'on croyoit être la même divinité que Latone) auroit caché Horus et Bubastis (que Ton comparoit avec Apollon et Diane) , pour les soustraire aux poursuites de Typhon , n'est autre chose qu'une imitation des traditions grecques sur Tile de Délos que des voyageurs crédules prenoîent pour des fables égyptiennes , tandis que quelques poëtes, pour rendre la ressemblance plus frappante encore , changèrent Diane en fille de Gérés , comme Bubastis étoit la fille dlsis et d'Osiris(^^). L'Apollon Musagète des Égyptiens , qui leur fit connottre le laurier , dont parle Diodore(^^), aura certainement encore plus de peine à cacher son origine grecque. Qu'il régnât jadis à Trézène un roi qui s'appeloit Orus , nom que Pausanias croit être d'origine égyptienne (**) , et qu'à Mégare on trouvât deux statues d'Apollon du style égyptien (*^) , ces faits ne pourront sans doute paroitre des preuve^ très convaincantes de l'origine égyptienne de cette divinité- En un mot , je ne crois pas qu'on puisse démontrer qu'Apollon fut le Horus des Égyptiens , pour ne pas dire que , vu l'ignorance où nous sommes toujours à l'égard de la nature et des attributs des divinités égyptiennes , il seroit
(**) Nous renvoyons le lecteur à notre écrit sur les décourenes de ce savant, lets over ChampoUion, p. 107 fin. 108.
(«^^ Herod. IL 156. cf. Hécat. fr. in Hist. Gr. antiq. fr. éd. Crenz. p. 26. Dans un bourg de T Attiquô on voyoit un autel d'-<^pollon Dionysodoltis y nom que quelques-uns expliquoient par ^-» poUonJUê de Bacchus, Pans. I. 31. 2.
(«^) Diod. Sic. T. I. !>. 21 , 22. cf. p. 30. («») Pans. II. 30. 6. {»^) Paus. I. W. 5.
prcsqu'aussi facile de retrouver Apollon dans Harpoorate ou dans Aruêris (^°).
Si le culte d'A- Le respect que témoignoient les Perses ngine dans VA- P^^^ ApolloQ et Diane , tandis qa*ils portie-8upérieure. toient une haiuc mortelle aux autres diidnitâ de la Grèce , rend extrêmement probable qu'ils les pré* noient pour le soleil et la lune , mais il ne prouve null^ ment que les enfants de Latone fussent des imitations de divinités perses (^ ').
. La même réflexion est applicable à Topinion qu'Apollon fut le Bel des Assyriens ou le Baal des Phéniciens (^^). bu dans l'Asie- fl ne sauroit parottre étonnant qu'on ait
prétendu qu'Apollon naquit dans l'Asie-mi* neure, lorsqu'on se rappelle qu'il avoit plusieurs crades dans ces contrées et que la mythologie en fait le théâtre de plusieurs traditions qui ont rapport à son histoire. Ces traditions cependant sont pour la plupart
(^^) Le raisonnement de M. Hag (iiber den Mythos, p. 51 sq.) se fonde entièrement sur la supposition qu'Apollon étoit le soleil ou le génie du soleil. Tout ce qu'il allègue à cet égard appartient à une date beaucoup trop récente pour devoir entraîner notre sjifirage. Quant aux traits de ressemblance que cet auteur a cru avoir trouVé entre le culte et les fables d'Apollon et de Horus, ils ne déposent que de son attention pour ne laisser rien échapper qui puisse donner quelque appui à sa thèse. Car il n'y en a aucun dont on ne trouve aussi fecilement et même plus facilement la première origine dans la Grèce qu'en Egypte.
• (<^«) Herod. VI. 97; 118. Strab. p. 941. B. cf. Brisson. de reg. Pers. princip. p. 364 sq.
(^^) Il est en effet remarquable que cette erreur si manifeste qu'Apollon fût un nom du soleil se soit répandue parmi tous les savants. Selden, qui d'ailleurs étoit bien en état d'en juger, dit encore; »Apollinem qui idem, ut pueris notum, cum sole sea Phoebo, censefoant fielin sive Belenum suum esse," de Dis Syr. p. 218. Que les Grecs aient confondu dans lu suite ces deux divinités, cela ne nous regarde en aucune manièce, lorsque nous en recherchons rorl^ine. Les Cretois appeloient le soleil Abeliusy selon Hesjchius, nuis il ne dit pas qu'Ûs appelassent ainsi Apollon. La statue d'Apollon à Hiérapçlis dont parle Macrobe (Saturn. 1. 17. p. 307.) ne prouve rien iei.
des imitations de légendes grecques. Gdte des ÉpkésieAg , par exemple , qui montroient Fendroit où Latone mit au monde Apollon et Diane et la montagne où se placèrent les Gurètes pour détourner Tattention de Junon(^^) , est absolument là même fable que ceUe de la naissance de Jupiter et de Neptune qui ëtoit en vogue dans l'ile de Crète et en Arcadie. Que si l'on veut alléguer comme preuve que Crésus adoroit Apollon (^^) / on pourroit citer peut-être , de l'autre côté , la mention que font quelques auteurs du culte de ce dieu en Grèce du temps de Dar* iiaûs(^') : mais, comme cette relation pourroit à peine passer pour une preuve historique ('^^) , de même le respect que Crésus poftoit à Apollon ne prouve rien ici , parceque longtemps avant lui les Grecs avoient eu des établissements dans r Asie-mineure et des rapports fréquents et intimes avec les Lydiens.
Le rapport de Pausanias, que l'oracle d'Apollon à Di« dymes existoil déjà avant l'arrivée des colonies greo* qoes(^^), semble prouver au moins que le culte dé ce dieu fut très ancien dans l'Asie-mineure. Cependant quels soupçons que puissent s'élever à cet égard , nous avo^s des rapports concernant l'origine du culte d'Apollon et de IHane qui dissipent toutes nos incertitudes et qui nous mettent en état d'apprécier k leur juste valeur les prétentions de toutes les autres nations.
\^^) Strab p. 947 fin. , 948. Le scholiaste d*Homère (ad II. ^. 101.) assure que la tradition de la naissance d* Apollon en Lyciè date des siècles après ce poète.
{*^^) Herod. I. passim.
(^^) Paus. II. 19. 3. Il dit, dans un autre endroit, que te premier tefflple d'ApolioB à Argos fut bâti par Pjthée, qui y aborda de Delphes.
(^^) YoSà aussi pourquoi nous ne voulons pas alléguer Thistoirs de Périphas ^ qui auroît yécu en Attique avant Cécrops et qui j aureil consacré plusieurs temples à Apollon. Anton« Lib. 6.
p») Pauf. ?IL 2. 4. ef. 3 in.
Origine tepfen- Je veux parler de la tradition des habiloD e^t de Diane. ^^^ de Ttle de Délos , le siège principal du
culte d'Apollon. D*après cette tradition, Apollon et Diane , accompagnes de deux vierges hyperborécnnes , appelées Argë et Opis , dont on montroit le tombeau à Délos et qui partageoient avec eux les honneurs du culte public , étoient abordés à Tile de Délos , venant du pays des Hyperboréens et ayant passé par celui des Scythes , par TÉpire , où ils avoient visité Dodone , et par le continent de la Grèce , d'où ils s'éloient embarqués pour TEubée et étoient arrivés enfin à Délos , après avoir relâché aux lies intermédiaires. D'après les Déliens cette arrivée avoit eu lieu avant les temps d'Olen , car ce poète avoit déjà fait mention des vierges Argé et Opis , dans les hymnes qull avoit composés pour le culte d'Apollon dé- Uen. Les Déliens ajoutoient que les Hyperboréens , voulant continuer à ofirir leurs hommages à leurs divinités , quoique absentes , avoient envoyé deux autres vierges , appelées Hyperoché et Laôdicé , accompagnées de cinq hommes , pour porter leurs offrandes à Délos , où le culte d'Apollon et de Diane avoit été établi. Mais, comme ces vierges n'étoient pas retournées dans leur pays , les Déliens les ayant retenues et leur ayant consacré des honneurs après leur mort , comme à Argé et à Opis , les Hyperboréens avoient imaginé de porter , sur leurs frontières , leurs offrandes enveloppées dans de la paille de froment (^*) , et de les remettre à leurs voisins , les priant de
(*^) ^Içà iv&tâffifva «y xakàfif; Ttvçmv. Je laisse à d'autres de déterminer la nature de ces offrandes , dont, suivant Pausanias , la connoissance appartenoit aux mystères (I. 31. 2. Voyez Spanh. ad Callim. H. in Del. 283). Caliiraaque (1. 1.) a: xnXàf*^v %€ xal lëçà âçdy/jLaza àçaxvfov, La paille de froment faisoit aussi partie des offrandes que les femmes thraces et péoniennes consacroient à Diane. Voyez Tendroit d'Hérodote, cité dans la note suivante. La flèche d'Apollon, qui fendit les airs , furà rfç xaçjtoipÔQo Jiji/nf- 1 çoç (Ëratosth. Catast. 29.) , me paroît être une dépravation de la
les accompagner jusque chez une autre nation , et qu'ainsi ces offrandes , passant de peuple en peuple , venoient du pays des Hyperboréens à Dëlos(^^).
La tradition dont nous venons de parler se retrouve chez d'autres peuplades de la Grèce. Les Prasëcns , en Attique , prëtendoient que les Hyperboréens envoyèrent à leur temple d'Apollon les prémices des offrandes , et que ce ne fut que par leur intermède qu'elles parvinrent à Délos ('^). Selon la poétesse Bëo Toracle de Delphejs auroit été fonde par des Hyperboréens , parmi lesquels se trouvoit le poète Olen. Le temple le plus ancien auroit été une sorte de chaumière , composée de branches du laurier de Tempe , et le sanctuaire composé de plumes et de cire qui fut bâti ensuite , auroit été envoyé par Apollon aux Hyperboréens , ses anciens compatriotes (^'j.
Et jusques dans les rapports qui ôtoient aux Hyperbo-
tradition rapportée par Hérodote. Je-pense de même sur la relation de Diodore à Tégard du culte d'Apollon chez les Hyperboréens , où la fable est changée en mythe astronomique (T. L p. 1&8, 159). Nous connoissons trop bien T origine récente de ces mythes pour ne pas croire, ayec M. Schaubach (ad £rat. 1. 1.), que la tradition primitive fut une fable astronomique.
(^^) flerod. IV. 33— 35. Callimaqne (Hymn. in Del. 281 sq.) décrit à peu près de la même manière le chemin par où passoient les offrandes , et d'ailleurs sa relation est presque entièrement conforme à celle d'Hérodote. Mais il parle de trois vierges, Upis, Loxo et Hécaè'rge (ts. 292.). Hécaërge est aussi mentionnée par Héraclide (Alleg. Hora. p. 417, Opusc. Myth.) et dans Tode de Mélanope, dont parle Pausanias. Olen avoit donné le nom d'Achaïa à Tune des vierges (Paus.V. 7. 4.). Voyez chezSpanh. adCallim.H.ia Del. 282 , 283', les passages de Pindare , de Plutarque , d'iElien , de Porphyre ,.d'AntoninusLiberalis, où ils font mention du culte d'Apollon chez les Hyperboréens. Sophocle appelle leur pays le jardin d'Apollon (fr. ap. Strab. p. 452 fin.). Suivant ApoUodore Orion fut tué par Diane, pour avoir violé Opis (I. 4. 4.).
(7f) Paus. I. 32. 2.
(^') Paus. X. 54. 5. Ératosthène (Çatast. 29.) parle aussi de ce temple de cire. Chez Eschyle Apollon vient lui-même de Délos à' Delphes (Eum. 9.). Pindare ne parle presque jamais d'Apollon, sans faire mention de son origine hyperboréenne. Les Béotiens , qui prétendoient qu* Apollon naquit dajns leur pays (Plut. Pelop.
fieu» la gloire d'avob inyenlë le culte d'ApoUon et de INane oa ne manqiKHt oependant jamais de faire mention d'eux , et on se contentoit de prourer qu'ils n'avoient pa» été les piemiers ohex lesquels ces di¥initës furent adorée». C'est ainsi qoe , selon Diodore , les Phrygiens prëtendoieni qu'Apollon ayoit suifi Gybèle , l'objet di son amour , jusqoes dans le paysdesHyperborëen8(^'). Il est très pro« bable que les Cretois auront fait valoir leurs prétentions à cet ^rd , au moins s'il est permis d^en juger d'après Fbynne bomérique à Apollon , où ce sont des Cretois qu'Apollon choisit pour dessertir son temple à Delpbes('*). n est vrai qu'il est diflBciJe d'en tirer quelque preuve du voyage d'Apollon , tel que le décrit le poëte , parceque le dieu descend immédiatement de l'Olympe ^ mais les premiers lieux qu'il visite sont encore les parties septentrionales de la Grèce (^^). D'autres relations représentent Apollon en exil chez les Hyperboréens , où il se retira pour échapper à la colère de Jupiter , après qu'il eut tué les Cyclopes (^^).
Il me semble qu'en réfléchissant au grand nombre de eeis traditions et en en écartant le merveilleux , nous pourrons sans danger en conclure que l'on croyoit assez généralement le culte d'Apollon et de IKane être originaire soit des contrées au nord de la Grèce ou des parties sep-
16.) , semblent aussi justifier les traditions d*une origine septentrionale de ce dieu.
(7^) Diod. Sic. T. I. p. 228.
(^^) Hymn. H<Hn. I. 395 sq. cf. Heeren, Ideen, T. YI. p. 94 fin. 95. Ce n'est toutefois pas sans raison qu'il ajoute , en parlant de ee poëme: »deren historisehe Wahrheil wir nbrigens nicht behaupten." (7^) Ib. vs. 214 sq.
(^') Apoll. Rhod. IT. 611 sq. Parmi les auteurs modernes M. Hermann (Handb. der Mythol. T. I. p. 289.) fait faire à Apollon
(l'aDteur dit : aux Hyperboréens ou Pélasges done), d'oà il rerient ensuite pour faire une petite excursion à Delphes.
tentrionales de ce pays même , et qu'en tout casDodone , le plus nncien établissement Teligieux des Pélasges , fut aussi le premier endroit où Apollon et Diane furent adorés» Et , lorsque nous nous en tiendrons à ce simple résultat , nous n'aurons pas besoin de demander si FOitosyrus des Scythes put être TApollon des Grecs (^^) , nî si Vîle de Bélos , flottante d'abord et arrêtée ensuite dans la mer sur des fondements solides , est une image de Tarche de Noé , qui se reposa sur les montagnes desséchées (^^) : tout ce que nous avons à ajouter aux réflexions que nous ituggèrent les traditions dont nous venons de parler c'est que nous pouvons admettre , sur la foi d^Hérodote , que les noms d'Apollon et de Diane, aussi bien que ceux dé plusieurs autres divinités grecques , furent formés d'aprèâ les noms de quelques divinités de FÉgypte. Il est impossible de déterminer l'idée que se formoient les anciens Pélasges d'Apollon , mais il est certain qu'on trouvera à peine un autre dieu d'un caractère aussi éminemment grec ^ue le poëte*prophète et médecin de l'Olympe. Diane. Arbitre Ce que nous venons de dire de Torigine la mort des ^^ <^ulte d' Apollon est également applicable femmes. Diane, ^ ^Jç|^J ^^ Diane. Nous avons aussi eu soin
chasseresse. i i .
de les mentionner ensemble , et ce que nous avons encore à ajouter à son égard pourra servir à confirmer le résultat de nos recherches concernant Apollon. Je crois que ce motif , joint à l'intimité des rapports entre ces deux divinités , est suffisant pour nous engager à dire ici un mot de la soeur de. ce dieu.
Diane étoit loin de partager toute l'étendue du pouvoir de son frère. Quoiqu'elle aimât la musique et la dan-
(î'^) Herod. IV. 59. Selon M. Rîtter (Vorhalle, p. 208.) Olréavçoç est OdinSyr^ Goit Syr^ Osiris,
(^^) Ritter, Vorhalle, p. 419 sq. L'olivier de Délos est la branche d*oliyier dans la tradition du déluge , et le palmier est Ift branche de vigne. On voit que la ressemblance n*'est pas partout également frappante.
fe(^*)y goût qu'elle parUigeoit d'ailleurs avec presque tous les habitants de l'Olympe , elle n'ëtoit ni poète ni propbéte8se(7') , mais, dans les attributs qui la caractérisoient, elle étoit absolument semblable à son frère.
Comme Apollon , Diane étoit armée d'un arc et de flëdies , dont elle se servoit , comme lui , tant pour exterminer les animaux féroces que pour 6ter la vie aux femmes , comme Apollon aux hommes. Mais , comme Diane n'ayoit pas d'autres attributs , le seul qu'elle partageât avec son frère étoit beaucoup plus développé en elle et faisoit , pour ainsi dire , l'essence de son être.
D'abord Diane étoit par excellence la déesse delà chasse : elle étoit , comme nous l'avons déjà remarqué , l'Atalante de rOlympe, Vierge chaste et cruelle ^'°) , inaccessible aux traits de Vénus (*') » féroce comme une lionne (^ ^) , elle erroit avec ses compagnes à travers les bois et sur les montagnes , n'aimant qu'à poursuivre le gibier et les animaux féroces (^ ^) ^ dont elle se servoit aussi quelquefois
(^^) Hom. II. It» 182 ^. Dîodore parle d'une fable où Diane te iait accompagner par an fils de Mercure qui la charmoit par son talent pour la musique (T. I. p. 327.).
\J^) II est vrai, Strabon (p. 879. C. 994 iî.) fait mention de deux oracles de Diane , mais il n*est pas probable qu'ils fussent d*ane antiquité bien reculée. Au moins les anciens poètes ne connoissent pas Diane , sous ce rapport.
(*>) Hymn. Hom. III. 16 sq. cf. Diod. Sic. T. I. p. 332. La tradition des Létrinéens dont parle Pausanîas (YI. 22^ 5.) porte Tempreinfe de la naïveté des siècles reculés dont nous nous occupons ici. Aimée et poursuivie par T Alphée , Diane se barbouille le visage de boue et ordonne à ses nymphes d*en faire autant , ce qui fait que le pauvre fleuve ne put reconnoltre sa belle et fut obligé de renoncer à T espoir de la ramener.
(»*) Hom. II. 0. 483. — - — In^l ae Xéo^Ta ywa*{i
C'est Junon , il est vrai y transportée de cidère, qui l'appelle ainsi , mais la comparaison n'en est pas moins juste, cf. Hjmn. Hom. IIL 116 sq. Hom. Od. Z. 102 sq.
oomme d'instruments de sa vengeance (^^), tandis que les mortels qui se livroiem à la chasse , soit pour leur divertissement soit pour exterminer les monstres qui infes* toient leurs champs , attendoient d'elle le secours nécessaire dans leurs entreprises et se croy oient redevables à elle des succès qu'ils obtenoient. Ce fut-elle qui enseigna à Scamandrius à frapper tous les animaux des forêts (^^). Les Amazones , fières chasseresses et qui , même à la guerre, donnoient la préférence à l'arc et aux flèches , respectoient Diane plus qu'aucune autre divinité (^^). Alcathos con- ' sacra un temple à elle et à Apollon , après qu*il eut tué le lion du mont Githéron (®^). Le chaste Hippolyte , qui ai* moit la chasse et haîssoit Vénus , comme Diane , s'Qtoit entièrenbent voué à son service (• ®). .
Semblable , sous ce rapport , à Apollon , elle avoit aussi , comme nous venons de le remarquer , le pouvoir ^ur la vie et la mort des hommes , et spécialement des femmes. La mère d'Andromaque fut percée de ses traits (^ ^) ; Achille souhaite que Diane frappe l'esclave qui a donné lieu à sa querelle avec Agamemnon {^^); Eumée attribue à Diane la mort subite de la Phénicienne (^'); Orion tomba percé des flèches de Diane (^^), en un mot
(^^) Le sanglier qu'elle envoya pour ravager les vignes d*Oenéeu Hom. II. /• 538 sq. Elle surveilloit en général les animaux. Voyez son é]piihèie fvçiTTTTa chezPausanias (VIU. 14. 4.). Lescholiaste de Pindare (ad Pyth. II. 13.) explique Tépithète de xçvff'i'^^o': (Hom. 11. Z. 205.) par Innu^.
(8 S) Hom. II. is:. 49 sq.
(8<^) Paus. III. 25. 2. Diod. Sic. T. I. 262. ('^) Paus. I. 41.4. Apollon est ici d^çcc^oç , Diane d/^oW^i^. Cette tradition est une preuve évidente qu'Apollon n'étoit pas moins dieu de la chasse que Diane, attribut qui fut absorbé, pour ainsi dire , et obscurci en lui par les autres qui contribuèrent beaucoup plus à sa gloire.
(88) Eurip. Hippol.
(«^) Hom. II. Z. 425 sq. (^°) Hom. IL T. 59 sq.
(9^) Hom. Od. 0. 477.
(^^) Hom. Od. E. 121 sq. cf. Apollod. I. 4. 4.
Japter loi avoit donné le pouvoir de disposer de la vie de Ums les mortels , comme le dëdare Junon en termes formels (J>»).
Hais , si Diane avoit le pouvoir de détruire , comme Apollon , ne partageoit^lle pas avec lui la faculté de sauver , de rétablir , de guérir 7 Nous avons déjà vu que les preuves de ce dernier attribut d'Apollon ne sont pas aussi évidentes que celles de Tautre , au moins pour ce qui concerne cette première époque de notre histoire. Elles le sont moins encore dans ce que les poètes et les mythologues nous apprennent de Diane. .D y a cependant quelques indms qui semblent justifier les conclusions tirées de l'analogie» D*abord les traits de Diane sont qualifiées d'agréa' bks^ comme ceux d'Apollon (^^); Pénélope souhaite que Diane lui envoie une mort aussi douce que le sommeil qui venoit de la quitter C), et, dans un autre endroit , la mort causée par les flèches de Diane est opposée à cel* le qui vient à la suite d'une maladie de langueur (^^). Diane étoit aussi bien la dmoité salutaire qu'Apollon « d'après la tradition conservée par Phérécyde(^^) , et, comme lui , elle prenoit soin du développement des forces du corps dans la jeunesse (^*). Enfin les preuves , que la suite de nos recherches nous fournira , que Diane fut regardée comme la déesse tulélaire du sexe en général ,
(^») Hom. n. IL *. 484. (^♦) Hom. II. £. 124.
(J>«) Hom. Od. 2:. 200 sq. (^^) Hom. Od. ^. 171 sq.
(^^) OUXia. fr. Pherec. éd. Stûrz, p. 198. (^•) KsçoTQotpoç. Diod. Sic. T. I. p. 389. Dans sa mythologie eohémérique Diane est une personne qui indiqué la meilleure nourriture pour les petits enfants. Après ce que nous Tenons de dire , nous pouvons nous passer de la subtilité des grammairiens qui trouvent dans le nom même de la déesse l'indication de sa qusJité de déesse de la santé: '^jéçrefii^ç ànb t5 àçrëfiêtç Tto^tZy. Strab. p. 943. A* Corn. N. D. 32. (Opusc. Myth. p. 224.). Le scholiaste d*Homère (ad II. /• 74.) en fait dfçov«/«^?K> f^^tt^ qui fend les airs y c'est à dire la lunel Préfère-t-pn trouver les éléments de son nom dans la langue persienne^ on n*a qu'à consulter Creuzer, Symb. T. 1. p. 735 sq.
et spécialeineiil des femmes en oouches , ce qui donna lieu à la confnsion assez généralement répandue de cette déesse avec Ludne , semblent nous donner le droit de croire que, bien que nous ne trouvons pas encore des exemples de ces attributs dans les auteurs qui doivent ici nous servir de guides (^^), il est pourtant très probable que, dès lestemps qui nous occupent dans ce moment, Diane ait été regardée comme une divinité conservatrice et bienfaisante aussi bien qu'ApoUoo. «
Son influence If ous venons de voir quelle étoit Tinfluence hommes. qu'on atlribuoit à Diane sur le sort des hom-
mes , et je crois que nous pouvons admettre , sans crainte de nous tromper , que les femmes en général se croypient placées sous sa surveillance , qu^elles considé* Toient leur vie comme dans sa main , et que les hommes attendéient d'dle les talents nécessaires pour réussir à la ehasse et dans les exercices de l'arc et des flèches. Nous ne pouvons cependant pas borner le pouvoir de Diane à ces fonctions spéciales , puisque nous avons des exemple» d'une protection accordée par eOe à ses adorateurs qui démontre qu'elle partageoit les qualités surnaturelles que nous avons remarquées dans la plupart des habitants de rOlympeC^^).
(^^) Je ne comprends pas où Pansanias (lY. 31. 3.) a pu trouver chez Homère que Diane fut à craindre pour les femmes en couches» M. Siebelis croit qu*il a pensé au discours de Junon , II. ^' 483. , et par conséqiwnt à son pouvoir de tuer les femmes. Mais ce pouvoir ne se borne certainement pas aux femmes en couches. Ulysse , p. e. , (Od. ^') n*a pu supposer que sa mère fût morte en couches à Tâge qu'elle aroit alors. Et, lorsque Diane devint Artemis-Ilithyïa, eUe Ait aussi peu nuisible aux femmes que Lncine elle-même. Au eon<* traire elle devint la déesse tutélaire des femmes et des animaux enceintes, comme dâftis TAgamemnon d*Éschjle, oii elle tire vengeance de k mort d'une haze en gestation. Dans le récit d*Apollodore (I. 4. 1.) die se constitue même sage -femme.
('^^) ' P. e. dans les traditions eoacemant le secours accordé par Diane à Oreste contré les Furies (Pherec. fr. 76. éd. Sturz) , et à Thésée contre le Minotaure (Paus. 11. 31 . 1 .).
Son caractère. Bans « un bourg de l'Arcadie , Diane fut honorée dn nom de déesse réconciliante ïm pacifique , parceqa*on croyoit que Mëlampus avoit guéri dans son temple les filles de Prêtas ('^')« Hais d'ailleurs il ne paroit pas qu'elle méritât ce titre honorable. Apollon aToit déjà, comme nous l'avons yu , toute cette fougue de jeunesse qui lui fit commettre des excès dont on ne doit pas chercher des exemples dans l'histoire des divinités plus graves et plus âgées. Diane manifestoit son pouvoir de détruire bien plus que celui de sauver et de guérir , et , en général , son caractère se fait connoitre d'un côté moins favorable que celui de son frère. On a remarqué que les femmes poussent ordinairement à l'excès les défauts aussi bien que les vertus , et que, lorsqu'elles ont une fois oublié la douceur naturelle à leur sexe , elles sont pour la plupart plus cruelles et plus vindicatives que les hommes les plus féroces. Il en étoit de même avec la soeur d'Apollon , et , s'il nous est permis de parler d'une manière aussi peu respectueuse d'une déesse , il parolt que son train de vie ordinaire auroit eu une influence très desavantageuse sur ses moeurs et son caractère. Au moins n'y a-t-il presque pas de divinité dont nous trouvions autant d'exemples de vengeance et de cruauté.
Nous ne répéterons pas les traditions dans lesquelles elle est mentionnée conjointement avec son frère ; nous ne dirons rien des gigantomachîos ou d'autres événements où elle no faisoit que suivre Texemple donné par les autres divinités C®*) : mais combien de fois ne nous est-il pas parlé de personnes tuées ou punies par Diane , en colère. n suffit de nommer Oenée , qui éprouva les effets de son
e^') Paus. YIII. 18 fin. 'Hik^ofiola. > cî. Callim. H. in Dian.
('^^) Dans la gigantomachie elle taaGration, sairant ApoUodore (I. 6. 2.). D'après le même auteur (L 7. 4.J ce fut-elle qui tu% les Aloïdes, fait qu*Homère attribue à Apollon. Od. A. 317. cf. Schol. ad II. E. 385. EusUth. ad Od. p. 438 fin.
oourroux , à cause de sa nëgligenoe à lui ofiirir des sacrifia ces('^^), Àdmète , qui fut puni pour une semblable fau^ t^C®*), Actéon , déchiré par ses propres chieiisC^^) , pour ne pas parler d* Adonis , dont quelques uns attribuent la mort crUçUe à Diane (' ^ ^j , ce qui prouve au moins qu'on la croyoit aussi capable d'une semblable cruaulé quefe féroce Mars lui-mémj&, sur qui d'autres en rejettent la faute. Et , comme Diane étoit elle méme> cruelle et farouche , elle ne pouvoit souffrir-les-: écarts d'un coeur trop tendre , surtout dans. les jeunes filles. qui s'étoient vouée» à son service. Ce fut , suivant Phérécyde. , le motif <1UÎ.1a porta à tuer la belle #t infortuniée Ariadne (^?^) et Méra , qui , jadis sa compagne à la chasëe , aVoit prêté l^oreiUe à la voix séduisantje de Jupiter , et avoit quitté le service de la patrône des vierges ('^^). Selon Hésiode Callisto perdit sa beauté , par Tintervention de Diane > et fut transformée en un monstre hideux , pour avoir écouté leç propositions du même dieu('^^), et, diaprés la tradition des Achéens conservée par Pausanias , une province entière fut affligée par la peste et la stérilité \ pour expier la faute d'une prétresse de Diane , qui , non contente de la mort de cette infortunée et de son amant , exigea encore qu'on lui offrit chaque année deux victimes innocentes (^'^). Il n'est donc pas étonnant (qu'on me permette d'ajouter cet exemple d^un temps postérieur à ces siècles primitifs) que les Arcadiéns , pour prévenir la vengeance
("») Hom. II. /. 533 sq. cf. Apollod. I. 8. 2. Paus. VII. la 6. Diod. Sic. T. I. p. 279. Anton. Lib. 2.
{'«^*) Apollod. I. 9. 15.
("*) Diod. Sic. T. I. p. 324 fin. 325 in. Voyez nne autre tradition, ApoUod. III. 4. 4. Pans. iX. 2. 3.
('<>*^) Apollod. III. 14. 4.
('°7) Fr. Pherecyd. 59 éd. Stûrz.
{"») Fr. Pherec. 72 éd. Stiirz. Homère la connut déjà, Od. A.
('<'^) Ap. Eratosth. Catast. 1. cf. 2. Schol.Hom.U. 2^487-489. Schd. Arat. 27. ("<>) Paus. VII. 19.
de la déesse , se hâtassent de lapider Aristocrate , qui avoit osé biite Tiolenoe à l'uqe de ses prétresses et de com* mettre pour Taveiiir la garde du temple de Biane à une femme avancée ^n âge et rassasiée des plaisirs de la volupté, npyon singulier sansidoute mais sûr de se préserver des dFcte.de la colère de la chaste déesse C^). Sa pari à Texer^ ^Remarquons toutefois que, quoique les
cice de la justice ».• j -ri» j? .. *. •
airhie. - motifs de Diane ne tussent pas toujours cea\
de l'amour de: la vertu , l'exercice de sa
vengeance rentrêici dans la spli.ère de la justice générale , Mnservâtrice de l'ordre dans la société et protectrice des loix de la moralité. B*aiUeur» elle ne punissent pas seulement l'intempérance, elle récompensoil aussi la chasteté (^ > ^) , et Pausanias rapporte iqème une tradition ou elle punit un fratricide , événement dont le souvenir fut renouvelé chaque année par les cérémonies d^une fête publique ('»♦).
Encore quel- Nous avons déjà observé que les réflexîrî'oriSrdû ons sur l'origine du oolte d'ApoUon sonl en- «ultf» 4e Diane* tièrement applicables à l'origine du culte de Biane. Haïs , comme nous sommes en état d'indiquer ta divinité qui a donné lieu à ce cuite chez les Grecs , ce que nous n^avons pas pu faive à l'égard d'ApoUon , il ne «era pas hors dé propos , j'espère , d'ajouter ici cette indication , tant poitr ne rien omettre de ce qui pourra écîaiFcir cette matière , que pour confirmer par là les rapports»
("*) Paus. VIII. 5. 8.
C^) D'après la fable mentionnée par Earipide (ap. Erat. 18,) Diane se laissa fléchir par le repentir de Mélanippe. Voyez les traditiotts rapptrriées par Antoninus Liberalis , narr. 11 et 13. Envers Hercule elle fut véritablement ^tifqtiaLa , dans le récit d'Apollodore, IL 5. 3. On connoit sa manière d*agir avec la yertueuse Iphigénie , d'après k rapport de plusieurs écrivains. Dans les poë7 mes cypriens elle lui acecnrda la^me rimmortalité (voyez WiiUner de Cycl. p« 69. ij.) , fiction qui a été suivie par Euripide, dans son Iplii^nid en AaUâe.
("4) P4a5.Vm.53. !•
ooneemant l'origine du culte d'Apollon , qui , d'après le témoignage unanime de tous les auteurs fut la mémo que celle du culte de Diane. Nous nous prévaudrons, de cette occasion pour ajouter encore quelques réflexions sur la Diane des colonies grecques de l'Asie-mineure , déesse ei>« tièrenient différente de la Diane d'Homère.
On se rappellera que nos redierchea sur la déesse d^ Babylone nous ont appris entr ^autres que la Diane d'Éphèse , la Bellone de la Gappadoce et l'Anaîtis de la Lydie doivent leur origine en partie à cette déesse de la Haute* Asie et en partie à une déesse des peuplades septentrionales qu'on appeloit Dfane en Asie , nom que les Grecs donnoient également à la déesse de l'Assyrie et de la Phénicie elle-même (***).
Or , la même déesse des peuplades septentrionales et nommément de la Tauride , qui devint la déesse guerrière des Gappadoces et dont le culte fut, selon quelques*^ uns, transporté à Éphèse par les fières Amazones (^'^) , étoit celle qui , d'après les traditions célébrées par les poètes tragiques , fut honorée en Tauride par des sacrifices humains et donna également lieu au culte de Diane en Grèce. On le voit par la dispute qui s'éleva , à son égard, entre les habitants de TAsie-mineure et les Grecs. Taudis que les premiers assuroient que les cérémonies de Bellone et d'Anaîtis étoient les inémes que celles de la déesse de la
("S) Yoyez plus haut, p. 2Q3 fin. 204 et p. 209. not. 143.
("*) Paus. IV. 31. 6. Callim. H. in Dian. 237 sq. cf. 248 sq. Il paroit qu'on croyoit que les Amazones connurent ce culte dans leurs expéditions au nord du Pont-Euxin. Diod. Sic. T. I. p. 157. Cependant Pausanias dit, dans un autre endroit, que le culte de la Diane d'Ëphèse étoit plus ancien que Tépoque où Ton place ordinairement TarriTée des Amazones dans ces contrées (YII. 2. 4.). Ceci s'explique facilement pour autant que cette Diane étoit aussi l^en une imitation de la déesse de Babjlone que de celle de la Tauride. •
Tauride, les Grecs pnëtendoient que son culte avoitélé transporté avec son image en Grèce (" ^)-
On me dira peut-être que Diane étoit depuis longtemps connue en Grèce ayant l'époque où on place le voyage d'Oreste en Tauride. J'en conviens facilement et je ne prétends pas même me servir d'un fait aussi peu certain que ce voyage pour prouver l'origine du culte de Diane , mais , quand même cette histoire ne serait qu'une pure fiction» elle prouve au moins la persuasion où Ton étoit que le culte de la Diane des Grecs et de la déesse septentrionale fut le même dans l'origine C ') » persuasion qui d'ailleurs est prouvée à l'évidence tant par les sacrifices humains qu'on lui offroit encore en Grèce ("^) et par le caractère vindicatif de la déesse que nous venons de signa-
C^) Eurip. Iph. T. 90 sq. 1450sq. Les Lacédémoniens et les Athéniens se disputoient Thonneur d'avoir la véritable image de la Diane de Tauride. Paus. III. 16. 6. I. 23. 9. ib.. 33. 1. Cet écrivain se déclare pour les Lacédémoniens. Strabon (p. 946 fin.) fait encore mention d'un temple de la Diane de Tauride dans la petite lie d'Icarie , près de Samos.
(*'•) Parceque ce fut Iphigénie qui, ^d'après la tradition populaire, avoit transporté en Grèce l'image de la déesse de la Tauride, que les Grecs regardoient comme la même divinité que leur Diane et que les Tauriens semblent avoir appelée par excellence la Vierge (Herod. IV. 103. Strab. p. 474. ^«j, on donna quelquefois le nom d'Iphigénie à la déesse, p. e. à Hermione (Paus. II. 35. 2.), quoiqu'lphigénie fut adorée séparément, comme héroïne, p. e. à Mégare (Paus. I. 43^ 1.) et à iEgire en Achaïe (Paus. YII. 26. 3.). Mais les GreCs ont semblé s'être si bien accoutumés à la réunion de ces deux noms, Diane et Iphigénie, qu'ils finirent par raconter que les Tauriens eux-mêmes donnoient le nom de la fille d*Agamemnon à leur déesse sanguinaire. Herod. lY. 103. cf. Paus. I. 43. 1.
C^) Le sacrifice d' Iphigénie en Aulide et l'expiation de la colère de la déesse en Achaïe, dont nous avons parlé tout-à -l'heure, peuvent ici servir de preuves. On veut aussi que la cérémonie barbare de la flagellation qu'on célébroit à SpaHe , devant l'autel de Diane Orthia (d'après les Spartiates l'image même de la déesse de la Tauride) , ne fut autre chose qu'un adoucissement des sacrifices , le service de la déesse exigeant en tout cas du sang humain. Paus. III. 16.6.
1er , que par le témoignage formel d'un anteur digne de foi , qui assure que la Diane des Grecs dérive d^une déesse appelée Bendis , en Thrace , ce qui fit que les Athéniens célébroient dans la suite une fétc en l'honneur de Diane qu'ils nommoient Bendidia ('^^)«
Il me semble que , pour peu qu'on veuille comparer avec attention les passages que nous venons de citer , on se persuadera facilement que le culte de la déesse des nations qui habitoient au nord de la Grèce et aux bords du Pont-Euxin s'étendit vers le sud par deux routes diflférentes , d'un côté , avec le culte du dieu dont elle partageoit quelques fonctions, par Dodone , enClrèce , oùce culte fut d'abord établi spécialement dans File de Délos , ce qui fit que cette ile passa pour être le lieu de sa naissance , d'oii il se répandit par les autres provinces de la Grèce ('**); et, de Tautrc côté, le long des côtes du Pont-Euxin et , en traversant l'Hellespont , dans l' Asie-mineure , oà fl rencontra le culte de la déesse de la haute- Asie. Le concours de ces deux cultes , celui de la déesse hyperbo-
("<>) Strab. p. 721. B^ Hesych. in Biy&^q. cf. Pakeph.de incred. 32. p. 72 fin. Sur le culte dé Diane chez les peuples septentrionaux ou les Hrperboréens, comme on les a{^eloit, voyez Diod. SicT.I. p. 294.'Callim. H. in Dian. 113 sq.Schol.Eur.Or,657; sur ce culte chez les Thraces, voyez Herod. IV. 33. V. 7. Suivant Tzetzès (ad Lycophr. 936) Diane portoit le nom d' Upt* en Thrace, nom qu*on lui dojnnoit aussi à Sparte, selon Paléphatus (1. L). Nous avons vu que Tune des vierges qui transportèrent son culte en Grèce s'appeloit Opis. Chez Cicéron (N. D. III. 23.)Upis est le nom de son père.
('**) Ce culte passade Délos en Attique. Paus. I. 19. 7. Callimaque, dans son hymne sur Diane , fait passer cette déesse de Délos, où elle vît le jour, dans l'île de Crète, pour y choisir les nymphes qui composeroient son cortège. Nous avons déjà vu que les Cretois avoient les mêmes prétentions sur Diane que sur toutes les autres divinités grecques. M. Hoeck (Cretap. 90 sq.) s'efforce de démontrer qu'Europe est Artemid-Luna. Il auroit fallu nous dire auparavant ce que c'étoit o^ Artemis^Luna. Cet éclaircisseinent eut été nécessaire pour les lecteurs d'Homère et pour ceux qui croient pouvoir trouver chez ce poète les éléments de la mythologie des sièdes héroïques.
rëenne et de la déesse de l'amour de Babylone , produi^t , dans les parties orientales de la péninsule de l'Asie , le culte de BcUone (Enyo) , dans la Phrjgie , celui de Gybèle et sur les côtes occidentales, celui de la Diane d'Êphèse. La première indiquoit , par son nom même , son origine de la déesse sanguinaire de la Tauride. La deuxième garda avec son prototype méridional une plus grande ressemblance que les deux autres ('^^). La troisième devint un mélange des attributs tant des déesses à qui elle devoit son origine que de ia Diane de la Grèce , dont les colonistes apportèrent la connoissance en Asie , avec les établissements qu'ils formèrent sur les côtes de l'Ionie et de l'Éolide ('**), tandis tpie le culte de la déesse formée d'éléments aussi divers passa par la suite , à son tour, dans la Gïèce proprement dite ('**).
Je crois qu'avec ce résultat de nos recherches nous pourrons toujours facilement distinguer aussi bien la déesse de la haute-Asie de lliyperboréenne , Bendis ou Upis , que les déesses dp Gomane et dIÉphèse de la Diane des Grecs. Celle-ci , quoique retenant encore quelque teinte de l'humeur farouche de celle à qui elle dut son existence , se manifesta bientôt par ses goûts et par ses inclinations comme véritablement naturalisée dans sa patrie adoptive. Les déesses de TAsie s'éloignèrent beaucoup moins de leur première origine.
('^^) Je rappelle encore une fois à mes lecteurs l'endroit classique de Strabon , sur la conformité des fêtes phrygiennes et thraces , p. 722. A. Chez Callimaque (H. in Dian. 113 sq.) Diane tend son arc en Thrace, et allume son flambeau en Mysie. Encore un pçint de différence. Chez Homère elle n'est pas encore 0(û<i<p6çoq, ^
C*^) Nélée se mit sous sa protection , lorsqu'il vint fonder Milet. Callim. H. in. Dian. 226 sq. £t cependant le culte de la Diane de r Asie-mineure existoii déjà depuis longtemps avant son arrivée. Paus. VIL 2. 4. Il n'est donc pas étonnant qu'on ait prétendu que Diane naquit dans l' Asie-mineure, comme on l'assuroit aussi d'Apollon. Strab. p. 947 fin. 948 in.
("^) Paus. IV. 31. 6.
Gardons-nous donc de rapporter aux sièdes héroïques ia confusion qu'excitèrent dans la mythologie de Diane les erreurs des grammairiens et des allégoristes d'un âge moin reculé, lesquels, oubliant toujours que la Diauo • d'Homère , quoique de même origine que celle d'Éphèse et même que la Bellone de Gomane , n'a eu aucun commerce avec la déesse de la haute-Asie , qui a si fort contribué à la formation du caractère qui distingue les deux autres , ont toujours voulu rapporter à elle des attributs et des fonctions qui lui étoient absolument étrangères. La chasseresse. d'Homère n'étoit ni la Lune , ni Hécate , ni Lucine et encore moins la déesse de Tamour , passion qu'elle avoit au contraire en horreur ; et ia Diane de Tlliade ressemble aussi peu à celle de l'Asie que la taille fine et le port dégagé des images qui nous ont été conservées de la première ressemble au cylindre monstrueux dans leqod l'autre fut enchâssée ('*').
Après ces réflexions touchant une déesse dont nous pouvions à peine faire mention ailleurs , nous retournons aux divinités qui , d'après les opinions des Grecs , stirveilloient l'industrie et les arts de la paix. Merctire. EIo- Ces divinités étoient , comme nous l'avons cice des aru, ^^ , Vulcaiu, Mirlerve, Apollon et Mercure, adresse de corps fl ne notts en reste que Mercure , fils de
et d esprit.
Jupiter et de Maïa , l'une des filles d'Atlas (^^^). Les attributs de Mercure offrent une réunion si
(>^^) Je dois aTOuer que la manièrd dont M. Hug (ûber den Mythos, p. 81) explique Torigine de la qualité de chasseresse attri^ buée à Diane me paroit par trop comique. Diane est Bubasiis. Mais le sjmbole de Bubastis étoit un chat. En arrivant en Grèce Bubastis^ en prenant le nom d^Artemis, changea son chat pour un chien, le sjmbole d'Anul)is, compagnon dlsis ; et, comme on aime ordinairement à tirer quelque profit des choses qui nous appartiennent, la déesse, se voyant dans la possession d'un animal propre à poursuivre les lièvres , s'avisa d'aller à la chasse, cf. Hermana, Handb. der Myth. T. I. p. 288 fin.
(«»^) Hes. Th. 938 sq.
complète de toutes les qualités que les Grecs estimoient le plus dans la société et la vie civile que nous pouvons à bon droit l'appeler le dieu de la civilisation. On rcconnoitra la justesse de cette observation pour peu qu'on veuille se rappeler ce que nous ayons remarqué sur le caractère des. Grecs , «ur leurs inclinations et leurs moeurs.
Le développement de Tintelligence , qui dans Minerve même n'étoit souvent qu'adresse et ruse , mais qui chez elle se manifestoit spécialement dans la guerre , et qui chez ApoUon se montroit sous un jour plus vaste , comme celui de la connoissance de l'avenir , ce développement étoit dans Mercure un assemblage de toutes ces qualités qui , dans les premiers siècles de l'histoire de la Grèce , con- «tituoient ce qu'on appeloit alors un homme accompli. Ces qualités étoient l'éloquence ,- Tamour des arts et surtout cette prudetice , cette finesse d'esprit qui étoient tant estimées des anciens Grecs , et qui en effet, dans ces temps barbares et peu civilisés , étoient aussi les iqeilleurs et les uniques moyens de Méfense contre la force et la violence. Et , si l'on igoutoit à ces talents l'agilité et la dextérité du corps , par quoi l'on pouvoit exceller dans les jeux publics , constituant une partie si considérable des divertissements des anciens Grecs , on pouvoit se vanter d'avoir tous les talents nécessaires pour former un jeune Qrec bien élevé et accompli en tout point.
Mercure en étoit le parfait modèle , ou , pour parler plus exactement , l'imitation. Mercure , dont on louoit tant l'esprit (**^), ce Mercure qui donna à Pandore Téloquence^* **) , qui éloit regardé comme l'inventeur de la lyre('*^), dont Amphipn reçut l'instrument miraculeux
C»'^) Hom. II. T. 35.
{^^^) H<s. Op. 79, 80. Vulcain lui avoit déjà donné la voix (cei).rri7, Ys. 61.) ; Mercure lui donna la parole (çx^y^ > vs. 78, 67. cf. Schol. Hes. p. 16 in.).
('^^) Paus. YIII. 17.4. L'auteur du deuxième hymne home-
au moyen duquel il fit élever les murs de Thèbes d'tine 'mam'cre inouïe jusqu'alors (**°), Mercure qui devint dans la suite , s'il ne le fut déjà dès les temps les plus anciens, le conducteur dps Grâces ('^^) et le compagnon aussi bien que l'amant de Vénus^(***) , ce Mercure étoit d'abord , comme le plus éloquent et le plus agile de tous les dieux , celui dont Jupiter se serToit par préférence pour faire connoltre ses volontés aux habitants de l'Olympe aussi bien qu'aux mortels. Ce fut lui qui porta à Pélops le sceptre que Jupiter lui a voit destiné (^**) , qui avertit Egisthe par Tordre des dieux immortels (**^), qui, au nom de Jupiter , ordonna à Galypso de laisser partir U-
riquB le dépeint faisant présent de cette lyre à Apollon, 464 sq/ cf. £ratosth. Catast. 24. Schoi. Arat. 268, 269". Le poëte Ëuphorion (ap. Athen. lY. 82.) lui attribue encore y invention de la flûte
|i3oj ApoUod. III. 5. 5. (p. 195.) Voytz aussi le passage cité du poërne sur ^nrope par Pausanias (IX. 5. 4.) et l'endroit de Myro de Byzance (ib.). La fiction qui lui attribua dans la suite rinyention des lettres, de la géométrie, de la palestre, est évidemment fondée sur les notions qu'on se formoit de lui dès les temps, les plus anciens. Apollod. fr. éd. Heyn. T. lY. p. 1064. cf. Diod. Sic. T. I. p. 3^0. Chez cet auteur il donne aussi une lyre à Cad* mus, p. 370. Cornutus (N. D. 16 fin.) veut qu'on plaça les statues de Mercure et d'Hercule dans les gymnases, comme les symboles de l'union des qualités de l'esprit et de celles du corps, cf. Bion.Idyll. III.7.
('") Corn. HT. D. 16 in.
('32) Corn. N. D. 24. (p. 197. Opusc. Myth.) On sait qu'Hermaphrodite est aussi d'origine plus récente ^Dîod. Sic. T. I. p. 252.): mais, pour ne pas dire que l'inclination de Mercure pour Yénus est déjà manifeste dans l'Odyssée , lors de la découverte de l'intrigue de cette déesse avec Mars , on trouvera à peine une fiction plus conforme au caractère de Mercure , tel que nous le connoissons par les anciens poètes , et en même temps plus élégante et plus in* génieuse que celle qui place le dieu de l'éloquence et de la finesse , avec la Persuasion et les Grâces , dans le cortège de la déesse de l'amour. Yoilà de l'allégorie, si l'on en veut voiv absolument dans les fictions de la mythologie, voilà cette ^allégorie qui cadre avec l'esprit du siècle et le caractère du peuple grec.
("») Hom. II. B, 103. ('»♦) Hom. Od.^. 37 sq.
lysae ('^') <^ qui Tint prier Pluton de pennettrc à Proserpioe de revoir sa mère (' ^ ^)* Hcrcure remplissoit donc les mêmes fonctions dans TOlympe que Talthybius dans Tarmée des Grecs. Il est le heraut^des dieux , et , par sa Toix tonnante , qualité dans laquelle le célèbre Stentor s'efforça envain de le surpasser (' ^ ^) , le modèle des hérauts ou Céryces , fonctionnaires du culte public à Athènes, qui , d'après des fictions peut-être plus récentes , étoient les descendants de son fils Géryx. G'étoit dans cette qualité que Mercure portoit ces sandales miraculeuses qui le mettoient en état de traverser la mer et la terre avec une célérité inimaginable , et la baguette de héraut , dont il se servoit en même temps pour endormir les hommes et pour les réveiller (' ^ ®). Adresse et four- Mercure se servoit de son éloquence où il
berie de M ercu- *. / <■•
re, pouvoit espérer que ses discours trouveroient
des oreilles attentives et des coeurs faciles à persuader. Lorsqu'au contraire il voyoit la force ouverte préparée à s'opposer à ses desseins , iLmettoit en oeuvre son adresse et ses ruses pour la tromper et pour éluder ses efforts. Lorsqu'Otus et Éphialtc eurent enchainé le dieu Mars , Mercure fut envoyé par Jupiter pour le délivrer de ses liens ('*^). Lorsque Priam alla se hasarder au' milieu de l'armée des Grecs , pour prier Achille de lui rendre le cadavre d'Hector , Mercure l'accompagna pour
(*»«) Hom. Od. A. 84 sq. E. 29 sx{.
('a<5) Hymn. Hom. IV. 335 ^f\.
\}^f) Hom. II. E. 785. Schol. ad h. 1. et Eustatii. ad II. p. 462. 1. 30. Mercure remplit ici les fonctions d*Iris et de Thémis , divinités anciennes qu'il paroit avoir remplacées peu-à-peu. Pour le rendre encore plus égal à Thémis , Sappho le représenta dans la suite comme Téchanson des dieux. £ustath. ad II. p. 1280. 1.20.
(«a») Hom. II. //. 340 sq. Od.i:. 44 sq. xç^^'^^^a^rK (Od. £. 87), épithète que Cornutus explique par: quelqtiun qui donne des êoufflets durée ^ c'est à dire de bonnes lepone. N. D. 16. p. 165. Dans l'Odyssée Minerve a aussi de semblaUes sandales. ^« 96 sq. {"^) Hom. II. E^ 390 sq, 'O r néKltx}>êv "jéçija-
tromper la vigilanc^e des gardes qui dévoient le surveil^ Ier('^^). Ce fut lui qui favorisa la fuite de Phrixus et d*Hellé("*') et qui fut employé pour soustraire lo à la vigilance des cent yeux d'Argus (''**). Semblable , enfin , aux Harpies, il faisoit disparoitre les hommes, sanâ qu'on put jamais apprendre ce qu'ils étoient devenus (**^). Tout cela est désigné par l'expresâion dérober ou vaier, Nous avons vu que la morale des Grecs n'étoit pas extrémemeni scrupuleuse sur ce point , et que , si la force donnoit des droits sur ce qu'on avoit pu obtenir par elle , les acqtiisilions faites ' par le moyen de l'imposture ou la fraude n'é^ toient pas moins faciles à justifier. Il n'est donc pas si étrange qu'il paroîtroît d'abord qu'on se crût redevable à un dieu de la finesse nécessaire en s'appropriant le bien d'autrui ('**) , et qu'on fut persuadé qup ce dieu , dès son enfance, eut donné des preuves de cette qualité (*'*^). On alloit même si loin qu'Autolycus , qui augmenta ses possessions par le vol et le parjure , fut regardé comme le fils et le disciple de Mercure ('^*^).
(^4b) Hom.U. /^.24.
('*') ApoUod. L 9. 1. (***) Apollod. II. 1. 3.
(143) Dans le troisième hymne homérique Yénus dit à Anchise que Mercure Tavoit dérobée, vs. 117 sq.
ji44j Mercure donne à Pandore KvtffSv vë yôoy nul ànlnXoTtoy
^&oq» Hes. Op. 67. etrs. 78. il^èvâtà &^ alfivXlot; Të Xoyttç»
(***) On veut que le récit de la manière dont Mercure , encore -enfant, vola des boeufs à Apollon, qu'on trouve dans le deuxième hymne homérique , chez ApoUodore (III. 10. 2.} et chez Antoninus Liberalis (narr. 23.) , ait dçjà été mentionné par Hésiode dans les Eoes. Quoiqu'il en soit, cet hymne, bien qu* assez récent (Pausanias Tattribue à Alcée, VII. 20. 2») , contient des traits qui con- Tiennent parfaitement avec le génie du bon vieux temps , tel que nous le connoissons par Homère et Hésiode.
C*^) Hom. Od. ï'. 395 sq. Dans Thymne homérique Mercure lui-même n'hésite pas de nier avec un serment le vol qu'il vient de faire. Suivant Phérécyde Autolycus apprit de Mercure à donner une autre forme aux objets qu'il avoit volés, ap. Schol. ad Od. T,
nereuTO, dis- AuloljoQs devint riche par ses fourberies, ncbeMe , tur- Et certainement il n'y a pas de moyen plus tout en trou- facile d'auffmenter ses possessions. Il n'est
peaux. ^ ^
donc pfis étonnant qu'on regardât uo dieu aussi adroit que Mercure comme le dispensateur des ridiesses et surtout des troupeaux , principal bien dans lea siècles héroïques. Mercure , comme dieu de l'éloquence et de la persuasion , et en général de la vie civile et de ses diflTérentes relations , devint dans la suite le protecteur des marchands. Mais dans ces anciens temps on trouvoit bien plus facile d'augmenter ses richesses par la rapine et le vol que par le commerce. Mercure n'est donc pas encore le dieu des marchands , chez les anciens poëtes. C'est un attribut qu'on ne lui a donné' que dans la suite('^'). Mais il est bien certainement , dès les temps les plus anciens , le dispensateur des richesses. Ilionée lui devoit ses troupeaux innombrables ('^^). H fui le moteur de la fécondité du bétail ('^^). En un mot y
432. D'après quelques-uns Mercure avoit déjà reçu de son père Jupiter le talent admirable qu^il possédoit à un degré si éminent,
5t» Zévç uXl^faq Tifv "Hçaif ifilyt^ Main. Schol. ad II. >iL 24.
Il est remarquaNe comme les Grées se plussent dans le caractère de Mercure. On trouve dans le même endroit un récit de la maniè^ re dont Mercure, encore enfant , T(^a les Tétements de sa mère et de ses tantes, pendant qu'elles étoîent au bain. Les interprètes d*Homère s'efforcent d'adoucir l'expression qui le faiiconnoître comme parjure. Schol. adOd. T. 396. Ovk imoçx&y, àXU aoç.*f<5-
fnvoç Tùç 0QK3<; , aivàç fièv êvoçxoç cf»//tf»y^, xèç de iyxakô^vaq âuà Ttjç èithyoiaq iTret&êi^. cf. Eustàth. ad Od. p. 704.1. 20,
30 , où Ton trouve la restriction mentale de Loyola.
(147J ^^yoçnnoçf ffLTToXaZoçt xéçd»oç, Gorn. N. D. 16. p. 169. Il vendit Hercule à Omphalé (Apollod. II. 6. 3.), il est vrai, mais je ne croîs pas qu'on puisse en inférer qu'il est représenté ici comme dieu du commerce. Quelques-uns lui ont attrilmé l'invention du jeu des dés , que d'autres attribuent à Pan. Eustath. ad Od. p. 28. 1. 30. ( « *« ) Hom. II. Z 490 sa.
('♦^J Hes. Th. 444 sq.
Fabondanoe , le bien-être , Taisance sont des dons qu'on attendoit de sa main C^)*
Son .influence S'il y eut jamais une divinité à laquelle les mortek. Grecs pouvoient attribuer quelque influence
sur leur sort^' ce fut sans doute Mercure. On le voit par les talents différents dans lesquels il exceiloit et qu'il pouvoit aussi accorder aux mortels. Mais d'ailleurs même sa fonction ordinaire d'interprète de la volonté de Jupiter auprès des hommes , les fréquentes occasions dans lesquelles il avoit avec eux un commerce plus intime que les autres dieux, lorsqu'il les accompagnoit dans leurs excursions , . les avertissoit des périls qui les menaçoient ou les délivroit des malheurs qui les avoient accablés , . enfin même ses propres occupations , tontes en rapport avec la vie sociale et domestique , tout cela devoit le rendre , par excellence , le dieu de l'humanité et l'ami des hommes. Lorsque Jupiter l'envoie à la terre pour accompagner le roi Priam , il exprime très bien sa nature bienfaisante, en ajoutant: »Gar c'est une de tes plus grandes jouissances d'accompagner les hommes "('^'). C'est ainsi qu'on le voit accompagner Pçrsée et qu'il met dans la main de ce héros l'arme par laquelle il terrasse la
(ISO) Eastathe en trouve une indication dans la fable qui 1ère* présente comme amant de Poîymele et père à'Eudorus (ad II. p. 1068. 1. 40.). Le scholiaste d'Homère (ad 11. E. 785.) dit de Mercure: Tàç «VTroTfiiaç xai tô tv fitôv xal çtX8aio)ç t2ç tStov
avdy«<T*.' cf. Schol. ad II. iS*. 491. Cornutus, séduit par son allégorie, explique Tépithète vofi^oq , comme léçûlaietfr (N. D. 16. p. 170.). Dans rhymne homérique (491 — 567) Mercure reçoit la surveillance de» troupeaux d* Apollon. Les yers 569 sq. , ou il est dit qu'il prenoit aussi soin des animaux féroces , sont interpolés. Mais on Yoit par ce poème combien il est difficile de distinguer toi\jours les différents attributs des divinités grecques. («") Bom. II. /^. 334 sq.
Voilà aussi pourquoi on rappeloitdans la suite êHéâkoq , ijyêfiô^kùç.
terrible €rorgone('^^). C'est ainsi qu'il garantit Lycus des attentats de Zéthus et d'Ampfaion et qu'il rétablit Ja paix entre œs princes (' ^ '). C'est ainsi qu'il va à la rencontre d'Ulysse pour l'avertir de la manière dont il pourroit se garantir des artifices de Cireé('^^). Aussi, dans leurs banquets , les Phéaciens lui eonsacroient la dernière coupe , yraisomblablemcnt parcequ'on espëroit sa sauvegarde et sa protection en retournant (^ ^ ') ; en un mot. Mercure étoit le maître de faire réussir toutes les entreprises des mortels ('^^) , dont il aocompagnoit les ombres
('«») ApoU'od. IL 4. 2.
C^) Schol. Apoll. Rhod. IV. 1090. Nous savons trop peu de rétymologie de ses épitliètes içiévtoç , aâxoç , ànak'^rijç , qu'on traduit ordinairement par très utile , protéyeant et éloigné de faire du mal^ pour en tirer quelque conclusion certaine, cf. Corn. N. D. 16. Schol. Hom. Od. e. 322. Il est pourtant probable wjl ànaxfjTfi^ n*est qu*un nomen gentile^ indiquant un des endroits on Mercure fut honoré spécialement, cf. Paus. YIII. 36. 6. Heyne ad II. //• 185. Schneider, Lexicon , in y.
(*«*) Hom. Od. JT. 377 sq.
(zss) Hom. Od. H, 137. Le seholiaste explique cette coutume par Topinion que Mercure étoit 6vii>ço7to/4,7fb(; et vTtvoâÔTTjq» cf. Eustath. ad Od. p. 32.1.30, et Philostr. Heroic. c. X. § 8. La baguette de Mercure pouvoit endormir les hommes, il esterai, mais ce pouvoir miraculeux n'étoit considéré que comme un moyen dont Mercure se servoit pour exécuter ses entreprises secrètes. Ceci donna lieu dans la suite à Topinion que Mercure étoit aussi le dieu du sommeil et le dispensateur des songes (cf. Matth. ad Hymn. Hom. II. 14) , opinion qui fit qu*on plaça ses statues dans les chambres à coucher et que les pieds des lits étoient figurés en Hermès. fr. ApoUod. éd. Heyn. T. IV. p. 1064. Mais je doute que cette notion fut déjà si développée dans les siècles héroïques.
(*«^) Hom. Od. 0.318. ô'ç çâ t* Ttàvtioy
C'est comme eu cet endroit
— — — dfifpôtfçoi^ yàç tTTt^O-oyCfav dv.&çcuTrîaip
ElâoTtq e'çyf^ava xaXa , vôm ^* i'oTtfO&t nal ijfiij , vs. 11.
On voit par l'endroit d'Homère que nous n'avons rien dit de trop en assurant que la fiction qui représente Mercure comme le conducteur des Grâces étoit fondée sur l'idée qu'on se formoit de lui dès les temps les plus anciens.
dans Tempire des motts , après qu'ils avoient quitté la vie terrestre (^^''),
'' On oomprend aisément qu'un dieu aussi humain 6t sodable et d'un caractère aussi facile n'étoit pas très porté à la rigueur. Ses occupations même sembloient Téloigner de l'exercice de la justice et de la punition des crimes. Aussi ne trouve-t*OQ ici presqu^aucun exemple do ces vengeances si fréquentes dans rbtstoir<e des autres dieux (' ^ ^),
('^^) Sans vouloir me fonder uniquement sur le dernier chant de rOdjssée, dont rauthenticité étoit déjà suspecte à Aristarque (Schol. Od. Si' 1.), ni sur le témoignage de Théopompe (ap. SchoL Aristoph. Acharn. 1075.), qui assure qu^on adoroit Mercure X^ovi^oç après le déluge deDeucalion , je ne Tois pas pourquoi Mercure , le compagnon des hommes pendant la vie , n'auroit pu être représenté, dès les temps les plus anciens, comme leur conducteur après la mort. Ces notions sont si intimement' lites ensemble qu'il me semble difi&cile de les séparer, cf. ApoUod. III. 10. 2 fin. Cependant je ne saurois être de Tavis d*£ustathe, lorsqu'il èiplique le titre iç^é'¥^oç par ^vxonon7r6q (ad Od. p. 824. 1. 40.).
(^58j ]^£s Éléens racontoient que Pélops avoit consacre un temple à Mercure , pour apaiser sa colère à cause de la mort de son fils Myrtile (Paus. V. 1.5), et nous ne trouvons rien qui puisse nous faire soupçonner qu'il n'y réussit pas. Le scholiaste de Sophocle (El. 1392.) dit que Mercure est invoqué dans cet endroit parcequ'on pouvoit attendre qu'il voulut venger la mort de Myrtile sur la famille de Pélops : mais il est évident que Mercure n'est mentionné ici que dans sa qualité ordinaire de protecteur de ceux qui tâchent d'exécuter quelque entreprise secrète, en cachant leurs desseins:
'O Maiaq âè TtaZq 'Eofifjq aç* àyth , âôXov axotm Kçvi^aq , vtçoq avTo TfÇfAa , xo^x' ër^à/Afiiv€t*
Argus ne fut tué par Mercure que par ordre de Jupiter. On expliqueainsisonnomd"^^/^*vori^ç (Apollod. II. 1. 2. cf. Heynead Hom. 11.^.103.), ce qui certainement est plus naturel que l'explication du scholiaste: dçybç x«i naS-açoq tô ipovô j tvçfivtnàç , quoique ce trait convient d'ailleurs très bien avec son caractère. Dans le dictionnaire de Pausanias (ap. £ust. ad II. p. 138. 1. 40.) cet épithète est expliqué par oq>toxTÔyoç (àçytj , 09>»ç), maisEustathe ajoute qu'on ignore quel ait pu être ce serpent. Cornutus (N. D. 16. p. 165.) augmente la confusion , en faisant d'àç^黫>^i'-
Tfjç , d^f^drt^ç àno vô àçyôç ^àvxa çaivftv ttai aaiptjyll^iHf»
Pour les autres interprétations de ce mot qu'on a inventées, voyez Proclus ad Hes. Op. in Hes. cum Schol. p. 16. mèd. cf. p. 17. vrs. med.
et Mercure ëtoit au moins assez raisonnable pour ne pas plus exiger d'autres que de lui-même.
SoB oriçine. Les sectatcurs du système d^nhémère représentent un dieu de l'Egypte (Tfaoth) et un autre de la Phénicie (Taaut) aveo les mêmes attributs que le Mercure de» Grecs. L'Égyptien , qui fut secrétaire d'Osiris , étoit très intelligent et très inventif : il enseigna aux hommes à exprimer leurs pensées , il donna des noms à plusieurs choses , il inventa les lettres , la religion et les offrandes , l'astronomie , la musique , les exercices du corps etc. , etc. (^^^). On n^entre pas dans autant de détails sur le dieu de la Phénicie , mais ce qu'on remarque à son égard suffit pour faire voir que son image a été tracée d'après le même modèle ('^^). Cependant ces récits absurdes servent aussi peu à édaircir l'origine de Mercure que le rapport de quelques auteurs que les Babyloniens donnoient à la planète Mercure le nom de Séchès(*^')^ ou l'opinion de Jamblique , qui croit qu'un dieu de la Syrie , appelé Monimus , étoit le Mercure des Grecs (*^*) , ou celle des auteurs qui prennent Moloch pour Mercure ('^*) , où enfin le rapport d'Hérodote que les Thraces avoicnt un dieu, respecté surtout par les rois et les princes , et qu'il appelle Mercure (* ^*).
(«5^) Diod. Sic. T. L p. 19, 20. Chez Cicéron (S. D. III. 22.) le Mercure des Grecs passe en Egypte, ce qui, d*après Texposition même de Diodore , est bien plus probable que le contraire. Quant à Tautre passage de cet auteur (p. 107, 108.) sur Torigine égyptienne de Mercure ^vxoTvofiTtàç ^ nous en avons déjà parlé sous Tartide de Pluton,
(»^°) Euseb. Praep. Enang. I, 10. p. 36 s(i.
(^^^) Hesych. in t. 2(xh' Pour se convaincre que la mention de cette planète n*est pas entièrement inutile dans cet endroit, onn*a qn*à lire Gorres , Mythengeschichté der Asiatischen Welt , p. 295-— 297 , on tous le j attributs de Mercure sont expliqués par la course et les mouvements de cette planète , et où Ton nous assure en même temps qu'il n*est autre chose que TOannes de Bérosus.
(»^*) Voyez les endroits cités par Selden, de Dis Syr. p. 230 fin- C*^») Ap. Voss. Theol. Cent. II. 5. p. 168. (^<^*) Herod. V; 7,
Le même Hérodote nous assure que les Athéiiiens les premiers reçurent des Pélasges lès images phallophores de Mercure , et qu'ils les firent connoitre aux autres Grecs ( ^ ^ * ) . Il est yrai qu'il ne parle ici que des images phallophores , qui appartenoient spécialement aux mystères, mais l'existence des images suppose la connoissance du dieu qu'elles représentoient , et , lorsque nous considérons que Mercure étoit regardé assez généralement comme originaire de l'Arcadie , où son culte éloit plus répandu que dans le reste de la Grèce ('^^) , il ne nous sera pas difficile de le reconnoitre pour une des divinités des anciens Pélasges , ou au moins d'avouer qu'il nous est impossible de retracer ison origine plus haut. Nous aurons rocoasion d'en dire davantage , lorsque notis parlerons des mystères. Pan , l'une des Quoique menjtionné nulle part , ni par Ho-
dmniUs les plu» ? tj'.j .• i»j
paissantes des mère ni par Hésiode , et quoique 1 une des anciens Arca- divinités dont le culte parvint très tard à
aiens, dans la ^
suite fils de Mer* Athènes (' ^^) , il paroit cependant , par les tiTélatrê^les"'* témoignages de Dénys d'Halicarnasse et de pasteurs. Pausanias , que Pan , qui passoit ordinaire-
ment pour fils de Mercure « étoit une divinité très ancienne et très révérée des anciens Pélasges de l'Arcadie. On le représente ordinairement comme le fils de Mercure et de Pénélope et comme partageant avec son père le soin des
{**^*) Herod. II. 51.
(«<^^) Paus. VIII. 16. 1. ib. 17.' ib.Se'ô. cf. Tzelz. Chil. IV. 818 sq. On veut que Pélops ait été le premier, dans le Péloponnèse, qui ait consacré un temple à Mercure (Paus. V. 13. 4.), et qu*Amphipn lui ait érigé le premier autel (ib. IX. 5. 4.). Les Béotiens étoient les seuls à disputer aux Arcadiens rhonneur d'avoir vu naître Mercure dans leur patrie (ib. IX. 20. 3.). Du temps de Pausanias Mercure phallo|»hore étoit encore très respecté dans l'Élide (ib. VI. 26. 3.}. M. Clavier admet deux Mercures, Tun égyptien, Tautre pélasgique , parcequ*il ne peut comprendre comment le dieu • de Téloquence pouvoit être en même temps le dieu des moutons. Hist. des prem. temps dé la Grèce, T. I. p. 113 — 116.
('^7) Herod. VI. 105. cf. Clem. Alex. Coh. ad Gant. T. I. p. 38 fin.
troupeaux , sans négliger pour cela Tainour des arts et spëdalement la musique ('^^). La manière dont les deux auteurs que je Tiens de citer parlent de lui feroit croire que Pan fut non seulement plus ancien que Mercure , mais que ses fonctions ëtoient aussi auparavant bien plus augustes et plus étendues que par la suite. Dénys dUalicarnasse dit qu'il étoit le dieu le plus ancien de TÂrcadie et qu'on l'y respectoit plus que toutes les autres divinités ('^^). Pausanias , qui fait fréquemment mention de temples et d'autels consacrés à Pan , dans TArcadie , et entr'autrcs d'un temple avec un stade et une palestre pour les jeux publics (les Lupercalia des Romains) (^7*^) , assure que les Arcadiens honoroient Pan comme une divinité qui , comme un autre Jupiter , disposoit du sort des mortels , distribuoit parmi eux les récompenses et les peines et leur révéloit l'avenir par un oracle , qui , anciennement au moins ^ étoit très respecté. Le feu perpétuel entretenu dans son temple semble aussi indiquer une dignité bien plus élevée que celle de dieu des pasteurs et même que celle qui échut à son père Mercure (^ ^ *). En-
(««) Herod. II. 145. Paus. VIII. 38. 8; Lucian. Dial. Deor. 22. Cic. N. D. III. 22. Chez Apollodore (I. 4. 1.) il est fils de Jupiter <cf. Corn. If. D. 27. p. 205.) , chez Ératosthène (C^tast. 27.) d*Égipan (cf. ApoUod. I. 6. 3. p. 23.), chez Duris (ap. Tzetz. ad Ljc. 772.) de Pénélope et de iou» ses prétendants. On voit que rien ne tient contre la manie des étymologies , pas même la réputation du modèle des épouses. Tzetzès remarque toutefois que Duris se trompe et que Pan est le fils d'une autre Pénélope. Il ajoute qn*il y avoit aussi un autre Pan , fils de Jupiter et de Tlnsolence personnifiée (ti^e*ç , cf. Eust. ad Od. p. 82. 1. 10.). Apollodore (1. 4. 1.) a z/i-ôç %al 0vpifiQ6O}(i, Faut-il lire peut-être v^'çeox; dans cet endroit, ou doit-on changer la leçon du texte de Tzetzès d'après celleci? Les Arcadiens se contentoient de dire que sa mère fut une nymphe indigène , et qu'il naquit et fut élevé dans leur patrie. Paus. VIII. 26. 2. ib. 30. 2.
(i^^) Dion. Hal. p. 25. 1. 30. ('^oj p^us. VIII. 38. 4.
('7') Paus. VIII. 37. 8, 9: Dupuis (Orig. de tous les Cultes, T. III. p. 302 — 305.) fait la même réflexion, mais il rapporte tout, comme de coutume, à Tastronomie et au panthéisme.
fin , les traditions des Areadiens le mettent en rapport avec rhistoire des divinités les plus anciennes et les plus au- •gnstesC^*).
Son origine. Qu© Ic spectacle imposant de montagnes couvertes de forêts touffues , de sombres cavernes et de yalléesi profondes sillonnées par des torrents impétueux donnèrent aux anciens habitants de TArcadie Tidée d une divinité aussi grave et aussi puissante que leurs traditions représentent le dieu Pan , est si facile à imaginer qu'il me semble que , même sans les témoignages qui rapportent son origine à cette contrée , nous pourrions croire sans diflBculté que Pan y fut indigène dès les siècles les plus reculés. 11 n'est pas plus étonnant que « lorsque les Areadiens eurent contracté des liaisons avec les autres nations de la Grèce , et après qu'ils eurent reçu d'elles la connoissance d'autres divinités , le pouvoir de l'objet primitif de leur culte soit insensiblement diminué à leurs yeux , et que Pan , le sombre habitant des noires forêts de ' l'Arcadie , où il remplit souvent l'ame du voyageur solitaire d'une terreur subite et inexplicable (* ^ ^) , adopta enfin les moeurs des autres habitants de l'Olympe , et
('^^) On dit que ce fat lui qui découvrit la retraite de Cérès et rindiqua à Jupiter. Paus. YIII. 42. 2. Épiménide , qui le transporte dans ràe de Crète, comme on pourroit s'y attendre, le fait élever avec Jupiter (ap. £rat. Catast. 27.). Ëratosthène lui-même (Catast. 40.) p^rle de Pan comme l'objet du culte d'Hercule, et chez ApoUodore ce dieu enseigne Tart de la divination à Apollon (I. 4. 1 ). Dans la mythologie euhémérique il est même fils du Ciel. Diod. Sic. T. IL p. 634 (M. Wesseling préfère cependant la leçon T.^zàva.). Chez le schpliaste de Sophocle (Aj. 685.) il prend typhon dans des filets. On voit par ces^témoignages que les anciennes traditions des Areadiens trouyoîent encore foi dans les siècles beaucoup plus récents* Le dernier conte au moins n'appartient pas aux narrations primitives, car ce ne fut certainement pas en Arcadie que Pan devint le dieu tutélaire des pécheurs , àxzioç , x^^^ i'I^ti/ç. cf. Lobeck ap. Erfiirdt ad Soph. Aj. 685 et Schol.adh. l. et advs. 686.
(*73) La terreui; panique. Corn. N. D. 27. p. 204. Il est remarquable qn*on lui attribua aussi les éclats de la joie. Soph. Aj. 68^ sq.
qdo, laissant à Jupiter el à Apotton le soin de prédire Favenir , il se soit oontenté désormais de soigner les troupeaux def ses fidèles adorateurs et prendre le divertissement de la danse et celui du chant , avec les nymphes , sur les montagnes (*^*).
En tout cas , je ne vois pas que nous ayons le droit de réfuser aux Arcadiens l'honneur d'avoir inventé le culte de Pan aussi bien que celui de Mercure. Les auteurs grecs donnent ce nom à un dieu indien ('^^) , d'autres à une divinité de l'Ethiopie ('^^) ; d'autres encore nous assurent que Pan n'est autre chose que le Mendès des Égyptiens , et ils allèguent comme preuve la ressemblance de l'extérieur de ces divinités (' ^ ^) , sans penser que la forme bicarré qu'on a donnée en Grèce à Pan ne fut probable* ment pas sa figure primitive , et que d'ailleurs rien n'a dû être plus facile pour les Arcadiens que d'inventer de semblables formes pour un dieu , protecteur des troupeaux. Mais il est certain que personne ne nous a encore expliqué comment le culte de ce dieu a jamais pu être transporté au milieu de l'Arcadie soit de Tlude , soit de l'Ethiopie , soit de l'Egypte , sans toucher sur les côtes , et comment les Athéniens , peuple qui avoit des relations aussi fréquentes avec les Barbares que les Arcadiens en avoient peu, n'ont eu aucune connoissance de ce dieu avant la guerre des Perses, lorsqu'il avoit déjà fleuri pendant des siècles au fond du Péloponnèse.
('^^) Schol. Soph. Aj. 685 (p. 336.). xoi^&v nqoltifo^ , ^^o^oç ^(fâir %aï àoiiàxiav (p. 339.)* Pour Yoir la différence entre le Pan des siècles postérieurs et le dieu des anciens Pélasges de TArcadie, on n*a qu*à comparer arec les rapports de Pausanias celui d'Hérodote à regard de sa bonhommie envers les Athéniens (Yll. 105.) et la description que donne Cornutus (N. D. 27.) de son extérieur. {»î^5) ciem. Alex. Strom. III. p. 539 in. ('7<^) Diod. Sic. T. I. p. 179. Strab. p. 1178. A.
(^'^^) Ib. p. 21. Plut, de Is. et Osir. T. VII. p. 403. éd. Reisk. Herod. II. 46.
Nous Tenons de voir que les occupations de la vie do* mestique efc sociale , aussi bien que les talents nécessaires pour y réussir, ëtoienl placées sous la surveillance de quelque divinité. Les phénomènes de la nature , adorés d'abord eux-mêmes , firent place à des dieux qui les diïîg^oient et les faisoient servir à Texécution d^ leurs desseins. Il en fut de même des situations dans lesquelles l'homme peut se trouver , des sensations et des passions qu'il peut éprouver. Or de toutes les sensations qui naissent dans le coeur humain il n'y en a certainement pas de plus fortes que l'amour et la haine. Peut-être même pourroit-on dassifier toutes les autres sous l'une ou l'autre de ces deux dénominations. L'amour , ou , pour mieux dire, le désir invincible qui unit les deux sexes , est le moyen qu'emploie la nature pour la conservation de l'espèce. Il est donc connu partout où l'on trouve des hommes . Malheureusement il faut dire la même chose de la haine , de la Jalousie , de la colère , des emportements , suites de l'avidité , de ramour-propVe , souvent de l'amour même , et causes des plus grands désordres , de l'anéantissement du bonheur domestique et public , des querelles , des homicides , dès guerres et de tous les maux que les hommes peuvent faire souffrir à ceux qu'ils tiennent sous leur dépendance.
Marg, diviniic H parolt que les Grecs ont pensé à ces nie de la guerre, Calamités réunies lorsqu'ils se sont, formé dci causes et dei l'idée du dieu qu'ils représcntoient spéci-
suites de ce fléau. i. t • wr
alcment comme le dieu de la guerre , JNlars , fils de Jupiter et de Junon ('^*). Minerve , comme nous l'avons vu , présidoit à la guerre pour autant qu'elle demande rintelligence , l'adresse et les combinaisons d*une sage prévoyance. Mars n'aimoit de la guerre que le tu* multe et la destruction. D'après Homère les querelles , la
(i^>) Hes. Theog. 922. Hom. II. E. 882.
guerre et les combats sont son i^MUiage C^). Il est le destractenr du genre humain : il ne se plait qu'à roinep les TÎlles et à répandre le sang ; il ne connoltni droit nî loi('*^), et les hommes croient lui faire une offrande agréable en s'cntr'ëgorgeant les uns les autres ('^'). La Crainte et la Terreur , la Discorde et Bellone suivent ses pas, .lorsqu'il se jette au milieu des combattants (^^^)^ Son nom suffit pour rappeler non seulement toutes les horreurs de la guerre ('®^), mais toute espèce de calamité ('®^). Et, pour se convaincre que Mars éloit en effet le dieu de la haine et du mal moral , on n'a qu'à jeter les yeux sur ces endroits où ce même nom indique aussi bien les causes que les suites de la guerre , la fureur des combattants ('^^) aussi bien que les blessures et la
(^^'») Hom.Il.i:.891.
JX80J BçoToXoèyhç y /»»a*9oroç , vi^x^^^^^v'^iji* Mincnrc l'apostrophe de ces beaux noms, comme si c'étoient ses titres ordinaires. — aqiçova — ^ Hq èxyya oïâe &4fÂ,^ça» Hom. II. JSJ, 761 , 717.
(^•') Hom. II. E. 288.
(»•») Hom.lL ^. 439 sq. E. 592. cf. 333. O. 119. ïïes. Tk. 933 sq. Scut. Herc. 191 sq. Suivant quelques-uns Bellone (Enjo) étoit sa mère, suivant d'autres sa nourrice, suivant d'autres encore sa fille. Corn. N. D. 21. p. 190. cf. Schol. Hom. H. E. 333. P. 211. D^autres appellent sa nourrice Théro. Paus. III. 19. 8. Antimaque métamorphosa la Crainte et la Terreur en chevaux, ap. Schol, Hom. II. ^' 439. cf. Schol. 11. O. 119. Quelques-uns ont voulu faire une divinité séparée de Tépithète Ényalius. £ust. ad II. p. 920. 1. 10. cf. p. 544.1.40. Le scholiaste de Sophocle (Aj. 179. p. 199 ) le distingue aussi de Mars: mais il est évident qu'il n'a pas compris son auteur.
^ .(^«^) Hom. II. r. 132.
II. ^» 209* O'^if TtavfiiiiQiOb çvyeQû) nqiyovTau /içfi'i* Ib. 309. Avvbç *Evvàhoç f xai re nxavêoyva xaTixra»