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Histoire de la coiffure féminine

Vot/e Altesse Royale a daigné me permettre de lui offrir la dédicace de ce livre.

Elle a montré une fois de plus que sa haute intelligence ne dédaigne aucune manifestation de l'art, si humble et si timide quelle soit.

Puisse, Madame, ï^otre gracieux patronage m' assurer la bienveillance de ce public que je vais affronter pour la première fois et que je ne puis craindre quand vous m'encoitracres.

De Votre Altesse Royale

La très hunible et obéissante servante.

Comtesse Marie de VILLERMONT

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Coiffure Féminine

INTRODUCTION

■' -^^^^ A croyance de tous les peuples, a quelque '^J*'*' époque qu on la prenne, a toujours

considéré le cerveau comme étant le sanctuaire de l'âme. C'est cette âme qui, par la bouche, exprime sa volonté et manifeste ses sentiments les plus intimes, sa douleur comme son plaisir.

C'est l'âme qui écoute par nos oreilks, brOle dans nos yeux par des feux de tendresse ou des étincelles de haine ; c'est par l'expression de notre physionomie qu'elle sait d'un pli de notre front, d'un froncement de nos sourcils faire trembler ou palpiter d'autres âmes ; cette âme, cette vie mystérieuse et intellectuelle, cette dominatrice du corps semble résider dans la tête comme dans la partie la plus noble de l'homme et la seule qui soit digne d'elle.

Aussi à ce tableau mobile si vif et si varié qu'on nomme le visage a-t-il fallu un cadre en rapport avec son importance et sa dignité. La nature y avait pourvu par la chevelure, mais ce cadre

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naturel ne put suffire longtemps et, avec la civilisation, mère des distinctions de races, de mœurs, de religion, d'âge, de climat, de lois, de rang et de caste, naquit la coiffure.

Le Phrygien se reconnaîtra partout à son bonnet, comme l'Assyrien à sa tiare, le Gaulois à son chignon tressé. Dès les premiers temps de l'histoire humame, les rois se ceignirent du diadème et la couronne est restée toujours l'apanage de la puissance.

Et telle est cette importance de la coiffure que c'est sur elle tout d'abord que nous portons nos regards, quand nous voulons reconnaître à qui nous avons affaire. Nous ne prendrons pas un Turc pour un Grec et, malgré l'apparente uniformité des modes européennes, ne trouvons-nous pas mille nuances dans cet affreux tuyau de poêle de nos modernes inessieurs ? Le jeune élégant n'a pas celui du grave magistrat. Le panama du petit rentier en dit long sur son propriétaire, ce feutre mou aux bords retroussés doit appartenir à Un artiste.

Chez les femmes, que de différences bien plus sensibles encore entre le chapeau de la femme sérieuse, de la jeune fille évaporée, de l'institutrice, de la mère de famille, de la grande dame, de la bourgeoise! Le chapeau est légion et cette légion a ses enseignes très diverses.

Regardez une foule, vous n'y voyez que des têtes et cependant vous distinguerez bien vit 2 les différentes positions sociales de ceux qui en font partie; si vous vous trompez, ce ne sera pas de beaucoup.

Que de fois la vu'î d'un innocent chapeau laissé dans l'antichambre par son propriétaire ne nous a-t-il pas fait fuir, en bénissant ce traître inconscient!

La coiffure est donc une partie intégrante et essentielle de notre physionomie, de notre personnalité. Elle indique même jusqu'à un certain point notre caractère, surtout chez les femmes, où les nuances sont plus délicates encore et où les modes se succèdent plus rapidement.

— « Souvent femme varie », a dit un roi qui devait s'y con-

INTRODUCTION' xi

naître. En étudiant les modes qui ont vécu depuis notre mère Eve, on est tenté de croire que cette réflexion est juste. Mais disons-le pour l'honn-^ur de notre sexe, si la femme varie, c'est bien plus dans son extérieur que dans son être intime. Le cœur, chez elle, est souvent meilleur que la tête et il ne faut pas juger une femme uniquement d'après ses chapeaux.

Et puis, la femme a toujours aimé à plaire. Est-ce un défaut? Nous n'entamerons pas ici une aussi grave question. Nous constaterons simplement un fait et nous ajouterons que ce motif, mal entendu, a fait éclore toutes ces modes extravagantes, que l'on a vu surgir en certains temps troublés, créées par des femmes trop avides de se faire remarquer et suivies par les autres, avec cette docilité, dont les moutons de Panurge sont restés le type fidèle.

11 y a des périodes où soufifle un vent de mauvais goût, qui aveugle les esprits les plus justes; c'est un vrai simoun, montant de je ne sais quel désert et renversant tout sur son passage, détruisant, hélas! autant que ce terrible fléau de l'Afrique, les monuments grands et petits de l'art ancien et du travail intelligent des siècles passés. Nous avons vu nos belles cathédrales gothiques dégradées par les rinceaux rococo du temps de Louis XV, nous avons vu, plus récemment encore, en 1830, tout ce que peut détruire l'aberration du goût. Si l'aberration est universelle, le costume suivra le courant et la femme se rendra plus ridicule que jamais, parce que sa nature est de porter les choses à l'extrême.

Il y a donc une philosophie dans le costume, parce qu'il habille une époque, et la coiffure en est comme le résumé. C'est à ce point de vue que nous allons l'étudier; nous ne voulons pas nous borner à une aride description de tresses, de plumes ou de chiffons, nous voulons la considérer comme ayant un rapport intime avec celles qui l'ont portée.

Si, visitant un musée d'antiquités, nous y rencontrons un toquet plus ou moins richement brodé, un cercle d'or enrichi de pierreries, sans aucune indication, nous n'y accorderons qu'un coup d'œil froid

XII INTRODUCTION

et furtif; mais si l'on vient nous dire : ce toquet fut porté par Marie Stuart, — ce diadème orna la tête de sainte ClotQde, aussitôt notre attention se réveille, notre œil s'anime et, ces restes d'autres siècles tout à l'heure dédaignés, il les contemple avec respect et émotion, revoyant tout à coup les scènes dramatiques, terribles ou émouvantes de l'histoire, que ces simples reliques font revivre devant lui.

Ce que nous cherchons dans cette histoire de la coiffure, c'est la vie; nous avons voulu retrouver la femme sous la chevelure, nous allons donc la suivre pas à pas, l'étudiant dans tous les monuments des temps où elle a vécu. Nous avons consulté pour la partie technique les plus savants auteurs : Racinet, Violet-Leduc, Ouicherat, Jacquemin, Hefner et beaucoup d'autres qui se sont occupés de l'histoire du costume, mais surtout nous avons étudié les monuments, statues, tombeaux, vitraux, portraits, miniatures et enfin nous avons cherché dans les mémoires, les lettres, les œuvres littéraires des différentes époques que nous allons traverser, ce passage de la femme qu'un mot seul peut caractériser, cette odor di femina qui se devine partout, à travers les événements les plus formidables, comme dans les menus faits de la vie ordinaire.

Les monuments préhistoriques sont trop clairsemés pour que nous ayons pu y puiser beaucoup d'indications sur les modes portées par nos aïeux des âges fabuleux, mais à mesure que nous entrons dans la vie civilisée ils se multiplient; nous avons l'Iliade, l'Odyssée, la Bible surtout, si pleine de détails de mœurs. Les statues et les peintures arrivent ensuite. Rome continue la Grèce, les poètes latins nous dévoilent les secrets les plus intimes de la toilette des femmes. Viennent les pères de l'Eglise et leurs terribles fulminations contre le luxe et la légèreté féminine.

Bientôt après s'ouvre la belle série de manuscrits qui se termine à l'invention de l'imprimerie. Nous y suivons pas à pas l'histoire de l'art avec celle du costume, d'abord barbare, simple, inhabile et, parvenus à ces belles miniatures dont la bibliothèque des ducs de Bourgogne offre le plus précieux trésor, nous y avens large-

INTRODUCTION

ment puisé. Le cabinet des estampes de la bibliothèque royale de Bruxelles a été aussi une de nos sources les plus abondantes; à cela il faut ajouter les portraits, tapisseries, dessins, croquis de toutes espèces que les archives de famille possèdent et auxquelles il nous a été donné de pouvoir faire de larges emprunts. Les musées de Hollande, si riches en costumes anciens, nous ont été ouverts avec une générosité traditionnelle en ce sage pays. De plus, quelques artistes éminents ont bien voulu nous prêter l'aide de leur crayon et de leur science pour donner à ces pages la consécration de leur talent et l'autorité de leur expérience.

Enfin le plus précieux encouragement est venu couronner nos efforts, en nous apportant la certitude qu'une plume illustre, un cœur royal s'intéressait d'avance à nos travaux et daignait nous donner une preuve sensible de la part qu'il y prenait.

Fig. 3l''s. — Uame des environs de Bethlehera,

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