‹ Histoire de la coiffure féminineChapitre 2 sur 31 · AUX PREMIERS TEMPS DU MONDE · texte numérisé non relu

AUX PREMIERS TEMPS DU MONDE

Les premiers hommes. — Naissance de la parure. — Abraham. — Le voile de Sarah. — Les Juives et leurs parures. — Jérémie. — Cendre et cilice. — Judith. — Esther. — L'Assyrie et ses femmes. — Au pays des momies. ■^- Un déjeuner au bord du Nil. — Les reines d'Egypte. — Le roman des deux frètes. — Décadence de l'Egypte. — Sacrifices de chevelures. — Les perruques de Candaule.

ORPQUE Dieu créa Eve, il lui donna comme

ornement cette magnifique chevelure

qui devait faire à jamais l'orgueil de

ses filles et le désespoir de celles qui

l'ont perdue. Mais, dans leur naïve

innocence, nos premiers parents ne virent

dans cette masse légère et soyeuse qu'une

toison ou un voile. La coquetterie n'était pas

encore inventée ; la lutte pour la vie comme le

douloureux sou\enir de sa chute devaient empêcher à jamais Eve

de se parer. La pénitence ne se couronne pas de fleurs.

Mais Tubalcaïn parut avec sa sœur Noémi et pendant que le premier forgeron faisait plier le fer sous son lourtl marteau, Noémi l'industrieuse inventait l'art de tisser la toile et de filer la laine, tandis que leur frère Jubal, le premier artiste, construisait le premier orgue et inventait les instruments de musique.

Avec le voile surgit la coquetterie. Quand la femme put apprécier l'usage du voile, elle comprit tout le parti que pouvait en tirer sa beauté, soit qu'elle voulût l'augmenter, soit qu'elle cherchât à en atténuer l'absence et, chose étrange, avant de chercher à orner sa chevelure, ce fut son voile qu'elle voulut parer.

II ne fallut pas longtemps pour s'apercevoir que l'application de quelques fils de couleurs variées sur la toile blanche du voile ou sur la laine de la tunique rehaussaient la beauté du vêtement et la broderie d'abord grossière et malhabile devint rapidement le produit d'un art délicat tout particulièrement féminin.

Pendant longtemps l'homme garda pour lui le luxe de la chevelure. Tous les peuples barbares ont considéré la barbe et les cheveux comme des emblèmes de force et de suprématie. De là le soin extrême qu'ils prenaient de ces ornements du corps.

Les monuments les plus anciens, ceux même antérieurs à Abraham, nous montrent les rois de la Chaldée, de l'Inde et de la Babylonie, portant barbe et chevelure bouclées à trois ou quatre étages, tandis que les très rares femmes représentées sur ces mêmes monuments ont les cheveux simplement pendants (fig. i).

Dès ces temps reculés la femme avait cessé d'être libre parce que la notion du vrai Dieu et de ses commandements s'était obscurcie.

Elle ne pouvait sortir des retraites où la force brutale de l'homme l'enfermait qu'enveloppée soigneusement d'un voile qui la rendait méconnaissable.

En Egypte seulement les femmes paraissaient tête nue en public, mais les mœurs des Eg)-ptiens différaient singulièrement de celles des autres peuples et le sexe faible jouissait chez eu.x d'une liberté inconnue partout ailleurs.

La Chaldée, patrie d'Abraham, était un pays très fertile; aussi la plupart de ses habitants se livraient-ils à l't levage du bétail. Si les ruines d'Ur-Kasdim, d'où sertit le grand patriarche, donnent une haute idée de la magnificence de cette ville, il n'en est pas moins vrai que la plupart de ses habitants étaient pasteurs et possédaient dans les environs de nombreux troupeaux gardés par des esclaves (servi) et des serviteurs.

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Fig. I. — CuitVures des rois assyriens, d'après les uiuiuinients de Babylone.

Quand Tharé, suivi de ses fils, Abraham, Nachor tt Haran, quitta la Chaldée avec tous ses troupeaux pour s'établir dans la Mésopotamie, ce fut l'exode de toute une nombreuse peuplade, emportant avec elle les usages et les habitudes de son pays, purifiés par le culte du vrai Dieu. Ses descendants conservèrent fidèlement ces mœurs en dépit des vicissitudes dont leur histoire fait mention et qui les mirent en contact avec une quantité de nations diverses.

Chez eux la femme eut une place à part. Ce n'était plus l'esclave, jouet docile de l'homme, courbée sous la force brutale et jalouse, c'était la compagne de son mari, la mère respectée des

enfants, mais cependant toujours soumise au chef de la famille et reconnaissant humblement sa supériorité.

Telle était la position de Sarah « la Belle », « la Princesse », « la Reine », dont la beauté était si grande qu'on ne pouvait la voir sans émotion.

Si élevée que fût sa naissance, si grand et si puissant que fût Abraham, elle n'en pétrissait pas moins de ses mains les pains et les gâteau.x; de son seigneur et maitre, comme le font encore de nos jours les femmes des plus riches émirs de l'Arabie et de la Syrie.

La stabilité que l'Orient a gardée sous le rapport des mœurs dans les races patriarcales, nous fournit une preuve palpable et vivante de la fidélité des récits de la Bible.

Tous ceux qui ont parcouru ces pays primitifs ont affirmé qu'ils rencontraient à chaque pas des tableaux de mœurs identiques à celles que nous dépeint la Genèse. Maintes fois il leur est arrivé de se croiser avec quelque chef pasteur allant à la tête de sa tribu chercher d'autres pâturages, comme jadis Abraham dans la terre de Gessen.

Les femmes portent les mêmes costumes, les mêmes ornements qu'au temps de Sarah (fig. 2).

« Robe sans taille, serrée par une ceinture grossière, sorte de « scapulaire ou autre robe dépourvue de manches et légèrement « ouverte sur le côté, guimpe large formant mentonnière que les « femmes des villes font monter jusqu'aux yeux. Sur le front une « espèce de béguin servant de bandeau; un ample manteau posé « sur la tête et semblable au voile ou à la cape des religieuses, « enveloppe tout le corps. A la campagne les femmes se dispen- « sent du voile et du manteau, mais l'habillement qui est le même « ne se distingue que par sa malpropreté. Cela n'empêche point « la femme arabe de se parer de bracelets, d'anneaux aux jambes, «. d'énormes boucles d'oreilles en argent massif (i). »

(l) Missions catholiques : Les Arabes. 9 mare 1S77.

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Fiç. i — Femme de Judée

Oue de voyageurs ont décrit l'impression vive que leur faisait rarri\-ée au campement d'un chef arabe, et comme in\olontairement ils se rappelaient Abraham assis vers le soir devant sa tente et se levant pour aller à la rencontre de ses nouveaux hôtes, tandis que les femmes rentraient précipitamment dans leurs tentes pour y préparer les pains sous la cendre. On égorgeait un mouton ou un veau et pendant que le chef lui-même servait les voyageurs, les femmes cachées dans la tente, comme Sarah, écoutaient derrière la toile ce que disaient les étrangers.

Sarah ne pouvait pas toujours \i\re à l'abri de la tente tutélaire. Les desseins de la Providence amènent Abraham en Egypte. La crainte d'être tué par Pharaon oblige le patriarche à faire passer Sarah pour sa sœur. Sans doute elle avait pris des vêtements de jeune fille pour tromper davantage le roi. Mais sa beauté était trop merveilleuse pour passer inaperçue. On vient dire à Pharaon qu'une étrangère éclatante de grâce est arrivée dans son royaume. Aussitôt ordre est donné d'amener Sarah au palais du roi, selon le droit que tout souverain oriental s'arrogeait sur les femmes non mariées qui arrivaient dans ses états.

Mais Dieu veillait sur son serviteur Abraham. Sarah lui fut rendue avec de nombreux présents (fig. 3).

Une autre fois c'est Abimélech, roi de Gérare, qi.ii s'empare de Sarah. C'est en vain que quatre-vingt-dix ans ont passé sur sa tête; elle est toujours si belle qu'on ne peut la regarder sans l'admirer.

Cette fois encore Abraham l'a fait passer pour sa sœur, .selon l'usage des patriarches qui avaient tout à craindre des princes païens dont ils traversaient les domaines. Un songe avertit Abimélech du crime qu'il allait commettre ; aussitôt il mande Abraham et lui rend Sarah. 11 les comble de présents et avant de laisser partir ses hôtes il dit à Sarah : — « J'ai donné mille pièces d'argent à votre mari afin que, en quelque lieu que vous alliez vous ayez toujours un voile sur les yeu.K devant tous ceux avec

qui VOUS serez et souvenez-vous que vous avez été prise pour n'avoir pas cette marque de dépendance d'un mari (i).

Cet incident émouvant de la vie de Sarah, montre l'importance qu'on donnait au voile de la femme à cette époque; outre qu'il était, comme le dit Abimélech lui-même, la coiffure des femmes mariées, il fait voir quel luxe on déployait déjà dans les étoffes; mille pièces d'argent étaient une somme énorme alors et il fallait qu'un voile fût d'une étoffe bien précieuse pour les valoir.

Fig. 3. — Pasteurs nomades chaldëens arrivant en t.çypte, d'après un monument égyptien.

Il est probable que, outre la finesse et la souplesse du tissu, on le relevait "^par de riches broderies. Les monuments d'Ur- Kasdim représentent des personnages revêtus de robes magnifiquement ornées de dessins de toutes espèces. Ces dessins étaient-ils tissés ou brodés? connaissait-on déjà l'art de fabriquer le cachemire? Ce sont des questions que la science n'a pas encore résolues, mais si on considère l'immuable durée des traditions et des mœurs dans tout l'Orient, si l'on tient compte du fait que les idoles de l'Inde actuelle sont faites à l'image exacte de celles qu'on y adorait avant Abraham, on peut croire que le tissage d'étoffes semblables au cachemire ou à la mousseline, était dès lors aussi bien en usage que la meule à écraser le grain de l'Arabe moderne, que la flèche nemrodienne du Turcoman.

(1) Cenise, chap xx. >' z.

Mais revenons au voile. Il caractérisait chez les Juifs la femme mariée ou la jeune fille fiancée.

Quand le vieux serviteur d'Abraham ramène avec lui la belle Rébecca, la future épouse d'Isaac, il arrive vers le soir en vue du campement. Isaac, méditatif comme tous les Orientaux, se promène seul dans la campagne. Il voit venir à lui la caravane et, de son côté, le fidèle domestique en apercevant le fils de son maître rapproche son chameau de celui de la jeune fille et lui dit : C'est Isaac.

Aussitôt Rébecca descend de sa monture et arrange soigneusement son voile autour de sa tête pour marquer sa soumission, sa modestie et son profond respect.

Après le séjour d'Egypte, les Israélites perdirent peu à peu la grande simplicité de leurs mœiirs primitives. Ils avaient appris à estimer le luxe, ils s'étaient eux-mêmes exercés dans les arts et l'industrie. Ils savaient fabriquer les riches étoffes, travailler l'or et l'argent, monter les pierres précieuses, décorer les monuments par la peinture et la sculpture et il suffit de lire les ordonnances de Moïse pour voir combien les traditions anciennes s'étaient modifiées. Aussi le costume des femmes s'en ressentit tout d'abord. Si le voile est resté d'un usage ordinaire, il est le plus souvent réservé aux vieilles femmes où à celles qui ont embrassé une vie très pieuse, comme les nazaréennes ou les esséniennes; les autres ont maintenant toutes sortes de parures, mélange souvent heureux des modes égyptiennes et assyriennes, en tous cas, très riches et très somptueuses.

Aux femmes incombait la charofe de tisser les étoffes de lin ou de laine, de les mélanger de soie de diverses couleurs, ou même de fils d'or, d'y broder des guirlandes de fleurs, des animaux fantastiques ou des dessins réguliers rappelant ceux de l'Egypte.

Les femmes juives poussèrent si loin la perfection de leurs broderies qu'elles égalèrent les brodeuses les plus célèbres de l'Orient, celles de Sidon et de l'Egypte, connues par leur merveilleuse habileté. On forma dans le temple, avec les jeunes filles qui

y demeuraient avant leur mariage, un atelier de broderie pour les ornements du Temple et la tradition rapporte que la Vierge Marie surpassait toutes les autres par l'excellence de son travail.

Ces voiles brodés étaient aussi remplacés par des écharpes, morceaux d'étoffe plus longs que larges qui enveloppaient la tête et se terminaient aux deux bouts par des franges (fig. 4).

Débora, la prophétesse, chantant sa victoire sur Sisara, disait dans son cantique (i) :

— « Peut-être que maintenant, dit la femme de Sisara qui « ignore la mort de son époux et s'effraie de ne pas le voir < revenir, peut-être que maintenant on partage le butin et qu'on « choisit pour Sisara les plus belles captives. On choisit d'entre « toutes les dépouilles, des vêtements de diverses couleurs pour les « donner à Sisara et on lui destine quelque écharpe précieuse, « brodée à l'aiguille, qu'il puisse porter sur lui comme ornement! »

La chevelure avait une grande signification pour les Israélites.

Nous ne parlerons pas de la chevelure d'Absalon, de Samson, ni des longs cheveux des nazaréens. Ouvrons les ordonnances de Moïse; nous y verrons d'abord qu'il est commandé aux femmes de ne prêter serment que tête nue et c'est sur une tête sans voile que le prêtre posera la main pendant qu'elles prêteront le serment justificatif qu'exige l'accusation portée par leur mari.

Se raser la tête est aussi une marque de deuil chez les femmes.

— « Si, ayant à combattre vos ennemis, dit le Deutéronome, et les ayant vaincus, vous voyez parmi les prisonniers de guerre une femme qui soit belle et que vous conceviez de l'affection pour elle, et que vous vouliez l'épouser, vous la ferez entrer dans votre maison où elle se rasera les cheveux et se coupera les ongles comme on fait dans le deuil. Elle quittera la robe avec laquelle elle a été prise et, se tenant assise dans votre maison, elle pleurera son père et sa mère un mois durant; après cela, vous en ferez votre femme. »

(l) r.es Juga, chap. v, ^ 30

Ainsi le voulait la loi de Dieu pour adoucir la douleur cruelle que devait ressentir la pauvre captive obligée d'épouser le meurtrier de sa famille et le vainqueur de sa nation.

Les femmes portaient aussi le deuil en se couvrant la tête d'un cilice et se répandant de la cendre sur les cheveux. Dans les moments de grande calamité, quand un malheur menaçait la patrie ou qu'on ordonnait un jeûne public, on voyait courir çà et là les femmes cachées sous un cilice formant une sorte de sac qui leur descendait jusqu'à la ceinture ou laissant pendre leurs cheveux en désordre, souillés de cendre et de poussière. Elles parcouraient les rues en se lamentant avec de grands cris et en levant les bras au ciel. C'est de la même façon qu'elles pleuraient aux enterrements de leurs proches.

Ce qu'étaient les parures des femmes juives, la Bible va nous l'apprendre et elle nous décrira longuement tout ce qui concerne les ornements et les coiffures des femmes.

Les rois avaient succédé aux juges et, avec l'établissement de leurs cours, le luxe avait pris un essor inconnu jusque-là. Il était arrivé à son apogée dès le règne de Salomon et toutes les richesses, les vêtements précieux, les bijoux et les pierres les plus rares affluaient à Jérusalem. Son prédécesseur David, dont la vie fut si remplie de vicissitudes, n'avait pu comme lui se montrer fastueux. Les femmes étaient encore simples. Quand la fille de David, la jeune Thamar, allait préparer les plats favoris de son frère Ammon, elle portait une robe traînante de diverses couleurs comme en portaient les vierges, filles du roi, et ses longs cheveux se déroulaient sur ses épaules.

Sous les successeurs de Salomon, les juifs faisaient un trafic considérable avec la Phénicie, la Syrie et l'Egypte. Ces nations apportaient sur les marchés de Judée la pourpre, les perles, les étoffes précieuses travaillées et tissées reproduisant en bordures des dessins assyriens. Les matières premières arrivaient de plus loin; Saba et Assur, les confins de l'Asie et de l'Afrique, envoyaient les balles d'hyacinthes, les bois de senteur pour les meubles

Fig. 4. — Jeime fille juive.

précieux, la soie brute et les pierreries. Il était tout naturel qu'au milieu de cette abondance, favorisée encore par l'esprit mercantile de la nation, le luxe continuât à se développer et que la toilette féminine surtout en fît son profit (fig. 5).

Les Juives, déjà célèbres par leur beauté, le devinrent encore davantage par la magnificence de leur parure. Elles n'évitèrent pas recueil des peuples riches qui surchargent leur corps d'ornements au détriment de la vraie beauté et s'attirèrent bientôt les admonestations sévères des prophètes, qui leur reprochaient leur coquetterie coupable et leurs folles dépenses.

Isaïe donne en détail la parure des élégantes Israélites lorsqu'il fulmine contre elles ses imprécations et ses menaces.

— « Le Seigneur, dit-il, le Seigneur vous fait dire par ma « bouche : parce que les filles de Sion se sont élevées d'orgueil, « qu'elles ont marché la tête haute en faisant des signes des yeux « et des signes des mains, qu'elles ont mesuré tous leurs pas et « qu'elles ont étudié leurs démarches

« Le Seisfneur rendra chauves les filles de Sion, il arrachera « tous leurs cheveux et les réduira à une honteuse nudité.

« En ce jour-là, le Seigneur leur ôtera leurs chaussures magni- « fiques, leurs croissants d'or, leurs colliers, leurs filets de perles, « leurs bracelets, leurs coiffes [initras), leurs rubans de cheveux, « leurs jarretières, leurs chaînes d'cr, leurs boîtes de parfum, leurs < pendants d'oreilles, leurs bagues, les pierreries qui leur pendent « sur le front, leurs pendants de nez, leurs robes magnifiques, <c leurs écharpes, leur beau linge et leurs poinçons de diamant, « leurs miroirs, leurs chemises de grand prix, leurs bandeaux et « les habillements légers qu'elles portent en été, et leur parfum « sera changé en puanteur, leur ceinture d'or en une corde, leurs « cheveux frisés en une tête nue et sans cheveux et leurs riches « vêtements de dessus en cilice! »

Cette nomenclature, intéressante au point de vue historique, montre à quel point d'élégance raffinée était arrivée la femme juive. Elle nous donne aussi de précieux ren.seignements sur sa

Fig 5 — Femme de la Syrie en ijrande parure.

14 HISTOIRE DE LA COIFFURE FÉiMININE

coiffure. Comme on le voit, les Juives se frisaient les cheveux par devant et les laissaient pendre derrière en longues tresses nouées dans lesquelles étaient introduits des rubans tissés avec de la soie ou de l'or; ou bien, à la mode égyptienne, elles bouclaient tous leurs cheveux et les faisaient retomber tt-ut autour de la tête en les retenant sur le front soit par un bandeau ou diadème d'or, soit par un filet orné de perles ou par des plaques formées de petites pièces d'or assez semblables à la coiffure de sequins que portent encore les Juives en Orient. Quelquefois la mode assyrienne était en faveur, sans doute après les invasions de Sennachérib et au retour de Babylone; alors, la femme élégante portait sur le front la coiffe ou la mitre, sorte de cône tronqué plus ou moins élevé et garni d'or, de pierreries ou de broderies, selon la richesse de celle qui s'en ornait. Sur le tout, à volonté, on jetait un voile léger et transparent ou une écharpe richement brodée, ou enfin un voile de lin opaque comme le font encore maintenant les femmes en Orient. La coiffure à mitre est encore portée par les Persanes et par les Caucasiennes.

La mitre était parfois accompagnée d'un riche bijou qui pendait sur le front ou d'un pendentif en petites médailles ; enfin l'anneau dans le nez fut une mode assyrienne qui régna un moment en Judée.

Citons encore Ezéchiel reprochant à la Sulamite sa vie désordonnée :

— « Je vous ai prise pour épouse, pauvre et nue, je vous ai « lavée dans l'eau, j'ai répandu sur vous l'huile parfumée. Je vous « ai donné des robes en broderie et une chaussure magnifique. « Je vcus ai ornée du lin le plus beau, je vous ai re\'êtue des « habillements les plus riches et les plus somptueux. Je vous ai « parée des ornements les plus précieux, je vous ai mis des « bracelets aux mains et un collier à votre cou.

« Je vous ai donné un ornement d'or pour mettre à votre front v< et des pendants d'oreilles, et une couronne éclatante sur votre « tête. Vous avez été parée d'or et d'argent et vêtue de fin lin « et de robes en broderies de diverses couleurs, vous avez été

« nourrie de la plus pure farine, du miel le plus exquis et vous

<< êtes devenue parfaitement belle vous m'avez abandonné,

<< vous avez pris vos riches vêtements, vous les avez cousus l'un « à l'autre pour en faire les ornements de vos hauts-lieux, vous « avez pris ce qui servait à vous parer, qui était fait de mon or « et de mon argent pour en faire des idoles que vous adoriez, « vous avez pris vos vêtements de diverses couleurs et vous en « avez couvert vos idoles pour les parer (i). »

Ici encore nous retrouvons les mêmes robes brodées, les colliers, le bijou du front, le linge fin reprochés par Isaïe, mais Ezéchiel parle d'une riche couronne et, en effet, les Juives portaient dans quelques cérémonies de très belles couronnes ornées de pierreries dont malheureusement il n'est parvenu jusqu'à nous que des descriptions vagues sans nulle reproduction, car la crainte de l'idolâtrie, si enracinée dans le cœur de la nation juive, avait inspiré à Moïse les défenses les plus formelles de représenter des figures d'hommes sur aucun monument, ni dans aucun motif de décoration et cette défense fut fidèlement observée à ce point que, de tous les peuples de l'antiquité, la nation Juive est la seule dont on n'ait aucun souvenir descriptif ni dans les sculptures, ni dans les peintures qu'elle nous a laissées.

L'étude approfondie des costumes des nations voisines et les modes actuelles portées par les habitants de la Judée peuvent nous donner une idée approximative de la parure des Juives (fig. 6).

Ces espèces de calottes ornées de sequins que portent encore les femmes de la Palestine étaient déjà en usage au temps de Judith. Au lieu de sequins on employait peut-être des médailles ou des amulettes, mais il n'est pas douteux que les bijoux sur le front étaient très en vogue. Quant à la couronne, elle n'était portée que dans des occasions exceptionnelles, comme celles du mariage et dans d'autres cérémonies religieuses. Les reines de Judée s'en paraient aussi sans doute aux grands jours.

(l) Etéchicl, chap. XVI

L'art de se parfumer et de se maquiller fut très apprécié par les belles Israélites. Une femme coquette et même simplement soigneuse de sa personne avait à sa disposition toute une série de fards, de parfums, d'onguents et de pommades dont nous n'avons qu'une faible idée, mais qui rendraient jalouses nos élégantes modernes. Et que d'opérations pour le bain de chaque jour! Après l'immersion dans l'eau se succédaient les massages, les frictions, les lotions d'huiles et d'essences odoriférantes et enfin l'application des fards; les Juives connaissaient à fond l'usage du blanc et du rouge, du noir pour agrandir les yeux, pour les rendre brillants, du bleu pour estomper les tempes, du noir brun pour dessiner les sourcils.

Combien d'heures passa la misérable Jézabel à se parer et à dissimuler sous des couches de poudres diversement colorées les irréparables outrages du temps? Sur ses cheveux frisés, parfumés, brillants, elle avait posé une riche couronne et ainsi elle s'était placée à un balcon pour voir arriver Jéhu, le roi vainqueur des siens et tenter la puissance de ses charmes artificiels sur le vengeur de Naboth. Vains efforts. Elle n'en fut pas moins jetée .^

par la fenêtre et dévorée par les chiens.

Ce luxe de parure n'était pas seulement l'apanage des reines ou des femmes esclaves de leur corps. Les plus sages en subissaient la tyrannie.

La belle Judith était un modèle de vertu; depuis son veuvage, elle avait revêtu un cilice et ne sortait plus de sa maison ; cependant, quand sa patrie est près de périr et qu'elle se résout à la délivrer, elle n'hésite pas à reprendre le costume des jours heureux.

Elle commencé par s'humilier profondément dans le jeûne, la cendre et la prière pour implorer le secours du Ciel, puis elle appelle ses femmes. "^

Elle .se baigne et se couvre de parfums précieux, elle frise ses cheveux et met sur sa tête une mitre d'une grande valeur, car Judith était une grande dame et jouissait d'une fortune considérable.

Elle se revêt de lin fin et d'une robe brodée de lys d'or de diverses nuances, admirablement travaillés; sa taille est couverte de broderies, sa poitrine de bijoux ; des bracelets, des bagues, des

Fig. 6. — Femme des environs de Jérusalem.

pendants d'oreilles et enfin une chaussure magnifique constellée de pierreries complètent ce costume royal; on ne peut s'étonner qu'en voyant arriver cette splendide étrangère, Holopherne ait été ébloui au point d'oublier toute prudence.

i8 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE

La mitre, comme nous ra\'ons vu, était une coiffure d'origine assyrienne. Remontons au pays d'Abraham quelques instants encore.

Nous trouvons en Chaldée, en Assyrie et en Babylonie une civilisation très avancée quoique bien différente de celle des autres pays.

Autour des ruines de la tour de Babel s'est élevée une cité merveilleuse qui, en Asie, n'a d'égale que Ninive. C'est Babylone. Dans ces deux grandes capitales de royaumes puissants se sont accumulées d'immenses richesses et se cultivent les arts et les sciences avec un déploiement de force, d'éclat et de magnificence qui contraint notre admiration.

Certes, ce n'était pas un peuple vulgaire, celui qui résidait dans ces villes gigantesques, aux vastes palais mystérieux, aux portiques splendides embellis de statues colossales, aux murs épais semés d'une profusion de sculptures et soutenus par une forêt de hautes colonnes, annonçant aux générations suivantes ce qu'étaient son faste grandiose et son génie merveilleux.

L'assyriologie, science toute moderne, en déchiffrant l'écriture cunéiforme, nous a ouvert un vaste champ d'investigations; mais jusqu'ici, la femme n'apparaît guère, si ce n'est d'une façon incidente.

Les sculptures si nombreuses sur tous les monuments de Babylone et de Ninive représentant soit des scènes de la vie intime, soit les faits les plus glorieu.x de la vie des rois, ne nous montrent pas de femmes. Parfois seulement une esclave ou une prisonnière se trouve mêlée aux peuples vaincus amenés aux pieds du roi, et c'est tout. Aucune indication pour les costumes féminins. Cette absence regrettable de l'image de la femme sur tous les monuments assyriens est une preuve très concluante de l'état d'abaissement où elle se trouvait dans ces contrées. C'est un objet sans valeur, indigne d'être montré aux siècles futurs; on ne s'en occupe pas. Que valait la femme pour ces princes qui en avaient autant (ju'il y a de jours dans l'année."* On les gardait dans les harems comme on garde des animaux utiles, rien de plus. Seule-

ment, les maîtres, très jaloux de cette propriété, se défiaient très fort des élans d'indépendance, de liberté et des autres aspirations qui pouvaient s'éveiller dans ces âmes annihilées par roisi\eté; de là la surveillance sévère exercée sur les femmes, l'obligation de ne sortir que voilées et toutes les entraves mises à leurs moindres actions.

Afin de maintenir d'autant plus cette réclusion, il était admis que les femmes les plus méprisables pouvaient seules sortir tête nue. Aussi, aucune grande dame n'eût voulu sortir autrement qu'enveloppée de la tête aux pieds. Les costumes courts, les grandes tresses mêlées de rubans et de paillettes brillantes, les boucles couronnées de Heurs, tout cela était réservé à ces troupes de danseuses, de chanteuses, de joueuses de flûtes que les rois avaient toujours auprès d'eux et qui étaient un luxe des plus enviés. Les rois de Juda eux-mêmes tombèrent dans ces faiblesses.

Chez elle, la femme assyrienne était richement vêtue. La coiffure était, dans ces pays, d'une grande importance et nous avons montré plus haut à quel point les hommes mêmes s'en préoccupaient. La figure I donne une idée de la manière dont ils arrangeaient les boucles de leurs cheveux et de leur barbe. Assurément les femmes ne se laissaient pas dépasser en vanité par leurs maris, elles n'auraient pas été femmes sans cela.

Sémiramis mettait beaucoup de temps à se coiffer, puisqu'elle aima mieux remettre l'achèvement de ce travail à plus tard que de laisser une émeute grandir sans répression. Les reines portaient des couronnes élevées et très riches, ou encore la tiare dans le genre de celles des hommes, soit allant en s'amincissant vers le haut, soit ronde comme un tuyau de poêle posé sur la tête. Encore maintenant les Persanes de distinction portent dans leur intérieur ces tiares ou mitres souvent richement brodées ou ornées de sequins et de jo) aux (fig. 7).

Il était tout aussi humiliant pour une Assyrienne de haute position de se montrer au milieu d'un repas d'hommes que de sortir non voilée dans les rues, et la belle \^asthi savait très bien qu'elle courait un danger de mort en refusant d'obéir aux ordres d'Assuérus, qui

l'avait fait appeler pendant un grand festin qu'il donnait aux seigneurs de sa cour.

Le roi, animé sans doute par de cop'euses libations, s'était vanté de posséder la plus belle femme du royaume. Pour prouver son dire, il tît ordonner à Vasthi de se revêtir de ses plus beaux atours, de se couronner de la couronne royale et de venir se

montrer ainsi parée à tous les courtisans.

L'orgueil de la reine se révolta à cette exhibition humiliante ; elle refusa d'obéir au roi et, dès le lendemain, elle était chassée du palais, heureuse d'être quitte à ce prix du crime d'avoir préféré son honneur à sa vie.

La Bible raconte que du jour même où Esther dut être présentée au roi en remplacement de la fière Vasthi, elle gagna son cœur si complètement qu'Assuérus déclara qu'il entendait la couronner reine de sa propre main. Un magnifique festin réunit par son ordre tous les grands de la cour et du royaume et dans toutes les provinces des fêtes furent ordonnées afin de célébrer les noces royales et de faire bénir le nom de la nouvelle reine.

Dès ce moment, Esther fut l'épouse préférée d'Assuérus et acquit sur lui une grande influence.

Mais le bonheur ne devait pas régner longtemps dans le cœur d'Esther; bientôt, elle apprend par Mardochée le sort réservé à ses compatriotes. C'est à elle qu'incombe le devoir de les sauver; aussitôt, elle reprend ses habitudes jui\'es, elle quitte ses beaux habits, elle dépose la tiare royale qui orne son front et, les

Fig, 7. — Tête de reine assyrienne, venant des monuments de Babylone

cheveux dénoués, couverts d? cendres, revêtue d'un cilice, elle prie avec larmes et gémissements, jeûnant et s'arrachant les cheveux. Elle passa ainsi trois jours dans ces exercices de pénitence, disant au Seigneur sa douleur et ses craintes et lui exprimant son chagrin de devoir porter sur son front un signe de gloire quand ses frères souffraient une cruelle persécution : Vous savez, s'écrie-t-elle, combien cette couronne me fait horreur et avec quel soulagement je la rejette quand je rentre chez moi !

Enfin, elle est prête pour le sacrifice; nouvelle Judith, elle se parfume, se coiffe plus soigneusement que jamais, se revêt de ses plus beaux habits et pose sur son front le diadème royal. Deux suivantes la soutiennent dans sa marche, l'une lui sert d'appui, l'autre tient sa longue traîne.

Elle s'est peint les yeux pour renouveler leur éclat, elle a fardé ses joues pour mieux dissimuler la pâleur de l'angoisse.

Sa robe est mi-partie blanche et pourpre et brodée richement de bouquets de tleurs. Les bords de son manteau sont garnis de glands d'or. Des bracelets ornent ses bras nus, des colliers pendent sur sa poitrine découverte.

Elle est superbe dans tous ces atours et cependant toute force l'abandonne quand elle paraît au milieu de la cour aux yeux d'Assuérus qui, peu habitué à dominer ses premières passions, se livre tout d'abord à un accès de colère en voyant une femme oser paraître devant lui, sans qu'il l'y ait appelée. Un instant, il oublie son amour et la beauté d'Esther et ce n'est que lorsqu'il la voit pâlir et tomber évanouie dans les bras de ses suivantes qu'il obéit à la voix du cœur et tend vers Esther son sceptre rédempteur pour qu'elle le baise.

Le port de la tiare s'est perpétué parmi les populations de la Perse et de l'Asie. Il est encore en vigueur chez les Parsis et un voyageur français, qui parcourut l'Inde et la Perse au x\ ii^ siècle, Chardin, nous a rapporté différents types de coiffures qui ont beaucoup d'analogie avec les mitres et les diadèmes des anciens Assyriens (fig. 8).

Sur la mitre, les femmes jetaient souvent . un voile léger de mousseline très fine et très transparente, mais ces voiles étaient des objets de parure et ne suffisaient pas pour couvrir le visage de celle qui osait s'aventurer dans les lieux publics.

La pauvre Suzanne cachait sa douleur sous un voile épais lorsqu'elle parut aux pieds des juges, qui allaient la condamner à mort, sur l'accusation des impudents vieillards et ceux-ci exigèrent tout d'abord qu'on lui enlevât son voile, afin d'ajouter encore à sa honte et à leur vengeance.

Fig. 8. — Coiffures des femmes en Perse au XV!!"" siècle, d'après le voyageur français Chardin.

Traversons de nouveau la Judée et nous nous trouverons dans un pays tout aussi civilisé mais portant un cachet bien différent. Là aussi les modes sont immuables et les plus anciens monuments nous offrent des portraits en tout semblables à ceux des dernières périodes de l'histoire de l'Egypte.

Là nous rencontrons la femme libre, compagne et égale de l'homme à tel point que Séthos l" , n'étant pas de race royale, est reconnu et proclamé simplement régent et administrateur du royaume en attendant que son fils Ramsès, né de la fille de Ramsès I^', soit en état de régner. Ici la femme est donc considérée comme plus noble que son mari. Ce n'est pas le seul fait

de ce genre qui se rencontre dans l'antiquité égyptienne. La femme n'est pas cependant complètement émancipée; elle doit à son mari la soumission. Remarquons en outre que sur plusieurs monuments représentant des époux, l'homme est plus grand que la femme pour indiquer sa supériorité.

Les documents ne nous manquent pas pour reconstituer l'histoire intime des Égyptiens. La peinture et la sculpture nous retracent à l'envi, sur les tombeaux et dans les temples, les scènes familières de leur existence et le trésor sans cesse augmenté des papyrus nous vient en aide pour nous permettre de compléter la connaissance que nous avons de leurs mœurs (fig. 9).

Nous pouvons maintenant facilement nous figurer ce qu'était lintérieur d'un riche Egyptien, d'un ministre du roi, par exemple, dont l'habitation, située au bord du Nil, contient tous les raffinements luxueux de la civilisation égyptienne.

Nous voici devant un palais à deux étages dont le péristyle est soutenu par des pylônes ornés de scènes familières, dessinées en creux sur la pierre.

Des appartements spacieux, embellis de fresques, meublés d'élégants sièges, de statues et de vases, occupent le rez-de-chaussée ; il y a là des salles de banquets, des salles de repos, la chambre des ancêtres et toutes les dépendances d'une maison riche et bien montée.

Traversons ces pièces et sortons par un autre péristyle donnant .sur le fleuve. Entre les colonnes, de fraîches draperies jettent

Fig 9 — Princesse royale égyptienne

d'aprcs viii monument de Louqsor-

l'ombre sur la terrasse entièrement bordée de fleurs. Au delà se développent des parterres remplis de fleurs odorantes et entremêlés de petites allées sablées. On dirait un vaste bouquet fleuri entourant un petit bassin garni de rocailles où se fait entendre le doux clapotement d'un jet d'eau dont la gerbe brillante est lancée vers le ciel pour retomber en pluie sur les lotus et les nénuphars.

Au bord du Nil, le jardin se termine par une nouvelle terrasse sur laquelle s'élève un pavillon coquet fermé par de grandes tentures que le vent agite doucement et environné de treillis garnis de plantes grimpantes et fleuries.

Au milieu du pavillon se dresse une table aux pieds de bronze d'un modèle élégant. Quelques sièges incrustés d'ivoire sont rangés autour de la salle ; près des colonnes reposent de grandes urnes de poterie rare pleines de fleurs fraîches qu'une esclave, à la robe bariolée, achève de disposer avec soin. Elle porte au cou un collier d'or qui constitue la livrée du maître.

La table est couverte d'une nappe blanche délicatement brodée. Sur cette nappe, le couvert est mis. Il y a là des verres de formes charmantes, de fines cuillers de buis travaillé avec art et représentant une jeune nageuse poussant un panier devant elle ; des corbeilles d'or et d'argent, débordant d'oranges et de citrons dorés mêlés à la plante aden-roga, <s. p/us douce que le miel, > ou encore de petits pains des plus appétissants. Ces corbeilles sont entourées de guirlandes de lotus et d'aôu entremêlées de mandragores, de pins pignons, de grenades et de fruits d'aloès.

La jeune esclave porte sur la tête, retenu au moyen d'un cercle d'or, un morceau d'étoffe rayée dont les pans viennent retomber de chaque côté à la hauteur du cou comme des oreilles d'éléphant. Près d'elle, une autre esclave coiffée de même, soulève une des portières de lin teint de pourpre pour laisser passer deux dames.

C'est la femme du ministre et une de ses amies qui viennent prendre leur repas du matin. On a relevé les tentures du côté du Nil et tout en dégustant les produits délicats de la cuisine savante

de l'esclave cuisinier, la ncble dame et son amie pourront s'amuser à regarder le va-et-vient des bateaux sur le fleuve et le paysage animé qui se déroule devant elles.

La femme du ministre a une robe de lin entièrement brochée d'un dessin très riche, représentant des^scènes de la vie royale.

Fig. 10. — Grande dame égyptienne de race royale, d'après un monument

Fig. II. — Grande dame égyptienne, d'après un monument.

Un collier d'or quadruple entoure son cou et sa ceinture est une écharpe brodée d'or.

Sa tête fine et impérieuse est couverte d'un voile noir très léger orné d'une mince broderie et de franges d'or dans le bas. Ce voile descend à peu près jusqu'aux épaules et est surmonté d'une singulière coiffure qui lui va à ravir. C'est une grue aux ailes déployées posée à plat sur la tête en guise de calotte. Les ailes tombent de chaque côté sur les oreilles, la queue forme une

petite aigrette par derrière et la tête s'avance sur le front comme la vipère dans les coiffures royales.

La calotte est en étoffe précieuse brodée d'or et de couleurs, les broderies forment les différentes parties de l'oiseau. La tête et les pattes sont en or et les yeux sont formés de pierreries (fig. lo).

La noble maîtresse de céans est en droit de porter cette coiffure réservée aux membres de la famille royale parce qu'elle est la petite-fîlle d'un Pharaon.

Son amie, qui ne compte pas de têtes couronnées parmi ses ancêtres, est vêtue d'une robe de mousseline rayée d'un tissu d'une finesse étrange, des bracelets d'or émaillé brillent sous ses larges manches et son cou est orné d'un collier tout garni de scarabées.

Sa chevelure est entièrement bouclée en boucles régulières, distribuées à profusion et pendant jusqu'aux épaules par derrière, tandis qu'elles sont courtes sur le front.

Une bande d'étoffe, artistement brodée, maintient le tout.

Sur un guéridon, à côté d'elle, est jeté le voile brodé d'or dont elle s'était enveloppée pour venir jusque chez son amie (fig. ii).

Bientôt, on apporte un premier service composé d'Onotis (i), de mulets tachetés et de Hanonas (2). A cette entrée succèdent quelques viandes légères, oiseaux aquatiques ou gibier, puis enfin apparaissent les fruits accompagnés de lait, de vin de grenade et de la célèbre liqueur si appréciée en Egypte sous le nom de Khunianana.

En ce moment, un mouvement inusité se manifeste sur le Nil. Les barques se rangent le long des rives et un magnifique navire de cèdre garni de voiles de pourpre brodées d'or apparaît, fendant l'eau de toute la vitesse donnée par six agiles rameurs et .suivi d'autres barques de cèdre très richement décorées quoique avec moins de luxe.

(1) Poisson nourri de lotus et très estimé des Égyptiens.

(2) Poisson engraissé dans les rigoles d'inondations.

— « C'est la reine Rékaantmé qui se rend au temple d'Anubis, s'écrient les deux dames qui se lèvent pour la voir passer. »

La reine a sa coiffure des grands jours. Ses cheveux bouclés dépassent le voile court et sont surmontés de l'Atew, couronne blanche de laquelle s'élèvent deux vipères couronnées de cornes de bélier et répétées au front. La grue posée sur l'.Atew aussi couronnée est en or massif émaillé et orné de pierreries (fig. 12).

Autour de Rékaantmé, assise sous son dais de pourpre, des esclaves chargées de colliers d'or agitent de grands éventails de plumes.

Dans les autres barques suivent les princesses de la famille royale et d'autres grandes dames. Les unes portent la mitre blanche ornée de deux plumes d'autruche, d'autres la Calautica, coiffure en étoffe rayée ou brodée qui se plaçait sur la tête comme un capuchon et s'enroulait autour du cou. Les princesses sont coiffées de l'Atew ou du

Pscheut, lourdes couronnes rouges ou blanches, d'autres enfin ont les cheveux bouclés retenus par un cercle d'or ou une calotte.

Ces boucles étaient souvent empruntées à d'autres têtes, car les dames se faisaient un point de gloire de se surcharger de cheveux. Une statuette de la collection de Sait nous montre une élégante Égyptienne, la « dame Naïa ». Sa tête est monstrueuse et di.s-

Fig. 12. — La reine Rékaantmé.

paraît sous les masses épaisses de sa perruque, car il est impossible qu'une seule tête ait pu fournir tous ces cheveux (fig. 13).

L'usage des perruques était d'ailleurs très répandu dans l'Egypte et était même devenu un objet de luxe qu'on était très fier de pouvoir étaler.

Le scribe Penbesa, écrivant à son chef Amen-em-Apt, lui raconte

les charmes de la vie de Silsilis, ville où il était sans doute envoyé en mission ; il s'étend beaucoup sur les choses exquises qu'on y mange et qu'on y boit et finit en ajoutant que les habitants y sont tous les jours en habits de fête, « de l'huile parfumée sur leurs têtes, que recouvrent des perruques neuves. »

Les Egyptiennes donnaient un temps énorme aux soins de la toilette.

M. Saury, qui a fait une étude si approfondie des mœurs du pays d'Isis, cite une simple paysanne, Anepu, qui passait les longues heures de la matinée à se peigner. C'était bien autre chose chez les riches matrones ; leur toilette ressemblait assez, pour le temps et les soins qu'on y apportait, à celle des Romaines de l'empire; les fards, les parfums et toutes les ressources de l'art de paraître leur étaient connues.

On ne se pare pas pour rester sans admirateurs; aussi, les Égyptiennes aimaient à se montrer et leurs mœurs n'étaient pas toujours telles qu'eUes pussent prêter le serment du Rituelfunéraire sur la fidélité à leurs devoirs d'épouse. Un vieux papyrus appelle la femme « un amas de toutes sortes d'iniquités, un sac de toutes espèces de ruses et de mensonges. »

Fig, 13. — La dame Naïa, d'après une statuette de la collection de Sait.

Le singulier Roman des deux frères, écrit vers le xy= siècle avant Jésus-Christ pour l'amusement du prince Seti II et trouvé au commencement de ce siècle, contient les détails les plus curieux sur la vie intime des Égyptiens, tout en apportant une preuve de plus à l'authenticité de l'histoire de Joseph. Notre histoire de la coiffure trouve aussi à y glaner. On y voit l'importance de la parure pour la femme. Quand le jeune frère vient de la part de l'aîné trouver la femme de celui-ci pour qu'elle lui donne des semences, il la trouve occupée à se peigner. Au lieu de lui donner ce qu'il demande, elle lui dit :

« Va, ouvre le grenier, prends toi-même ce qui te plaira, de « peur que ma coiffure ne se défasse en chemin. »

Les femmes du peuple même étaient coiffées avec soin et déjà Hérodote remarquait que, tandis que tous les Égyptiens portaient des fardeaux sur la tête, leurs femmes les portaient sur leurs épaules, sans doute pour ne pas déranger leur édifice capillaire. Chose curieuse, cette chevelure si aimée des Égyptiennes passait pour une matière impure. Il fallait se raser pour obtenir quelque faveur des dieux et les prêtres avaient tous la tête et le menton rasés. Si les monuments d'Egypte en montrent le crâne bien garni, on peut affirmer sûrement que la garniture est une perruque.

Beaucoup d'hommes qui voulaient passer pour purs se rasaient et ne laissaient pousser leurs poils que lorsqu'ils étaient en deuil; enfin, l'étiquette royale exigeait qu'on ne se présentât devant le roi que rasé. Il n'en était pas de même pour les femmes, celles-ci conservaient soigneusement leur chevelure et y ajoutaient beaucoup de boucles ou de nattes étrangères.

Étudions encore ces différentes coiffures. Un dessin représente une reine ayant les cheveux bouclés, retenus par une écharpe qui vient se nouer derrière. Sur le sommet de la tête est une petite calotte brodée sur laquelle se pose le pscheid ou couronne rouge surmontée de cornes de bélier entourant la lune et de Yurens, vipère royale que peuvent seuls porter les Pharaons.

\''oIci encore quelques reines de l'ancienne Egypte et de différentes époques ; on pourra juger combien peu les coiffures différaient d'un siècle à l'autre; le style est toujours le même (fig. 14).

C'est d'abord Taosra, femme de Siphtah, d'après un monument de Biban-el-Maluk. Elle porte la calautica et la vipère royale (fig. 15); vient ensuite Tewékoerniro, femme d'Aménemses. Elle a un capuchon orné de boucles d'étoffes s'arrondissant en forme de cornes de bouquetin; \atew ou couronne blanche surmonte sa tête. Uureus se dresse sur son front (fig. 16).

La troisième est Isis, femme de Ramsès IV, dont on trouve le portrait dans la vallée des Reines. Sa coiffure ressemble beaucoup à celle de Rékaantmé avec la couronne surmontée en moins. Son capuchon est le klafi avec la bande retombant sur la poitrine; elle a aussi Xureiis en boucles d'oreiUes (fig. 1 7).

Une autre reine des monuments de Biban-el-Maluk est Tascia, mère d'Aménemses. Son klaft est surmonté de la calotte en forme de grue et de Xatew (fig. 18).

De tout ce qui précède, on peut conclure que la coiffure des reines était essentiellement officielle; la fantaisie n'y avait aucune part; il est bien rare de rencontrer une tête royale féminine qui ne soit pas absolument pareille aux autres. Le fait se présente exceptionnellement pour la fille de Sésostris, la jeune Botiante. Peut-être avait-elle emprunté quelques idées nouvelles aux femmes ramenées prisonnières par son père. Elle a bien la vipère royale, mais sa calotte festonnée garnie dune écharpe aussi festonnée constitue une grande modification de la coiffure ordinaire des reines ég)'ptiennes (fig. 19).

Les guerres que l'Egypte eut à supporter amenèrent dans les mœurs une révolution importante.

Avec Alexandre, les Grecs prirent pied dans ce pays fortuné et Alexandrie devint une brillante colonie grecque. Les rois Lagides qui succédèrent au conquérant étaient Grecs autant qu'Égyptiens. Aussi vit-on peu à peu ce pays perdre sa physionomie propre; architecture, religion, costume, tout devint hellène; on vit à côté

Fig. 14. — Le Idaft. Fig. 15. — La reine Tao^ra, femme de Siphtah

Fig. 16 — La reine Tewékoerniro, femme d'jVmcnemses.

F'g 17^ ^ La reine Isis, femme de Ramsès IV

du Serapeum et des temples d'Anubis s'élever des cirques, des gymnases et des musées.

Ptolémée I", associant à son trône son fils Ptolémée Philadelphe, fit célébrer une grande fête en l'honneur de Bacchus, au mépris des anciens dieux du pays. Les reines donnèrent l'e.xemple de l'oubli des modes nationales ; elles avaient adopté les modes grecques

Fig i8. — La reine Tascia, mère d'Amcnemses.

Fig. 19. — La princesse Botiante, fille de Sésostris.

et toutes les femmes ne tardèrent pas à imiter ces innovations; le klaft, Yatczu, le pscheiU furent abandonnés pour les coiffures en torsades de la Grèce, pour les diadèmes d'or et d'argent, les bijoux grecs, les vêtements à plis, l'hymation et la chlamyde.

Les dernières momies de l'ère ancienne nous offrent de curieux contre-sens.

Sur les cercueils égyptiens, dont le caractère est unique, on voit peint des costumes absolument grecs. Nous possédons en

Europe une remarquable collection de ces momies du temps hellénique. M. Théodore Graf en a réuni une grande quantité dont la peinture a résisté aux vicissitudes des temps. Nous en donnons

Fig. 20. — Tête égyptienne, de l'époque hel]cni<iue, (leinte sur le couvercle d'une momie (Collection de M. Théodore Graf).

un échantillon à la figure 20. Le lecteur pourra se convaincre que la belle descendante des Isis et des Taïa n'a conservé de ses ancêtres que ses yeux en amande. Sa couronne en diadème placée sur ses cheveux coquettement frisés n'a plus rien de la

coiffure qui fut à la mode en Egypte pendant les longs siècles de la -domination des Pharaons.

Un dernier mot par rapport à la chevelure en Ég)-pte. Elle était considérée comme une chose précieuse et une offrande digne des dieux. Dans les grandes calamités, les femmes sacrifiaient leur chevelure pour apaiser la colère des dieux. Le culte d'Adonis, répandu en Egypte, était souvent célébré par ce genre de sacrifice. Sous le nom de Thomnez, ce dieu était l'objet d'une fervente adoration de la part des Égyptiennes, idolâtrie qui fut plusieurs fois partagée par les Juives.

A Byblos, à l'époque où le Nil prend une teinte rouge peu avant sa crue, les femmes se rendaient au bord du fleuve pour y pleurer la mort d'Adonis, dont le sang, croyaient-elles, teignait les eaux du fleuve. Elles pleuraient pendant six jours, puis se livraient à une hideuse bacchanale dans laquelle elles coupaient leurs cheveux pour les offrir au dieu.

Bérénice, femme de Ptolémée Evergète, ayant vu son époux partir pour conquérir la Syrie et les pays de l'Asie Mineure, et redoutant l'issue de cette expédition, avait fait le vœu, si Ptolémée revenait vainqueur, d'offrir sa chevelure au temple d'Arsinoë à Chypre. Lorsque Ptolémée revint victorieux, apportant avec lui de riches dépouilles et des trésors inestimables, Bérénice alla alors porter en grande pompe ses beaux cheveux sur l'autel de la déesse. Mais quelque sujet peut-être trop fidèle déroba les tresses royales. La colère du roi était à craindre et les prêtres, trop peu attentifs à la garde du temple, couraient grand risque de se voir sévèrement punis. Heureusement, la flatterie veillait et l'on sait qu'elle n'est jamais à court de ruses ni d'expédients : Carion, astronome de Samos, annonça que de nouvelles étoiles s'étaient subitement signalées au ciel et y formaient un amas brillant. Après avoir prouvé que ce brillant phénomène coïncidait avec la date de la disparition des cheveux, les doctes et les prêtres affirmèrent qu'il était produit par l'apparition de la chevelure de la reine enlevée et transportée dans l'éther par les esprits célestes. Aussi-

tôt on décréta des fêtes sacrées et profanes en l'honneur de cette nouvelle divinité.

Résumons- nous. La coiffure égyptienne, c'est la coiflure d'un pays chaud où la tête doit être forcément couverte peur éviter les insolations. Le klaft est la coiffure pratique par excellence, car elle couvre le cou et les épaules sans donner une chaleur trop grande; aussi était-eUe la plus commune. Souvent, les femmes n'avaient qu'un klaft et une ceinture pour tout vêtement. Les hommes le portaient aussi et un ruban brodé le retenait sur le front; il était ordinairement en laine.

Dans le peuple, on portait aussi un simple bonnet de laine se terminant par derrière en une pointe légère.

Outre les boucles régulières comme celles de la dame Naïa, les Égyptiennes divisaient leurs cheveux en une multitude de petites nattes très fines qu'elles arrangeaient autour de la tête en plusieurs rangs serrés et réguliers. D'autres faisaient de grosses nattes au moyen de cheveux d'emprunt ; enfin, celles qui ne pouvaient pas se donner le luxe de faux cheveux se fabriquaient des perruques avec de la laine.

Les peuples voisins empruntaient beaucoup aux mœurs et aux costumes des Égyptiens. Les Phéniciens surtout se rapprochaient le plus de leur manière de se vêtir. Les perruques étaient aussi estimées des Phéniciennes que de leurs voisines d'Egypte. Deguerle, savant auteur du xviii^ siècle, affirme que ces perruques étaient tellement en vogue que les prêtres firent une loi sacrée pour les défendre, parce qu'ils ne pouvaient plus percevoir le prix que leur payaient les femmes pour conserver leurs cheveux. En effet, dans certaines fêtes des dieux phéniciens, les femmes étaient obligées de se couper les cheveux pour les offrir en sacrifice et celles qui ne pouvaient se résoudre a se dépouiller de cette belle parure devaient en payer le rachat aux prêtres. La mode des perruques était absolument fatale à ce revenu des temples païens.

Il est certain que l'usage des perruques était alors bien connu. L'examen des statues vient appuyer les documents manuscrits.

Beaucoup de statues égyptiennes sont coiffées de telle sorte qu'il est impossible que leur chevelure soit naturelle. On voit parfaitement que les tresses sont posées par dessus les cheveux. Les figures de la table Isiaque sont très curieuses sous ce rapport ^fig. 21). La villa Altieri, à Rome, possède une tête de basalte d'origine égyptienne coiffée d'une quantité de boucles formant une masse

énorme dont beaucoup retombent sur la poitrine et ne peuvent être naturelles.

Enfin, pour prouver surabondamment encore l'usage des perruques dans l'antiquité, citons la Cyropédie de Xénophon qui parle, sinon de perruques entières, du moins de tours de cheveux qu'on faisait sortir des bonnets et la singulière invention de Candaule, gouverneur de Lycie.

Candaule voulait remplir les coffres de 1 Etat. Il prit pour prétexte un ordre que lui aurait envoyé le roi Mausole, son maître, de lui fournir des cheveu.x pour se faire des fausses tresses. Le gouverneur fit publier dans toute la Lycie que les habitants avaient le choi.x de se faire tondre la tête ou de payer une taxe pour faire venir des cheveux de la Grèce afin d'en fournir le roi. Il paraît que les Lyciens tenaient moins à leurs chevelures qu'à leur argent, car on vit les magasins de Mausole se remplir d'une quantité de cheveux, mais Candaule fit venir de toutes les nations voisines tout ce qu'il put ramasser de perruques au rabais. Le roi et toute sa cour se couvrirent d'énormes chevelures et les Lyciens, pour ne pas paraître démodés, durent racheter à grand prix les ornements qu'ils avaient sacrifiés par avarice.

Fig .îi. — Cléopâtre avec la coitTuie des solennités religieuses, les deux plumes s' élevant du milieu des cornes de bclier.

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