‹ Histoire de la coiffure féminineChapitre 17 sur 31 · DU DIRECTOIRE A LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

DU DIRECTOIRE A LA RESTAURATION

La Révoluliou dans les modes. — L'influence de la France en Europe. — Les malheurs ifune reine. — Ce qu"élail la société élégante en 1795. — Les femmes de la Révolution.

— Modes masculines. — Le culte de la République. — Les casques. — Mémoires d'une grande dame de l'Empire. — Le Consulat. — Joséphine. — La princesse Borghèse. — La coiffure à la Titus. — Une femme à la mode. — L'Anti- Titus. — Une mariée sous l'Empire. — Le Portugal et ses modes. — Marie-Louise — I^ Restauration. — Panaches. — Turbans. — La duchesse d'Angoulème, — Le romantisme. — Les jolies femmes en 1825.

— Fin.

di.K-huitième siècle fut, en France, pour les femmes, une époque de lamentables et coupables faiblesses, il est juste d'ajouter que, aux jours sanglants de la Révolution, elles se relevèrent avec une ^^a»l/»S*-^ F vaillante et victorieuse énergie. Insuffisamment élevées pour résister aux poids des richesses, aux suggestions de l'orgueil, aux mollesses de la vie, elles se retrempèrent dans les eaux salutaires des épreuves, de la persécution et de la nJ:cessité du pain quotidien. Celles qui eussent cru servile d'ouvrir une porte

elles-mêmes, et dégénérer, en mettant un pied dans la rue, montèrent à l'échafaud avec la bravoure du courage tranquille, ou se résignèrent sans hésiter aux plus dures extrémités comme si elles comprenaient combien les cruelles expiations que la Providence leur imposait devaient racheter les fautes et le scandale du mauvais exemple, aux yeux de la postérité. Celles qui échappaient à la mort ne montraient pas moins de force morale et d'abnégation. Leurs mérites éclatèrent surtout dans les labeurs, les humiliations et les jeûnes de l'exil. Plus d'une grande dame, sachant à peine naguère où se trouvaient les cuisines de son hôtel, fit elle-même le pot au feu destiné à nourrir sa famille. Heureuses celles qu'un talent quelconque mettait à même de donner des leçons ou dont les doigts habiles savaient broder et coudre suffisamment pour gagner l'aliment de la journée. Madame de Tessé se fait fermière et fabrique du fromage avec succès. La comtesse de Montchal et sa petite-fille raccommodent le linge des gardes à Mittau, vendent les mitaines et les écharpes qu'elles tricotent. Le marquis de Montaigu et sa femme montent un commerce à Bruxelles, chacun tâche de se tirer d'affaire de son mieux et les femmes supportent courageusement les abaissements et les douleurs de cette vie dexil et de pauvreté. Elles redeviennent chrétiermes dans l'adversité et ne conserv^ent de la grandeur passée que la distinction native, qui les fera toujours reconnaître même sous la robe de bure et le petit bonnet uni de la femme du peuple.

L'art de la coiffure subit aussi sa révolution par le fait même. L'émigration répandit partout une recrudescence de modes françaises, car la noblesse n'avait pas seule quitté la France, beaucoup de ses fournisseurs les plus renorhmés, trop compromis pour rester à Paris, s'étaient hâtés de porter ailleurs leur talent et leur réputation. Ils allèrent partout oii ils crurent pouvoir rencontrer des protections sérieuses. Nous avons vu que Léonard s'était réfugié en Russie. Il y retrouva, Czarine, cette comtesse du Nord qu'il avait coiffée tant de fois à Paris. D'autres partirent

pour Londres. L'Allemagne et l'Italie eurent aussi leur grande part de cette catégorie d'émigrés. Ils créèrent des journaux de modes, dont l'un se publia en Hollande et l'autre à Gœttingue. Leur succès immédiat encouragea les émigrés de la noblesse. Quelques femmes essayèrent de tailler des robes et furent bientôt entourées d'une nombreuse clientèle. D'autres chiffonnèrent des fichus et des bonnets. On vit s'établir de singulières boutiques, où patrons et patronnes avaient une distinction, qui pouvait parfois intimider le client. Le comte de Villermont et le baron de \\'atronville, après la dispersion de l'armée des Princes, montent à Saint-Pétersbourg une fabrique de chapeaux de paille, dont la vogue fut instantanée. Ils la quittèrent bientôt, le premier pour guerroyer contre les Persans en qualité de capitaine-lieutenant de la flotte russe, le second pour combattre les Turcs à la tête d'un régiment de hussards; mais leurs successeurs, plus pacifiques, y firent fortune et peut-être existe-t-elle encore (fig. 497).

Madame de Crussol avait une inspiration analogue en Angleterre. Elle s'établit modiste à Londres et réussit assez bien. Nous ne parlerons pas des innombrables professeurs blasonnés et titrés, qui enseignaient tout ce qu'ils pouvaient tirer de leur propre science ou des talents d'amateurs, que le caprice leur avait fait cultiver aux temps meilleurs.

La France perdit pendant un certain temps le sceptre de la mode. Tandis qu'elle inventait pour elle les ignominies de la Terreur et les indécences du Directoire, l'Allemagne, l'Italie et l'Angleterre s'en tenaient au genre le plus gracieux des dernières années du x\iii^ siècle. Les tètes bouclées, poudrées, les grands bonnets, les fichus bouffants étaient encore de mode à Gœttingue et à Londres, alors que se célébraient à Paris les fêtes de la déesse Raison, en costume grec.

Dans l'effroyable cataclysme politique et social, logique dénouement d'un siècle de désordre^ moral et intellectuel, qui s'appelle la Révolution et dont certains rhéteurs au cœur de pierre prétendent nous imposer l'admiration en bloc, afin de mieux voiler l'horreur

des détails, les extravagances de la coiffure et de la mode égalent celles des législateurs à coups de hache de l'époque. A côté des Girondins et des Jacobins, deux tribus de la même race de sauvages démolisseurs, s'entretuant à l'envi, se montrent leurs dignes compagnes, les tricoteuses. Elles constituent l'aristocratie féminine de leur temps, car si elles ne créent pas elles-mêmes les modes, elles les inspirent, et c'est à leur plaire que s'attache

Fig 4gS. — Mademoiselle de Sombreuil, d'après un portrait du temps.

la pusillanimité des femmes plus ou mcins en vue du moment. Pour retrouver les notabilités féminines de la noblesse, de la finance ou de la bourgeoisie qui, naguère encore, créaient les nouveautés de l'élégance ou du caprice, donnaient l'élan et la vogue et attiraient les regards, c'est dans les prisons, à l'étranger ou dans les plus secrets recoins des villes, qu'il faut chercher à moins de les rencontrer sur les sinistres charrettes pourvoyeuses de la guillotine (fig. 49S).

La plus illustre, la plus adulée, la plus noble, la plus innocente et cependant la plus calomniée d'entre elles, Marie-Antoinette, cette femme si douce et si gracieuse, pour laquelle les recherches de la toilette et les délicatesses de l'existence sont devenues une seconde nature, n'a pour toute garde-robe qu'une mauvaise robe, un bonnet et trois chemises. Il faut qu'elle se couche pour que Madame Elisabeth puisse raccommoder ce vêtement, et lorsque Louis XVI, ému de voir les mains de sa sœur repriser la vieille étoffe, laisse échapper un soupir, celle-ci lève les yeux et lui dit avec un sourire d'ange : « Ah! mon frère, puis-je avoir du « regret quand je partage vos douleurs ! »

Quelle lugubre éloquence dans ce bref libellé du registre des écrous du Temple, le 22 janvier 1793 : « Marie-Antoinette demande un complet habillement de deuil pour elle et sa famille; le plus simple. » Et les mots suivants sont ajoutés le lendemain : « La demande est accordée. »

La reine de France est donc habillée par la République et son costume de veuve est celui d'une femme du peuple. Elle a sur la tête un bonnet de gaze unie dont les tuyaux lui retombent sur les épaules. Un voile noir descend entre les tuyaux et la coiffe, sa poitrine est couverte d'un petit châle noir liseré de blanc, sa robe de laine noire est sans le moindre ornement.

Telle est maintenant la femme dont la beauté éblouissante faisait dire à ^iadame Lebrun : — « C'est une déesse au milieu des nymphes! » et qu'Horace Walpole avouait être si émouvante, « qu'il ne pouvait détacher ses yeux de sa personne quand « il avait le bonheur de la voir. »

— « Les Grâces, Flore ou Hélène ne sont que des coureuses « de rues comparées à elle, » disait-il dans son enthousiasme.

Lorsqu'elle fut transférée à la Conciergerie, elle portait encore cette pauvre toilette de veuve. 11 fallut réclamer longtemps un peu de linge de rechange pour qu'on se décidât à le lui accorder.

Elle devint industrieuse comme une femme du peuple. La République l'avait autorisée, dans sa clémence, à faire faire deux

bonnets négligés avec sa coiffe (fig. 499). Quand on les lui rapporta, elle remarqua qu'il restait encore quelques morceaux d'étoffe. Elle les donna à Rosalie Lamarlière, jeune fille qu'on lui avait laissée pour la servir, grâce au concierge Richard. — « Rosalie, lui dit-elle, je ne puis plus disposer de rien,

Fig. 499. — Bonnet à la citoyenne.

« mais mon enfant, je vous donne avec plaisir cette monture « de laiton et ce linon batiste que la couturière a rapportés. »

Le concierge Richard, soupçonné d'avoir trop d'égards pour elle, fut jeté dans un cachot, car nul ne pouvait sans crime avoir la moindre attention pour la pauvre reine.

Un homme nommé Bault remplaça Richard. La femme de

Bault écrivit le récit des derniers jours de Marie-Antoinette et ce récit est plein de détails touchants.

La première fois que Bault prit son service, entrant le matin pour porter le déjeuner de la reine, il la trouva ôtant son bonnet de nuit.

Elle s'assit et dit à la servante, de sa voix aimable :

— « Rosalie, vous allez faire aujourd'hui mon chignon. »

En entendant ces paroles, le concierge accourut, se saisit du démêloir et dit tout haut en repoussant la servante*:

— « Laissez, laissez, c'est à moi à le faire. »

— « Je vous remercie, reprit la reine », et se levant, elle ploya elle-même ses cheveux et posa son bonnet. Sa coiffure, depuis son entrée à la Conciergerie, était des plus simples. Elle partageait ses cheveux sur le front, après y avoir mis un peu de poudre embaumée.

Lorsque le concierge fut sorti, il dit à Rosalie Lamarlière :

— « Je suis bien fâché d'avoir contrarié cette femme, mais ma « position est si difficile qu'un rien me fait trembler. Je ne dois « pas oublier que Richard, mon camarade, est, ainsi que sa « femme, au fond d'un cachot. Au nom du ciel, Rosalie, ne « commettez aucune imprudence, je serais un homme perdu ! »

C'est que Bault était dévoué à la reine et les deux gendarmes qui veillaient sans cesse dans la chambre de la prisonnière étaient de redoutables espions.

Marie-Antoinette finit cependant par confier à Bault le soin de sa chevelure. Il s'efforçait de s'acquitter de cette tâche le moins mal possible, et elle choisissait ce moment pour lui adresser quelques-uns de ces mots obligeants auxquels personne ne savait donner plus de grâce qu'elle. Un jour elle lui dit, en faisant allusion à son nom : « Je veux vous appeler bon, parce que vous l'êtes, et « .que cela vaut mieux encore que d'être beau. » (i)

(i) Nous avons emprunté ces détails à rouvraj,'C de M. Imbert de Saiiit-Amand, intitulé ; La dernière année de Marie-.Vntoinettc.

La charmante reint; qui avait le courage jadis, pour être plus belle, de se faire coiffer deux fois de suite, maintenant n'avait plus que le désir de garder dans sa toilette l'aspect digne et austère d'une veuve. Cependant, pour paraître au tribunal, elle met plus de soin à sa coiffure, elle-même arrange ses cheveux. A son bonnet de linon, bordé d'une garniture plissée, elle ajoute deux barbes volantes et sous ces barbes elle a noué un crêpe noir.

Enfin, le j6 octobre était arrivé. « La reine, dit un témoin « oculaire, le porte-clefs Larivière, la reine était à genoux quand « j'entrai avec les juges et le greffier, elle se leva pour entendre « sa sentence que le greffier se mit à lire. Comme il finissait, « je vis entrer Henri Samson, l'exécuteur en chef. Ce jeune « homme, d'une immense taille, s'approcha de la reine et lui dit : « Présentez vos mains. Sa Majesté recula de deux pas et, toute « troublée, lui répondit : « Est-ce qu'on va me lier les mains, on « ne les a point liées à Louis XVI ? » Les juges dirent à « Samson : Fais ton devoir. A ces paroles, il saisit brutalement « les pauvres mains de la reine et les lui lia trop fort derrière « le dos. Je vis que la princesse soupirait, en levant les yeux au « ciel ; mais elle retenait ses larmes prêtes à couler. Quand ses « mains furent liées, Samson lui enleva sa coiffe et lui coupa « les cheveux. Sa Majesté, croyant peut-être qu'on allaii la tuer « dans le cachot, se retourna avec beaucoup d'émotion et elle « put voir que l'exécuteur s'emparait de sa chevelure et la « mettait dans sa poche pour l'emporter. Voilà ce que j'ai vu, « voilà ce que je voudrais n'avoir jamais vu, voilà ce que je « n'oublierai de ma vie. »

Et pendant que ce lugubre drame se déroulait, de la Conciergerie, à la place de la Révolution, imprimant au front de la France un stigmate que tous ses malheurs ne parviendront pas à effacer, les fenêtres, les rues, les places étaient remplies d'une foule pressée d'autres femmes, avides de jouir des émotions de l'infâme spectacle offert à leur curiosité. Cette même foule ne

se dispersait que pour se retrouver à l'un des nombreux bals prétendument champêtres, organisés alors dans tous les quartiers de Paris, car, dit un auteur contemporain :

« On aimait et on jouissait de mille manières, à la table,

« au jeu, au bal, aux spectacles, tandis que chaque jour le sang « ruisselait dans les rues de Paris. On trouvait dans les salons « un peu à la mode deux listes du jour en permanence; celle des « suppliciés de la veille, et celle des pièces que le théâtre « représenterait ce même soir. On passait de l'ujie à l'autre

« avec la même indifférence, disputant « sur la personne d'un condamné avec « autant de chaleur que sur le nom d'une « actrice. On avait toujours connu quel- « qu'un des premiers, et on s'en consolait « en soupant avec quelqu'une de celles-ci. « Jamais, tant que je conserverai la « mémoire, je ne perdrai le souvenir de « ces jours d'horreur et de tranquillité, « de ce mélange de scènes sanglantes et « de fêtes en plein air : on égorgeait « chaque soir sur la place de la Révo- « lution au bruit des instruments de danse. « Dans les Champs-Elysées, on voyait « filer à côté l'une de l'autre la charrette chargée de victimes « et la voiture, devenue fiacre, qui conduisait à la Courtille, la « jolie divorcée, remariée du matin; et le peuple, avec un égal « empressement, portait ses regards ici et là. Le lendemain « recommençait le même spectacle et nul ne s'en formalisait. « Ainsi nous étions toujours vis-à-vis d'une tête de mort et d'une « guirlande de roses » (fig. 500).

On avait transformé en lieu de danse l'ancien cimetière de Saint-Sulpice, dont les pierres tumulaires n'avaient pas encore été enlevées, ainsi que le jardin des Carmes, naguère inondé du sang de tant de martyrs. Le premier de ces deux établissements était

Fig. 500 — Coiffure de 1794

appelé « bal de Zéphyr », le second « bal champêtre des Tilleuls. » Après Thermidor, Madame Tallien inventa le bal des victimes.

Pour y être admis, deux conditions étaient exigées : avoir perdu un de ses proches parents sur l'échafaud révolutionnaire et être vêtu de noir. De plus, il fallait en entrant dans la salle de fête se composer un air morne et sombre et danser en silence. Au début, hommes et femmes se contenaient, mais à mesure que l'heure avançait et que le bal s'animait, la contrainte disparaissait et la gaîté chassait tous les nuages.

L'aberration était digne de ces temps bouleversés, d'où le plus simple bon sens semble avoir émigré avec toute morale.

La perruque fit tout à coup fureur.

On expliqua cette nouvelle folie, en disant que les femmes sensibles avaient trouvé ainsi le moyen de porter sur elle, les cheveux des amis, dont la tête avait roulé sous le fer de la guillotine (fig. 501).

Elles étaient au moins singulières, les élégantes qui tenaient alors le haut du pavé républicain.

C'est la Maillart, la déesse de la Raison, qui paraît soi-disant revêtue d'une tunique blanche, coiffée d'un bonnet rouge, une chevelure énorme éparse sur ses épaules, une guirlande de chêne autour du bonnet. C'est la Mimaro, autre déesse qu'entourent des jeunes filles à demi-nues, couronnées de pampres ou de chêne, malheureuses enfants prises dans les rangs les plus abjects de la population. C'est encore la belle La Bouchardie, l'amie de Marie- Joseph Chénier, bien reconnaissable à sa grosse perruque blonde et à son chignon démesuré. Arrêtée par le commissaire de police dans un tripot, elle s'écrie fièrement : « Comment ? on ose arrêter la « femme du président des Cinq Cents ! Holà ! Saint Jean, allez « chercher le représentant Chénier. »

Fig. 501. — Coiffure de 1794.

Et le commissaire se retire confus en faisant force saints (fia. 302). C'est Lange, Théroigne de Méricourt, la fille Dupleix et cent autres étoiles, nées de l'agitation des ruisseaux bourbeux de Paris, affolées d'orgueil et ne sachant user du pouvoir tombé entre leurs mains, sinon pour le jeter à tous les vents du caprice et de l'extravagance.

Aux réceptions de Talma brille, à côté de sa femme, modèle de grâce, la citoyenne Candeille, la diva du jour, l'artiste charmante que tout Paris court applaudir,' car les théâtres ne se ferment pas plus que les salles de bal ; on veut se hâter de jouir de tous les plaisirs, de crainte de ne pouvoir plus compter sur ceux du lendemain.

Les actrices régnent partout, car elles sont les gfrandes dames du régime nouveau. Elles en usent et abusent pour se prodiguer au public et étaler, en toute occasion, leurs vertus civiques. Hier, elles ont bruyamment déposé leurs bijoux sur l'autel de la patrie en danger. Aujourd'hui, elles ne portent plus que des pierres de la Bastille montées en broche ou des petites guillotines en boucles d'oreilles. Aussitôt la foule d'applaudir, les âmes sensibles de verser des larmes d'attendrissement et le Cabinet des modes de s'écrier avec ivresse : « Nos mœurs commencent à s'épurer, le luxe tombe ! »

Demain, elles descendront dans la rue s'asseoir à côté de leurs domestiques et partager avec le peuple le frugal repas Spartiate, sauf à se dédommager, le soir, au Raincy, à la Muette, à Clichy, dans toutes ces ravissantes campagnes semées par une aristocratie financière fastueuse dans les environs de Paris et maintenant devenues les repaires où les puissants du jour, fermiers

Fig. 502. — Bonnet à la République

généraux de la guillotine ou de la déportation, se livrent aux orgies de débauches pour se reposer des orgies de sang.

Elles ont leur prudence et leur discrétion, ces femmes, et rien de ce qui se passe entre les nouveaux souverains de la France ne sera connu du public. Leur pouvoir, elles le savent, tient à un hl. Elles préfèrent s'occuper uniquement de toilettes et de plaisir, c'est moins dangereux. Sur ce chapitre elles ne craignent pas d'innover et de commander. La poudre, trop entachée d'aristocratisme, est condamnée, mais les coiffures volumineuses sont toujours en grande vogue.

On avait vu les bonnets aux trois Ordres réunis, à la Bastille, à la Citoyenne , ils sont remplacés par les toilettes à la Constitutionnelle, les néeli-

gés à la Patriote. La parade des pierres de la Bastille et des bijoux de fer n'a guère duré plus que l'espace d'un matin. On revient d'autant plus vite aux diamants qu'on peut les acquérir à vil prix chez les revendeurs et les pillards d'hôtels ou de biens nationaux. On voit des femmes de la Halle couvertes de bijoux et de dentelles que n'oseraient pig. 503 -i.es sœ«rs de Fe„ug,d'après

plus porter leurs propriétaires légitimes. une gravure appirteaar.t à la Wblio- , . . thèque royale de Bruxelles.

Le costume s accentue de politique.

Il joue à la manifestation. Les trois couleurs nationales paraîtront partout. Toute femme, cjui ne veut pas être suspecte, doit attacher à son bonnet la cocarde tricolore. Pour les zélées, celle-ci consiste dans un nœud énorme placé devant ou derrière la tête; pour les autres, dans un petit pompon caché sous les plis de la

gaze. Quand les Français entrèrenr en Belgique, en 1794, ils exigèrent le port de la cocarde; les jeunes femmes Belges obtinrent qu'ils se contenteraient d'un ruban tricolore passé dans les cheveux

(fig- 5o3).

Voici en quoi consistait le costume d'une élégante patriote à cette époque : bonnet demi-casque de gaze noire, fichu en chemise de linon allant se perdre dans une ceinture nacarat, dont les franges sont aux couleurs de la nation et robe d'indienne très fine semée de petits bouquets blancs, bleus et rouges (fig. 504).

Les bonnets varièrent à l'infini comme auparavant. Il y en eut de toute espèce : à la citoyenne en gaze blanche, avec rosettes, barbes et papillons bordés de violet, le tout accompagnant le déshabillé à la démocrate, qui comporte un pierrot de petit satin feuille morte : bonnets turbans, avec ou sans ailes de zéphir, formés d'un mouchoir de linon, surmonté d'une aigrette de plumes; un ruban sombre enlace le bas du bonnet et y produit de gros plis ronds, un nœud de ruban clair est placé par derrière. Bonnets de fantaisie en gaze de toutes couleurs, garnis de fleurs et de rubans. Bonnets à la houzarde, disgracieux fond en satin noir léger, ornements et glands jaunes, sur le devant nœud de ruban violet avec aigrette de plumes jaunes et un papillon de gaze blanche. Bonnets lever de Junon, de forme très e.xiguë, en satin blanc, ornés de rubans queue de serin et de trois rangs de perles blanches. Ces bonnets se portaient avec la perruque blonde tant à la mode. Les élégantes républicaines, en abandonnant l'aristocratique poudre, s'étaient engouées de la perruque blonde. Toutes les nuances possibles ou impossibles étaient admises, depuis le blond filasse, le blond enfantin, jusqu'au blond rouge, au blond noisette, au blond doré.

La grande distinction consistait à changer souvent la nuance de sa perruque. Madame Tallien fit faire trente perruques de différents blonds, au prix de dix louis chacune. Mademoiselle Lange en avait tout autant. Un moment, la perruque blonde fut mise en suspicion, comme anti-républicaine, parce que les muscadins

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essayèrent d'en faire une manière de protestation. On connaît la guerre, à coups de canne, que se firent un certain temps les jacobins et les muscadins ; ces derniers finirent par abandonner la fameuse perruque; mais, soit esprit de contradiction, soit fermeté de caractère, les femmes résistèrent vaillamment à l'orage. Elles

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Fig. 504. — Boiioet demi-casque.

aimaient à la folie ces amas de cheveux, qui leur donnaient des têtes trois fois aussi grosses que nature.

Cette passion mal placée leur eût probablement coûté très cher si les puissantes du jour n'eussent partagé leurs erreurs. Comme ces dernières donnaient le ton à la mode, elles purent se permettre même de braver les moralistes de la Convention, dont l'austérité flétrissait la perruque blonde, comme un signe d'abominable corruption.

— « Les Scévola, les Brutus, les Scipion, les Caton portaient-ils

des perruques, s'écriait le citoyen Salles? Non! ils n'en portaient point ! »

« L'invention de la perruque étant par elle-même très aristo- « cratique et tendant à détruire tout principe d'égalité dans un « pays libre, je demande qu'elle soit supprimée. »

Ce morceau d'antique éloquence suscita cependant un bel élan de jacobinisme. Nombre de femmes se firent couper les cheveux et le bonnet rouge devint la coiffure obligatoire et civique. Le modeste bonnet féminin allait tomber dans l'opprobre universel, sans les dames de la Halle, qui prirent les armes pour soutenir leur coiffure et ne les déposèrent qu'après avoir fait décréter, qu'il était permis à toute femme et fille française de porter bonnets à sa fantaisie, à la seule condition d'y joindre la cocarde tricolore. Quant à celles qui, par patriotisme, avaient sacrifié leurs cheveux sur l'autel de la patrie, elles reprirent de plus belle la perruque.

La mode des tailles serrées, des fichus volumineux, des coiffures énormes avait quelque chose de hardi et de commun qui convenait à ces femmes de 93.

J'ai vu Chloiis, j'ai vu la belle Hélène,

dit un auteur du temps.

De rubans de Beaulard leurs fronts étoient ornés.

Le moule étroit de la Baleine Faisait gémir leurs corps emprisonnés.

Leurs cheveux hérissés fuyaient loin de leurs têtes, Un panache orgueilleux en surmontoit le faîte. Près de là j'aperçus la Vénus Médicis,

Sa taille libre et naturelle.

Tout en elle étoit simple et tout charmoit en elle. J'admirois tant de grâces et je me dis tout bas : L'art enseigne à Chloris à devenir moins belle.

La plume et le panache étaient trop dans le goût et les nKturs de ce monde, aimant à paraître et à poser, pour rester dans l'oubli. On en mit donc partout, sur les bonnets, les chapeaux,

dans les cheveux, de toutes façons. Ils constituaient l'accompagnement obligé des turbans, coiffure nouvelle, alors seulement à sa première et timide apparition et empruntée aux dames anglaises, qui, elles aussi, avaient abandonné la poudre. Aux plumes d'autruche on joignait les aigrettes en plumes de héron, de coq ou d'autres oiseau.x de beau plumage. Les plumes étaient de deux ou trois couleurs, car la mode, surtout à Londres, était d'avoir plusieurs couleurs différentes au couvre-chef. Disons, en passant, qu'en Angleterre fîorissait aussi, en concurrence avec le turban, une certaine coiffure en croissant, sorte de bonnet ou de chapeau surmonté de grandes plumes d'autruche courbées qui se balançaient en avant du visage. De plus, les élégantes ladys, qui conduisaient elles-mêmes leurs phaëtons, portaient des chapeaux, ou bien en papier bleu avec deu.x: plumes, l'une jaune et l'autre verte, ou bien en papier jaune avec les plumes rouge et bleu; on variait les effets de couleurs.

En France, le turban n'eut sa véritable vogue que sous l'empire, jusque-là les françaises se contentèrent, soit des mille et un bonnets de formes différentes, qui s'étalaient dans les boutiques de modes, soit des chapeaux qui commençaient à prendre une place considérable dans la coiffure.

Mais à Paris, c'est seulement à la fin du Directoire que le turban commença à s'acclimater. Encore n'était-il guère qu'un chifïonnage de gaze ou de soie, orné de perles, d'aigrettes et surtout de l'inévitable panache.

Enfin surgit un beau jour le chapeau à bride, qui fut d'abord une espèce de paillasson aplati sur les côtés, avec les brides nouées sous le menton (fig. 505). Puis il devint légion : Cha-

^'g S°S- — Coiffure de 1797.

peaux champêtres, garnis de fleurs et de linon ; chapeaux à larges bords, avec un fond haut et pointu; chapeaux à énorme visière par devant, le tout classé dans le genre chapeaux de bergères, quoique bien loin de la simplicité d'un chapeau de campagne; enfin, les vastes chapeaux de joncs ou de paille, très ornés de rubans et de fleurs à l'intérieur, remplis par un énorme plissé de gaze qui accompagnait la figure comme un bonnet.

La coiffure à boucles marronnées, soit égales, soit plus longues devant ou derrière, était la plus généralement portée. Dans les cheveux on mettait encore beaucoup de poufs, toujours ornés de plumes, de guirlandes de fleurs ou de perles. Quelques-uns de ces poufs prenaient la forme d'un mortier, comme celui des anciens présidents au Parlement.

Les femmes à la mode de la Révolution, avides de se mettre constamment en vue et de prendre leur part des honneurs que les nouveaux maîtres de la France, en vrais démocrates, se faisaient rendre dans les provinces, avaient soin d'accompagner partout les représentants du peuple en mission. Elles inaugurèrent pour ces voyages un costume d'allures .masculines, imitant absolument les longues redingotes à larges revers et à grands boutons, les gilets aux couleurs éclatantes et aux immenses revers, les volumineuses cravates de mousseline et les chapeaux de feutres à grands panaches de ces missionnaires de la guillotine. La vue de ces costumes étranges ajoutait à l'effarement des populations. Madame Tallien parut à Bordeaux avec un manteau à triple collet et un chapeau à haute forme. On sait le succès qu'elle y eut.

D'autres femmes préféraient le chapeau conique, très haut, uni eu à côte de melon, ou le chapeau conventionnel, c'est-à-dire orné d'une large cocarde tricolore par devant, ou enfin le chapeau tyrolien plus ou moins travesti (fig. 506).

D'autres encore adoptèrent le costume militaire, tel qu'il avait été décrété par la Convention. 11 ne leur déplaisait pas d'ajouter à leurs charmes un petit air matamore.

Un changement radical se produisit dans la mode. Il dut sa

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puissance à la Convention. Ces législateurs-là se croyaient obligés de toucher à tout, même aux modes. Leur absolutisme omnipotent rêvait de faire disparaître tout ce qui portait encore la moindre trace de l'ancien régime. Ils avaient déjà proscrit la perruque et décrété le bonnet rouge ; mais ces deux règlements ne rencontrèrent

Fig 506. — Turbans, bonnets, chapeaux de 1796 à 1798

d'obéissance, nous l'avons vu, que chez les hommes. Les femmes s'insurgèrent contre ce qui touchait à leur beauté, car le bonnet rouge était vraiment hideux à porter. Le décret du i6 brumaire an II ne s'appliqua donc qu'aux hommes seuls. Un .sentiment plus délicat ainsi qu'une simple coquetterie, guidait les femmes dans leur résistance au bonnet rouge. Elles étaient loin de pactiser

avec les Jacobins. A part quelques viragos, les tricoteuses et leur digne séquelle des tribunes et de la rue, la grande majorité de la population féminine, même parmi les révolutionnaires, déplorait les excès sanguinaires des terroristes et, si elles n'osaient pas le dire tout haut, elles n'en avaient pas moins une horreur profonde de ce bonnet, couleur de sang, emblème trop éloquent de haine et de meurtre. Elles résistèrent passivement et remportèrent la victoire. Elles furent moins récalcitrantes quand le gouvernement s'occupa

de leurs costumes.

Comme le goût du moment était essentiellement païen, romain ou grec, comme les noms, les objets, les mœurs se copiaient servilement sur ceux d'Athènes et de Rome, Robespierre et ses amis crurent nécessaire de mettre le costume en harmonie avec le reste. La Convention s'occupa donc de rechercher ce qui \ pouvait le mieux rappeler les modes d'Aspasie ou le péplum de Cornélie.

Elle ne trouva aucune résistance quand elle proposa la tunique grecque aux déesses de la Raison. Les femmes qui alors donnaient le ton à la mode, les belles amies des Conventionnels, n'avaient qu'une idée très vague des lois de la pudeur. Elles adoptèrent avec enthousiasme un costume qui faisait valoir leur beauté plastique ; et le peuple de Paris, tout bouleversé qu'il fût par les troubles qui se succédaient depuis quelques années, ne put s'empêcher de s'arrêter avec stupeur devant les premières femmes qui osèrent sortir dans les rues avec la tunique pure et simple, sans chemise ni jupon, laissant entrevoir les anneaux d'or qui enserraient leurs chevilles et les diamants qui ornaient leurs doigts ; mais le premier moment de surprise passa vite. On s'habitua à voir circuler ces femmes demi-nues, mais on se garda bien de les imiter (fig. 507).

Les Conventionnels prétendirent forcer la main à la nation. Le peintre David fut chargé, avec quelques artistes de son école, de rechercher des modes grecques et romaines et den faire des dessins destinés à les populariser. David émit le vœu que tous les citoyens, hommes et femmes, adoptassent le costume antique. Cette idée eut un grand succès. Un orateur vint à la barre de la Convention expliquer les projets de ses collègues.

— « Feuilletons Homère, il nous apprendra quel était le costume

Fig. 508. — Coiffure de 1797.

« des Grecs des temps héroïques ! s'écrie ce fervent républicain. « Les Athéniens ne portaient aucun vêtement qui ressemblât à « nos culottes. L'habillement des femmes était admirable pour « l'élégance et le goût. Leur tunique descendait jusqu'aux talons; « elle s'attachait avec un bouton sur l'épaule; elle n'avait point « de manches et tout le bras était à découvert. »

L'orateur oubliait complètement que le climat de l'Attique offrait quelque différence avec celui de nos contrées; mais un bon républicain ne regarde pas à ces détails, qui sentent la corruption monarchique.

Après avoir décrit le costume qu'il propose de faire adopter aux hommes, il s'occupe de celui des femmes.

— « Vous aurez aussi votre tunique, dit-il aux citoyennes, « mais elle sera plus longue que celle des citoyens, je souhaiterais « que vous puissiez la relever plus ou moins, suivant votre goût. « Si la nature vous a donné une jambe tine, bien faite, pourquoi « la cacheriez-vous ?

« Abandonnez pour jamais les bas. Liez avec des rubans une « semelle sous vos pieds nus ; et lorsque vous sortirez , prenez « des sandales plus légères que celles des hommes , serrées sur « votre pied avec plus de soin et de goût. Vous serrerez par « une ceinture votre tunique à longs plis. Soutenez, si vous « voulez, votre ceinture par des rubans attachés sur les épaules.

« Qu'un simple nœud contienne derrière votre tête vos cheveux «. toujours lavés, quelquefois légèrement parfumés. Que de ce « nœud s'échappent plusieurs boucles qui viennent jouer sur votre « cou, sur votre dos, sur vos épaules ; ou bien encore un simple « ruban relevant les cheveux par derrière et venant sur l'un des « côtés de la tête se nouer en formant une rosette. Cette coiffure «< pittoresque, simple, se retrouve sur plusieurs tableaux et statues « antiques et mérite d'être naturalisée parmi nous.

« Je me trompe fort ou c'est à peu près ainsi que doivent « être vêtus les républicains. »

Quelque ridicule que nous paraisse aujourd'hui la motion du citoyen David, elle n'en eut pas moins beaucoup d'adhérents, surtout parmi les femmes (fîg. 508).

On vit surgir, en conséquence, de tous côtés, les costumes à robes fendues sur le côté, les tuniques collantes aux tailles presque invisibles. Pour draper un peu le corps et se garantir tant bien que mal du froid, on couvrit la tunique de châles rouges ou de larges écharpes. Beaucoup de femmes se coupèrent les cheveux et mirent en vogue la coiffure à la Titus. Ce fut le beau temps des merveilleuses et des incroyables. Ces dernières se créèrent un costume bizarre, mélange incohérent des modes romaines et

du custume moderne, l^a robe, en lorme de tunique, à taille courte marquée seulement par la ceinture, se relevant sur le bras de façon à montrer la jambe souvent ornée de bracelets. Le châle était remplacé par une veste masculine à larges revers, puis sur la tête se dressaient fièrement d'horribles chapeaux à larges visières, rappelant vaguement les casquettes de jockey, ou

Fig 509. — Les incroyables, par Carie Vemet.

une sorte de casque plus affreux encore, d'où s'échappaient des mèches de cheveux emmêlés, retombant en désordre sur le cou et sur le visage (fig. 509).

Les merveilleuses furent moins ridicules. En vue de porter avec élégance le costume grec ou romain, elles l'étudiaient sur les monuments anciens et consultaient les artistes peintres ou sculpteurs. Comme leurs couturières s'inspirèrent aux mêmes sources, le résultat de cet ensemble de recherches se traduisit par une

simplicité de costume plus artistique que modeste, qui attira plus d'une fois aux citoyennes grecques modernes des manifestations désagréables de la part du peuple indigné.

Sous l'influence de la manie grèco-romaine, la coiffure avait repris une certaine simplicité. Le soir, au bal ou dans les soirées, l'œil ne rencontrait guère que cheveux courts frisés à la Titus ou mèches en désordre des incroyables. Les jolies républicaines se

donnaient le plaisir d'afficher leurs sentiments égalitaires, au moyen d'un petit bonnet rouge planté sur le côté de la tête, lorsqu'elles allaient au théâtre ou à quelque fête officielle. Cela ne les empêchait pas de porter perruque, car il fallait une vraie toison pour remplir les chapeau.x à longs corridors qu'elles affectionnaient.

La coiffure plus fournie que la Titus s'appelait à la Caracalla, celle en mèches désordonnées à la Sauvage. Les fidèles clientes du bonnet avaient à choisir entre les bonnets à la Justice, à la Folle, à la Citoyenne, à la Patriote, etc.

Le comble du ridicule, parmi tant d'inventions plus ou moins burlesques de l'antiquomanie, fut incontestablement atteint par le casque (fig. 510).

Le casque, ou plutôt le pseudo-casque, n'avait rien de guerrier et se faisait en velours, en soie, en feutre, en toute espèce de matière, sauf celle des casques. Il était affublé de plumes ou d'autres ornements et singeait piteusement le casque antique. Jamais imagination de modiste en délire ne créa plus laid, plus monstrueux couvre-chef, et plus platement bête. Il eut néanmoins sa vogue en ce temps de cervelles détraquées. Les journaux de modes du temps se pâmèrent devant ce prodige de mauvais goût. L'un d'eux affirma qu'il seyait à la beauté conquérante.

Fig. 510. — Casque à la Minerve.

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Fig. 511. — I. Chapeau à la créole, velours noir avec écharpe de gaze. — 2. Chapeau à l'ingénue, velours vert avec agrément d'or. — 3. Chapeau au zéphyr, velours noir avec plumes blanches et noires. — 4. Chapeau à l'esclavage, casque de velours rose à visière tle salin blanc — 5. Chajieau à la courrière. — 6 Chapeau à la Gauloise, h cause de s.i prétendue ressembla lue avec un casque gaulois — 7 Chapeau à la Vénus, velours rose entouré de salin à paillettes. — S. Cha)3eau à l'espiègle, velours noir et ornement coquelicot.

Le casque à la Minerve, le plus haut de tous, prit le pas. Vint ensuite le casque à la Zéphyre, à la Créole, à l'Ingénue, etc. Tous plus disgracieux les uns que les autres et désastreu.x pour la beauté (fig. 511).

Les femmes de goût s'affranchirent du casque et adoptèrent de préférence de mignones capotes, s'attachant sous le menton avec une bride et sans autre ornement qu'une grappe de fleurs tombant par devant ou un chou de rubans. Quelquefois elles y ajoutaient un long voile (fig. 512).

Fig. 512. — I.a marquise de TLiuqiiali;,T.

Les chapeau.K de paille eurent leur tour de vogue, puis vinrent les chapeau.x à la Glaneuse, ainsi nommés parce qu'ils étaient garnis de tresses, galons, bouquets, ornements, glands ou bourdaloues de paille. Il s'en fit de toutes espèces, mais c'était plus singulier que gracieux. Le chapeau à la Liberté, qui leur fit concurrence, se plaçait de côté pour laisser voir une demi-toque en satin qui tenait à la forme. 11 était couvert de fleurs.

Quelques femmes se drapaient d'une écharpe posée sur les cheveux. Comme nous l'avons dit, ce fut le premier turban. Bien qu'il n'eiât aucune ressemblance avec la coiffure du Grand Turc, il n'en fit pas moins naître le goût des coiffures orientales.

Il y en eut à l'Indienne, à la Persane, à la Géorgienne. La persane se composait d'un tissu rayé qui entourait la tête et dont les pointes retombaient sur le côté, le tout surmonté d'une plume blanche et d'une aigrette qui reçut le nom d'esprit. Bien poser

Fig. 513. — Coiffure en turban avec esprit.

son esprit était une affaire importante; les habiles prétendaient deviner le caractère d'une femme, .selon la manière dont elle posait son esprit (fig. 513).

Cette amusette de salons eut un grand succès.

Avec la coiffure ornée d'un esprit, turban, bonnet ou chapeau,

on portait beaucoup de voiles de dentelles noires ou blanches, assez lonofs et fort incommodes.

Les coiffures à la Grecque étaient nombreuses et aussi peu grecques que possible.

Celle qui avait le plus de prétentions à être tout à fait exacte consistait en boucles, renfermées dans un réseau de laine ou de chenille rouge. D'autres se composaient simplement de quatre ou

Fig. 514. — Coiflure de iSoo.

cinq bandelettes maintenant les cheveux (fig. 514). La plupart étaient semées d'une profusion de camées imitant l'antique avec plus ou moins de bonheur, ou bien de paillettes, de chaînettes, enfin beaucoup étaient surmontées de couronnes de fleurs. L'ensemble de ces pastiches présentait un mélange disparate de formes extraordinaires et d'imitations aussi mal comprises que mal rendues. Ici c'est un fond de toquet enjolivé de deux papillons, là un turban orné de sortes de longues cornes, ailleurs un chapeau

enseveli sous des flots insensés de gaze et de soie. Tout cela sentait la maladresse de l'ouvrière, la passion de paraître et de se faire remarquer (fig. 515).

Si l'histoire de la coiffure féminine n'est, comme nous le croyons, que celle des mœurs des classes dirigeantes, racontées par leurs rapports sociaux, leur manière de se vêtir et de se coiffer, on comprend que la tâche devienne aussi pénible que difficile à l'époque oîi nous sommes arrivés. Lorsque souffle le vent de tempête, l'eau la plus cristalline en apparence se trouble et se souille. Que

^'g- 5'5- — Quatre coiffures sous le Directoire.

sera-ce si la tempête monte jusqu'au cataclysme ? Les classes ont disparu, il n'y a plus qu'une agrégation d'individus hostiles les uns aux autres, prêts à se hacher et à s'entr'égorger. Le mensonge est en permanence; sur les murs se lisent: liberté, égalité, fraternité, et dans les faits se révèlent : oppression, haine et absolutisme de la guillotine. C'est sur les types des tricoteuses et des déesses de la Raison qu'il faut chercher les reines de la mode et des convenances sociales. La tâche devient vraiment cruelle et il est permis de se reposer un peu, au moment d'accalmie amené par la chute de Robespierre, en jetant un coup d'oeil sur cette partie de la population féminine qui, heureuse de pouvoir respirer

avec quelque liberté, sortit des retraites où elle se tenait cachée, sans oser toutefois se mettre en vue. Elle sut se créer un costume qui, sans choquer trop les déplorables habitudes prises, avait encore une certaine élégance. C'est à elle qu'est due l'invention du fourreau, vêtement collant, -il est vrai, mais permettant de se draper dans une mesure convenable. Mademoiselle de Permon qui épousa plus tard le duc d'Abrantès, menée par sa mère à un dîner intime, s'y rend avec un fourreau de crêpe rose, garni de blonde blanche et d'un fichu de gaze rose. Ses cheveux bouclés sont ornés d'un simple ruban rose. Les femmes

de son rang, revenues de l'étranger, repoussent les casques à la Clorinde ou à la Grecque pour s'en tenir aux anciens chapeaux.

Dans ses Mémoires, Madame de Genlis raconte comment un grand chapeau sauva deux fois de la mort son élève. Mademoiselle d'Orléans.

La première fois ce fut à Tournai, lorsqu'elles partaient en émigration.

Grâce à la dentelle assez grande qui entourait son vaste chapeau, elle ne fut pas reconnue et put s'échapper. La seconde fois ce fut à Zug, où les enfants du duc d'Orléans s'étaient réfugiés, lorsque leur père eut payé de sa vie sa criminelle lâcheté. Les princes menaient dans la petite ville suisse une vie modeste proportionnée à leurs minces ressources. Mademoiselle d'Orléans tomba malade d'une forte rougeole à la suite de laquelle elle eut de violents maux d'yeux. Pour empêcher la lumière de lui faire mal, elle portait le soir un grand chapeau et se mettait dans l'embrasure d'une fenêtre sans volet (fig. 516). Un soir ayant quelque chose à dire à Madame de Genlis, qui était dans sa chambre, elle met son chapeau sur une des pommettes du dossier de la chaise et monte à l'étage. A peine en haut, elle entend les vitres du salon se briser avec fracas. Le

Chapeau en corridor.

duc de Chartres qui était couché se lève et appelle, tout le monde accourt et le duc constate que des malfaiteurs inconnus ont visé du dehors le chapeau avec de grosses pierres, croyant atteindre Mademoiselle d'Orléans. Très effrayée et en même temps très heureuse, Madame de Genlis, qui ne manquait jamais de gâter

Fig. 517. — Coiffure en turban.

les choses par un sentimentalisme prétentieux, fit graver sur l'une de ces pierres : Innocence, Providence, et la plaça sous un globe dans le salon.

Cette pauvre Madame de Genlis qui, par parenthèse, a dû être personne très ennuyeuse, trouva la société bien changée quand elle rentra en France quelques années après.

— « Je vis, dit-elle, les dames les plus qualifiées et les plus à « la mode de cette époque, recev^oir, parées et couchées sur un

« canapé sans couvre-pieds ! » Que de comparaisons attristées ne fit-elle pas avec les temps passés, où régnait cette politesse exquise, qui faisait l'admiration de toute l'Europe. La duchesse d'Abrantès tient le même langage. A l'entendre, la société qui forma le grand monde sous le Directoire jusqu'au commencement de l'Empire, n'était qu'une réunion de grossiers parvenus, enrichis par les fournitures à l'armée ou par l'agiotage au perron.

Aussi le contraste était très singulier entre la grâce avec laquelle ces femmes portaient les plus riches toilettes, la beauté

qui les rendait tout à fait séduisantes et les manières communes, le langage vulgaire qu'on rencontrait chez elles. Rien de plus étrange que ce mélange du monde du Directoire, monde de parvenus, d'actrices, de femmes équivoques, avec les grandes dames de l'ancienne noblesse pressées de rentrer dans la cohue mondaine et les honnêtes bourgeoises de Paris (fig. 517).

La richesse, que les merveilleuses aimaient à étaler dans leurs costumes, donnait l'élan à toutes les convoitises de la coquetterie féminine. Uniquement éprises de l'amour du plaisir, elles accumulaient fêtes sur fêtes- Le tout Paris du temps y accourait, comme pour chercher l'oubli des terreurs de la veille et des angoisses du présent.

Le bal Thélusson, bal public, qui avait remplacé le bal des Victimes, était toujours rempli d'une foule bigarrée, où les plus ou moins grandes dames, qui s'y risquaient, coudoyaient les faciles beautés du jour. La passion de s'amuser fait passer par dessus tout. Elle a ses martyrs dont, avec grande raison, elle ne .se soucie guère (fig. 518).

Dans ce bal Thélusson, trônaient Madame Tallien, Madame Récamier, Madame Bonaparte, alors tout nouvellement mariée.

Fig- 51S. — Chape.iu à voilette, iSoo.

C'est là qu'elles exécutèrent à trois la célèbre danse du chàle qui émerveillait l'assemblée ; c'est là qu'elles parurent en robes transparentes de mousseline de l'Inde, drapées à l'antique, ornées de

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Fig. 519. — Modes de l'an II.

pierreries ; c'est là enfin qu'elles imposèrent définitivement à la mode la coiffure à la Titus, qui devint rapidement une coiffure universelle.

Cependant le Consulat avait succédé au Directoire; Bonaparte s'y fit rapidement la place d'un souverain. Sa famille, composée

de jolies femmes, lui formait une gracieuse auréole; toutes aimaient la toilette et savaient s'habiller (fig. 519).

Un soir, c'est la jolie Mme Leclerc, plus tard princesse Borghèse, qui apparaît en robe de mousseline brodée d'or, entièrement garnie des plus beaux camées. Elle porte une coiffure copiée sur celle d'une bacchante antique et a placé dans ses boucles trois bandelettes d'une fourrure tigrée à poil ras, très précieuse, surmontée de grappes de raisins en or. Une autre fois, Madame Bacciochi se coiffe d'un voile de mousseline, brodé en soie de toutes couleurs et broché d'or, qu'elle tortille autour de sa tête, en juchant par dessus une couronne de laurier. Plus tard, la femme du premier consul se montre couronnée de coquelicots et d'épis d'or, qui font resplendir sa beauté.

Jusqu'à ce moment les vrais turbans ne s'étaient portés qu'à l'état d'exception, mais à dater de 1800, ils devinrent légion; jamais on ne vit une telle vogue. 11 y eut des turbans de toute espèce, en mousseline blanche, cachant presque tous les cheveux, dont quelques boucles seules paraissaient sur le front, retenues par un cercle d'or; en crêpe à gros bouillons qu'on relevait par des fleurs; en gaze, en satin. On en fit même avec des châles cachemires tout entiers, et ces grosses têtes sur des corps serrés dans des robes minces et collantes n'étaient pas d'un effet flatteur. Cependant le succès du turban ne s'arrêta pas aux premières années de l'Empire, il se prolongera encore longtemps après. Madame de Staël avait une passion pour le turban, elle en porta toute sa vie.

Pénétrons dans cette cour naissante de Napoléon I"'". Elle offrait le même spectacle, avec des tons plus adoucis, que celui que nous avons vu dans la société du Directoire. Quelques vraies grandes dames, ralliées à l'Empire par l'ambition ou la force des circonstances, se mêlaient aux bourgeoises de toutes classes, femmes ou filles de généraux, soldats de fortune, à qui la gloire avait souri, et, parmi tout ce monde chamarré, se glissaient quelques femmes équivoques, héroïnes du Directoire, appuyées

trop fortement par certaines hautes influences pour qu'on osât ne pas leur faire bonne mine. En ce temps-là on n'était pas sévère; le bouleversement des choses et le désarroi des esprits avaient été tels, qu'on acceptait des situations et des personnes qui nous sembleraient aujourd'hui uniquement dignes d'être mises à la porte de toute maison honnête par le dernier des valets.

Les modes très légères étaient en rapport avec des mœurs plus légères encore. Les femmes les plus honnêtes ne croyaient pas se rendre coupables, en portant des toilettes qui, dans leur

Fig. 520. — Coiffures de iSoj.

ensemble ne pèsent pas une livre. D'oi!i vient cette inconscience ? 11 ne s'agit plus ici de femmes issues des bas-fonds sociaux et poussées à la surface par les vents d'orage. Celles dont il est question sortent de haut et de loin. Cependant leur niveau moral et religieux était précisément identique à celui des premières. .Elles ne différaient les unes des autres que par des formes superficielles, au fond elles se valaient et, dès lors, pouvaient se donner la main.

Inutile de philosopher davantage, ce petit trait de la toilette d'une livre en dit suffisamment aux trop rares privilégiés du ciel qui se donnent le temps de réfléchir. Pour notre part, nous y voyons l'explication naturelle de cette furie de distractions, d'amusements, de trémoussements violents et de plaisirs qui, du lendemain

de Thermidor aux premières années de l'Empire, tourmenta la tourbe étrange, que, par euphémisme, l'on appelait la société.

Tout ce monde, en attendant le moment favorable de l'inévitable réorganisation, fixait 'ses yeux éblouis sur l'astre naissant et déjà glorieux de Napoléon et subissait l'influence de l'aimable Joséphine. Aussi bonne que belle, Joséphine possédait toutes les qualités nécessaires pour régner, voire gouverner le plus instable des royaumes, celui de la mode. Elle possédait surtout à un haut degré l'art de s'habiller, aussi exerça-t-elle une influence heureuse sur les costumes et les coiffures de son temps.

Elle débuta par abandonner les volumineuses perruques pour adopter la mode des cheveux à la Titus, laquelle convenait très bien à son genre de beauté. Sur ce fond de boucles elle varia les coiffures à l'infini : turbans, toquets, chapeaux, poufs, plumes, diadèmes, tout un monde de couvre-chefs. A son exemple, les femmes se coiffèrent avec un étrange abus de fantaisie, imitant à la fois les Grecs anciens, les Romains, les Turcs, les Indiens, mêlant tous les temps et toutes les nationalités, avec une telle liberté d'interprétation, qu'il est impossible aujourd'hui de s'y reconnaître (fig. 520).

Kotzebue, qui écrivit en 1S04 son livre des Souvenirs de Paris, dit d'une Parisienne élégante : « Il lui faut trois cent soixante- « cinq coiffures, autant de paires de souliers, six cents robes et « douze chemises. » Ces costumes coûtaient très cher. Une robe de percale des Indes brodée valait cinq à six mille francs et même plus. La mousseline des Indes la plus fine, la percale, le linon, le crêpe, telles étaient les étoffes dont s'habillaient les femm-es en toute saison. Lors de la proclamation du concordat, au Te Detitn chanté à Notre-Dame, Madame Murât, sœur de Bonaparte, revêtit une robe de mousseline des Indes, doublée de satin rose accompagné d'un chapeau, aussi en satin rose, surmonté d'une touffe de plumes de même couleur.

C'est surtout la mousseline de l'Inde qui l'emporte sur toutes les autres étoffes; les remontrances des médecins et les objurgations

des personnes raisonnables sont complètement inutiles (fig. s22). Kotzebue dit encore à propos des femmes: « J'ai vu le beau « sexe lutter avec un courage qui tient du prodige contre l'in- « tempérie des saisons. La santé est à la mode maintenant. Les « femmes ne se plaignent plus du vent, on n'entend plus parler « de vapeurs, les belles se portent le mieu.K du monde ; elles « boivent et mangent avec beaucoup d'appétit, la migraine ne « dérange plus aucune partie. On ne met plus de rouge, la pâleur

Fig 521 — Jeune femme de 1803.

« est plus intéressante. On appelle cela une figure à la Psyché, « d'après le tableau de Gérard. Les femmes ne se servent « plus que de blanc et laissent le rouge au.x; hommes » (fig. 522). Kotzebue ne voyait que l'apparence, il contemplait le spectacle animé des promenades publiques pleines de femmes vêtues de légers costumes, il n'apercevait pas la foule de victimes que la mode entraînait tous les ans dans la tombe. Un médecin du temps, le docteur Desessarts, dit qu'il a vu mourir, depuis ces modes transparentes, plus de jeunes filles en une année que dans les quarante années précédentes. Le bon ton était donc de paraître avoir une santé de fer, à l'épreuve des saisons inclémentes. On y

ajoutait un petit air cavalier, une certaine liberté d'allures, qui contrastait singulièrement avec le bon ton d'autrefois, offusquant grandement les revenants de l'émigration encore imbus des vieilles traditions du passé (fig. 524).

Ces allures fringantes donnaient aux femmes un aspect peu fait pour leur attirer le respect.

Un auteur du temps fait en ces termes le portrait d'une élégante : « Point de schall, point d'éventail, point de ridicule, point

Fig. 522 — Toilelte de 1803.

« de mari qui lui donne le bras, point de valet qui la suive ou « de femme de chambre qui l'accompagne; débarrassée de tous « ces accessoires fâcheux, une jeune femme du meilleur monde va « le matin se promener sur le boulevard, courir pour se distraire « ou faire des emplettes. Avec son petit chapeau de feutre ou de « paille noire qui couvre sa masculine Titus, sa redingote ou son « amazone de drap, la taille pressée par une ceinture à laquelle « est suspendue une bourse, elle marche les pieds en dehors, la

« tête droite et d'un air délibéré comme un jeune homme qui « quitte le lycée. La pudeur, l'embarras ou la timidité ont bien « leurs avantages, mais peuvent quelquefois inspirer de l'audace « aux galants; tandis que la femme la plus jolie qui marche si « cavalièrement, dont le regard est aussi ferme, le pas aussi « assuré, n'a rien à craindre des passants, le plus hardi craindrait « à la plus légère insulte d'être appelé en champ clos par la

Fig 523. — Chapeau de 1804.

« moderne amazone. Qu'on dise après cela que nos dames ne « .savent pas se faire respecter! »

Et plus loin, le même auteur ajoute :

« Voici ce que j'ai vu plus d'une fois : Une femme entre chez < un restaurateur, elle porte une redingote de drap comme un « homme, un chapeau couvre ses cheveux coupés. Elle ôte leste- « ment ce chapeau qu'elle accroche parmi les nôtres et fait

« o-racieusement la toilette de sa Titus en passant les cinq doigts

« dans ses cheveux et en se frottant bien la tête. D'après cela, je

« pense qu'en recevant les ordres d'une telle dame, le garçon doit

« redoubler d'attention pour ne pas lui répondre : oui Monsieur. »

(fig- 523)-

Comme on le voit, la mode devenait masculine; la femme,

pendant les âges précédents, avait eu si peu de liberté, qu'elle en profitait largement. La coiffure à la Titus donnait un air très viril. Beaucoup de jeunes femmes négligeaient même de se friser. Des mèches emmêlées tombant au hasard étaient pour plusieurs le comble du genre. Il se fit une vraie campagne contre cette habitude de porter les cheveux courts. Non seulement les femmes imbues des anciens principes lui faisaient une guerre acharnée, mais les hommes avaient contre elle une véritable aversion.

Deux écrits furent publiés contre la coiffure à la Titus. L'un intitulé : La Couiiphonie ou les Femmes dans le délire, contient une longue plainte des dieux amis de la beauté, sur les erreurs de goût des femmes, qui portaient les cheveux courts comme les hommes. L'autre, sous le nom de \ Anti-Titus, est une violente diatribe contre la mode du jour. L'auteur va chercher tous les exemples de l'antiquité pour prouver que la chevelure féminine, formant une des plus grandes beautés de la femme, s'en priver était un acte de folie. Il déplore les coiffures à la Titus, bouclées en petites et grosses boucles, mais ce qui lui paraît un comble d'horreur, ce sont les cheveux courts, plats, hérissés ou ébouriffés sans ordre (fig. 524). Il les taxe de « négligé dégoûtant » et affirme que jamais femme grecque ou romaine n'eût été assez folle pour s'enlaidir au point de se coiffer ainsi. Non seulement il va chercher ses appuis chez les anciens, mais il cite les modernes, il appelle à son aide le docteur Akerlio, non moins ennemi des cheveux courts. « Où vole ce rapide « Boguey », dit Akerlio. « Dénués de tout luxe étranger, les cheveux de sa jeune conduc- « trice semblent menacer le ciel. Et cependant de leur racine à « leur cime, ces nains insurgés ne comptent qu'un pouce de

« hauteur. Une tête ainsi coiffée est l'image d'un « porc-épic. » L'auteur de X Anti-Titus prouve que les femmes se condamnent elles-mêmes, en appelant cache-folie le faux chignon qu'elles sont obligées de mettre, quand elles veulent changer de coiffure. 11 peint le piteux état de celles qui, surprises par la pluie ou l'humidité

Fig. 524. — Coifiurcs et chapeaux de 1S05.

du soir, offrent l'aspect lamentable d'une tête défrisée et plaint les coiffeurs ou les marchandes de modes obligés de se casser la tête pour trouver le moyen de faire tenir, sur ces crânes dépouillés, les fleurs et les autres ornements des femmes.

Les détracteurs de la coiffure à la Titus allaient trop loin. Cette manière de se coiffer est très seyante à certaines femmes, au.\

jeunes en général et surtout aux visages au galbe pur. Mais pour les têtes aux traits fanés, c'est tout bonnement affreux.

Madame Tallien était charmante en Titus. L'impératrice Joséphine aussi. Il n'en était pas de même pour la princesse Pauline, parce que la Titus laisse les oreilles trop à découvert et que le côté défectueux de sa grande beauté était précisément la forme disgracieuse de cet appendice naturel ; mais les diadèmes en pierreries, qui s'entremêlaient aux boucles légères surmontant un joli visage,

constituaient certes une coiffure artistique digne des beaux temps de l'art grec (fig- 526).

Madame d'Abrantès nous décrit, dans ses Mémoires, la toilette d'une élépfante du premier Empire. C'est d'abord la corbeille de noces, qui alors justifiait pleinement son nom, car le fiancé envoyait ses présents à sa fiancée dans une énorme corbeille du plus grand luxe, en satin brodé, garnie de flots de dentelles ou de rubans. Celle de la future duchesse était en velours blanc et vert richement brodée d'or, toute parfumée de peau d'Espagne. Madame de Permon, mère de la jeune fille, avait aussi fait renfermer son trousseau dans une corbeille en gros de Naples rose brodé de chenille. Arrêtons-nous un instant à la description de tous ces apprêts d'une noce brillante. Nous y voyons des chemises à manches g-aufrées, brodées, et brodées comme brodait Mademoiselle l'Olive, des mouchoirs, des jupons, des canezous du matin, des peignoirs de mousseline de l'Inde, des camisoles de nuit, des bonnets du matin de toutes les couleurs, de toutes les formes, et tout cela brodé, garni de valenciennes ou de malines ou de point d'Angleterre, puis encore des châles de cachemire, des voiles de point d'Angleterre, des garnitures de robe en point à l'aiguille et

Fig. 525. — Chapeau de 1^05.

Fig. 526. — ha princesse Pauline Borghèse.

€11 point de Bruxelles, ainsi qu'en blonde pour l'été. Suivent des robes de blonde blanche et de dentelle noire, des pièces de mousseline de l'Inde, des pièces de velours, des étoffes turques, des robes brodées en lames d'argent, des fleurs de chez Madame Roux, des rubans de toutes couleurs, etc., etc. ; enfin, une quantité de bijoux splendides, parmi lesquels se trouve un peigne magnifique, garni de perles et de diamants. La mode des grands peignes était alors à son aurore et passait pour très élégante nouveauté.

Mademoiselle de Permon, avait une belle chevelure et naturellement n'avait pas voulu la sacrifier à la mode de la Titus. Elle portait des chignons relevés à la grecque.

Après la corbeille, jetons un regard sur la toilette de la mariée. Sa robe est en mousseline de l'Inde, admirablement brodée, à lono-ue queue. La fraise volumineuse, qui entoure son cou, selon les exigences de l'époque, est en point de Bruxelles. Sa coiffure consiste en un bonnet en point de Bru.xelles sorti des mains de Mademoiselle Despaux, la grande modiste du temps. Au sommet du bonnet est fixée une petite couronne de fleurs d'orangers d'où part un long voile en point d'Angleterre ombrageant toute la toilette de ses plis vaporeux.

Les petits bonnets étaient alors en grande faveur et se portaient matin et soir (flg. 527). Le matin on avait d'élégants déshabillés en mousseline de l'Inde, entièrement garnis de dentelles et de flots de rubans, avec le petit bonnet aussi en dentelle ou des madras chiffonnés autour de la tête. Ces madras eurent alors un grand succès et tout l'art consistait à les nouer avec grâce.

Les madras de l'Inde brodés, les carrés de fin cachemire ou les foulards de Chine étaient les étoffes employées le plus souvent pour cette singulière coiffure. Ces madras coûtaient quelquefois jusque cent et trois cents francs. On appelait cela, coiffure à la créole (fig. 528). Vers ce temps-là, les jeunes femmes se souvenant sans doute des petits levers de l'ancien régime, mirent à la mode les récept'ons du matin. Le bon ton exigeait que, dans ces circonstances, la maîtresse du loeis, émersfeant d'im merveilleux fouillis

de mousseline vaporeuse, de dentelles, de rubans frais, fût coiffée d'un petit bonnet ou d'un madras.

L'un des astres du jour, la princesse Pauline Bonaparte, inventa, pour ces réunions, une espèce de lit entièrement enveloppé de tulle, sur un dessous de satin pareil aux rubans de son peignoir ; sa ravissante beauté devenait idéale dans ce nuage parfumé.

Quand vint l'Empire, on abandonna les vêtements trop légers

Fig. 527. — Bonnet du matin.

]iour la rue. On se remit au régime des robes de soie, de velours, de laine, des fourrures, des manteaux épais. On redevint raisonnable. Pour l'hiver et les voyages, les dames portaient de grandes polonaises ou des redingotes de coupe masculine et des toques bordées de fourrures (fig. 529). Les chapeaux prirent quantité de formes diverses. Les uns, immenses, rappelaient la calèche. C'étaient des capotes plissées en soie ou en velours s'avançant en manière d'auvent et cachant presque le visage.

Les autres, au contraire, étaient très plats, très mignons. En même temps, la coiffure plus compliquée rentrait en honneur. Aussi bien se lassait-on de la Titus. Les chignons reparurent hardiment et avec eux les perruques. Celles-ci étaient indispensables, momentanément au moins, pour les femmes, qui avaient sacrifié leur chevelure à la mode des cheveux courts (fig. 530).

Napoléon avait richement doté ses généraux et ses ministres et il entendait qu'ils se fissent honneur de leurs fortunes. Les

Fig. 52S. — Coiffure en ina'iras.

femmes de la noblesse impériale savaient qu'elles entraient dans ses goûts en se parant magnifiquement aux fêtes de la Cour, aussi ne paraissaient-elles devant lui que couvertes de diamants, de pierres précieuses garnissant soit les grands peignes de l'époque, soit des diadèmes éblouissants qui se portaient très avant sur le front.

La duchesse d'Abrantès raconte qu'elle possédait une rose de diamants jaunes d'une grosseur remarquable achetée par son mari en Portugal, qu'elle fit arranger sur un peigne, pour mettre au chignon.

Une de ses amies avait un diadème formant une guirlande de fleurs en diamants, dont le milieu figurait une grosse rose faite de diamants jaunes. Cette même dame portait un peigne en

Fig. 52g. — Redingote.

forme de corbeille, montée en saphirs tle la plus belle eau, entourés de diamants.

— « Joséphine, ajoute la duchesse, avait aussi les plus belles

« pierreries du monde et savait les foire valoir par sa toilette

— « A une fête des Tuileries en 1S09, elle avait une jupe et un

« manteau en tulle brodé à lames d'or avec une délicatesse infinie.

« C'était un carreau pris dans un autre et pris par, ses quatre côtés,

« ce qui formait non pas un tissu d'or, mais un réseau admira-

« blement fait. Une petite frange bordait le manteau et la robe.

« Puis le tour du corsage, les manches, la ceinture, tout était

Fig. SjO — Coiffures de lSo6.

« brodé en émeraudes, entourées de diamants. Le diadème, le « peigne, les boucles d'oreilles, tout était en émeraudes. »

Le couronnement de l'impératrice Joséphine fut comme le couronnement de la gloire de Napoléon. Ne devait-il pas se croire le jouet d'un songe, alors que, personnifiant la France maîtresse de l'Europe, entouré d'une cour splendide, de ces généraux dont chaque nom rappelait une victoire, d'une brillante pléiade de femmes ruisselantes de pierreries, d'un peuple entier, l'acclamant avec délire, il se rappelait son entrée à Paris, pauvre cadet,

sans autre appui que sa force de volonté, passant inconnu et solitaire, fuyant ses camarades dont il n'osait partager les plaisirs, faute d'un peu d'argent.

Quel homme ht jamais un plus beau rêve et eut un réveil plus douloureux !

On remarqua la coquetterie avec laquelle il couronna l'impéra-

^'g 53'- — Jeunes femmes de 1S06.

trice, posant le lourd joyau à plusieurs reprises pour trouver le meilleur effet, se complaisant à proclamer aux yeux de la foule l'affectueux sentiment qu'il portait à celle qui avait été la compagne fidèle de ses premiers succès et l'aimable fée de sa jeune cour. Joséphine, heureuse, souriait et tâchait d'oublier que déjà cette couronne était menacée et que le mot de divorce se murmurait tout bas.

Les débuts de la nouvelle cour ne furent pas sans nuages. Nul n'est parfait. Le grand homme avait ses petits côtés.

Les toilettes des jolies femmes de la cour n'échappaient pas plus à son attention que les moindres détails de leur parure ou de leurs manières, et ses observations étaient généralement acerbes.

La duchesse d'Abrantès reçut une dure semonce pour avoir paru au Sacre en robe de velours noir, ce que l'Empereur avait pris pour une protestation muette.

Les princesses impériales elles-mêmes n'échappaient pas à de sèches observations, quand leurs toilettes n'étaient pas en harmonie avec la fête ou la cérémonie à laquelle elles devaient paraître, et avaient choqué les yeux de Napoléon.

La parure de cour était très somptueuse et comprenait nécessairement le manteau de cour, longue traîne qui s'attachait au corsage (fig. 533).

Les coiffures s'harmonisaient avec les splendeurs de la robe, les panaches reparurent avec entrain.

La femme d'un général de l'Empire avait pour la réception du jour de l'an, une couronne de plumes marabouts formant autour de la tête une couronne mexicaine et surmontant une •guirlande d'épis de diamants qui soutenaient les plumes.

Les sœurs de l'Empereur aimaient les bals costumés. Elles inventèrent des quadrilles brillants. Le premier de ces quadrilles, inauguré par la princesse Caroline Murât, se composait des plus jolies femmes de la cour. Elles avaient toutes le même costume qui consistait en une robe de crêpe blanc avec des crevés de satin verts, rouges, blancs ou bleus, selon chacun des groupes du carré. Les crevés étaient entourés d'une broderie en lames d'argent. Sur la tête, les mêmes dames portaient une toque de velours noir avec deux plumes blanches.

L^ne autre fois le quadrille figura un jeu d'échecs et se dansa sur une toile à carreaux. Les pions étaient habillés en maures, costume peu gracieux pour les danseuses.

^'3- 53^ — Joicphine Tascher de la l'agerie, iiiii)ératrice des Français, d'aprts le ]v>rtrait

de Lethière.

Jérôme Bonaparte, étant devenu veuf de Caroline Paterson, Napoléon le remaria avec une jeune princesse de Wurtemberg, femme d'un noble caractère, que sa famille sacrifia impitoyablement aux nécessités de la politique et qui, plus tard, se refusa à quitter son mari, malgré les instances et les menaces de cette même famille. Ouand elle vint en France pour les épousailles, Napoléon envoya au devant elle, au Raincy, une mission de chambellans et de grandes dames de sa cour. Il paraît que l'ambassade fut consternée de voir arriver la jeune princesse, en toilette de moire blanche de coupe archaïque et ornée d'une broderie d'argent tout à fait misérable. Elle revint à Paris pleine d'angoisse sur l'impression que ferait la future reine de Westphalie, mais l'air de Paris eut bientôt métamorphosé la chrysalide allemande en une charmante femme qui pouvait lutter de grâce et de goût avec les autres princesses impériales.

Jamais peut-être la toilette n'eut une plus grande importance en France, même au temps de Marie- Antoinette, parce qu'elle était devenue une préoccupation politique {fig. 534).

L'empereur voyait dans une couleur, dans une garniture, des sous-entendus de protestation ou d'opposition qui n'existaient que dans son imasfination.

Cette importance donnée aux détails mesquins de la coiffure ou de la toilette avait encore une autre cause. C'est que ni l'impératrice, ni la plupart des princesses impériales et des dames de la cour n'avaient été préparées par leurs habitudes et leur éducation au rôle important que les bouleversements de la société les amenait à jouer.

De là, dans la conversation, un ton qui frisait souvent le commérage, une frivolité d'occupations qui donnait à la manière de se vêtir une place prédominante dans la vie. De là encore des rivalités mesquines, même basses, encouragées par l'empereur, qui préférait voir les femmes de sa cour s'occuper de vétilles que de politique.

Le grand homme tenait du reste les femmes en piètre estime

Kig 534. — Mofles de 1S06.

et détestait toutes celles qui montraient un caractère ou une intelligence au-dessus du niveau moyen. Il en résulta que le ton de la cour resta forcément dans les bornes d'une vulgaire banalité. L'empereur eut aussi le tort de stimuler la rivalité de parure qui existait entre l'impératrice et la princesse Borghèse. D'autres fois il se fit juge entre les femmes de sa cour et n'épargnait pas les mots acerbes, frisant même la brutalité, ce qui faisait dire à Talleyrand :

— « Quel dommage qu'un si grand homme soit si mal élevé ! »

A chaque cérémonie officieHe, c'est en tremblant que les duchesses et les maréchales passent sous ses yeux. Un jour il apostrophe devant tout le monde la comtesse Regnault de Saint-Jean d'Angély, parce qu'il la trouve trop belle et qu'elle éclipse, à son avis, une autre dame dont il s'occupait en ce moment.

Il se mêle de créer des atours féminins. Il rèo-le lui-même minutieusement la forme et la couleur des costumes, que doivent porter les dames faisant partie des chasses impériales, et personne n'ose avouer qu'ils sont incommodes au possible pour monter à cheval.

Mais ce ne sont là que des petits points noirs au milieu du rayonnement de l'astre de Napoléon.

Les femmes supportent gaiement les petites épines qu il jette parfois sur leur chemin. Elles subissent l'éblouissement de la gloire sans pareille dont les reflets s'étendent largement sur elles, en leur donnant toutes les satisfactions de la fortune et de l'ainourpropre.

Les nations européennes marchaient plus que jamais dans l'orbite de la France. Les modes cette fois étaient françaises partout. Il n'existait de différence que dans la manière de les porter. L'Espagne même avait oublié sa fierté pour suivre docilement les modèles qu'on lui envoyait de Paris. Les princesses royales, la reine surtout, aimaient la toilette, sans la porter avec goût. Le Portugal seul avait gardé intact le cérémonial de la cour. Aucune femme ne pouvait être présentée qu'en paniers, au grand désespoir

des jeunes ambassadrices française?;, toutes imprégnées encore du style grec et romain. L'une d'elles dont nous suivons fidèlement les mémoires, comme une peinture exacte du temps, raconte toutes les démarches qu'elle fit pour obtenir la permission de se présenter sans paniers.

Mais il fallut se soumettre.

— « Comme je devais être présentée au printemps, dit-elle, je

Fi£j. 535. — Marie-Louise d'Autriche, impératrice des hrançais.

'< fis faire deux habits qui pouvaient aller dans les trois saisons << qui suivent l'hiver: l'un en crêpe blanc doublé, brodé en lames « d'or, avec la toque à plumes blanches, également brodée en or, « et l'autre en moire rose, brodé en lames d'argent, avec une « guirlande en feuilles d'argent mat, mais non brodée, seulement « appliquée sur la robe et marquant le contour de ces horribles « paniers. La toque était semblable à la robe. Mesdemoiselles « Lolive et de Beuvry m'avaient fait plu.sieurs robes d'un goilt

« parfait, qui contrastaient d'une manière choquante pour les paniers « avec cette dernière preuve de la barbarie du goût du moyen « âge. » La duchesse d'Abrantès allait bien loin, en attribuant au moyen âge barbare les paniers du xviii" siècle, mais que ne pardonne-t-on pas au désespoir d'une jolie femme ?

Aussi voit-elle d'un œil impitoyable les princesses royales de cette cour démodée. La princesse du Brésil lui semble un épouvantail de la nature, même quand elle n'a plus de paniers. Elle lui trouve des cheveux sales, elle les voit tressés avec de splendides perles et des diamants, sans être plus indulgente, mais surtout elle ne lui pardonne pas son costume de chasse, fait comme une veste d'homme en drap vert bordé de galons d'or, avec une jupe également en drap vert fendue devant et derrière, car elle monte à cheval à califourchon.

— « Et ces beaux cheveux, ajoute la duchesse, ces beaux « cheveux dont j'ai parlé tout à l'heure, noués en catogan et «. surmontés d'un chapeau d'homme, mis le plus souvent à la « crâne. »

Les dames de la cour n'échappent pas à son ironie.

— « La Camarera Mayor était une petite femme maigre et noir « comme beaucoup de femmes âgées en Portugal, et son costume « était, comme celui de toutes les dames du palais de la cour « de Lisbonne, la plus étrange mascarade qu'on put imaginer de « faire revêtir à des femmes chrétiennes. C'était une jupe de « taffetas bien fort, bien épais, d'une couleur bleu foncé, avec « une large broderie en or au bas, et puis ensuite une queue, « une robe, je ne sais quel morceau d'étoffe d'un rouge éclatant « qui lui pendait en manière de traîne derrière elle. Les plus « âgées, comme la Camarera Mayor, portaient un petit toquet, « une façon de bonnet assez serré à la tête (c'étaient, je crois, « les veuves), et sur ce bonnet était une tleur gros bleu comme « la jupe. Lorsque j'entrai pour la première fois dans le salon '< de la princesse de Brésil, toutes les damas de honor étaient « assises devinez ou?... Par terre. — Comment par terre ? — Oui,

Fig 536. — Mode de 1S15.

« par terre, les jambes croisées sous elles, comme nos tailleurs, « ou plutôt comme les Arabes, dont au reste il est demeuré tant « de costumes et tant d'usages dans toute la Péninsule. Aussitôt « que j'entrai elles se levèrent toutes, et je crus voir s'envoler « une troupe d'oiseaux du Brésil, de ces cacatois rouges et bleus * aux vives couleurs. »

« La comtesse d'Obidas, une grande dame de la cour, avait « ses cheveux blancs relevés sur la tête avec un ruban. C'était « du reste, la coiffure d'intérieur de toutes les Portugaises. »

Napoléon, pliant sous le poids de sa propre grandeur, avait commis la grande faute de sa vie, en se séparant de Joséphine, par le divorce. Telle était la crainte qu'il inspirait que bien peu de voix s'élevèrent pour le détourner de cette grave iniquité.

11 se trouva des fonctionnaires assez faibles et assez peu soucieux de leur dignité pour l'aider à la consommer. Le Pape seul osa résister, et cette résistance lui coûta cher.

Joséphine, reléguée à la Malmaison, y dévorait ses larmes. Elle n'était plus rien pour l'homme auquel elle avait consacré sa vie. Une fille des Césars la remplaçait sur le trône de France. Apathique et fière tout à la fois, l'archiduchesse Marie-Louise était, moins encore que Joséphine, à la hauteur de la position qu'elle occupait. Si celle-ci manquait du degré d'intelligence qu'eût exigé son rôle d impératrice, elle possédait les rares et touchantes qualités du cœur le plus délicat, et jamais femme ne saisit mieux qu'elle ce tact exquis de la bonté qui en double le charme et la saveur (fig. 535).

A la cour, elle fut bientôt oubliée, et sa disparition tut un soulagement pour ses belles-sœurs. Désormais la princesse Borghèse n'eut plus à craindre de rivale. Elle put paraître dans les quadrilles, coiffée d'un casque d'or orné de plumes blanches, le corps enserré dans une cuirasse à écailles d'or, sur une tunique de mousseline, ou recevoir le matin sa petite cour en peignoir de dentelles, sans avoir à redouter de comparaison.

De son côté, la reine de Naples put faire tendre sa chambre

de satin rose et la garnir des dentelles les jikis précieuses, sans craindre que Marie-Louise pensât jamais à créer un décor plus luxueux encore pour sa fraîche et indolente personne. La nouvelle impératrice n'a ni désirs ni coquetterie.

Peignes à la girafe, grands chapeaux, frisures, tresses ou boucles, tout lui est indifférent, et tandis qu'autour d'elle on se passionne pour une toque ou qu'on se dispute sur un chiffon, elle

Fig. 537. — Modes <le 1S16.

ne demande qu'à garder sa somnolence- muette et à jouir sans fatigue physique ou intellectuelle des honneurs de souveraine.

L'année iSii vit les dernières Titus. Cette coiffure, en vieillissant, avait pris divers aspects, comme la coiffure en coup de veut, conçue pour donner l'impression d'un coup de vent, qui serait venu relever par derrière tous les cheveux de bas en haut, et la coiffure en dryade et hamadryade, renouvelée des Grecs.

La chute totale et définitive des Titus et de leurs succédanées ouvrit l'ère de la vogue des chapeaux. Jusque-là, les chapeaux ne jouissaient pas auprès du public féminin d'un crédit plus grand

que le bonnet ou le voile. Il était un objet de caprice, rien de plus. On se promenait dans la rue nu-tête ou en bonnet et on allait au bal en chapeau (fig. 536).

A dater du Consulat, le chapeau commença à prendre une prépondérance marquée sur ses rivaux et revêtit le rôle bien défini que nous lui connaissons. 11 constitue la coiffure indispensable de toute femme qui sort de chez elle, il est le complément de toute toilette de rue. Une femme, qui n'est pas du peuple, n'oserait s'aventurer au dehors sans chapeau ; et encore que de femmes du peuple, dans les villes surtout, feraient de même ! (fig. 537).

Cependant, lors de la grande vogue des Titus, beaucoup de femmes portèrent à la main ou au bras leur chapeau, noué par les brides; cela donnait l'air sentimental, paraît-il.

Les chapeaux, du reste, ont été longtemps fort disgracieux. Après les casques vinrent les chapeaux en corridors, les calèches, au fond desquels le visage était enfoui. Observons ici que ces énormités se portaient le jour et qu'il existait des chapeaux plus petits pour le soir. La calèche et ses modifications l'emportèrent finalement, et vers 1815 commença à sévir une lamentable série d'affreux chapeaux aux dimensions colossales.

Une calèche de 1812 est ainsi décrite dans un journal de mode:

« Calèche en taffetas ou tulle bleu de ciel, blanc, rose ou eros vert. Le pourtour doit affecter toutes espèces de formes, comme si le pauvre chapeau eût été l'objet de coups de poings furieux. Par devant, l'arc est imparfait; en dessous, la calèche paraît affaissée; derrière, elle est irrégulièrement recoquillée. On y pose au hasard quelques fleurs par dessus et on la borde de blonde. La capote, au contraire, dessine un arc parfait et le fond se forme de plis réguliers, mais les proportions sont les mêmes » (fig. 538).

Une sorte d'accalmie se produisit dans le luxe. De tous côtés se dressaient de sombres nuages pour les fidèles serviteurs de l'Empire. Les craintes des uns, le mécontentement des autres, les tiraillements intimes dans la famille impériale, tout contribuait à assombrir cette cour naguère encore si brillante.

Fig. 538. — Chapeau eaU-che.

Survinrent la catastrophe de Waterloo, les péripéties des Cent jours et tout le trouble qu'elles occasionnèrent dans la France encore mal remise des bouleversements de la Révolution.

La société qui rentrait triomphante rapportait assurément de glorieuses traditions, de grands souvenirs, des caractères trempés dans l'épreuve et le malheur, mais bien peu de ses membres retrouvèrent les biens qu'ils avaient abandonnés. Les confiscations, les persécutions, les guerres intestines, les infidélités les avaient

Fig. 539. — Mode de 1S16.

ruinés. Le pays, épuisé d'hommes et d'argent, écrasé par deux invasions successives et par une longue série de guerres, sentait la nécessité de l'ordre et de l'économie. Aussi, la Restauration justifia-t-elle admirablement son vocable. Loin de relever les splendides traditions de Versailles ou d'essayer de lutter avec celles plus fastueuses encore de la cour impériale, elle ramena dans les habitudes sociales l'ordre, la simplicité et l'économie, non par des ordonnances ou des lois somptuaires, mais par la vaillante force de l'exemple.

Les dures leçons de l'exil n'avaient pas été perdues pour la plupart des femmes. L'illustration de leur nom, l'influence légitime

de leurs familles, leur mérite et leur éducation les replaçaient très naturellement aux premiers rangs de la société. Elles avaient désappris les exigences du luxe et ignoraient celles du confort. Nos grand'mères nous ont conté à quelle simplicité était revenue la vie sociale. Dîners, soirées, réceptions, visites, tout se passait sans faste et sans apprêts coûteux (fig. 539).

Les premiers temps du retour furent pénibles pour plus d'un émigré. Plus d'une des personnes de distinction qui se pressaient le soir dans les salons des Tuileries, avait cousu ellemême la modeste robe de mérinos qui la couvrait et dont elle avait acheté l'étoffe au prix de son travail. Témoin cette jeune fille, portant un nom célèbre, qui, pour payer la robe de laine rose qu'elle devait mettre au premier dîner des Tuileries, faisait dans les journées des cocardes royalistes qu'on vendait sur les boulevards.

D'ailleurs, l'un'que jeune lemme que ramenait la fiimille royale n'était guère portée à la Irivolité. 1 rop de souvenirs déchirants a.ssombrissaient pour elle le retour dans la patrie et son entrée triomphante à Paris ne pouvait lui faire oublier le sang paternel qui teignait la place actuelle du Carrousel. La vie avait été chez elle brisée dans sa fleur. Absolument dévouée à ses oncles, elle ne se sentait cependant pas capable de remplir avec l'entrain nécessaire ce rôle de dauphine, qu'elle eût préféré mille fois échanger contre quelque retraite tranquille où elle eût pu vivre en paix avec Dieu et avec ses souvenirs (fig. 541).

11 ne fallait donc attendre de Madame la duchesse d'Angouléme autre chose qu'un rôle passif dans le royaume de la mode. Les modistes en conclurent qu'à elles seules incombait désormais

Fig. 540 — Mode de 1818.

le devoir de garder à la France sa vieille réputation de haute élégance. D'ailleurs, si beaucoup de dames de haut rang avaient perdu leurs diamants et leurs richesses, quelques-unes, plus heureuses, avaient pu conserver les uns et récupérer les autres; en outre, les familles de l'Empire avaient gardé leur fortune, les banquiers commençaient la leur et tout ce qui paraissait aux

Fig. 541. — S A, R. Madame la duchesse d'Angouléme.

Tuileries n'en était pas réduit à la robe de mérinos (fig. 542).

La mode continua donc à se frayer un chemin sûr parmi les coquettes, mais à défaut des anciennes folies de luxe, il se produisit des folies de laideur. Jamais la femme ne fut plus mal mise que dans l'espace qui s'écoula entre la Restauration et la fin du règne de Louis-Philippe. La coiffure surtout pourrait être notée comme le triomphe du mauvais goût (fig. 543).

On peut affirmer hardiment que depuis le commencement du

siècle jusqu'aux premiers temps du second Empire, les chapeaux n'ont cessé d'être des monuments de laideur.

Les coiffures du premier Empire et celles des premières années de la Restauration, quand elles n'étaient pas couvertes d'un chapeau ou d'un turban, ne manquaient pas d'un certain charme. De 1810 à 181 8 environ, les femmes se bornèrent à friser leurs cheveux de chaque côté des tempes en boucles plus ou moins volumi-

Fig. 542. — Costume et manteau de cour, 1817.

neuses. Un chignon, toujours placé très haut .sur le crâne, complétait l'édifice. Des couronnes ou des bouquets de fleurs ornaient les cheveux. Ces coiffures, portées par des jeunes filles et des jeunes femmes, n'étaient pas trop disgracieuses. Malheureusement peu de femmes se résignaient à cette simplicité. On s'affubla de bonnets monstrueux, de chapeaux ridicules sous lesquels toute beauté disparaissait pour faire jjlace à un informe magot (fig. 544). Cependant jamais le sentimentalisme romanesque, les .soupirs

éléo-iaques vers l'idéal, les réminiscences du culte chevaleresque de la femme du moyen âge ne se firent jour avec plus d'affectiition. Seulement ce ramage sonnait aussi faux que la sensiblerie musquée du xviii« siècle.

Un souffle romantique s'élevait de toutes parts, chassant devant

Fis; 543. — Madame Campan, d'après une graviire de Belliard.

lui Grecs et Romains. Les Romains sombrèrent tout à fait, les Grecs disputèrent encore quelque temps le terrain aux pages et aux châtelaines, parce que la grâce et la beauté grecques conservaient leur prestige aux yeux d'un bon nombre de poètes, qui eussent été fort embarrassés de ne plus avoir à comparer les

Fig. 533. — La baronne Goubau, d'après un portrait de Quinson.

HISTOIRE DE LA COIFFURE FEiMININE

idoles de leurs vers avec les muses, Vénus, Terpsichore, Hébé, Atalante ou Thalie.

Ne fuyez plus les jeux qu'embellit Terpsichore,

Venez y briller près de nous.

Couronnez votre front de guirlandes de Flore,

Zéphyr les fit naître pour vous.

Fig. 544. — .Modes de 1820.

Qu'aurait fait l'auteur de ces stances à la Mélancolie s'il eût dû fermer l'Olympe à clef? (fig. 545)-

riore surtout est restée à la mode. Dans tous les parcs bien

tenus il faut un bosquet de Flore, un temple à quelque gracieuse divinité ou une grotte dédiée à une naïade. Dans les arbres se placent des harpes éoliennes, qui frappent l'air de sons mélanco-

Fig- 545 — Mode de 1S19.

liques et tont pleurer les Sapho sur le retour, lectrices passionnées de Byron et des poèmes d'Ossian (fig. 546).

Plus loin, au détour d'un sentier mystérieux, ou sur le bord d'une eau dormante qu'ombragent des saules pleureurs, des philosophes à la Jean-Jacques, personnages au cœur sensible et vertueux,

se font construire un tombeau, où pourra venir chaque soir gémir l'Egline ou l'Isaure de leurs rêves (fig. 547).

Quand surpris par la mort il me faudra partir,

Quand de vos rangs si chers il me faudra sortir,

Ne couvrez point ma cendre ou de bronze ou de marbre

Et ne la mouillez pas de vos fidèles pleurs ;

Mais placez ma dépouille auprès de ce bel arbre

Et venez tous les jours y jeter quelques fleurs.

D'ailleurs rien n'était plus à la mode que les vers. On en faisait à tout propos et parfois même hors de propos. Le style élégiaque

Fig. 546. — Turl an et cheveux bouclt-s.

sait se plier à toutes les nécessités, même celles de célébrer les chapeau.x, les coiffures, voire « l'un de ces voiles de gaze terminés par des olives servant à draper les chapeaux à la mode » :

Voile cliarmant dont le double feston D'Elise a pu d'abord caresser le menton.

Ou bien encore, l'élégance des pas des jolies danseuses du

Ranelagh

c'est à ton sexe, ô Terpsichoie A te célébrer dignement.

Fig. 547. — Costume de camjMgne.

Il est vrai que la danse était encore un art qu'on cultivait avec soin (fig. 548).

Nos grand'mères se fussent scandalisées des danses brutales de nos jours, où toute la science d'une danseuse consiste à savoir tourner longtemps sans avoir d'étourdissement.

La va/se était alors une rare nouveauté, importée récemment

Fig 54^. — Toilette de bai, ci>ilVure haute.

d'Allemagne et que le jaremier venu ne pouvait se permettre. Ce n'était pourtant alors que la valse en trois temps, infiniment plus gracieuse que l'autre.

Les contredanses formaient la majeure partie du menu d'un bal. On y joignait l'anglaise et la grande ronde finale.

Les danseuses avaient donc mille occasions de manifester leurs

•Àiï:.^^î*|i.'

Fig. 549 — Toque.

grâces. Les jupes courtes, étroites ne dissimulaient pas le mouvement des jambes ni la pose des pieds. Pour traverser et chasser avec distinction il fallait écarter les coudes du corps, serrer contre la jambe le bas de la jupe en la retroussant un peu, puis, inclinant gracieusement la tête, voir courir ses pas. On appelait aussi ce mouvement « se regarder passer » , et toute la gloire d'une danseuse consistait dans la belle exécution de ce solo de danse.

l'g 55° — Toilcltes «le 1S22.

HI.VrOIRE DE LA COIFFURE FEMININE

La coiffure de bal était excessivement variée (tig. 548). Géntraiement les jeunes filles se contentaient de la coiffure en cheveux qui, d'abord assez jolie, augmenta de volume à dater de 1818, pour devenir très ridicule vers 1825. Les touffes de boucles de chaque côté prirent un développement considérable. C'était une vraie toison appliquée sur chaque tempe. Cette surcharge était accompagnée de coques de cheveux démesurées menaçant le ciel. Le tout s'entremêlait de fleurs ou de rubans piqués un peu à l'aventure, très

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Fig- 55' — Chapeaux de 1821.

écartés de la tête, avec des « hérissements », qui ajoutaient à l'air baroque de la physionomie générale.

A cet échafaudage jugé trop simple, la plupart des femmes préférèrent le chiffon. On appelait chiffon un morceau d'étoffe, rubans, soie, velours, laine ou mousseline arrangé au milieu des cheveux, selon l'inspiration de l'artiste capillaire qui vous coiffait (fig. 550 et 551).

M. Hippolite fut le premier coiffeur de l'Europe, pour la pose du chiffon. Aussi les jours de bal quelle besogne ? Dès huit heures

du matin, on le voyait entrer chez ses clientes ; ces vaillantes se condamnaient à une longue journée d'immobilité, afin de paraître le soir couronnées par ses mains habiles.

Un autre de ses collaborateurs avait le pompon pour les coiffures à la Diane. Cet habile homme s'appelait M. Narcisse. Un troi-

Fig. 552. — Coiffure d'une élégante.

sième coiffeur, M. Gallet, créa une coiffure qui eut un succès énorme à la fin du deuil porté pour Louis XVIII. Elle consistait en un chiffon de oraze çjris de lin, entremêlé de camées en fer de Berlin et de fleurs noires. On lui trouva un certain air mélancolique, qui seyait bien à lu situation, et la jeune femme, qui l'inaugura à une soirée du ministre des finances, faillit mourir de joie de son triomphe.

Enfin, ce qui prouve que nos grand'mères, pas plus que nous, n'étaient à l'abri de la calvitie, un coiffeur du boulevard des Italiens dut sa fortune à la spécialité qu'il s'était créée de faire des tours en faux cheveux, ne se défrisant jamais, et aussi doux; au visage que de vrais cheveux. Cet heureux inventeur s'appelait M. Nardin.

La coiffure de bal avait alors beaucoup plus d'importance qu'aujourd'hui. Il suffit de consulter les anciennes gravures de modes pour comprendre ce qu'il fallait d'adresse pour bien étager ces multitudes de grosses boucles et surtout pour bien tourner ces coques de cheveux dressées en guise de chignons, au-dessus du crâne. Il était nécessaire, en effet, que ces cheveux fussent aussi brillants que du métal poli et que le retroussé en fût parfaitement exécuté. Une caricature du temps montre un infortuné coiffeur obligé de monter sur des échasses pour tourner le chignon de sa cliente à la dernière mode de 1825 (fig. 552).

Il y eut aussi une mode de coiffure en cheveux, dont la perfection consistait en un triangle plat, formé au haut du front entre les deux touffes de boucles. Quand l'édifice était agrémenté de rubans, il prenait le nom de coiffure à l'Espagnole.

Une autre coiffure dont la vogue se maintint durant plusieurs années, fut celle dite à la Terpsichore. Elle se composait d'une guirlande de fleurs posée assez bas sur le front :

A ces pas légers et brillants,

A ces mouvements pleins de grâce

Qui font, Eglé, que sur vos tracas

Volent vos danseurs sémillants,

Te devine le nom du bandeau qui décore

Un front où règne la candeur,

Un front qui s'embellit encore

De tout l'éclat de cette fleur

Qu'on pourrait croire votre sœur.

Trêve de compliments, Monsieur le connaisseur

Le nom de ma guirlande est « A la Terpsichore ! »

Les peignes gardèrent longtemps leur faveur. Ils demeurèrent très grands et s'augmentèrent même encore par la suite. Ils

Fifî SS> — CoifTiires de 1S23.

étaient ordinairement en écaille, mais pour le soir, on les faisait de métal précieux, on les ornait de camées, de médaillons, surtout de perles en corail, ou de morceaux de corail sculpté et il n'était pas rare d'y voir briller des diamants, des rubis ou des saphirs. On piquait alors çà et là dans les cheveux, pour accompagner le peigne, des épingles en pierreries assorties

(fig- 553)-

Lorsque le calme fut rétabli en France, la danse reprit. La

nation française, depuis la Révolution, semblait piquée de la tarentule, mais, il faut le dire, les bals étaient bien moins luxueux qu'aujourd'hui ; les cotillons ruineux et les soupers somptueux étaient encore inconnus. Un buffet très simple offrait aux danseurs altérés quelques verres de sirop, d'orgeat, de limonade et de punch. Le souper proprement dit était passé sur des plateaux par des laquais, qui parcouraient la salle. Le comble du grand genre était de les faire précéder d'un chasseur. On voyait rangées sur ces plateaux les merveilles gastronomiques du temps, les pyramides de Félix, les meringues de Thomas, le punch de Tortoni, les fromages glacés du café Foy, ou encore les gelées au marasquin du successeur de Beauvilliers.

L'éclairage des plus belles salles de bal consistait en lyres de bronze doré, placées devant des glaces. Au bout de chaque corde s'élevait un porte-bijoux ; du reste, on plaçait des lyres partout. Cet instrument gracieux partagea avec le cygne l'honneur de fournir d'innombrables motifs de décoration (fîg. 565).

Il se donna de très beaux bals, et comme ils étaient rares ils furent fort appréciés. La renommée a conservé le souvenir du bal que M. Rothschild donna pendant l'hiver de 182 1. Le banquier, encore peu connu, voulait débuter par un coup d'éclat. Il fit construire dans la cour de son hôtel, une salle de bal magnifiquement ornée. M. Berthoud, l'architecte à la mode du moment, dirigea la décoration. Il y eut grand émoi dans la noblesse pour savoir si l'on consentirait à déroger au point de fouler les tapis de ce nouveau venu ;. puis, la curiosité, certaines

influences, l'éternel attrait de l'or firent taire les scrupules et, parmi les quinze cents équipages, qui s'arrêtèrent ce soir-là à la porte du futur Baron, la plus grande partie portaient d'illustres armoiries et des manteaux de pair.

Un autre bal fameux fut celui du 2 mai 1821, offert par la ville de Paris à la famille royale. La salle de danse avait été ornée de grandes glaces, posées de distance en distance, reliées

Fig. 554. — Coifl'ures de bal.

par des draperies de gaze d'or. Chaque glace était entourée de guirlandes de lys et de roses. La voûte était également garnie de lys et de roses.

11 y eut, chose inouïe, un souper assis et les convives trouvèrent, sous leurs ser\'iettes, une boîte de dragées recouverte de taffetas blanc moiré, avec un H majuscule brodé de .soie, souvenir délicat de l'enfant royal dont on fêtait tardivement la naissance.

Leurs Altesses Royales, Madame la duchesse d'Angouléme et la duchesse de Berry portaient toutes deux des robes blanches lamées d'argent et des diadèmes de jasmins et de marguerites

F'S- 555- ' — Coiffures de théâtre.

rehaussés de brillants. Les dames chargées d'accompagner les princesses se distinguaient par une écharpe blanche brodée de paillettes. En 1824, un bal donné à Rome par le prince Demidoff, pour lequel il avait fait disposer douze salles, obtint aussi les honneurs d'une célébrité européenne (fig. 555).

Pi . .j6. - Toilellc do campagne.

8oo HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE

Tous ces bals occupaient les danseuses pendant les mois d'hiver, mais l'été n'arrêtait pas leurs ébats. Aux fêtes du grand monde succédaient les bals du Ranelagh, du jardin Marbeuf, de Tivoli, les bals champêtres des environs de Paris et tous étaient fréquentés par le meilleur monde. Les bals du Ranelagh surtout, avaient une vogue spéciale, et passaient pour les plus distingués.

Fig. 557. — Toque moyen âge.

Les trois salles où se donnaient les fêtes étaient désignées sous les noms poétiques du Parnasse, du Pindc et de l'Hélicon. On dansait jusqu'à minuit, puis une table, couverte de pâtisseries et de glaces, apparaissait portée par des laquais et, après avoir pris quelques rafraîchissements, on se séparait satisfait, en se disant au revoir.

Venaient ensuite les bals champêtres pour lesquels les élégantes

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quittaient leurs souliers de drap d'or et d'argent pour chausser le soulier de batiste, revêtir la blouse d'organdi et se coiffer d'un chapeau de paille orné simplement de rubans et de fleurs, ou d'un voile léger, qui voltigeait agréablement autour du visage pendant la danse (fig. 556).

D'élégants cavaliers arrivaient de Paris dans leur oujoue ou

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Fig. 55S. — Chapeau à la Solilaiic.

leur bogJmey. On faisait danser les châtelaines du voisinage et même les plus jolies villageoises. C'était le temps où le romantisme remettait en vogue les vieux châteaux aux sombres mystères. Le gothique du jour, un faux gothicjue de pacotille, s'il en fut, disputait la vogue à la Grèce et à l'Italie, si goûtées des admiratrices de Chateaubriand et de Lord Byron. Ce gothique de rencontre avait été mis à la mode par le Solitaire, roman

du vicomte d'Arlincourt, qui eut alors un succès que peu de romans ont égalé depuis, et qui nous semble aujourd'hui difficile à comprendre (fig. 557 et 558).

En six semaines, le Solitaire eut trois éditions, et fournit le sujet de sept pièces de théâtre.

En un clin d'œil, tout fut à la Solitaire : cantates, tableaux, modes, meubles, on en mit partout. Il y eut des devants de cheminées à la Solitaire, des paysages au Mont-Sauvage, et surtout des chapeaux à l'Élodie, des robes à l'Élodie, du bleu à l'Élodie. L'héroïne du vicomte d'Arlincourt tut célébrée de toutes façons.

Le bleu Elodie dura de longues années. Une femme à la mode en 1821 n'eût osé se montrer au Longchamps sans un chapeau et une ceinture à l'Élodie.

En 1824, le Solitaire continuait à jouir de la même faveur, les éditions s'en succédaient sans relâche. Au Longchamps de cette année, le bleu Elodie régnait encore sur les têtes féminines. Les élégantes s'entouraient de voiles et d'écharpes couleur de celle que le Solitaire avait prise et rendue à l'intéressante Elodie, d'une façon aussi sentimentale que mystérieuse.

Le Rent'mt du même écrivain eut moins de succès, sans doute, mais le vicomte d'Arlincourt était trop à la mode pour que toutes ses CEUvres ne fussent pas également goûtées du public. L'on vit des turbans à la Renégat. Le chapeau à l'Ipsiboë fut une véritable découverte (fig. 559). On fit un opéra de ce roman, il y eut des mousselines à l'Ipsiboë, du gros de Naples à l'Ourika. Les femmes de bon ton se passionnèrent pour les tendres héroïnes du pathétique vicomte, comme elles pleurèrent sur le sort de Michel et Christine, des romans de Delphine Gay.

Isaure, le Berger délaissé, le Troubadour mystérieux, les Souvenirs d'un Barde, XAlnianacli des dames, leur formaient une bibliothèque aussi variée qu'émouvante, dans laquelle les modistes allaient chercher leurs plus géniales inspirations.

On en arriva à acheter ses pâtisseries au Fidèle Berger, rue des Lombards; ses robes nouvelles, aux Magasins de la Bergère

^'H- 559 — Chapeau à l'I|jsiljoë.

châtelaine ou du Page inconstant, et si Madame Mure, la célèbre modiste, avait négligé de se choisir une enseigne quelconque, c'est qu'elle savait si bien baptiser ses chapeaux qu'elle n'avait pas besoin de donner un nom à sa maison.

Ce fut elle qui créa les chapeaux à l'Inca, décorés d'une rangée de petites plumes blanches dressées, figurant de plus ou moins loin une couronne de sauvage, les chapeaux à la Béarnais, garnis naturellement d'un panache blanc et d'une aigrette, les chapeaux polonais, avec une immense tête carrée. Les petits bonnets du soir à la Marie Stuart, appelés petits, sans doute par ironie, n'étaient autre chose qu'un vaste étalage de dentelles et de fleurs (fig. 560).

Madame Mure le disputait pour les chapeaux de paille d'Italie à M. Amable Nicolle, dont le magasin de la rue Neuve-Saint- Augustin possédait les plus fines pailles d'Italie. Ces chapeaux de paille eurent une vogue soutenue malgré leur prix exorbitant. Quelques-uns furent payés jusque deux mille francs (fig. 561).

Ces sortes de chapeaux se garnissaient de rubans et de fleurs, ou bien de grands voiles et d'écharpes ; écharpes Bayadères, écharpes à la Turque, écharpes à la Léonide, à l'Ariane; il y en avait pour tous les goûts.

En même temps parurent les chapeaux en paille de riz, en tissu de coton, en sparterie, qui variaient avec les chapeaux de crêpe, de barège ou de gaze.

Un chapeau de tissu de coton se garnissait de roses trémières ou de grosses pivoines.

Le chapeau dit négligé à la Léonide, était en satin blanc doublé de rose avec une guirlande de roses et des marabouts par dessus. Les fleurs en baleine, en cristal, en plumes, furent aussi très recherchées.

1 ous ces chapeaux d'été s'inauguraient à Longchamps, réunions de printemps qui attiraient tout Paris, les uns pour voir, les autres pour être vus, véritable concours de modes masculines et féminines, pour lequel chacun s'apprêtait longtemps à l'avance (fig. 562).

Fig. 560 — Bonnet à la iMarie Stuart.

Fig. 561. — Caroline de Brunswick, lithograpliie appartenant à la bibliothèque royale

de Bruxelles.

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Fig. 562. — Toilette d'ctc.

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On citait des maisons qui, en une nuit, la veille du premier Lono-champs, fabriquaient quatre-vingts chapeaux. Les chaises rano-ées sur le passage des équipages se louaient jusque 25 sols. C'est de là qu'on regardait commodément défiler tout ce que Paris possédait" de plus beaux chevaux, de plus belles voitures, de plus

F'g- 563 — Toilette de soir et de visite.

élégants sportsmen et de plus jolies femmes. Landaus à la caisse bleu lapis, aux panneaux à chiffres d'argent, doublés de cachemire blanc à palmes multicolores, boghueys brun clair, calèches-gondoles vertes aux housses à floches d'or, vis-à-vis jaunes serin, phaétons rouges, tout cela se succédait, se pressait dans le plus heureux désordre, offrant aux curieux le spectacle le plus animé. C'est à Longchamps qu'on inaugura le chapeau à l'Ipsiboë, la couleur

Fig. 564. — Turban à la réruvieiiiie.

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Fig. 565. — Turba» i la Moabite.

Fig.566. — Bert, d'après un porlrait de Deverja.

Solitaire en gaîté, le plumet de cacatois jaune citron, le chapeau à la Jeanne d'Albret, le turban à l'Inca avec voile, les étoffes Ourika, la robe Componium, les manches à gigot, la coiffure à la Jocko et toutes nouvelles créations des modistes, des couturières et des tailleurs (fîg. 563).

La mode, fait exceptionnel et prodigieux, resta fidèle au turban,

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Fig. 567. — La duchesse de Berry, d'après une gravure de Belliard.

C'est en vain que les révolutions succédèrent aux révolutions, que la République, l'Empire, la Monarchie bouleversèrent les nations, le turban se fit à tout et à toutes. Les duchesses du faubourg Saint-Germain, les filles des montagnards, ou les femmes des grenadiers de l'Empire le portèrent également. Jeunes et vieilles, belles ou laides, le turban les coiffa toutes. On vit de bonnes bourgeoises faire leur ménage matinal, coiffées du turban (fig. 564).

Fig 56S — Toilctlc de cuur pour le demi de Louis XN III

Si4 HISTOIRE DE LA COIFFURE FEMININE

En 1820, les journaux de modes constatent que les turbans sont plus en vogue que jamais. En 1825, c'est encore la même chose.

A une brillante représentation au bénéfice de Michot, un chroniqueur constate qu'une infinité de turbans s'étalent dans les loges de tous les étages. En 1820 et 1821, ils se font surtout en mousseline ou en gaze blanche avec des chefs ou têtes de pièces d'étoffe en or, comme garniture. En 1824, on les fiibrique en velours, en gros de Naples, en satin. Le velours ponceau fut alors « très voulu » pour les turbans Trocadéro, avec oiseau de paradis, dont quelques-uns coûtaient même 500 francs,

\'inrent, à leur tour, les turbans à la Marte Stuart, qui se posaient sur un bandeau de jais en pointe, les turbans à la Péruvienne, les turbans-couronnes à la Pharamond, lourdes coiffures en velours ornées de groseilles d'or, enfin toute une série de turbans de dimensions énormes, qui ne le cédaient qu'au.x toques pour le succès comme coiffures de soir (fig. 565).

Les loques consistaient en une calotte bouffante dont les combinaisons se variaient à l'inimi. Généralement la toque se garnissait de plumes et de marabouts. C'était une coiffure très habillée. Lors de la grande revue du Champ de Mars, qui eut lieu le 3o avril 1821, Madame la duchesse d'Angouléme et la duchesse de Berry portaient toutes deux des toques à la Fernand-Cortez, en soie blanche avec des marabouts. C'est ainsi qu'elles passèrent au milieu des troupes, assises dans des calèches dorées en forme de gondoles, attelées avec des harnais de maroquin rouge (fig. 566).

Le lendemain, au Te Deiuii de Notre-Dame, les toques furent remplacées par des turbans. La toque avait un air moyen âge qui ravissait les sentimentales amies du gothique. On avait la toque à la Jeanne d'Arc, avec un bord échancré sept fois et une plume à chaque échancrure, des toques troubadour, en velours noir, ornées de marabouts disposés en bouquet, des toques de toutes espèces, ayant la vaine prétention de rappeler celles des pages du temps jadis. Les bérets, variété de la toque, eurent aussi leur moment de faveur. Le béret à l'Ipsilanti, se composait

s, 6 HISTOIRE DE LA COIFFURE tEMININE

d'un crrand bouffant de soie orné d'un immense nœud sur le côté. Une petite écharpe le bordait sur le front. Le béret basque, béarnais, espagnol, le béret paré offraient un choix varié de coiffures également en honneur (fig. 567).

La mort de Louis XV'III vint plonger la France dans un deuil universel, du moins quant à l'apparence, car la nation toute entière se vêtit de noir et garda fidèlement les sept mois de deuil d'étiquette.

L'ordonnance du deuil de cour obligeait à une toilette de laine noire pour le premier mois avec coiffe et fichu de crêpe.

Pour les révérences à la cour, les dames devaient avoir la mante et le long voile ; ces mantes étaient longues de 3, 5 ou 7 aunes, selon le rang (fig. 568).

La coiffure des dames, dit la Chroniqtie Mondaine, lors de la première visite de cérémonie à la cour, consistait en une barrette de crêpe noir laissant voir de chaque côté les touffes de boucles, sur laquelle était attaché le long voile de crêpe. La même chronique ajoute cette remarque : « Dans tous les endroits publics, spectacles, promenades, etc., les deux tiers des personnes sont en deuil. On regarderait comme une inconvenance de ne point adopter une couleur qui est en harmonie avec la tristesse générale et les dames, à qui leur position de fortune ne permet pas sans doute la dépense d'un costume entier, adoptent des accessoires de deuil à leur toilette, tels que châles, ceintures, chapeaux, bas et gants noirs, voulant prouver ainsi qu'elles partagent d'intention la douleur publique. »

Alphonse Giroux se mit à vendre des bijoux en fer de Berlin, les dames changèrent leurs ridicules pour des sacs de deuil au Phénix ou à la Melpomène; les perles en pâte du sérail formèrent des colliers noirs parfumés et des bracelets pour les poignets des belles désolées, puis le sacre de Charles X vint reléguer tout le deuil dans les cartons et au plus profond des armoires.

Avec Louis-Philippe la mode fait une nouvelle évolution, tout est bouffant et bouffi, manches à gigot, robes ballonnées, coiffures immenses, rien de joli, de gracieux ou de seyant dans l'arsenal des modes féminines (fig. 569).

Kig 570. — Marie-Annc-Carolinc grande- duchesse de Tojcanc, d"a|:ics une gravure de la bibliothèque royale de Uruxelles.

Arrêtons-nous donc à cette époque de 1830, encore trop près de nous pour nous permettre de la juger avec impartialité. Aussi bien ces modes sont encore presque à notre portée. Les journaux des dames, Petit Courrier de la mode, et autres publications, organes des couturières et des coiffeurs de 1 830, sont encore dans nos bibliothèques, les portraits de nos grand'mères et de leurs amies s'étalent sous nos yeux, dans nos albums, partout. Peut-être même quelques-unes d'entre nous gardent comme autant de reliques précieuses la robe de noce à la taille fine, aux manches bouffantes de celle qui fut son aïeule ou le beau peigne d'or orné de perles, dont elle parait son haut chignon, lorsqu'elle allait au bal. Plus heureuses sont celles qui peuvent apprendre de leurs bouches ce que furent ces modes et ce qu'était cette époque déjà si loin de nous.

Un jour aussi nous raconterons nos modes et nos mœurs à nos petits-neveux. Plaise au ciel que nous puissions, plus heureuses que nos grand'mères, les raconter le sourire aux lèvres et la paix dans le cœur.

TABLE DES MATIERES

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