‹ Histoire de la ColombieChapitre 3 sur 30 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

, ' ' ' AVANT- PtlOPOS.

Les différeus caractères de civilisation se-» iSiifpt«{lâui? ^aîiisi dire marqués dans rhistoire

On .j^yerrait l'Egypte apporter ses arts, . ses hi ro ■ jMi^iippéfiaijeaté protectiiee à des peuplés encore sauvages, et fonder* avec eux le plus célèbre des empires. Moins sage, plus brillante, la Grèce couvre bientôt le monde de ses émigrations, Tagite par ses rivalités; mais alors même tant de villes jalouses, qu'elle avait nommées ses soeurs , ses enfans , ne semblaient disputer qu'un droit à leurs métropoles , celui d'immortaliser la famille.

Une ambition moins noble a proclamé la puissance de Gartbiage:: Tavarice préside à ses

a HISTOIRE .

étabiissemeus ; sod commerce prohibe ; sa politique bAt des esclaves ; elle dessèche les bords qu'elle soumet, et réduit ses propres ûls à in- Toquer aussi sa destruction pour obtenir leur délivrance.

EaSjx B-ome commande : elle veut des alliés dans les pays qu'elle adopte; elle exige qu'ils partagent et ses vertus et sa gloire. L'orgueilleuse cité tombe abandonnée à son tour, mais laissant partout son nom : on supportait impatiemment sa tyrannie ; on s'honore^ quand elle n'est plus, d'avoir été associé à sa grandetu".

Héritiers de l'antiquité , mais émulateurs plus intéressés qu'héroïques, les peuples modernes n'ajoutent guère à ces exemples ; ils choisissent, el ce sont les lois puniques qu'ils imposent à leurs colonies. Doit-on s'étonner que tant de provinces conquises s'arrachent tour à tour à l'oppression du vaînqaeur, honteuses de leurs souvenirs , ingrates même pour des bienfaits s'ib témoignent une longue injdre ? C'est l'Amérique du Sud qui ouvre aujourd'hui l'ère de sa liberté.

L'inévitable développement de Peéfrit humain se retrouve encore attesté dans une révohilion qui révèle des âmes fiàees au sein d'une

DE LA COLOMBIE. 3 population humiliée pendant des «ièdes. Ce

méditations historiques. 11 est vrai que des ùâîs contemporains peurentétre divenement jugés :

les passions et les intérêts , ingénieux à déguiser des causes comme à exagérer des résultats, usulrpenl souvent Pimportance d'une opinion générale y ou réclament du moins la sanction du temps. Mais n'esl-elle pas acquise partout où les prospérités de Tindépendance nationale ont succédé auiL misères de Tesdavage politique? Si rhistoire ne doit plus être un simple registre des actes du pouvoir, si elle doit faire en même temps l'expérience des peuples et l'instruction des rois, on ne saurait trop tôt admettre dans son domaine les contrées où la sujétion et le despotisme ont laissé les plus terribles leçons.

Une nation qui déjà consacrait dans ses chartes les droits et les libertés populaires; qui souvent e£Gray ait l'Europe par la gloire de ses armes; qui brillait à la fois d'une renommée littéraire et d'un éclat chevaleresque ; cette heureuse na* tion , après avoir couronné ses trophées par la conquête d'un hémisphère inconnu , semblait devoir y proclamer les triomphes récens de la civilisation : le vieux continent renaissait alors

aux scieuces et aux arts. L*£spagne traiûi ses destinées: on eut dit qu'elle avait mission pour ouvrir ufi immense refuge aux ténèbres chassées de r£urope. £ile porte la guerre à ce qui peut penser; elle ne prend possession que de ce qui peut produire; et lorsque le nouveau monde est condamné par elle aux malheurs de l'ignorance, aux humiliations de la tyrannie, elle s'y soumet à son tour, comme déshéritée des lumières acquises à l'espèce humaine. Sa grandeur et ses richesses u étonaerout jamais autant que son abaissement et sa ruine, fruit d'une aveugle soumission ^cette puissance qui s'empare de l'esprit pour égarer le courage : l'exemple de l'Espagne doit à jamais garder les peuples du fanatisme reUgieux.

Ce n'était pas encore le seul fléau qui pesât sur les Castillans d'outre-mer; jalouse marâtre, la métropole les avait placés hors de la politique, du commerce, de l'industrie de leurs contemporains. Pendant trois siècles les colo* nies espagnoles ne furent qu'aperçues de l'Europe ; aussi leur indépendance a-t-elle reproduit l'intérêt de la découverte. On peut enân connaître, étudier cette terre où se trouvent réunies toutes les chances mo/ales qu'il est permis d'attribuer à la variété des climats.

En effet, les glaces du pôle et les feux du midi , la stérilité des déserts africains et la fécondité de l'Yémen , le ciel pur des Açores et l'air empesté de Java, la terreur des volcans èt la sécurité des plaines; tout ce qui fait la richesse ou la désolation d'une contrée, tout ce qui peut frapper ses habitans de langueur ou de turbulence , les condamner à Tisolement ou protéger leur instinct vers la sociabilité; ces causes physiques se manifestent dans les régions équinoxiales du nouveau monde. La ciyilisatiôn en aurait modifié les effets; mais il appartenait à la politique d'une seule nation de rendre presque intacte au dix-neuvième siècle la conquête que ses armes avaient obtenue du quinzième.

Ce ne sont plus toutefois quelques hordes anthropophages, de stupides tribus ou des étrangers impérieux qui s'ofiârent aujourd'hui à l'observation ; ce sont des peuples nouveaux, formés de races diverses , et dont l'origine se rattache autant à la barbarie des aborigènes qu'à l'état social de l'Europe au moment de la découverte.

Ils avaient subi les vices de* l'esclavage, l'hypocrisie de la sujétion monacale, la ruine qu'imposent les proconsnlats; toujours oppo-

sés d'iatéréU avec la métropole, ib ne s'en rapt pTOchaient que par un é^al attachement aux superstitions ; ils étaient restés sans liens nationaux f et même sans patrie , car l'universalité du dogme tendait à leur en montrer une dans tous les pays catholiques romains , et c'est peutêtre la seule différence de communion qui les a sauvés de la domination anglaise.

Tout à coup , frappés de ces inspirations que Fautorité la plus soupçonneuse ne peut détourner ni corrompre^les mêmes peuples s'arrachent à une injurieuse tutelle pour réclamer un rang parmi les nations. Leurs titres sont trois cents ans de captivité , la honte de leurs fers , lè courage et la volonté d'être libres. Ils ont dit à leurs maîtres : « Nous étions de votre faimille, et vous nous deviez le partage des prérogatives que la mère patrie accorde à tous ses enfans : étions-nous vaincus ou esclaves, nous conser* vions le droit de rompre nos chaînes. Il n'y a point de contrat entre nous. Votre autorité était une usurpation ; notre affranchissement est un devoir. » En vain, par une lutte sanglante, la métropole prétendait les refouler sous le joug; elle a consommé leur glorieuse indépendance.

Ces peuples sont encore dans l'âge de Thé-

roïsme; mais les grands résultats que leur émancipatioD promet au commerce et à Tiadi»* trie, aux sciences, et peut-être à la haute mo-* raie, les placent sous les regards de r£urope studieuse; et si déjà Tun d'entr^eux ajoute à Fil* lustration des armes la sagesse des vues politiques , s'il peut s'euorgueillir d'un héros digne de lui être envié par de yieilles nations ^ e^est celui-là sans doute qui doit ouvrir leurs annales. BoUvar, en élevant sa patrie au premier rang parmi les nouvelles républiques, lui a d'ailleurs mérité la suprématie qu'elle exerce à Panama.

L'histoire de la Colombie se divise naturel* lement en deux époques; le régime colonial, et la révolution.

La première, longue d'années, serait vide d'intérêt si Ton y comptait les délégués du pouvoir. Nous remonterons à la découverte, aussi féconde en prodiges de navigation qu'en heureuses témérités; nous rappellerons l'état des naturels avant et après les désastres de la conquête; nous verrons enfin se former la population nouvelle.

La seconde période n'embrasserait encore qu'un court espace de temps; mais, agitée ou brillante de toutes les fortunes d'une jeune

liberté, elle s'agrandit aussi de toutes les causes qui ont amené la ruine du despotisme. Due des plus puissantes est sans contredît Pafiranchissement de l'Amérique anglaise, proclamé en 1776; et si la France elle-même date de cette époque la renaissance de ses idées constitutionnelles , l'Amérique espagnole doit surtout y rattacher Fève de son indépendance.

Cette exposition de notre travail pourrait suffire si le régime colonial, espèce de séquestre , n'avait laissé presque inconnues les contrées qu'il opprimait*. Indiquons maintenant la situation et les richesses du pays que nous ouvre la libertés.

L'immense contrée qui s'honore aujourd'hui du nom de Colombie e&% la prem^^e qui ait révélé un continent dans le iHouireaii-Meodey Elle forme l'extrémité septentrionale de l'Amérique-Sud. Comprise entre lé 7« latitiule S. et le i3o latitude N., entre le 600 et le 84^ longitude O. , son étendue est d'environ 47 5 lieues

PË LA COLOMBIE. 9

duBudauiK>rd,etde6oodePestàPoae8t Elle

a mille lieues de côtes , baignées par les deux océans : au ST. £. c*eg| TAllaittique ; au N. la mer des Antilles ; à l'O. la mer dite du Sud. Elle est bornée au N. O. par le Guatimalayan S.

par le Pérou et le Brésil , à TE. par la Guo^me anglaise. La chaîne des Andes , qui embrasse sans aucune interruption les deux extrémités sud et nord du nouvel hémisphère, traverse toute la partie occidentale de la Goloaibie, et envoie deux de le^ branches couvrir les provinces du nord.

Toutes les alternatives de dimat se rencontrent dans ces pays à des distances fort rapprochées; en un même jour on .peut j passer, du soleil de TAfrique aux glaces de la Sibérie , et tour à tour s'arrêter aux tableaux les plus rians, ou fuir l'aspect le plus sauvage. Les échelons de la gigantesque Cordillière marquent les diverses températures : les terrss chaudes sont au pied des Andes, et jusqu^à une élévation de quatre cents toises; de six à neuf cents ce sont les iems tempérées, et de mille à quatorze jceiits les terres froides 'y au delà viennent les paramos {terres stériles); enfin l^s nevadiDS {terres am^ vertes de neige) couronnent les Gor^lières* dojit la plus grande hauteur, celle du Ghimbo*

âo HISTOIRE

razo, est de trois mille trois cent cinquante toises au dessus de la mer. Ainsi, à l'œil du voyageur qui tborde €n Colombie, les régiom les plus riches et les plus peuplées sont comme suspendues entre la terre et le ciel. Ces fnrodigieuses variétés permettent d'y cultiver avec succès toutes les productions du monde, d'y élever et nonivir tontes les -e^oes OMuines d animaux.

Les contrées équînoxiales ont généralement

six mois d'humidité et six mois de sécheresse, distribués toutefois d'une manière différente. Dans les provinces de la CordilUère , les pluies cessent rarement un seul jour pendant avril, mai et juin, octobre, nov^sibre et décembre, tandis que les belles campagnes du Venezuela, de Caracas et de Cumana , arrosées depuis avril }Qsqu*en novembre, jouissent d'un ciel pur le reste de l'année.

Ici les pluies ont rafraîchi, féeondé; la terre reprend ses parures, et l'atmosphère, épurée, annonce le brillant climat des tropiques, lofais ailleurs d'immenses pays ont été transfermés en marais d'où s'exhale un air corrompu, et, jnsqu'au retour de la saison qui perpétuera cette espèce de déluge, ils attesteront le dernier débordement des fleuves. Ce sont des

DE LA COLOMBIE. «t

Uanos, ou savanes, qui séteadent plus ou moins désolées dans Tintérieur de la Goiom-* bie , jusqu'aux bords du Rio^Negro et de l'Ama* zone. Elles ont des tribus errantes , indomp* tées* qui les appellent une patrie.

D'immenses forets, obstruées et couvertes par des plantes médicinales, par des bois dt teinture et de construction; des rivières multi* pliées, et susceptibles d'ouvrir des déboucbés importans; des fleuves considérables, entre autres FOrénoque, dont le cours est de cinq cents lieues, et la largeur moyenne de trois cents toises; des rochers qui s'élèvent jusqu'aux nues, puis s'abaissent comme pour former des ponts sous les voûtes de la Cordilliére , ou pour offrir une rampe à qui veut essayer de franchir des précipices; des lacs d'une grande étendue, et qui , pour signaler encore la prévoyance de la nature, surgissent aux lieux que dessécherait Téquateur; d'inépuisables salines, dont l'exploitation peut rivaUser de bénéfices avec celle des métaux; des mines toujours fécondes, • plusieurs vierges encore, les unes cachant dans leurs zones et le fer et le cuivre, l'argent et For, d'autres s^uvrant émaillées de pierres précieuses; enfin de vastes solitudes, abandonnées aux animaux féroces ; puis des cités éparses où

la HISTOIRE

les insectes malfaisans partagent la demeure de rhomme, et lui disputent jusqu'à l'air qu'il respire : ici d'éciatans prodiges et des objets de terreur; là des merveilles imposantes ét de déplorables misères; partout une majesté sauvage qui révèle une contrée jeune, dotée de toutes les richesses , avide de toutes les cultures , prête à s'ouvrir à toutes les fertilités, mais encore étrangère aux sciences industrielles qui modifient, assainissent, rapprochent, et peuplent même jusqu'aux déserts arides : tel est l'aspect physique que présente la Colombie après trois siècles de domination espagnole.

AncMone dmsion. — Diyiuon nouvelle.

Le régime colonial partageait ce pays eu deux grandes sections :

lo. CeqfUiUnerie générale de Caracas, formée, en 1731 , des provinces qui s'étendent des bouches de l'Orénoque , dans l'Atlantique, au golfe de Venezuela , dans la mer des Antilles : CunuuM , Caracas, TruxUlo^ MaractubOy Va^ rînaSy Guayane, et Xile Marguerite, vis-à-vis le Cumana. La ville de Caracas en était la capitale, et le chef-lieu de Xaudimce royale. Cette capitainerie, qui relevait du vice-roi de la Nou-

DE LA COLOMBIE. i3

velie-Greuade , cootenait quarante-huit mjille lieues carrées, et un million d'habitans, non compris les tribus indépendantes. ( Blancs, 3oo,ooo; mulâtres et métis, 5ao,ooo ; nègres, 60,000; indiens, 120,000.)

09. Royaume de JNcuveUe^Grenade^ érigé en 1718 (i). Santa Fé de Bogota en était la capitale et le centre. Il comprenait tous les pays que travorse la Gordillière, depuis la pointe de Gaiiiuas , au nord , jusqu'aux limites du Pérou, ainsi que les plaines, ou llanos, qui s'étendent du pied des Andes aux sources de rOrénoque et aux rives de l'Amazone. Il se subdivisait en vingt provinces: Rio^Hucha^ Samie^Marihey CarthagènCy Panama et Veragua (l'isthme), GftoeOy Aniioqtâia^ Pamplonay Soeorro, Turga, MariquUa, Santa Fé, Neyva^ Popajan, Quito ^ GuayaqMiU^ Cuenfia^ Loxajr Jœn^ Qubeos jr MacaSy et San Juan de losUanos. La Nouvelle- Grenade avait deux audiences royales; Quito et Santa Fé en étaient les ehe£s-lieu. Le gouvernement du vice -roi embrassait plus de soixante-cinq mille lieues carrées, dont la

(1) Jusque là tontes les provinces de la Colombie , gouvernées chacune par des ofïîciers particuliers , de'pendaient de la yice-royaute' du Pérou.

a4 histoire

population n'excédait guère deux millions dlndividuft. (Blancs, 35o,ooo; mulâtres et 'métis, i,o5o,ooo; nègres, 100,000; indiens, 5oo,ooo. )

La Colombie forme aujourd'hui douse dé*

parteinens : ^

De rOrmoco;— chef-lieu, Cumana.

De Fenezuela; — chef-lieu, Caracas.

De V Apure; — chef-Ueu, V armas.

De ZuUa; — chef-Ueu, Maracaîbo.

De Bojaca; — chef-lieu, Tunja.

Du Cundinamarca; — chef-lieu, Sonia Fé de Bogota y siège du gouvernement de la répubii({ne.

Du Cauca ; - — chef-lieu , Popayan.

DelaMugdalena; — '■ chef-lieu, Carthagène.

De V Isthme; — chef-lieu, Panama.

Du Quito; — chef-lieu, Quito,

Del'Asuajr; — chef-lieu, C^nca.

De Guajaquil; — chef-lieu, Guayaquil,

La réunion de tous ces territoires donne à la république une surface qui dépasse cent treize mille lieues carrées , de vingt-cinq au degré. On pourra juger de cette étendue en songeant que la France n'en contient que vingtsix mille; et pour se figurer une superficie égale à celle de la Colombie , il faudrait rapprocher

DË LA COLOMBIE. tS

sur une même carte la Turquie d'Europe* TI-

talie, le Portugal, TAugleterre et TËcosse, l'Allemagne et la France. Ces Etats, à la vérité, présentent ensemble une force qui laisse peu d'importance aux dimensions géométriques; ils renferment quarante fois plus d'individus que la vaste Colombie, encore inhabitable sur plusiem^ , points, et qui compte à peine trois millions quatre cent mille âmes. Mais partout le sol n'y demande, que la paix et l'industrie; îl promet les plus heureuses destinées à une population nombreuse et libre.

Page 1