‹ Histoire de la ColombieChapitre 4 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Découverte et Conquête des différentes contrées de la G)lombie.

L'EspAGHEy gouyeraée par Isabelle et Ferdinand, venait de s'affranchir de la domination des Maures, qui avait duré huit cents ans; ses prospérités commençaient. Un étranger, Christophe Colon (j), s'offrit pour en précipiter le cours : il annonçait de nouyeaux empires à la couronne de Gastillc. Après avoir essuyé tous les mépris de la défiance, toutes les lenteurs de Tincertitude, il lui fut enfin permis d'ouvrir cette révolution géographique qui devait avoir

(i) C'est par altération qiie l'on ^erit Colomh,

On sait qu'une erreur de ce grand homme a fait designer les naturels de T Amérique comme des Indiens ; expression impropre y loaif conaacr^ par l'usage : nous Tadopterons.

flg HISTOIRE

une si haute influence sur le commerce, sur les

sciences, sur la politique des vieilles sociétés.

Bientôt l'illustre navigateur eut déployé dans Haïti le pavillon espagnol (i49^)* l^rs la cour de Madrid protégea plus efficacement ces expéditions lointaines : d'habiles pilotes, émules ou compagnons de Christophe, se montraient impatiens de partager sa gloire ou de la surpasser, et de riches citoyens secondaient également leur ambition. £n même temps l'Europe entière jalousait le triomphe des Castillans, comme elle avait naguère porté envie à la fortune d'autres explorateurs : les P<H'tugais , par leurs voyages et leurs seccès dans les mers d'Asie et d'Afrique, signalaient depuis uu demisiède la renaissance des études géographiques. Enfin tous les efforts, toutes les pensées de l'ancien monde n'avaient plus pour objet que la conquête du nouveau.

Christophe Colon eut cependant le bonheur de n'y être pas devancé dans la plus importante des découvertes. A son troisième voyage, en 149B, après avoir nommé l'ile de la Trinité, il toucha pour la première fois la terre du continent : c'était le Paria, au sud-est des Antilles, à rembouchure de ÏOrénoque, Christophe, à la vérité, ignorait l'avantage de sa position; Il cô^

toya le Cumana, se bornant à visiter llie qui

forme en cet endroit un canal de. huit lieue» : il l'appela Marguerite. Une observation avait surtout frappé son équipage; c'est que les insulaires étaient parés d'une grande quantité de perles. Plusieurs causes ramenèrent Colon à Santo-Domingo; le mauvais état de ses vaisseaux, quelques phénomène$ qu'il ne pouvait s'expliquer, et plus encore son respect pour de £ausse&.uotipns puisées dans la Genèse ou dans la vieille géographie.

Mais il transmit aussitôt la relation de son voyage à la cour d'Espagne, Ojeda en eut connaissance , et sut l'apprécier : c'était un officier instruit, courageux, l'un des premiers compagnons de Christophe. Ojeda parvint aisément à intéresser plusieurs personi^es dans son projet d'expédition : Amerigo Yespucci , riche et savant Florentin, fournit aux dépenses de l'armement; un pilote des plus renommés, Jean de la Gosa, eut la conduite du vaisseau ; Ojeda s*en réserva le commandement. Ils partirent en mai i4g9f par une heureuse navigation, et la même année vit terminer leur entreprise : elle avait eu pour résultat d'étendre la découverte de Colon jusques au cap de la yela. Avant de doubler la pointf; de GallinaSj ils s'étaient

arrêtés dans le golfe qui a retenu d'Ojeda le nom de Venezuela ^ ou Petite Venise: les cabanes indiennes qui couvraient ces parages, grossièrement construites àur pilotis, lui rappelèrent néanmoins l'ancienne capitale des doges.

Amerigo, que ses lumières autant que son orgueil plaçaient au dessus de ses associés, publia en son nom le récit pompeux de cette expédition, qui toutefois n'avait ajouté que deux cents lieues de côtes à celles déjà reconnues ; et c'est ainsi qu'il ravit à Colon l'honneur de laisser son nom au noureau monde. Mais, après trois siècles, une république naissante réparera en partie cette injustice des générations.

En i5of , Rodrigo de Bastidas^ riche négociant espagnol, voulut également se confier au pilote Jean de la Gosa. Ils continuèrent la même route, et furent encore plus heureux. Ayant tourné les cotes jusqu'à la pointe de Zamba, ils pénétrèrent dans une vaste baie que les indiens appelaient Caramari. Frappé de la beauté de cette situation maritime, qu'il comparait au meilleur port de sa patrie, Rodrigo lui donna le nom de Carthagène.

De là se prolonge à l'ouest, entre la mer des Antilles et le grand Océan, sur une longueur

DE LA COLOMBIE. ai

d'environ cent lieues , mais large seulement de dix-hait à soixante, cet isthme où le navigateur génois a, pour ainsi dire, fui la gloire. U en découvrit les côtes septentrionales dans son quatrième voyage , en 1 5o3 ; la rivière de Bethléem t Porto BeUo y Bastitmntos et plusieurs ai]^s points de ces parages , ont été nommés par lui. Christophe avait ainsi parcouru le Darien, le Panama, le Feragua; des . naturels lui donnaient en outre les plus précieux reiiseignemens; mais, entraîné par cette pensée dominante qu'il n'était plus qu*à quelques journées de la Chine , il persistait à chercher les Moluques. On eût dit qu'étonné de son propre génie, il en accusait la grandeur par respect pour son siècle. Une telle erreur^ qui n'a ppartenait en effet qu'à la science contemporaine, aurait pu le ramener malgré lui à quelque iinportattiie découverte; mais ce voyage, traversé par de graves malheurs , n'offrit aucune chance à la fortune. C'est le dernier qu'il entreprit Colon mourut en i5o6, à Yalladolid.

On a dit avec assez de justesse qu'il avait non deviné , mais rencontré un nouveau monde.

La tiaite de l'or et des hommes retenait alors les explorateurs sur les bords du Venezuela. Ferdinand voulut enfin tirer parti de la richesse

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