TOME III. tg
CLN DES CANOTtPOUft U VOYAOB.
2g0 m* PARTIE. LOUI& XIV.
contrats d*engagement que passa ce dernier, montrent assez clairement qu^il ne connaissait pas lui-même encore les pays où il \ oulait pénétrer. Dans celui du i" juillet 1669, le sieur Ctiarles Thoulonnier promet en général d'accompagner le sieur î.a Salle daim le voyage aux nations (ij Grcflcdc Ville- sauvagcs, tant du coté du Sud que du côte du Xord i).
marie, i-juii. 1669. Pareillement dans le contrat d ent;ai;eniciU du sieur de I.a Roussillière, qui l'accompagna en qualité de chirurgien; il lut convenu qu'il le suivrait, tant du côté du Nord que de celui du Sud. La Salle s'obligeait, par ces contrats, à fournir à ces hommes Téquipagc, les canots & les vivres nécessaires, comme aussi à leur donner à chacun une somme convenue* au sieur Thoulonnier il promit quatre cents livres tournois, pour Tannée courante, jusqu^au 20 0(flobre 1670. Mais comme ces engagements avaient épuisé ses finances, il vendit à Jacques Le !îcr 8c à Charles Le Moyne, pour la somme de six cents livres tournois, une terre située ou-dessus du Saut-Saint-Louis, sur laquelle étaient conllruits des bâtiments, Si fit cette vente le 6 juillet (j) Gidfo ds ^^lle. 1669 (2), qui fut le jour même du départ, comme nous le
«Mm, 6 juitfet 1669. verrons bientôt.
Cependant lorsqu'on faisait à Villemarie les derniers
PHUDENCE, vrvT T,E préparatlfe , & trois jours seulement avant que les voya-
M. DE CALINEE AC- * * . ' »• ■ ^ . •
ooMFAoi» M. ooL. geuTs sc misscnt en route, M. de Queylus, moms confiant
que M. de Courcelles aux discours du sieur La Salle, ne fut pas sans quelque appréhension. Se défianl de la légèreté de ce dernier, dont il crut voir une preu\ e dans la précipitation avec laquelle il avnit vendu sa seigneurie, il craignit uu'il ne vînt a abandonner les Missionnaires à la première laulaisie qu il en aurait, qu ils ne luj.scnt exposés par là à ne pas reconnaître leur route pour le retour. II désira donc que M. Dollier pût avoir une carte des lieux qûll aurait parcourus, Sl pour cela voulut qu'à la place de M. Barthélémy, un autre Ecclésiaftique du Séminaire raccompagnât dans le voyage. Ce fut M. de Galinée, qui, de lui-même, s'était déjà oifert, & dont les connaissances
usm*
PROJET DE VOYAGE AU MI&SISSIPI. 1669. 2gi
agronomiques it mathématiques te mettaient à même de dresser une carte, au moyen de laquelle il pût retrouver le chemin qu'il aurait fait. M. de Queylus avait d'ailleurs besoin, à Villemarie, de quelqu'un qui pût servir d'Interprète aux Algonquins qui y venaient ; 8.: comme M Barthélémy possédait déjà parfaitement leur langue, il tut bien aise de l'y retenir. A\ ant son départ, M. de Galinéc aurait désiré d'écrire à M de I.aval pour lui faire af^réer son voyage; mais, devant s cinbarquer trois jours après, il ne pouvait recevoir à temps sa réponse. Il résolut donc de partir, attendu qu^en sa qualité de Diacre il n'avait aucun pouvoir de juridiction à exercer. Depuis son arrivée à YiU lemarie, il s'était appliqué avec zèle à l'étude de la langue Algonquine, qu*il entendait déjà suffisamment; maisilignoratt entièrement la langue Iroquoise; & craignant que M. La Salle, qui assurait l'entendre ]^:irtaitement , ne se fît en cela illusion à lui-même, il ne voulut pas se mettre en marche qu il n'eût avec lui un homme qui sût Tlroquois. Il chercha donc un interprète en cette langue, trouva un Hollandais qui la possédait parfaitement, mais qui ne connaissait pas au même degré la langue Française. Il le prit néanmoins, ne pouvant, à cause de la pré- DilLÎSdTuaJincci cipitation du départ, en avoir un autre plus capable ( i ) .
vni.
Si M. de Galinéc fut ainsi du voyage, c'elt que le dé- dakcf.» k a vaient part s'était trouvé différé à l'occasion de l'assassinat d un "J*^: capitaine Iroquois de Sonnontnuan, tué par trois soldats ok^xt alom hk l« des troupes en garnison i\ Villemarie, qui, ayant été pris 8c condamnés à h» peine capitale, axaient prié M. Dollier de ne pas les abandonner qu'après leur mort, qu ils endurèrent le 6 de juillet. L'attentat dont nous parlons ici devait remplir de fureur les Iroquois contre les Français, & Ton a lieu de s'étonner que la crainte d'éprouver leur ven* geance, à l'écart des habitations Françaises, n'ait pas fait abandonner aux Missionnaires le projet de ce voyage loin* tain. Mais ce qui eft plus étonnant' encore, eefl que, la veille même du supplice des trois assassins, on découvrit
COLONIIC
lii' PARTIE. LOUiS XIV.
que trois autres Français avaient commis un attentat plus atroce encore que le précédent sur la personne de six sauvages Iroquois, de -la nation d'Onneiout, massacrés près de Villemarie, comme nous le raconterons plus en détail
au chapitre suivant; 8c ces événements funeftes faillirent rallumer le feu de la guerre & mettre tout à teu a sang dans la colonie. *' Nous avons été à la veille, dit à ce sujet « la Mère Marie de 1 Incarnation, de voir les nations sau- « vages venir fondre sur nous & rompre la paix qu'ils « avaient faite, & qui a tant coûté au Roi. Notre situation « était d'autant plus embarrassante que les Missionnaires « étant dispersés en toutes ces nations, il y avait sujet de K craindre qu'ils ne fussent égof^és avec tous les Fran- « çais de leur suite. Ce qui a encore aigri les affaires du « côté des Iroquois, c'efl que les trois assassins ayant été « saisis & interrogés, l'un d'eux déposa que les deux autres " avaient proposé d'empoisonner, dans les occasions, « autant d'Iroquois qu'ils pourraient. Ce bruit a éclaté & « nous a mis dans la dernière crainte que les Iroquois . « ne fissent mourir les Missionnaires & ne vinssent à défOUttmdeMirie « truîre nos habitations écartées (i); les Sonnontouans de rin^rnation, lettre . particulier avaient résolu de tuer autant de Français
83% oâobre iOùg, p. , , * ,
t43, • qu US en pourraient rencontrer a l écart, pour venger la
« mort de leur capitaine. »
D<P4«T M» luatloil- Ce fut donc dans ces circonrtances critiques que iu«».FAmo«rr M. Dolliér, M. de Galinée h M. La Salle osèrent entre-
PRIVATIONS Ml 11 s KN-
ouREST DAHs LK preodrc le voyage dont nous parlons. Le- jour même où voTAOï.^ les trois soldats assassins subirent leur supplice , ils par-
tirent de Villemarie, allèrent au Saut Saint-Louis & au fief de Saint-Sulpice, appelé ensuite la Chine. La petite flotte se composait de sept canots, dont six étaient montés chacun par trois hommes, & le septième par quatre, faisant en tout vingt-deux Français, &. marchait sous la conduite de deux autres canots montés par des Iroquois de Sonnontouan, les mêmes qui avaient demeuré chez M. La Salle. Nous ne décrirons pas toutes les fatigues
PROJET DE .VOYAGE. AU MlSSISStPl. 1669.
qu'eurent à endurer les voyageurs, obligés, pendant près de quarante tieues, à traîner leurs bagages & à porter «uxmêmes leurs canots, à cause des rochers dont les rivières sont remplies, ce qui faisait écrire à la Mère Marie de
rincarnation : « Mgr notre Évêque a envoyé deux Ecclc- « siaftiques de Saint-Sulpice à quelques nations du côté « des Outaonas. Ils sont dans une ferveur admirable : « aussi ont-ils besoin de cette grâce, ayant à passer des « lieux dangereux, par les bouillons d'eau qui s'y ren- « contrent 1). '> Xoiis ne parlerons pas non plus des pri- (1^ LcurcsdcMune vations qu'ils souiinicni, 11 ayant pour toute nourriture, te «['"^"^"'((oj', pendant pliis d'un mois, que du blé de Turquie cuit dans p. 039. de l'eau, & pour couche que la plate terre; & il nous suffira de remarquer que les vingt-deux voyageurs n'étant point accoutumés à une vie si rude^ il n'y eut personne parmi eux qui n'éprouvât les atteintes de quelque ma- , . „
1 ,. i- 1 j j C*; Voyage de MM.
lad le, avant quils fussent à cent lieues de lue de Mont- Doi)icretd«Gaiiiiâ!} réal (2).
M. Dollier 8c M. de Galinée avaient d'abord eu des- ua %'OTACKL-R« \OXT sein de passer à Kenté pour prendre langue avec M. Trouvé & M. de Fénelon ; mais leurs guides allant au grand village de Sonnontouan, ils n'osèrent se séparer d'eux, de peur de ne pouvoir en trouver d'autres, & arrivèrent ainsi dans les environs de ce village. Ils en étaient encore à six lieues. lorsque M. Dollier & d'autres relièrent là pour garder les canots, tandis que M. de Galinée & M. de La Salle, avec huit de leurs hommes, s'acheminèrent vers Sonnontouan, situé sur un petit coteau, dans le dessein de demander qu'on leur donnât quelques esclaves des bords du Mississipi, qui leur servissent de guides. I.e conseil des sauvages se réunit pour entendre leurs propositions; mais quand il fallut les articuler, M. La Salle avoua qu il n'était pas capable de se faire comprendre en Iroquois ; &, de son côté, le Hollandais de M. de Galinée déclara qu'il ne sa\ ait pas assez la langue Française pour traduire entièrement les discours des orateurs Iroquois. Le Père
AtomMunotiAn. lsj*